CHAPITRE DIX

Ne pas s'arrêter aux erreurs qu'on commet

Ni à celles qu'on va commettre

─ ─ Ile d'Eliade ─ ─

─ ─ Passé ─ ─

Le sang glissait sur la plaie largement ouverte, les veines coupées et les médicaments absorbés ne laissaient planer aucun doute sur l'intention du blessé. Elizabeth et Natasha donnaient des ordres. Il fallait faire vite et en toute discrétion. Si le patron ou Gabrielle apprenaient dans l'état où ils l'avaient trouvé, ils l'enfermeraient à nouveaux. Après l'incident de l'île pastèque, il était arrivé souvent de le retrouver ainsi mais il semblait aller mieux. Ils s'en voulaient, ils auraient dû se méfier.

Obéissant à Elizabeth, Zoro appuya sur les hauteurs du bras de Pom si minuscule comparé au sien et pressa pour que le sang soit bloqué. Pendant ce temps, Natasha quitta les lieux pour revenir avec Rose, une jeune femme du village. Elle se rapprocha du bras ouvert. À l'aide d'une aiguille et d'un fil, elle raccorda les veines et les chairs avec une minutie incroyable et surhumaine. Fort heureusement, Pom n'était pas à son premier essai et il portait déjà habituellement des bracelets pour cacher les traces de ses anciennes tentatives. Aussi le patron et Gabrielle n'y verraient pas de différences.

Le soir-même, les clients affluaient et contrairement à ce qu'aurait pensé Zoro, Pom assura tout de même son travail. Ce ne fut que bien plus tard qu'il s'excusa mille fois sous les sermons, les larmes et la colère d'Elizabeth et la peur de Natasha. Il remercia également Rose qui en rougit de plaisir fortement attachée à l'androgyne et fière de la confiance qu'on lui accordait en la rajoutant dans leur petit groupe.

Zoro ne dit rien, se contentant de les entendre se mettre à rire, à manger et à plaisanter sur les clients reçus dans la soirée. Elizabeth avait déjà prévu de ne pas laisser Pom seul. Alors que tout le monde s'attardait de peur de cette éventualité qu'ils ne recommencent, Zoro déclara calmement :

─ Je vais rester dormir avec lui.

─ …

Une telle démonstration les surprirent. Elizabeth opina de la tête. Elle fit signe aux filles de la suivre. Se retrouvant seul avec Zoro, le sang de Pom se glaça de peur. Il savait que Zoro était furieux. Il ressentait les émotions. Il sentait bien celle qui était au fond de l'homme à l'apparence calme.

Zoro se rapprocha de lui et Pom ferma les yeux. Les bras de l'escrimeur se refermèrent sur lui. Il le fit se lever et le bascula sur le lit. Les lèvres de l'escrimeur vinrent chercher celles de l'androgyne qui remonta sa cuisse droite pour la plaquer contre la hanche de l'homme. Leurs mains se croisèrent et l'homme aux longs cheveux noirs colla son front contre celui de Pom.

─ Elizabeth m'a un peu raconté mon sauvetage. Je ne sais pas quoi te dire.

─ … c'est inutile. Elle n'aurait rien du dire. Si on peut rien changer, à quoi bon en parler ?

Zoro grimaça. Cette citation, il savait pertinemment d'où Pom la tirait pour le lui avoir dit une centaine de fois.

─ Pom. Tu peux me parler … de ton histoire … de mon sauvetage.

─ On a fait un choix, il fallait s'y tenir. Te choisir, c'était renoncer à aider les autres.

─ Ce sont les soldats de la Nouvelle Force les responsables. Ce sont eux qui ont conduit à ça. Je ne sais pas pourquoi tu m'as choisi et je suis tellement désolé que tu es eu à vivre ça en plus de tout le reste. Tu ne pouvais pas tous nous sauver.

─ J'aurais du essayer … Si on peut essayer de tous les sauver, on doit le sauver.

─ Si c'étaient pas qu'une question de choix, de volonté ou de motivation, on ne vivrait pas dans ce monde, Pom ! Tu serais mort en y restant ! Elizabeth et moi serions morts aussi ! Tu n'es pas responsable de ce qu'il s'est passé ce jour-là ! J'aurais du te remercier … je ne l'ai jamais fait. Pom, je te ….

