Disclaimer: Je ne détiens aucun droit d'auteur sur la série Harry Potter, je ne fais donc pas d'argent avec cette histoire.
Je tiens à m'excuser de l'énorme délai, mais l'histoire touche à sa fin, les chapitres se font plus long et il était important pour moi qu'il soit à la hauteur de mes attentes. Pour me faire pardonner, ce chapitre-ci est presque 6000 mots, donc le double de d'habitude. Ça méritait un peu d'attente non? Enfin bref, bonne lecture!
Harry Black
Chapitre 33: La chute
Le changement s'opéra lentement sans que Harry ne le réalise vraiment. Au début, il avait pris cela pour de la fatigue. Il lui semblait qu'il n'avait plus l'énergie nécessaire afin de s'extasier ou de s'esclaffer. Il souriait encore lorsque quelque chose lui plaisait ou lorsqu'il trouvait quelque chose drôle, mais sans plus. Et puis, en prévision de l'affrontement contre Dumbledore, il avait redoublé d'efforts dans son entraînement. Une plus grande fatigue n'était donc pas vraiment surprenante.
Ce n'est que plus tard qu'il réalisa qu'il n'était pas seulement épuisé. Il était physiquement incapable de rire. Ou enfin non. Il pouvait rire, mais celui-ci sonnait faux. Il riait plutôt pour rassurer son père adoptif, mais cela faisait quelque temps que ses blagues le laissaient de glace. Il avait vaguement l'idée que celles-ci l'auraient fait rire d'ordinaire, mais sans plus.
Lorsqu'il s'en rendit compte, il fit également la découverte qu'il ne ressentait aucune détresse face à cette idée. Il savait que cela allait arriver, après tout il avait fait le rituel avec le Seigneur des ténèbres justement dans ce but, mais il était certain qu'il aurait dû ressentir au moins une certaine panique face à cette idée, comme lorsqu'il avait appris les dangers de son don, mais non. Il éprouvait toujours de la tristesse par contre lorsqu'il songeait à sa mère alors il ne devait pas encore être trop loin dans le processus, ce qui était à la fois rassurant et frustrant. Tant qu'il n'aurait pas chassé la moindre émotion, il ne pourrait en effet pas sauver l'âme de celle-ci.
Il n'y avait toutefois rien qu'il puisse faire pour accélérer le phénomène. Rodolphus l'avait d'ailleurs prévenu qu'il s'agissait d'un long parcours. Cependant, une chose approchait à grands pas et c'était la mort de Dumbledore. Si tout se passait bien.
Drago avait reçu la mission de réparer une armoire dont la jumelle se trouvait anciennement chez Barjow et Beurk et qui était maintenant au manoir. Celles-ci de nouveau fonctionnelles, elles leur permettraient de rentrer dans l'enceinte même de Poudlard malgré toutes les protections mises en place. Une fois à l'intérieur, plus rien ne pourrait les arrêter et il était certain que Dumbledore viendrait à la rescousse pour défendre sa chère école.
Aux dernières nouvelles, Drago avait réussi la première étape et s'attardait maintenant à faire passer une créature vivante d'une armoire à l'autre. Il n'avait pas encore reçu mot d'une possible réussite, mais celle-ci pourrait bien être le sujet de la convocation qu'il venait tout juste de recevoir.
La salle du trône était remarquablement remplie lorsqu'il y pénétra et il vint se placer à la droite de Rodolphus et à la gauche de Lucius. Le Seigneur des ténèbres était déjà assis sur l'estrade et regardait ses fidèles entrer un à un. Lorsque Harry croisa son regard, ce dernier lui envoya un bref clin d'œil, si rapide qu'il aurait été facile à manquer si le plus jeune n'était pas aussi attentif au moindre de ses mouvements.
Quand la porte se referma pour une dernière fois, Voldemort se leva enfin et les quelques personnes qui chuchotaient se turent aussitôt.
– Mes chers fidèles…
Il laissa son regard planer sur l'assemblée avant de poursuivre, un sourire froid et cruel sur les lèvres :
– L'attente est terminée. Demain soir, nous serons à Poudlard.
Harry se tenait en retraite des autres. Les différentes troupes s'étaient formées, mais il n'en faisait pas partie. Leur rôle serait d'affronter tous ceux assez vieux et assez fous pour combattre les mangemorts. Grâce à eux, Poudlard leur appartiendrait, mais, grâce à lui, Voldemort aurait la baguette de sureau. C'était une tâche tout aussi importante, mais aussi pour laquelle il n'aurait aucune reconnaissance, car elle devait rester secrète.
