Note : Ce chapitre-ci est un chapitre bonus pour éclairer des mystères que je n'aurai jamais raconté après Kazoku no Moribito. Je pensais laisser en suspense pour mieux faire aller l'imagination des lecteurs, mais après y avoir pensé mainte fois, j'ai trouvé ça agaçant de ne pas savoir. Donc voici ce qui se passe dans la vie d'Alika en tant que médium, et un peu lors de sa thérapie, après Kazoku no Moribito !
Bonne lecture !
Partie IV – Bonus : Okoku no Moribito*
Nouvelle Vie
J'ouvris les yeux sur le plafond de ma chambre. L'été était enfin arrivé à Kanbal, bien qu'un peu plus froid que ceux du Nouvel Empire de Yogo, je me sentais bien ici. Je me sentais chez nous. Je m'étirai : ça faisait deux ou trois mois que Maman était repartie à Yogo avec Niisan, après être restés proche d'un an avec moi lors de mes débuts avec mes thérapies afin d'aller mieux. Ça n'a pas été facile ni très simple. J'ai eu de nombreux hauts et bas durant cette période-là. Mais, je vais peut-être commencer par le début, je veux dire... là où Tante Yuka a vraiment commencé à m'aider pour aller mieux.
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Un an plus tôt, début de la thérapie
Quelques jours suivant notre arrivé à Kanbal, Tante Yuka me proposa d'aller me promener. De m'aérer les esprits avec l'air frais du royaume Natal de Maman. J'osai le faire, armée de ma lance, un peu craintive puisque c'était la première fois vraiment que je sortais seule, dans une foule, voire même, dans un endroit bondé de gens depuis cette nuit-là. À chaque homme que je croisai, je priai intérieurement qu'ils partent au plus vite. Inconsciemment, je serrai les cuisses. Bien que je ne voyais plus les esprits, je pouvais toujours ressentir les énergies des humains, des esprits et voyais des ombres. L'énergie familière de Jiguro me réconfortait avec celle d'Hana. Alors que je ne regardai pas devant moi, je fonçai dans quelqu'un.
« Regarde où tu marches, femme ! me dit sévèrement la voix d'un homme. »
Je levai les yeux d'un regard neutre et vit que sa lance portait un anneau en or. Aussitôt, une pensée rapide me vint à l'esprit : c'était un lancier du roi... Je continuai de l'observer.
« Vous êtes un lancier du roi, de ce que je peux apercevoir.
- Oui. Ouh la, les gens de nos jours, personne ne sait offrir du respect pour les plus hauts placés de la hiérarchie... »
On se regarda un moment dans les yeux : il me disait vraiment de quoi.
« Hum, se racla-t-il la gorge, je vais paraître très indiscret, mais... vous êtes une femme et vous portez une lance également.
- Je sais, c'est rare, encore plus à Kanbal. Mais j'ai cette lance depuis que je suis gamine.
- J'ai déjà connu une fille dans mon enfance qui était excellente aux arts martiaux. Elle m'a d'ailleurs motivé pour devenir lancier du roi, chose que j'ai réussi à faire, mais je ne l'ai pas revue depuis, elle était retournée voir son Papa l'année suivante. Mais là, je m'emballe trop loin... voyons, son nom c'était quoi déjà ? Ahri... Ali... Alika je pense. Bref, une gamine assez talentueuse.
- ... Tu es Shozen, pas vrai ? Shozen du Clan Yonsa, vrai ?
- Oui ! Comment sais-tu ? »
Je souris.
« Mon vieux, si j'avais eu une vraie lance, tu serais mort ou en mauvais état à l'heure qu'il est. »
Il me regarda comme si j'avais dit de quoi d'extrêmement surprenant.
« Non... pas vrai... c'est toi ?
- Alika Yonsa, en chair et en os devant toi, ris-je.
- Ça alors...
- Tu te souviens encore de cette phrase ? Je pensais que tu l'aurais oublié avec le temps !
