CHAPITRE DIX-HUIT
Brochette de fruits
─── Passé, océans des délices ───
L'appel dans une langue des océans des délices avait réveillé Robin qui commençait à s'assoupir. Depuis des mois, l'équipage du chapeau de paille était traqué par les nouvelles forces. Il n'avait qu'un objectif : s'en prendre à eux après la défaite de chaque empereur et du gouvernement mondial. Ils n'auraient jamais pensé qu'ils puissent exister pires qu'eux.
Ils étaient traqués et ils s'en sortaient en se séparant en petites flottes. Shanks avait quitté le groupe pour répondre à un appel de détresse des mers arides. Les appels à l'aide venaient de partout. Même l'énergie positive de Luffy se trouvait perturbée par ce qui venait de se passer.
Robin savait parfaitement que Luffy était furieux qu'on puisse lui avoir retiré le goût de sa vengeance. La mort de Barbe Noire n'apportait aucune satisfaction car elle était le fruit d'hommes plus cruels encore. On doit se méfier des prières qu'on fait la nuit en secret pour qu'on vienne nous débarrasser des démons qui hantent nos cauchemars.
L'appel se fit à nouveau entendre dans la radio. Law ouvrit un œil puis le second, avant d'étirer les bras. Du sang se trouvait encore dessus. La dernière bataille remontait à quelques heures et il n'avait pas encore trouvé le courage de se laver.
─ Qu'est-ce qui est dit ?
─ J'essaye de comprendre. C'est un dialecte des océans des délices. Cela provient de la zone fruitée. Il semble codé.
─ Il te faudra combien de temps pour le déchiffrer exa…
─ C'est fait.
─ …
Le long doigt de la femme s'était posé sur ses lèvres demandant à Law de faire silence. Robin écouta les bruits de fritures de l'escargophone. Il y avait beaucoup d'interférences.
─ Ici … habitant … îles fraises … rebelles détectés … ils ont enclenché la purge … je répète … ils savent … ils arrivent … Pastèque … ils vont venir … tuer … ils vont tous les purger … toutes nos familles … entends … protéger … fier … brûler !
─ Ne t'arête pas.
─ Ici Hack, homme-poisson habitant la base nord des îles fraises. Nos rebelles ont été détectés. Ils ont enclenché la purge. Je répète, les hommes de Satori nous attaquent. Ils savent et ils arrivent vers la base de l'île pastèque. Fuyez, ils vont venir. Ils ont ordre de tuer l'ensemble de l'île. Ils nous capturent et nous tuent. Ils vont tous les purger, toutes nos familles, tout le monde. Hélias, si tu m'entends, tu dois le protéger. Je suis fier d'avoir été à vos côtés. Jamais la révolution ne cessera de brûler !
─ C'est le message en entier ? Qu'est-ce que ça dit ?
─ Ça tourne en boucle, Law, c'est le même message. Je ne sais pas de quand il date.
─ On doit se rendre aux îles fraises !
─ Ce n'est pas prudent, ça peut être un piège.
─ Redis le message.
Robin répéta à nouveau. Trafalgar comprit qu'il était trop tard pour Hack. Ce n'était pas un appel à l'aide de l'homme-poisson, c'était un message d'adieu. Il dit :
─ On doit se rendre directement sur l'île pastèque. Je vais chercher Nami et Luffy.
─ Je prépare les cartes. … Il va falloir parler à Sabo, Law.
─ Ikkaku !
Trafalgar quitta la porte. Il n'avait aucune nouvelle de Shanks. Quand toute l'équipe fut rassemblée, Robin et Law informèrent du message reçu. Certains doutes eurent lieu : ils étaient peu et le message laissait présager le pire. Finalement une voix puis une autre s'éleva : On devait agir.
Il fallait séparer le groupe en deux. Un avec Trafalgar l'autre avec Luffy.
Luffy rit. Si on ne peut pas protéger ceux qu'on aime, la puissance ne sert à rien.
─ ─ ─ Présent, île framboise ─ ─ ─
Si on avait posé la question à n'importe lequel des membres d'équipage, ils auraient répondu que la mauvaise idée venait de lui. Il y a cette réalité étrange qui veut que les souvenirs se mélangent et s'entremêlent. L'histoire de l'un devient l'histoire de l'autre. Ils culpabilisaient d'y avoir été mal préparés. Seulement, il y avait autre chose : à l'instant, alors que les cris s'échappaient dans la nuit. Pas une nouvelle fois.
Pas une nouvelle fois.
