Salut salut !

Je poste avec un peu de retard mais j'ai été très occupée ! Je vais avoir de nouveau pas mal de temps pour écrire mais je resterai sur un rythme d'un chapitre par tranche de dix jours.

Vous êtes plusieurs à avoir posé la question sur le couple Dorothea x Ingrid qui apparait dans le dernier chapitre. Ce choix ne sort pas de mon imagination mais bien du jeux. Pour moi, il est semi-canon, et confirmé dans Heroes d'ailleurs pour ceux qui y jouent ! )

La review des review :

Eatoce : First reviewer ! Héhé ! J'aime beaucoup ta reflexion sur Byleth et la liberté ! Et tu as tout à fait raison d'ailleurs, mais Byleth n'en a pas vraiment conscience. Pour elle, elle a vécu libre jusqu'au aujourd'hui. Elle découvre les émotions, émotions qui l'enchainent en quelques sortes, enfin c'est ce qu'elle pense/pensait jusqu'à maintenant. Elle ne s'est jamais soucié de personne à part elle même, et forcément, pour elle, c'est être libre. Elle n'avait jamais connue rien d'autre. Mais en effet, elle a suivit une route sans vraiment se demander s'il y avait autre chose. Au final, Byleth découvrira aussi la liberté, la vraie, à sa manière ! Je suis contente que tu apprécies le Dorothea x Ingrid, je suis aussi une très grande fan, mais je ne maitrise absolument pas la lionne !

Mijoqui : Ahah, c'est vrai que je t'avais fais lire le début car je n'étais absolument pas convaincue xD Le suis-je aujourd'hui ? Non ! xD El prend les devants ou du moins on l'imagine, héhé ! VIVE L EMPIRE ! *s emporte aussi* ahem. C'est chouette que ce chapitre t'ais plu ! :D

Lucina : Le Dorothea x Ingrid est assez populaire pourtant, tu as fais leur quête annexe ? Je suppose que non sinon ce couple t'aurait paru naturel ) Oui on avance dans le serieux, ou du moins on continu ! xD

Tassouille la Tartinouille du Cabinet : Tu m'as tué avec ton mode ninja xD Mais je suis ravie que tu ais pu lire pendant ton travail xD Le début de ce chapitre a été difficile à écrire je dois avouer, y'avait trop de rimes à mon gout, et a un moment on en sort plus ! Moi je connais autre chose qui se prête bien la nuit... *bave* Soit. Ingrid atteindra ton coeur ! Je ferai en sorte ! Je trouve pas faire spécialement bien Dorothea, en vrai, je la maitrise absolument pas xD Mais merci ! Oh le mot amouuuuur, le mot qui commence par un A ! Mais juste évoqué, comme tu le fais si bien remarquer !

Arobyn : Ces phrases sont difficiles à rechercher des fois, genre sur mon chapitre actuel je galère... mais bon xD Oui elles se parlent plus ! Car déjà leur relation évolue, et aussi car après avoir relu ma fiction j'ai trouvé qu'elles parlaient peu, et c'est quand même les deux protagonistes xD Non ce n'est pas un hasaaaaard, ce couple est canon et mythique pour moi ! J'ai longuement hésité entre un Doropetra et un Dorothea x Ingrid, mais j'aime trop Ingrid donc voila xD J'espère que le thé fut bon !

Sur ce, enjoy !


Chapitre XXXVII - Hors de Portée

Le ciel se teintait à peine de rose sur les premiers rayons du soleil qui traversaient de manière éparse les formes laiteuses encore endormies dans la voûte étoilée. La plaine de Fódlan s'éveillait, les montagnes d'Oghma resplendissaient en son centre, et les ombres nocturnes étaient chassées par la lumière dorée qui venait envahir chaque recoin du monastère de Garreg Mach. Un cycle qui se répétait sans fin, sciences ou volonté divine, sans se soucier de rien n'y de personne, ne craignant ni la mort ni la vie.

