Ah que coucou !
Me revoilà avec un nouveau chapitre, et tout plein d'OS ! On en est déjà au 41, oulala !
La review des review :
Eatoce : Oh, merci, je t'avoue que ce chapitre n'était pas mon préféré ! J'ai beaucoup aimé faire le début autour des enfers et du purgatoire parcontre ! :3 Sothis j'essaie d'être pointilleuse avec elle xD Histoire de la garder canon. Ashe j'essaie aussi de faire en sorte qu'il colle au jeux, mais je maitrise pas bien les autres personnages que les aigles je dois avouer ! J'espère que le prochain te plaira autant que celui là ! Mais je ne m'inquiète pas trop !
Mijoqui : Donc non, au début en italique c'est Sothis xD Elles ne sont passés qu'une fois au tutoiement ! Et plus jamais depuis ! Byleth aime pas rester dans son lit (surtout si El n'y est pas huhuhu) surtout à ne rien faire ! Pis bon personne n'aime rester cloué au lit surtout qu'elle a pas de switch ni rien ! Coucou Ashe, il reviendra :D Ah merci pour Rhea ! :D
Aro : Evidemment, Byleth ne peut que penser à El même dans cette situation ahah ! Faut croire que tu peux acheter le bon dieux ! XD Peut-être avec du chocolat. Pauvre Ashe, faudrait que je le fasse réintervenir de façon moins ... dure xD Et oui, sa phrase fait clin d'oeil aux enfants qu'elle pourrait avoir avec El... dans une autre vie XD
Lucina : Ahah, je sais la place qu'occupe Sothis dans ton coeur ! Merci d'être là !
Sur ce, enjoy !
Chapitre XLI - La Teinte du Carmin
Trois ciels sombres s'étaient lentement succédés aux rayons du soleil. Aujourd'hui ressemblait étrangement à demain, et demain, vaguement à hier. Le cours du temps semblait avoir été suspendu, figé, alors qu'il ne faisait qu'en fait s'écouler immuablement. La brise soufflait inlassablement sur les volets de la petite fenêtre de l'infirmerie, faisant claquer le bois. La lumière dorée perçait tous les jours à la même heure, et s'éteignait solennellement pour laisser à la nuit son court moment de gloire.
Le dispensaire n'avait plus aucun secret pour moi, j'en avais détaillé chaque recoin, avais compté chaque fiole posée sur les nombreuses étagères, me demandant bien trop souvent quels étranges breuvages certaines pouvaient contenir. Mon lit semblait être devenu mon tombeau, et les draps mon linceul. Chaque minute supplémentaire que je passais ici à ne rien faire me donnait l'amère impression de disparaitre. Mes pensées essayaient péniblement de prendre forme dans la brume nébuleuse de mon esprit, alors que ma conscience s'enracinait au moindre bruit que j'entendais dans les couloirs, bien trop calmes. Depuis plusieurs jours, Garreg-Mach semblait s'être endormi. Il ne me restait que douleur et solitude pour seules compagnes, à part les quelques fois où Manuela venait m'examiner pour s'assurer que j'étais toujours bien en vie, ou que je n'avais pas fugué de la pièce où l'on m'avait contraint à l'exil. Ignorant dans un premier temps ses allers-retours réguliers, elle était ensuite devenue l'unique centre de mon attention, bien malgré-moi. J'avais ainsi pu découvrir la doctoresse sous bien des aspects, ses yeux gonflés par les larmes, ou ses joues rougies par l'alcool. J'avais même appris à reconnaitre le bruit de ses pas à peine ses talons posés sur les dernières marches des escaliers menant à l'étage. Après avoir expressément et clairement fait par de ma volonté de n'être dérangée sous aucun prétexte, les visites de la chanteuse étaient presque devenues la seule chose que j'attendais de ces interminables journées.
