Bijour bijour

Je pose ça là.

La review des review :

- Mijoqui : Mon first Reader, héhé. Merci de ce review livre très constructif, les chevaux sont important ! Tu connais mon attachement pour les animaux :3 J'ai bien aimé mon paragraphe sur la neige, ça m'a fait gagner des mots xD J'avais envie de changer un peu pour Sothis, et puis ça m'a fait rire, je me suis dit « allez, pourquoi pas ! » et après tout, pourquoi pas ? On reparlera pas de la couleur de cheveux de Jeralt :') Et pour son titre, dans AI, il n'est pas encore redevenu Capitaine ! Bien vu pour la tour, mais c'était évident xD

- Eatoce : Des pavés ! Des pavés ! J'aime les pavés de review ! Ohw, merci ! J'ai eu un peu de mal justement avec le début, enfin avec le passage où elle la suit, je ne savais pas trop comment décrire tout ça. Parcontre j'ai adoré écrire le passage où elle à « peur » que El disparaisse, ça m'a auto fait de la peine aussi. Je suis cruelle, pauvre Byleth. Sothis est pas méchante ici, juste j'essaie de faire des passages qui collent avec le caractère que j'ai donné à Byleth, contrairement au jeux où elle est assez passive. J'ai pas de respect pour Alois ! xD La confrontation Jeralt Byleth risque de durer, ils n'ont rien résolu. Et puis les deux sont tellement gourmands de paroles, hein, que je sens que ca va être difficile :') Merci pour la métaphore sur le dragon, petit clin d'oeil au jeux, héhé )

Tasouille la Tartinnette : *la rebaptise encore* J'essaie d'imaginer une baleine qui rigole, mais c'est pas évident ! Et oui, Byleth se casse ! Ca lui ressemble bien, tu me diras, c'est toujours plus facile de fuir que d'affronter les choses, ce qui me rappel une certaine discussion ! Le fameux titre à analyser, ahahah xD Je sais pas si l'orgasme est une émotion, c'est plus une réaction mécanique et nerveuse du corps. Sothis ressentirait peut-être juste l'état de « bien-être » à la fin, ç la rigueur *range ses bouquins de sciences* Et oui, confrontation c'est pour papounet, héhé ! *note l'idée d'une partie de jambes en l'air pour se détendre* En vrai, j'y ai pensé, et qui sait... héhéhé. J'adore la réaction live suivi du coucou El xDDD ELLE L A DIIIIIT ! HOURRA ! CHAMPAGNE ! Ah non, c'est pas l'heure... MAIS SI !

Arobyn : Coucouuuuuuu ! *smile* Oooohw, faut pas lui dire ça à Byleth, elle assumera pas ! Le contact avec les animaux est apaisant, là me fallait surtout une excuse pour que El file fissa à l'écurie ! xD Ou ailleurs, mais je voulais voir des chevaux ! J'avoue que le passage où El fait un pas en arrière m'a fait un pincement au coeur en l'écrivant. Alors, elle se parle pas vraiment à elle même quand elle s'adresse à Sothis, mais c'est ce que Byleth préfère penser pour le moment, elle est un peu terre-a-terre xD

Lucina : Oh, est-ce qu'elles s'entendront ? Je te laisse imaginer la réponse ! J'aime beaucoup Sothis, et elle a prit une grosse place dans la fic. Tu sais que c'est grace à toi ! Je n'avais pas du tout pensé à la faire interagir au début, surtout à cause des éléments que tu as cités dans ton premier review ! Dédicace spéciale pour toi, et maintenant, je ne peux plus me passer de Sothis ahah !

Sur ce, merci à tous, et bonne lecture !


Chapitre XXXV - Parfum Amère

Le troisième mois du calendrier impérial portait très bien son nom : qu'il était agréable de n'avoir que calme et solitude pour seule compagnie. Si cela ne tenait qu'à moi, le reste de l'année serait sous la même lune. Cela faisait plus de deux mois que j'étais arrivée à Garreg Mach, mais pas une seule fois, je n'avais pensé à m'aventurer en dehors de ces immenses murs de ma propre initiative. J'avais eu tant à faire entre mes cours et les missions, que j'avais l'impression de n'avoir cessé de courir partout dans une agitation permanente.

