CHAPITRE DIX-NEUF
Jeux de cartes

La douleur de l'os craquant lui tira un cri de souffrance. Sanji Vinksmoke ravala sa souffrance. Il voulait en montrer le moins de signes possibles bien que manifestes au vue de la situation. Dès qu'il avait accepté d'être torturé à chaque fois que son ami perdrait une partie de cartes, il s'était douté qu'il souffrirait. Trois parties, trois parties de perdues. Ce n'était pas surprenant ! Zoro était le pire joueur de cartes au monde ! Sanji en aurait presque été amusé. L'épéiste jouait peut-être les beaux-gosses et le mec qui a changé en tout, mais à le voir devant son jeu, il n'était pas si différent. Dommage que ce soient ses os qui en payaient le prix. C'était simple, pour qu'une partie de cartes soit gagnée par Zoro, il fallait qu'il affronte Luffy ou Chopper. Tous les trois étaient parfaitement et ridiculement mauvais !

Cognant sa tête contre le mur, Sanji avait conscience que Zoro pourrait s'enfuir. Il pourrait sans difficulté vaincre la femme et avoir le temps de quitter les lieux. Il lui suffisait de le laisser là. Sans la clé et le code d'accès, il ne parviendrait pas à ouvrir la cellule et l'alerte serait très rapidement donné. D'autant que la pièce était surveillée par des escarméras que Sanji avait facilement repéré. Tout était filmé. D'ailleurs, la femme ne semblait pas le savoir alors que Zoro semblait les avoir remarqué. Sanji avait remarqué qu'il prêtait attention à ne pas être dans leurs angles.

C'était vrai. Zoro les avait remarqué. Malheureusement, après avoir joué avec Kalifa. Est-ce que quelqu'un de l'autre côté avait vu son manège ? Bordel, il allait tuer ce putain de fils d'enfoiré ! Tout ça, c'était entièrement de sa faute ! Dès que Nami avait dit son nom, il avait su que cet enfoiré de première était responsable !

─ Tête de cactus, t'es encore plus mauvais qu'avant, cracha Sanji

─ Je n'ai jamais vu un adversaire perdre aussi facilement que toi, sauf lui ! confirmera Kalifa en pointant Sanji.

─ Ta gueule, sourcil en vrille, tu m'as bien regardé dernièrement ?

Elle déposa ses cartes à nouveau victorieuse. Sanji hurla de douleur alors que son poignet craquait violement. Elle se rappelait parfaitement de son combat avec lui. Cet idiot de pervers avait été influencé par ses charmes et son code d'honneur de ne pas frapper les femmes. Quel crétin ! Elle haïssait les hommes qui se croyaient à ce point supérieur qu'affronter une femme devait leur semblait un déshonneur.

Sanji haleta et se redressa. Evidemment qu'il avait remarqué que la coupe de cheveux de Zoro avait changé comme toute son apparence. Seulement, il voyait à son impatience aux cartes et la lueur dans ses yeux, que sous ces changements pour se rendre anonyme, il restait la même personne.

─ Bordel, marino, c'est pas compliqué !

─ … Je me concentre, monsieur je saigne du nez !

─ Au lieu de te faire pousser les cheveux, tu aurais dut te faire pousser un cerveau !

─ La damoiselle en détresse pourrait se taire ? grogna Zoro

Kalifa commença à s'agacer de la dispute. Les deux hommes semblaient davantage faire attention à eux qu'à elle. C'était une complexité de son existence. Si les hommes la regardaient, ils étaient des pervers car la vie lui avait enseigné ce qu'ils étaient capables de faire. S'ils ne la regardaient pas, elle se sentait inexistante comme petite fille quand elle espérait des félicitations de son père. Rien ne lui allait quand il s'agissait d'eux. À l'exception de son amant qui avait toutes les grâces à ses yeux et un peu de son mari auquel elle était attachée. Le seul défaut qu'elle trouvait en son amant, c'était d'être ami avec Satori du peuple du ciel. Cela la contraignait à jouer sa meilleure amie et à être hypocrite avec lui.

