Partie III : Kazoku no Moribito
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Gardiens du Mariages
» À l'été suivant notre retour au Nouvel Empire de Yogo, Maman tomba enceinte à nouveau. Mon don plus éveillé, quelque chose me disait qu'elle attendait encore un petit garçon, mais je me contentai de garder ces informations secrètes. De par ce même temps, Maman demanda Papa en mariage. Chose rare, je l'avoue. Mais comme Maman était un peu l'homme de la maison et Papa la femme du guerrier, cela ne m'étonnait pas plus. Grand-Mère m'envoya alors, seule, à Kanbal chercher Tante Yuka. Je n'avais pas peur, j'avais mes deux gardiens avec moi bien que j'avais huit ans. Lors de la cérémonie, Papa était habillé d'un kimono très élégant de même que pour ma mère et les deux avaient prononcés les vœux.
Quelques jours suivant leur lune de miel, je vis soudainement un esprit que je n'avais jamais rencontré auparavant... enfin, je n'en avais jamais vraiment vu dans mon entourage proche. L'esprit possédait une cape à capuche fait de tissus en velours qui cachait également ses yeux et ne montrait que sa bouche et son nez. Il me faisait penser, à sa façon de s'habiller, à la Grande Faucheuse. Les éléments qui le différenciaient de la personnification de La Mort était une cape de couleur et des mains humaines.
J'avais déjà vu des esprits de ce genre en me promenant au bas-ougi. Tous avaient des couleurs de cape différentes, parfois avec deux couleurs. Certains étaient clairement des femmes, portant des robes médiévales à crinoline, d'autres cependant, je ne pouvais dire si c'était un homme ou une femme, caché sous une cape décrit plus tôt.
Celui qui suivait mes parents était vêtu d'une tunique turquoise en velours, qui le recouvrait de la tête au pied. Il ou elle ne me faisait pas peur, mais je sentais qu'il était imposant et très puissant. Peut-être même impitoyable. Me voyant troublée, Jiguro m'aida :
« Voici ce que nous appelons : les gardiens du mariage.
- Les gardiens du mariage ? Qui sont-ils ? Sont-ils rares ?
- Ils ne sont pas si rares que cela. Lorsque ça fait plusieurs vies que les protégés se courtisent, leurs gardiens "deviennent" des esprits "rechercheurs" afin de retrouver l'autre qu'ils ont croisé dans leurs vies passées. Et s'ils retrouvent la personne, dite ''âme sœur'' après l'union d'un mariage, les gardiens ne forment qu'UN et deviennent un esprit du mariage qui les unit à jamais.
- Parce qu'ils s'unissent ?
- Oui, on peut dire.
- Comment font-ils pour se transformer et fusionner ? »
Jiguro haussa les épaules.
« Sans doute quand les protégés s'unissent en faisant l'amour après le mariage... après ce n'est que théorie. Si une seule personne du couple détient un esprit retraceur comme ça, le mariage va finir en divorce assurément.
- Oh...
- Enfin, ça dépend toujours. Il y a des couples mariés qui peuvent n'avoir aucunes vies passées communes antérieures et avoir un gardien du mariage pour la première fois. Chaque esprit/gardien peut devenir un gardien du mariage. Cependant, il arrive que les gardiens ne se fusionnent pas et conservent leur identité après un mariage, car en devenant un gardien du mariage, ils perdent leur individualité.
- Toi, si tu devais devenir un gardien du mariage, tu perdrais ton identité à jamais ?
- Seulement pour le temps où j'ai la charge de mon ou ma protégé(e) marié-e. Quand elle ou il mourra, je retrouverai ma forme originel.
- Mais tu pourrais choisir de rester toi-même aussi ?
- Également. Je pense que je préférerai ça en fait...
- Peux-tu dire si le gardien du mariage est une femme ou un homme ?
- Hé bin, cela dépend... parfois, même nous, esprits, sommes incapables de déceler si les gardiens du mariage sont une femme ou un homme. Ils sont la moitié de l'autre, en gros, le visage du gardien du mariage représente deux personnes en une seule. Mais il arrive que la personne qui porte les culottes dans le couple détermine la voix et l'énergie du gardien du mariage. Énergie masculine ou féminine.
- Oh !
- Il arrive que des gardiens du mariage soient des deux sexes. Un jour, il peut avoir une voix d'homme si l'époux porte les culottes ce jour-là, un autre, une voix féminine si c'est l'épouse qui domine. Les gardiens du mariage sont toujours habillés de capes comme ça... enfin, ça peut différée. Il arrive que les gardiens du mariage portent une robe à crinoline médiéval mais toujours la tête et le visage cachés. Celui de Tanda et Balsa est très puissant.
- Oh... Alors... comment expliques-tu le fait que je ne l'ai pas vue avant ?
- Car les gardiens de tes parents ne s'étaient jamais fusionnés ensembles avant leur union. En fusionnant, ils sont devenus une entité à part entière. Tanda et Balsa se courtisent depuis des réincarnations passées, qu'ils aient été une femme ou un homme, ils ne cessent jamais de se courtiser et quand ils vont se réincarner de nouveau, ils recommenceront le processus de recherche pour s'unir à nouveau et pour toujours. Ainsi de suite.
- Je vois.
