CHAPITRE TROIS

PARLE POUR QUE JE T'ENTENDE

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Le capitaine du petit navire marchand de l'océan des délices avait accepté la bourse de Nami et le transport des deux passagers jusqu'à une île à quelques pas de leur propre destination. Sanji avait été admiratif du talent de vol de son amie mais elle répéta pour la dixième fois qu'on lui avait donné. Sanji n'était pas dupe et il sentait que la chatte noire lui dissimulait des informations. Elle posa à nouveau son index sur ses lèvres, s'étirant à moitié.

─ C'est la première fois qu'on voyage sans que tu sois obligé de cuisiner et moi de nettoyer. Tu pourrais en profiter, Sanji.

─ Tu devrais me raconter ce vol.

─ On me l'a donné, arrête de m'ennuyer avec ça.

Sanji accepta avec un sourire. Il s'éloigna dans la nuit sombre pour monter sur le pont. L'équipage tentait de maintenir le bateau à flots dans une mer agitée par de hautes vagues. Le cuisiner se rapprocha de l'avant du navire. Il s'agrippa à la rambarde. Sa cigarette humide aux lèvres et l'odeur du sel lui montaient aux cheveux. Il n'abandonnerait pas Zoro. Jamais !

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Les canons redoublaient noirs et effrayants au-dessus du Thousand Sunny, le navire de l'équipe de Luffy D. Monkey. Sanji frappa à l'aide de son pied droit la joue d'un pirate allié aux nouvelles forces et l'envoya voler dans la mer. Il entendit Robin hurler son nom et se retrouva aux prises avec deux forces de la nature. Sautant sur les débris des navires, Zoro rejoint sur l'autre navire Luffy qui combattait.

Ce dernier allongea ses bras, fort de la puissance d'un fruit du démon, pour s'agripper au mat de son navire et revenir à eux laissant Zoro seul face à leurs ennemis.

─ On vous rattrape, dit-il joyeusement, avant de fermer ses mains sur le corps de Sanji.

Ses bras s'enroulèrent entre eux. Il s'enroulèrent encore et encore comme un élastique. En effet, le capitaine D. Monkey possédait la capacité d'allonger tous ses membres. Sanji fut projeté sur plusieurs kilomètres dans l'air arrivant sonné dans l'eau. Le sang de la bataille et la puissance de la chute lui firent perdre connaissance. Il vit à peine les bras accrochés à lui et les deux femmes, rousses et brunes qui s'enfonçaient dans l'eau avec lui.

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La tête de l'homme se posa entre ses bras. Les derniers mots de son chef avaient été un mensonge. Luffy était décédé et sans nul doute courait-il après un fantôme. Zoro était resté sur le bateau jusqu'à la fin. Personne n'aurait pu faire quitter l'endroit au second de Luffy et Sanji le savait. Il devait être mort en héro pendant qu'ils survivaient comme des lâches. Il enfonça sa main dans ses cheveux gominés. Qu'est-ce qu'il foutait là à essayer de rassembler tout le monde ? En dehors d'une cuisine, il n'avait jamais été un chef. Depuis six ans, il jouait ce rôle et devenait chaque jour de plus en plus dur de crainte qu'une mauvaise décision n'entraine la mort d'un de ses compagnons.

Adossée à la cale, Nami rejeta ses cheveux à l'arrière. Elle fixa Zoro sans comprendre.

─ Tu pourrais voyager avec nous. Il te suffirait de dire : Salut Sanji.

─ Je suis bien là.

─ Tu ne fais que reculer l'inévitable.

Zoro la fixa avec calme. Il était installé en tailleur sur le sol. Il portait un tee-shirt blanc, un pantalon noir et ample, des bottines sombres une ceinture en tissu vert et un foulard sur le dessus de sa tête. Nami avait remarqué que ses cheveux étaient très longs, attachés en un chignon et vacillant entre le noir et le vert. Zoro avait toujours eu les cheveux verts aussi songea-t-elle à une teinture noire.

─ Ça fait combien de temps ? demanda-t-elle.

─ Hm ? Exprime-toi avec davantage de mots.

─ Combien de temps que tu te prostitues, Zoro ?

