CHAPITRE SEPT
LE PREMIER PLAN
─ ─ X ─ ─
─ ─ ─ Ile des framboises ─ ─ ─
Les odeurs et les couleurs étaient magnifiques ! L'endroit brillait de tous les éléments et particulièrement de cette framboise célébrée. Nombreux hommes de la marine buvaient, s'écroulaient et riaient entre de bonnes compagnies. L'argent récolté était presque aussitôt perdu dans les tavernes, les échoppes et les bordels.
Au milieu de la place centrale, la musique était envoutante et les couleurs chatoyantes. Sanji dansait avec des femmes, les invitait à boire sous l'air dépité de Nami. Les nombreux tissus colorées et soyeux volaient dans l'air. Des enfants courraient entre les jambes des habitants pour apporter des paniers de framboises.
Sanji se retrouva entre plusieurs prostituées, échangeant quelques pièces d'argent contre quelques danses.
─ Quel pigeon ! soupira Nami
─ Il s'incruste pour mieux surveiller, répondit Robin,
─ Il a l'air d'adorer ça ! répondit Usopp à son tour,
─ Regarde mieux, il discute avec les femmes qui étaient avant dans le baraquement qu'on surveille.
─ …
Zoro ne parlait pas. Le cuisiner Sanji était un combattant hors pair et il le savait mais il avait changé. Autrefois, il était comme un Dom Juan, particulièrement stupide, en permanence. Un vieux pervers rigolo et naïf, mais là ! L'homme gardait un côté obscur même en se distrayant et jouant la comédie. Il semblait sous tension. Il avait essayé de lui parler du plan que Sanji préparait mais le blond l'avait ignoré.
─ On doit rentrer à l'intérieur, commenta Nami,
─ On devrait rentrer de force, dit Usopp,
─ Ou passer par les toits, réfléchit l'ancienne voleuse rousse,
─ Si vous vous faîtes attraper, c'est la population qui payera, marmonna Zoro, les îles désobéissantes sont anéantis !
─ Nous devons être invité à rentrer, trancha Robin.
Malgré qu'il soit déjà venu sur cette île à trois fêtes des framboises, Zoro n'était pas inquiet d'être reconnu. Les prostitués lors de la journée des framboises portaient des vêtements légers et n'étaient pas regardé pour ce qu'ils étaient. Ils n'étaient plus des hommes ou des femmes mais des succubes pour la luxure. Aussi leurs visages étaient souvent oubliés par leurs clients. De plus, c'était rarement les mêmes officiers qui venaient. Le gouvernement ne voulait pas qu'ils se mettent à sympathiser avec la population et à couvrir des erreurs de leurs parts ou pire qu'ils ne tombent amoureux d'un natif.
─ Nous pourrions nous faire passer pour des corsaires, dit-il soudainement en sachant parfaitement que nombreux ne se connaissaient pas.
Si le gouvernement n'envoyait jamais les mêmes personnes, ce ne serait pas surprenant de croiser des mariniers non connus des autres. Il l'expliqua avec calme.
Robin réfléchit à la question :
─ Nous devons obtenir leurs uniformes et des insignes sans qu'on devine une agression ou un vol.
Sanji avait tiré une chaise. Il déposa sa bière sur la table. Son visage souriant tantôt retrouva une austérité incompréhensible. Zoro semblait plus souriant et doux face à lui alors qu'autrefois c'était le contraire. Une inversion de personnalités qui perturbaient Usopp.
Robin l'informa de l'idée de Zoro. Sanji réfléchit quelques secondes avant de dire :
─ Les filles m'ont dit qu'à l'étage supérieur, il y avait un bureau où les chefs se retrouvaient en secret. Le bureau est évidemment fermé et seuls les plus hauts gradés y ont accès. La fête a lieu au rez-de-chaussée mais seuls les officiers et leurs « invités » y ont accès. Elles m'ont également informé que les hauts-officiers dormaient à l'écart de la ville dans un lieu tenu secret et installé il y a quelques jours. Elles partent dans peu de temps pour leurs ramener à manger. Je vais les suivre discrètement. Pendant ce temps, Nami peux-tu t'introduire sur un des bateaux des corsaires pour récupérer des tenues ?
─ Evidemment !
─ Robin, peux-tu te rendre le bâtiment pour que tu puisses observer discrètement et entendre à l'intérieur pour savoir qui a les accès pour le bureau ou regarder à l'intérieur de ce dernier ?
─ Oui.
─ Usopp, peux-tu te charger d'en apprendre davantage sur les hauts gradés sur l'île arrivés et attendus. Il ne faudrait pas qu'une mauvaise surprise nous tombe dessus et qu'on se retrouve face une ancienne connaissance.
─ Entendu, le grand Usopp trouvera ça !
Zoro fixait Sanji avec un petit sourire, ce dernier semblant hésiter sur ce qu'il allait lui dire.
Le cuisinier n'avait pas pour habitude de donner des ordres à l'escrimeur. Il respira avant de lui dire :
─ Zoro, peux-tu voir avec les habitants s'ils savent quoique ce soit ? Ils n'ont pas voulu me parler mais tu as l'air de mieux connaître les coutumes. Ils ont peut-être des informations.
─ Je te l'ai dit. Je ne pense pas que ce soit la meilleure idée de tous nous séparer sur cette île. On devrait plutôt faire des groupes.