L'isolement était la plus belle des récompenses après une semaine comme celle à laquelle je venais de survivre. L'idée d'en commencer une nouvelle n'était pour le moment pas ce qui m'apportait le plus de réjouissance. Mais peu importait, après avoir passé la totalité de la nuit à chercher désespérément le sommeil sans le trouver, je n'avais pas envie de penser à demain.

Lorsque le soleil eu atteint son zénith, j'eus la joie de découvrir que la forêt environnant le monastère n'était que peu fréquentée en me rendant en son sein. Peut-être que la fraicheur de ce lieu dans lequel les rayons dorés avaient du mal à percer en dissuadait certains, car au milieux des conifères et des quelques feuillus dépossédés de leurs manteaux, la température était proche de zéro. La vapeur qui sortait de ma bouche à la rencontre entre l'air et mon souffle n'était pas sans me rappeler que l'hiver était la saison du changement. Que serait l'élégance du printemps s'il n'était pas sublimé par les éclats de la neige languissant pour lui ?

La clairière que j'avais dénichés plus en aval du monastère était témoin depuis quelques heures maintenant de mon manque cruel de concentration alors que mon esprit ne cessait de s'égarer. Incapable de vider ma tête de toute chose, mon corps - outils de ma raison - ne faisait que parfaitement transparaitre l'agitation de ma propre conscience. Sous le déclin de l'astre qui distribuait nonchalamment sa chaleur sur ma peau, je me sentais pitoyable. Si pour beaucoup, les émotions humaines étaient source de force, à moi, ne faisaient que creuser un peu plus la tombe.

/

Les grandes portes de la salle d'audience s'ouvrirent devant moi sur l'accueil de Seteth qui m'offrit pour la première fois une expression de bienvenue en ces lieux saints. Pendant un instant, j'avais presque oublié que le conseiller me tenait désormais en estime pour avoir protégé sa sœur au péril de ma vie. Peut-être que les recherches qu'il avait menées grâce auxquelles il me relia à la l'Archevêque et à la fascination qu'elle manifestait pour moi jouèrent également en ma faveur. Paradoxalement, les seules personnes à qui je pouvais m'adresser aujourd'hui étaient celles dont je divergeais le plus.

« - Dame Rhea va vous recevoir. »

J'avais beau m'être juré de rester à l'écart, tout ne faisait finalement que me ramener à elle. Et une fois de plus, j'allais ainsi lui donner raison. Mais vers qui pouvais-je me tourner, dans ce monde où seuls les mensonges et le silence étaient de mise ?

Rhea m'accueillit avec ce sourire sincère et naturel qui défiait l'élégance même des plus grandes reines avant de me conduire à ses appartements. Il faisait presque aussi froid sur le balcon extérieur que dans la forêt dépossédée de lumière, ce qui ne semblait pas déranger mon aïeule. Je l'imaginai aisément passer des heures ici, peu importait combien les crocs de Fódlan puissent-être vifs. Pourquoi ? Car c'est ce que j'aurais fait.

« - Je me réjouis que vous ayez eu envie de me rendre visite, j'avais peur que vous cherchiez à m'éviter, m'avoua sans hésitation la dirigeante de l'Ordre. Je suis soulagée de vous voir ici.

- Vous aviez dit que la Déesse disparaitrait si j'écoutais ce qu'elle avait à dire, changeai-je vite de sujet. »

Qu'elle ne se méprenne pas, je n'étais pas ici pour seulement passer un agréable moment avec ma grand-mère, aussi ridicules mes propres mots me paraissaient maintenant. Non, je voulais juste pouvoir fermer les yeux sans voir l'intimité de ma conscience envahie par ce petit parasite fort déplaisant.

