Cela fait six semaines, jour pour jour, que je suis dans le bureau de Laurent et travaille avec lui.
La campagne de promotion du groupe Hallucystérie devrait commencer dans une semaine tout pile. Les premiers communiqués de presse ont été divulgués, le site du groupe a commencé à le diffuser et voir les visites affluer, les fans commencent déjà à se déchaîner sur les réseaux sociaux. Qu'est-ce que ce sera quand l'album sera présenté au public ? Je n'ose pas trop l'imaginer, même de façon distante. La présence médiatique de ce groupe est trop énorme pour que j'arrive à le concevoir.
Tout cela veut dire que bientôt, je n'aurais plus de travail à leur fournir et que je pourrais retourner dans mon bureau à moi, dans le service infographique E. Fin de ma merveilleuse collaboration avec eux et Laurent. Je m'entends très bien avec Laurent maintenant, ça va faire bizarre de lui laisser son bureau et retourner au mien. Même si j'ai hâte de retrouver Jacqueline tous les jours et replonger dans ma routine. Une part de moi (bénigne) est soulagée que je n'aurais plus à subir les rares éclats de Laurent lorsque quelque chose ne va pas comme il le souhaiterait (cela arrive rarement, mais ses explosions restent impressionnantes pour moi). Même voir le groupe Hallucystérie et leur bonne humeur constante va me manquer. Je me suis attachée à eux en très peu de temps.
En réaction aux premiers communiqués en interne sur la sortie de l'album et de sa campagne de communication, j'ai commencé à recevoir des mails de compliments de la part de plusieurs personnes du label qui ont remarqué mon travail avec le groupe. Certaines personnes m'arrêtent même dans les couloirs pour me donner leur compliment. Ça fait chaud au coeur de me voir reconnu pour mon travail et moins pour le fait que je sois la collègue temporaire de Laurent. Je ne connais pas la moitié des gens qui m'ont félicité, mais comme Laurent l'a dit, ça veut dire que dans le futur, ils me proposeront sans doute à leurs collègues et ça m'aidera à décrocher des contrats plus variés que ce que je faisais jusqu'à présent (et potentiellement mieux payer, on le sous-entend tous les deux, même si on ne le vocalise pas). Serait-ce le décollage de ma carrière tant espéré ? J'en ai des paillettes dans les yeux, déjà excités face à ce nouveau futur que j'ai réussi à me préparer.
Il n'y a pas de mal à ne s'occuper que des artistes juniors, mais comme tout le monde, j'aspire à ne pas rester la graphiste juniors toute ma carrière. J'aimerais toucher à plus de projets intéressants et ne pas toujours refaire une dérivation de la même composition graphique avec les mêmes visuelles à l'infini.
Le fait que Laurent me délègue pas mal de son travail quand j'ai du temps libre et n'oublie jamais de me créditer auprès de ses collaborateurs ou clients aide pas mal à me faire connaître en dehors de mon répertoire habituel. Je n'en espérais pas tant quand il a commencé à me prendre sous son aile. Au mieux, j'aspirais à bien l'observer, lui et sa manière de travailler. C'était une opportunité unique et j'espérais pouvoir en profiter, mais je n'espérais pas qu'il déploie autant d'énergie à m'apprendre et m'aider à me faire connaitre, vu que je suis une timide anxieuse incapable de faire les premiers pas les ¾ du temps. En un mois, on est devenu très bon collègue. J'ose pas dire ami, puisque nos relations reste professionnel et qu'on ne s'adresse pas la parole en dehors de ce cadre, mais tout de même, on en est pas loin, je pense.
En tout cas, on est suffisamment ami pour avoir désormais des chansons en commun qu'on est capable de chanter comme des bêtes à pleins poumons pendant nos pauses pour évacuer le stress et se détendre. Hurler pendant que l'eau du thé chauffe, c'est cathartique. Ce sont mes moments préférés de la journée, en fait. Des moments où je n'ai rien à penser ou être, juste brûler de l'énergie et les mauvaises émotions qui menace parfois de me submerger. Laurent sait jouer de la guitare, du coup dans ces moments-là, il adore faire de l'air-guitare pendant les riffs de ses chansons préférés, ce qui me fait toujours rire. Il tire des grimaces pas possibles quand il fait semblant de jouer et les accentues pour mon plus grand bonheur.
