Disclaimer: Le monde de Harry Potter n'est pas ma propriété et je ne fais donc pas d'argent avec cette histoire.


Harry Black

Chapitre 31: Le plan

Harry ne regarda pas derrière lui. Hors de sa vue, il pouvait presque imaginer que Liam ne se trouvait pas à l'entrée de la ruelle, prostré au sol par sa faute. Par son doloris. Toutefois, son déni ne pouvait pas cacher l'étau autour de son cœur. Il n'avait fait que prononcer un mot, mais quelque chose s'était brisé en lui.

Heureusement pour lui, Voldemort lui fit signe de transplanner. Ils devaient avoir accompli leur objectif et il n'avait donc plus besoin de rester. Il obéit aussitôt, soulagé. Il n'aurait pas voulu se replonger dans les combats après ce qu'il venait de se produire. Après ce qu'il avait fait.

Il atterrit dans la salle du trône déserte. Leur invité devait déjà se trouver dans les donjons. Il ne savait pas s'il allait devoir s'y rendre. Il espérait que non. En ce moment, la seule chose qu'il désirait était d'aller parler à Rodolphus, mais il devait attendre. Après lui avoir révélé qu'il existait une manière de redonner son âme à sa mère, Voldemort n'avait pas voulu lui en dire plus et Harry savait exactement pourquoi.

Le Seigneur des ténèbres était reconnu pour récompenser ses fidèles, mais il n'offrait ce privilège qu'à ceux qui lui était absolument loyaux. Harry avait prouvé ses allégeances, mais il avait également dévoilé sa faiblesse : son frère. Lorsqu'il était tombé sur son jumeau, ou plutôt quand Liam lui était tombé dessus, il avait tout de suite compris que Voldemort avait attendu cette confrontation. Quand il avait senti sa présence, il avait su ce qu'il devait faire. C'était pour sa mère. S'il donnait une nouvelle fois une raison au Seigneur des ténèbres de douter de sa loyauté, il perdrait toute chance de la revoir comme avant.

Une main se posa sur son épaule, le sortant de ses pensées. Il reconnut la magie de Voldemort et inclina donc la tête. Il n'était pas dans une position lui permettant de s'incliner et, de toute façon, le mage noir semblait préférer ce salut de sa part.

– Tu as fait ce qu'il fallait.

Harry aurait aimé pouvoir le croire avec autant d'assurances que le Seigneur des ténèbres.

– J'ai maintenant confiance que tu as ce qu'il faut pour ramener notre chère Bella.

Le jeune homme leva son regard dans celui de Voldemort. Allait-il enfin en savoir plus ?

– Ne restons pas ici.

Pour une deuxième fois, le Seigneur des ténèbres le mena jusqu'à son bureau où il s'installa gracieusement. Harry peinait parfois à se rappeler que cet homme si magnifique pouvait être à la fois charmeur et cruel.

– Il n'existe qu'une seule façon de récupérer une âme d'un détraqueur. Elle est peu connue, car elle est impossible pour la grande majorité des sorciers, même pour moi.

Harry écarquilla les yeux, inquiet. Si même le plus grand mage noir de leur époque ne pouvait pas y parvenir, comment le pourrait-il lui ?

– Il faut un don très rare pour accomplir ce miracle, expliqua Voldemort. Tu as une idée ?

Il n'y avait qu'une seule possibilité.

– Un empathe.

Le Seigneur des ténèbres lui sourit.

– Exactement. Notre petite excursion à Azkaban m'a prouvé que tu avais le pouvoir nécessaire.

– Que dois-je faire ?

– Les détraqueurs se nourrissent des émotions or pour leur reprendre une âme, il faut être en mesure de les approcher sans recevoir soi-même un baiser.

– Je dois me couper de mes émotions.

Voldemort hocha la tête.

– Mais pas comme tu l'as fait à Azkaban. Ce petit tour ne fait que te rendre moins intéressant, mais face à face à un détraqueur avec personne autour… et bien les détraqueurs ne sont pas connu pour refuser une proie qu'elle soit intéressante ou non.

