Bonjour,

Je poste ce chapitre 42 avec une journée de retard, mais au vu de sa taille, je ne pense pas que cela soit très dérangeant. C'est assez exceptionnel, d'habitude je m'arrange pour que mes chapitres soient plus courts.

J'en profite également pour vous annoncer/informer que je vais peut-être faire une petite pause FF, et du coup, poster AI moins régulièrement. Je n'arrive pas à trouver la joie que j'avais auparavant d'écrire, de lire, et en ce moment, c'est un peu compliqué.

J'ai écris ce chapitre sur un bloc note planquée pendant mon boulot, donc il sonnera peut-être un peu différent des autres, et il y aura possiblement encore plus de fautes. Désolée.

La review des review (que je ferais courte car le chapitre est déjà assez long) :

Eatoce : Encore première. Je m'éterniserai pas car je t'ai déjà plus ou moins répondu par MP. J'attends avec impatience ton analyse de ce chapitre ahah ! Merci d'être là.

Arobyn : Tout d'abord, merci pour ta review, et ton suivi. J'espère que tu ne quitteras pas le navire en route. Je regrette le contexte actuel des choses, vraiment. Enfin, pour répondre à ta review, oui ca commence sombre, mais j'aime bien quand c'est sombre, comme tu le sais. Pour la position, elle vient d'un fanart que je ne saurais retrouver, et Byleth gagne toujours, ahah ! Encore merci.

Lucina : Les chapitres sortent tous les 10 jours en fait, donc aucun rapport avec le jour de la semaine. Même si je vais peut-etre temporairement allongé le rythme car j'ai besoin de respirer un peu.

Mijoqui : Je me rappel même plus des trois scènes dont tu me parles (coucou la droguée aux tramadols ahah). Elle a pas « encore » dit merci ! *clin d'oeil* J'ai beaucoup aimé imaginer et écrire la scène finale à la fin, avec le rire, et la promesse qu'elles se font... Merci pour ta review !

Bonne lecture, et à bientôt.


Chapitre XLII - Le Venin du Serpent

Les rayons du soleil vinrent très tôt frapper le monastère qui ne dormait déjà plus, ou bien était-ce seulement l'impression que donnaient les immenses murs labyrinthesques entre lesquels l'agitation résonnait. Si une chose était certaine, c'était que très peu d'élèves avaient sans doute fermés l'œil cette nuit, à Garreg-Mach. Et la journée qui venait de succéder à la nuit s'annonçait aussi longue qu'elle serait particulière.

Si beaucoup d'élèves voyaient demain comme ils avaient pu observer hier, aujourd'hui, tous avaient l'occasion de se rapprocher un peu plus des objectifs que certains rêvaient de ne serait-ce qu'effleurer. L'échec n'était permis pour aucun d'entre eux, peu importaient les raisons. Chaque étudiant de l'académie des officiers avait ses raisons d'être ici, qu'elles soient purement politiques ou personnelles. Lions, Cerfs, et Aigles, tous avaient quelque chose à prouver. Aux autres, ou à eux-mêmes.

Les examens au certificat de changement d'aptitudes avaient été organisés sur la semaine entière. Il était évident qu'une seule journée ne serait pas suffisante pour évaluer tous ces futures membres de l'élite. La moitié d'entre eux était d'ailleurs déjà considérée comme telle, de par les maisons dans lesquelles tous ces fils et filles-de étaient nés. Pour les autres, dont les origines étaient bien plus modeste, les enjeux de ces examens n'en étaient que plus importants.

Le silence était roi dans la salle de classe des Aigles de Jais. Seul le bruit des plumes imprégnant les parchemins d'encre était permis, étouffé régulièrement par le bruit de mes talons frappant le sol lorsque je circulais dans les rangs. Pour qui était habitué au vacarme régulier de ces oiseaux, ce calme était déconcertant. Cela faisant presque deux heures que ces poussins bûchaient, deux interminables heures. Car si pour eux, chaque minute était précieuse, à moi me semblait être une éternité perdue. Je n'avais définitivement aucune patience.