- Ce sont des âmes sœurs. Leur toute première âme sœur. Lors d'une chicane, l'un des esprits qui s'est unit à l'autre peut se défaire durant une chicane pour être avec son protégé. Mais c'est là qu'est le danger de pouvoir les séparer à tout jamais. Par contre, même sans chicanes, le gardien de mariage peut se séparer pour veiller les deux protégés chacun de leur côté. Ils ont différentes couleurs. Le turquoise représente les chicanes du couple, mais ils s'accrochent à l'amour avant tout. Le bourgogne représente un amour très pur, comme frère et sœur. Le violet pâle, représente la complicité. Le blanc représente un amour où une routine sérieuse fait place. Après, il existe d'autres couleurs comme rose flamboyant, mais je ne les connais pas toutes.
- Le noir ?
- Oui, mais c'est très rare comme couleur. »
Je marchai en suivant le gardien du mariage de mes parents que je regardai encore un peu méfiante mélangée à de la curiosité.
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Nouveaux gardiens
» Comme Kasem n'avait pas encore eu de gardiens qui le veillaient comme Jiguro ou Hana pour moi, avant de naître, je ne m'attendais pas à voir des esprits inconnus attendre à l'extérieur du refuge de Papa alors que Maman était à son cinquième mois de grossesse. Ils sentirent que je les voyais et je leur jetais un regard intrigué en arquant un sourcil. Deux femmes et un homme. Jiguro n'était pas du genre à vouloir partager notre demeure. Il était aussi sur ses gardes.
« Que faites-vous là ? demandai-je, alors que le gardien de mariage de mes parents arrivaient derrière moi, comme pour m'appuyer dans ma question. Êtes-vous perdus ? »
Hana se leva et alla accompagner Jiguro qui parlait à ces trois gardiens.
« Que voulez-vous ? demanda mon gardien, l'air sévère.
- Nous sommes les gardiens des vies précédentes du bébé qui va naître, présenta l'homme.
- Hum ? J'ignorai que les gardiens arrivaient pendant la grossesse, fis-je en regardant le gardien du mariage. Je pensais qu'ils arrivaient après la naissance... déjà... qu'une personne détienne deux gardiens, c'est déjà assez rare... alors trois...
- Nous ne vous voulons aucun mal, répondit la première femme, la plus grande des trois.
- Je m'appelle Seiji, déclara l'homme aux allures nobles, un kimono noir aux motifs bleus royaux, des ornements en or dans les cheveux qui étaient noir jais et ses yeux pers. Voici Yukine (il pointa la première femme) et Shiru (la seconde). »
Shiru semblait plus jeune, à peu près seize ans, avait des cheveux blonds aux reflets roux, des yeux bleus très vif et vêtus d'une petite robe toute blanche. Mais je savais que ce n'était pas une femme en blanc. Elle semblait juste très friande des vêtements blancs. Je dirais qu'elle mesurait 1m47, pas très grande. Yukine, elle, avait des cheveux ondulés, blonds dorés tirant sur le châtain, avec des yeux bleus également. Elle était aussi plus grande, 1m82. Elle portait toujours un kimono rouge et or. Hana aussi n'était pas très convaincue par les gardiens de mon frère. Elle prit le bras de Jiguro comme s'il était son amant et il se laissa faire ! Je regardais encore le gardien du mariage : c'était à lui de prendre la décision s'ils les laissaient entrer.
« Comme vous êtes reliés à l'enfant qui naîtra et que vous avez signé le contrat de gardien, je n'ai nul autre choix que de vous accepter ici, fit-il. Mais au moindre faux pas, vous aurez un avertissement, est-ce clair ?
- Haï, firent-ils en même temps. »
Je me mordillai la lèvre : le gardien de mes parents était très sévère et ce n'était pas moi qui allais le plus en baver. Au début, un peu méfiante et intriguée, je n'allais pas vers eux. Hana non plus. Jiguro pas plus. Nous terminâmes par s'habitués les uns aux autres. Ils n'étaient pas envahissants et faisaient leur chose quotidienne, n'habitant pas dans le refuge à temps plein – l'endroit étant trop petit – mais bien à l'extérieur, ce qui me permit d'avoir une certaine satisfaction.
Lorsque la naissance même de mon petit frère Nao, arriva, Jiguro veillait encore Maman alors qu'elle était en plein travail. Il se chargeait que tout se passe bien en compagnie d'Hana, ainsi que Karuna. Tout avait commencé alors que je parlais avec Maman et Papa, quand je vis Maman mettre rapidement une main sur son ventre énorme avec une grimace.
« Maman ? »
Elle ne réussit pas à me répondre même si elle grimaçait. Puis au bout d'une minute, elle reprit son souffle.
« Chérie ? dit Papa.
- Contraction... elle était dur celle-là... qu'est-ce que vous disiez ?
- Je pense que je vais commencer à préparer les choses pour l'accouchement, déclara-t-il en posant une main sur mon épaule. Veille ta mère, en attendant.
- Oui. »
Il commença à préparer les choses. J'étais un peu nerveuse. J'allai proche de ma mère et caressai son ventre. Elle me sourit et tenta de me rassurer. Minuit était passé. Je m'étais changée pour la nuit, mais je n'arrivai pas à dormir. Maman tenait pourtant le coup, mais je la voyais gémir. Hana vint me voir.
« J'ai peur, murmurai-je.
- Je sais, c'est très puissant émotionnellement un accouchement. Mais ne t'en fait pas, ta Maman va s'en sortir.
