CHAPITRE DEUX
CE QUE L'ONT DEVIENT
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Île d'Eliade
Actuellement
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Un cauchemar la réveilla en pleine nuit. Nami regarda autour d'elle. Une odeur de clope emplissait la chambre de l'auberge. Des rires et des bruits extérieurs se faisaient entendre par la fenêtre fermée. Sanji n'était plus dans la pièce. Elle parcouru cette dernière avec inquiétude. Elle se leva et regarda par la fenêtre.
Des maisons closes se trouvaient de l'autre côté de la rue. Sur l'île d'Eliade, les bâtiments de plaisirs de toutes sortes y étaient nombreux. L'un des bordels était particulièrement remarquable par ses lumières feutrées et la queue des hommes devant. Certains étaient refoulés et devaient se contenter des autres établissements ou des filles sur le trottoir à l'aspect moins reluisant. Nami connaissait la réputation de ce lieu : un trou à succubes.
Cet idiot de Sanji !
Elle savait où le trouver. Sa frustration, il la comblait par le sexe et elle le savait. C'était comme-ci la douleur qui semblait être sur ses épaules n'était soulagée que dans les bras d'une brune, d'une blonde ou d'une rousse sans que ce ne soit jamais suffisamment assez. Il était insatiable et insatisfait.
Elle s'habilla avec légèreté mais avec un pantalon. Elle se méfiait de ce genre d'endroit. Nami récupéra également ses affaires les plus précieuses – les chambres sont souvent pillées en l'absence d'occupant. Elle passa le trottoir et entra dans l'auberge de joie frivole.
À l'intérieur une hôtesse blonde lui indiqua un salon où elle pouvait discuter, commander et en attendre sa commande. Elle pourrait y boire du vin ou de la bière le temps que cette dernière se libère. L'hôtesse aux yeux verts pénétrants ne sembla pas s'offusquer d'avoir une femme face à elle. C'était assez habituel.
─ Pom va venir s'occuper de vous !
Nami fit mine de s'asseoir. En parfaite voleuse, elle profita du premier angle mort pour s'engouffrer dans les escaliers à la recherche de Sanji. Elle pourrait lui laisser faire son affaire. Elle pourrait mais elle savait aussi que son ami était désespéré. Un parfait pigeon ! Nami avait bien entendu à son arrivée dans le port que des sorcières pillaient jusqu'à la dernière pièce dans cet endroit. Elles vidaient toutes les bourses et ne laissaient qu'un souvenir fugace d'orgasme. Nami voulait rentrer autrement qu'en se cachant dans la cale d'un navire ou en faisant la vaisselle.
Pour une fois, seulement, elle aurait aimé que leur budget ne serve pas à nourrir des prostituées et leurs maquereaux.
Elle le retrouva. Aux travers de voiles feutrées, elle distingua son visage, entouré de deux femmes aux formes généreuses lui servant à boire et s'amusant avec lui dont le rire s'élevait. Lorsqu'il était ainsi, il perdait presque son front soucieux et ses yeux torturés qu'il pensait parfaitement dissimulés.
Elle avança précipitamment vers lui. Nami se stoppa en voyant un fortuné pirate passait devant elle. Il sentait le savon et entra dans une pièce. À sa main une large bourse qui produisait des bruits de pièces trébuchantes. Il serait bien obligé de la poser pour faire ses affaires.
Elle entra à sa suite avec discrétion retenant la porte qui allait se fermer. Elle vit l'homme nu de dos qui n'avait pas attendu pour perdre son pantalon. Son impatience était visible. Il était attelé dans des mouvements qui ne laissait pas place aux doutes face à une prostituée elle-même de dos. Nami pouvait voir ses ongles peints en noirs s'agripper au drap foncé.
Nami récupéra la bourse avec lenteur. Elle retint le bruit de cette dernière, fit demi-tour et une dague la fit sursauter. L'arme se planta dans la porte. Elle avait été jeté à partir du lit. Par reflexe, Nami se retourna vivement. Son cœur avait manqué un battement. Nami commença à parler, cherchant de sa main derrière son dos la poignée de la porte pour s'enfuir. Cette pute tirait à la perfection ou elle venait d'avoir beaucoup de chance !
Une mèche rousse tomba sur le sol. Le pirate à demi-nu la fixa avec colère et la prostituée la main encore tendue de son tir ouvrit une bouche sensuelle pour parler. Les sons restèrent bloqués dans sa gorge alors qu'elle écoutait Nami parler.
─ Je me suis trompée de chambre, je suis …
Nami ne termina pas sa phrase. La bourse tomba sur le sol et quelques pièces roulèrent. Elles roulaient et s'arrêtaient sans que personne ne les regarde perdant toute valeur. Sur le lit, à demi-agenouillé, Zoro la fixait le regard effrayé par cette apparition de son passé. Entièrement nu, il avait maladroitement tiré un drap sur lui.
Il pensait surprendre un voleur pas un ancien ami. Son corps nu, transpirant et taché ne laissait aucun doute de l'action où Nami venait de le surprendre.
Nami avait du mal à rassembler ses idées mais il était facile de deviner que Zoro n'était pas ici en tant que client. Ses yeux s'arrêtèrent sur les ongles aux vernis noirs de l'escrimeur et sur les tâches blanches laissés sur les draps sombres.
Le moment sembla suspendu dans l'air. Le pirate s'était redressé avec colère et Zoro le stoppa vivement par le bras, ses deux mains s'y agrippant :
─ Elle travaille pour nous, elle voulait mettre à l'abri votre bourse. Il y a des voleurs dans cette ville !