Il ne détourna pas le regard. Est-ce qu'il devait vraiment subir ce genre d'interrogatoire ? Elle ne comprenait pas. Nami voulait essayer, mais même quand elle devait les pires dettes, qu'elle crevait de faim et qu'elle était poussée à des extrémités, elle s'était refusée à se pervertir de la sorte. Que la personne la plus forte de leur équipage soit une simple putain la sidérait et lui brisait le coeur.

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─ C'est simple, tu n'as qu'à protéger les filles et tu pourras rester ici.

Zoro observa le patron. Il venait de perdre huit mois. Il avait été soigné et rééduqué. Il avait réapprit à marcher, à parler et à se souvenir de chaque détail de son existence. Il ne pourrait jamais retrouver les mois perdus mais il devait retrouver Luffy prisonnier quelques part !

Il accepta sans broncher le deal. Il devait payer sa dette au patron tout en trouvant un moyen de rejoindre l'archipel des Nouvelles Forces.

─ Iris, ça va aller. Tu gagneras rapidement de l'argent. Ceux qui restent plus de trois ans le font parce qu'ils ne savent pas où aller. Ceux qui veulent juste avoir assez d'argent pour partir quittent les lieux.

Le patron ne rajouta pas que les personnes revenaient souvent depuis huit mois. Pour la plupart dans des caisses qu'elles ne quitteraient plus. Zoro se dit que quelques mois devraient suffire. Les jours se passaient, il sympathisait avec l'équipe même quand il ne voulait pas. La solitude finit toujours pas peser. Il s'autorisait le droit de parler et le droit de rire.

L'annonce tomba soudainement. Les femmes de la maison close pleuraient et les hommes aussi. Le grand maître pirate qui s'était opposé à la tyrannie avec ses alliés, le symbole de la résistance, le Capitaine Luffy D. Monkey avait été tué en haute place publique pour avoir tenté de s'échapper. L'espoir mourrait avec lui. Ce genre d'annonce, on l'attend la nuit, pas le matin, pas en même temps qu'un ciel bleu n'éclaire la beauté du monde et qu'on vient de rire d'une blague. Pas quand tout va bien.

Zoro ne savait plus quoi penser. Elizabeth, une jeune androgyne blonde en salopette et bonnet bleu, était venue le trouver.

─ Va pas te foutre en l'air.

─ ….

─ On sait qui tu es, Zoro. Le patron, quelques filles, moi. On est pas idiot. Tes mises à prix ont été partout. Même dans cette île, tu sais ?

─ Et ?

─ Et tant qu'il reste l'un d'entre vous, l'espoir reste, non ?

─ Je ne suis pas l'un des leurs. Je n'en ai plus le droit.

Les jours étaient passés. Il était toujours là à surveiller le personnel qui appréciait de ne pas être dragué lourdement par le pirate. Elizabeth lui dit de laisser pousser ses cheveux, usa des talents d'un coiffeur pour ça qui avait des capacités. Ils furent teint en un noir corbeau faisant disparaître toute trace de reconnaissance de Zoro en dehors de la cicatrice à l'œil l'obligeant à porter un cache-œil. Personne ne devait le reconnaître. Les mois s'écoulèrent, il s'affina, perdit en masse musculaire mais peu en force. Petit à petit, tout le monde oublia cet équipage pirate qui n'était plus qu'une légende.

Un an plus tard, Elizabeth le vit aborder un homme alors qu'elle tenait l'accueil. Elle vit chaque tremblement dans le corps d'Iris qui traduisait sa peur et son dégout mais aussi l'assurance et la fermeté dans le regard alors qu'il l'accompagnait à l'étage. Quelques heures plus tard, elle glissait la main dans ses cheveux. Il cachait ses larmes et elle les devinait sans difficulté.

─ Tu as voulu trop en faire, es-tu idiot ? Ne force pas ainsi.

─ Je ne suis pas vierge, protesta-t-il, le patron n'a pas le droit de m'interdire de la sorte.

─ C'est différent de la sexualité, c'est un travail humain et éprouvant, Iris. Il essaye de te protéger. Tu as de la chance qu'il soit intervenu. Tu es certain de vouloir faire ça ?

─ J'ai besoin de Berry. Les clients donnent plus aux prostitués qu'aux gardes.

─ Tu devrais demander à être formé alors.

─ …. Formé … répéta dégouté Zoro.

─ On t'a bien appris à utiliser tes sabres, non ? Le sexe, ça s'apprend. Le patron n'acceptera jamais tant que tu seras aussi immature.