Les paroles de Rodolphus lui revinrent en mémoire.

– Je ne dois plus rien ressentir. Du tout.

L'apathie complète. Le Seigneur des ténèbres acquiesça.

– Alors qu'en dis-tu ?

L'idée même effrayait Harry, mais pouvait-il vraiment refuser ? C'était pour sa mère après tout. Il ne doutait pas que celle-ci n'aurait pas hésité une seconde si leurs rôles avaient été inversés. Une partie de lui plus sournoise ne put s'empêcher de rajouter qu'il serait plus facile d'étouffer ses remords envers son frère de cette façon.

– Je suis prêt.

Il étouffa vicieusement le relent de doute qui troublait encore son esprit.

– Je suis à la recherche d'une baguette très spéciale.

Harry fut légèrement déstabilisé du changement de sujet, mais fit rapidement le lien avec leur attaque d'aujourd'hui.

– C'est pour ça que vous avez demandé la capture d'Ollivander ?

– Il n'y avait malheureusement pas d'autres options. Toutefois, il est sans conteste le plus brillant marchand de baguettes en Europe. Ce serait bien dommage de perdre un tel esprit parce qu'il était trop têtu pour son propre bien.

Le regard que posait le mage noir sur lui ne laissait aucun doute.

– Vous voulez que je participe à sa torture ?

– Avec ton don, je ne crois pas que cela sera nécessaire.

C'est à ce moment que Harry comprit à quel point Voldemort connaissait les moindres ressorts de son don. Pour annihiler ses émotions, Harry ne pouvait pas se contenter de pousser sur ses sentiments. Ce ne serait pas suffisant. Pour atteindre l'apathie complète, il devait plonger complètement dans le côté sombre de l'empathie et le Seigneur des ténèbres le savait.

Harry se rappela ce qu'il avait pris l'habitude de faire à Poudlard. Il se remémora aussi les avertissements de Rodolphus, mais il les écarta. Il était capable de faire ce que lui demandait le mage noir. Plus encore, il le devait.

– Que voulez-vous savoir ?


– Liam !

Les reproches qu'il entendait dans la voix de sa mère disparut aussitôt qu'elle le vu appuyé contre le mur de la ruelle. Tout son corps tremblait de façon trop visible pour tenter de le cacher. Il aurait sans doute été incapable de se tenir debout sans le soutien que lui offrait la brique du magasin voisin.

Comme pour lui donner raison, sa prise sur le mur se relâcha et Liam tomba dans les bras de sa mère. Celle-ci s'empressa de l'emmener se faire soigner tout en lui posant mille et une questions. Le Gryffondor ne répondit à aucune. Il n'ouvrit même pas la bouche. Son silence inquiétait sa mère, mais elle n'aurait pas aimé davantage ce qu'il aurait pu lui dire.

Il avait vraiment cru pouvoir raisonner son frère. Peut-être aurait-il réussi si Voldemort ne s'était pas montré. Quoique… Harry avait tué leur professeur de potions. Liam ne l'avait jamais aimé, mais il ne pouvait ignorer sa mort. Il avait pourtant été prêt à pardonner à son jumeau. Mais celui-ci avait montré qu'il ne cherchait pas le pardon. Voldemort l'avait vraiment sous sa coupe. Qu'avait-il pu lui faire pour que Harry en vienne à l'attaquer par le même sort dont il l'avait protégé ?

– Sais-tu qui t'a attaqué ?

Plongé comme il l'était dans ses pensées, il n'avait pas réalisé qu'ils se trouvaient déjà à l'infirmerie de Poudlard et que James avait rejoint sa mère à son chevet. Celui-ci entourait les épaules de Lily d'une main tandis que de l'autre il serrait la main de son fils d'une façon si douce que Liam sentait à peine sa présence. Sans doute son père craignait de lui faire mal. Le Gryffondor ne pensait pas que cela pouvait être possible.