« - Je ne vois pas comment les absurdités qui sortent sans cesse de sa bouche pourraient me guider, peu importe la raison. »

L'Archevêque éclipsa un rire derrière ses doigt fins. Tout ceci n'avait pourtant rien d'amusant. Rhea paraissait pour beaucoup une personne froide et austère, mais je ne pouvais m'empêcher de trouver son regard de jade sur sa peau ivoirine chaleureux. Je me désespérais, à me raccrocher inconsciemment au réconfort que l'affection de cette femme me procurait bien malgré-moi.

« - Oh, ma chère enfant, délicata la femme dont les mains semi-recouvertes de ses manches immaculées se joignirent sous sa poitrine. Mes paroles sont à prendre au sens métaphorique. »

Oh, devais-je comprendre par là que j'étais une personne trop terre-à-terre ? J'avais pourtant ouvert mon esprit, ne serait-ce qu'en accordant un minimum de considération à la lilliputienne qui n'était que fruit de mon imagination. Je soupirai, je n'étais visiblement pas encore sortie de l'auberge.

Mes yeux levèrent sur la toile crépusculaire, il était déjà si tard. Je saluai d'un mouvement de la tête la cheffe de l'église avec qui les discussions ne s'éternisaient jamais, m'apprêtant à partir.

« - Professeure, me retint-elle. Vous semblez avoir noué une relation particulière avec votre élève. »

Mon corps se figea quand un frisson parcouru ma colonne en me glaçant le sang. Que savait-elle exactement ? La prétendue Déesse avait-elle été lui souffler quelque chose au détour d'une nuit sur l'oreiller ? Etait-ce seulement possible ? Je me fis violence pour rester impassible, avant de me tourner vers l'inquisitrice. C'était incroyable, comment pouvait-elle affirmer ce genre de chose sans même ciller ?

Mon silence éloquent affirma ses allégations qu'il aurait été bien inutile de nier devant cette femme dont l'omniscience était aussi impressionnante qu'elle en était effrayante. Rien ne lui échappait jamais.

« - Peut-être saurait-elle considérer les conseils d'une enseignante qu'elle admire et pour qui elle a développé une certaine affection. »

Mon cœur tapa dans ma poitrine sur des pulsations qui me déstabilisèrent. Rester calme me demandait à l'instant plus d'efforts que jamais alors que je devinai déjà les yeux jade de cette femme lire en moi comme dans un livre ouvert.

« - Ne feignez pas la surprise, il me semble évident que vous soyez aux faits de l'hostilité de la souveraine de l'empire envers l'église. »

Qui ne l'était pas ? Edelgard n'était pas le genre de personne à se soumettre à quelqu'un, ou quelque chose. Et il était évident qu'elle ne laisserait pas non plus son peuple en abnégation pour la Déesse. Une femme avec de si grands idéaux ne pouvaient se plier à une quelconque instance, même divine, peu importait le prix. Quoiqu'il en fut, j'imaginais aisément d'où me venait ma franchise parfois trop tranchante.

« - Les Hresvelg ont toujours été les plus grands alliés de l'église, contait la dirigeante de celle-ci. Quelle ne fut pas ma déception quand l'héritière de cette honorable dynastie est venu me faire part de ses projets d'indépendance. »

Vierge de l'influence d'une quelconque doctrine, je n'avais mis que peu de temps à comprendre l'importance du culte de Seiros pour le peuple du continent. Malgré ça, je m'efforçais de penser que chacun devait être libre d'agir ou de croire. Pour cette seule raison, je ne pouvais que trouver les projets d'Edelgard plus que louables. Ceux-ci méritaient d'être considérés.

« - Cette petite ne respire que parce que je l'autorise. »

Pardon ? Avais-je bien entendu ? Mes mâchoires se serrèrent douloureusement tandis que mes doigts se crispèrent à la recherche de la poignée de mon épée. Ah, je devais garder mon calme, et ne surtout pas laisser la rage que je ressentais maintenant dans ma poitrine me contrôler. Une rage si douloureuse, qu'elle en était insupportable. Comment l'Archevêque pouvait tenir de tels propos ? Les doigts de mon aïeule effleurèrent ma joue avant que sa paume découverte partiellement ne viennent me réchauffer la peau, comme un rappel à l'ordre que me soufflait une part de moi encore éteinte.

