C'est … impersonnel.
Après avoir passé un mois et demi dans le bureau de Laurent, revenir au mien semble bien étrange. Si on oublie mes quelques figurines et ma plante verte près de mon bureau, on dirait que personne ne travaille ici. Les murs sont encore de leur blanc cassé d'origine, immaculé et sans trace de photos ou poster accroché comme dans la plupart des bureaux. Le canapé en simili-cuir est froid. Les bibliothèques sont presques vides : je n'ai jamais apporté de livres persos dedans. On dirait un bureau de catalogue : froid et sans âme. Je suis sûre qu'on me concentrant je peux encore sentir les odeurs de peintures originales de quand je suis arrivé dans le lieu.
On ne dirait pas que j'ai bossé dans ce même bureau pendant deux années, il est encore en condition d'origines. Même mon ordinateur a le fond d'écran d'origine.
Maintenant que j'ai prit le temps de vraiment l'observer, je le trouve déprimant.
Je souffle.
" Alors, ça ne te fait pas trop bizarre d'être de retour parmi nous ? " m'interroge Jacqueline pendant que je me suis perdue dans mon propre bureau. Je me tourne vers elle en souriant poliment.
" Ça fait du bien. " je lui ment. Je ne veux pas qu'elle s'inquiète du fait que je viens de me rendre compte que je ne suis pas à l'aise dans mon propre bureau. Ce n'est qu'une broutille qui ne devrait pas m'encombrer l'esprit plus de quelques heures. Pas de quoi en faire tout un cinéma.
" Tu as plein de nouvelles demandes de contrat. " m'annonce-t-elle, avant de me donner plusieurs documents.

En fin de journée, une alerte sur mon téléphone me fait retirer mon casque. Qui peut bien m'envoyer un message à cette heure ?

Gilles (Hallucystérie) :
Tes affaires sont plus dans le bureau de Laurent ? ԅ⁞ ◑ ₒ ◑ ⁞ᓄ

Je ris en relisant une seconde fois le SMS, passé la surprise. C'est quoi cette émoticône ?

Moi :
Non, je suis retournée dans le mien. Il vous l'a pas dit ?

Je ne leur ai pas dit non plus après tout. Je me doute que la question veut dire que le groupe sont allés dans le bureau de Laurent sans qu'on ait convenu de se voir aujourd'hui.

Gilles (Hallucystérie) :
Ça veut dire qu'on pourra plus te voir à l'improviste ╥﹏╥ ?
Moi :
Héhé. Non.

Tim (Hallucystérie) :
Gilles va oublier, mais est-ce que tu veux venir boire avec nous ?
Moi :
Où ça ?

Gilles (Hallucystérie) :
Contrairement à ce que tente de sous-entendre le P'tit Tim, j'allais pas oublier. Je ne pourrais jamais t'oublier \(▔▽▔)/
Gilles (Hallucystérie) :
C'est l'inquiétude qui m'a fait attendre pour te demander. ╮( ̄▽ ̄)╭

Tim (Hallucystérie) :
Au Discord. Plein de monde, mais on a une pièce VIP pour pas trop se faire embêter.

Gilles (Hallucystérie) :
Je suis prêt à venir te chercher si tu refuses. ψ(`∇´)ψ
Moi :
Pas cap. ヾ(゚εÅ) βyё βyё 彡

Merci Internet pour ce cours rapide sur les Lenny face emoticon. Tu es une source inépuisable de savoir.

Connaissant vaguement le Gilles, je n'attends pas de voir sa réponse pour enregistrer mon travail en cours et pour éteindre mon poste de travail.
Il faut que je passe à la maison promener Vincent par contre. Je me demande si je dois me changer ? Je m'observe. Jean blanc et T-shirt bleu poupon à voilure.
Non, c'est p'tet pas une tenue de bar, mais bon, ça reste une tenue relativement sage et classique, ça passera crème. Pis bon, c'est pas comme si j'avais franchement des vêtements plus adaptés à des virées en bar VIP. Comme si j'avais la moindre idée de comment m'habiller pour aller dans un bar huppé. C'est clairement pas le genre d'endroit où je traîne.