- Moi ? Oublier la défaite que j'ai eue contre toi quand j'avais huit ans et toi sept ans ? Jamais, que dalle ! »
Il regarda autour de lui et voyant que plusieurs gens nous regardaient, ce qui me rendait très mal à l'aise désormais, m'attira à un endroit plus calme en nous commandant à manger – deux lossos profondément frit avec deux Lakalle, des boissons à base de lait de chèvre fermenté, et des Jokoms, des douceurs cuites fourrées de crème de noisettes – malgré que je ripostai pour payer ma part, il refusait.
« Tu es venu seul ? demandai-je.
- Non, j'ai quelques-uns de mes camarades qui avaient quelques emplettes à faire. Ils vont venir nous rejoindre un peu plus tard. Et toi, parles-moi de toi. Tu es venue en vacances avec ta mère, ou seule, ou...
- C'est compliqué, avouai-je.
- Comment ça ?
- Oh, vraiment besoin de le savoir ? »
Après tout, je venais tout juste de retrouver un ancien camarade d'enfances, je n'étais quand même pas pour lui raconter tout en profondeur ma vie et surtout pas mon agression du quel j'avais été la proie. Je lui parlais de ma petite sœur et de mes petits frères et que j'étais sortie avec une fille, mais que nous n'étions plus ensembles. Je tournai autour du pot. Enfin, ses camarades arrivèrent, trois d'entre eux, et nous virent. Il me fit les présentations et après avoir terminé notre petit en-cas, il me regarda.
« Dis, Alika, que dirais-tu d'un petit combat de lance ? J'aimerai voir tes progrès. Et peut-être avoir une revanche. Ça ne te dérange pas trop si on a quelques spectateurs ? »
Je mordillai ma lèvre inférieure. À part trainer ma lance avec moi comme un doudou, je n'avais pas pratiqué de nouveau mes katas et mes habilités à la lance. J'avais un blocage depuis ma nuit, ce soir-là. Soudain, je me sentis bizarre au niveau de l'abdomen, au niveau de la poitrine. Ma vision changea un peu et je sentis que je ne contrôlais pas mes mouvements. Une possession ? Jiguro ?
« Pourquoi pas, dit-il en imitant à la perfection ma voix. Ce pourrait être amusant. »
Est-ce que Jiguro prenait possession de mon corps pour m'aider un peu à remonter la pente ou pour me protéger ? Il a toujours veillé sur moi, dans cette vie-ci. Je suis sa protégée, et il ne permettra pas qu'on m'humilie à nouveau car il avait un grand sens de la loyauté et de la justice. J'étais la fille de Balsa, celle même qu'il considérait comme sa propre fille depuis ses six ans. Il détacha ma cape et attendit le signal de Shozen.
« Jiguro, gémis-je intérieurement.
- Fais-moi confiance. Je suis là pour t'aider et ça fait longtemps que je n'ai pas combattu quelqu'un, dit de ''vivant''.
- D'accord... »
Je le laissai donc faire. Shozen se positionna et moi, dans ma tête, j'observai, telle une spectatrice, Jiguro contrôler mon corps. Ses trois amis vinrent s'installer et je vis une foule s'approcher de nous.
« Tu as dit que nous ne serions qu'avec tes amis..., fit Jiguro qui s'inquiétait de mon état.
- Bin... Un lancier du roi qui se... bat amicalement, surtout contre une femme lancière – tu es comme la seule femme de Kanbal que je connais qui manie une lance – ça ne court pas les rues. »
Mon gardien soupira et se positionna. Shozen offrit le signal, mais Jiguro lui demanda gestuellement de venir le premier vers moi. Chose qu'il accepta et il arriva sur nous, donna un énorme coup de lance vite paré par Jiguro. Aussitôt, mon gardien se mit à combattre judicieusement. Il parait tout en attaquant et j'en pris note quand même. Un murmure d'admiration parcourut la foule qui s'agrandissait lentement. Jiguro tourna sur lui-même et effectua un angle de 180° degré avec ma lance. Shozen, qui semblait faire partis des meilleurs lanciers du roi fut rapidement désarmé.