« - Que penseraient l'Alliance et le Royaume si j'accordais l'indépendance de la plus grande puissance de Fódlan ? Je me dois d'être impartiale envers tous les opposants de l'église. »

Impartiale ? Je n'arrivais pas à le croire. Je comprenais maintenant ce que j'avais ressenti en prenant la vie des membres de l'église occidentale sur les côtes de Rhodos. Ce sentiment de mal-être au moment où la lumière de ma première victime avait quitté ses yeux. J'avais vu tant de fois la mort de près, je l'avais si souvent incarné, alors, pourquoi lui accordais-je tant d'importance, aujourd'hui ? Uniquement car il s'agissait de mon aigle ? Non, c'était bien plus que ça. Je ne pouvais cautionner ce qui ne me semblait être juste, même dans ce monde dénué de probité.

« - Je ne peux le permettre. »

Des mots qui firent échos aux menaces que j'avais entendues quelques minutes auparavant. Mon père avait tort, ce n'était pas de l'effroi qui émanait de cette femme. Non, loin de ressembler à de la peur, ce que je ressentais maintenant était tout simplement de la colère. Dans un calme inégalable et légendaire, Rhea me faisait comprendre ô combien elle était puissante, et qu'elle ne laisserait personne oser la défier comme Edelgard comptait le faire.

/

J'avais affronté chaque journée que composait cette semaine comme une nouvelle bataille, trouvant à peine le sommeil à chaque nuit que le jour m'offrait. L'avantage de ne pas réellement m'endormir était que je n'avais pas à confronter la gamine que tout le monde vénérait sans retenue. Celle-ci ne m'était apparue qu'une ou deux fois, de façon bien trop brève pour que je puisse écouter ce qu'elle avait à dire si j'en avais eu ne serait-ce que l'envie. Les mots de l'Archevêque s'entrechoquaient dans ma tête comme des épées dans un duel. A cela s'ajoutait la distance qu'Edelgard et moi avions prit l'une envers l'autre, et qui était moins supportable que ce que j'avais imaginé. Bien au contraire, la voir seulement en tant qu'élève me semblait aujourd'hui presque aberrant alors que cette décision raisonnable s'était imposé à nous. C'était à peine si je me souvenais de la fragrance de son parfum. Tout semblait désormais respirer l'amertume.

L'inutilité était vraiment la pire des sensations, pour moi. Plus encore, le fait de ne pas savoir quoi faire m'empêchait paradoxalement d'agir. J'avais toujours su où me diriger, ma vie ressemblait à une ligne droite sur laquelle j'avançais. Aujourd'hui, cette ligne se séparait et m'imposait de prendre une direction, sans aucun retour en arrière possible. Mais si je refusais de choisir, qu'adviendrait-il de moi ? Je devais cesser de me poser tant de questions, les mercenaires n'étaient définitivement pas réputés pour réfléchir ainsi à ce genre de banalité.

Mes doigts trouvèrent mon front que je frottai négligemment avant de passer dans mes cheveux que je désordonnai sans trop m'en rendre compte. Une chance que mon apparence ne soit pas une de mes priorités, et ce n'était pas peu dire. Je coupais ma crinière à la lame de mon épée. La moitié du mois s'était déjà écoulée et je devais déjà commencer à préparer les examens théoriques de certification de classe avec mes collègues, Hanneman et Manuela. Si je préférais m'occuper de la partie pratique de ces tests, je ne pouvais pas non plus échapper à mes devoirs. C'était tellement navrant. Mes yeux ne quittaient pas le parchemin froissé posé sur mon bureau sur lequel étaient notés une liste de question dont je trouvais la quasi totalité presque absurde. Les élèves avaient eu quartier-libre quelques heures plus tôt qu'habituellement, permettant ainsi aux professeurs responsables de maison de prendre du temps pour examiner les suggestions de leurs confrères. En quoi savoir le poids moyen d'une hache était-il vital dans un combat ? Je soupirai. J'avais moi-même proposé de débattre sur l'utilité d'avoir une cape : l'idée n'avait pas été retenue. Il n'était pas aisé de composer une liste de question commune, puis une pour chaque spécialité.