Toutefois, Harry n'y voyait pas d'inconvénient. Rien ne le dérangeait vraiment ces derniers temps, mais, dans ce cas-ci, le jeune homme savait qu'il n'aurait pas voulu échanger sa place, peu importe son état mental. Le Seigneur des ténèbres et sa cause passaient toujours en priorité. Il avait rejoint les mangemorts parce qu'il croyait aux plans du mage noir pas parce qu'il recherchait la célébrité. S'il avait voulu cela, il n'aurait eu qu'à révéler au grand jour qu'il était le véritable garçon qui a survécu. De plus, avoir la chance de seconder Voldemort était un honneur.
Le chant d'un oiseau retentit dans la salle où ils se trouvaient et la troupe de son parrain Lucius fut la première à entrer dans l'armoire à coup de deux. En temps normal, ç'aurait été sa mère qui aurait foncé la première. Cette pensée entra son esprit, mais, pour la première fois depuis le baiser du détraqueur que cette dernière avait subi, il ne sentit pas l'étau se resserrer autour de son cœur. Il était triste, oui, mais pas la peine déchirante qu'il avait connue et il savait que cela n'avait rien à voir avec les étapes naturelles du deuil.
Il ne paniqua pas, il n'en était pas capable, mais il serra les poings dans un geste machinal, car il savait que c'était normalement ce qu'il aurait fait pour exprimer ses émotions de manière contrôlée. C'était normal. C'était voulu. Et ce ne serait plus pour bien longtemps. Pour l'instant, il devait se concentrer sur la mission.
La salle s'était grandement vidée pendant qu'il était plongé dans ses pensées et il ne restait plus qu'une ou deux troupes à traverser. Face à la quantité de mangemorts qui débarquaient et débarqueraient bientôt à Poudlard, Harry n'avait aucun doute que l'école serait à eux avant la fin de la nuit. Les sortilèges de protection qui la rendait imprenable bloqueraient ses occupants à l'intérieur et, même s'ils réussissaient à contacter les aurores, il serait déjà trop tard.
– Es-tu prêt, Harry ?
Le jeune homme tourna la tête pour regarder le Seigneur des ténèbres. Celui-ci, vêtu de noir des pieds à la tête, portait bien son titre. Ses yeux rouges brillaient et les boucles de ses cheveux reposaient sur son front de marbre. D'ailleurs, ses vêtements moulaient son corps à la perfection.
Hum… Il semblerait qu'il était toujours capable de ressentir ce genre de désir. Pour une fois, la perte de ses émotions était une bonne chose, car ses joues se seraient enflammées sinon. Il hocha la tête en reléguant toutes ces réflexions dans le fond de son esprit. Il devait se concentrer mieux que ça, car, dans peu de temps, ils seraient devant Dumbledore et il ne devrait pas faillir.
Ce fut à leur tour d'entrer dans l'armoire et Harry n'avait pas songé au fait qu'ils allaient devoir se coller pendant le voyage, après tout, malgré son côté magique, il s'agissait encore d'un petit cubicule pour placer des objets, pas des humains. Il ne savait pas comment il était censé agir. Le Seigneur des ténèbres ne lui apparaissait pas comme quelqu'un appréciant les contacts. D'un autre côté, c'était un mal nécessaire s'il voulait entrer dans Poudlard. Quoique peut-être iraient-ils séparément ?
Les autres y étaient allés par coup de deux au cas où ils se feraient surprendre, car deux seraient plus durs à éliminer qu'un seul, ce qui donnerait le temps aux deux autres d'arriver et ainsi de suite. Toutefois, dans leur cas, les autres étaient déjà arrivés pour occuper les défenseurs de l'école et puis il s'agissait de Voldemort. Même tout seul il pouvait sans problème vaincre ses opposants, à l'exception de Dumbledore avec sa baguette de sureau.
– À toi l'honneur.
Harry entra dans la porte tenue ouverte par le mage noir et ses questionnements prirent fin lorsque ce dernier entra à son tour et enserra la taille du plus jeune d'un bras en refermant l'armoire de l'autre. Il fit de son mieux pour garder son sang-froid, ce qui s'avéra encore plus facile qu'avant, en se répétant que le Seigneur des ténèbres était plus grand et avait donc besoin de plus d'espace. Il ne le touchait que pour être plus à l'aise pendant les quelques secondes de transport, car c'était tout ce que c'était, quelques secondes où leurs corps se touchaient sans plus.