Je pouvais presque compter les minutes pendant lesquelles mes yeux avaient pu trouver l'obscurité la plus totale sur les doigts de mes deux mains, tant il y en avait peu. Je n'avais même pas pris la peine de retirer mes vêtements avant de m'allonger sur mon lit, bien trop consciente que ce moment ne durerait pas, alors que j'aurais déjà du être dehors. Les quelques heures que je venais de m'octroyer allaient peut-être mettre mon titre à mal dans cette académie, même si je savais mon poste bien à l'abris de toute mesure trop excessive au vu de mes liens avec la directrice. Que risquais-je, après tout ? Certainement pas la perte de l'estime inexistante que certains de mes collègues me portaient. Mais passer pour un professeur négligeant ou pire encore, incompétent, était loin de me réjouir. Si mon rôle ici ne m'avait pas toujours semblé évident, et qu'il m'arrivait encore de regretter de l'avoir accepté, je prenais mes tâches de plus en plus à cœur, aussi agaçantes pouvaient-elles êtres. Je ne me souciais que peu de l'image que je renvoyais aux yeux des chevaliers de l'Ordre, mais ce n'était pas le cas pour mes élèves. S'ils ne voulaient me décevoir, la réciprocité était encore plus vraie.

Je fermai la porte de ma chambre derrière mon passage, me demandant si mon esprit allait lâcher avant mon corps, ou bien si ce dernier, particulièrement malmené ces dernières semaines, arrivait à ses limites. Dans un cas comme dans un autre, on ne pouvait pas dire que je débordais d'énergie, mais je ne pouvais me permettre que quelqu'un le remarque.

« - Vous êtes bien matinale, professeure. »

Mon esprit plierait en premier, j'en étais maintenant profondément convaincue. Et je ne pouvais même pas lui mettre cette défaite sur le dos, non, cette faiblesse n'appartenait qu'à moi même.

« - Je pourrais en dire autant de vous, Edelgard. »

Je n'étais pas la seule à vouloir défier mes propres limites. Mais ce n'était pas surprenant, car après tout, les aigles déployaient leurs ailes aux aurores pour venir dominer le ciel, et fondre sur leurs proies.

« - En effet, mais je ne voyais pas l'intérêt de me recoucher alors que la nuit avait déjà prit fin. Mais vous, professeure, tenez à peine sur vos jambes. »

Mon regard trouva la couleur sombre de mes bottes mécaniquement, reflexe dont j'aurais préféré me passer. Celui-ci ne venait qu'accorder du poids aux paroles de la future impératrice à qui je ne voulais pourtant donner raison. Celle-ci m'avait plus d'une fois poussée dans mes plus profonds retranchements, et c'était précisément pour cette raison que je ne pouvais me permettre d'être faible devant elle. Si mon masque s'était brisée avant le sien, il ne faisait aucun doute qu'aucune de nous deux ne s'était totalement révélée à l'autre.

« - Croyez-le ou non, mais j'ai vécu bien pire qu'une simple nuit sans dormir.

- S'il ne s'agissait que d'une seule. »

Elle avait beau être l'oiseau, elle venait de me clouer le bec en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. La journée commençait merveilleusement bien, soufflai-je intérieurement.

« - Où allez-vous ? demanda curieusement la souveraine de l'empire.

- Nulle part, et partout à la fois, soupirai-je avec franchise. J'ai égaré quelque chose qu'il me faut impérativement retrouver.

- Peut-être pourrais-je vous aider si vous me disiez de quoi il s'agit.

- La liste des questions de votre examen de certificat d'aptitude. »

Le sourire précédemment installé sur les lèvres de l'Adrestienne s'évapora lorsque j'eus terminé de prononcer ma phrase, remplacé par un air de consternation qu'il m'avait déjà été permis de voir et auquel j'étais maintenant habituée. J'allais avoir droit à un sermon de la plus sérieuse des élèves de cette académie.

« - Et bien, si je n'étais pas aux faits de vos capacités, professeure, je pourrais fortement douter du rôle qui vous a été confiée ici, me réprimanda l'Aigle de Jais.

- Cela ne serait certainement pas arrivé si je n'avais pas été distraite par votre venue, affirmai-je à son attention.

- Auriez-vous préféré le contraire ? m'interrogea-t-elle. Ne m'utilisez pas pour justifier votre négligence, me reprocha-t-elle ensuite. Ou peut-être que ma présence vous perturbe plus que vous ne voulez le montrer. »

Je ne pris le temps de m'étonner de son assurance que mes yeux rencontraient déjà ses prunelles parme alors que la distance entre nous s'était dangereusement réduite. Mes doigts s'égaraient déjà sur ses longueurs blanches qui retombaient de part et d'autre sur sa poitrine.