James soupira difficilement, comme si un grand poids comprimait sa cage thoracique. Il frotta le dos de sa femme en répliquant :

— Ils avaient tous des masques. Liam n'a probablement pas pu voir le visage de celui ou celle qui l'a attaqué.

Le Gryffondor aurait bien aimé que son père ait raison. Il préféra garder le silence, mais son visage dut le trahir.

– Liam ?

Cette fois-ci c'était son père qui l'observait en l'attente d'une réponse. Il devait dire quelque chose, car James attendrait aussi longtemps qu'il le faudrait pour qu'il ouvre la bouche. Toutefois, il ne voulait pas impliquer son frère tout de suite. S'il n'avait pas été aussi rapide à condamner la première fois, peut-être que Harry serait déjà avec eux et rien de tout cela ne se serait passé. Malgré tout ce qu'il avait appris sur son frère, il était déterminé à lui laisser le bénéfice du doute. Il espérait seulement ne pas se tromper.

– Voldemort. Voldemort était là.

Sa mère blêmi aussitôt et seule l'étreinte de son père lui permit de rester debout.

– Raconte-nous ce qu'il s'est passé.

Liam hocha la tête et raconta son excursion sur le chemin de Traverse en modifiant quelques détails. Lorsqu'il raconta la façon dont il s'y était pris pour échapper à la surveillance des adultes, le regard de son père lui promit une belle punition, blessure ou non. Sa mère était quant à elle encore trop sous le choc pour songer à la désobéissance de son fils.

Parvenu au moment où il avait repéré Harry sur le champ de bataille, il fabriqua un tissu de mensonges semblant assez véridique pour ne pas être mis en doute.

– Je voulais parler à Harry et je ne voyais pas d'autres options. J'ai cru l'apercevoir s'éloigner vers une ruelle et je l'y ai suivi, mais… mais ce n'était pas lui. C'était Voldemort.

– Et il était seul ? demanda son père.

Liam se contenta de hocher la tête. Son père plissa les yeux, semblant plongé dans une grande réflexion.

– Ça ressemble à un traquenard.

Lily se tourna vers lui en écarquillant les yeux.

– Voldemort l'aurait attiré à l'écart ? Pourquoi ?

James jeta un coup d'œil à Liam allongé dans le lit d'hôpital.

– Le torturer ? Mais il doit y avoir autre chose…

Liam ne put s'empêcher d'approuver les dires de son père, mais il ne pouvait pas rien dire sans trahir ses mensonges. Voldemort n'avait pas accordé d'importance à Liam, non. C'était Harry qu'il n'avait pas lâché du regard. Il voulait que son frère le torture. Et il l'avait fait.

– Pourquoi est-il parti ?

Le Gryffondor releva la tête pour regarder son père qui le regardait avec attention. Sa mère hocha la tête.

– C'est vrai qu'ils sont tous partis sans que l'on sache pourquoi.

– Peut-être qu'ils étaient en train de perdre ?

Lily lui sourit doucement, mais échangea un regard avec James qui confirma à Liam que ce n'était certainement pas le cas. Ce n'était malheureusement pas surprenant. Les mangemorts avaient facilement représenté le double des forces de l'Ordre et il ne s'agissait même pas de l'entièreté des troupes de Voldemort.

– Voldemort aurait-il dit quelque chose dont tu te souviennes ? demanda de nouveau son père.

Liam se remémora toutes les paroles qui avaient été échangées, peu importe que l'expérience lui soit douloureuse, mais il ne trouva rien.

– Non. Désolé.

James baissa les yeux, découragé, mais releva bien vite la tête et sourit à son fils pour le rassurer. Lily fit de même.

– Nous finirons bien par trouver ce qu'ils cherchaient.

– Espérons que ce ne soit pas trop tard.