" T'es sûr que c'est là qu'elle bosse ? "
J'entends dans la salle de repos la voix de Paul.
" Oui ! " acclame gaiement Gilles qui est déjà à la porte de mon bureau. " Coucou Poulette, la cavalerie est là !
- Oh, mince. J'ai pas eu le temps de fuir. Que vais-je bien pouvoir faire ? " je fais semblant de paniquer, une main portée à l'une de mes joues et cherchant faussement du regard une porte de sortie.
" Qu'est-ce qui se passe ici ? " demande Jacqueline en sortant de son bureau, sans doute attiré par la troupe qui vient d'arriver devant son bureau et le mien. " Oh, messieurs. Bien le bonsoir, en quoi dois-je l'honneur de vous voir ici ?
- Ils viennent me kidnapper, t'en fais pas ! On s'en va ! " j'explique en poussant Gilles poliment hors de mon bureau. Heureusement que le grand gaillard qu'il est me laisse faire, sinon je n'aurais pas réussi à le faire bouger d'un millimètre.
" Tu t'en vas déjà ? " s'étonne ma supérieure. Avec raison, parce que j'ai la mauvaise habitude de partir en retard parce que j'ai rarement des excuses pour ne pas finir mon travail et que j'ai tendance à penser que cela me fera bien me faire voir de la hiérarchie (qui ne le remarque pas vraiment).
" Il est l'heure, yep. " Avec ça, je ferme à clé mon bureau et range le trousseau dans mon sac à main.
" Amusez-vous bien les jeunes !
- Fait pas de bêtises ! " je contre-salue ma supérieure en accompagnant dans le couloir la bande de joyeux lurons qui a l'air ravit de me voir les accompagner sans forme de protestation. Il faut dire que j'ai autant envie de passer la soirée avec eux qu'ils ont l'air d'avoir envie de m'avoir avec eux ce soir.

" Il faut que je passe à la maison sortir Vincent avant, vous m'attendez au Discord ? " je demande quand on est bien tous dans le couloir.
" Tu viens en voiture au travail ? " demande subitement Tim.
" Oui … ? " j'affirme sans savoir où il veut en venir, bien que je me doute que c'est en relation avec ma question initiale.
" J'vais te suivre avec la mienne, comme ça t'auras pas à reprendre ta voiture et tu pourras boire. " explique-t-il.
" Oh, c'est gentil. "
Une soirée où je peux boire ? Géniale ! D'habitude c'est moi le SAM, je ne suis pas contre boire plus qu'un seul verre.

Tim m'attend en bas de chez moi pendant que je sors de mon immeuble avec Vincent.
" Tu veux rester dans ta voiture ou tu veux venir avec nous ? " je l'invite pendant que Tim roucoule en caressant Vincent qui est ravie de revoir son copain.
" J'ai une veste et des lunettes de soleil, je viens. "
Je le regarde étrangement. Quel est le rapport avec la choucroute ?
" Quoi ? " je finis par demander après quelques secondes où je tente de faire sens de sa phrase.
" Tu as oublié qui je suis ? " s'amuse-t-il.
" Non, je vois pas le … Oh. Une célébrité. " connecte soudainement mon cerveau et je pourrais effectuer un facepalm pour ne pas avoir connecté les points plus rapidement, mais je tiens la longe de Vincent et j'aurais l'air cruche si je le faisais de ma main libre. Au moins ça a le mérite de le faire rire.
" C'est mieux si les gens ne me remarquent pas trop. "

On se dirige vers un chemin piéton peu fréquenté juste derrière chez moi, entouré d'arbre et d'un brin de pelouse où je peux lâcher de la longe à Vincent. Les quelques contactes que j'ai eut avec mes clients en dehors des managers ont souvent été des ados avec la tête plus grosse que des melons, leur statut de célébrité éphémère les faisant se comporter en diva insupportable. Sa simplicité me fait oublier que Tim fait parti de ce starsystem.
Vincent flâne ici et là, reniflant toutes les odeurs qu'il peut et faisant ses besoin là où il juge acceptable de le faire. La conversation dérive doucement vers les rencontres, et les aléas de la célébrité et me raconte quelques entrevus avec des fans un peu trop entreprenant.
" Combien de déclaration d'amour par jour en moyenne ?
- Je sais pas. Je lis plus les mails du groupe depuis longtemps. Je ne réponds qu'à certain mail que notre manager me renvois et c'est généralement pas les demandes en mariages. "
Sa grimace indulgente me fait rire gentiment. Je n'aimerais pas être à sa place, mais je trouve la situation cocasse.