Très rapidement, l'inquiétude des Aigles, qui uns à uns, étaient venus s'enquérir de mon état, devint insupportable. Tous me regardaient comme si j'allais m'éteindre, ou plutôt, comme si je l'étais déjà. Les visites d'Edelgard étaient les pires de toutes. Je n'arrivais définitivement pas à accepter de paraitre si faible devant la souveraine de l'empire. Si je me sentais pitoyable devant les autres, face à elle me sentais d'autant plus misérable. Respirer était la douleur de mon quotidien, dans lequel même me nourrir était une véritable torture. Mon corps entier semblait se disloquer chaque fois que j'essayais de me mouvoir. Je n'étais plus qu'une ombre, au mieux, un souvenir de moi-même.
« - Je peux comprendre votre frustration, compatissait mon infirmière personnelle, mais vous devriez être moins dure avec ces enfants. »
L'ancienne chanteuse de la compagnie Mittelfrank tendit un flacon de liquide rougeâtre à la lumière du jour qui perçait derrière la vitre de la pièce avant de s'approcher de moi.
« - Mais surtout avec vous même, souriait-elle maintenant. Buvez-ça. »
J'avalai le contenu du réceptacle sans poser de questions. De toute façon, il ne pouvait rien m'arriver de pire. Et pourtant... Le liquide me brûla la gorge, puis l'œsophage, avant de me donner l'impression de me consumer entièrement. J'entendis bientôt le cristal frapper le sol plusieurs fois alors que mes poumons crachaient leurs contenu péniblement. Si je pensais mon lot de souffrance à son maximum, c'était sans compter sur les étranges expériences de Manuela.
« - Bien, les plantes font leur effet, conclue-t-elle très rapidement. »
Mes yeux braquèrent ma collègue et l'expression satisfaite qui avait prit place sur son visage, avant que les effets de la décoction ne s'estompent et que je ne me détende enfin. L'air qui s'engouffra ensuite dans mes poumons et qui gonfla ma poitrine me parut plus pur que le souffle de la Déesse. Je respirai, pour la première fois depuis des jours. Je respirais.
« - Ne me remerciez pas, ceci est l'œuvre des élèves. »
Je levai un sourcil, peu sûre de comprendre. Ma dette ne semblait qu'être devenue un peu plus lourde.
« - Ashe et Edelgard ont passé une journée toute entière à récupérer des herbes médicinales sur les hauteur des montagnes d'Oghma, sans quoi, vous auriez du rester plusieurs jours de plus ici. »
Ils me désespéraient. Préférer perdre leur temps à faire de la cueillette plutôt qu'à se concentrer sur les examens qu'ils devaient bientôt passer. Je soupirai, et puis, réalisai. J'allais enfin pouvoir sortir de l'infirmerie.
« - Ne pensez même pas à soulever la lame de votre épée, professeure. »
Les paroles de Manuela s'évaporèrent sur ses lèvres aussitôt prononcées, tant je n'y prêtai pas attention. Je n'eus aucune honte à mettre un mot sur ce que je ressentais à l'instant. C'était de la joie. Celle de me sentir à nouveau libre.
/
Après seulement vingt-quatre heures, où je pus retrouver le confort de ma chambre, je fis vite fi des conseils de diva. Si je ne pouvais plus me battre, ou m'entraîner, alors je n'étais même pas utile à moi-même. J'avais déjà du céder mes Aigles à un autre professeur le temps de ma convalescence, ce qui était suffisamment frustrant. Quelle ironie, je m'étais même attachée à mon rôle ici. Certains de mes élèves devaient d'ailleurs se réjouir, un en particulier, car mon remplaçant était un professeur qu'il admirait tout particulièrement. Qui d'autres pour prendre la place d'une personne aussi froide et détachée que moi que Jeritza, le chevalier à la lance. Je me rappelais encore les paroles de Caspar à mon arrivée à Garreg-Mach, lors de mon premier jour de classe.
Je pestai, et levai mon épée, dont le poids semblait étrangement avoir doublé. La douleur dans ma poitrine était à la hauteur de ma lame, levée vers le ciel. Je grimaçai. La morsure de Magdred marquait encore profondément mes chaires, quelle déception. Lorsque s'abattu mon bras, mon arme s'écrasa sur le sol et mes doigts trouvèrent mécaniquement la source de mes maux, pour se resserrer sur mes vêtements avec colère. Seigneur, comment pouvais-je ne serait-ce que me regarder en face si tout ce qui me définissait avait éphémèrement disparu ?