C'est pendant l'une de nos sessions où l'on fait de l'air-pogo-stick en hurlant en coeur avec la musique que la porte s'ouvre sur les membres du groupe Hallucystérie étonnés.
Je me fige immédiatement, les bras le long du corps, en proie à une hystérie cardiaque de honte, pendant que Laurent apporte un air-micro sans flancher à un Tim qui le joint immédiatement dans ses cris, derrière lui Paul ferme la porte derrière eux. Le groupe entier se met rapidement à hurler en concert, certains jouant de l'air-instrument au passage. C'est plus de la musique, c'est du bruit. Et je souris comme une cruche, parce qu'après tout, personne ne se prend au sérieux. Même le chanteur professionnel dans la pièce faite des fausses-notes et je ris avant de rejoindre leur cri de bon coeur, toute gêne oubliée. Ce qui me vaut un immense sourire complice de Laurent qui m'offre un clin d' part lointaine de mon esprit me demande de plaindre les voisins de bureaux, je ne l'écoute pas : les murs sont relativement bien insonorisés au sein des locaux du label.
Quand tout le monde est essoufflé et écroulé dans des chaises, je finis par baisser le son de l'ordinateur.
" Qui veut du thé ? " je demande en souriant, décollant des cheveux de mon front suant. Tout le monde lève la main en grognant et je ris en faisant le service.
" Qu'est-ce que vous faites ici les gars ? On a rien à vous montrer. " demande Laurent qui se redresse dans sa chaise pour prendre le thé que je lui tends.
" Oh ! " s'exclame soudainement Tim, comme s'il venait de se rappeler de l'objet de sa présence dans notre bureau. " Demain on fait un barbecue chez Olivier pour fêter la fin de la création des clips et de la campagne de pub de notre nouvel album. On voulait vous inviter et on avait du temps pour passer vous voir.
- Chouette, je ramène les bières ! " réponds sans hésitation Laurent, Tim me regarde alors avec anticipation, attendant ma réponse. Je capte alors soudainement que l'invitation ne se limite pas qu'à mon collègue, mais à moi aussi.
" Je suis invité … ? " je demande à mi-voix, surprise que le groupe souhaite ma présence à ce qui ressemble à un rassemblement entre amis. Parce qu'ils sont potes avec Laurent en dehors du boulot, je le savais déjà, ils l'avaient laissé entendre plus d'une fois et il y a deux semaines ils l'ont invité à boire un coup dans un bar (et j'avais refusé de venir parce que je voulais pas laisser Vincent seul). J'ai refusé une fois déjà une de leur invitation et un barbecue c'est moins stressant que d'aller dans un bar plein d'inconnu, mais …" Tu peux dire non sans chercher d'excuse. " tente de m'aider Tim. Il est toujours très prévenant de mes réactions et de me laisser des voies de sorties quand je suis mal à l'aise dans toutes sortes de situations.
Je hoche négativement ma tête, souriant de sa prévenance.
" Je cherche pas à refuser, je tente de voir comment je peux m'organiser pour venir sans que ça dérange Vincent. " j'explique.
" Vincent ? Ton conjoint ? " s'intéresse soudainement Gilles. Je lâche un petit rire. Parce que c'est absurde quand on connait Vincent.
" Nah, mon chien. "
J'observe médusé Gilles et Tim souffler, visiblment soulagé, même si je ne comprends pas pourquoi.
" Personne est allergique aux chiens, amène-le s'il a pas peur des inconnus. " propose Olivier à qui je souris alors. Heureuse de ne pas avoir à laisser plusieurs heures Vincent tout seul à l'appartement un week-end.
" Merci de l'invitation, alors, je serais là. Tout le monde aime les tartes ? " Parce que je compte pas arriver les mains vides, surtout si on me laisse apporter mon gamin.
