Hello !
Le nouveau chapitre est là ! J'en profite pour annoncer que j'ai terminé mon recueil sur les 7 Péchés Capitaux, disponible sur ma page ! :3 Et j'ai également écrit deux modern AU qui s'y trouvent aussi ! Si le cœur vous en dit !
La review des review :
Eatoce : Oh, que de compliments, et je t'en remercie ! J'ai mis beaucoup de soin dans les descriptions de ce chapitre, je suis contente du résultats, mais surtout de ton avis ! Byleth continue d'évoluer et se met à supporter le poids des crimes de El. Elle préfère alourdir les siens que de laisser l'aiglon s'enfoncer dans l'obscurité dans laquelle Byleth baigne elle-même. Oh j'avoue que la fin, personne ne devait s'y attendre ahah ! Voila voila, un grand merci ! xD
Mijowjow : J'adore xD Tkt pas ton Ashe n'est pas loin, et d'ailleurs, quand on parle du lion... *le laisse lire la suite* La précision sur son regard qui se veut assassin sur Byleth ? xD Moi, je suis pas très arc mais je comprends pourquoi toi tu les aimes ! *clin d'oeil clin d'oeil* Elle ne veut plus les perdre mais si certains tombaient de la tour de la Déesse, hein ! *re clin d'oeil* Ah la fin te surprend aussi ! *joie*
Lucina : Coucou ! Oh tkt pas je suis contente que tu me lises et que tu laisses un petit coucou a chaque fois ! Non Byleth ne peut pas remonter le temps, je t'avoue ne pas avoir exploité cette partie de ses pouvoirs, qui je trouvent, sont trop en lien avec les emblèmes et le jeu dont j'essaie de me détacher ! Merci d'être là et pour ta review en tout cas !
Arobyn : Oh tu as changé ta photo de profil ! RIP Rainbow Dash *petite larme car c'est son poney préféré* Ooooh ! Toi aussi tu as entendus les coups d'épée et sentis le froid s'engouffrer dans tes poumons ? :D Et oui, Byleth n'est plus aussi insensible, par rapport aux autres mais aussi à ses propres crimes. Elle entrevoie un peu des rêves qu'elle ne sait pas si elle pourra ou non les saisir à force de jouer à la mercenaire sans états d'âme ! Je n'aime pas du tout les arcs non plus surtout que pour la distance du coup j'utilise la magie ou l'épée orage xD Que sais tu de si elle va se réveiller ou non, et à l'infirmerie ? o : Bon tu le sauras vite (j 'attend ta réaction sur ce détail avec impatience, as tu raison ou bien tort...) Merci pour ton suivi ! :3
Merci à tous, et bonne lecture !
Chapitre XL - Sombre Evidence
Le purgatoire. Si pour beaucoup, ce seul mot suscitait l'effroi, à d'autres, était synonyme de rédemption. Que ce lieu soit l'étape précédent l'accès au paradis, où les âmes des plus justes étaient lavés de tout péchés, ou alors seulement berceau d'épreuves et d'expiation, le purgatoire semblait être inévitable après la mort. Le premier pas dans l'au-delà. Nombre d'hommes et de femmes s'y rendaient dans le seul but de faire pénitence, ou espérant du moins pouvoir trouver le repentir. Quant à moi, j'avais bien trop souvent connu l'enfer pour croire une seule seconde devoir passer par là. Mon âme était tellement brisée que je plongerais directement au plus profond des ténèbres, sans avoir à passer par une quelconque étape pour me libérer des chaînes qu'avaient scellées mes crimes. Et ces ténèbres ? Je devais encore les affronter.
