CHAPITRE NEUF
RETENIR CHAQUE LEÇON
─ ─ Ile d'Eliade ─ ─
─ Passé ─
Trente-six heures s'écoulèrent. L'odeur dans la chambre du blessé était insupportable mais Barthelemy n'autorisa qu'à laver légèrement les blessures accessibles. Il refusa à nouveau qu'on touche au corps. Pom demeura à côté du malade ne prenant pas une minute de repos.
Dix heures s'écoulèrent encore. Barthelemy rentra dans la pièce. Il se rapprocha du corps blessé et fit signe à Elizabeth et Natasha qu'elles pouvaient procéder au transfert sur le lit d'à côté. Enfin, ils allaient pouvoir changer les draps. La peau commençait à avoir des signes d'infection mais rien qui ne soit encore dangereux. Le corps est assez bien conçu remarqua à nouveau le patron.
Natasha leva les mains en l'air et le corps de Zoro se souleva dans les airs. Puis elle le fit doucement descendre par la force d'un vent télépathique sur le lit.
Barthelemy se mit à observer le corps. Avec l'aide d'Elizabeth et de Gabrielle, il commença à le soigner pendant que Natasha nettoyait le lit. Elle avait connu pire odeur et pire état de sang depuis qu'elle travaillait. Natasha avait des cheveux rouge sang courts, une short court et un petit haut rose. Son corps était légèrement halé avec des reflets cuivrés.
Ses petits yeux violacés sursautèrent quand elle vit Pom tomber sur le sol. Le corps de Zoro se mit à se secouer de spasmes alors que Pom vomissait sur le sol une substance noire et putride, vite rejoint par des caillots de sang et des boules noires.
Ne pouvant pas se relever, Pom se contenta de basculer en arrière, levant ses deux mains pour que des fils noir et argenté provenant du corps de Zoro ne reviennent vers lui et d'autres argentés n'aillent jusqu'au corps. Le corps était en arrêt cardiaque, mais Pom pouvait sentir les émotions encore là. Il n'était pas mort, il n'était pas mort ! Il fallait le sauver.
Barthelemy arrêta les soins de Zoro attrapant vivement les mains de l'androgyne pour le faire arrêter. Du sang noir glissait de ses lèvres. Le corps de Zoro commença à nouveau à être secoué de spasmes.
─ Laisse-moi … laisse-moi … laisse-moi, bafouillait l'androgyne
─ Laisse-le.
Rarement Gabrielle donnait des ordres à Barthelemy. Il accepta, se retournant vers elle. Car c'était elle qui lui avait demandé de le faire arrêter. Seulement en observant Pom sur le sol, elle avait conscience qu'ils s'épuiseraient pour rien. Autant essayer de sauver le patient. Le massage cardiaque était calamiteux, mais fonctionna et l'escrimeur se remit à respirer lentement.
Natasha aida Pom à se redresser. Elle souleva le corps de Zoro pour le changer à nouveau de lit laissant Gabrielle et Elizabeth nettoyer l'autre. Pom déposa sa tête à côté de celle de Zoro, posant sa main sur son corps, des lignes argenté et noir serpentant entre eux. Il se mit à lui caresser les cheveux.
Barthelemy referma la porte après avoir demandé à Elizabeth de sortir. Natasha resta pour veiller sur le patient et l'androgyne. Gabrielle et Barthelemy entrainèrent Elizabeth au bureau. Ils la savaient proche de Pom. Ils devaient comprendre cette acharnement. L'androgyne Pom allait y perdre la vie.
─ C'est pas à moi de parler, gronda l'androgyne Elizabeth.
─ Pom a délibérément été plusieurs fois à l'encontre de nos ordres dernièrement. Si tu veux pas qu'il se retrouve sur le trottoir ou un autre établissement, tu devrais nous aider à comprendre.