Je regarde une nouvelle fois mon téléphone avant de décrocher ma ceinture de sécurité. J'observe l'immense maison, avec un terrain encore plus grand et des grillages qui font deux à trois fois ma taille. Je me sens toute petite et quelconque face à la grandeur de ce bâtiment. Cela me rappelle une fois de plus qu'on évolue dans deux mondes très différents, le groupe et moi. Je suis dans une allée juste devant une énorme grille noire avec un interphone et une caméra. Je suis à la bonne adresse, je viens de vérifier sur mon téléphone, mais je ne sais pas si je dois sortir de la voiture pour sonner ou attendre qu'on m'ouvre. Quel est la marche à suivre dans ce genre de situation ? On ne m'a jamais expliqué.
Heureusement, hier j'ai finalement prit le numéro de Gilles (et des autres membres du groupe). Gilles qui a finalement relativement arrêté de me draguer lourdement. Il tente de temps à autres des approches, mais il a comprit qu'il n'arriverait à rien avec ses sous-entendus et compliments à outrances. Depuis sa révélation, on est devenu ami. Même si je ne l'ai pas encore vu en dehors du boulot. Je pense que je peux considérer Laurent et le groupe comme étant mes amis. Surtout vu qu'aujourd'hui je vais les voirs dans leur sphère intime pour la première fois. Je pense qu'on peut dire qu'ils ne sont plus simplement des connaissances. Mon chien pose sa lourde tête sur mon épaule, comme pour me demander pourquoi on est à l'arrêt et que je ne suis pas en train de nous sortir de la voiture.
En quelques cliques sur mon téléphone, j'appelle Gilles qui décroche presque immédiatement.
" Coucou Gilles. Je suis devant le portail d'Olivier. Je fais quoi ? Je sonne ? "
Au travers du téléphone, je l'entends rire et s'éloigner des voix de ce que je pense être le reste du groupe. Peut-être que Laurent est déjà avec eux.
" Oui, sonne. Sois pas impressionnés, mais des gens vont fouiller ta voiture avant d'aller te la garer. On a prévenu David de ta venue, il est gentil tu verras.
- Okay, je sonne alors ?
- Oui-oui. À de suite ! "
Avec ça, il raccroche, me laissant anxieuse et un brin perdue.
En même temps, il s'agit de la maison principale d'une célébrité mondiale. C'est normal qu'il y ait un protocole de sécurité en place. Je ne devrais pas m'en étonner.
Après être finalement sortie de la voiture et avoir sonné, je me rends compte que si j'avais avancé un peu ma voiture, j'aurais pu sonner en restant dedans. Je me tape le front. Ma petite virée dans le monde des stars commence bien. Quelques secondes plus tard, un homme en costume sombre, lunette de soleil et avec un câble reliant son oreille à son col apparaît.
" Madame Aliénor Renart ? "
Je lui offre un grand sourire anxieux en hochant la tête.
" Je vais fouiller votre voiture avant de vous laisser entrer et vous fouiller. " me prévient-il en souriant, cherchant sans aucun doute à me mettre à l'aise.
" J'ouvre mon coffre ? " je demande timidement.
Quelques longues minutes plus tard, le gardien a fini de fouiller ma voiture (Vincent a comme d'habitude un long câlin de la part de l'inconnu qui a heureusement pas été timide avec mon gamin) et je me tiens avec Vincent et ma tarte sur les marches de l'immense … C'est une villa ou un manoir quand une maison comme ça a cette taille ? C'est quoi la différence entre les deux ? En tout cas, je ne cherche pas plus le nom d'une telle habitation et sonne, reculant de deux pas.
Je n'ai pas à attendre longtemps pour qu'Olivier apparaisse sur le pas de la porte.
" Aliénor ! Te voilà ! Et -HOLA ! C'est pas un chien, c'est un poney ! " s'exclame-t-il en posant les yeux sur Vincent qui se tient sagement assis contre ma jambe.
" Alién-wola ! " s'exclame pareillement Laurent qui était sur les talons d'Olivier.
" Qu'est-ce qui se passe ? " j'entends Gilles demander de plus loin dans la maison.