« - Je t'avais prévenue. Un jour, tu ne te relèveras pas. Et ce jour est peut-être arrivé. »
De la douleur, ne restait maintenant qu'obscurité, comme si mon cœur s'était éteint, pour ne plus rien ressentir. Et pourtant, ce souvenir était plus vif qu'une lame parfaitement aiguisée qui aurait transpercée ma poitrine. Parfaite ironie, même si ce n'était pas l'acier d'une épée qui avait traversé mes chaires pourtant intactes. Si j'affrontais maintenant la mort, celle-ci m'avait au moins accordé un minimum de prestance en me permettant de me tenir debout, sous le regard de la Déesse.
Combien de vies avais-je sauvées à côté du nombre de celles que j'avais prises ? Il était certain que si la balance penchait bien d'un côté, c'était assez pour s'écraser et venir pourfendre le sol. Tel était le poids du sang qui peu à peu, avait tracé mon chemin. Malgré cela, mon Enfer n'était pavé ni de remords, ni de regrets. Car avant de mourir, j'avais pu avoir la chance d'ouvrir les yeux, et de sentir mon cœur battre, comme jamais, jusqu'à maintenant, il n'avait battu. Ma seule crainte était de m'éteindre et d'oublier, oublier son visage, oublier son parfum, oublier le son même de sa voix. La voix d'un ange aux ailes sombres, dont il était certain que je ne croiserais plus une seule fois le chemin. Car je refusais d'accepter que ses plumes ne recouvrent une à une les empruntes que j'avais laissée derrière moi, et qui la conduiraient inévitablement plus profondément dans l'obscurité. Ma dernière volonté était qu'elle puisse trouver la lumière, comme elle, avait été la mienne dans les ténèbres.
« - C'est donc avec toi que tout s'arrête ?
- Tu aurais préférée être en de meilleures compagnie, n'est-ce pas ? »
Je me retins de lui affirmer le contraire, car il m'était plus difficile d'accepter que sa présence me rassurait que le seul fait de lui avouer. Mes propres émotions se bousculaient, une à une, elles s'estompaient, pour finir par ne laisser qu'un sourire sur mes lèvres. D'une certaine façon, en perdant tout, jusqu'à ma propre vie, j'avais gagné, car mes dernières pensées étaient uniquement pour elle. Pour Edelgard. Elle serait le seul souvenir qui m'accompagnerait dans la mort.
Je plongeai mes yeux dans le regard de Jade de la divinité, après avoir emprunté les marches qui me conduisirent jusqu'aux pieds de son trône, sous son regard toisant. Jusqu'au bout, elle serait restée fidèle à elle même. Mais le contraire aurait probablement été fort déplaisant. Je me demandais seulement si avec ma disparition, son existence prendrait fin, ou bien s'il lui restait des esprits à hanter. Ma propre conscience allait bientôt se taire, et avec elle, tous nos échanges ne deviendraient que des murmures évaporés dans l'oubli.
« - Et maintenant, que comptes tu faires ? Te prosterner et implorer ma clémence pour que je t'accorde l'accès au paradis ? »
Le paradis ? Je n'y croyais même pas. Pas plus qu'à l'enfer, d'ailleurs. J'avais pu vivre avec l'un, et effleurer furtivement l'autre. Et c'était très bien comme cela. Aussi courte ma vie avait été, j'avais affronté chaque jour et chaque nuit comme si demain n'avait jamais existé.
« - Si tu ressens vraiment ce que je ressens, alors tu dois déjà savoir que je n'ai pas besoin de ta clémence, ni même de ton pardon.
- Tu es vraiment une idiote, tu sais ? Tu as le privilège de pouvoir me rencontrer, mais préfères me demander d'être indulgente envers autre que toi. »
Si moi, ne croyait pas à tout ça, je savais que ce n'était pas le cas de mon aigle. Car si Edelgard méprisait la domination du culte de Seiros en Fódlan, je savais aussi qu'elle reconnaissait l'existence de Sothis. Le cas contraire, jamais elle ne se torturerait ainsi à l'idée de vouloir briser les règles de ce monde. Malgré cela, elle irait au bout de ses idées, et le jour où ses ailes la guiderait plus haut que le ciel, je voulais qu'elle puisse trouver la paix.