« - Je savais bien que je vous trouverais ici, entendis-je. »
Je me retournai pour trouver le visage aux traits durcis de la future impératrice, prise sur le fait. Je ramassai mon épée, que je fis tourner dans ma main, avant de la dévisager, au moins autant qu'elle-même était en train de le faire.
« - Vous ai-je déjà dit que vous étiez déraisonnable ?
- Une fois. »
Je me positionnai de nouveau, mes pieds ancrés dans le sol terreux de la forêt environnant le monastère. La Déesse elle-même devait certainement ignorer par quelle puissance mystique Edelgard avait réussi à me trouver ici. J'avais pourtant fait en sorte de passer inaperçue, et avais surtout évité de croiser les élèves, toutes maisons confondues.
« - Me feriez-vous suivre, Edelgard ? Ou bien est-ce un hasard de toujours vous trouver sur mon chemin ? »
Son visage se fit un peu plus sévère, ses bras se croisèrent sur sa poitrine comme chaque fois que je la provoquais, ou qu'elle se sentait contrariée. Cette fois, c'était certainement un peu des deux.
« - Vous n'étiez ni dans votre chambre, ni sur le terrain d'entraînement. »
Evidemment, je n'allais pas m'exposer aux yeux de tous, dans l'endroit le plus convoité du monastère. Et même si je n'avais pas été blessée, le sol sableux du terrain aurait certainement été le dernier endroit où je me serais rendue. Je détestais la foule, et ça, la souveraine le savait bien.
« - Anna m'a informé vous avoir pu passer les grilles du monastère, reprit la princesse héritière. Il n'a pas été très difficile de vous trouver. »
Anna ? Je pris quelques secondes avant de mettre un visage sur ce prénom, puis me souvins. C'était la marchande qui se tenait toujours sur la place du marché. Son commerce, particulier, proposait des objets qu'il était difficile de dénicher ailleurs, et même certaines informations. Aujourd'hui, tout se monnayait. Il n'y avait plus rien, ou presque, que l'on ne pouvait s'offrir en échange d'un certain nombre d'écus, ou bien d'autres choses...
« - Que comptez-vous faire, professeure ? Gaspiller votre énergie en vous agitant vainement de la sorte alors que l'on vous a préconisé le repos ? »
J'ignorai ses paroles qui se voulaient presque acerbes et lui tournai le dos avant de frapper douloureusement l'air de ma lame. Mes muscles se tétanisèrent, mon estomac me rappela à l'ordre, mais je n'en montrai rien. Seule l'expression de mon visage qu'elle ne pouvait observer trahissait ma souffrance.
« - Ce n'est pas seulement à sa force que l'on mesure le talent d'un soldat. »
Devait-elle toujours avoir le dernier mot ? Ou bien était-elle née pour sans cesse m'agacer ? Dans un cas comme dans un autre, sa présence ici me dérangeait. De quoi se mêlait-elle, après tout ?
« - Qu'êtes vous-donc venue faire ici, Edelgard ? Etes vous venue vous enquérir de mon état ou cherchez-vous à me défier ?
- Vous êtes responsable des Aigles de Jais, professeure, me rappela ce dernier. Il est donc de votre devoir d'assumer cette responsabilité jusqu'au bout. Ou bien comptez-vous laisser la charge de votre classe au professeur Jeritza ? »
Je fis de nouveau face à l'Adrestienne dont le regard débordant d'arrogance me défiait. Qui essayait de provoquer l'autre ? Non, c'était bien autre chose. Armée de toute sa fierté, de son orgueil, l'héritière de l'empire me fit une nouvelle fois comprendre quelle était ma place à Garreg-Mach, et je ne pus m'empêcher de me rappeler où se trouvait la sienne.
« - D'autant plus que vous ne tiendriez pas plus d'une minute face à moi dans votre état. »
Ce n'était plus seulement son regard qui me défiait, mais toute sa personne. Je pouvais déjà sentir la colère monter en moi, et mon sang bouillonnant pulser dans mes veines. Je levai mon épée, avant de la planter férocement dans le sol. Ainsi, elle serait témoin de sa défaite.