" Aliénor a ramené son poney. " s'amuse Laurent pendant que je roule des yeux, amusée et contente qu'avec toute cet agitation et nouveaux monde mon gamin n'ait pas commencé à s'agiter, vu que je tiens encore les tartes.
" Son poney ? " j'entends les voix interloqués de Charles et Gilles pendant que je baisse la tête. Je me retiens de rire.
" T'es sûre que c'est un chien ce truc ? " demande Laurent.
" À deux cent pour cent.
- Rentre, je te prends la tarte. " propose Olivier qui me débarrasse en effet du plat recouvert de cellophane que j'avais dans les mains. J'en profite pour reprendre correctement en main la longue de Vincent maintenant que je sais qu'il ne va pas faire tomber la tarte s'il tire. C'est tout ce qu'il lui fallait pour qu'il commence à s'agiter autour de moi, renifflant tout ce qu'il peu autour de lui, son moment d'écoute où il devait rester sage définitivement fini.
Olivier s'éloigne vers une autre pièce pendant que Laurent ferme la porte derrière moi.
" On se croirait au château de Moulinsard. " je souffle en regardant autour de moi l'immense entrée avec un escalier double en pierre lumineuse. Vincent de son côté tire sur la laisse pour renifler les mains de Laurent qui commence à le caresser en babillant que c'est un bon chien et qu'il est magnifique, pour le plus grand bonheur de mon gamin qui tire la langue de bonheur, toujours ravie de se faire de nouveaux copains.
" C'est en effet un poney. " constate avec amusement Tim, assis sur ses talons en train de caresser Vincent qui menace désormais de baver sur le carrelage sous l'attention des deux hommes, la queue tournoyant dans tous les sens. Même Gilles, Paul et Charles sont autour de lui, pour le caresser vaguement après lui faire renifler leur main. Il ne manque qu'Olivier. En dehors de ça, tous le monde est autour de Vincent.
" Je vous présente Vincent, mon bébé. " je roucoule, heureuse de voir que personne n'a peur de lui. Vincent ne ferait pas de mal à une mouche, surtout pas à des humains et est extrémement bien dressé, mais je sais bien que même pour des gens n'ayant pas peur des chiens, un Grand Danois ça reste impressionnant.
Après ses présentation et avec la permission d'Olivier qui est revenu, je lâche enfin Vincent et le laisse vaguabonder dans le hall pendant qu'on me mène au jardin. Il s'agit principalement de gazon avec quelques zones de parterre de fleurs dans un style anglais, le tout donnant l'idée qu'il s'agit d'un jardin simple à entretenir et sur lequel on peut effectuer n'importe quel activité si on le désire. Vu la taille, je dirais qu'on peut même organiser un match de foot sans être trop serré. Une douce odeur d'herbe humide et un léger parfum de fleurs me rappelle le printemps et me fait sourire. C'est l'endroit idéale pour un barbecue entre ami.
Il ne faut pas longtemps à Tim et Vincent pour courir dans tous les sens dans l'herbe. J'ai aucune idée du jeu, mais ils s'amusent comme des petits fou, alors je ne fais que surveiller du coin de l'oeil mon chien pendant qu'on me présente Laëtitia, la femme d'Olivier avec qui je sympathise immédiatement tant elle est avenante.
C'est vraiment une journée barbecue posée qui s'annonce, puisqu'il n'y a que le groupe, la femme d'Olivier, Laurent, mon gamin et moi. Tout le monde est arrivé et je suis rassurée qu'on ne soit pas plus. Je m'attendais à ce qu'il y ait un peu plus de monde pour célébrer la fin des tournages, mais non. Cela me convient très bien ce petit commité et j'ai le sentiment d'être vraiment devenue leur ami en peu de temps. Chose incroyable : je me suis faites des amis.