Je me retournai vers mon bureau pour croiser le regard sombre de Seteth, les traits durcis et l'expression sévère. Les trois maisons étaient surveillées par deux enseignants, personne ne prenait les choses à la légère en ce qui concernait cet examen. Il suffisait d'ailleurs de regarder le visage des élèves pour se rendre compte de la tension et de l'importance de cette évaluation. Celle-ci n'avait rien à voir avec les précédentes. Si d'habitude, certains de mes aiglons affichaient un air serein ou un excès de confiance, aujourd'hui tous arboraient la même expression austère. Même la future impératrice.

Je circulai entre les tables de bois une énième fois que je ne comptais plus, scrutant un à un chacun des aigles. Je passai près de la blanche qui ne leva pas une seule seconde le nez de sa copie. C'était à peine si celle-ci me remarqua, portant fièrement son éternel masque fait d'indifférence. Son vassal, lui, ne manqua pas de creuser un peu plus profondément ma tombe de son regard, lorsque je lui adressai le mien. Je contournai le rouquin de mon groupe dont la concentration était à la hauteur de son ambition, me surpris à trouver Linhardt encore éveillé griffonnant le papier, puis m'arrêtai au bureau de la Brigilène qui prenait soin de choisir chaque mot qu'elle encrait sur son parchemin. Son Fódlien semblait nettement meilleur qu'à mon arrivée ici, elle avait fait des progrès remarquables. Je repris mon tour de table, esquissai un sourire sur les cheveux ébouriffés de Caspar, sur le calme de Flayn, avant de m'arrêter de nouveau. Ma main se posa furtivement sur l'épaule tremblante de l'archère qui tressaillit à mon contact. Si mon but avait été de la rassurer de ma présence, il fut plus qu'évident de constater que mon geste eut l'effet inverse de celui que j'avais espéré. Enfin, je regagnai mon bureau et pris place aux côtés du second en chef de l'armée. D'ici, je pouvais parfaitement voir chacun de mes protégés, et je n'en pouvais plus de tourner en rond de la sorte. Il était évident qu'aucun d'entre eux ne tenterait de tricher, et encore plus que cela n'échapperait ni à moi, si au conseiller de Rhea. Et personne n'était assez fou pour prendre le risque de se faire foudroyer par l'un de nous.

Après de longue minutes qui là encore, me parurent durer des heures, le bruit des talons de la première victime de cet examen se fit entendre. Sans aucune surprise, mes yeux s'attardèrent sur les mèches blanches se soulevant et se mêlant aux ondulations vermeilles de la cape aux couleurs de l'empire. Les yeux parmes de cette dernière me fixèrent de leur intense couleur, avant que les gants blancs ne déposent délicatement le parchemin sous mon regard pantois. Tel était l'effet de la prestance de la future impératrice d'Adrestia.

Après cela, le cours du temps lui-même sembla s'accélérer, comme si le départ de la souveraine avait ouvert une faille dans ce dernier. L'ombre de l'impératrice ne tarda pas à venir me rendre à son tour sa copie, surement trop pressé de pouvoir suivre les faits-et-gestes de sa maîtresse, suivit de très près pas le lancier à la crinière de feu. Ma classe se vit dépossédée de mes élèves un à un, jusqu'au départ de Petra, près d'une heure après celui de sa déléguée. Et ainsi, prit fin la partie théorique de l'examen au changement de certificat d'aptitude des Aigles de Jais.

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La semaine s'annonçait longue et difficile, autant pour les élèves que pour les professeur réquisitionnés dans les duels prévus pour évaluer les aptitudes au combat des membres des trois maisons. Il n'y avait pas de place pour le repos. Même l'après midi qui suivit l'examen théorique fût animée par les coups échangés des futurs pugilistes. Caspar et Raphaël avaient tous les deux brillés contre Alois, l'ancien bras droit de mon père. Les deux individus que tout opposait à part leurs estomacs sans limites avaient su tenir tête à l'homme un peu potelet. Je fus d'ailleurs tout autant surprise des compétences du chevalier de l'ordre qui m'avait insupporté le peu de fois où je l'avais croisé. Ce n'était donc pas seulement un homme au ventre un peu opulent.