« - Tu es irrécupérable. Si tu souhaites tant la protéger, alors fais le de ton vivant, et ne laisse pas la mort décider à ta place ! »
J'écarquillai les yeux sur les pupilles de Jades qui me défièrent comme jamais elles ne l'avaient fait auparavant. Sur des paroles qui résonnèrent en moi, et ravivèrent la douleur. Ma main pressa ma poitrine, mes mâchoires se serrèrent et l'air quitta mes poumons jusqu'à ce que j'étouffe. Je me rappelai, la souffrance d'être en vie. Une souffrance qui s'empara de moi, au moment où tout mon corps se mit à trembler.
« - Maintenant, réveilles-toi ! »
Les images de la dernière bataille me revinrent en tête et me frappèrent. Chacune d'entre elles défila devant mes yeux, comme si je me remémorai l'intégralité des dernières heures en une fraction de secondes. Les lames entrechoquées, le sang versé, les hurlements, les flèches me transpercer. Je me souvins les ténèbres, puis la lumière. Je me souvins les larmes s'échapper des perles vertes. Et puis, le froid. Je me souvins le froid me saisir, s'insinuer lentement en moi pour prendre entièrement possession de mon corps. M'envelopper, et m'emporter, loin de la chaleur du soleil dans lequel je baignais. Et la peur, la peur de ne jamais revoir son regard. N'avais-je vraiment aucun regret ?
« - Byleth ! »
Je sentis l'oxygène s'engouffrer dans mes poumons comme si c'était la première bouffée de toute mon existence, celle qui me donnait la vie. Il n'y avait plus aucune trace du funeste blizzard que soufflait la faucheuse sur son passage. La brume avait entièrement disparue, tout comme les arbres de la forêt de Magdred. L'humidité de la neige qui recouvrait le sol avait laissé place à la douceur des draps. Mes mains vinrent rapidement trouver ma poitrine, recouverte de nombreux bandages. Et la douleur... Elle était bien réelle.
Mes doigts se resserrèrent sur le carcan de pansements. Je les sentais s'enfoncer sur le tissu, essayant de l'arracher pour me libérer de cette pénible entrave. Mes pensées, désordonnées, se bousculèrent et éprouvèrent ma raison. Ma tête était sans dessus-dessous, incapable de comprendre où je me trouvais, ou ce qui était arrivé, je suffoquai. Jusqu'à ce qu'une chaleur sur mes mains n'apaise aussitôt mon esprit.
« - Professeure ! Tout va bien, calmez vous ! entendis-je une première fois. »
L'étreinte sur mes doigts s'intensifia lorsque ceux recouverts d'un blanc immaculé vinrent s'y entrelacer.
« - Tout va bien... soufflait de nouveau lentement à mes oreilles. »
Alors, j'étais vraiment en vie. Tout ceci n'était ni un rêve, ni un cauchemars. Mon esprit ne me jouait pas des tours, c'était vraiment réel. Au moins autant que l'éclat dans les yeux de mon Aigle qui me regardait comme si elle me rencontrait pour la toute première fois. Encore une fois, je me souvins. C'était bien ce regard, que je ne voulais jamais voir disparaitre, il n'y avait aucun doute possible.
« - Edelgard ? »
Ses prunelles teintées de crainte étaient relevées par les cernes qui bordaient ses yeux, comme si elle n'avait pas dormi depuis des lunes. Combien de temps s'était-il écoulé depuis que j'avais perdu conscience ? Seigneur, je détestais lire autant d'inquiétude sur son visage. Celle-ci ne seyait guère à la future impératrice d'Adrestia.
« - Cessez de me regardez ainsi, par pitié. Comme si... Comme si vous m'aviez vu morte. »
Les doigts de la déléguée des Aigles de Jais quittèrent les miens. Je l'observai se redresser sur le tabouret installé près du lit sur lequel je me trouvais, avant de plisser les yeux d'une manière trop sérieuse, durcissant les traits de son visage.