J'aide Olivier autour du barbecue à préparer le repas (ou plutôt, à lui tendre ce qu'il m'indique telle une bonne assistante). Tim est avec nous pour débattre de ce qui fait une bonne chanson et des bonnes paroles, assis dans l'herbe, la tête en arrière et les yeux fermés. Vincent est couché dans mes pattes, attendant sans doute que je lui offre un morceau de saucisse. C'est ça qui a arrêté leur jeu, à Tim et Vincent : l'odeur de la viande qui cuit. Ce n'est pas mon chien pour rien : il adore autant que moi la bouffe.
Pendant le repas, j'observe les dynamiques du groupe. Comme ce que j'avais déjà observé au boulot, ce sont juste cinq ados dans des corps d'adultes. Olivier est au petit soin pour Laëtitia, qui est une femme charmante, pleine de conversation et surtout, sacrément canon. Typée mannequin, la peau brune et délicattement maquillé, mettant en valeur son visage. Elle est l'une des définitions de la féminité dans sa tenue colorée. Olivier et elle forme un beau couple. Laurent navigue de discussion en discussion, tel un papillon sociale plein. Il s'y connait beaucoup en musique et surtout, en musique métal qui est la musique de prédilection autour de la table. Je ne saurais pas mieux, je penserais qu'il fait partie intégrante du groupe d'Hallucystérie. Et il y a Gilles … qui drague Tim. De façon constante, lourde et sans succès. Ce qui me fait me sentir heureuse qu'il ait arrêté avec moi, je n'aimerais pas subir ça. Tim l'ignore presque, même si j'observe de temps à autre Tim flirter, que ce soit par une pique bien lancé ou carrément quelques clins d'oeil plein de sous-entendus. En fait, Gilles drague tout ce qui bouge. Je l'ai vu lancé un compliment à double-sens à Laëtitia sans que personne ne le prenne au sérieux. Cela me rassure un peu, vu que je n'arrête pas de (gentiment) l'envoyer promener quand ses attentions se tourne vers moi. Je ne voulais pas lui briser le coeur si c'était véritablement un crush qu'il avait, mais ça va, c'est juste un dragueur en puissance qui ne pense pas vraiment ce qu'il dit. Sauf peut-être pour Tim. J'arrive pas à définir s'il rit ou non quand il flirt avec Tim. Surtout que ce dernier semble presque grogner quand Gilles flirt avec quelqu'un d'autre que lui.
Il y a une histoire derrière ça.
En milieu d'après-midi, j'ai eut pitié de Tim et surtout de Vincent qui se roulait dans l'herbe à la recherche d'un nouveau jeu et je suis allée chercher dans ma voiture la corde à tirer et une balle que j'ai toujours dans mon coffre pour qu'ils jouent. Ce qui a enclenché quelques paris de la part du groupe. Et non, Tim n'a pas plus de force que Vincent. Ce qui nous a fait rire.
En fin d'après-midi, Vincent est épuisé et bave partout, heureux de notre après-midi. Si moi je suis une anxieuse sociale, lui adore la compagnie des humains et est toujours excitée quand il en rencontre de nouveau et peut jouer avec. J'adore le voir jouer avec d'autres gens que moi. Tim étant plus fort que moi, Vincent a pu déployer plus d'énergie que d'habitude et se faire plaisir. En tout cas, ce soir il dormira bien. J'aurais peut-être le droit de faire l'étoile de mer seule dans mon lit, qui sait ? (je peux rêver)
J'ai appris que Tim adorait les animaux. Surtout les chiens. Mais entre les tournées mondiales, les interviews, sa vie sociale dû à sa carrière professionnel et sa propre vie sociale, il n'a pas de temps pour lui et a donc renoncé depuis bien longtemps à avoir un chien, pour sa plus grande tristesse.
C'est aussi pour ça que je laisse Tim chouchouter Vincent avec des morceaux de nourritures, tant qu'il les lui donne en dehors de la table (le gâter oui, le pourrir, non).
Je suis un peu triste pour Tim. Avoir un chien, c'est la moitié de ma vie. J'organise presque tout autour de lui en dehors de mon boulot. Sans lui, je serais toujours lover sur mon canapé et je ne verrais pas autant la beauté de la nature.
Enfin, Tim s'ecroule par terre à mes pieds, à côté de Vincent qui est déjà éffondré de tout son long sur mes pieds.