─ On a pas le temps, Zoro ! Ce n'est pas une réunion de propositions !
─ Je te l'ai dit tout à l'heure !
─ Et j'ai choisi de ne pas prendre cette option des groupes !
─ On devrait prendre le temps d'y penser tous ensemble.
─ Ne conteste pas mes ordres.
─ Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi !
Qu'est-ce qui lui prenait à Sanji. Zoro ne le reconnaissait pas.
─ Tu es sous mes ordres pour cette opération ! pesta Sanji comme un militaire aurait pu le faire.
─ Je ne t'autorise pas à me parler ainsi. Tu multiplies les facteurs à risque en nous divisant !
─ Car toi, tu fais pas cavalier seul peut-être ?
Sanji s'était redressé, ses mains sur la table, quelques visages se tournèrent vers eux. Zoro demeura calme. Il ne répondit pas. Ils allaient se faire remarquer. Sanji le regardait avec énervement et demanda à nouveau :
─ Si tu n'es pas content, tu peux partir. On a fait sans toi !
─ Je dis simplement qu'être à deux peut sauver une vie.
─ Ça t'a vachement aidé pour Luffy !
Zoro s'était redressé, avait rangé sa chaise avec un calme effrayant et avait tourné les talons. Il enfonça les mains dans le tissu de sa tenue traditionnelle. Il s'éloigna et disparu dans la foule.
Nami, Usopp et Robin fixèrent Sanji qui trancha toute discussion :
─ Rendez-vous ici dans une heure et soyez prudent.
─ ─ ─ Ile d'Eliade ─ ─ ─
─ ─ Passé ─ ─
Les poignets contusionnés variant entre le bleu, le rouge et le violet, Zoro tirait sur les menottes grises sans que ce ne soit utile. Il fallait s'y attendre que quelqu'un finirait par le reconnaître. Le pire, c'est qu'il ne pouvait en vouloir à personne. Il avait lui-même reconnu le pirate qui était passé sur l'île. Il l'avait lui-même suivi par soif de vengeance car il était certain que ce dernier était présent dans les traitres ayant conduit à la mort de Luffy et il s'était lui-même fait surprendre par les hommes de ce dernier dans la filature.
Enfermé dans la pièce, il les écoutait essayer de trouver un moyen de communication pour prévenir la marine qu'ils avaient Zoro. La chaussure de l'un des pirates rencontra directement sa tête et Zoro cracha du sang sur le sol.
Soudainement, ils se mirent à se disputer avec violence et colère, ils s'insultèrent et puis ils sortirent leurs couteaux. Sous les yeux médusés de Zoro, ils finirent par s'entretuer. Le seul qui resta en vie marmonnait que l'argent de la récompense serait pour lui. Seulement il n'eut pas le temps d'en dire plus car il se retrouva mort sur le sol poigné par quatre lames et deux mains.
Elizabeth et Pom tachés de son sang se grondèrent l'un l'autre quelques secondes : le patron allait les tuer ! C'étaient les tenues qu'il venait de faire acheter. En plus, cacher des cadavres, c'était toujours chiant. Ils se tournèrent vers Zoro. Les deux prostitués androgynes posèrent leurs mains sur leurs hanches.
─ Tu ne dois jamais partir en mission seul, idiot !
─ Regarde dans quel état, tu es, commenta Pom
─ Le patron va te retirer les semaines de soin de ta paye, c'est pas malin ! confirma Elizabeth
La jeune femme se pencha, posant la main sur la plaie ouverte alors que Pom détachait leur ami. Elle appuya le bout de ses doigts sur le bleu de ce dernier.
─ Regarde-toi. On fait tout pour te rendre désirable. En deux heures, tu ressembles à une putain accro aux drogues. Te rendre désirable, c'est donner de la confiture aux soldats des nouvelles forces !
─ Je suis assez bon pour me débrouiller seul.
─ Personne ne l'est jamais assez, Iris. Crois-moi. On a toujours besoin d'un allié pour nous couvrir, disputa une Elizabeth rieuse
─ …
─ Personne ne peut s'en sortir seul, Zoro. Il faut être idiot pour le croire ! murmura blessé Pom.
Zoro croisa les bras devant lui, il dissimula son visage. Elizabeth et Pom devinèrent qu'il pleurait en silence. Ils firent comme-ci ils ne voyaient rien, s'occupant de réunir les cadavres. Ils le savaient pudique à ce sujet. Ils ne voulaient pas le blesser davantage sachant qu'il ne voudrait pas leurs expliquer ses larmes. Zoro le savait. Toutes les leçons des prostitués auraient pu lui servir pour protéger Luffy, pour ne pas le perdre, pour ne pas perdre sa familles. Tout ce qui lui arrivait ici depuis qu'il travaillait pour le patron semblait vouloir lui montrer toutes les erreurs de ce jour fatidique.
Ils finirent par l'entourer, s'agenouillant à côté de lui, refermant leurs bras autour de lui. Elizabeth et Pom lui relevèrent le visage, embrassant ses joues, l'encerclant chaleureusement.
─ Tu devrais nous parler, lui dit Pom
─ Si on ne peut rien changer à quoi bon en parler ?
─ On comprend, nous aussi on a essayé d'éviter le ragout du patron, mais tu vas devoir rentrer et en manger. Et ne lui propose pas de changer sa recette, elle lui vient de sa mère.