- Tu crois ? Et si elle mourrait en donnant naissance ?
- Pas de risque. Et même si elle mourrait en accouchant, les femmes décédées en couche se réincarnent.
- Toutes ?
- Oui, toutes. Sans exceptions.
- Hmm...
- Ne trouverais-tu pas ironique le fait qu'un être humain qui permet la réincarnation d'une âme meure et ne puisse pas revenir ?
- Tu as raison... mais Maman a déjà failli mourir à la naissance de Kasem...
- Je sais, ma belle.
- C'est pour ça que j'ai peur... Je ne survivrai pas si je perdais Maman... j'ai encore besoin d'elle dans ma vie. »
Je vis Shiru proche du ventre de Maman et qui semblait vouloir y toucher. Moi, possessive de son ventre bien rond, je me levai et la poussai du côté de mon corps. Elle me regarda, surprise.
« Elle à moi, lui dis-je par télépathie, possessive.
- Mais— tenta-t-elle de me répondre.
- À moi !... Maman..., murmurai-je, dégageant une énergie qui montrait à Shiru que ce n'était pas le moment d'interférer dans notre moment en famille.
- Qu'est-ce qu'il y a, ma puce ? me susurra Maman en caressant mes cheveux tout en me serrant contre elle.
- Je sais que je suis nerveuse et que ça peut te nuire... mais j'ai peur.
- De quoi, ma belle ? Dis-le-moi. »
Je levai des yeux humides vers Maman.
« J'ai peur que mon petit frère ou ma petite sœur décède à la naissance comme Kasem... et j'ai peur que tu meures aussi... »
Maman sourit de façon rassurante et avait pris ma main avant de la poser sur son énorme ventre qui se durcit considérablement.
« Maman ? »
Elle ne me parla pas durant un moment, le temps que la contraction passe puis expira lentement.
« C'était une contraction, me rassura-t-elle. Elle est là pour aider ton frère ou ta sœur à sortir. Ne t'en fais pas. Le bébé va bien, il va arriver.
- Il ne va pas mourir ?
- Non.
- Et tu ne vas pas mourir ?
- Non plus.
- Promis ?
- Promis sur mon instinct de maman. »
Elle baisa mon front ; baiser sur le front, protection.
« On a déjà parlé dans les mois plus tôt que Maman peut crier durant l'accouchement, si ?
- Oui.
- Et que c'était normal ?
- Oui.
- Et que si jamais tu te sens mal, tu peux partir sans avoir peur. Tu sais, tu es encore jeune, et dans un accouchement, il y a des liquides et du sang.
- Maman ! Je connais déjà tout ça, Hana m'a tout dit ! m'indignai-je. »
Maman me fit une moue désolée.
« Tout ira bien ma belle. Est-ce que tu veux tenir ma main ? Je vais serrer la tienne quand j'aurai besoin de soutiens. Tu vas beaucoup m'aider, même si pour toi ça ne paraît pas, moi je le vois et je le sens. »
C'est ainsi que j'aidai ma mère à passer à travers sa dilatation. Quand vint pour elle le temps de pousser, Papa s'assit sur la caisse de bois en la tenant dans ses bras, elle accroupie et dos à lui. Je me plaçai au niveau de ses genoux, avec Grand-Mère Torogai.
Les trois gardiens de mon frère étaient impatients et regardaient la scène sans parler, alors que mes trois gardiens étaient de mon côté et leur empêchaient catégoriquement de regarder l'entre-jambe de Maman. Pour moi, la pièce était bondée de gens. Mais, c'était préférable que ma mère ne sache rien de tout cela et se concentre. Shiru n'arrêta pas de parler. Je la toisais furieusement du regard, et, comme lisant dans mes pensées et sentant mon envie de hurler à la gardienne de se la fermer, Jiguro lui ordonna de se taire, de respecter le silence de la tranquillité de la pièce, la menaçant de la faire sortir du refuge. Cette menace fonctionna, car elle se tut le restant de la naissance et du travail actif.
Quand un bébé naît, il a quitté depuis neuf mois le monde spirituel pour se réincarner. L'aura d'un bébé est d'un blanc très pur, immaculé. Je vois les auras et ressens l'énergie : à chaque fois qu'un de mes petits frères ou ma petite sœur, naissaient, l'énergie qui se dégageait de notre refuge était très pur et blanche. Même quand il faisait sombre et que ma mère accouchait dans la pénombre, presque dans le noir, pour mes yeux, la blancheur de la pureté et de la lumière m'envahissait. Une autre vague d'émotion parcouru l'assemblée dite « spirituelle » quand la tête de mon frère se pointa et que Grand-Mère annonça justement la sortie.
« Il arrive... murmura Seiji. »
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Le retour de Kasem
Dès que Nao sortit et se mit à respirer pour la première fois de sa vie, je retournai vivement, sentant une énergie familière. Je vis alors Kasem, entrer tout doucement et s'avancer vers Nao qui était dans les bras de Maman. Il avait bien grandi : je dirais qu'il devait avoir sept ans. Il portait une toge blanche et il avait des ailes très blanches aux reflets argentés repliées sur son dos. J'avais l'impression que ses pieds touchaient à peine le sol tellement sa démarche était légère. Il avait les mêmes traits de visage que mon père, des yeux bruns, mais son teint de peau était blanc comme moi et ma mère et ses cheveux étaient bruns foncés comme Maman, une teinte plus pâle et ses mèches naturellement en bataille un peu partout. Il regarda notre petit frère, lui sourit et posa son doigt sur ses petites lèvres. Il ne pleurait même pas, il prenait lentement sa respiration.