« Alika, tes mouvements ressemblent tellement à ceux de...
- Jiguro ? Ça doit être une coïncidence, je ne connais pas Jiguro, mentit-il à ma place. Même si on me le dit souvent... »
Après un combat de courte durée, Shozen fut acculé au pied du mur, sous le regard stupéfait et dubitatif des spectateurs. Ma lance sous la gorge, il s'autoproclama perdant et me félicita. Jiguro tendit ma main et l'aida à se redresser.
« Il semblerait que tes capacités à la lance ce sont encore améliorés, pantela-t-il. Et moi qui croyais que j'avais suffisamment amasser de l'expérience pour être de ton calibre...
- Oh, crois-moi, tu t'es amélioré. Mais ce n'est pas suffisant pour me battre... pas pour le moment, du moins, se venta Jiguro de ma part.
- Hey, Shozen, murmura un de ses amis dans son oreille, qui est cette femme ?
- Une amie d'enfance...
- Ça dirait qu'on aille prendre un verre ce soir avec elle ?
- Pourquoi pas ! Dis, Alika, ça te dirait de venir boire un verre avec nous ?
- Ce soir ? Maintenant ? questionnai-je tandis que Jiguro me laissait reprendre possession de mon corps.
- Pourquoi pas.
- ... D'accord. Où ?
- À la taverne, à l'orée des frontières entre le Clan Yonsa et le Clan Musa. À dix-huit heures disons, ça te convient ?
- Ça me convient. »
Je n'étais pas sûre de ma décision. Toutefois, je tournai les talons et allai vers la maison de guérison de Tante Yuka. C'était le début de l'après-midi, et me sentant vidée de mes forces, je décidai d'aller prendre une sieste dans ma chambre. J'enlevai mes bas, mes pantalons et me mis confortable pour bien dormir. Chagum-Niisan vint m'accompagner pour dormir aussi et je le priai de m'accompagner à ma soirée, afin qu'il m'offre une sécurité. Je fis une sieste sans rêves, avant de me faire réveiller par Tante Yuka.
« Alika ? Le souper bientôt prêt.
- Il est quelle heure ?
- Dix-sept heures ma belle.
- Oh ! merde, j'ai une soirée à dix-huit heures avec des amis ! Niisan vient avec moi.
- Déjà une soirée ?
- Ouais, j'ai retrouvé Shozen-le-jaloux et il m'a invité avec quelques-uns de ses copains à aller boire à la taverne, proche de la frontière entre les deux Clans.
- Je vois.
- Je ne pourrais pas souper, je mangerai là-bas.
- D'accord, alors, sois prudente. Et surtout, amuses-toi bien.
- Merci Tante Yuka. »
Je lui donnai une accolade et commençai à me changer. Rien de provocateur. Un sarashi bien serré pour camoufler ma poitrine le plus que possible, un kimono double fermé jusqu'au début de mon cou, des pantalons et une simple breloque dans les cheveux. Maman entra dans ma salle de bain au moment où je terminai de passer mes doigts dans ma chevelure pour retirer des mèches superflus.
« Tu te mets belle, me complimenta-t-elle.
- Je sors avec des amis, répondis-je. Niisan m'accompagne.
- Déjà ?
- Ouais... j'ai retrouvé un ancien ami d'enfance.
- Qui est ?
- Shozen-le-jaloux. On a un peu combattu amicalement à la lance. Il est bon. Il fait partie des neufs lanciers du roi.
- Il a beaucoup progressé alors.
- Il semblerait que oui. »
Je me piquai une petite miche de pain rapide, mis un peu d'argent dans une petite bourse et empruntai notre cheval de Kokku pour me diriger vers la taverne avec Chagum.
« Je suis un peu nerveuse, lui confessai-je.
- Je suis sûr que tout ira bien.