─ Tu parles beaucoup.

Serpentant contre le corps, Pom le tira à lui. Il referma ses bras sur ceux de l'escrimeur qui se mit à rire. Cette phrase était ironique de la part de l'androgyne jacassant toute la journée. Il lui attrapa le menton et vint chercher sa langue avec la sienne, soufflant chaudement. Il n'avait sa place nulle part. Il était une anomalie. Voilà ce que Pom ressentait. Il se sentait vain et inutile. Il ne s'en voulait pas d'avoir sauvé le pirate de l'équipage de D. Monkey. Il s'en voulait de son passé, d'être né au meilleur endroit, d'avoir fermé les yeux trop longtemps et de ne pas avoir su aider toutes ses personnes croisées sur son chemin. D'avoir été un privilégié trop longtemps.

Zoro rattrapa sa main, retirant les bracelets couvrant la plaie, venant l'observer avant de l'embrasser. Pourquoi Pom se faisait-il autant de mal. Il ne comprenait pas à quel point il était aimé ? Zoro glissa cette main délicate sur son visage. Il attira Pom par les hanches sur lui, retirant sa ceinture, le dénudant. Subtilement, il passa d'une position à une autre. L'androgyne ne tarda pas à s'emplir de la virilité de l'épéiste, contraint par ce dernier à le regarder dans les yeux malgré les sensations terribles que ça lui provoquaient d'être ainsi observé par Zoro. Ses joues s'étaient empourprées. Zoro lui attrapa les deux mains pour l'embrasser.

─ Pourquoi es-tu toujours aussi sensible quand on le fait ? Tes clients doivent te penser vierge.

─ Je ne suis pas ainsi avec eux, idiot, souffla Pom,

─ Alors pourquoi l'es-tu ici ?

─ … T'es qu'un idiot …

La langue de Zoro glissa sur le haut du cou et le menton de Pom. Réclamant une réponse.

─ Tu comprends rien, murmura l'androgyne intensifiant ses mouvements,

─ Explique-moi.

─ Jamais !

─ Dis-moi, continua Zoro, ses doigts torturant le corps de l'androgyne,

─ …. C'est … c'est …, Pom se senti pris au piège.

Il ne voulait pas répondre à cette question. Son visage devenait de plus en plus coloré. Soudainement il se mit à rire et il répondit :

─ C'est parce que la tienne est plus grosse que celles des autres.

Les yeux de Zoro s'agrandirent sous la surprise. Il le fixa, naïvement, avant de répondre :

─ Vraiment ?

─ ─ Ile Framboise ─ ─

─ Aujourd'hui ─

Sanji allait être livré, Robin était en mauvaise posture, Usopp était enfermé, Nami dissimulée et Zoro avait du faire un choix. A l'instant même où il le fit, il su qu'il y aurait des conséquences.

Il ne savait pas si la personne vers qui il allait était en danger, il ne savait pas si les autres l'étaient aussi, mais il le savait : tous les choix ont des conséquences.

Robin, Usopp, Nami et Sanji fermèrent les yeux et les ouvrirent brutalement en même temps. Malgré l'éloignement, ils eurent la même pensée au même moment : Luffy ! Luffy, ….

S'il était là. S'il était là, tout serait différent.

─ ─ ─ X ─ ─ ─

Enfermée depuis une demi-heure dans un placard un peu isolé et sans doute oublié, Nami attendait que les corsaires s'épuisent à la chercher et n'abandonnent. Elle n'avait été signalé que par une personne et cette dernière semblait alcoolisée. Avec un peu de chances, les autres harassés de la chercher étaient retournés à la fête.

Elle quitta prudemment sa cachette. Elle remarqua un officier dormant sur le lit. L'envie lui vint de le tuer là. Elle ramassa les vêtements de l'homme, les rangeant dans sa sacoche et quitta les lieux. Il lui fallait encore quatre costumes. La galère ! Alors qu'elle rentra dans une nouvelle pièce, un dortoir pour les soldats, elle tomba nez à nez avec trois soldats se mettant à se battre.