Un frémissement secoua l'armoire et Voldemort ouvrit la porte. Ils étaient à Poudlard. Harry ne reconnaissait pas la pièce, mais l'énergie de l'endroit lui était familière après y avoir passé quatre ans. L'étreinte du mage noir se fit moins lourde autour de sa taille, mais son bras ne se retira pas tout de suite. Harry prit donc les devants pour sortir de l'espace restreint, tentant d'ignorer les doigts qui le frôlèrent lors de son déplacement.
Sa baguette en main, il fit quelque pas dans la salle remplie d'objets hétéroclites. Il n'y avait pas âme qui vive, mais les cris qu'il entendait au loin lui indiquait où se trouvaient ses confrères mangemorts. La bataille avait déjà commencé.
Il tourna la tête vers le Seigneur des ténèbres qui n'avait pas encore bougé. Celui-ci regardait sa main d'un air pensif. Il dut sentir son regard, car ses yeux se posèrent sur lui. Son expression ne changea pas immédiatement, poussant Harry à passer lentement d'un pied à l'autre ne sachant pas la cause d'une telle observation. Puis, le mage noir sembla revenir au présent et son air de commandant revint en force. Il était prêt pour le combat.
– Personne ne doit te voir tant que mon duel avec Dumbledore ne sera pas commencé et tu ne devras jamais t'éloigner de moi. Compris ?
– Oui, mon maître.
Autant Harry aurait aimé participer au combat, surtout après les heures qu'il avait passées à s'entraîner, autant il comprenait qu'il avait mieux à faire. S'il se faisait blesser ou qu'il se faisait séparer de Voldemort, tout leur plan tomberait en morceaux et ils n'auraient pas de deuxième chance, surtout pas une occasion en or comme celle-là de faire d'une pierre trois coups.
Il se lança un sort d'invisibilité avant même de passer la porte. Ce n'était pas infaillible, il devrait faire attention pour ne pas recevoir un sort par ricochet et pour ne pas se trahir en bousculant quelqu'un, mais c'était le mieux qu'il pouvait faire et cela serait suffisant. Dumbledore se montrerait bien assez tôt.
Le Seigneur des ténèbres s'engagea dans les combats dès sa sortie de la salle sans jeter un regard en arrière pour vérifier que le plus jeune s'était bien soustrait aux regards. Il savait déjà que Harry lui avait obéi tout comme il savait qu'il le suivait toujours quelques pas en arrière. Il n'était pas assez idiot pour lui désobéir dans une mission aussi périlleuse.
Le Serpentard profita de sa position pour observer la réaction de tous à l'entrée du mage noir. Les mangemorts redoublèrent bien sûr d'ardeur espérant sans doute se démarquer devant leur maître, mais ce fut la réaction des enseignants et des élèves plus âgés qui attira vraiment l'attention de Harry. Mis à part McGonagall et Flitwick, tous les professeurs frémirent visiblement, même s'ils poursuivirent les combats avec tout autant d'ardeur. Toutefois, parmi les élèves, seuls les Gryffondors continuèrent de se battre en majorité alors que les autres maisons reculaient, laissant seulement quelques représentants plus hardis.
Harry ne vu pas Liam, mais ne le chercha pas non plus. Cela ne ferait que le distraire alors qu'il devait éviter les sortilèges lancés par des étudiants plus téméraires sur le Seigneur des ténèbres. Ce dernier ne faisait que les écarter d'une main distraite sans riposter. Il ne s'intéressait pas aux plus jeunes qui n'avaient pas encore l'éducation nécessaire pour seulement espérer l'affronter en duel.
Non, Voldemort n'attaquait que les enseignants sans toutefois viser à les tuer. La plupart étaient qualifiés après tout et l'école aurait encore besoin de professeurs lorsque les cours reprendraient, et ce même si c'était lui qui en aurait dorénavant la charge.
Soudain, un bouclier de lumière entoura les étudiants et Harry sut tout de suite que Dumbledore était arrivé.
– Emmenez les étudiants en sûreté.
À ces ordres, Lily Potter réagit aussitôt, entraînant Trelawney à sa suite. Ce n'est pas comme si cette dernière servait vraiment à quelque chose sur-le-champ de bataille. Il était étonnant qu'elle ne soit pas déjà blessée avec tous ses châles qui devaient nuire à ses mouvements. Harry remarqua du coin de l'œil James Potter qui continuait le combat contre une troupe de mangemorts, mais n'y porta pas attention. Leur cible était arrivée.