D'un coup sec, son fouet s'enroula autour de l'épaule de Zoro qui provoqua un craquement sourd et brutal. Ce n'était pas la violence qui attira la surprise chez Sanji mais l'absence de son. Zoro n'avait pas émis le moindre cri de douleur. Il était resté impassible, avant de reprendre une carte.

Sanji se rendait bien compte : elle venait de tricher dans son accord. Peu importe. Il était évident qu'elle tricherait si Zoro remportait la partie. Ça lui semblait de plus évident. Il avait envie de le hurler.

Déposant sa série sur la table, Kalifa perdit son sourire victorieux en voyant les cartes de Zoro. La chance avait joué pour l'escrimeur davantage que la tactique. Il remporta sa première partie sur les quatre déjà perdues.

Elle retira sa robe, sans la moindre hésitation, se tournant vers Sanji.

─ Pervers, tourne les yeux.

─ Je ne peux les détourner d'une aussi belle créature !

─ T'es sérieux Sanji ? grogna Zoro, tu crois que c'est le moment ?

─ Tous les moments le sont pour admirer les belles plantes.

─ Hm !

─ Quoi, tête de cactus, tu sais …

Les ongles de Kalifa vinrent s'enfoncer dans la joue de Zoro. Elle fronça les sourcils avec mécontentement.

─ Je t'ai pas autorisé à lui parler. Vous vous connaissez depuis longtemps ?

─ Ouais, il est sorti avec ma sœur et lui a brisé le cœur.

─ J'y peux rien si mon cœur en aimait une autre.

─ Même en crevant, t'es insupportable !

─ Moi ? T'es sérieusement en train de …

Sanji grogna, tomba sur le sol. Le maudit fouet de cette garce venait de frapper son entre-jambe et l'arrière de son dos, s'enroulant autour de sa taille dans un craquement de sa colonne vertébrale.

─ Vous trichez ! s'exclama Zoro en se redressant, je n'ai pas perdu.

─ Alors ne t'adresse plus à lui.

Elle se pencha vers lui, soufflant à son oreille.

─ Et lui seul pourra partir si tu gagnes. Si tu veux partir, dis-moi où trouver sa petite-amie rousse. Celle qui a osé toucher à mon beau visage.

─ …

─ Satori rêve d'avoir ton ami pour lui et tu sais ces goûts, tu n'as qu'à dénoncer cette terroriste et tu pourras le sauver, elle souffla plus doucement, combien de temps mettra-t-il à en faire sa petite sa petite chienne ?

─ …

─ VOUS DEUX, se mit à gueuler Sanji, vous chuchotez des obscénités ! Zoro laisse la dame tranquille ! Pervers !

─ De quoi tu m'a….

Zoro se retourna vers la femme. Se taire, il ne devait pas répondre au blond. Il ne devait pas répondre à ce sourcil en vrille qui était en train effectivement de le faire vriller. Pourquoi est-ce qu'il le provoquait ainsi ? Pourquoi est-ce qu'il faisait tout pour le mettre en colère.

Finalement, il avait compris le jeu. Les deux manches suivantes firent perdre à Kalifa ses chaussures. Elle remonta ses lunettes devant ses yeux rappelant un homme à Zoro sans qu'il ne parvienne à retrouver son nom. Puis, elle se mordit la lèvre remuant les doigts.

Elle tricha, sans qu'aucun des deux hommes ne le voient profitant de la concentration de Zoro à vouloir gagner la partie. Il perdit et la cheville de Sanji lâcha dans un cri retenu de douleur, l'obligeant à plier le genou. Maudite soit cette cage !

Bien qu'elle tenta de tricher à la partie suivante, Zoro fut trop rapide et elle du bien accepter de retirer un bas. Puis encore un second. Il ne lui resta bientôt plus que ses sous-vêtements.

Il n'était plus question d'être fair-play. Elle tricha, à nouveau. Cette fois-ci son geste ne fut pas assez bien dissimulé. Sanji la vit parfaitement faire. Il aurait pu le crier. Seulement, ça n'aurait servi à rien. Le fait est que même s'il l'avait dit, il aurait souffert et le jeu ce serait tout simplement arrêté là. Elle détenait les cartes.