« - Alors approchez, Edelgard, que je mesure la force de vos paroles, à moins que celles-ci ne soient vaines ? Montre-moi donc la profondeur de vos convictions ! »
Il n'y avait plus de retour en arrière possible, plus aucune hésitation. Dans son regard, ou dans le mien, nos yeux reflétaient notre détermination. Et si ces dernières se voulaient contraires, seule la victoire nous donnerait raison. Echoué était inenvisageable.
« - Très bien, accepta la blanche en prenant position. Il n'y a donc que la force pour vous faire entendre raison, ajouta-t-elle. »
Un sourire esquissa mes lèvres au moment où la future impératrice s'élança sur moi sans faire preuve de retenue. Le contraire m'aurait déçu, j'en attendais beaucoup de mon poussin, surement plus que jamais. C'était donc un duel à mains nues, et j'avais bien l'intention de l'écraser.
J'esquivai le plat de sa main droite d'un pas sur le côté. Ses jambes vinrent danser derrière les miennes, elle avait anticipé. Je fus agréablement surprise de constater qu'elle s'était souvenue de mes mouvements. Ce n'était pas la meilleure de mes élèves pour rien, mais il en fallait bien plus pour me déstabiliser. J'attrapai son bras directeur avant de frapper son abdomen et de la faire reculer de quelques pas. Je n'aurais su dire si le choc avait été plus dure pour elle que le geste n'avait été douloureux pour moi, car je grimaçai derrière le sourire qu'affichait mon visage. Si je ne faisais pas attention, je risquai de rouvrir mes plaies. Je n'eus pas le temps de penser aux conséquences de ce combat que je vis la cape vermeille onduler et ses cheveux danser lorsqu'elle s'élança de nouveau vers moi. J'observai ses jambes bouger avec grâce et légèreté, rapidité, tout ce qui faisait d'elle cet Aigle vif et intrépide que je me surprenais parfois à admirer. Mes yeux ne comprirent pas ce qu'il se passa ensuite, alors que je m'apprêtai à esquiver l'assaut de la princesse impériale et que celle-ci se retrouva dans mon dos en un éclair, frappant durement entre mes omoplates.
« - Que cherchez-vous à prouver, professeure ? demanda fièrement l'impératrice et son regard de glace. La seule personne que vous essayez de convaincre ici, c'est vous ! »
Je fis plusieurs pas en arrière pour prendre une distance raisonnable avec mon aigle. Ce coup était calculé et parfaitement bien placé. Je m'agaçai de ne pas l'avoir vu venir, j'étais beaucoup trop lente.
« - C'est tout ce que vous avez, Edelgard ? La provoquai-je de plus belle. Cette seule attaque était-elle donc à la hauteur de votre ambition ? »
Ses yeux froncèrent, mais je m'élançai sur elle la première. Il était hors de question que je la laisse placer un second coup. Je fis taire ma douleur en me concentrant sur ses yeux parme, et sur la flamme qui y brûlait ardemment, qui me donnait envie de me dépasser encore plus, de lui faire mordre la poussière. Je fis pleuvoir mes poings, qu'elle esquivait non sans difficultés, sans pour autant reculer ne serait-ce que de quelques centimètres. Quand était-elle devenue si forte ?
« - Pour accomplir ses objectifs, il faut déjà savoir rester en vie ! s'écria la blanche avec intensité.
- Pensiez-vous vraiment à vos objectifs lorsque le froid de l'acier vous a transpercé à ma place ? »
S'en suivit un échange où seul le bruit de nos paumes se rencontrant prit place dans la clairière de la forêt. Même les oiseaux s'étaient tût pour écouter la ténacité de nos propos, la force de nos idéaux marqués par nos blessures. Jamais Edelgard ne m'avait tenue tête de la sorte, physiquement, mais surtout mentalement. Je savais la souveraine refuser de plier devant moi. Elle était remarquable, et impressionnante.
« - Une souveraine doit aussi savoir se sacrifier pour son peuple ! »
Je fis un bond en arrière et sentis mes ongles s'enfoncer dans ma chaire. Ma frustration était telle que je ne sentais plus la douleur là où les flèches avaient profondément laissé leurs traces sur mon corps.