Quand Nao ouvrit les yeux, une chose nous surprit tous : ses yeux. Malgré les mois qui passaient, les yeux de mon frère ne devenaient pas bruns comme les miens ou ceux de mes parents, ils restaient bleus. J'essayai de remonter les origines de nos ancêtres, mais je ne voyais aucuns yeux bleus.
« On va dire qu'il a hérité de mes yeux ! avait déclaré fièrement Grand-Mère alors que tout le monde était penché par-dessus mon frère, le regard intrigué. Mais je le sens, ce petit a un énorme potentiel... il va faire des choses que personne de son âge ne va faire.
- Comme... ? voulut savoir Maman.
- Eh... bah comme moi. Un Chamane !
- Ah non ! Je préférerai qu'il soit un érudit.
- Tu ne peux pas choisir à sa place, Maman, lui avais-je rappelé vivement.
- Tu as bien raison, ma belle. »
Torogai avait dit vrai. Dès les premiers mois de sa vie, Nao pleurait la nuit uniquement pour avoir le sein de Maman ou changer ses langes. Il n'était pas aussi gourmand que moi à son âge, mais il était plus sage. Il commença à faire ses nuits après seulement trois semaines depuis sa naissance, sans doute grâce à l'aide de sa gardienne Shiru, avait commencé à dire "Maman", "Ali" et "Papa" vers sept mois, et à dix mois il se mit à marcher à quatre pattes. Alors que je surveillais mon petit frère, âgé de dix mois, je le vis me fixer et gazouiller. Je lui souris et allai le prendre dans mes bras pour continuer de dessiner avec Kasem. Il gigota pour pouvoir être face à Kasem, son dos contre mon torse. Kasem leva les yeux et sourit avant de recommencer à dessiner. Pourtant, Nao regardait dans sa direction comme s'il pouvait le voir. Mon frère gardien déploya une aille comme pour la désengourdir et mon frère de dix mois se mit à gazouiller à l'action. Nous levâmes tous deux la tête vers lui.
« Eh...
- Tu crois qu'il vous voit ? demandai-je.
- On dirait bien... quoique les bébés et les enfants en bas de cinq ans sont plus portés à voir les esprits. Ils sont encore reliés au monde spirituel d'une certaine façon. Ça ne m'étonne pas.
- Oui...
- Hana ?! »
Hana arriva dans la pièce rapidement.
« Oui Kasem, mon chou ?
- J'aimerai que tu attires le regard de Nao et fasse quelque chose qui nous prouverait qu'il voit également les esprits comme Alika-Oneechan.
- D'accord. »
Elle ouvrit ses deux ailes pour les placer en coupole devant elle et elle fit un « coucou ». Nao instantanément se mit à rire aux grands éclats. Elle recommença deux autres fois avant de prendre un hochet blanc et argenté – appartenant à Kasem, offert par Tante Yuka lorsqu'elle avait donné la boîte souvenir à Maman après son décès – et l'agiter devant les yeux de Nao. Il essaya de s'en emparer, et chose qui me surpris : il le prit. Pour les yeux ordinaires, il ne tenait rien dans ses mains, mais sa petite main potelée imitait parfaitement le contour d'un bâton. Il l'agita et ses gardiens arrivèrent dans la pièce.
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Le pendule
» Bien que je voyais les esprits, Grand-Mère Torogai-Shi m'apprit un nouveau moyen de communication lorsque j'eus neuf ans. Ce moyen pouvait être utilisé par les autres personnes qui ne possédaient pas la clairvoyance. Pour ce faire, elle m'emmena dans une boutique de pierres et de plantes médicinales.
« Voici les pendules, me dit-elle. »
Je regardai les pendules faites de différents minéraux comme le quartz rose, blanc, transparent, la grenadine, et toutes ces pierres aux vertus purificatrices.
« Mais, Grand-Mère... tu dis qu'elle va m'interpeller. Il n'y a pas de chance que je me trompe lors de mon choix ?
- Tu vas voir, tu ne peux pas te tromper. Si le pendule t'appelle, c'est qu'il t'est destiné. On regarde un peu, et on va repasser après pour voir si c'est bien lui qui t'appelle. Si c'est le cas, il est à toi.
- D'accord.
- Tu peux regarder. »
Je me mis à regarder les différentes pierres et les observai avec fascination alors que Grand-Mère parlait avec le marchand. Après cinq minutes, elle revint me voir.
« Alors ?
- Il y en a une qui m'appelle.
- Laquelle ?
- Elle. (Je pointai le pendule rouge rubis) La chaînette dorée avec des pierres, avec une pierre polie en forme de pyramide inversée rouge rubis au bout.
- Elle est jolie. C'est un pendule féminin.
- Comment peux-tu le savoir ?
- Parce que la chaîne est plus délicate, le pendule plus petit aussi. Les masculines, la chaîne est plus massive, et le pendule un peu plus gros.