« - Vous avez raison, Edelgard, chuchotai-je à quelques centimètres à peine de son visage. Je suis fatiguée, et c'est pour cette raison que je n'aurais pas la force de jouer un rôle avec vous aujourd'hui. La seule chose que je regrette est de ne pas savoir où j'ai pu perdre cette interminable liste de questions absurdes, alors j'accepte volontiers votre aide, à moins que ça ne soit vous, qui ne soyez maintenant trop perturbée pour assumer votre proposition. »

La couleur pourpre qui teinta la peau d'ivoire de ma souveraine fut la plus belle de toutes les réponses qu'elle aurait pu me donner. Le silence qui s'installa alors que mes lèvres s'étiraient était à la hauteur de la satisfaction que je ressentais étrangement d'avoir ainsi prit l'Aigle à son propre jeu.

/

Je pris un instant pour me remémorer le chemin que j'avais parcouru la veille une fois les rayons du soleil dorant ma peau, suivie de près par un aigle devenu bien silencieux. Ses ailes sombres auraient presque pu se confondre dans mon ombre tant je la sentais toute petite derrière moi. La grande impératrice de l'empire n'était plus qu'un petit poussin, et cette seule idée me fit sourire. Quelle étrange relation... Mais fidèle à elle même, celle-ci arbora très fièrement un regard des plus sérieux lorsqu'elle me dépassa et que sa cape vermeille ondula sur ses cheveux dansant sous le revers de sa main. Quel magnifique oiseaux... pensai-je alors.

« - Par où commençons-nous ? »

Ma main passa nonchalamment dans ma chevelure bleue désordonnée avant que je ne l'invite à me suivre avec pour seule réponse mon silence. D'une part, car je n'avais absolument aucune idée de l'endroit où il nous faudrait commencer nos recherches, mais surtout car je ne pouvais définitivement pas lui dire que la seule chose à laquelle j'arrivais à penser était elle, et que ma concentration s'en était vue totalement balayée. Quel piètre professeur je faisais.

Une minute s'écoula, peut-être deux, alors que mes yeux s'éternisaient sur les reflets du soleil sur l'étang, qui lentement, prenait de la hauteur. C'était le dernier endroit où je m'étais rendue, et j'espérais fortement que ma quête prenne fin ici. Je fis quelques pas sur le ponton de bois et observai la surface scintillante de l'eau claire que venaient briser les poissons. Evidemment, voir flotter les questions de l'examen aurait été trop beau. Je soupirai, encore, avant de faire quelques pas en arrière. Il me fallait me dépêcher, enfin, nous dépêcher, avant de voir débouler les élèves par dizaines, pressés de saisir des cannes à pêches, comme souvent le dimanche.

« - Ce n'est pas dans mon regard que vous trouverez vos questions, professeure. »

Celles de l'examen, non, en effet, mais j'en trouvais beaucoup d'autres au travers des fenêtres de son âme.

« - Peut-être que cela irait plus vite si vous m'aidiez à chercher, plutôt que de seulement me suivre, Edelgard.

- Peut-être que nous n'aurions pas à chercher si vous n'aviez pas manqué à vos obligations, Byleth. »

Ah, je ne pouvais pas lui reprocher, ni lui avouer que son impertinence me plaisait autant qu'elle jouait avec mes nerfs et ma patience. Et l'entendre prononcer mon prénom en dehors de ma chambre mit tous mes sens en alerte, des frissons courraient déjà sur ma peau. Comment était-ce seulement possible de ressentir des émotions si différentes pour une seule et même raison ? Elle allait me rendre folle, si ce n'était pas déjà le cas. Depuis quand avait-elle autant d'impact sur mon esprit ?

Mes bras se croisèrent sur ma poitrine. Je levai un sourcils tandis que ma tête se pencha machinalement sur le côté et que mes yeux se plantèrent profondément dans ceux de mon élève qui n'était pas aussi imperturbable qu'elle voulait le faire croire.

« - Pourriez-vous cesser de me dévisagez ainsi ? Ou bien m'en donner la raison.