Les lèvres de Zoro se pincèrent en entendant Sanji se retenir malgré la douleur des deux parties qu'il perdit. Le jeu tiendrait tant que Sanji ne tournait pas de l'œil. Pendant combien de temps pourrait-il tenir ? Zoro déposa les cartes sur la table. Finalement, il dit le plus bas possible.

─ Je ne connais pas cette femme rousse. Je peux simplement être à votre service. Vous devez connaître Ban Blade ?

Oh que oui qu'elle le connaissait. C'était pour lui que son mari et son amant travaillaient officiellement bien que Ban Blade ne soit qu'un homme de paille. C'était aussi le fils d'un haut-officier qui aurait dû être là aujourd'hui pour la nuit de sang.

─ Il me recommandera.

Pauvre petit. Elle venait de comprendre qui était Zoro. Pas en tant que telle, mais en tant que prostitué recherchée. Elle avait eu un long entretien avant de le croiser au bureau avec l'équipage de Ban Blade. Elle avait eu son amant mécontent puis son mari grâce à des escargophones spéciaux réservés aux nouvelles forces qui passaient les mailles de leurs blocages.

─ Le pervers blond sait que tu es un des précieux incubes à Barthelemy

─ Non, … Je …

─ Quel est ton nom ? s'enquit-elle pour la première fois,

─ … Iris.

─ Je suis tellement désolée, Iris. Un équipage a reçu l'ordre de purger ta ville et de détruire le commerce de Barthelemy.

Kalifa était vraiment désolée. Les personnes de son cercle : Jabura, Kaku, Blueno, Hattori et même Akainu étaient davantage sa famille que son père Laskey lui-même. Elle savait l'importance d'appartenir à un groupe. D'autant plus avec un père comme le sien pour qui la fin justifiait tous les moyens. Elle avait bien dû apprendre à se construire avec une éducation comme la sienne.

Elle se remit à jouer. Elle arrêta de tricher. Ce n'était pas correct de sa part. Elle avait de l'honneur. Elle n'était pas ce pitoyable Ohm et sa bande du ciel, ni ce stupide Ban Blade. Elle gagnerait avec honneur. Elle ne pouvait pas dire à ce prostitué qu'il perdrait tout cette nuit.

Les membres brisés, Sanji se trouvait sur le sol. Zoro serrait les dents. Il avait l'impression que chaque coup du blond était provoqué à sa chair. Il aurait préféré à cet instant retourner avec Satori plutôt que de continuer à entendre le blond souffrir. Cette souffrance lui fit perdre deux tours. Il gagna une fois, faisant perdre le haut à Kalifa …

─ Je vais mourir heureux avec une telle vision, déclara Sanji en souriant,

─ Tu vas te taire bordel !

─ Si seulement, tu …

Zoro perdit le tour suivant, grommelant intérieurement. Il était évident que Sanji ne tiendrait plus très longtemps. Il gagna le tour suivant.

Elle se retrouva nue et mauvaise joueuse. Plus elle y pensait, plus elle se rendait compte que Iris n'avait nulle part où aller. Rien ne l'attendait dehors. Elle prendrait soin de lui. Elle veillerait sur lui.

─ Il peut partir. Mais tu restes ici ! dit-elle, changeant à nouveau d'avis.

─ …. Très bien, répondit Zoro les dents serrées.

Il n'avait pas le choix. Le temps était compté et au fond, il était préférable que ça se termine ainsi. Il n'avait fait que montrer son incompétence aujourd'hui : par le choix d'aller aider Nami, incapable de battre Satori, de retrouver Pom et d'aider Sanji. Il trouverait un moyen de s'échapper, plus tard. Zoro ne s'avouait pas vaincu, il acceptait le fait de devoir souffrir davantage.

Elle l'attacha des fers pour les prisonniers les plus dangereux puis se rapprocha de la cellule de Sanji. Tant pis ! Elle trouverait un autre moyen de retrouver la rouquine. Car elle en était convaincue, la rouquine était en vie. Et la fuite du blond rendrait fou Satori. Elle était impatiente de voir ça car ce dernier avait prévenu Ohm de la capture. Il voulait absolument le récupérer. Que dirait-elle ? Qu'elle avait été agressé. Elle était une faible femme.

