CHAPITRE HUIT

CE QUE JE CROIS PERCEVOIR EN TOI

─ ─ ─ île framboise ─ ─ ─

─ Actuellement ─

S'armant d'un sourire séducteur et d'une expression délicate, Nami usa de ses charmes pour être invité par un corsaire sur le pont d'un navire des nouvelles forces. Les uniformes des membres du gouvernement semblaient avoir été créés pour terrifier la population. Elle ne se sentait pas à l'aise entourée d'autant d'entre eux. Elle accepta un verre de champagne et observa les nombreuses femmes invitées.

Certaines étaient des civiles comme elle, d'autres par les vêtements qu'elles portaient très courts et presque transparents étaient des prostituées. Courtement vêtues et directement accessibles à des gestes déplacés, elle ne rejetait pas les avances des rats du gouvernement.

Nami aurait aimé pouvoir les aider. Elle ne pouvait les voir autrement que comme des victimes. Elle repoussa quelques mains, portant une tenue courte pouvant prêter à confusion.

Elle profita que le corsaire l'accompagnant fut tourné vers un collègue à lui pour s'éclipser et s'introduire dans le navire. Elle se mit à le fouiller avec sérieux. En poussant la porte d'un bastion d'où provenaient des bruits de gémissements, elle croisa un homme qui ne la regarda pas. Dans la petite pièce, elle demeura un instant figé. Elle croisa le regard de Zoro terrifié, tirant maladroitement un drap sur son corps. Nami ouvrit les lèvres avant de souffler, presque de soulagement, en voyant une jeune femme nue la regarder avec surprise.

─ Madame ? questionna la prostituée en tirant dans ses bras le marin.

─ Excusez-moi.

Nami s'éloigna, de la sueur sur son front. Elle venait de s'imaginer Zoro sur le lit. Elle n'avait pas eu le temps de vraiment l'observer ce jour-là. Elle ne se souvenait que des ongles noirs sur les draps sombres, de la main tendue, des taches blanches et surtout des yeux terrifiés qui la regardaient. Elle n'aurait jamais dû partir et le laisser là avec l'idée qu'il la dégoutait. Elle aurait dû le convaincre autrement qu'en le menaçant comme les hommes-poissons l'avaient fait avec elle. Elle aurait dû passer ses bras autour de lui et lui dire : « Qu'importe ce que tu fais pour survivre, je suis ton amie. Je suis là. »

Il était terrifié et elle avait fermé la porte derrière elle puis elle l'avait jugé.

Difficile de ne pas le juger. Zoro avait combattu avec leur chef. Il était seul avec ce dernier. Elle essaya de deviner ce qui avait pu se passer. Des constats étaient certains.

Luffy, leur capitaine et ami, avait été capturé et pour une raison ou une autre. Zoro avait alors disparu. Pendant qu'elle, Robin, Trafalgar et Sanji essayaient de trouver un moyen de délivrer leur chef, Zoro s'était retrouvé dans la zone des délices. Puis, à un moment donné, il avait abandonné son statut de pirates pour endosser le rôle de prostitué. Avant ou après la mort de Luffy ? Les avait-il cherché avant de devenir une salope ?

Elle regretta aussitôt cette insulte, même mentale, les deux yeux effrayés de Zoro revenant la hanter. C'était difficile. Difficile de ne pas juger ce que pouvait faire son ami.

La recherche allait être compliqué. Elle le savait. Nami s'aventura davantage dans le navire. Trouver des insignes serait compliqué car les corsaires ne s'en séparaient jamais seulement sans eux et sans marque, ils ne s'en sortiraient pas.

─ ─ x ─ ─

Les femmes s'affairaient à remplir de lourds sacs de victuailles tout en discutant joyeusement dans la langue locale des îles framboises. Sanji s'impatientait de les voir partir. Installé dans un angle de rue pour ne pas les perdre de vue, il voyait également Usopp qui passait de courageux à couard et abordait ou fuyait les différents corsaires qui pouvaient croiser son chemin. Il se roula une nouvelle cigarette, la sixième depuis qu'il à les surveiller et l'alluma à nouveau. Ses cheveux sentaient une odeur de cendrier.

Sanji était rassuré en observant Usopp. Il le trouvait peu changé, ce qui était rassurant car tous les autres avaient des changements même mineurs. Il réapprenait à les connaître avec leurs différences. Seulement Zoro était revenu trop soudainement et sans la moindre explication.

Cette source avait semblé bonne le concernant sur l'île de l'Eliade qui n'était finalement qu'une escale à dépense pour les marins. Sanji avait perdu davantage espoir en la quittant. Soudainement, Zoro avait été là, habillé d'un chignon et d'une chemise blanche, sans épée, à lui tenir tête. Sans une explication. Revenant pour simplement dire : je ne suis pas d'accord. Ton plan est foireux. Tu devrais savoir qu'il y a une fête populaire à cet endroit ! Tu connais rien aux coutumes locales. T'es nul. Tes plans sont bidons. Tu mets en danger les tiens. On devrait faire des groupes.

Peut-être que Zoro ne l'avait pas totalement dit ainsi mais il n'avait pas le droit de se pointer comme une fleur qu'on retrouve un matin dans un terrain de mauvaises herbes et imposer par sa présence que toutes les herbes soient coupées et le jardin arrosé. Il n'avait pas le droit de venir ici et de faire comme-ci six longues putains d'années ne venaient pas de s'écouler !

La personne qui l'inquiétait le plus était Nami. Elle semblait ailleurs depuis leur départ de l'île Eliade et elle semblait en permanence sur le qui-vive avec Zoro comme-ci les deux avaient des secrets à cacher. Ils avaient été ensemble constamment depuis six ans et la distance soudaine qu'elle m'était entre eux lui causait de l'anxiété.