Pas encore.
Ce ne serait pas l'île martyre suivante de la brochette de fruits du nouvel ordre.
Sautant sur l'herbe chaude, Nami usa de son bâton de climat. Usopp arma son lance-pierres et sautilla directement sur un muret. Ikkaku fit basculer en arrière un militaire. Des plantes s'élevèrent du sol, brisant des os. Elizabeth s'avérait être une combattante redoutable. Du sang glissait de sa joue. Elle tira sur son bonnet, tournoyant avant de s'arrêter pour sortir un médaillon.
Le dialecte qu'elle entendit, elle le comprit immédiatement et se mit à communiquer. Aussitôt, elle usa de son pouvoir pour se soulever. Elle atterrit aux pieds de Nami, occupée à protéger une famille sur l'abord de la plage.
─ Watt' arrive.
─ Pardon ?
─ Law Trafalgar, le chirurgien, il arrive avec plusieurs navires. Ils vont venir chercher la population. On doit les ramener sur les plages est et sud-ouest.
Elizabeth se mit à parler un dialecte que Nami n'avait entendu qu'une fois. Une seule et unique fois. Le jour de la mort de Luffy.
─ Attention !
Nami frappa violement le bâton en direction d'Elizabeth, la protégeant d'un coup. Elle n'avait pas le temps de penser. Les sangs des innocents se répandaient sur le sol mélangés à ceux de leurs assaillants. Pourquoi ? Ils leurs étaient entièrement soumis. Pourquoi !? POURQUOI !?
XXX
D'une taille banale et d'une corpulence mince, Trafalgar Law n'a cessé d'évoluer au travers des années. Ses cheveux bleus foncés et ses yeux transperçant lui donnaient un charme rare. Fier de son équipage, il n'a pas hésité à rejoindre une nouvelle fois le chapeau de paille après la mort de Barbe Noire et la débâcle. Peu importe le capitaine, tant qu'on peut gagner. Il portait de nombreux tatouages tribaux sur les bras et le corps. Portant un jean noir avec des tâches dessus et un haut jaune vif, il pestait intérieurement.
Ce maudit Mihawk ! C'était fourbe de sa part. Il était calme, posé et tranquille. Il participait peu aux débats, entrainait l'équipe à l'escrime et se montrait tempéré. Même en tant qu'ancien capitaine corsaire, il avait accepté de ne pas endosser le rôle de meneur de groupe. Il était brillant, presque voleur et invisible. Il était totalement parfait.
Il était incroyable. C'était le terme exact. Trafalgar comprenait mieux cette fascination débile qu'avait Zoro pour lui. Seulement, il avait suffi que d'un instant. Une seconde précisément. Un claquement de doigts et un prénom. Putain de roux. C'était quoi leurs relations de merde à tous les deux ?
─ On rentre en zone d'interférence, Law
─ C'est reçu Sabo
─ Ca fait chier qu'on est perdu Mihawk !
─ Concentre-toi sur les vies à sauver.
─ Si on se perd, on se retrouve à la base SDM.
─ C'est pas le moment de parler cul …
─ C'est pas le moment de plaisa… Sabo ? Sabo ?
Et merde.
─ Sabo ?
─ Qui est là ? Qui êtes-vous !? Identifiez-vous !
Trafalgar modifia des points sur son escargophone. Les ondes tressautèrent. Il hésita et finalement retira l'une de ses petites boucles d'oreille. Un petit escargot sorti de sa coquille, tout de noir vêtu avec un bonnet noir à pois blanc sur la tête. Il se remit à parler dans un dialecte des océans délices modifiés : celui des rebelles.
─ Ici Watt' ! On arrive. Vous m'entendez. On arrive. Signalez-nous un point de rassemblement pour récupérer la population.
L'escargophone pirate se mit à répéter en boucle son message. Cela ne dura guère longtemps car le message fut coupé.
─ Ici Elizabeth. Combien de navires ? C'est un massacre ici.
─ Suffisamment, on peut vous prendre en deux points.
─ La plage est et sud-ouest. Je répète la plage est et sud-ouest.
─ Capitaine …
Pinguin et Sashi, deux hommes de plus de trente ans regardèrent leurs chefs sous leurs casquettes enfoncées dans les hauteurs de leurs têtes.
─ On va aller prévenir Sabo.
─ No…
─ Law, on doit y aller.
La dernière fois, trois de ses hommes étaient morts. La dernière fois qu'il avait voulu en venir en aide à quelqu'un. Emmenés par les vagues, sur l'île pastèque. Le jus rouge qui s'était écoulé ce jour-là n'avait rien d'un jus de fruit.