- Je me demandais seulement s'il vous était déjà arrivé d'avoir à chercher quelque chose, ou bien s'il y avait toujours quelqu'un pour le faire à votre place, répondis-je. »

Ce qui devait être une simple question sortie de ma bouche avec la délicatesse d'un Bolgamone. Je réalisai rapidement la tendresse de mes paroles lorsqu'Edelgard m'imita, croisant les bras, le corps sur la défensive.

« - Devrais-je ne serait-ce que vous répondre ? Avez-vous, vous même, déjà cherché autre chose que seulement vous battre, ou bien gagner ? »

Ses mèches se soulevèrent lorsqu'elle tourna la tête pour s'éloigner sur un regard sévère. Je venais cruellement de manquer de finesse. Les discussions habiles n'avaient jamais été mon point fort, bien au contraire. Mes doigts saisirent la manche de son uniforme lorsque mes pas la rattrapèrent vivement. Je rencontrai ses prunelles parme et le dédain qui en suintait, regrettai mes propos, et détestai déjà cette douloureuse pression dans ma poitrine.

« - Quelqu'un pourrait nous voir, maugréa la blanche en se libérant de ma présence. »

Seigneur. Je n'étais absolument pas friande de théorie, mais j'aurais dépensé chacun de mes écus difficilement gagnés pour l'acquisition d'un manuel sur les relations humaines, particulièrement de ce genre . Si mener une discussion n'était déjà pas naturel pour moi en temps normal, échanger avec la future impératrice s'en retrouvait encore moins chose aisée. Je maniais bien mieux mon épée que ma langue.

Seul le silence s'échappa de mes lèvres entre-ouvertes alors que je réalisai que derrière chaque mot que je lui adressai, se cachait inconsciemment ou non, le désir de la provoquer. Et s'il me fallait être honnête avec moi-même, je n'avais maintenant plus d'autre choix que celui de reconnaitre que je désirais la voir comme personne ne la voyait : tout simplement elle-même. Ce privilège qui m'était réservé, et que je ne voulais partager avec personne. Après m'être révélée jalouse, me découvrais maintenant possessive. Accompagnée de mes manières abruptes de mercenaire, j'agissais vraiment comme une idiote. Combien de fois allais-je devoir m'excuser auprès d'elle, avant d'enfin considérer sa sensibilité ? Je fermai les yeux un instant et pris une grande inspiration. Avec toute cette fatigue accumulée, je sentais mes nerfs à vif, et ma patience à rude épreuve. Pas envers la future dirigeante de l'empire, mais envers moi-même.

Je m'apprêtai à tenter de piètres excuses lorsque mon attention fut vite attirée à mes pieds, où je remarquai une boule de poils bien amicale qui commençait à se frotter contre mes bottes. Je l'observai quelques secondes, avant de voir l'Aigle de Jais s'accroupir pour poser ses doigts gantés sur le pelage de feu de l'animal qui lui répondait déjà par des ronrons de satisfaction. Cette dernière me gagna également lorsqu'un sourire se dessina sur les lèvres de ma protégée. La vision de cet échange entre le félin et l'oiseau était des plus attendrissante. La sensibilité de l'Aigle n'était pas la seule que je devais désormais considérer...

Le matou tourna quelques minutes entre mes jambes, sa tête venant régulièrement se lover dans le creux de la paume de l'Adrestienne, ses petites canines en évidences. Le fauve avait l'air de particulièrement apprécier les gratouilles derrière les oreilles où mon élève prenait elle aussi plaisir à insister. Lorsque celle-ci se releva enfin, mes yeux suivirent machinalement l'animal se déplacer la queue en l'air, longeant les murs. Instinctivement, nous empruntâmes le même chemin, guidé par la petite bête.

Je n'avais jusqu'ici jamais vraiment fait attention aux différents animaux peuplant ce monastère. Si je savais la présence de chevaux, de pégases, et même de vouivres, constatai également que nombre de chiens et chats cohabitaient. Peut-être qu'eux aussi, étaient venus trouver refuge ici, et un peu d'attention et de tendresse. J'avais déjà entendue parler de ronronthérapie, mais n'avais jamais pris le temps de tenter l'expérience. Paraissait-il que les vibrations des félins pouvaient détendre le corps lorsqu'elles venaient s'y propager. Je trouvais cette théorie aussi étrange que remarquable. Mais si une chose était certaine, était bien que les sourires que les animaux faisaient naitre, eux, étaient bien réels.