Sanji fixa Zoro avec déception mais sans surprise. Il ne comprendrait jamais que mourir pour une autre personne n'était pas la solution.

─ ─ ─ ─ ─ XXX ─ ─ ─ ─ ─

« ZORO ! »

Se retrouvant projeter une balustrade, l'épéiste cracha du sang. Il se retourna étonné en direction de Sanji avant de sourire en coin.

─ On va voir qui aura la prime la plus haute après ça !

─ Tu crois que c'est le moment de jouer à ça ?

─ T'as peur saigne-du-nez ?

─ Tu fais chier, cactus !

Riant, Zoro sauta brutalement. Sur la navire ennemi, Luffy fut projeté à quelques mètres en hauteur, se rattrapant grâce à la longueur de ses bras. Son chapeau s'enleva, et une main apparue venant lui remettre sur la tête. Robin éclot violemment, devenant une énorme main avant de s'abattre sur un autre bateau.

Des rires parcoururent de nombreuses personnes atteints par des fruits du démon de type zoan aux caractéristiques animales. Zoro ne vit pas le tigre se jeter sur lui. Il entendit la voix de Nami crier son nom. Sanji l'entendit aussi, et bloqua l'animal avant qu'il ne blesse l'escrimeur. Il regarda Lucci reculer prenant une forme humanoïde. Le blond sourit en coin.

─ On a été interrompu la dernière fois.

─ La faiblesse est un péché et tu vas le payer de ta vie.

─ Sanji ?

─ C'est pas le moment, marino !

Zoro ricana, se penchant en direction de Sanji pour grogner à son oreille :

─ Si tu crèves alors que j'ai une dette envers toi …

─ Si tu crèves alors que tu m'en dois une, j'écrirais sur ta pierre tombale : n'a pas pu être sauvé encore une fois par Sanji Vi…

─ Ta gueule ! Sanji ?

─ PUTAIN. Je combats-là ! QUOI ?

─ Rien !

L'escrimeur para un coup, se rapprochant de lui pour souffler à son oreille, goguenard :

─ Si on devait être séparé, essaye de pas être le n°6. J'ai horreur de t'attendre.

─ ─ ─ ─ ─ XXX ─ ─ ─ ─ ─

Le combat n'avait guère duré longtemps. Le coup de pied frappa directement en plein dans la clavicule de Kalifa qui tomba dans les bras de Sanji. Elle ne comprenait pas. Il s'était laissé capturé et n'avait jamais levé la main sur elle. Ce fut la seule chose qu'il peut lire dans son regard : la surprise. Sanji la déposa sur le lit. Il alla détacher Zoro.

─ Tu l'as attaqué.

─ (…)

─ Tu l'as rétamé.

─ (…)

─ Tu as frappé une femme.

─ Tais-toi !

─ Sanj …

Les poings de Sanji attrapèrent Zoro. Il avait horreur de frapper les femmes. Il ne le supportait pas. Jamais il ne pardonnerait aux hommes profitant de leurs forces pour frapper les femmes. Jamais il n'accepterait que dans le confort d'un foyer, les femmes se retrouvent à terre. Il n'était pas ce genre de personne. Il n'était pas sa famille.

─ San…

─ Ta gueule, et pourquoi t'es habillé comme ça ? Tu t'es découvert une sexualité et tu voulais la séduire ? Tu croyais pouvoir te faire quelqu'un ? T'as l'air d'une femme, Zoro !

─ Pardon ?

Sanji et Zoro disparurent. Kalifa ne tarda pas à reprendre connaissance, trouvant près d'elle un bouquet de fleurs et un mot : « désolé » qui l'a fit ricaner. Ce blond devenait soudainement bien plus intéressant. Certes, le petit incube avait de l'intérêt , mais bien moins que le pervers ou plutôt seulement si ça pouvait servir à torturer le misogyne.