Installé sur le toit, les jambes repliées devant lui, Zoro observa Sanji en train de surveiller Usopp, les militaire et les femmes. Son regard quitta le blond à l'air dur pour fixer Usopp un peu plus loin qui prenait des risques à ainsi aborder autant de personnes avec si peu de discrétion.

Les locaux étaient des gens discrets et les touristes étaient rares ici et ne venaient généralement que pour les plaisirs de l'alcool et de la chair. Heureusement son air idiot lui permettait de s'en doute se faire passer pour un clown ou un fou. Le bretteur observa la tâche brune que formait Robin dissimulée dans le jardin derrière la maison occupée par les corsaires. Il ne pouvait pas voir le port d'où il était mais il devinait Nami sur l'un des bateaux s'y trouvant amarrés.

Les filles que guettait Sanji se mirent à partir vers la forêt et le cœur de l'île. Le blond les suivi. Usopp s'éloigna dans l'autre sens avec des militaires. Zoro ferma un instant les yeux. Nami était hors de son champs de vision et bientôt Sanji et Usopp allaient l'être.

Il avait déjà rejeté l'idée d'obéir aux ordres de Sanji. Il était décidé à assurer les arrières d'un de ses collègues. Il lui fallait faire un choix désormais : partir vers la forêt pour s'assurer que Sanji ne se mette pas en danger ? Aller au port pour venir en aide à Nami ? Suivre Usopp et s'assurer qu'il ne fasse aucune erreur diplomatique ? Protéger Robin pendant l'utilisation de son pouvoir en situation de danger là où elle se trouvait ?

Sanji avait refusé de l'écouter. Pourquoi avait-il fallu qu'il lui rentre dedans de front et devant tout le monde. Zoro l'avait abordé avant pour lui dire de faire des groupes, mais il aurait dû l'aborder encore et encore jusqu'à ce qu'il cède plutôt que de vouloir le confronter au groupe. Il était qu'un imbécile ! Il les avait lâché ! Il n'avait aucune légitimité à leurs yeux pour donner son avis. Il aurait dû fermer sa gueule et souffler l'idée à Robin. Elle aurait su les convaincre.

Fais ton putain de choix, Zoro. Robin, Sanji, Nami ou Usopp ?

─ ─ Ile d'Eliade ─ ─

─ Passé ─

Les longs cheveux blonds de Gabrielle descendaient jusqu'à hauteur de son fessier. Ses grands yeux bleus étaient dirigés vers l'océan. Elle quitta la vue de la fenêtre pour venir s'asseoir à côté du lit où dormait paisiblement le pirate à la chevelure verte. Elle ne pouvait pas bouger le pirate mais elle aurait aimé le faire, parce que le lit était taché de sang et sentait mauvais. Le patron Barthelemy l'avait prévenu de ne pas toucher au corps de l'homme sous peine de mort immédiate.

Il n'avait pas l'air mort, même ainsi. Les cadavres ont une teinte de peau si spécifique qu'elle savait les reconnaître. Toutefois, il n'avait pas l'air en vie non plus. Avec les cicatrices se retrouvant sur l'ensemble de son corps. Ainsi que les bleues violacés et les marques rougeâtres. Il aurait pu être la créature de Frankenstein qu'on aurait ensuite passé dans un hachoir à viande hachée.

─ Tu n'es pas trop épuisé, demande-t-elle, en regardant l'androgyne qui se tenait à côté du corps.

─ Absolument pas, répondit Pom d'une voix coquine.

Il mentait. L'androgyne mentait affreusement et Gabrielle le savait. Il avait le pouvoir du fruit des émotions et contrôlait ses dernières. Depuis des jours, il veillait sur le corps pour qu'il reste paisible et ne fasse aucun cauchemar. Dès qu'il arrêtait d'user de ses pouvoirs, le pirate aux cheveux verts étaient secoués de spasmes. Pom ne pouvait que rester concentré dessus et s'en épuisait mentalement et physiquement. La moindre erreur de sa part et ce serait la mort d'un membre d'équipage du chapeau de paille par sa faute. Il ne pourrait jamais se le pardonner.

Le patron lui avait dit d'abandonner. Dès le premier jour, mais maintenant, il le laissait tout en le prévenant que ce serait retiré de sa paye. Gabrielle n'y croyait pas vraiment. Pom ne s'en souciait guère de toute façon. Si Barthelemy gérait les comptes de la maison close et en était officiellement le patron, Gabrielle avait en charge le recrutement, la formation mais aussi le système souterrain anti-gouvernemental qui avait lieu entre ses murs.

─ Ça fait mal ? demanda-t-elle.

Pom avait la capacité de transmettre des émotions. Pour le faire, il absorbait d'abord l'émotion des personnes pour la modifier. Le plus souvent, c'était invisible, mais là, un fil conducteur noir et un peu argenté glissait du corps de Zoro jusqu'à lui et revenait argenté et un peu noir dans le corps de l'homme.

─ Pas davantage que de se faire arracher les dents, les ongles et la peau, répondit en toute sincérité Pom.

Il était loin de la vérité. Les émotions de Zoro étaient des lames de rasoir qui lui arrachaient le cœur. Il n'avait pas accès aux souvenirs l'y conduisant. Pom ne pouvait que ressentir le désespoir, la haine, la souffrance, la douleur et l'anéantissement totales.

Gabrielle fit appeler Elizabeth quand elle vit Pom trembler pour qu'elle le raisonne. L'androgyne arriva avec son bonnet sur la tête. Elle enveloppa Pom de ses bras, défiant Gabrielle du regard :

─ Il va y arriver. On n'abandonne jamais.