Sa mère regarda son père d'un regard désapprobateur en pointant Liam de la tête. James prit aussitôt un air coupable. Le Gryffondor ne voyait pas pourquoi sa mère s'en faisait autant. Ce n'est pas comme s'il avait été kidnappé puis torturer par Voldemort. Il n'ignorait plus rien des horreurs de la guerre.

– Repose-toi, mon chéri. Tout va s'arranger.

Sa mère le borda comme lorsqu'il était plus jeune et Liam souhaita un moment revenir à cette époque où tout était si simple. Il s'imagina dans sa chambre avec ses jouets répandus un peu partout tel que dans ses souvenirs à une exception près. Un autre lit se trouvait auprès du sien et son frère s'y trouvait, jouant avec un vif d'or miniature. Harry remarqua son regard et lui envoya un sourire où il manquait quelques dents. Que n'aurait-il pas donné pour que cette vision ait été réalité.

Il s'endormit en se laissant bercer par ce fantasme. Il peinait à voir comment tout allait pouvoir s'arranger, mais cela ne l'empêchait pas de l'espérer quand même. Il voulait croire que Harry pouvait être sauvé, car sinon… sinon ce serait comme perdre son frère une deuxième fois.


– J'ai entendu dire que l'attaque avait été une réussite.

Harry était complètement épuisé, mais parvint tout de même à esquisser un sourire en s'asseyant aux côtés de Rodolphus. Celui-ci avait réussi à s'installer de lui-même dans les fauteuils de la salle attenante à sa chambre.

– Le maître a obtenu ce qu'il voulait. Se contenta-t-il de dire.

– Tu n'es pas blessé au moins ?

Harry fronça les sourcils devant l'inquiétude de son père adoptif.

– Non, pourquoi ?

Rodolphus devrait déjà savoir qu'il était capable de se débrouiller seul. Malgré tout, il ne semblait pas convaincu pour une quelconque raison.

– Tu as l'air affreusement fatigué.

Harry se passa une main dans le cou et gigota légèrement sur sa chaise. Son père adoptif n'avait pas tort, mais il ne croyait pas que c'était aussi évident. Il aurait préféré ne pas parler de ses dernières activités, mais il n'avait guère d'autre choix. Il savait que Rodolphus ne le jugerait pas, il avait sans doute déjà fait la même chose, toutefois cette discussion l'amènerait immanquablement sur un autre sujet plus délicat. Le jeune homme avait eu l'intention de lui en parler, mais pas tout de suite, pas au début de leur conversation.

– J'ai aidé à l'interrogation.

Rodolphus se détendit aussitôt.

– Ah oui. J'avais entendu dire que tu étais plutôt doué avec le sortilège Doloris.

Harry fit la grimace.

– C'est vrai, mais ce n'est pas ça que j'ai utilisé.

– Tu as appris d'autres sorts ?

Le plus vieux semblait simplement curieux, mais son intérêt se changea bien vite en méfiance face au silence du jeune homme.

– Tu as utilisé ton don.

Ce n'était pas une question et Harry hocha la tête sans croiser le regard de son père adoptif. Il attendit l'explosion de colère, mais celle-ci ne vint pas. À la place, Rodolphus poussa un long soupir.

– C'est ton don après tout, je suppose qu'il est bien normal que tu t'en serves sinon ce serait comme un sorcier qui n'utiliserait pas sa magie. Promets-moi seulement de faire attention.

Harry leva les yeux et quelque chose dans son regard dut le trahir, car son père se raidit.

– Qu'est-ce que tu ne me dis pas ?

Le jeune homme s'empressa de le rassurer. Peut-être que si l'homme voyait à quel point il s'agissait d'une bonne nouvelle, il ne lui en voudrait pas de faire la seule chose qu'il lui avait déconseillé de faire.

– Ce n'est rien de mal, je t'assure. En fait, c'est une bonne nouvelle, une excellente nouvelle !

– Alors pourquoi es-tu aussi nerveux ?