Si la présence de tous les professeurs et des élèves n'était pas requise aux épreuves physique d'art de la guerre, je me devais d'assister à tous les combats. Après tout, mon évaluation était probablement la plus importante de toutes, car je ne les notais pas seulement sur leurs aptitudes actuelles, mais sur leur évolution. Et si la victoire n'était pas le but de tous ces duels, en plus des capacités défensives et offensives de tous ces jeunes combattants, une attention particulière était portée sur la stratégie que chacun des élèves adoptait face à des adversaires bien plus aguerris qu'eux. La mienne d'ailleurs, se concentra d'avantage sur le duel opposant mon mage noir à Hanneman. Curieuse de voir si le jeune homme se dévoilerait, je fus obligée d'admettre que le mystère entourant ce garçon me perturbait plus qu'il ne l'aurait du. Son lien avec la future impératrice où sa façon de me condamner à brûler en enfer en permanence n'y étaient sans doute pas pour rien. Et sans surprise, je ne pus rien tirer de cet affrontement que je ne savais déjà: la démonstration de puissance qu'il nous offrait n'effleurait qu'à peine celle dont il était réellement capable. Et son esprit tactique défiait presque le génie du Cerf-d'Or qui avait affronté Shamir. Il ne faisait aucun doute que Claude et Hubert était les meilleurs tacticiens de Garreg-Mach, et que leur niveau dépassait même celui de la plupart des chevaliers. Si une guerre devait un jour être déclarée en Fódlan, le continent tout entier s'en verrait ravagé. Je ne fus pas la seule à assister aux duels de tous les aigles, et d'ailleurs des membres des trois maisons, car je n'avais pas manqué la présence d'Edelgard qui n'avait pas quitté le terrain d'entraînement des yeux une seule seconde depuis le début de la semaine. Alliés, ou bien futurs ennemis, la future impératrice ne laisserait rien au hasard.

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La tension était palpable sur le terrain d'entraînement, et certainement à la hauteur de la mienne. Le sang qui parcourait mes veines semblait être en ébullition. Rester calme, à ma place, simple spectatrice de la scène sur laquelle j'aurais du me tenir mit ma patience à mal et accentua la frustration que je ressentais maintenant depuis des jours. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine lorsque s'éleva dans les airs la silhouette de mon élève qui esquiva un coup d'estoc de l'épée de Catherine. Cette dernière ne lui laissait pas une seule minute pour souffler et enchainait les attaques qu'une à une, la Brigilène esquivait avec grâce et souplesse. Même les yeux fermés, j'aurais pu reconnaitre le bruit de ses mouvements à peine inaudibles. Petra jouait de sa rapidité et du terrain, glissait sur la couche de poussière que les précédents combats avaient soulevée. Je sentis tous mes muscles se tendre à la seule pensée que son adversaire aurait du être moi. Foutues blessures. Seteth et Rhea m'avaient tous deux interdit de participer à l'examen, pour la partie pratique du moins. Et maintenant que ce duel qui aurait du être mien se jouait sous mes yeux brûlant de mon désir de combattre, je me sentis encore plus inutile. Je devais faire taire mon instinct, tel un loup muselé privé de chasse. L'affrontement opposant les deux épéistes dura de longues minutes jusqu'à ce que le commandant en second de l'armée de l'Ordre n'annonce sa fin. Si mon Aigle de Jais crachait presque ses poumons, Catherine soufflait à peine. Ce chevalier semblait inébranlable, elle était impressionnante.

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L'astre solaire entamait sa chute sur la toile bleue, me faisait grâce de sa chaleur printanière qui venait caresser ma peau. Ma lame frappait l'air, dansait dans le vent, renvoyait les rayons dorés lorsque le fer vibrait entre mes doigts. Je m'accordai un moment de solitude avec moi-même, consciente que celui-ci ne durerait pas. Après avoir passé un nombre d'heure incalculable sur le terrain d'entraînement où seuls mes yeux avaient été sollicités, l'havre de paix que m'offrait la forêt était un luxe où chaque seconde me permettait de m'échapper.

« - Dois-je m'étonner de vous trouver déjà ici ?

- Et moi de ne vous voir arriver que maintenant ? »

Je ne pus empêcher mes lèvres d'esquisser un sourire pour répondre à celui qui illuminait déjà le visage de la future souveraine de l'empire. Mon regard se reporta ensuite sur la longue hache de fer que mon aigle tenait entre ses mains, et me rappela la raison de sa présence ici.