Elizabeth su qu'ils ne plaisantaient pas. Barthelemy et Gabrielle faisaient tout pour les protéger mais ils refusaient d'être aveugles face aux actes d'autodestructions et ne supportaient pas qu'on aille contre leurs ordres. Elle déglutit puis fit le choix de dire une partie de la vérité.
─ Quand on a trouvé le pirate … Il n'était pas le seul blessé … il y avait d'autres personnes. Beaucoup d'autres. Ca arrivait par vagues. La mer rejetait les corps, comme-ci elle en faisait une indigestion.
─ Nous avons entendu parler de ça.
─ Le gouvernement allait arriver. On devait partir. On ne pouvait pas sauver tout le monde. C'était impossible, je jure que c'était impossible. Ce n'est … on n'a pas … été lâche, on pouvait juste pas.
Les mains d'Elizabeth se refermèrent sur le tissu épais de son pantalon, se mordillant la langue.
─ On n'en a aucun doute, confirma Gabrielle, on a vu les dessins et photographies noir et blanc,
─ C'était loin de la vérité, souffla l'androgyne, c'était horrible ! Il fallait faire un choix. Pom l'a reconnu au milieu d'autres corps. Il avait un œil ouvert, il remuait les seuls doigts qu'il pouvait remuer, il grattait le sol pour chercher à rejoindre la mer, hargneux de cet unique œil. On a tout de suite reconnu le borgne. Et …
Elizabeth ne pouvait pas continuer son histoire, sa voix s'écrasait de douleur. Elle sentait son corps se briser et la ramener à ce jour fatidique. Quel aurait été le bon choix ? Aucun était le bon, tous l'était, elle n'en savait rien. Elle savait que Pom avait gravé le visage de chacun des corps laissés sur cette plage.
─ Explique-nous Elizabeth,
─ Je ne peux pas, murmura-t-elle se mettant à sangloter, on a du faire un choix et on ne sait pas si c'est le bon.
─ ─ ─ Ile Framboise ─ ─ ─
─ Actuellement ─
Serrant les dents, Robin détourna le regard le sang glissant de ses mains sur ses bras nues. Elle senti l'haleine fétide de l'homme face à elle qui tourna sa tête dans un sens puis dans l'autre. Plusieurs hommes l'entourèrent et elle reconnut parmi eux Ohm, un homme que leur équipage avait déjà combattu par le passé. Elle ne l'avait pas directement affronté mais aucun doute qu'il la connaissait. Le plan venait de se compliquer !
Agrippé par d'épais bras, Usopp n'avait que peu de moyen de s'échapper. Se retrouvant enfermé dans une cellule, il fixa le groupe de marines devant lui dont l'un donna l'ordre de le surveiller pendant qu'il allait chercher un amiral de de l'équipage de Kaido pour leurs parler de cette personne un peu trop curieuse à leurs goûts.
Déglutinant, Usopp jura qu'il n'enquêtait pas ! Qu'il était juste un grand fan ! Ses mots pouvaient sans doute convaincre certains marines, mais la plupart n'était pas dupes. Plus il parlait, moins ils le croyaient.
Nami s'enferma dans le placard. Ils étaient tous en train de la chercher. Elle ne pourrait pas s'échapper. Chaque porte était gardée, l'alerte était donnée qu'une voleuse se trouvait à bord du navire. Elle entendait les pièces être fouillées une à une. Petit à petit, ils se rapprochaient d'elle. Comment avait-elle pu être aussi stupide pour ne pas se rendre compte qu'on allait finir par trouver ça suspect de la voir entrer et sortir de chaque pièce du bateau. Elle avait pensé être discrète mais les corsaires n'étaient pas des idiots !
Loin de l'agacement de Robin, de la peur d'Usopp ou de l'effroi de Nami, Sanji dormait paisiblement après avoir été assommé par un garde de l'île des framboises signalé par les jeunes femmes qu'il suivait et qui ne voulaient pas de problèmes. Elles avaient été surprise de ses questions et encore plus de le voir les suivre. Elles n'avaient pas envie de causer de problèmes à leurs familles et à l'île entière.