Le pirate n'en cru pas un mot mais il était un habitué de cet escale naviguant sur cette mer depuis quelques années déjà. Il connaissait le bon cœur d'Iris et ne souhaitait pas le contrarier. Il avait déjà attendu trop longtemps qu'Iris termine le client précédent, un novice qui ne méritait pas Iris. Aussi, il récupéra sa bourse et laissa les pièces à terre. Il la jeta sur le lit.
─ Tout était pour toi Iris. Prouve-moi que je fais bien de ne pas aller me plaindre.
Nami referma la porte après elle. Elle s'y adossa le cœur battant et écouta les bruits qui lui parvenaient : des gémissements et craquements de bois. Elle entendait les plaintes et les chuintements de la chambre imaginant l'acte s'y passant. Elle venait sans doute de compliquer l'affaire de Zoro sans le vouloir.
Elle croisa le regard de Sanji qui la vit. Il se redressa, ennuyé. Il savait parfaitement qu'il avait dépensé sa dernière pièce. Ne la voyant pas partir, il soupira et se rhabilla. Après avoir salué ses hôtesses, il se rapprocha d'elle. Elle était pétrifiée. Sanji ne devait pas passer cette porte ni entendre les bruits y provenant. Jamais il ne s'en remettrait.
─ Prête à voler ou cuisiner pour gagner notre vie ?
─ …
─ Nami, ça va ?
─ Ça va. Ça va. Rentrons.
Le blond ne prêta pas attention à la porte où de faibles bruits étaient audibles. Ils étaient dans une maison close ! Derrière chaque porte des bruits semblables lui parvenaient.
─ J'ai demandé aux filles, raconta Sanji de retour dans la chambre.
─ Qu'as-tu demandé ?
─ S'il y avait un escrimeur aux cheveux verts dans le coin. Ou un temple, une salle d'arme, un ermite se perdant tout le temps ! Il n'y a rien ici. Ce n'est qu'un point d'escale pour les plaisirs des pirates et du gouvernements. Un pauvre coin sans intérêt. On repartira demain visiter l'île d'à côté.
─ Tu oublies la réunion, Sanji. On avait dit que c'était la dernière île. Ils seront tous là dans deux jours.
─ Ils comprendront quand on ramènera Zoro.
─ On devrait retourner les voir pour les rassurer. On continuera à le chercher plus tard. On peut lancer le plan et revenir visiter les îles autour d'ici. La première étape est juste à côté.
─ Si tu veux, Nami.
Sanji le savait : ils venaient de comprendre qu'ils ne trouveraient jamais Zoro. Nami en refusant d'aller dans l'île d'à côté le désignait comme perdu à jamais.
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Nami pénétra par la fenêtre ouverte. Il l'attendait el la regarda faire, installé sur le lit. Il lui lança la bourse pleine qu'elle récupéra habilement d'une main pour la mettre dans sa poche. Elle aurait aimé lui jeter au visage mais elle et Sanji en avaient besoin.
─ Partez et ne revenez pas.
─ Iris … Ce nom ne te va guère, Zoro.
Elle parcouru la chambre devinant à quoi servait chaque objet s'y trouvant. Elle se rapprocha de l'homme, posant sa main sur sa joue mais il la retira immédiatement.
─ Ne me regarde pas avec ses yeux, Nami. C'est mon choix.
─ D'être une pute ? Ou un lâche ?
─ Qui te permet de me juger ?
─ Tu crois être le seul à avoir souffert ?
─ Fous-moi la paix, Nami !
Elle grogna et le fixa avec davantage d'énervement. Il avait totalement changé. Elle ne le reconnaissait qu'en regardant ses yeux noirs.
─ On part rejoindre les autres. Ils nous attendent à trois jours d'ici. On est déjà en retard. Assure-toi de nous suivre ou d'être présent.
─ Je ne viendrai pas.
Elle voulut répondre mais abandonna la lutte pour quitter la pièce. Il ne l'écoutera pas ! Elle le connaissait. Elle savait que lorsqu'il avait ce regard têtu, rien ne pouvait le contraindre à l'écouter. Il était fier et arrogant.
Soudainement, elle eut un recul. Elle se rapprocha dangereusement de lui. Ils se connaissaient, c'était vrai mais elle avait aussi changé. Elle n'abandonnerait pas.
Elle se souvenait du regard de Zoro quand elle l'avait vu plus tôt dans la nuit. Son expression n'était pas butée, ténébreuse ou dure comme actuellement. Pas même lascive ou séduisante. En la voyant, il avait eu l'air effrayé. Peut-être même terrorisé. Il avait repris son masque mais elle savait parfaitement ce qu'elle avait vu.
─ Tu viendras.
─ Tu ne peux m'y forcer. Tu n'as qu'à leurs dire que je suis mort.
─ Tu viendras où je leurs dirai où te trouver. Ou mieux encore ! Je les inviterai à venir s'amuser ici et je te payerai pour tu sois leur surprise. Ce n'est pas du bord de Sanji, d'Usopp, de Frankie ou des autres mais ils pourraient avoir une belle surprise. T'as toujours été investi dans tes pratiques et talentueux avec des sabres.
Le regard de l'homme s'agrandit sous la menace, l'ironie et les piques. Il la fixa incertain. Il pourrait fuir mais pour aller où ? Il était ici chez lui. Abandonner les lieux lui semblait impossible. Il se sentait à l'abri ici. Elle venait de tout détruire. Il n'aurait pas le choix s'il voulait pouvoir y rester.
─ Garce.
─ On part au lever du soleil avec Sanji. Si tu ne me montres pas que tu es à bord, je laisserai Sanji utiliser ici la bourse que tu nous offres.