« - Je m'entretenais avec Petra, commença la blanche en se plaçant face à moi. Je tenais à la féliciter pour sa prestation. »

Je n'avais pas oublié à quel point Edelgard aimait l'acharnement, et Petra était la définition même de ce mot. Il ne faisait aucun doute que l'Adrestienne avait beaucoup d'estime pour la jeune insulaire, et que celui-ci était réciproque.

« - Vous n'avez manquez aucun des duels.

- Cela vous surprend-t-il ? »

Absolument pas. Je savais exactement ce qui se passait dans la tête de la jeune souveraine, et elle n'avait pas assisté à tous les combats dans un but bienveillant, bien au contraire. Comme elle me l'avait si bien dit, elle devait se parer à toute éventualité.

Je m'élançai vers mon nouvel adversaire lorsque ce dernier fit un geste de la main pour me faire signe. Qu'il était agréable d'entendre le bruit du métal s'entrechoquant, surement plus que celui de mon épée pourfendant l'air. Je sentais toute la tension accumulée depuis notre dernier combat ressortir à la seule façon dont mes doigts se serraient sur la poignée de mon arme. J'avais assez d'énergie pour briser le fer de sa hache en éclat d'un seul coup de taille. Je devais tout de même reconnaitre le choix de son arme des plus stratégiques. Le fer étant moins dense que l'acier et l'argent, il lui permettait plus de rapidité et plus de précision, au détriment de la force. Face à moi, cette technique était bien la plus réfléchie.

« - Est-ce tout ce que vous avez là, Edelgard ? m'exclamai-je quand elle bloqua ma lame avant de reculer.

- Dois-je vous rappeler que vous êtes encore convalescente, Professeure ?

- Depuis quand vous souciez-vous du fait de me ménager ou non ? »

Je ne lui laissai le temps de répondre que j'enchainai avec plusieurs coups d'estocs qui firent prendre encore plus de distance à l'aigle qui ne pouvait que m'esquiver. La précision d'une épée pouvait déstabiliser le plus compétant des guerriers. Nous continuâmes un moment comme ça, avant de reprendre nos souffles.

« - Je pense que vous n'avez plus rien à apprendre sur le maniement d'une épée, Professeure, affirma la déléguée en posant le dessus de sa main sur sa hanche. Et vous savez que nous ne sommes pas ici pour ça.

- Vous êtes seulement ici pour en apprendre plus sur la magie que je possède, répondis-je. Mais dites moi plutôt, Edelgard, est-ce pour moi ou bien pour vous que vous êtes là ?

- Ne le prenez pas ainsi, Professeure. Je ne vous ai jamais caché mes intentions.

- Peu importe, pestai-je. Quoique vous puissiez découvrir, je vous ferai toujours plier.

- Je vous trouve bien sûre de vous. N'êtes vous pas la première à nous apprendre qu'il ne faut jamais sous-estimer son adversaire ? »

Elle n'avait pas tort, mais je m'étais jurée de ne jamais la laisser me battre, elle ou quiconque. Et même si son regard me foudroyait maintenant de son orgueil et de toute sa fierté, elle en avait parfaitement conscience. C'était d'ailleurs pour cette raison précisément qu'elle ne cessait de me défier. Et la réciprocité était encore plus vraie.

« - Admettez-le, même dans mon état, vous êtes incapable de me mettre à terre. »

Ses traits se durcirent quand ses sourcils froncèrent. Je ne pouvais m'empêcher de la provoquer, de la défier, en permanence. De la pousser à bout. Car c'était bien la seule façon pour moi de la rapprocher de son but. J'étais son professeur, après tout, et je savais pertinemment que veiller sur elle ne serait jamais suffisant, et que ce n'était pas mon rôle.

« - Un jour viendra où vous regretterez d'avoir tenus pareils propos.

- Seigneur, son Altesse est outragée ? »

Ce fut son tour de ne me laisser le temps de répondre, que la future impératrice se jetait déjà sur moi, la hargne marquée sur sa peau d'ivoire. Mes paroles semblaient résonner dans chacune de ses attaques que je parais une à une. Malgré la rage qui accompagnait ses gestes, Edelgard ne se laissait pas déstabiliser. Elle avait vraiment l'étoffe d'une souveraine. Et cela me fit une fois de plus me demander quelle pourrait être ma place à ses côtés. Sa force et la mesure de ses ambitions étaient si grandes que cela ne laissait d'espace à rien d'autre qu'à elle-même.