Une fois notre petit tour terminé et les besoins de Vincent fait, on retourne à la maison. En tout, notre balade n'a duré que vingt minutes.
" Dis, il faudrait que je me change ? " je demande finalement, parce que ça me taraude depuis tantôt. Tim me jauge de haut en bas.
" Peut-être mettre autre chose que du blanc ? " propose-t-il et je roule des yeux. Bien sûr, du blanc dans un bar c'est pas l'idée du siècle. J'aurais pu le déduire toute seule.
" J'arrive dans cinq minutes alors, le temps de vérifier les gamelles de Vincent et de me changer. "
Après un rapide " je reviens ", je monte deux à deux les marches de mon immeuble jusqu'à mon appartement. Dedans, je me grouille de remettre des croquettes et de l'eau à Vincent, de lui donner ses bonbons d'après-promenade et d'enfiler un pantalon noir.
" Me revoilà ! " j'annonce à un Tim qui siffle en me voyant débarquer à moitié-essouflé d'avoir couru à toute berzingue pour ne pas le faire patienter trop longtemps.
" Rapide. " commente-t-il pendant que je vérifie une dernière fois mes poches et le contenu de mon sac à main.

Installée dans sa voiture rutilante qui sens le cuir tout neuf, je vérifie mon téléphone que j'ai cru entendre sonner plusieurs fois depuis que j'ai quittée le boulot.
" Je crois que Gilles s'impatiente. " je déclare après quelques minutes de silences.
" Oh, pourquoi ça ? "
Je lis alors à haute-voix les SMS que j'ai reçu.
Gilles (Hallucystérie) :
Tu vois que j'en été capable ! Ah ᕦ(ò_óˇ)ᕤ !
Gilles (Hallucystérie) :
Tu vas être seule avec Tim ~
Gilles (Hallucystérie) :
Qu'est-ce que ça te fait d'être en tête à tête avec le chanteur d'Hallucystérie (^_-)- ?
Gilles (Hallucystérie) :
Vous en êtes où (-_-)zzz ?
Gilles (Hallucystérie) :
On vous attend. (-_-)zzz
Gilles (Hallucystérie) :
Me dis pas que tu m'ignores parce que vous êtes … ( ̄ε´ ̄) occupés ?
" Il met toujours autant d'emote dans ses SMS ?
- Attends qu'il soit bourré ou qu'il soit suffisamment à l'aise pour commencer à t'écrire en SMS. "
Je ne peux m'empêcher de rire.
" J'ai hâte. "
Moi :
On arrive

Au bar, je découvre une ambiance de pub irlandais, plein d'odeurs de bières, de gens parlant bien trop fort pour que ça soit confortable auditivement, mais plein de conversation enjouée et joyeuse, me faisant presque oublier mon inconfort d'être entourée d'autant de monde. Tim et moi retrouvons le reste du groupe dans une porte dérobée, passant devant un serveur qui nous laisse entrer sans même vérifier qui nous sommes. Laëtitia est installée avec eux et je la salue, heureuse de la revoir et de ne pas être la seule femme avec eux.
Elle et Tim sont nos SAM pour la soirée je comprends rapidement en discutant justement du sujet pour savoir si je dois surveiller qui que ce soit.