" C'est bon, enfin hors-service ? " je demande en riant, caressant les flancs de mon gamin.
" Totalement. " s'avoue vaincu Tim qui a fait preuve de beaucoup d'endurance pour jouer aussi longtemps avec Vincent.
" J'en connais deux qui vont dormir comme des bébés cette nuit. " je commente, faisant rire Tim.
" T'es choupette. " lance-t-il tout à trac, me faisant m'immobiliser dans mon mouvement.
" Quoi ? " je croâsse sans savoir où me mettre.
" Tu es choupette. Ce monde est trop brutale pour toi. " s'amuse-t-il à me mettre mal à l'aise, un énorme sourire fatigué aux lèvres, pendant qu'il me regarde droit dans les yeux.
" T'en fais pas, elle m'a moi et sa directrice artistique pour la protéger. " débarque dans la conversation Laurent, posant une main sur mon épaule.
Je suis sur le point de rétorqué que je ne suis pas une petite chose fragile à protéger quand je me passe une main sur mon visage pour me cacher, ayant rapidement conclu qu'en fait, si, c'était totalement le cas à cause de mon anxiété sociale qui m'empêche de remettre les autres gens à leur place quand j'en ai besoin.
" Ne t'en fais pas, Jacqueline m'a dit que tu avais déjà beaucoup apprit question interraction au sein du label depuis ton arrivé. Tu es encore jeune, tu apprendras encore à maîtriser tes émotions avec le temps, parole de vieux. " me soutien Laurent, me serrant l'épaule de sa main, signe de son soutien. Je lui souris timidement.
" Crois-moi ou crois-moi pas, mais à nos débuts il y a quinze ans, Gilles était timide. Regarde-le, ça ne se voit plus. Avec le temps, ça va mieux si tu laisses les gens t'aider et que tu fais de ton mieux. " me rassure Tim.
" Merci. " je murmure, arrêtant de me cacher derrière mes mains. Je n'y crois qu'à moitié que Gilles ait un jour pu être timide, mais je suis reconnaissante de leur confiance qu'il place en moi. Je suis contente d'avoir du support ailleurs qu'en Jacqueline et mes parents (qui ne sont pas les plus neutre quand il s'agit de moi). Sans Jacqueline je ne serais pas là où j'en suis actuellement au sein du label et sans ma collaboration avec le groupe Hallucystérie et surtout, sans l'aide de Laurent, je n'aurais certainement pas autant de mails et de contacts au travail. Sans lui qui m'a promené partout rencontrer du monde dans notre entreprise, je n'aurais pas plus de mail que d'habitude, c'est à dire quelques négociations de contrat entre moi et des managers de groupe qui ne m'intéresse pas plus que ça. Sans lui, personne ne m'adresserait la parole dans les couloirs pour me demander mon avis ou me féliciter sur mon boulot, ni pour me parler rapidement de banalité qui me font enfin me sentir à ma place dans notre beau label.
" Ne t'en fais pas, avec Jacqueline on fera tout pour que tu survive un jour dans ce monde de requin sans notre aide. On fera en sorte de conserver ton statut de vierge effarouché. "
Avec cette remarque de Laurent, je me retrouve la tête dans mes bras entre mes genoux en train de gémir de honte.
" Bravo. Tu l'as cassé. " plaisante suis mortifié, même si je suis ravie de savoir que j'ai le soutient de Laurent et même si la situation m'amuse, un peu. Je respire quelques instant dans un silence de plomb. Cherchant le courage de sortir ma propre blague de mauvais gout.
" Je suis plus vierge depuis longtemps. " je murmure juste assez fort pour qu'ils entendent. Après une micro-seconde de silence, les deux explosent de rire, faisant sursauter Vincent, pendant que je ris comme si je venais de sortir la meilleure blague du siècle, gardant la tête entre mes genoux.
" Qu'est-ce qui se passe ? " j'entends Charles s'inquiété à l'autre bout de la table.