« - Je suis Edelgard von Hresvelg, future impératrice d'Adrestia, et je ne laisserai personne me sous-estimer de la sorte, hurla presque la blanche."

Sa hache s'éleva dans les airs avant de s'abattre sur moi avec fureur. Mes pieds glissèrent sur le sol lorsque l'acier de ma lame vint faire obstacle au fer de la sienne. Je venais de rallumer des braises qui ne s'étaient jamais éteintes. Comme je l'avais espéré. Si je pouvais affirmer une chose, c'était que la relation qu'Edelgard et moi partagions était intense, et ce sous tous les aspects possibles.

Tous ses gestes reflétaient sa détermination et son désir de vaincre. Plus encore, de m'écraser. Elle ne me laissait pas une seule seconde de répit pour que je puisse placer un coup, et ce n'était pas en faisant preuve de retenue que ma lame percerait le mur que les attaques de sa hache avaient élevé devant moi. Malgré sa position offensive, elle ne me laissait aucune ouverture. Je devais passer à la vitesse supérieure.

Sa prochaine attaque ouvrit la faille dans ses défenses. Le plat de mon épée glissa sur le tranchant de la hache en nous offrant une traînée d'étincelles. Je bloquai mon arme sous la courbe de la sienne, avant de glisser les doigts sur l'extrémité de la mienne. Lorsque le métal froid rencontra la chaleur de ma peau, je reculai les épaules pour attirer l'aigle vers moi et plaçai rapidement ma jambe derrière les siennes pour la faire chuter et la désarmer au passage. L'arme lourde percuta le sol sous les braises parme qui m'incendièrent.

« - Vous mettez tant d'énergie à me prouver que vous êtes la plus forte, professeure, mais c'est pourtant bien autre que vous qui se tenait sur le terrain d'entraînement ce matin. Ou à votre place la semaine passée. »

Mes phalanges rencontrèrent le sol terreux lorsque la cape rouge de l'Adrestienne ondula sous mes yeux quand elle m'esquiva d'une roulade sur le côté. Je l'entendis se relever, et plantai mon épée dans le sol. Il était hors de question que je mette à terre une personne désarmée, mais pendant une vrai bataille, elle serait déjà morte entre mes mains. Elle avait ce don, celui de me mettre hors de moi en ouvrant à peine la bouche. Pour ce qui était de la provocation, il n'y en avait pas une pour rattraper l'autre, et la tension qui en ressortait était à la hauteur de toute l'estime que je lui portais, et que je ne lui avouerais jamais.

« - Ouvrez-les yeux, et admettez que la situation vous échappe. »

Son arrogance m'irritait autant que les aiguilles de pin qui s'étaient glissées sous ma cape. J'attrapai sa main quand celle-ci effleura mon visage. Son souffle s'échappa près du mien, ses yeux s'enracinèrent dans mon regard. Son genoux percuta mon abdomen avant qu'elle ne tourne sur elle-même pour se libérer et m'envoyer son coude entre mes côtes. En quelques secondes, je perdis mon équilibre, et nous nous écrasâmes douloureusement au sol.

« - Vous n'avez toujours pas compris ? m'interpella la souveraine en ramenant une mèche de mes cheveux devant moi. Ce sont vos émotions. »

J'écarquillai les yeux devant son sourire satisfait, et restai stupéfaite de sa manipulation. Edelgard n'était pas seulement arrogante, mais se révélait également calculatrice. Sacré bout de femme, pensai-je alors.

« - J'ai gagné, affirma l'aigle à califourchon sur mon bassin.

- Pas tout à fait, rétorquai-je en baissant à peine les yeux.

- Quand avez vous... ? »

J'entendis la future impératrice souffler lorsqu'elle remarqua la petite lame de métal au pommeau bleu que je lui avais subtilisée, pointée sur son abdomen. Je n'avais pas manqué d'observer qu'elle l'avait toujours accroché à la taille, planquée dans son dos. Et il aurait été indigne pour une mercenaire de mon rang de ne pas utiliser le joker que mon adversaire m'offrait pour remporter la victoire.