« - Votre peuple ? m'indignai-je. »
Je fulminai, et repensai à ses rêves, aux paroles de Rhea. Les deux vinrent très vite remplacer mes pensées et prendre place dans ma tête, imposant à mes yeux d'insupportables visions. Un avenir qu'il m'était impossible d'imaginer. L'aigle dans la gueule du dragon, dont le plumage carmin s'écraserait bientôt au sol. Inacceptable. Et s'il fallait la faire chuter pour l'empêcher de courir à sa perte, alors je préférais cent fois supporter sa haine que devoir vivre avec cette peine.
Je laissai son poing s'écraser dans mon abdomen pour saisir son bras et lui asséner à mon tour une puissante attaque entre les clavicules qui la fit chuter en arrière. Mon bassin vint se placer sur sa poitrine, mes genoux sur ses bras, entravant ses mouvements, alors que mes doigts enlaçaient fermement son cou. Il ne m'aurait suffit que de serrer un peu plus pour la priver d'oxygène, et lui extirper son dernier souffle de vie. Son regard autoritaire semblait s'être enraciné dans le mien.
« - Si vous voulez vraiment aller jusqu'au bout, devenez plus forte ! »
Je pouvais sentir ses poumons se gonfler irrégulièrement sous mes cuisses, et mes doigts, lentement, relâcher leur étreinte, au fur et à mesure que la douleur se répandait dans mon abdomen. Je sentais mon souffle difficile et saccadé, mon corps éprouvé. Elle n'avait pas été facile à maitriser, bien au contraire.
« - Vous êtes soudainement bien silencieuse, Edelgard.
- Vos cheveux, professeure. »
Mes yeux quittèrent les siens pour observer les quelques mèches désordonnées devant mon visage. Elles avaient perdues leur teinte bleuet pour s'abandonner à celle du Jade.
/
Le soleil réchauffait ma peau de son étreinte printanière à l'orée de la forêt. Adossées à l'écorce d'un vieux chêne, l'héritière de l'empire et moi-même étions devenues bien silencieuses. Chacune de nous tentait d'apaiser notre esprit, et de retrouver le calme dont nous avions toutes deux besoin pour pouvoir ne serait-ce que nous regarder convenablement, sans lueur de défi dans les yeux. Peu importait les circonstances, Edelgard et moi-même n'arrivions à mettre de côté ce besoin de confrontation qui nous animait en permanence.
« - Comment vous sentez-vous, professeure ? s'enquit l'Aigle de Jais en brisant enfin les murmures de la nature.
- Victorieuse. »
Je l'imaginais aisément sourire désespérément de ma réponse, ce qui ne fit qu'étirer le mien. Mon animosité avait déjà laissé place à la sérénité, alors que j'avais réussi à me prouver à moi-même que peu importait les blessures, je me relevais toujours. Mais à quel prix ? Je me tordais presque sur place alors que l'air que je venais d'expulser de mes poumons avait tâché mes mains.
« - Byleth, souffla l'impératrice en approchant de moi. »
Ses gants caressèrent le long de ma mâchoire alors que son regard distribuait de nouveau cette inquiétude sur le mien. Je laissai ses doigts effleurer mes lèvres et se tâcher de sang. A cet instant, je n'étais plus capable de la repousser, ni elle, ni la tendresse qu'elle me portait.
« - Vous ne m'avez jamais demandé d'explications, Edelgard, fis-je remarquer à mon aiglon.
- J'osais espérer qu'elles viendraient de vous-même, mais vous restez toujours si secrète, même lorsque je me confie à vous. »
Je fermai les paupières un instant pour apprécier l'attention de la blanche. Si elle avait jusqu'à maintenant respecté mon silence, commençai moi-même à ressentir ce besoin de faire un pas vers elle. Mais comment procéder ? Chaque fois que les phrases se formaient dans ma tête, elles s'évanouissaient sur mes lèvres. Comment pouvais-je décemment lui parler de l'étroit lien que je partageai avec Rhea, contre lequel je restais impuissante ? Comment lui avouer que la plus grande de ses ennemies, ne me laisserait jamais être la plus fidèle de ses alliés ?