– C'était une folie de te présenter ici, Tom.
– Ah bon ? Pourtant, aujourd'hui, c'est toi qui vas perdre, car, vois-tu, j'ai un atout dans ma poche. Harry.
Le jeune homme leva son enchantement et apparut aux yeux de tous.
– Harry !
Le Serpentard reconnut la voix de son père, mais se contenta d'élever une barrière séparant les autres du trio qu'ils formaient. Personne ne pourrait venir les déranger avant la fin du duel.
– Harry, mon garçon…
Le visage du directeur sembla vieillir de vingt ans rien qu'en prononçant ses mots. Harry n'avait jamais remarqué à quel point Dumbledore nageait dans la nostalgie et la déprime. Sa seule apparition n'aurait pas pu causer une douleur aussi profonde.
– Ce n'est pas ton combat.
– Et si les rôles étaient inversés et que je me trouvais à vos côtés, vous me demanderiez encore de rester à l'écart ?
La seule raison pour laquelle le directeur ne baissa pas les yeux fut pour garder Voldemort à l'œil, mais celui-ci aimait plutôt la conversation qui prenait place et était prêt à la laisser continuer un peu plus longtemps.
– La prophétie…
– A cessé d'exister quand vous avez choisi de m'ignorer en faveur de Liam. Je ne laisserai pas une boule de cristal me dicter ma conduite.
Harry ne put pas s'en empêcher. Même si son rôle n'était pas de se battre, il lança un sortilège en direction de Dumbledore. Bien sûr, celui-ci le dévia facilement, alors son action n'eut pas vraiment de conséquence sauf de faire rire Voldemort qui intervint finalement.
– Alors vieil homme, qu'est-ce que ça fait de voir son pion se retourner contre soi ? Quoique je suppose que tu as encore Liam Potter. Dommage que ce ne soit pas le bon garçon.
– C'est ton assurance de gagner qui te perdra Tom. Tu as visé trop haut et trop gros cette fois.
– C'est ce que nous verrons.
Le seigneur des ténèbres débuta l'affrontement et Harry s'écarta en prenant soin de rester derrière Voldemort pour ne pas représenter ni une cible ni un obstacle. Sa rapide réaction lui épargna sans doute d'être mouillé alors que le directeur répliqua à la première attaque de Voldemort par un sortilège aquatique.
L'eau forma une sphère autour du Seigneur des ténèbres, un petit tour qui aurait facilement pu noyer sa victime si celle-ci ne possédait pas la puissance du mage noire. Celui-ci invoqua un serpent de feu qui sembla jaillir de sa poitrine et grésilla au contact de l'eau. Ce faisant, une fissure se forma là où l'eau s'évapora au contact de la chaleur, brisant l'équilibre de la sphère et libérant son prisonnier.
Harry avait l'impression d'assister à un duel de titans. La puissance des deux adversaires était incroyable et semblait s'égaler parfaitement. Toutefois, Voldemort aurait dû avoir l'avantage et son avis n'était pas dicté par sa loyauté envers l'homme. Objectivement, le Seigneur des ténèbres avait l'avantage de la jeunesse. Là où Dumbledore était restreint dans ses mouvements, sa mobilité réduite par le poids des ans, Voldemort était léger sur ses pieds, assez agile pour simplement éviter de nombreuses attaques plutôt que de devoir bloquer activement chacun des sortilèges. Mais le directeur avait un atout de taille.
L'habileté et la prouesse magique du mage ne valaient rien face à la baguette de sureau et c'est pourquoi le rôle de Harry était aussi important. Le combat s'était quelque peu déplacé et le jeune homme était sûr que le Seigneur des ténèbres les maintiendrait ainsi, lui laissant le champ libre. Il ferma les yeux et se mit au travail.
Normalement, il pouvait garder les yeux ouverts sans problème, mais cette fois-ci était différente. L'enjeu était trop grand et il ne pouvait pas laisser les éclats de lumières créés par le duel le distraire ne serait-ce qu'une seconde.
Il s'était préparé à un esprit organisé où les émotions seraient bien dissimulées, car, après tout, Dumbledore devait avoir bien des squelettes dans le placard qu'il parvenait à dissimuler avec brio sous ses airs de grand-père. Il avait noté plus tôt la grande mélancolie qui semblait l'habiter, mais en s'avançant plus en profondeur, Harry découvrit une mine d'émotions à exploiter. Une vraie tempête de sentiments qui se battaient pour sortir. Et il allait les aider.