Je poussai sur mes coudes pour me relever quand l'Aigle de Jais saisit la petite arme pour la ranger dans son fourreau après l'avoir observé quelques instants. Dure devait être la défaite, mais pas seulement. Pendant quelques secondes, son esprit sembla ailleurs.

« - Garder cette arme sur vous à précipiter votre défaite, chuchotai-je.

- Je ne me sépare jamais de cette dague. »

Son regard m'interpella, au moins autant que l'expression de son visage.

« - C'est à un cadeau qui me vient de Dimitri, de l'époque où je vivais au Royaume. »

Encore le prince de Faerghus, désespérai-je. Même si j'étais dans un premier temps agacée d'entendre le prénom du lion, je me sentis ensuite rassurée de l'entendre se confier à moi, encore une fois. Malgré toutes les tensions apparues entre la future impératrice et moi, malgré ses doutes, malgré les miens, j'aimais croire qu'elle me faisait toujours confiance. Si à certains cela pouvait paraitre risible, à moi, représentait beaucoup.

« - El. »

Ses prunelles irradièrent sur moi lorsque son surnom s'échappa de mes lèvres entre-ouvertes. Combien d'hommes étais-je prête à tuer pour avoir l'occasion de voir son regard s'illuminer ainsi chaque jour ?

Je poussai un peu plus sur mes avant-bras pour me relever. Mes doigts vinrent effleurer son visage avant de le saisir. Une main longea sa joue pour passer derrière sa nuque, l'autre dans son dos. Je m'approchai, et fis ses lèvres miennes. Mon cœur se mit à battre violemment dans ma poitrine, assez pour entendre ses assauts résonner dans ma tête. Ces derniers ne se firent qu'un peu plus intenses lorsque la langue de la souveraine vint trouver la mienne en glissant dans ma bouche. J'entourai sa taille, collait son bassin contre le mien, et me rappelai ô combien je la désirais. Je me fis violence, chassai toutes mes pensées, car à cet instant, j'avais terriblement envie d'elle.

« - Quelqu'un pourrait nous voir, Edelgard, soufflai-je avant de reprendre mon souffle. »

Plus qu'un fait, je devais trouver un moyen de mettre fin à cet échange dangereux, et de faire taire mes pulsions animales qui me hurlaient de l'allonger sur le sol, ici et maintenant, de la faire mienne, avec le ciel et le soleil pour seuls témoins.

Je sentis la chaleur des cuisses de la future impératrice quitter les miennes. J'observai sa cape retomber sur son épaule, puis saisis la main qu'elle me tendit pour me relever.

« - Vous portez toujours des gants, Edelgard, lui fis-je remarquer en resserrant mes doigts. Avez-vous peur que vos cicatrices ébranlent votre image de souveraine ? »

Cette dernière resta silencieuse de longues secondes, avant de me répondre.

« - Je suis la seule héritière de l'empire. La dernière, plus précisément, corrigea l'aigle. Je refuse que mon peuple me considère seulement ainsi.

- Je doutes que les autres aient une telle image de vous.

- Et vous avez probablement raison. J'ai tout fait pour être digne du titre dont j'ai hérité. Je ne l'ai pas seulement porté, j'ai également prouvé que je le méritais. »

Si je trouvais déjà la beauté d'Edelgard incroyable, celle de son âme l'était encore plus. Et la grandeur de celle-ci n'avait rien à envier à celle des plus grands souverains. J'avais parfaitement conscience que les ambitions de personnes telle que la future impératrice pouvaient les mener loin, ou au contraire, causer leur chute prématurément. C'était bien cette seconde option, qui m'effrayait.

« - C'est également pour cette raison que je n'échouerai pas demain, reprit l'Adrestienne en regardant le monastère dessiné dans les montagnes d'Oghma. Je serai Lord, quoiqu'il arrive, mais ça ne sera pas uniquement par succession. »

A qui cette femme avait-elle encore besoin de prouver sa valeur ? Certainement pas à moi.