Rodolphus était beaucoup trop observateur pour son propre bien. Harry était normalement plus habile que cela pour cacher ses émotions. Quoiqu'il se rappelait qu'il n'avait jamais été capable de cacher quoi que ce soit à Bella non plus. Sa main alla s'enrouler inconsciemment autour du pendentif qu'elle lui avait donné plusieurs années auparavant. Il ne l'avait jamais ôté une seule fois.

– Le Seigneur des ténèbres m'a confié qu'il y avait une façon de ramener maman.

Rodolphus écarquilla légèrement les yeux, mais resta sur la défensive. Harry le comprenait. Lui aussi avait trouvé la nouvelle trop belle pour être vraie… et c'est pour ça que son père adoptif n'aimerait pas la suite.

– Il est possible de voler une âme à un détraqueur, mais pour ça…

– Tu dois devenir complètement apathique.

Harry était presque soulagé que son père adoptif ait tout de suite compris sans qu'il ait besoin de poursuivre ses explications, qu'il aurait sans doute fait durer une éternité juste pour adoucir le choc et convaincre de ses bonnes intentions. Cependant, son air fermé montrait très bien qu'il n'approuvait pas.

– Je dois le faire pour elle. Tenta-t-il de se justifier.

– Elle ne voudrait pas que tu te risques pour elle.

– Elle le ferait si elle était à ma place !

Harry désirait plus que tout le soutien de son père adoptif, mais il le ferait avec ou sans son consentement. Rodolphus ne pourrait pas le faire changer d'avis.

– C'est différent.

Le jeune homme se leva.

– En quoi est-ce différent ?

– Parce que tu es son enfant.

Harry s'apprêtait à le reprendre, mais Rodolphus lui fit signe de se taire.

– Un parent est prêt à tout pour son enfant, car c'est son rôle. En revanche, un enfant ne devrait jamais avoir à assumer ce rôle.

Le jeune sorcier se rassit face au ton doux de son père et de l'amour qu'il sentait dans ces paroles.

– Dans un monde idéal, non, mais ce n'est pas le cas.

Harry ferma les yeux pendant quelques secondes, retenant ses larmes.

– Elle m'a sauvé. Je ne peux pas la laisser croupir plus morte que vivante.

– Tu réalises le danger que tu cours ?

Le jeune homme hocha la tête, décidé.

– Et il n'y a aucune chance que je te fasse changer d'idée n'est-ce pas ?

Le regard qu'il lui envoya transmit clairement sa réponse et Rodolphus soupira une fois de plus en secouant la tête.

– Alors je ne peux pas te laisser le faire seul.

Harry haussa un sourcil. Il ne voyait pas quelle aide Rodolphus ou quiconque pourrait lui donner. Il était le seul empathe encore en vie.

– Il existe une façon de ramener un empathe qui se serait trop enfoncé dans son don.

– Quoi ? Comment ?

Il s'est déjà résigné à son sort et voilà que son père lui dévoilait une nouvelle information. Il n'avait jamais mentionné une telle possibilité auparavant. Finalement, tout s'arrangeait ! Sa joie dut transparaître, car Rodolphus se rembrunit.

– Ne te réjouis pas trop vite. Il s'agit d'une magie très difficile qui demande une confiance totale.

Le jeune homme hocha la tête, montrant qu'il écouterait attentivement tout ce que le plus vieux lui dirait.

– Lorsqu'un empathe manipule les sentiments d'un autre, il se coupe inconsciemment de ses propres émotions afin que celles-ci n'interviennent pas dans l'opération. S'il ne le faisait pas, la seule chose qu'il parviendrait à faire serait de transmettre ses propres sentiments à un autre et non de manipuler les sentiments déjà présents chez l'autre personne. C'est pourquoi, à force d'utiliser cette magie, le lien entre l'empathe et ses sentiments se fait de plus en plus distant comme un élastique trop étiré. Au début, il reprend sa forme initiale, mais après un temps cela lui devient impossible. Toutefois, un élastique se brise brutalement alors que la chute est beaucoup plus douce pour un empathe, ce qui la rend plus dangereuse. Une à une, ses émotions le quittent, définitivement, d'ordinaire en commençant par les plus fortes émotions comme la rage ou la joie. C'est ce qui est dangereux, car ces sentiments ne font pas que s'éloigner, mais ils disparaissent complètement, annihilés. C'est pourquoi une fois que le mal est fait, il n'y a plus de chemin en arrière. Est-ce que tu comprends ?