Ce qui me laisse finalement tout le loisir de boire en participant aux conversations. L'alcool aidant, on va un peu dans tous les sens.
Je finis par râler longuement à Tim sur combien mon bureau me semble impersonnel et inconfortable maintenant que j'ai connu la chambre d'ado qui sert de bureau à Laurent.
" Le premier truc que j'ai fait ce matin, ça a été de mettre une de mes illustrations que j'aime bien en fond d'écran. Nah. " je frime, fière de moi et de ce geste faussement héroïque.
" Et ensuite, quel sera ta prochaine action Valérie Damidot ? " demande très sérieusement Tim.
" Des posters de dinosaures et de chiens. Partout sur les murs. " j'annonce tout aussi sérieusement. Avant d'exploser de rire deux secondes plus tard. " Je sais pas encore, en fait. Une photo de Vincent sur mon bureau, je pense. Après … Je laisserais ma créativité parler. Il parait que c'est mon boulot. Je sais pas encore à quoi je veux que ressemble mon propre bureau. Après deux ans, c'est … triste, en fait, quand j'y pense.
- Qu'est-ce que tu aimerais avoir près de toi, qui te ferait plaisir à avoir sous les yeux ? Autre que tes figurines de dinosaures. "
Je pose mon menton sur mes mains croisés, en réflexion intense.
" Ce qui me ferait plaisir … ? " je murmure, fronçant les sourcils. " Des bougies ? " je tente, mais au boulot ça me semble une mauvaise idée et je trouve même pas ça spécialement jolie. Avant d'avoir un éclair de génie. " Des vaisseaux spatiaux ?!
- Fan de StarWars ? "
Je lève les yeux sur Tim.
" Tu m'as prise pour qui ? Non. Un vaisseau Goa'uld. "
Même si ce sont des méchants, j'adore le design.
Tim me présente alors sa main, comme pour me serrer la mienne.
" Tek'ma'te. "
Ce qui me fait couiner de joie alors que je prends sa main dans la mienne, sautillant presque sur place pendant que je tente de répliquer la poignée de main des Jaffas.
" Stargate, la musique, qu'est-ce qu'on partage d'autre comme point commun ? " je m'interroge à haute-voix.
" La musique ? "
Je rougis alors en me rendant compte que j'ai pensé à haute-voix et que jusque-là, on a pas vraiment abordé le sujet des musiques que moi j'aime, du coup, il ignore qu'on aime pas mal des mêmes groupes.
" J'ai lu quelques-unes de vos interviews et j'ai vu notamment une liste sur les internet de groupe que tu aimais aussi ? On a globalement les mêmes goûts musicaux. " j'explique en retournant mon nez dans ma bière. Boisson qui se fait éloigner de moi d'une main tatouée. Celle de Tim qui ne me laisse pas échapper à la conversation aussi facilement que je l'espérais.
" Vraiment ? Tu as lu quoi d'autre sur nous ?
- Oh, tu sais, rien de particulier. " je rougis encore plus. Avant de marmonner en énumérant sur mes doigts. " Le fait que vous tuez des animaux sur scène, pas du tout de l'utilisation de sang synthétique avec du colorant et des animaux en plastique. Vous aimez aussi faire des orgies après les concerts avec les vierges de votre public. " J'observe la mine de Tim qui n'a pas l'air de savoir s'il doit exploser de rire ou grimacer face aux horreurs qui traînent sur eux en ligne. " Vous faites aussi régulièrement des sacrifices à Satan. Vous utilisez outragement les vocodeurs.
- Ils vont trop loin ! " s'insurge pas si faussement que ça Tim.
" Sur l'utilisation des vocodeurs ? Totalement, on sait tous que tu as vendu ta voix à Satan en sacrifiant tes yeux pour avoir une voix d'ange.
- Tu appelles le scream une voix d'ange ? "
Je hausse les épaules en riant.
" C'est pas du pigscream non plus. Faut pas tout croire ce qu'on lit en ligne, mais heureusement, je travaille dans le même label que vous, j'ai le droit aux interviews directs et aussi aux morceaux coupés, comme des énumérations de sources d'inspirations. Mais t'en fais pas, je dirais pas au grand public qu'une de vos inspirations principales c'est Ilona Mitracey. "
On se regarde aussi sérieusement qu'on le peut quelques instants, avant de se mordre les lèvres pour se retenir et de finalement exploser de rire, faisant se tourner vers nous le reste du groupe pendant qu'on pleure de rire.
" On a loupé quelque chose … " remarque Olivier.