Je remarquai un chat, posté tout en haut d'un empilement de caisse de bois. Un autre, un peu plus loin, se dorant le poil au soleil sur un tonneau. Plus nous avançâmes, plus je pouvais compter les félidés de plus en plus nombreux, de toute couleur et de tout âge. Leurs petits yeux aux pupilles étroites sous le soleil surveillant notre passage. Peut-être étaient-ils tous rassemblés là, attirés par l'odeur de poisson. L'étang du monastère se trouvant être un parfait terrain de chasse.

Nous longeâmes les bord de l'étang vers la courtine des remparts du monastère jusqu'à nous retrouver face à un amoncellement hétéroclite de caisses, de planches, ou encore de tonneaux de bois, derrière lequel notre guide aux poils roux disparut très rapidement. Si je pensais notre filature s'arrêter là, c'était sans compter sur la souveraine bien décider à poursuivre ce chat, même si cela devait la mener à Almyra. Si j'aurais sans doute du soupirer sur cette perte de temps, ne pouvais pourtant m'empêcher de participer à cette annexe. Les questions de l'examen devraient attendre.

Mes doigts saisirent une planche de bois presque pourrie par l'humidité que je déplaçai sur le côté. Lorsqu'Edelgard tira sur une caisse, je sentis la structure branlante trembler. Et en moins de secondes qu'il n'en fallait pour le dire, tout l'empilement s'écroula sur des miaulements de panique. J'aurais même pu jurer entendre geindre, à moins que... J'écarquillai les yeux lorsque le nuage de poussières soulevée retomba, en découvrant deux silhouettes derrière le passage que la maladresse du duo de catastrophe formé par la souveraine et moi venait d'ouvrir.

« - Edelgard ? s'écria mon élève aux cheveux bleus les fesses au sol. Qu'est-ce que tu fais là ? »

L'Adrestienne frappa sur ses cuisses puis sur ses mains pour faire disparaitre la poudre sombre afin d'arborer meilleure allure, avant de croiser les bras plus sérieusement sur sa poitrine et de prendre un air sévère et consterné.

« - Je pourrais vous retourner la question, Caspar. »

J'observai un instant le plus casse-cou de mes protégés, avant de reporter mon attention sur le second jeune homme dont la teinte argentée des cheveux accompagnant deux prunelles pistache était reconnaissable entre mille.

« - Nous ne faisions rien de mal, Dame Edelgard, s'excusait déjà le garçon timide. Nous étions juste venu nourrir tous ces chats. »

Et comme pour donner du poids aux paroles de l'archer, plusieurs matou vinrent immédiatement tourner autour des deux individus, se frottant et ronronnant sans s'arrêter.

« - Prends pas cet air consterné Edelgard, c'est pas comme si on séchait les cours ou quelque chose comme ça. »

Je ne savais si je devais m'étonner de la familiarité du fils Bergliez envers sa future souveraine, ou bien de la scène qui se déroulait sous mes yeux. Surement des deux à la fois. Quant à Edelgard, je ne savais dire si elle restait silencieuse sous les explications du bleu, ou bien sur l'étrange complicité que semblait partager ce dernier avec le lionceau, dont j'aurais pu jurer les joues rosées, prit sur le fait.

/

Comme je l'avais prévu, l'étang de Garreg Mach devint théâtre d'un festival de pêche auto-organisé lorsque le monastère se réveilla. J'avais tout juste trouvé le temps de prospecter avant l'agitation, mais aucune trace de la liste de questions de l'examen au changement de certificat d'aptitude, à l'étang, ou même ailleurs. Et maintenant que le cloitre grouillait d'individus vaquant à leurs occupations, ma mission me paraissait impossible, et ma motivation envolée. Edelgard n'avait pas dit un mot depuis notre découverte, m'apportant son aide avec la loquacité d'une pierre tombale. Son silence était plus lourd qu'une armure en acier trempé, et son regard plus aigu que la pointe d'une épée parfaitement affutée. Je ne savais plus comment tenter un pas vers elle, oppressée par la foule, prise en étau par la présence humaine et l'animosité de ma souveraine. Ah, ma solitude me manquait. J'abdiquai, et laissai au hasard le luxe de décider du déroulement des prochains évènements.