« - C'est pourtant bien ce qu'il s'est réellement produit, professeure, entendis-je d'une voix qui me désempara. Votre cœur s'est arrêté de battre lorsque vous étiez dans mes bras. »
Pendant quelques seconde, le silence prit place dans la petite infirmerie, rendant l'atmosphère un peu plus pesante, presque macabre. Ma main retrouva mécaniquement le chemin de ma poitrine où je sentais taper les battements régulièrement. Je n'arrivais pas à y croire.
« - Vous avez reçu deux flèches d'un archer embusqué, me racontait péniblement la souveraine. La première s'est planté dans votre estomac, et la seconde a perforé votre poumon. »
Balivernes. Comment aurais-je pu aussi facilement me laisser abattre comme une vulgaire cible sur un terrain d'entraînement ? Combien de fois avais-je frôlé la mort en combattant contre de puissants ennemis ? Comment un seul archer aurait-il pu réussir l'exploit que personne n'avait jamais pu accomplir jusqu'à maintenant ? Mais par dessus tout, comment avais-je pu me laisser distraire de la sorte ?
« - Et après ? fis-je plus que sèchement. Je dois savoir à qui je dois la vie. »
J'avais désormais une dette. Une dette envers autre que moi-même. Envers autre que mon père. Envers autre qu'Edelgard. Une dette qu'il me serait très difficile de rembourser.
« - Ashe et moi-même avons réussi à faire repartir votre cœur, puis le groupe de Catherine est arrivé, suivi de près par le reste du notre. Flayn avait épuisé sa magie, et Linhardt a fait son possible pour vous maintenir en vie. »
L'Adrestienne me raconta ensuite comment j'avais miraculeusement, ou pas, échappé à la mort. Plusieurs Lions de Saphir avaient rejoint notre groupe, notamment Ingrid et Mercedes, à la recherche de Ashe. Et les soins de la lionne ne furent pas de trop pour éviter à mon dernier souffle de quitter mon corps. Le reste des paroles de l'aigle passèrent dans une oreille pour ressortir aussitôt par l'autre, et la fin de l'aventure ne vint trouver aucune place pour se graver dans ma mémoire. Pas même la course contre-la-montre qu'avaient du mener les élèves pour me ramener à temps à Garreg-Mach. Non, tout ce qui me traversait la tête, était l'obscurité et le froid, qui m'avait paralysés. Et la mort.
J'eus besoin d'une minute, peut-être deux, pour digérer toutes ces informations. Je sentais la colère me gagner, celle de n'avoir pas été assez vigilante, celle d'être tombée au combat, sans même avoir pu mener à bien ma mission. Et cette mission, je peinais presque à me souvenir de son but. Tout ce dont j'arrivais à me souvenir, était l'image de Ashe, planté devant le Seigneur Lonato. Sa crinière d'argent, et ses yeux émeraudes qui reflétaient l'incompréhension et l'effroi. Pas seulement pour moi.
« - Professeure, reprit l'Aigle de Jais. Je suis au fait de votre déplaisance quant à l'utilisation de la magie blanche sur vous-même, mais il n'y avait guère d'autres solutions. Mais... continua la noble alors que je ne l'écoutais de nouveau plus. »
Je devais admettre que même si je n'étais pas à l'aise avec cette forme de soin, sans elle, je ne serais certainement pas là pour en parler. Alors c'était à ça que je devais la vie ? A la magie ? C'était tellement ridicule. J'étais loin de mépriser cette dernière, bien au contraire, je la trouvais curieusement étonnante, parfois effrayante, mais surtout incontrôlable. J'avais moi-même pu en faire plusieurs fois personnellement les frais, et récemment, j'en avais été le chef d'orchestre.
