Zergath: Tu m'obliges à publier mon chapitre III en avance (heureusement que j'en ai bouclé 6), uniquement parce que je voulais te répondre, ahah ! Je suis sincèrement contente que tu aimes ce début de chapitre. Dans le précédent, la fin peut donner l'impression que tout va aller à vitesse éclair de par la dernière phrase, mais si cela peut te rassurer (ou peut-être pas ?), ça ne sera pas le cas. Il y aura de nombreux et courts chapitres, et les premiers vont me servir à plus ou moins planter le décors et mes personnages (surtout deux d'entres eux). Je n'ai pas prévu de faire évoluer la relation entre Byleth et Edelgard plus rapidement qu'elle ne le devrait. J'ai apprécié, dans le jeu (quand on choisit la route + la romance d'El), justement le côté très naturel des choses avec une Edelgard qui ne se cache pas de son affection pour notre Avatar quand, ce dernier, reste plutôt reservé. J'ai, dans une certaine mesure, envie de garder ce côté naturel. Donc don't worry, je ne vais pas expédier la romance ou en faire quelque chose d'absolument pas réaliste ;) En tout cas j'espère que ce n'est pas l'impression que ma fiction renverra, car ce n'est pas du tout le but recherché. J'aime juste balancer des ptites phrases de fin comme ça qui sortent un peu du reste du récit x)


Chapitre III - Aigles de Jais

Jéralt et moi avions été convoquée par l'Archevêque dans la matinée, alors que nous attendions maintenant dans la salle d'audience, où l'on s'était rencontrée la veille. La femme qui ne semblait jamais perdre son sourire enchanteur arriva très rapidement, toujours accompagné du conseiller qui lui était beaucoup moins accueillant. L'homme ne paraissait guère nous apprécier, pour une quelconque raison. Il nous avait déjà bien fait comprendre, la veille, que notre présence dans cette endroit très prestigieux n'avait l'air de lui plaire. Je me demandais pourquoi tant de méfiance à notre égard, tout en comprenant ses raisons. Après tout, de ce que j'avais constaté jusqu'à maintenant, l'académie des officiers accueillait non seulement des nobles et roturiers, mais aussi des fils d'empereurs et de seigneurs. Il était alors normal de se méfier des inconnus, et de craindre pour la sécurité des étudiants, ou même pour celle de l'Ordre. Pourtant la grande dirigeante de Garrech Mach, elle, nous accordait une confiance presque aveugle, chose que j'avais du mal à comprendre.

« - Jéralt, salua la femme avant de me sourire. »

Elle me regardait avec douceur et attention, depuis plusieurs secondes maintenant. L'aura qui se dégageait d'elle donnait ce sentiment d'être en sécurité, sans trop savoir pourquoi. Auprès de cette femme, le reste du monde semblait bien plus petit, enfermé dans une cloche de verre, imperturbable. Et même si j'avais du mal à l'admettre, je ne pouvais qu'avouer me sentir trop détendue en sa présence, comme si son regard m'enveloppait d'un voile de chaleur, invisible et agréable, comme jamais je n'avais pu le ressentir jusqu'à maintenant, pas même avec mon père. Celui-ci se gratta la gorge, avant de me porter attention.

« - Je vais aller passer quelques jours au Royaume, fit le grand homme. J'ai quelques affaires à régler. Profite en pour te familiariser avec les lieux, mais aussi avec les gens, me conseillait-il. »

On en était de nouveau là ? Avais-je autant de difficulté à me socialiser qu'il était obligé de me le repréciser ? Je devais bien reconnaitre n'avoir jamais lié de quelconque relation sociale avec qui que ce soit, jusqu'à aujourd'hui. Vivant dans ma propre bulle depuis vingt ans, je n'avais aucune idée du comportement à adopter en société. J'avais déjà rencontré Rois et Empereurs, mais me contentai toujours de rester silencieuse, l'accompagnait. Je n'étais pas la fille de mon père pour rien. Si on m'avait demandé de me décrire, dans mon caractère ou ma façon de penser, je n'aurai su quoi répondre. Aujourd'hui, cela me frappait. En plus de ne rien connaitre de personne, j'en ignorai encore plus de moi-même.

« - Ne vous en faite pas, je veillerai sur elle comme sur ma propre enfant, rassura l'archevêque.

- C'est justement ce qui me fait peur... marmonnait le mercenaire. »

Toujours trop protecteur, même s'il ne savait l'admettre. J'étais, après tout, son compagnon d'arme et de voyage, la seule présence à ses côtés, et son unique enfant. Ce comportement était classique de celui d'un parent. L'un vers l'autre, nous savions rester pudique, jamais dans l'émotion. Même à ma naissance, je n'avais jamais pleuré. Etais-je au moins seulement capable d'éprouver quoique ce soit ? Ou mon cœur était-il sculpter dans la pierre et dans l'acier.

« - Vous serez en charge de la maison des Aigles de Jais. »

Je me tournai vers la femme qui ne cessai de me regarder.