/

Je peinai à arriver jusqu'au terrain d'entraînement tant la foule était dense. Evidemment, celui-ci ne pouvait accueillir l'ensemble des élèves, professeurs et chevalier, et nombreux étaient les spectateurs voulant assister aux duels des trois futurs souverains des nations de Fódlan. Certains visages m'étaient même inconnus, et je n'aurais pas risqué grand-chose à affirmer que des visiteurs s'étaient rendus à Garreg-Mach uniquement dans le but d'assister aux duels de leurs futurs dirigeants. Tout ce monde était insupportable, particulièrement pour moi, et encore plus lorsque je me heurtai à une masse dont l'odeur m'était plus que familière. Je levai les yeux et soupirai avant de contourner le mastodonte. Je n'avais pas revu l'homme depuis sa visite furtive à l'infirmerie durant laquelle j'eus du mal à décrocher deux mots.

« - Tu n'encourages pas ton vieux père ? »

Mon corps se figea avant que je me retourne et me confronte aux yeux alezan du mercenaire.

« - T'encourager ? répétai-je.

- Tu n'es pas au courant ? Rhea m'a désigné pour affronter la blandine de l'empire, marmonna la bête en se frottant nonchalamment le menton comme il avait l'habitude de le faire lorsque quelque chose l'ennuyait. »

Je mis une minute à assimiler les paroles de mon père. Gilbert devait être l'adversaire de mon aigle, pourquoi diable l'Archevêque aurait prit cette étrange décision ? Je ne comprenais pas. Les deux hommes étaient peut-être des armoires à glace, ils ne se battaient pas du tout de la même façon, et je n'avais définitivement pas préparé Edelgard à combattre un mercenaire du niveau de Jeralt.

Je me ruai à travers la foule, ne prenant la peine de m'excuser auprès des personnes que je bousculai régulièrement. Il fallait que je la trouve. J'approchai enfin les grandes portes du terrain, non sans mal, et m'engouffrai à l'intérieur avant d'enfin apercevoir mon élève, attendant patiemment que la lionne au pelage rose ne termine son combat.

« - Edelgard ! l'interpelai-je en plaçant ma main sur son épaule mécaniquement. »

Je repris le souffle dont la foule m'avait privé avant de planter mon regard sérieusement dans le sien.

« - Mon père. Vous allez affronter mon père. »

Mes paroles n'effleurèrent ni le calme ni le sang-froid de la princesse impériale. Fidèle à elle même, celle-ci ne laissa transparaitre aucune émotion, ou bien cette nouvelle information ne l'ébranlait pas le moins du monde. Comme elle l'avait si bien affirmé la veille, elle n'échouerait pas. Peu importait son adversaire. Voila ce que reflétaient maintenant ses yeux: l'assurance de ressortir victorieuse. L'Adrestienne avait bien conscience qu'il lui était inutile de mettre son adversaire hors de combat, il lui suffisait simplement de lui tenir tête et de montrer de quoi elle était capable. Mais face au briseur de lames, combien de temps pourrait-elle tenir avant de plier ? Je n'eus le temps de me poser plus de question, la voix de Seteth s'éleva dans les gradins, annonçant la fin de l'affrontement en cours, et précipitant le début du prochain. Le sien. Elle était la dernière à passer.

« - Tout ira bien, affirma calmement l'Aigle de Jais. J'ai eu un excellent professeur. »

Son sourire se voulait rassurant, mais je ne pouvais empêcher les images de mon père combattant bestialement ses ennemis de ressurgir dans ma tête. Malgré ça, je devais lui faire confiance.

« - Edelgard, sachez qu'aujourd'hui, je ne suis pas seulement là en tant que professeur. »

Ses lèvres s'étirèrent un peu plus. Elle avait parfaitement comprit ce que mes mots signifiaient, pour elle, mais surtout pour moi.

« Edelgard von Hresvelg ! »

Et son tour arriva. Je pris place sous les préaux du terrain d'entrainement, théâtre du dernier affrontement qui clôturerait les examens de changement de certificat d'aptitudes, suivant du regard mon aigle qui se plaça au centre de la scène. Et puis, mon père fit son entrée, revêtu d'une armure de chevalier aux couleurs de l'Ordre de Seiros, dont le blason ondulait fièrement sur la cape blanche qui retombait dans son dos. Je fixai ce dernier de longues secondes, presque sûre de comprendre pourquoi l'homme était ainsi accoutré. Une discussion entre nous allait devoir s'imposer.