Il ignorait si c'était leur discussion qui avait ramené ces émotions à la surface ou s'il assistait à un combat qui prenait place quotidiennement dans l'esprit du directeur. Dans un cas comme dans l'autre, sa tâche se trouvait facilitée.
Il aurait pu jouer sur la profonde mélancolie qui habitait le vieil homme, cela aurait été facile, mais pas suffisant. La tristesse ne l'avait pas empêché d'agir pendant toutes ces années et rien ne garantissait qu'elle le ferait cette fois, même avec son aide. Toutefois, Harry percevait une autre émotion beaucoup plus prometteuse. La culpabilité.
Il avait ressenti ce que ce sentiment pouvait provoquer chez ses parents biologiques, chez son frère. Il savait donc que celle-ci pouvait devenir étouffante, d'autant plus lorsque mis en face de la personne que l'on avait déçu. En jouant sur cette émotion et en se plaçant dans son champ de vision, il pourrait bien réussir à lui enlever toute envie de se battre. Cependant, il ne voulait pas ne s'en tenir qu'à cela, juste au cas où ce ne serait pas suffisant. Il devait trouver quelque chose en plus. Il trouva la réponse là où il s'y attendait le moins et sourit. Il était prêt. Il agrippa mentalement le fil de sa culpabilité et se mit à le dérouler tout en avançant.
Il avait préféré un petit garçon à un autre poussé par une prophétie. Il avança d'un pas. Il avait laissé ce même garçon être maltraité, laissé pour mort puis enlevé par Bellatrix Lestrange. Un autre pas. Il avait été incapable de l'empêcher de rejoindre Voldemort. Encore un autre pas.
Voldemort. Ses pas se figèrent pendant quelques secondes. Les sentiments qu'éprouvait le vieil homme envers le mage noir incluaient aussi la culpabilité. Intéressant. Harry retint un sourire et continua son avancée.
Il avait été incapable de prouver que Voldemort avait ouvert la chambre des secrets des années auparavant. Un pas. Il n'avait pas réussi à empêcher le jeune Seigneur des ténèbres de prendre le chemin qu'il avait emprunté. Un pas. Il avait été incapable de le vaincre lui-même, laissant à un enfant la tâche de le faire. Un pas. Et il restait toujours incapable de le faire maintenant qu'il était de retour. Un pas.
Harry se trouvait directement derrière Voldemort. Son regard croisa celui de Dumbledore entre deux attaques.
Non, il restait incapable de vaincre Voldemort, car il espérait encore pouvoir le sauver. Au fond de lui, il gardait encore l'espoir que tout n'était pas perdu pour celui qu'il appelait encore Tom, tout comme il espérait pouvoir le ramener lui-même sur le droit chemin, auprès de ses parents. Comment pourrait-il vouloir gagner le combat alors que sa victoire marquerait la fin de ses espoirs ?
Après tout, Voldemort ne se laisserait jamais capturer vivant. Donc, pour gagner, Dumbledore n'aurait d'autre choix que de le tuer. Or, le tuer revenait à anéantir lui-même toutes ses espérances de le voir utiliser son pouvoir pour la bonne cause, pour le bien commun. C'est pourquoi il ne voulait pas gagner.
Non. Il ne voulait pas gagner.
La main de Dumbledore trembla autour de la baguette de sureau, une hésitation aussi brève qu'un soupir, et le Seigneur des ténèbres n'en manqua pas une miette. Avant d'avoir pu retrouver son aplomb, le directeur se vu déposséder de sa baguette. Les yeux légèrement écarquillés, il la regarda tomba sur le sol, trop loin pour qu'il puisse la ramasser à temps. Puis, il tourna son regard vers le jeune homme qui, sans le savoir, l'avait mené à sa perte. Il posa finalement ses yeux sur Voldemort avant de les fermer, acceptant sa défaite.
– Avada Kedavra.
L'éclat vert stoppa les combats. Plusieurs élèves et enseignants se laissèrent tomber à genoux en voyant leur directeur adoré s'effondrer pour ne plus se relever. D'autres, dans un élan de rage, tentèrent de reprendre les affrontements, mais furent rapidement submergés par le nombre supérieur de mangemorts.
Ils avaient gagné. Dumbledore était mort. Poudlard était à eux… et Voldemort était en possession de la baguette de sureau.