« - Je dois avouer que je les préfère au naturel. »
J'ouvris enfin les yeux pour trouver une mèche de mes cheveux enroulée sur les doigts fins gantés de blanc de la princesse. Ma crinière avait de nouveau retrouvée sa teinte bleuet, et j'imaginai qu'il en était de même pour mes iris. Tout ça semblait tellement fou, mais était pourtant bien réel.
« - J'ignorais tout du lien entre ma mère et Rhea, murmurai-je en fixant un point invisible dans l'horizon. »
Je ressentais maintenant ce besoin de me justifier, pour la rassurer, ou bien pour me convaincre moi-même. Je voulais qu'elle comprenne que ce destin qui s'imposait à moi n'était pas de mon fait, ni même du sien. Alors que tout nous opposait, l'ironie du sort avait mis Edelgard sur mon chemin, de toutes les façon possibles. C'était cruel.
« - Vous devriez apprendre à contrôler ce don, professeure, laissa échapper la souveraine en libérant mes cheveux. Peut-être cela vous éviterait-il de vous retrouver encore ainsi.
- Et risquer de ne plus vous voir vous inquiéter autant pour moi ? M'amusai-je. »
Le plat de la main albâtre vint recouvrir les lèvres rosées de la jeune femme qui s'entre-ouvrirent sur un son que j'entendais pour la toute première fois de la sorte, mélodie des Dieux.
« - Qu'y a-t'il ? releva l'aigle que je ne quittais plus des yeux.
- Votre rire, lui avouai-je. Il est magnifique. »
Ses joues se teintèrent de cette délicate couleur qui faisait chavirer mon esprit, et redoubler mon cœur. Quand elle m'apparaissait ainsi, dépourvue de masque ou de toute forme de semblant, la terre semblait s'arrêter de tourner, le temps paraissait se figer, pendant d'interminables secondes.
« - Byleth, reprit plus sérieusement l'Aigle de Jais. Dorénavant, nous viendront ici une fois par semaine pour travailler votre magie, continua-t-elle en se relevant. »
Je l'imitai et poussai sur mes jambes pour me lever, attrapant instinctivement sa main au passage, comme pour m'assurer que je ne la verrais pas s'envoler subitement et disparaitre devant mes yeux. L'idée de passer plus de temps avec la blanche était bien loin de me déplaire, mais je ne cessais de me demander s'il se cachait autre chose derrière cette proposition qu'elle m'imposait.
« - Cela afin d'en apprendre plus sur mes forces, mais surtout sur mes faiblesses, n'est-ce pas ? »
Le regard de la future impératrice s'assombrit alors que son sourire reflétait presque le désespoir. Ses doigts entrelacèrent fermement les miens. J'avais vu juste, mais comment lui reprocher quand elle m'avait toujours fait part de ses craintes et de ses doutes quant à ma place sur l'immense échiquier de sa vie ? Moi-même ignorait de quelle couleur était teinté mon pelage.
« - Je me dois d'être parée à toute éventualité, ajouta l'oiseau d'un ton ferme. »
Je pris quelques secondes pour avaler ses paroles, sans oublier celles qu'avaient eu l'Archevêque quant à ses plans. Avais-je vraiment le pouvoir de la convaincre de tout arrêter ? Pouvais-je seulement lui demander de renoncer à ses ambitions qui avaient illuminé ou noirci son chemin depuis sa naissance ? Edelgard ne respirait que dans ce but, et lui demander d'abandonner ses projets, revenait tout simplement à lui ôter la vie, et à briser définitivement son âme. Quelle solution restait-il ?
« - Soyez sûre, Edelgard, que si vous devez un jour me trouver en travers de votre route, vous ne trouverez que la mort.
- Il en va de même pour vous, Byleth. »
Nous nous faisions une promesse supplémentaire, qui s'opposait à celle que l'on s'était soufflé dans l'obscurité de nos nuits échangés, et qui accompagnait les sentiments que l'on avait laissé s'exprimer, éphémèrement.
« - Mais j'ose croire que ce jour ne verra jamais la lumière. »
Une promesse que j'espérais, ne jamais avoir à tenir.