« - Professeure, que faites vous ?! s'insurgea mon aiglon alors que je tentais de me lever du lit. »
C'était plus fort que moi, je ne pouvais pas rester assise, ou pire, allongée sans rien faire. Je ne supportais plus de me sentir faible et pitoyable. Je ne pouvais pas rester sur un tel échec. Si je n'avais pas su tenir sur mes jambes, c'est que je n'étais simplement pas assez solide.
« - Cessez donc de vous montrer irresponsable ! »
Le regard d'Edelgard se fit dur alors que ses mains attrapèrent mes épaules pour me maintenir sur le lit contre mon gré. Mais il aurait fallut cent fois la force de ce poussin pour me contraindre à quelque chose. Pourtant, j'avais beau pousser sur mes bras, je n'arrivais pas à me relever. J'étais vraiment tombée bien bas. Peut-être était-ce même la première fois que la faucheuse m'effleurait de si près.
« - Laissez-moi, Edelgard ! M'offusquai-je en me libérant de son entrave d'un geste sec. Je suis assez grande pour veiller sur moi-même. »
La future dirigeante de l'empire croisa les bras sur sa poitrine avant de me défier de ses yeux parme dont se dégageait une puissance écrasante. De sa hauteur toisante, elle ne manquait pas de me faire comprendre que c'était moi, ici, qui était mal en point, ni de me rappeler que j'avais une héritière en face de moi. Et cette dernière était plus que contrariée.
« - Vous devriez écouter cette jeune femme, celle-ci semble avoir plus de bon sens que vous. »
Mon regard se dirigea vers l'encadrement de la porte qui s'ouvrit sur la silhouette de ma collègue, chanteuse, et infirmière à mi-temps, qui venait d'apparaitre. Je la suivis se diriger vers mon lit, elle et sa voluptueuse poitrine qu'elle ne prenait jamais la peine de trop recouvrir. La femme se pencha sur moi et posa ses doigts sur mon front, avant d'annoter quelque chose dans un carnet. Elle m'examina de haut en bas, puis de bas en haut, avant de lever un sourcils curieux. Elle fit le tour de mon lit une première fois, avant de retourner sur ses pas, et de poser ses notes sur une pile de bouquins poussiéreux.
« - Vous êtes remarquablement tenace, me fit remarquer l'ancienne diva. J'ai vu beaucoup de soldats mourir pour des blessures moins graves. Ce qui m'étonne d'autant plus est votre résistance naturelle à la magie blanche, comme si votre corps la rejetais. »
Tour à tour, les deux femmes me dévisagèrent. Probablement que le calme dont je faisais preuve, et mon expression dénuée de toute surprise n'était pas ce à quoi elles s'attendaient.
« - Mais vous le saviez déjà, n'est-ce-pas ? »
C'était exact. Je n'avais jamais su pourquoi, et il aurait été étonnant que je ne découvre cette fameuse résistance qu'à déjà vingt ans. J'avais déjà été blessée, et nombre de mages blancs qui se joignirent parfois aux missions que mon père et moi acceptions essayèrent de me soigner, pour des blessures plus ou moins graves d'ailleurs. La plupart du temps, l'effet des sorts n'était que superflue, à peine visible. Dans le meilleur des cas, cela stabilisait mes blessures le temps de recevoir des soins. C'était d'ailleurs une des raisons pour lesquelles j'avais failli laisser ma peau face à la première vouivre que j'avais affrontée. Peut-être était-ce ce fameux lien de parenté avec la Déesse qui me rendait ainsi, car mon père n'avait jamais eu ce genre de problème. Peu importait mauvais sort ou malédiction divine, cela ne m'empêchait pas de me battre de toute mes forces, ni de prendre des risques.