Lorsque Harry entra dans la salle du trône vide, le Seigneur des ténèbres faisait tourner sa nouvelle baguette entre ses mains. Il répétait souvent ce mouvement, observant le sureau qui formait l'invincible baguette. Si les mangemorts avaient remarqué son manège, ils n'en avaient rien dit, tout comme personne n'avait mentionné le fait que Voldemort utilisait maintenant la baguette du défunt Dumbledore. Sans doute pensaient-ils qu'il ne s'agissait que d'un trophée de guerre. Le mage noir n'aurait pas été le premier à s'emparer de la baguette d'un ennemi vaincu. Après tout, une baguette ne pouvait avoir d'allégeance qu'envers un sorcier vivant.
Il s'inclina devant le trône. Le Seigneur des ténèbres continua d'observer sa baguette, mais prit la parole.
– Un excellent travail, vraiment.
Il rangea finalement la baguette de sureau dans sa manche et fit signe à Harry de se relever. Posant son menton dans sa main, il poursuivit, intrigué :
— Tout s'est passé comme nous l'avions prévu. Toutefois, je ne peux m'empêcher de me demander : qu'est-ce qui a pu pousser le grand Dumbledore à refuser la victoire ?
Harry ne ressentait plus ses émotions comme avant, mais il savait encore reconnaître l'ironie d'une situation lorsqu'elle se présentait et il n'y avait rien de plus comique que la mort du grand directeur de Poudlard à son avis. Il esquissa un rictus.
– L'amour.
Le Seigneur des ténèbres ne tarda pas à partager son hilarité.
– Ce vieux fou, trahis par ce à quoi il tenait tant.
Se levant, Voldemort descendit aux côtés de Harry.
– Cela mérite une célébration.
Une fête avait déjà été organisée pour les mangemorts la veille, mais le Seigneur des ténèbres avait passé son temps assis sur son trône à regarder plutôt qu'à participer. Harry lui-même n'y était pas resté longtemps, étant le seul jeune de son âge et ne connaissant personnellement que quelques-uns des mangemorts présents. Une autre ironie était sans doute que les deux au cœur de cette victoire aient été les deux seuls à ne pas profiter des célébrations. Harry emboita donc le pas au mage noir, devinant que celui-ci devait les emmener à son bureau privé.
– As-tu déjà bu du whisky ?
– Non.
Il n'avait en fait jamais bu une seule goutte d'alcool de sa vie. Il n'en avait jamais vu l'attrait.
– Et bien, c'est le moment de voir si tu aimes.
Sitôt installés dans leur chaise habituelle, Voldemort leur servit des verres d'un liquide ambré. Harry regarda le Seigneur des ténèbres prendre une gorgée, mais il se contenta d'observer la boisson tourner dans son verre.
– Et puis ?
Le jeune homme leva les yeux sur le mage noir qui le regardait, un sourire en coin. Timidement, il porta son verre à ses lèvres. Le liquide lui brûla la gorge en descendant et il ne put s'empêcher de faire la grimace.
– Je…
Il se racla la gorge.
– Je suppose qu'on s'habitue.
Voldemort rit doucement.
– Ne te force pas à finir ton verre si tu n'aimes pas.
Harry hocha la tête et posa son verre sur le bureau. Quant au mage noir, celui-ci prit une autre gorgée avant de lui aussi le déposer et de poser ses mains devant lui.
– Tu ne m'as jamais demandé pourquoi je croyais en l'existence de la baguette de sureau.
Le jeune homme haussa les sourcils en acquiesçant :
– Je n'y ai même jamais pensé.
Voldemort sourit.
– Je sais et c'est pourquoi tu es sans aucun doute mon mangemort le plus fidèle. Tu obéis à mes ordres sans jamais les remettre en question.
Harry aurait sans doute rougi à l'écoute de tels compliments, mais il avait perdu cette faculté depuis quelque temps. Peut-être depuis la bataille contre Dumbledore, peut-être avant. Il se contenta de baisser la tête humblement.
– C'est parce que tu n'as pas demandé d'explications que je vais te les offrir aujourd'hui.
Le jeune homme redressa le menton, intrigué. Voldemort tendit l'une de ses mains vers lui, paume grande ouverte. À l'un de ses doigts brillait une pierre noire qu'il n'avait jamais remarquée jusqu'à maintenant.
– Je savais que la baguette de sureau existait, car il se trouve que je possédais déjà l'une des reliques de la mort.