Le bruit des portes de la salle de classe qui s'ouvrirent pour rapidement se refermer suivi de bruits de pas capta mon attention alors que mon regard se détachait enfin de toute cette paperasse qui allait finir par me rendre aveugle. J'écarquillai les yeux sur la déléguée des aigles qui semblait tout autant surprise de me trouver ici que je l'étais de la voir arriver. J'observai silencieusement la jeune femme se déplacer vers son bureau, faisant fi de ma présence, avant de se mettre à chercher quelque chose. Si nous avions espérer pouvoir avoir une relation normale en tant qu'élève et professeur, nous trompions lourdement, car la tension était palpable.

« - Je... Je ne voulais pas vous déranger, professeure.

- C'est bon, soufflai-je en poussant sur ma chaise et me levant. J'allais partir, de toute façon. »

J'en avais assez pour aujourd'hui, j'allais devenir folle si je continuais à me demander si le fait de connaitre l'origine de toutes les pierres à aiguiser d'une arme me sauverait lors d'une bataille. Du moment qu'une lame était tranchante, le reste me semblait insignifiant. Et puis, le questionnement sur l'importance ou non du célibat lors d'une guerre m'avait achevé. Je pris la feuille que je ne pouvais laisser à la vue de tous sur mon bureau que je coinçai dans ma ceinture, un peu plus ou un peu moins froissée... Cela ne changerait en rien l'absurdité des questions.

M'efforcer de traverser la pièce sans accorder un regard à mon aigle était presque une épreuve, tant la teinte de ses cheveux semblait volontairement attirer mon attention. J'accélérai le pas sous le seul bruit de mes talons, les yeux rivés sur les grandes portes de bois. Ma main se posa sur la poignée, mais mon corps se figea. J'imaginais aisément le regard de la future impératrice que je pouvais sentir sur mon dos, comme s'il brûlait ma peau. Les battements de mon cœur beaucoup trop lourd vinrent remplacer chacune de mes pensées. Je pris une grande inspiration avant de vider mes poumons. Ceci ne pouvait plus durer.

« - La fille de l'Archevêque, articulai-je. C'était ma mère. »

La porte claqua derrière moi. Le vent fouetta ma peau pour me rappeler ce que signifiait vivre. Mes yeux observèrent les nuages insouciants glisser sur le ciel rosé. Si j'étais certaine de quelque chose, c'est que personne ne déciderait jamais à place de ce que je devais faire, peu importait les conséquences. Et si celles-ci devaient conduire à la haine, alors soit.

Je marchai une heure, peux être deux, de façon hasardeuse dans le monastère. J'avais traversé le vestibule au moins trois fois, m'était arrêté dans les jardins pour réfléchir, ou plutôt pour cesser de le faire, et j'avais même croisé Lysithea qui se faufilait en dehors du réfectoire les bras chargés de gâteaux en tout genre. Je me demandais où la jeune biche pouvait dénicher pareilles trouvailles, mais peu importait.

J'observai la surface l'étang de Garreg Mach refléter la lune dont les poissons venaient régulièrement briser le reflet, sur le ponton de bois qui le fendait. Le jour avait déjà laissé place à la nuit, en cette journée hivernale, même si je n'avais en fait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être. Je trouvais cela agréable, de voir la lumière disparaitre rapidement pour laisser place à l'obscurité, mais c'était sans compter sur l'arrivée du printemps. Depuis plus de deux mois, chaque jour, le soleil grignotait un peu plus la prestance de la lune. Ma saison préférée touchait presque à sa fin. Je pris la direction des dortoirs, je n'avais plus rien à faire d'autre qu'attendre, moi aussi, la fin de cette journée.