« - Quoiqu'il en soit, je n'ai pas passé une journée entière à refermer vos plaies pour que vous alliez inutilement les rouvrir. Et vous devriez également penser à votre élève qui vous à veillé pendant deux jours entiers, me sermonnait la doctoresse. »
J'écarquillai les yeux. Cela faisait donc trois jours maintenant que la bataille avait eu lieu ? Pourtant, mon passage dans le tombeau de la Déesse m'avait semblé tellement furtif, c'était tellement déstabilisant. Ma tête s'écrasa sur l'édredon alors que mes pensées me firent de nouveau violence. Nous étions donc mardi, ou peut-être mercredi, et il ne restait que cinq jours avant les examens au changement de certificat d'aptitude. Qui donnait cours à mes élèves ? Je me relevai de nouveau, sous les regards assassins des deux femmes, avant de pester silencieusement. Avec ces deux là qui me surveillaient, j'allais devoir abdiquer.
/
Le temps paraissaient démesurément long. Le soleil avait laissé place à la lune au travers de la vitre de la pièce, et Edelgard et Manuela avait aussi disparue depuis un moment maintenant. Ou peut-être que cela ne faisait que quelques minutes. Je perdais la notion de tout ici, jonglant de la conscience à l'inconscience régulièrement. J'avais à peine le temps d'ouvrir les yeux et de les refermer que les murs de l'infirmerie prenaient une teinte sombre pour laisser place à l'obscurité dans laquelle seule la lumière des marches du tombeau émanait, pour de nouveau disparaitre sur les étagères pleine de flacons de la petite pièce. J'avais l'impression que j'allais perdre la tête à rester ici sans rien faire.
« - Quelqu'un approche. »
Je n'eus le temps de répondre à la divinité que le plafond du dispensaire apparut devant mes yeux sur le grincement de la porte. Cette fois, je comptais bien avoir le dernier mot. Mais en lieu et place des prunelles parme ou de la poitrine opulente, trouvai les reflets de l'argent.
« - P- Professeure ? Vous ai-je réveillée ?
- Ashe ? M'étonnai-je. »
Le lionceau hésita une minute avant de repousser la porte et d'approcher lentement vers moi. L'innocence que reflétait habituellement son visage avait disparue pour ne laisser transparaitre que sa tristesse. La sincérité de ce garçon se lisait dans ses yeux et perforait mon âme.
« - Je... Je suis désolée, professeure ! Tout est ma faute ! »
Je ne compris pas de telles excuses, du moins, pas dans un premier temps. Me retrouver face à un tel désespoir était presque éprouvant.
« - Je n'étais pas au courant des projets de Lonato, m'assurait l'archer désemparé. Et si je n'avais pas été là, alors...
- Ca suffit, le coupai-je. Vous n'êtes en rien responsable de mon état, Ashe. »
Le visage du jeune homme s'assombrit un peu plus. Ah, je m'étais peut-être montrée un peu rude. Et puis, je me rappelai sa présence sur le champs de bataille, et l'étonnement à sa rencontre.
« - Je lui ai demandé de se rendre, mais il ne m'a pas écouté. »
Et c'est ainsi que j'appris qui était le seigneur Lonato aux yeux de Ashe. Un modèle, un père, et une famille. Un homme qui avait toujours prit soin de lui, et qui représentait tout. Le lionceau m'offrit une bribe de son passé, me fit part de ses peines, et de ses doutes, la tristesse baignant dans chacune de ses paroles. Une tristesse qui m'étreignait sans que je ne puisse y faire quoique ce soit. Le seigneur s'était enfui après mon arrivée, mais je me souvins, je me souvins m'être préparée à me jeter sur lui pour lui trancher la gorge de ma lame. Et si je n'avais pas été blessée, l'archer se serait-il mit en travers de ma route ? Aurais-je ainsi fait pleuvoir le sang ? Cette seule pensée suffit à me mettre en effroi.
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J'avais encore sombrée dans l'inconscience alors que l'odeur des draps propres, des concoctions et autres élixirs n'envahissait plus mes narines. Pas une seule fois je n'aurais pensé être plus à l'aise ici que dans le monde réel.