Harry avait blêmi pendant les explications, mais hocha la tête.

– Pour éviter cela, un empathe doit former un lien entre lui et une autre personne. Celle-ci deviendra, en quelque sorte, un réceptacle pour les sentiments de l'empathe. Au lieu de s'éloigner jusqu'à disparaître, les émotions sont conservées au sein du porteur. Cela permet à l'empathe de les retrouver. Toutefois, la confiance est importante, car, si la première partie est sous le contrôle de l'empathe, la deuxième ne l'est pas. Lorsqu'un empathe devient apathique, il n'a plus aucun désir, comme un fantôme qui se contente de vivre. Si l'autre personne meurt ou refuse de redonner ses émotions à l'empathe… échec et mat.

– Pourquoi refuserait-on de lui rendre ses émotions ?

– Tu connais les inferis ?

Harry se rappela les images qu'il avait vues dans les livres de la bibliothèque du manoir Lestrange. Ces cadavres ambulants lui avaient donné bien des cauchemars et sa mère avait par la suite dissimulé tous les livres risquant de troubler son jeune esprit de la même manière. Il hocha la tête.

– Un empathe apathique est aussi servile qu'un inferi. Le lien crée un attachement entre les deux personnes et l'empathe ne ressent absolument plus rien sauf ce lien. Alors, pourquoi ne pas obéir au seul être avec qui il ressent une quelconque connexion, aussi minime soit-elle ? Sans sentiments, l'empathe n'y voit aucune objection.

Le jeune empathe écarquilla les yeux. Il voyait maintenant le danger.

– Mais… ce n'est pas grave. Je veux dire, tu seras mon réceptacle et… je te fais confiance.

Rodolphus lui sourit, mais celui-ci était triste.

– Je suis flatté de ta confiance, mais même dans mon état normal, je ne suis pas certain que j'aurais la force magique pour le faire. L'empathe crée le lien, mais c'est le réceptacle qui le maintient par la suite, insufflant un peu de sa magie constamment.

Cela avait effectivement l'air d'un incroyable défi. Qui serait assez fort pour l'aider ? Le plus vieux avait suivi le cours de ses pensées sur son visage.

– Tu devrais demander à Lucius. C'est ton parrain, d'après ce que tu m'as dit.

Harry n'était pas convaincu. Ce n'était pas qu'il n'avait pas confiance en son oncle, mais il avait plutôt l'impression que celui-ci était du même niveau que Rodolphus côté magie.

– Il est plus puissant qu'il ne le paraît, il était même premier de classe à son époque. Et puis il a l'avantage de ne pas avoir été enfermé à Azkaban pendant des années.

Le plus jeune sourit à son père, mais intérieurement il n'était pas aussi sûr qu'il voulait le laisser paraître. Lucius serait-il vraiment assez fort ?

Il sentit sa marque se réchauffer, signe qu'il était demandé. Il se leva donc en s'excusant. Rodolphus le retint juste assez longtemps pour une dernière promesse :

— Promets-moi de ne rien tenter tant que tu n'auras pas trouvé de réceptacle.

Harry le promit. Il espérait ne pas la briser cette fois.

Il referma la porte derrière lui alors qu'une nouvelle onde de chaleur se répandait dans son avant-bras. Soudain, il se figea. Mais bien sûr. Il savait qui serait assez fort. Il ne restait plus qu'à le lui demander.


Fini! À qui pensez-vous qu'il va le demander?

À la semaine prochaine?