L'homme se passe une main dans ses cheveux coupés courts et consulte la liste qu'il tient. Bon, niveau livraisons, il a encore un peu de boulot aujourd'hui. Une chance qu'un de ses amis ait accepté de venir l'aider, sans quoi il aurait du mal à s'en sortir.
Des caisses s'empilent dans la remorque de son véhicule. La plupart contiennent des denrées alimentaires qui voyagent avec lui depuis la veille. Rien qui ne nécessite, heureusement, d'être gardé au frais, même s'il vaut mieux qu'il se dépêche un peu avec son chargement de légumes – aliments que la terre malade sur laquelle a été construite Edge est incapable de faire pousser.
Son compagnon de route se trouve encore à l'intérieur du café, à conter fleurette à la serveuse. Il n'a pas cessé de l'ennuyer depuis qu'ils sont entrés là-dedans, mais à première vue, ça n'a pas semblé déranger la jeune femme. Il ne sait vraiment pas comment cet idiot s'y prend pour toutes les faire craquer, mais c'est toujours aussi rageant à observer.
Faisant le tour de son véhicule, il ouvre la portière côté passager et en fait de même pour la boîte à gants. Mais alors qu'il se penche pour y fouiller, à la recherche de son téléphone portable, il peut sentir quelque chose de glacé se coller douloureusement à l'arrière de son crâne. Et une voix grave, qui lui dit :
— Je crois qu'il devrait faire l'affaire…
Un frisson lui remonte le long du dos et, l'espace d'un instant, c'est comme si un voile noir passait devant son regard. Par réflexe, il lève les mains et se retourne doucement pour découvrir un jeune homme bien plus grand qu'il ne l'est et qui braque dans sa direction une arme à feu aussi singulière qu'effrayante. Et sur les lèvres de celui-ci, un petit sourire tranquille.
Il ouvre la bouche, va pour lui demander ce qu'il veut, chercher à négocier, mais il est violemment frappé au niveau de la tempe et s'écroule dans une exclamation avortée. Son corps, lui, est promptement tiré à l'écart, puis jeté derrière un tas de poubelles.
Les clefs du véhicule en main, Yazoo range son arme et va prendre place derrière le volant. Comme il en claque la portière, il jette un regard dans le rétroviseur, s'attarde sur le chargement qui encombre la remorque.
Un soupir lui échappe. Non seulement on lui a confié la partie la moins amusante, mais en plus, il faut maintenant qu'il se débarrasse de tout ça !