Ce qui nous fait redoubler de rire tous les trois, à nous en tenir les côtes, ma gêne oubliée au profit de l'amusement général puisque à nous voir rire idiotement, le reste du groupe et Laëtitia nous rejoins bientôt dans notre bonne humeur.
" Alors, cet après-midi ? " me demande Gilles qui me raccompagne à ma voiture, sous prétexte de porter mon plat vide pendant que je tiens en longe Vincent. Le couché de soleil colore d'orange les abords de la maison d'Olivier et Laëtita. C'est magnifique, bien qu'éphémère.
" Super. Je me suis beaucoup amusée. C'était agréable. "
Je n'oserais pas avouer que je n'avais pas fait une telle demi-journée entre amie depuis quelques années. Mes anciens camarades de classe faisant office d'ami auparavent, mais nos emplois respectifs nous ayant doucement éloigné.
" Je suis content que tu sois venu et que t'ai plus peur de nous. " commente presque distraitement Gilles.
Je m'arrête pour le regarder.
" J'ai jamais eut peur du groupe ? " j'articule, peu sûre de quand j'ai pu donner l'impression d'avoir peur d'eux.
" Tu déconnes ? Tu tremblais dans la salle de réunion quand on est arrivé et on avait l'impression que t'allais détaler en courant à tout moment. "
Il s'est arrêté un peu devant moi pour me regarder, aussi confus que moi.
" J'avais pas peur … ? " je répète, sans trop savoir quoi dire. Parce que j'ai jamais eut peur d'eux. Vraiment.
" Tu vas me dire que toi, la petite fifille timide de bonne famille t'as pas été intimidé en voyant débarquer cinq gaillards plus âgés et plus grand que toi qui se balade avec des tatouages, piercings et des tenues pleines de clous ? "
Je grimace à l'image qu'il vient de dépeindre de moi. J'aimerais dire que je ne ressemble pas à ça, mais je sais bien qu'entre mes tenues et mon incapacité à me mettre en avant ou dire à haute-voix ce que je pense, c'est l'image que je renvois, bien malgré moi et en contradiction avec qui j'espère être réellement.
" Non, je n'ai pas eut peur de vos costumes, si c'est ça que tu demandes. " Parce que leur maquillage et leur tenue provocatrice, c'est ce que c'est, des masques de représentation de ce que dois être Hallucystérie. Je baisse la tête, sourcil froncé, à la recherche de mon éloquence. " J'ai eut peur de voir débarquer cinq inconnus. Je m'attendais à voir que votre manager. Et comme tu as pu le remarquer, je suis facilement anxieuse.
- Oh. " lâche Gilles. " C'est ça que Tim entendait par anxiété sociale. " murmure-t-il plus pour lui-même que pour mon bénéfice.
Je hoche la tête en le regardant de nouveau.
" Je sais que physiquement j'ai une tête de première de la classe, mais vous vous avez des costumes sortie de film d'horreur, les parfait clichés de métalleux satanistes. Alors que vous êtres autre chose que vos costume. Pourtant, est-ce que tu me contredirais si je disais que votre groupe est avant tout une bande de pote qui aime la musique métal, mais avant tout aime partager cet amour de la musique avec les gens, la bonne bouffe et s'amuser ? C'pas sympa de juger que sur le physique. " Je lui souris sincèrement pour ne pas qu'il pense que je cherche à lui faire la morale ou que je suis en colère contre sa remarque. Je ne le prends pas mal. On a tous le mauvais reflexe de juger au premier abord et à connaître ensuite. C'est un des instincts humains, aussi douteux soit-il. Il replace une de ses mèches de cheveux rouges derrière son épaule.
" Nah, t'as totalement raison. Tu ressemble à un témoin de Jéhova, mais t'es aussi chelou que nous. "
Je pouffe de rire avec lui, pas vexé pour un sous, reprenant ma marche vers ma voiture.
" Tu vois qu'on est pas si différent.
- C'est le moment où tu chantes l'Air du vent, non ? "
Je le frappe du dos de la main sur le torse pendant qu'il explose de rire et que je grimace.
Je me suis fait mal contre l'un des pics de sa veste.