- Et si on me touchait ?
- Je te défendrai, me rassura-t-il.
- D'accord... »
Après avoir observé le paysage qui se réveillait lentement du lourd et froid hiver que Kanbal avait vécu, nous arrivâmes à la taverne désignée. Nous laissâmes notre cheval au palefrenier et entrâmes. Je collai le bras de Chagum comme si ma vie en dépendait. Je le sentis me caresser les cheveux et nous diriger vers le bar afin de se payer un verre.
« Ah les voilà ! nous interpella une voix familière.
- Shozen, répondis-je.
- Bien le bonsoir Dame Alika, avec ton cavalier ?
- Mon Niisan, l'aidai-je.
- Ah ! oui, il me semblait que quand tu étais plus jeune, tu avais dit que tu avais un grand frère, est-ce bien celui-là ?
- Tout à fait. Tu as une bonne mémoire, le félicitai-je.
- Je sais !
- Je m'appelle Chagum, se présenta-t-il. Enchanté. »
Ils se serrèrent la main et après avoir reçu nos verres, nous allâmes les rejoindre à une banquette. Je ne parlai pas beaucoup, et quand ils m'invitèrent à aller danser sur la piste de danse avec eux, je refusai poliment. Ils se demandèrent pourquoi, mais Chagum trouva une excuse comme quoi depuis un incident banal, une de mes hanches me faisait souffrir de temps en temps. Et que l'alcool n'aidait pas. Ils allèrent danser avec les autres dames et je les regardai passivement. Je n'avais peut-être plus ma vision spirituelle normale, mais Grand-Mère Torogai l'avait assez atténué pour que je ne voie que des ombres (les gardiens, en sommes). Parfois elles étaient blanches – des positifs –, blanches translucides avec des étincelles – pour les personnes dont l'énergie était niveau Archange –, parfois noires – négatifs et démons –, rarement grises, pour les neutres et neutre-variant. Je continuai de parler avec Chagum, ainsi que quelques-uns des amis de Shozen, la soirée passa lentement.
Soudain, du coin de l'œil, je vis une jeune fille entrer dans le bar avec une gang d'amis. Je ne la lâchai pas des yeux, elle avait une énergie imposante, puissante et très rare que même les esprits et les humains n'atteignaient presque pas : une neutre, non pure, avec un partiel de positif. Rare sont les gens qui développe autant leur côté neutre – à moins d'être un neutre pur qui n'est pas fou – et croyez-moi, elle n'avait rien d'humaine malgré sa forme humaine. De plus, quatorze autres esprits la suivaient et elle possédait deux gardiennes avec elle. Chose encore plus rarissime, bien que j'en possédais trois.
« Alika ? me demanda Chagum, me sortant de ma contemplation.
- Hein ? Quoi ? m'étonnai-je en me redressant.
- Ça va ? Besoin de sortir prendre l'air ?
- Je vais bien... J'aime être dans la lune, parfois.
- J'ai bien vu ça, rit-il. À quoi pensais-tu ?
- Pas grand-chose en particulier... »
Chagum se perdit dans une conversation palpitante avec un des amis de Shozen dont je n'avais pas retenu le nom. De mon côté, ça ne me dérangeait pas du tout de regarder et garder du coin de l'œil la jeune fille : son énergie était vraiment bonne et attirante. Elle respirait une énergie saine et protectrice, douce à la fois ferme. Quelque chose me disait d'aller la voir, d'aller lui parler, mais je n'osai pas. Elle ne semblait pas voir les esprits en tant que tel, mais elle réagissait à leur présence. Comme la grande masse et ombre noire qui la suivait. Il devait faire 1m95, et je sentais que c'était un homme faucheur, un fils de la mort, un homme en blanc. Parfois, il se penchait pour l'embrasser sur la joue et peu de temps après, elle se frottait la joue au même endroit où le faucheur l'avait embrassé.