- Comme elle ? (je pointai un pendule noir onyx)
- Exactement. Nous repasserons après quelques courses. »
Après avoir acheté des herbes pour faire du thé et un peu de sake, je commençais à paniquer, de sorte que quelqu'un soit partie avec mon pendule. Grand-Mère remarqua mon stress et me confirma que ce pendule était bel et bien destiné à moi. Lorsqu'on revint à la boutique, je fus soulagée de voir mon pendule qui m'appelait toujours. En revenant, elle me montra comment le purifier. Sois avec de l'eau et du sel, ou trempé une journée dans des herbes séchés. Elle choisit de le purifier avec de l'encens et me le donna en me le passant par la chaînette.
« Tu as touché la chaîne et le vendeur aussi, murmurai-je. Y a-t-il un risque ?
- Aucun risque avec la chaînette. C'est la pierre que personne ne doit toucher, mais même à ça, tu peux la purifier après si quelqu'un le manipule.»
Nous partîmes s'asseoir dans ma chambre et Grand-Mère m'expliqua le fonctionnement.
« Tu peux choisir tes propres signes à interpréter, tout comme tu peux prendre les miens en général.
- C'est quoi tes signes ?
- Avant et arrière (oui), gauche à droite (non), en cercle (peut-être ou bof) devant toi. Il va te falloir un petit temps d'adaptation. Mais à la fin, tu vas devenir habitué.
- D'accord.
- Avant chaque séance, tu dois te piquer le doigt. L'amulette fonctionne avec ton propre sang. Tu fais sortir une goutte, tu trempes le bout de ton amulette dedans : la porte pour les esprits et communiquer avec eux est ouverte. Quand tu essuies le sang de ton amulette, la porte se referme. C'est l'un des moyens le plus sûr pour communiquer avec eux dans les débuts. Mais toi, tu les vois tous pas vrai ?
- Oui. Je vois les esprits positifs, négatifs et neutres.
- D'accord. Alors tu n'as pas besoin du cercle de pierres fines.
- Un cercle de pierres fines ?
- Oui. J'ai une amie qui communique avec ses gardiens et ses amis gardiens par le pendule et elle ne les voit pas ni les entend. Alors elle dispose un cercle de pierre dont chacune représente une personne ou un gardien en particulier. Je t'expliquerai une autre fois.
- D'accord. »
Elle prit une aiguille, la désinfecta et me demanda de lui passer mon doigt. En faisant une moue, je lui tendis ma main et rapidement, elle me piqua, je grimaçai et elle pesa sur le bout de mon doigt pour faire sortir une goutte de sang et tremper le bout de l'amulette.
« À chaque début de séance, tu dois toujours, toujours répéter les règles de l'interprétation. Oui, c'est d'en avant à l'arrière devant toi. Non, c'est gauche à droite devant toi. Peut-être, je ne sais pas ou bof, c'est en cercle devant toi.
- Pourquoi ''devant moi'', Grand-Mère ?
- Parce que si l'esprit est assis à ta droite, son oui pour lui devient le signe du non pour toi, tu comprends ?
- Ah oui !
- On va essayer. À chaque fois, tu demandes le nom de l'esprit que tu veux contacter, tu lui dis les règles, puis à chaque fin de séance, tu dis toujours un "merci".
- D'accord ! »
Après quelques essaies et une semaine complète de pratique, j'étais devenue habile et très douée, bien que je n'aimais pas trop le fait de me piquer le doigt. Au bout d'un moment, je demandai à Grand-Mère Torogai-Shi si je pouvais arrêter de me piquer le doigt. Ayant bien acquérir les connaissances du pendule et les risques liés à cette pratique, elle me confirma que je pouvais arrêter de me piquer : mon énergie était déjà dans le pendule. Une bonne fois, j'osai demander quelque chose à Hana.
« Hana ?
- Oui ?
- Est-ce que tu veux venir ici s'il te plait, j'aimerai te demander quelque chose.
- Oui, mon cœur ?
- Est-ce que tu es capable de déterminer si Amaya-Chan a un gardien ou une gardienne comme moi ? Je ne sais pas, puisque je n'ai rien vu en allant à Kanbal.
- Veux-tu qu'on essaie avec le pendule ? Je vais aller à Kanbal et revenir, et je te donnerai les réponses via le pendule.
- D'accord.
- Je reviens. »
Elle partit pour revenir après cinq minutes. Je pris mon pendule et posai mes questions.
« Alors ?
- Je suis prête.
- D'accord. Alors ''oui'', c'est avant-arrière devant moi. ''Non'', c'est gauche à droite devant moi. ''Peut-être, bof, je ne sais pas,'' en cercle devant moi. Prête ?
- Oui. »
Hana toucha du bout du doigt mon pendule pour lui faire faire le mouvement désiré.
« A-t-elle un gardien ou une gardienne ? demandai-je en stabilisant mon pendule. Fait oui pour une fille, non pour un garçon.
- (Oui).
- Est-elle grande ?
- (bof, quand même assez)
- Comme ma mère ?
- (Oui, on peut dire). »
Le soir, toute joyeuse, j'osai dire le tout à mon père.
« Les gardiens peuvent voyager sans frontière contrairement à nous, pas vrai Papa ?
- Oui, exact. Pourquoi ?
- J'ai demandé à Hana si elle pouvait jeter un coup d'œil à Kanbal pour me dire si Amaya était une réincarnation et si elle avait une gardienne et elle a dit que oui.
- Fais attention quand même.