Harry écarquilla les yeux. Le bijou serti dans la bague ne pouvait être que la pierre de résurrection !
– Mais comment...
Sous le choc, il ne parvint même pas à finir sa question. Le Seigneur des ténèbres la comprit toutefois sans problème.
– Un héritage de ma famille maternelle. Il se trouve que l'un de mes ancêtres éloignés était le fameux Cadmus Peverell, le premier propriétaire de la pierre.
Voldemort n'avait donc pas que la baguette de sureau. Il possédait déjà deux des trois reliques de la mort !
– Alors il ne vous manque que la cape d'invisibilité.
S'il avait été en possession de ses émotions comme avant, nul doute qu'il aurait eu du mal à retenir son excitation. Cependant, il ne ressentait maintenant que de l'intrigue et c'était déjà beaucoup. Le choc qu'il avait eu plus tôt représentait déjà la plus vive émotion qu'il avait ressentie depuis des semaines.
– Oui, malheureusement il s'agit de loin de la relique la mieux cachée. Depuis son premier propriétaire, Ignotus Peverell, personne n'en a plus entendu parler.
C'était compréhensible. Après tout, à quoi servirait une cape pour se cacher si tous savaient qu'on l'avait en sa possession ?
– Il doit bien exister une centaine de capes d'invisibilité. Comment la différencier des autres ?
Après tout, il s'agissait d'un objet rare, mais pas complètement inusité. La plupart des riches familles en possédaient une. D'ailleurs, il savait que les Potter en avaient une eux-mêmes, légué de génération en génération.
– Plusieurs auteurs ont tenté d'établir des théories sur le sujet, mais la vérité est que tous l'ignorent. Toutefois, j'ai la certitude que, si nous la tenions entre nos mains, il serait impossible de la différencier des autres. Après tout, les capes d'invisibilité que nous possédons aujourd'hui s'en sont supposément servies comme modèle. Je suppose que l'existence de ces copies permet de dissimuler la vraie encore plus facilement. Par contre, tous semblent s'entendre sur le fait que, là où les capes ordinaires perdre de l'efficacité au fil des ans, la cape de la mort, elle, s'adapte à son propriétaire. C'est-à-dire qu'elle grandit avec lui et que, contrairement aux autres, elle ne perd rien de sa puissance.
Harry plissa les yeux, réfléchissant profondément.
– Combien d'années dure une cape d'invisibilité normalement ?
– Cela varie tout dépendant de la qualité, mais le record actuel est de 50 ans.
Le jeune homme fixa le bois du bureau devant lui. Même petit, James s'amusait à leur raconter, à lui et à son frère, ses aventures à Poudlard, peu importe qu'ils soient trop jeunes ou non pour comprendre ou qu'il s'agisse d'un mauvais exemple à donner pour des esprits impressionnables. Harry se rappelait encore des tours que son père biologique avait joués grâce à une cape d'invisibilité qu'il avait héritée de son père avant lui. Selon ses dires, cette cape faisait partie de l'héritage familial depuis des siècles. Il n'y avait jamais accordé d'importance, mais peut-être qu'il aurait dû.
– Je crois savoir où se trouve la cape d'invisibilité.
Harry n'avait jamais pensé retourner chez les Potter, surtout pas de sa propre volonté. Toutefois, ce n'était pas pour revoir sa famille qu'il le faisait. En fait, il espérait ne croiser personne. Si tout se passait bien, il ne resterait que quelques minutes, juste le temps de prendre ce dont il avait besoin. Le Seigneur des ténèbres lui avait proposé de lui fournir de l'aide, mais il avait refusé. Il ne voulait pas transformer cette mission en bataille générale alors qu'il pouvait tout aussi facilement s'incruster discrètement.
Une voix au fond de lui chuchota que c'était surtout qu'il ne voulait pas risquer que Liam soit blessé dans la mêlée, mais il la fit taire. C'était plus facile maintenant de chasser ces pensées indésirables. Elles lui venaient encore de temps en temps et il savait que, lorsqu'elle cesserait complètement, il serait prêt à sauver sa mère.
La nuit était tombée depuis plusieurs heures et toutes les lumières étaient éteintes dans la maison des Potter. Sa seule protection était un charme le dissimulant aux regards, plutôt mince pour une mission d'une telle importance, mais si tous les occupants dormaient, cela serait suffisant.