─ Merde … Ok … Mais n'oubliez pas que les faibles ne choisissent pas leurs morts. Soyez forts et vivez.
─ Rendez-vous à la Sarriette des Montagnes.
──── Passé, affrontement de l'île pastèque ───
Les deux navires se séparèrent, la dernière vision de Trafalgar fut Luffy qui le saluait sur son navire. Derrière lui, Zoro, Sanji, Usopp, Nami, Robin, Franky, Brook et Jimbe. Luffy leva le poing fermé en l'air et ils firent de même avant de disparaître dans la brume.
Ils ne perdirent pas de temps, malgré le peu de vision et soudainement la brume disparue et l'île au pastèque reconnaissable à sa forme arrondie rouge et verte apparue ainsi que les navires des nouvelles forces approchant. Six cents navires ennemis qui pointaient tous vers une unique petite île.
─ Est-ce qu'on a la moindre chance ?
Luffy appuya sur son chapeau de paille l'ancrant à sa tête.
─ Oui.
Ils y arriveraient. Ils gagneraient. Ils ne pouvaient pas perdre. A quoi servait la force si on peut pas sauver ceux qui doivent l'être ? Le regard de Luffy se posa sur celui de Zoro, rieur, sur celui de Sanji, levant le pouce vers Nami. Il ne regarda pas Robin. Il ne pouvait pas. Le capitaine le savait, s'il la regardait, il ne pourrait pas la laisser à la mort comme eux-tous se préparaient à risquer de s'y rendre.
J'aurais aimé ne pas finir comme nos parents. Pardonne-moi, Robin.
─ ─ ─ Présent, base cachée des officiers, île framboise ─ ─ ─
Habillée de bas-résilles, dans une robe noire courte, Kalifa ramena les lunettes à son nez. Elle attira de ses mains le corps de l'homme face à elle. Elle le poussa sur le lit, restant debout entre ses jambes. Elle vint défaire les cheveux attachés de Zoro, admirant sa longue chevelure davantage noire que verte. Elle embrassa tendrement les lèvres de l'homme, les mélangeant avec les siennes.
Les lèvres jouent ensemble, se touchent et s'amusent. Zoro se contracta avec violence, mas se détendit. Il devait prendre sur lui. Il l'embrassa avec tendresse, avec douceur et avec un semblant de ressemblance à l'amour.
Elle referma ses doigts dessus et Zoro tenta de l'assommer. Une technique qui avait connu une réussite et un échec en cette journée. Malheureusement pour lui, elle arriva à parer son coup, et le bouscula sur le lit, remontant sur son torse en riant.
Elle comprenait tout à fait qu'il puisse vouloir la frapper, se défendre ou lui échapper. Elle ne pouvait pas lui en vouloir.
Ses longs cils remontèrent, ses lèvres embrassant plus durement la peau.
─ C'est ton ami, le blondinet ?
─ Oui.
─ C'est un pervers. Un sale putain de pervers.
─ Il aime les femmes, confirma l'épéiste
─ Sois gentil …
Kalifa l'embrassa avant de se relever. Elle attrapa les mains de l'épéiste tirant ses doigts vers elle. Zoro se contracta. Son corps était réactif, mais ses plaies lui faisaient mal et une peur incompréhensible brûlait son estomac. Elle le remarqua, souriant avec amusement et s'écarta brutalement de lui.
─ Je ne t'obligerai à rien. Tu es libre de partir et d'essayer de survivre en cette nuit ou reste ici et sois mon protégé. Evidemment, ton ami reste avec moi. Et il te faudra courir rapidement ou frapper vite pour que les gardes ne profitent pas de toi en premier. Tu as l'air fort, tu pourrais y arriver.
─ Je n'aurai pas de mal à les vaincre.
─ Je n'en doute pas, mais pour sauver le pervers, tu auras des difficultés. Moi seule peut ouvrir cette cage.
Elle glissa ses doigts sur son visage, venant l'embrasser à nouveau. Elle avait le haki de l'observation. Elle en usait avec habilité. Elle soupira. Il lui plaisait, mais elle voyait dans ses yeux la peur. Il y a une différence entre un prostitué et une victime et elle refusait de devenir ce genre de personne. Elle n'était pas son père.