- Tu penses que ce que je fais est dangereux ?
- Tu commences. Ce n'est pas pour te faire peur, mais tu commences à jouer avec le feu... Hana court un grand risque d'aller aussi loin... elle pourrait rapporter un virus.
- Je ne pouvais pas savoir, elle semblait si sûre... !
- Il faut juste vraiment qu'elle fasse attention car elle pourrait rapporter un virus... pas un virus genre maladie, non, un autre genre de virus. Un esprit qui pourrait prendre possession d'elle...
- Tu me réprimandes ou tu la réprimandes elle ? avais-je commencé à s'enflammer. Je voulais juste aider Amaya que je connaissais et savoir si elle était comme moi avec un gardien !
- Je ne réprimande personne, je ne vous en veux pas. »
Sous le coup de la colère, je m'étais retournée dos à lui et m'était mis en bonhomme dans le coin.
« Tu me boudes vraiment ? s'enquit mon père en faisant une moue.
- Ma bulle a éclaté !
- Je t'ai fait tant peur et je t'ai mise en colère, poussin ?
- Non ! C'est juste qu'Hana m'avait donné vraiment beaucoup d'information sur la gardienne d'Amaya et j'étais prête à tout te dire... mais plus maintenant ! Tu ne sauras rien !
- Désolé... je t'ai fait peur...
- Je veux juste ne pas punir et faire payer Hana de mes erreurs de débutante à la noix... je n'ai plus envie de prendre mon pendule... je n'ai même plus envie que ma réincarnation se réveille ! »
Les yeux remplis de larmes, je jetai mon pendule du bout des doigts et me suis retournée à nouveau devant le coin de mur.
« Alika... ne fais pas ça.
- Va-t'en ! Je ne communiquerai plus jamais avec les esprits ! Je déteste mon don !
- ... Tu es tellement cute quand tu me parles des conversations que tu as avec tes gardiens esprits... malheureusement, quand on a un don, on ne peut pas le retirer.
- Je vais les ignorer ! »
Papa soupira et essaya de chercher le pendule à quatre pattes.
« Bizarre, je ne la retrouve plus... pourtant je croyais l'avoir vu tombé là...
- ...
- Poussin, Papa est désolé. Je voulais juste te mettre en garde. Mais tu ne seras jamais capable de fermer ta vision de les voir. Tu peux essayer de les ignorer, mais je sais que tu vas leur parler encore, moins souvent certes, mais toujours. De plus, tu seras toujours abordé par eux, car ils savent que tu les vois… si on t'a offert ce don, c'est que tu dois en faire bon usage.
- Va-t'en !
- Je pars… on se voit au souper. »
C'est donc ainsi que je perdis mon pendule et malgré le ménage fréquent que mes parents faisaient dans la pièce, ils ne la trouvèrent pas non plus.
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Les âmes nouvelles
» J'achetai un nouveau pendule suite à mon premier que j'avais perdu plus tôt. Je pouvais toujours ressentir si ma mère attendait une fille ou un garçon lors de ses grossesses. Je lui en fis donc part alors qu'elle attendait ma petite sœur, Motoko. J'étais alors âgée de douze ans.
« Je crois que tu attends une petite fille, lui dis-je.
- Comment le sais-tu ?
- Ça fait plusieurs fois que rêve que tu as un bébé fille.
- Ah oui ?
- Tu ne me crois pas ?
- Je suis seulement curieuse.
- C'est quoi ton sentiment, à toi, Maman ?
- Hum... personnellement, une fille ou un garçon, tant qu'il est santé et naisse vivant, ça me convient. Mais pour répondre à ta question, j'ai également le sentiment que c'est une fille.
- Je remporte quoi si j'ai raison ? m'égayai-je. Un voyage à Kanbal ?
- Oh, je n'en sais rien encore. Je vais avoir un bébé à ma charge. »
Je fis une moue déçue. Je voulus utiliser mon nouveau pendule pour connaître le sexe du bébé à venir mais Jiguro m'arrêta vivement en me disant de laisser aller le hasard, et que ce procédé directement appliqué sur une femme enceinte pouvait faire en sorte que Maman perde le bébé et fasse de nouveau une fausse couche. Elle qui en avait déjà vécue une et était fragile, émotionnellement, depuis. J'étais en train de manger une collation quand je vis un nouvel esprit proche de la porte. Une femme aux cheveux noirs court, aux yeux bleus clairs et au teint pâle. Elle portait un kimono mauve très simple. Je me levai, demandai à Jiguro et au Gardien de mes parents de m'accompagner.
« Oui ? fis-je.
- Bonjour, je suis la gardienne du futur bébé qui naîtra dans deux mois, se présenta la femme. »
Étrangement, elle, je n'étais pas du tout méfiante à comparer de ma première rencontre avec les gardiens de Nao. Il ne fallut pas long feu ni grande hésitation pour lui permettre de rentrer. Kasem arriva à son tour et je fis plus ample connaissance avec cet esprit gardienne qui était réservée, mais pas timide.
« Je m'appelle Kusanagi Shosa. La petite qui va naître est une nouvelle âme. Elle en est à sa toute première incarnation sur cette terre.
- D'accord. Je comprends. Ne t'inquiète pas, notre famille est très bonne.