« - Ces élèves semblent avoir beaucoup de respect pour toi, je me demande bien pourquoi. »
La lilliputienne aux yeux de jade n'avait absolument rien perdu de son répondant, et mon état ne semblait pas avoir déteint sur elle. Je vis cette dernière lever la tête soudainement et observer autour de nous, avant d'afficher un sourire de légèreté. Etrangement, tout mon corps se relâcha.
« - Tu ne trouves pas cela agréable ? »
Une chaleur apaisante se rependit à travers moi, et semblait même bercer mon âme. Elle étouffait ma solitude et faisait taire mes doutes, assassinait mes peurs. Elle me faisait tout oublier. Je fermai les yeux, n'écoutait plus que le son de ma respiration, et cette douce mélodie qui vint peu à peu se frayer un chemin jusqu'à mes oreilles, pour venir envelopper mon cœur. Voile de tendresse.
« - Un jour, toi aussi, tu berceras tes enfants de ces paroles. »
Plus rien n'existait à part les mots de la comptine que j'aurais juré avoir déjà entendu, même si je ne me rappelai ni où, ni quand. Et puis, peu à peu, de nouvelles odeurs vinrent chatouiller ma mémoire, accentuées par les souvenirs de la brise hivernale. C'était ici, n'est-ce pas ? Dans les jardins du monastère. Mais il y avait autre chose, la berceuse ne m'avait pas seulement emportée quelques semaines auparavant. Non, ses paroles étaient enracinées en moi depuis toujours...
« - Enfin, s'ils ne sont pas trop occupés à apprendre à manier la hache. »
Je n'eus le temps d'être choquée de cette remarque, que bientôt, le regard et la chevelure de jade s'estompèrent, pour de nouveau apparaitre. Ce n'était plus le visage de Sothis que je trouvai devant moi, ni ses oreilles en pointe. Mais ce visage m'était bien plus familier que je ne l'aurais souhaité. Et ce sourire, qui s'étira sur ses lèvres lorsque j'ouvris les yeux, mit à mal ma méfiance naturelle. Sa prestance m'écrasait.
« - Ma chère enfant, qu'il est bon de vous voir enfin ouvrir les yeux. »
Mon corps refusa de bouger. Que ce soit lorsque Rhea se pencha sur moi, ou bien lorsque ses doigts effleurèrent ma joue, je n'arrivai à faire le moindre geste. Je me demandais quel maléfice ou sortilège la femme m'avait jeté pour m'immobiliser ainsi, ou alors si sa seule présence suffisait à me paralyser. Mais en avais-je vraiment envie ? Souhaitais-je vraiment me libérer de ce contact ? Car malgré les paroles dures et cruelles et les propos qu'elle avait pu tenir, elle arrivait toujours à m'apaiser. C'était incompréhensible, comme si ma tête et mon cœur se livraient un duel, dont j'avais peur de voir la fin pour découvrir le gagnant.
« - Votre vie est si précieuse, chuchota la grande femme en caressant mes cheveux. Soyez certaine que je ferai exécuter tous les responsables de votre état. »
Un frisson me parcouru la colonne vertébrale, alors que le Dragon montrait enfin son vrai visage. Du moins, une partie de ce dernier. Je compris pourquoi mon père trouvait l'Archevêque effrayante, car derrière son sourire serein et ses yeux emplis de tendresse, se cachait une puissance et un désir de vengeance qui défiait même le mien. Je n'imaginais pas encore la cruauté dont cette femme pouvait être capable, mais elle était certainement à la hauteur du calme qu'elle arborait sans cesse derrière son expression toujours parfaite. Une telle force paraissait certainement effroyable, mais ce qui l'était encore plus, fut de constater à quel point elle et moi nous ressemblions. Mon chemin avait beau diverger du sien, j'avais cette pénible impression que mes pas s'emboitaient parfaitement dans les siens.
Et le plus terrifiant ? Fut de m'en sentir soulagée.