Il tourna la poignée de la porte qui s'ouvrit sans problème. Elle ne s'ouvrait qu'en présence d'un membre de la famille, sans doute la première fois qu'il était content d'avoir le sang des Potter dans les veines. Il referma silencieusement derrière lui et se dirigea tout de suite vers les escaliers. James l'avait reçu de son père alors tout portait à croire qu'il avait fait de même en la léguant à Liam. Lui-même aurait sans doute pu en hériter s'il avait grandi chez sa famille biologique, mais cela avait peu d'importance maintenant. Après tout, il s'apprêtait à s'en emparer de toute façon.
Arrivé en haut, il s'approcha et posa l'oreille sur la porte de la chambre de Liam. La lumière était éteinte, mais cela ne garantissait pas que son jumeau dormait. S'il ne dormait pas, même un sort d'invisibilité ne cacherait pas le fait que la porte s'était ouverte et refermée toute seule. Seul le silence lui parvint et, après plusieurs minutes, il décida de prendre le risque. Le sortilège qu'il s'était lancé ne durerait pas éternellement et il préférait ne pas utiliser sa baguette ici de peur de laisser une trace. Sans apparence de vol, Liam croirait seulement qu'il avait perdu la cape, pas qu'on la lui avait volée.
Il n'ouvrit la porte que le nécessaire pour pouvoir se faufiler et la referma aussitôt, espérant ainsi créer le moins de mouvement possible. Cela fait, il se figea et attendit. Il relâcha ses épaules en entendant les ronflements provenant du lit de son frère. Il dormait et profondément en plus.
Il survola la pièce du regard. S'il avait une cape d'invisibilité en sa possession, où la cacherait-il ? Elle ne devait pas être trop loin, car Liam ne devait pas être sur ses gardes de retour chez lui après la bataille de Poudlard. Il se sentait en sécurité. Il n'aurait donc aucune protection en place. Ses yeux tombèrent sur la malle d'effets scolaires ouverte, mais pas encore vidée reposant dans un coin de la pièce.
Il avança pas à pas, faisant attention de ne pas faire craquer les planches de bois sous son poids. Il s'agenouilla et mémorisa l'emplacement de chaque objet. À en juger par sa chambre, Liam n'était pas vraiment quelqu'un d'ordonné et ne remarquerait donc sans doute pas qu'une veste ou qu'un livre ait été déplacé, mais il n'y avait pas de risques à prendre. Il tâta tout avec le plus grand soin, puisque ce qu'il cherchait était invisible.
Il toucha ce qu'il crut être une autre pièce de vêtement jusqu'à ce qu'il la lève devant ses yeux. Il n'y avait rien. Il tenait bien quelque chose, mais il ne voyait rien. Il sourit.
Il mit la cape dans sa poche pour ne pas la perdre bêtement puis entreprit de tout replacer dans l'ordre. Lorsque tout fut de retour dans la malle, il hocha la tête, satisfait. Il n'y avait aucune chance que Liam se doute qu'on avait fouillé dans ses affaires.
Il se redressa en prenant la cape dans ses mains. Pourquoi se contenter d'un sort lorsqu'on avait la cape d'invisibilité à sa disposition ? Alors qu'il s'apprêtait à la revêtir, ses yeux se posèrent sur son jumeau.
Les yeux fermés, il était son portrait craché… enfin avant son adoption qui avait bouclé ses cheveux. Tous disaient qu'il ressemblait trait pour trait à James, mais, ainsi livré à sa vue, Harry trouvait seulement que Liam ressemblait à Liam, ce frère avec qui il avait joué au quidditch, passé des heures dans la bibliothèque…
Non. Il devait arrêter ce chemin de pensées. Ce cher frère dont il se souvenait avec tant d'affection au moment le plus inopportun, et bien il venait de le trahir… pour une énième fois. Sauf que cette fois, c'était lui-même qui l'avait proposé. S'il le voulait, il pouvait même prétendre ne pas avoir trouvé la cape. Mais il ne le ferait pas. Parce qu'il n'en avait pas envie. Peut-être même parce que, au final, il n'aimait pas Liam autant qu'il le devrait, autant qu'avant.
Au moment même où il posa la cape sur ses épaules, ses émotions cessèrent finalement de l'importuner… pour de bon cette fois.
Fini! J'espère que vous avez aimé.
Je ne sais pas encore quand le prochain chapitre sera publié, mais il devrait sortir pendant le mois de septembre si tout se passe bien avec la rentrée. À la prochaine!