- Je le ressens. »
Comparativement à la naissance de mon frère, où ma mère semblait encore confiante, cette fois-ci, elle se cramponnait de toutes ses forces à moi et à Papa. Grand-Mère m'initiait un peu à la naissance. Papa aida Maman à se redresser légèrement quand sa position accroupie s'affaiblissait. Bien qu'il n'y ait aucune complication au niveau physique, mentalement, ma mère n'avait pas tous ses esprits et avait de la difficulté à faire sortir le bébé. Je toisais les gardiens de mon petit frère pour voir s'ils en étaient responsables. Depuis un certain temps, quand tout allait mal, j'avais cette habitude de mettre le tout sur le dos des gardiens de mon frère. Mais ils étaient tous les trois occupés à divertir mon frère dans les escaliers. Ils ne portaient même pas attention à ma mère qui souffrait.
« La tête est bientôt là..., essaya de l'encourager Grand-Mère. Je sais que tu es très fatiguée, Balsa, mais courage !
- Mais je ne peux pas ! J'en peux plus !
- Maman... murmurai-je alors que je ne l'avais jamais vu dans un tel désespoir.
- Concentre-toi, lui murmura Papa en caressant ses cheveux. Tu es en train de te bloquer. Allez ma chérie, tu vas mettre au monde un autre magnifique bébé. Tu peux y arriver. »
Elle poussa un cri rauque et profond, chose qui m'effraya un instant et je me reculai un peu plus sans lâcher sa main. Karuna, qui était revenu de Kanbal pour la naissance, fit son entré. Il s'agenouilla proche d'elle et promena ses mains au-dessus de son ventre. Je sais que mes parents ne le voyaient pas de même pour Grand-Mère.
« Pour un quatrième bébé qui sort de ce ventre, c'est anormalement très long, murmura-t-il. Il se passe quelque chose au niveau, non pas physique, mais psychique (il se redressa à la tête de Maman). Ta mère est tourmentée, je ne sais pas ce qui fait en sorte qu'elle bloque... mais une chose est sûre, elle semble avoir de la difficulté à lâcher prise.
- Tu peux faire quelque chose, Grand-Père ? demandai-je dans ma tête.
- Je vais essayer, je suis un guide guérisseur. Mais avant, propose à Balsa de se suspendre après le morceau de tissus suspendu au plafond. La position accroupie ne l'aide pas pour cette fois-ci. »
J'hochai la tête et proposai vivement à Maman de se suspendre. Avec l'aide de Papa et Grand-Mère, elle se redressa, le kimono ouvert et se suspendit, limite debout. Karuna plaça une main sur son front et je vis de petites perles lumineuses sortir de son front. C'est à ce moment que ma mère lâcha prise et d'un seul coup, la tête de ma petite sœur apparut avant de sortir en entier entre deux poussées, dans mes bras.
Motoko ne voyait pas les esprits, bien que bébé, ses yeux suivaient parfois mes gardiens et ceux de Nao, elle ne leur avait jamais vraiment prêté attention et préférait davantage être dans les bras de Papa ou être au sein de Maman. À quatre ans, elle ne voyait plus rien. Elle était une enfant dite « normale ».
Maman tomba encore enceinte et, cette fois-ci, je sentais qu'il n'y avait pas qu'une seule âme mais deux âmes dans son ventre. Son ventre était aussi plus gros pour le mois qu'elle était rendue et il bougeait vraisemblablement beaucoup. Tellement que je voyais les mouvements des bébés à travers sa peau. Je m'amusai avec les jumeaux en plaçant mes mains aux endroits où ils bougeaient. Ce petit cirque amusait beaucoup ma mère. Papa eu également cette supposition que Maman attendait des jumeaux.
Comme pour mon petit frère et ma petite sœur, encore une fois, j'accueillis un nouveau gardien dans la maison qui était là pour les futurs bébés. Il ne voulut pas nous dire son nom, il devait avoir à peu près onze ans et possédait de petites oreilles pointures, un teint bronzé, des cheveux noirs ondulés ainsi que des yeux verts et était très timide. Je ne le poussai pas plus dans le dos et le laissai faire.
Ce n'est qu'au mois de juillet qu'on ne put réellement confirmer si Maman avait vraiment des jumeaux. Il avait été décidé par mère nature qu'il y aurait un violent orage cette nuit-là. Je ne dormais pas, et bien que j'étais âgée de quinze ans, je chignais encore comme un bébé alors que Nao, sept ans, était calme et berçait Motoko pour qu'elle s'endorme. Elle ne semblait pas nerveuse elle non plus.
Hana aussi avait peur des orages. Elle était cramponnée à Jiguro qui était très relaxe alors que Seiji dormait. Un autre coup retentit, je montai en haut en pleurnichant, me logeant dans les bras de ma mère avec son ventre énorme prêt à éclater... en expression. Elle ne dormait pas.
« Maman... geignis-je en la serrant contre moi.
- Tu n'as jamais aimé les or— »
Elle se stoppa net en mettant une main sur son ventre et commença à gémir et à souffler. Je croyais que je lui avais fait mal en la serrant trop fortement.
« Désolée...
- Non... ma chérie, j'ai eu ma première contraction et elle était puissante.
- Pas maintenant... pas dans cet orage... gémis-je. Retiens les bébés, Maman...