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La matinée avait prit fin, alors que le bruit de l'humus humide écrasé sous mes bottes accompagnait le calme que la nature offrait. J'observai les différents paysages qui embellissaient Fódlan des hauteurs des montagnes cerclant le monastère. Cet endroit était vraiment magnifique, sans doute un des plus beaux qu'il m''avait été donné de voir. Perché au centre du continent, Garreg Mach semblait gouverner le monde entier. Petite chose dans cette vaste immensité, la sensation de liberté et de domination était réelle, même si factice. Mes pensées allèrent à mes élèves, à ceux de mes camarades, et inévitablement, se tournèrent vers mon petit Aigle de Jais dont les plumes blanches se mêlaient parfaitement aux noires. Très rapidement, je ne pensais déjà plus qu'à elle.

Je regagnai le chemin de terre qui découpait la forêt de part et d'autre, et qui me conduirait bien rapidement au village en contrebas dans lequel je ne m'étais encore jamais rendue. J'avais seulement pu l'observer lors de mon arrivée ici, après le sauvetage des délégués près du village de Remire. J'avais besoin de sortir, de respirer, ainsi que de m'aérer l'esprit. Me retrouver seule, ou peut-être pas, car mes yeux ne quittaient plus la couleur vive de la cape dansant sur les épaules de l'aiglon dont j'emboitais les pas. Lorsque je l'avais informé de mes intentions de me rendre au village, je ne m'étais attendue à sa proposition de m'y accompagner.

L'ambiance, bien qu'acceptable, était toujours pesante. J'aurais cent fois pu dire non et refuser sa présence, mais ma tête m'avait hurlé mille fois d'accepter. Ma tête ? Ou bien mon cœur. L'un comme l'autre, les deux avaient été renversés, et ce plus d'une fois. J'accélérai le pas, pour aller déposer silencieusement ma cape sur les épaules de la jeune femme, dont je recouvrai le duvet flamboyant de ce plumage plus sombre.

« - Qu'est-ce que vous faites ? s'interrogea la princesse impériale.

- Vous passerez plus inaperçue ainsi.

- Pensez-vous cela nécessaire ?

- A vous de me le dire, votre Altesse. »

Edelgard ne répondit plus rien, et se contenta seulement d'enfoncer un peu plus ses épaules sous le tissu qui la couvrait. C'était une petite victoire pour moi, car elle ne me contredisait pas, et ne m'avait pas non plus repoussée. Une victoire qui étira mes lèvres.

« - Vous me maternez, souffla la future impératrice sans me faire don de son regard gêné.

- Je m'inquiète seulement pour vous, affirmai-je alors.

- C'est inutile, j'ai cessé d'être une enfant depuis longtemps déjà. »

Même si cela me peinait, je ne pouvais que donner raison à l'héritière Adrestienne. Au moment même où elle avait vu le jour dans ce vaste monde, son destin avait été tracé. Et bien vite, son enfance, envolée.

Mes jambes refusèrent de faire un pas de plus alors que la pression dans ma poitrine se fit insupportable. Assez pour me donner envie de m'arracher le cœur. Un geste que j'aurais fait sans hésiter si cela avait pu changer quelque chose. Mais j'étais impuissante face au fardeau que ma souveraine portait seule. Je n'avais pas le pouvoir, et encore moins le droit, d'interférer avec ses choix et le chemin qu'elle avait consciemment décidé d'emprunter. Moi ? Je ne pouvais que l'accompagner, sur une partie de sa route, jusqu'à ce que ses ailes ne la guident dans le ciel que je ne pourrais jamais atteindre.

« - Professeure ? »

Mon corps se figea, ma raison s'envola, lorsqu'elle se retourna et que ses yeux scindèrent mon âme.

« - Vous vous trompez, Edelgard. Je ne vous ai jamais considéré comme une enfant, et si je m'inquiète autant pour vous, c'est bien pour cette raison. »

Elle était destinée à gouverner d'en haut, quand moi, ne pouvais l'admirer que d'en bas.

Jusqu'à ce que peu à peu, son ombre même me soit hors de portée.