Plutôt cette typo-là ? … Ou celle-là … ? La première est moins lisible, mais elle colle plus au thème … mais la seconde est lisible, c'qui est quand même essentiel pour un texte. Aaah. Décision, décision.
" Laurent, c'est quoi ta musique là ? "
Je me retourne vivement, surprise par la voix qui ne provient pas de mon collègue, et vois à l'entrée du bureau se tenir dans l'encadrement de la porte cinq têtes que je connais. Je leur souris timidement.
" SLuG. " je réponds en guise de salutation. Il s'agit d'une de mes musiques que j'ai sélectionné qui passe en ce moment et je me doute que Laurent n'aura pas la réponse aussi rapidement que moi.
" À tes souhaits. Ravie de te revoir. " enchaîne sans hésitation Gilles, me faisant pouffer de rire silencieusement.
" Les stars sont là ! Comment se sont passés les répétitions ? " demande Laurent qui s'approche d'eux, presque sautillant, pour échanger accolades et serrage de main, pendant que j'enregistre distraitement mes essais sur mon ordinateur, observant leur interaction. J'avais compris qu'ils étaient en bon terme, mais j'avais sous-estimé le fait qu'ils aient l'air ami. J'me casserais la tête plus tard sur le sujet de mes typos, j'ai l'occasion rêvée de me focaliser sur un autre travail pour revenir plus tard l'esprit plus clair dessus. Je sors de mes dossiers les illustrations que les Hallucystéries sont venues vérifier et qui iront sur leurs outils de communication. Elles ont déjà été approuvées par Laurent avec qui je les ai faits et par le manager, il ne reste que l'avis du groupe maintenant pour qu'elles soient validées.
Le groupe et le graphiste parlent des tournages des clips musicaux des dernières semaines, j'écoute discrètement, curieuse de savoir comment ça s'est passé. C'est la raison du fait que je ne les ai pas vu interagir avec Laurent jusque-là : ils étaient dans des studios extérieurs pour filmer. Visiblement, tout c'est passé convenablement, il y a eu des impondérables, mais rien qui ne soit gênant pour la qualité de la production. Les aléas de la vie d'artiste, je dirais. Rien ne se déroule jamais exactement comme on l'a prévu, même si on passe des mois à tout planifier. J'observe soudainement qu'il manque une tête avec une mèche rouge dans le groupe. Je tourne la tête pour le chercher, pour trouver Gilles juste derrière moi, si je penche la tête en arrière, je pourrais la poser sur son abdomen.
" Bonjour. " je murmure, ne voulant pas attirer l'attention des autres sur notre proximité, pendant qu'il baisse la tête vers moi. Il regardait mon écran avec intérêt où l'une des illustrations que je leur ai faites est ouverte.
" Hey Aliénor. Comment ça va ? " demande-t-il en se postant à côté de moi, à une distance déjà plus respectable.
" Bien et toi ? "
Et comme ça, dans un enchaînement que je serais incapable d'expliquer, commence une discussion dans notre coin où il me présente ses muscles bien formés grâce à la batterie pendant que j'ai le feu aux joues et ne sais pas trop où me mettre, bien que je le chambre timidement pour ne pas qu'il me croie intéressé, malgré le fait que je regarde avec intérêt son anatomie qu'il me dévoile. C'est pas tous les jours qu'un homme relève les manches de son t-shirt pour me donner les petits noms de ses muscles, bien formé, rien que pour moi. Si je suis attentive, c'est bien parce que je ne peux pas nier que Gilles est un bel homme. Si on me redemande, je mentirais en disant que je profitais de ce cours d'anatomie pour améliorer mes connaissances en dessin anatomique.
Au bout de deux longues interminables minutes où mes yeux restent fixement sur son corps en évitant son regard, me contentant finalement de hocher maladroitement la tête pour toute réponse, il doit finalement comprendre que je suis mal à l'aise puisqu'il remet son t-shirt convenablement comme si rien ne s'était passé.
" Donc, si j'ai bien compris, c'est Smug le nom de la chanson qu'on écoute ?
- SLuG. C'est le nom du groupe, en fait. "
Je ne précise pas qu'on est passé à une autre chanson du même groupe. Le changement de sujet est bienvenu pour me laisser me remettre les idées en place. Je m'aspergerais bien le visage d'eau glacée. Je suis ravie de la distraction offerte et vais sur mon navigateur internet pour lui montrer la pochette de l'album éponyme SLuG, portant une main à ma joue. Sans surprise, je suis brûlante et ma main me semble froide en comparaison.
" Ils sont sur Bandcamp et je crois pas qu'ils aient fait d'autres albums que celui-là.
- C'est quoi comme style, du progressif ? "
Je hausse les épaules quelques instants.
" De la pop expérimentale ?
- Tu aimes la pop ?
- J'aime la musique. J'arrive jamais à classer musicalement les groupes si on ne me le dit pas. J'ai pas de formation musicale en dehors de mon travail au sein du label. " j'explique.
Ce qui doit sembler idiot, mais la musique je l'écoute et la ressens, plus que je ne la dissèque et ne la comprends. Cela ne m'empêche pas d'apprécier d'en écouter et d'avoir plein de savoir inutile sur le sujet, mais rien qui concrètement ne me permettrait de briller en conversation avec quelqu'un qui s'y connait.
" Aliénor ! Montre-leurs tes merveilles ! " me demande subitement Laurent, nous invitant finalement à commencer à travailler ensemble, la discussion qu'il avait de son côté avec le reste du groupe fini, puisque tout le monde prend des chaises et se rassemblent autour de mon écran pour que je puisse présenter mon travail.
Pour mon plus grand plaisir, les illustrations et outils de promotions sont rapidement validés ou rapidement retouchés en direct avant que ça ne plaise à tout le monde. C'est Tim qui est le plus vocal, mais c'est aussi celui qui est en charge officieusement de la communication et de la visibilité du groupe, donc tout le monde lui fait confiance pour savoir exactement ce qu'il veut et on ne peut pas dire qu'il n'est pas efficace.
Les tournages étant finis, les jours suivants, le schéma se répè midi, je présente par mail ce que j'ai réalisé à leur manager et en fin d'après-midi, le groupe débarque pour faire des modifications ou valider. Généralement, cette étape se fait assez rapidement, on valide et modifie en moins d'une demi-heure, laissant ensuite tout le loisir au groupe d'accaparer notre attention en lançant des discussions sur des sujets aussi variés que nos sept personnalités. Clairement, dès le second jour, je suis persuadé qu'on pourrait valider par mail et faire gagner du temps à tout le monde. Mais Laurent semble ravi de les avoir dans son bureau et rapidement, je dois dire que moi aussi j'attends avec impatience chaque jour de les voir.
Je suis encore timide et n'ose pas vraiment m'incruster dans les conversations si on ne me demande pas explicitement de le faire, mais je ne suis définitivement plus planqué derrière Laurent ou une quelconque excuse. Je commence à être à l'aise autour d'eux. De plus en plus, la frontière entre clients et connaissances se fait de plus en plus floue.
Se pourrait-il que je me fasse des amis ?