La porte de ma chambre fermée, je détachai ma cape que je posai sur la table sous ma fenêtre avant de m'étirer agréablement. Les protections de mes avant-bras et de mes coudes la rejoignirent bientôt sur des bruits métalliques. Je fis de même avec le morceau d'amure qui couvrait mon genou gauche et enfin mon plastron. Je détachai le fourreau de mon épée que je posais debout contre le bureau, avant que mes doigts ne viennent tapoter le long de ma ceinture. Quelque chose n'allait pas. Ma main vint mécaniquement couvrir mon visage alors que je soufflai, contrariée. La liste de questions pour les examens de changements d'aptitude n'était plus là. J'avais tant marché dans le monastère après avoir quitté la salle de classe de la maison des aigles qu'il m'était impossible de savoir où et quand je l'avais égarée. Je m'agitai dans tous les sens et m'énervai. Pendant un instant, je méprisai le rôle de professeur qui m'avait été octroyé et qui n'avait fait que mettre de la pagaille dans ma vie. Je pestai, j'allais être obligé de refaire le chemin inverse de celui que j'avais emprunté les deux dernières heures. Je ne pouvais décemment pas laissé un élève trouver ce parchemin.

Je saisis ma cape sans m'encombrer des pièces d'armures dont je n'avais nul besoin avant de me diriger vers la porte de ma chambre que je m'apprêtais à ouvrir lorsque trois coups retentirent. Je sentis mes muscles se tendre et mon rythme cardiaque accélérer. Mes doigts effleurèrent la poignée, puis ma main l'entoura. J'ouvrai.

J'aurais pu parier que ces trois coups étaient les siens à la façon dont ses doigts avaient frappés le bois. Et puis, ce n'était pas la première fois.

« - Y a-t-il autre chose que je devrais savoir ? »

Ah, mon aigle ne perdait pas de temps et allait droit au but. Mais sa seule présence ici était déjà réconfortante, en quelques sortes, même si sa voix se faisait dure et respirait le reproche. Combien de fois avait-elle espérer des réponses de ma part tout en respectant mon silence ? Et je venais de lui lâcher une bombe.

« - La Déesse m'apparait lorsque je suis inconsciente. »

Je la vis lever un sourcils avant de rentrer dans ma chambre sans demander la moindre permission. Je m'écartai sur son passage et refermai la porte. L'heure n'était plus aux secrets, et je n'avais nullement l'intention de lui mentir, ou de continuer à lui cacher des choses.

J'observai silencieusement la cape vermeille qui tombait sur son épaule gauche, recouverte des mèches blanches qui dansaient sur son dos. J'aurais pu tuer plus d'un millier de monstre pour connaitre l'objet des pensées qu'occupaient son esprit à cet instant. Et ce n'était pas m'accorder trop d'importance que d'affirmer que celui-ci avait du s'agiter après mes révélations. Encore plus maintenant. Je trouvai ses yeux magnifiques lorsqu'elle se retourna enfin vers moi, et que son regard parme vint se fondre dans le mien. Ma cape quitta mes mains.

Ses doigts s'accrochèrent sur mon haut quand les miens redécouvrirent les traits de son visage dont je redessinai la mâchoire lorsqu'elle fit un pas vers moi. Une chaleur m'enveloppa lentement. Mon front vint bientôt toucher le sien alors que son nez frôlait le mien. Je pouvais sentir sa respiration sur mon visage, mon souffle se mêler désespérément au sien. Ce contact fit taire mes doutes et apaisa mes craintes, même si ce n'était que le temps d'un instant. Et s'il devait être éphémère, je n'allais pas réfléchir plus longtemps. J'approchai de ses lèvres comme si c'était la première fois, avant de la serrer dans mes bras.

Inutile de le nier, son masque s'était ébrécher.