En fait, plus que je regardais sa horde, plus je voyais avec grand intérêt qu'elle avait trois esprits faucheurs qui l'accompagnaient, dont une qui était sa gardienne. Pouvaient-ils être les sœurs et le frère de Nahoko ? La femme en blanc que Tante Yuka possédait. Cette jeune fille n'était pas comme les autres, même, pas comme les autres humains et médiums. Je ne me souviens plus combien de temps je suis passée à la fixer du coin de l'œil. Elle avait de longs et soyeux cheveux rouges foncés ondulés, une frange en dégradée, et portait également des vêtements tout blanc, comme si elle cherchait à imiter l'habit de ses faucheurs. À son doigt, quelque chose scintillait : une bague ? Soudain, je la vis se diriger dehors comme si elle voulait prendre l'air.
« Désolée, Niisan, je dois aller prendre l'air...
- Besoin que je t'accompagne ?
- Ça ira... pour cette fois-là.
- Es-tu sûre ? s'inquiéta-t-il.
- Oui, ne t'en fait pas. »
Je me levai avec ma lance et partis rapidement à la suite de la jeune fille qui était suivie de ses deux gardiennes ainsi que de la grande masse noire. Je sortis et essayai de faire comme si de rien n'était. L'air me fit du bien et soudain, je croisai le regard de la masse noire. Mon cœur manqua un battement, car cette fois-ci, depuis quelques mois, c'était la première fois depuis mon don atténué que je voyais le visage complet d'un esprit. Il avait des yeux bleus nuit, les cheveux noirs courts et en bataille naturellement avec une mèche qui retroussait sur le haut de sa tête, un peu de barbe, le teint pâle et il était grand, 1m95, et musclé. Je détournai le regard rapidement.
« Tu nous vois, n'est-ce pas ? s'adressa l'esprit faucheur dans ma tête.
- Oui... enfin, parfois.
- Ton don a été coupé, ou plutôt atténué... tu es médium, non ?
- Oui.
- Je vois... Peut-être allons-nous nous recroiser. »
J'hochai oui de la tête et entendis quelqu'un interpeller la jeune femme.
« Messiah ! Te voilà !
- Oh, oui je suis là, j'avais juste besoin de prendre l'air parce que j'ai trop chaud... »
Messiah ?... Messiah, c'est ainsi qu'elle s'appelle ? pensai-je. Intéressant. Je vais retenir son nom, peut-être pourrais-je la recroiser, et je l'espère. Je rentrai de nouveau à l'intérieur. Nous restâmes pendant encore quelques heures, mais dépassé minuit, Chagum et moi reprîmes le chemin du retour.
« Alors Alika ? Ça s'est bien passé, non ?
- Oui... en effet... mais je suis un peu fatiguée.
- C'est normal. Tu as dépensé beaucoup d'énergie dans un endroit aussi petit et bondé. C'était ta première expérience de la foule depuis cet incident ?
- À peu près... oui.
- Tu as très bien fait ça. »
Il me sourit et je lui renvoyai son sourire.
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Crossroad
» Les deux semaines suivant cette petite sortie entre amis, je n'avais plus sorti mon nez hors de chez Tante Yuka. Je restais sois dans ma chambre à relaxer, à écrire ou à dormir ou bien je me promenais dans la maison de Tante Yuka, par-ci, par-là. Alors que je passais dans le couloir, j'entendis Tante Yuka parler avec une jeune femme dans le salon. Je me dirigeai alors vers la pièce désignée et jetai un coup d'œil furtif et intrigué. Et c'est là où mon cœur manqua un battement... C'était elle. La Messiah de la taverne. Elle était franchement bien habillée, de blanc comme toujours, bien assise droite sur sa chaise avec un sourire radieux. Ses quatorze autres esprits qui la suivaient étaient assis un peu partout et Nahoko, la femme en blanc de Tante Yuka, la seule que je voyais malgré mon don atténué, semblait dans une conversation palpitante avec, sans aucuns doutes, deux de ses sœurs.