- Quand un bébé veut naître, tu ne peux pas l'empêcher, rit-elle en voyant ma panique des orages. »
Tout se passa rapidement. Les gardiens de Nao observaient de temps en temps, mais moins que les miens qui étaient toujours avec ma mère à chaque naissance. Tout se passa rapidement, mais quelque chose de pas commun se produisit : le premier bébé ne naissait pas la tête première, mais les fesses en premier. Je regardai Hana, puis Grand-Mère.
« Je n'ai presque jamais assisté à un accouchement de la sorte, m'avoua Grand-Mère.
- Mais vous êtes chamane, répliquai-je.
- On m'appelait uniquement en dernier renfort. Ne peux-tu pas contacter les esprits ?
- Hum, je vais essayer, dis-je alors que ma mère ne pouvait s'empêcher de pousser. Ça peut s'avérer plus difficile...
- Laisse-moi prendre ta place, Alika, me demanda Hana. »
Je laissai Hana prendre possession de mon corps. Avec mon corps, elle s'approcha de ma mère qui avait réussi à faire passer tout le corps, sauf la tête. La tête coincée, rien n'aidait mes parents à ne pas paniquer. Prenant ma voix, Hana demanda :
« Maman, peux-tu te mettre à quatre pattes ?
- Eh ?
- S'il te plait. »
Maman obéit.
« Le "truc" dans un accouchement par le siège consiste à fléchir la tête, expliqua-t-elle, car une tête en extension a du mal à sortir. Pour fléchir la tête, il faut trouver le visage du bébé, et appuyer sur les joues ou sur la bouche/le menton afin d'incliner la tête. Maman ? Ça va toujours ?
- Arrggghhh... Alika ! Fait juste sortir ton frère et ça urge !
- Désolée !... »
Dans un moment de tension, autant pour mes parents que pour ma Grand-Mère et moi-même, Hana réussit à faire sortir tranquillement la tête de son frère. Il bougeait mais n'arrivait pas à respirer. Alors elle couvrit sa petite bouche et son nez de la mienne et souffla doucement, avant de lui tapoter la poitrine et le dos, mes parents en panique, muets et se regardant à tour de rôle. Le bébé ramena ses jambes proches de son corps et devint rouge en vagissant. Elle me laissa regagner mon corps.
« Le voilà.
- Je sais pas ce que j'aurai fait sans toi, Alika, murmura Maman en pleurant. D'accord, place au second, laisse-moi juste me replacer. »
Et le second bébé naquit sans problème, tête en bas en seulement deux poussées. J'avais raison depuis le début : deux âmes allaient s'incarner pour la première fois sur terre. Ils étaient totalement identiques et je me demandais carrément comment mes parents allaient faire pour les différencier.
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Amaya, la réincarnation passée retrouvée
» J'ai retrouvé Amaya quand j'avais dix-huit ans. Je ne pensais pas la croiser au Nouvel Empire de Yogo. Encore moins au bas-ougi lorsque Maman m'envoya, cette matinée-là avec Motoko, âgée de cinq ans, faire des courses. Après avoir pris un raccourcit pour nous faciliter la tâche et fait quelques emplettes, tout se passa très rapidement, mais pour moi, ce fut au ralentit. Hana avait arrêté tout mouvement et regardait une autre personne – qui en fait, était un esprit. Une énergie familière se faisait ressentir et je levai les yeux vers la personne : ces yeux bruns pétillants, ce grain de beauté sur le dessus de sa pommette gauche, ces cheveux bruns et ce visage angélique ainsi que cet habit Kanbalese... Elle se tenait là, devant moi... Sans aucun doute, c'était Amaya. Elle me regardait comme si elle m'analysait puis, mit son poignet en face d'elle et regarda le bracelet d'amitié qui me disait clairement de quoi. Je fis la même chose et regardai ma lance : après tout, les femmes maniant la lance devaient être encore assez rares de nos jours. Soudain, elle s'avança vers moi :
« Eh... A... Alika-Chan ?
- Amaya ? essayai-je à mon tour. »
Soudain, alors que Motoko se prenait des Hekimooms, elle se retourna vivement vers nous en nous entendant crier de joies alors qu'on se serrait dans nos bras.
« Qu'est-ce que tu fais là ?! m'exclamai-je.
- Je te poserai la même question !
- Attends une minute, et si on allait à un restaurant pour remettre nos nouvelles à jour ?
- Oui, mais je ne pourrai pas rester indéfiniment, je dois aller travailler bientôt.
- D'accord. (Je me tournai vers Motoko) Viens Motoko, on va aller s'asseoir. »
Toujours sans parler, en train de se régaler d'Hekimooms, Motoko nous suivit sans broncher. C'est ainsi qu'Amaya nous expliqua pourquoi elle avait déménagé au Nouvel Empire de Yogo et qu'elle s'occupait d'une garderie, plus d'une petite friperie destinée aux enfants. Je lui présentai à mon tour Motoko, lui offris les nouvelles de ma famille. Je compris également que la personne qu'Hana regardait était en fait la gardienne d'Amaya. Cette fameuse gardienne alors que j'avais mis Hana en danger à mes neuf ans. Elle avait de longs cheveux blonds bouclés qui lui arrivaient au bas des fesses, des yeux verts émeraudes, une peau blanche et portait un kimono simple a manche longue et se terminant en petite jupe droite. Amaya dû repartir pour aller travailler : on se donna un second rendez-vous, cette fois-ci sans ma petite sœur.