─ Tu as été torturé par Satori. Je reconnais sa marque. Je comprends mieux sa réaction de tout à l'heure. Tu sais qu'il n'attend que la fin de cette soirée pour s'occuper du pervers. Tu n'es pas le premier et il ne sera pas le dernier. Je ne sais pas ce qu'il t'a fait mais il lui réserve bien pire encore. Ce pervers, sais-tu son histoire ?
─ Oui …
─ Tu étais ami avec l'équipage du chapeau de paille ?
─ Non, je ne les connais pas. J'ai rencontré Sanji après.
─ Quel dommage. Tu aurais pu acheter ta liberté en échange de celle qui m'a vaincu en trichant. Cette petite peste de diable roux !
Elle rit, malicieusement, repassant ses jambes au-dessus de celles de Zoro. Ses doigts glissèrent sur son visage.
─ Tu es mignon, quel dommage que Satori soit passé avant. Il abime tout ce qu'il touche et je me dois de nettoyer et réparer après. C'était la première fois qu'on te forçait ?
─ Non, je m'en fous.
Il mentait. Le patron avait toujours fait attention à le protéger. Il avait connu des violences, mais les alarmes fonctionnaient bien. Il avait eu la chance d'être directement protégé. Les rares faits sales qu'il avait vécu, c'est lui qui avait voulu les essayer pour de l'argent et Barthélémy l'avait frappé de colère le menaçant de le renvoyer s'il recommençait.
Elle se redressa, prenant un baume dans un sac. Elle vint sur le lit, commençant à passer sur les marques de l'homme. Zoro se contracta quand la main de la femme glissa dans son bas. Il ferma les yeux. Elle préférait encore tué ce prostitué que le laissait aux mains de Satori. Elle préférait ne pas en arriver là. Elle savait le sort que Satori réservait aux proies qu'il appréciait.
─ Calme-toi, ça va apaiser la douleur. Je te propose un jeu. Si tu gagnes, je te laisse partir au matin et en vie. J'ai vu le regard de Satori, si tu es là à son retour, tu n'auras que ma protection pour éviter la violence qu'il t'infligera. Qu'en dis-tu ?
─ Pourquoi tu ferais ça ?
─ Tu devrais pas en profiter au lieu d'essayer de comprendre.
─ Disons que c'est la seconde fois aujourd'hui.
─ Satori aime laisser ses proies en vie. Crois-moi, accepte ma proposition et pars loin de lui.
Zoro la regarda, laissant finalement la femme le soigner. Il ne répondit pas à la proposition. Il ne partirait pas sans Sanji. Mais s'il frappait la femme, ça n'irait pas mieux. Il avait bien remarqué les escargots présents. Elle cessa de le soigner, préparant un thé et lui servant.
─ Tu pourrais vouloir rester avec moi. Je m'arrangerai avec ton maître. Tu serais protégé. En sécurité, je n'abuserai sexuellement jamais de toi.
Dans sa cage, Sanji ouvrait douloureusement les yeux. Zoro se dissimula.
─ Je le garde. Beaucoup veulent se venger de lui. Allez, pervers-chérie, réveille-toi !
─ … une si douce voix au réveil.
─ Ah j'oubliais, j'ai ton ami ici.
Elle pointa du doigt Zoro qui la foudroya du regard.
─ C'est mignon, il est venu pour te sauver. D'ailleurs, quel est son nom ?
Sanji observa Zoro avant de grogner. Super ! Son plan avait foiré et le type qui l'en avait prévenu est là pour le sauver. Kalifa analysa les regards comprenant que le blond ne savait rien de ce qui était arrivé à son ami, ni même les divertissements qu'offrait ce dernier.
─ Tu t'es fait chopé ? ricana Sanji, tu parles d'un sauveur.
─ L'harceleur sexuel, reste sage où je te rendors.
Elle se rapprocha de Zoro pour venir effleurer ses lèvres, fixant en coin Sanji qui se contracta. C'était quoi ce merdier ?
─ On va jouer aux cartes. Quand tu gagnes, je retire un vêtement. Voyons j'ai sept vêtements, donc tu auras sept chances.
─ J'ai un seul vêtement.
─ Petit pervers, ricana-t-elle,
Sanji fixa Zoro se préparant à dire une phrase mais il s'arrêta. Déjà qu'il était mauvais au jeu, en plus il jouait le pervers.
─ Quand je gagne, je le blesse.
─ Et tant qu'il ne sombre pas, on continue.
─ C'est …
─ C'est accepté, dit Sanji
─ Et si je gagne ?
─ Et que je suis nue ? J'irais me changer. Je suis une femme, ça peut prendre du temps.