Le garde se mit à trainer le corps pour le livrer aux nouvelles forces. Lui non plus ne voulait pas de problème. Il ne voulait pas inquiéter les filles mais il lui semblait avoir reconnu cet homme blond comme étant un membre de l'équipage du célèbre capitaine D. Monkey. Peu probable, on les disait tous morts. Le garde se souvenait de l'espoir, sept ans plus tôt et les six mois suivants à croire que l'équipage de ce célèbre pirate gagnerait face aux nouvelles forces ! Il avait vraiment pensé que ce petit capitaine ressemblant à un adolescent pourrait gagner.
Il n'allait pas refaire la même erreur. Que l'inconnu soit un membre de l'équipage du célèbre capitaine D. Monkey ou un simple visiteur, le garde le livrerait aux hommes des nouvelles forces et les laisserait décider de son sort.
Zoro avait fait son choix et quitté son toit.
Choisir une personne, c'était renoncer à la possibilité d'aider les autres. Choisir une personne, c'était donner moins de chances de survie aux autres. On dit souvent que c'est le destin qui guide notre avenir. Pour Zoro, c'étaient les choix. Seulement, il n'y avait souvent pas de bon ou de mauvais choix. Juste des choix multiples ou en choisir un détruisait les autres.
─ ─ Ile d'Eliade ─ ─
─ Passé ─
Pom regarda terrifié Elizabeth. Le sang glissait le long de sa tempe et sur ses épaules nues. Elle répéta qu'ils devaient partir. Les deux androgynes avaient les mains sur le corps à peine vivant du bretteur enseveli par l'eau et le sable. Pom ne savait pas sur quelle plaie appuyer pour le maintenir en vie. Ils se mirent à le trainer. Les nouvelles forces arrivaient ! Ils le montèrent dans la barque. Elizabeth tira Pom par le bras alors que ce dernier quittait la barque pour retourner vers les corps. En trainant l'homme aux cheveux verts, ils avaient bien vu que d'autres corps vivaient.
─ On a fait notre choix ! Renonce aux autres !
─ Ta gueule ! J'y retourne !
Elle l'attrapa par le bras, le projetant contre la barque tout en usant du fruit du démon pour faire apparaitre des lianes l'enfermant. Il usa du sien pour provoquer le désespoir en elle et la colère. Elle le fixa avec les deux émotions sans bouger. Elle était habituée aux pouvoirs de Pom et savait de mieux en mieux les gérer.
─ Je ne te laisserai pas mourir.
─ … l'enfant … on doit retourner le chercher … Elizabeth …
─ C'est trop tard.
La barque s'éloignait, poussée par la vitesse de lianes remplaçant les hélices d'un bateau à moteur. Pom demeura là, pétrifié, fixant les lames des soldats monter et descendre sur les cadavres. Les lianes d'Elizabeth disparurent, les émotions de Pom avec elles, ils se fixèrent pétrifiés.
Une grosse explosion eu lieu suivit d'un incendie. Pom se recroquevilla sur lui-même, posant les mains sur Zoro. Il devait vivre. Il devait vivre. Il devait vivre. Tous les autres étaient morts.
─ Pom … arrête-toi ….
─ Je ne peux pas.
Le corps de l'homme à leurs pieds fut secoué de spasmes et il se réveilla soudainement, ses yeux s'ouvrant avant de se refermer, inconscient, sa main ayant attrapé le poignet de Pom.
Ce dernier fixa Elizabeth avec désespoir. Ils avaient saisis Zoro car il bougeait encore, mais ils n'avaient aucune certitude que les femmes, les enfants et les autres hommes présents sur la plage n'avaient pas davantage de chances de survie. Pom ne parvenait pas à s'empêcher de penser à chaque seconde à la petite fille brune tenant une peluche qui semblait dormir. Peut-être dormait-elle vraiment. Peut-être qu'ils auraient pu la sauver. Et tous les autres qui semblaient avoir bougé.