« - L'académie accueille trois grandes maison, en plus de la votre, poursuivit le conseiller qui prit enfin la parole une fois mon père parti. Les Cerfs d'Or, ainsi que les Lions de Saphir. A la fin du mois aura lieu le tournoi inter-classes, une tradition de Garrech Mach, et l'occasion parfaite de prouver vos capacités, prit-il soin de rajouter. »

J'avais donc environ quatre semaines pour former mes élèves. Et pas seulement aux techniques de combat. Comme l'homme aux cheveux verts avait prit plaisir à me le faire comprendre, il ne serait pas moins sévère avec moi qu'avec les autres professeurs, bien au contraire. J'avais cette impression de passer un examen auquel il ne me laisserait me préparer.

« - Je n'ai aucun doute quant à vos capacités de mener vos étudiants à la victoire, me caressait la femme. Vous ne serez pas seulement leur professeur, vous serez également responsable de chacun d'entre eux. »

Tant de contraintes dans la prise de ce poste qui m'était imposée. Je soupirai, n'ayant véritablement aucune idée de mon envie ou non, de m'encombrer de pareilles responsabilités. Entre avoir les compétences nécessaires, et savoir les transmettre, se trouvait un profond fossé. Et en plus de ça, je devais m'assurer de leur santé, bien dormir, ou bien manger. Dans quoi m'avait-on embarqué ?

« - Vous n'aurez aucun mal à trouver la maison des Aigles de Jais dans l'académie des officiers, à l'ouest des jardins. C'est la salle la plus au nord, m'indiqua l'homme méfiant. »

Et bien, je savais donc où je devais me rendre, dans cet immense monastère où chaque lieu se ressemblait. Et si j'avais seulement quelques semaines devant moi, afin de leur prouver ma valeur, bien que l'envie m'en manquait, je n'avais de temps à perdre. Jamais, je n'avais eu montrer à personne de quoi j'étais capable, et cette idée était bien loin d'être une de mes préoccupations. Mais aujourd'hui, l'homme me lançait un défi, et je pouvais pas nier que mon esprit de combattant avait rêvait de le relever, de l'écraser. Ce trait de caractère qui semblait se révéler à moi, était-ce de la fierté ?

Je n'eus aucun mal à trouver la maison de laquelle j'étais maintenant responsable, une fois devant l'imposant bâtiment. J'en reconnus immédiatement l'emblème, un aigle noir trônant sur un fond rouge, cette même couleur qui n'était pas sans me rappeler quelqu'un. Je fis rapidement ma propre conclusion, avant d'entrer dans la pièce, d'où je pouvais entendre un brouhaha plutôt désagréable.

« - Comment pensez-vous que sera notre professeur ? fit un garçon aux cheveux courts d'un bleu comme celui du ciel, qui n'avait guère l'air d'avoir la langue dans sa poche.

- Charmant, je l'espère, répondit une jeune fille aux cheveux longs et ondulés, dont la voix trouvait grâce à mes oreilles.

- Je suis certain que ce sera le professeur Jeritza, reprit le garçon, sourire aux lèvres.

- Peu importe qui il est, il devrait déjà être là, fit un autre aux allures plus sombre, tout autant que le noir de ses yeux et ses cheveux. »

Un à un, j'observai les quelques personnes présentes dans la pièce, et tentait d'analyser. Je ne mis pas longtemps à me faire une idée de certains, quand d'autres, paraissaient bien plus difficiles à cerner. Plusieurs n'avaient pas même ouvert la bouche. Sept personnes dont j'avais maintenant la charge, trois filles, quatre garçons, que j'allais devoir apprendre à connaitre, à travailler. Je devais en faire les meilleurs, les premiers.

« - Ne soyez pas si impatient, Hubert. »

Je n'eus besoin de me retourner pour reconnaitre la voix de la femme derrière moi lorsqu'elle fit son entrée. Sa prestance, écrasante, ne semblait pas ébranlée. Son uniforme noir, mis en valeur de sa cape rouge, ses cheveux blancs, et sa peau claire, toute l'attention fut bientôt concentrée sur elle. Je ne pus rater le sourire esquissé de la jeune fille qui me dépassa, et alla s'installer à une table au premier rang. La déléguée, représentante des Aigles de Jais.

« - Il, ou elle, sera très certainement très compétent, souriait-elle. »

Son regard ne m'avait pas à un seul moment quitté, pas même au moment de son compliment dissimulé. Puis, enfin, après de longues minutes, ma présence fut remarquée.

« - Aurions-nous une nouvelle élève ? »

Je regardai le garçon devant moi se lever, grand, rouquin, aux airs de prince mais à l'attitude qui n'allait pas avec. Là encore, je me fis vite une idée du personnage, et les mots qui sortirent de sa bouche ne vinrent qu'un peu plus m'y conforter.

« - Je m'appelle Ferdinand, jeune et jolie demoiselle. Ferdinand von Aegir. »

J'entendis rapidement des rires auxquels je ne prêtais attention. Et si j'avais eu une quelconque sensibilité, peut-être ne l'aurai-je pas ignoré. Où avais-je mis les pieds ? Je me dirigeai vers le tableau, saisi une craie.

« Byleth von Astrea »

Le silence gagna rapidement la pièce où j'entendais maintenant résonner. L'endroit précédemment bruyant était soudainement calme, presque trop. Mais ça ne déplaisait pas à mes oreilles d'enfin se reposer.

« - Et je serai votre nouveau professeur. »

Je faisais mon entrée.