« Alika-Chan ! m'appela Tante Yuka.
- Eh bonjour..., dis-je. Ne vous dérangez pas pour moi surtout—
- Non, ne t'en fait pas. Je vais te présenter la fille d'une de mes très bonnes amies.
- Où est ma mère ?
- Partie faire quelques emplettes sur la place marchande. Elle ne va revenir qu'à midi.
- Ah...
- Tire-toi une bûche. »
Je pris place sur la chaise à côté de ma grande Tante Yuka et essayai de mon mieux possible de ne pas trop scruter Messiah. Tante Yuka m'expliqua à quel point Messiah était une petite artiste, et que, de temps en temps, venait parfois aider à la maison de guérison pour l'art du Reiki. Une méthode de soins d'origine japonaise, fondée sur des soins énergétiques par apposition des mains ou de pendule – petite masse accroché à un fil –. Mais avec le nouvel emploi de Messiah, cette dernière venait de moins en moins souvent. Yuka en profitait aussi pour me présenter comme étant sa petite-nièce, et je voyais que Messiah semblait autant intriguée par moi que moi par elle. Ma grande tante dû nous laisser pour s'occuper d'urgence d'une patiente, ce qui nous laissa toutes les deux dans la même pièce. Aucune de nous ne voulut entamer la conversation, mais au final, elle commença.
« Et toi, tu es ici pour quelle raison... ? me demanda-t-elle. Si tu acceptes de me répondre, bien sûr. Je suis un peu indiscrète.
- Thérapie... j'ai subi des traumatismes l'hiver dernier et je ne suis plus capable de remonter la pente. Ma Maman m'a donc envoyée ici comme dernier espoir de m'aider à guérir.
- Je vois... »
Au fur et à mesure que nous parlions, je commençais enfin à distinguer les visages de ses copains esprits qui la suivaient. Et je vis qu'elle tenait en ce moment-même un enfant sur ses genoux. La manière dont elle plaçait ses bras autour de lui donnait l'impression qu'elle les voyait même si ce n'était pas le cas. Puis, elle me posa une question qui me laissa un peu sans voix.
« Dis, Alika, ma question va peut-être paraître bizarre... mais... crois-tu en la réincarnation ?
- Hein ? La réincarnation ?
- Oui...
- Bien sûre que j'y crois.
- Beaucoup ?
- Oui, vraiment beaucoup. Pourquoi la question ? »
Elle détourna le regard, puis soupira.
« Tu vois ma horde, pas vrai ? »
Je fis légèrement le saut. Ainsi, elle était au courant de son énorme gang d'esprits.
« Hé bien... oui, sortis-je. Et à moins d'être médiums, très peu de gens est entouré d'un aussi grand nombre d'esprits. Surtout si ceux-ci sont permanents. La majorité son temporaire, généralement.
- Je vois. Tu te souviens d'il y a deux semaines ?
- Oui, je m'en souviens. Je t'ai vue pour la première fois à la taverne. Mais j'étais trop gênée... ce que je n'étais pas avant un tragique événement, mais bref.
- Moi aussi je voulais te parler, me déclara-t-elle. Ton énergie m'intriguait. Mais comme tu vois, je suis un peu timide d'aller vers les autres dans les bars. »
On parla pendant quelques minutes qui se changèrent en heures. Je lui présentais Chagum qui revint des emplettes avec Maman, puis Messiah dû faire son Reiki. Mais juste avant de quitter la pièce, elle se retourna et me dit :
« Si tu veux, je peux t'aider à débloquer ton énergie. Ton énergie est compressée, et elle a besoin d'être relâchée afin de circuler comme avant. »
Je restais sans voix, et après courte réflexion, j'hochai oui de la tête comme quoi j'acceptais sa proposition. Si ça pouvait m'aider à revoir Hana, Jiguro et les autres esprits par mes propres yeux et les entendre, je pense que ça me donnerait un grand coup de main.
*Gardien du Royaume