Quand la porte de la pièce s'ouvrit, elle tenta de frapper le nouvel arrivant. Zoro arrêta facilement le coup. Il ferma solidement la porte. Il lui attrapa le poignet pour la tirer vers elle. Nami soupira d'aise contre Zoro. Il lui avait tellement manqué. Il lui intima le silence, un doigt sur ses lèvres, avant de lui montrer des vêtements à proximité. Elle se changea rapidement. Il lui tourna le dos pour surveiller la porte et qu'elle soit à l'aise, bien qu'il fut désormais habitué aux corps nus.

Puis, ils sortirent à pas feutrés tous les deux. Zoro et elle s'engouffrèrent dans une salle de commandement, récupérant des badges puis dans un autre dortoir pour compléter les vêtements qui leurs manquaient. Finalement, ils sortirent discrètement. Un marinier vint à eux, leurs indiquer qu'une voleuse était à bord et avait été repéré par des hommes.

Ils promirent d'ouvrir l'œil et s'échappèrent en même temps. Nami respirait enfin, son cœur battait à tout rompre. Elle avait eu tort de penser qu'elle pouvait y arriver seule mais elle ne pensait pas que Sanji avait eu tort d'y croire. Il avait essayé un plan, ça n'avait pas marché, ils feraient mieux la prochaine fois. Le blond était son meilleur ami. Depuis toutes ses années, ils avaient surmonté tant d'épreuves.

Nami était soulagée que Zoro soit venue l'idée tout en se disant qu'elle aurait pu s'en sortir seule et que Zoro n'avait pas écouté Sanji. Qu'il n'aurait pas dû désobéir au plan. Il ne respectait jamais les plans. Cela avait toujours agacé Sanji, Nami et Trafalgar. Lui et Luffy n'en faisaient toujours qu'à leurs têtes.

Et Luffy n'était plus là.

Dans son habit d'officier, Zoro était particulièrement séduisant. Nami le remarqua facilement. Nombreuses personnes se retournaient pour les regarder. Il émanait de lui une sexualité et une force d'attraction presque étouffante. Elle le vit s'éloigner aussitôt, sans prendre le temps de respirer. Ils devaient retrouver Usopp, Sanji et Robin. Il refusait de faire un choix !

Il le refusait. Si on peut essayer de tous les sauver, on doit les sauver. Pourquoi fallait-il que cette phrase lui trotte à la tête ?

─ ─ ─ X ─ ─ ─

Revenus à proximité du village, ils cachèrent les tenues d'officiers et s'habillèrent à nouveau comme des locaux afin de se fondre dans la population. Ce fut Zoro du fait de sa maîtrise du dialecte local qui échangea avec les habitants pendant que Nami regardait les enfants du village se tenir la main et former une ronde en chantant joyeusement.

Zoro n'obtint aucune nouvelle sur Sanji. Toutefois, il apprit qu'une femme brune avait été conduite de force dans la maison et qu'un pauvre fou sans doute alcoolisé avait été enfermé par des corsaire au poste du garde.

Tirant Nami de sa contemplation de la fête, Zoro l'information des situations de leurs amis.

─ On devrait se séparer, indiqua Nami, tu vas chercher Usopp et moi Robin.

─ Tu n'apprends donc pas ? On va rester ensemble. Ce n'est pas prudent sur ce terrain d'évoluer tout seul. On doit être prudent ici car on ne peut se battre sans risquer la mort des villageois.

Puisque Sanji ne donnait aucune signe de vie. Il fallait faire un choix. Partir dans la forêt assez vainement pour le retrouver. Ils ne savaient où le chercher. Aller retrouver Robin dans la maison ou Usopp au poste du garde. Zoro prêta attention aux conversations essayant de voir qui était le plus en danger. Ce n'est jamais simple de savoir qui est dans la situation la plus problématique. Il s'était peut-être trompé pour Nami. Peut-être qu'elle aurait pu s'en sortir seule et qu'il n'avait fait que compliquer leurs situations. Il s'était inquiété du fait de la présence de nombreux pirates sur les navires.

Finalement, Zoro et Nami se mirent d'accord qu'Usopp était le plus en danger en étant enfermé au poste de garde. Les jugements pouvaient être rendu hâtivement et la peine de mort était souvent rendu sans autre motif qu'un vol de fruits.