J'observai les nombreux individus venus s'agglutiner dans l'ombre du terrain. Des nobles, beaucoup de nobles, des professeurs, et surement aussi tous les chevaliers. Rhea était là également, à l'écart derrière Seteth qui allait annoncer le premier assaut, accompagné de la jeune sœur de ce dernier. Plus loin, Claude et Dimitri étaient venus observer la scène, et la performance de la future impératrice. Si le Lion de Faerghus était peut-être ici pour soutenir sa sœur, je savais que le Cerf ne faisait qu'amasser diverses informations sur les meilleurs combattants de Fódlan, en parfait stratège qu'il était. Je remarquai aussi Hubert, en face de moi, de l'autre côté du terrain, qui me surveillait au moins tout autant qu'il regardait sa souveraine, sinon plus encore. Quoiqu'il en fut, tous les regards était maintenant braqués sur Edelgard. Y comprit le mien.

Pour ce combat particulier, la jeune femme avait revêtu la tenue typique des combattants. Le talon de ses bottines avaient laissé place au plat de bottes souples remontant sur ses genoux. Son uniforme et sa cape rouges avaient été remplacé par une armure de cuire, renforcée sur la poitrine et les épaules. Des gants dans la même matière que le reste de son équipement couvraient ses mains, ne laissant apparaitre que les dernières phalanges de ses doigts, et remontaient jusqu'au niveau de ses coudes, les bras laissés à nu. C'était la première fois que je voyais Edelgard dans cette tenue, sans ses dorures, et malgré tout, elle dégageait toujours autant de charisme et de prestance, même habillée comme une simple guerrière.

Le choix de son arme avait été murement réfléchi, une hache en argent. Bien plus courte, mais bien plus lourde que celle de fer. Elle perdait en rapidité, mais gagnait en force. Face à un adversaire tel que Gilbert ou Jeralt, c'était sans doute la plus adaptée. Contrairement à moi, les hommes étaient plus grands, plus costauds, mais aussi plus lent, et une hache en fer n'aurait pas tenu quelques minutes contre leur puissance brute. Gilbert était un chevalier très respecté, dont les compétences n'étaient pas à remettre en question, mais mon père... C'était un monstre. Intelligent, et fin stratège, il avait su faire de toutes ses faiblesses des avantages. Je n'avais jamais trouvé de faille pour le battre, et tous nos affrontements s'étaient toujours terminés par ma défaite. J'avais beau connaitre ses stratégies et ses mouvements par cœur, la fin restait toujours la même.

« - Vous pouvez commencer ! »

Les deux individus décrivirent lentement des mouvements circulaires sur le terrain en ne cessant de se fixer. Mon père avait son sourire sur les lèvres, celui qui précédait toujours un combat qu'il savait être épique. Quant à Edelgard, elle jaugeait l'individu sans se précipiter. Mon poussin avait bien apprit de ses leçons, j'espérais que cela soit suffisant, mais surtout que mon père saurait faire preuve de retenue. On ne l'appelait pas le briseur de lame pour rien, et cette réputation venait du fait que peut importait l'arme de son adversaire, celle-ci se brisait en éclat sous la puissance de ses assauts.

La poussière se souleva sous les bottes métalliques de l'homme en armure qui se jeta à une vitesse impressionnante sur mon oiseau qui para de justesse avant de reculer de plusieurs mètres. Ce que je craignais était en train de se produire, le mercenaire prenait du plaisir à combattre la blanche, et il n'avait pas l'intention de la ménager. Qui avait quelque chose à prouver ici ? Lui, ou Edelgard ?

Mon Aigle tenta un coup mais l'homme aux cheveux châtain le contra avec une facilité déconcertante avant de propulser le rapace à une distance qu'il réduisit aussitôt en attaquant à son tour. Mon élève esquiva, la lame fit trembler le sol à sa rencontre, et le sourire sur le visage de mon père s'étira un peu plus quand sa cape aux couleurs de l'église retomba. L'aiglon s'était changé en proie, qui ne pouvait que désespérément tenter d'échapper aux crocs du loup affamé. Je serrai les dents, les poings, et ne manquai une seule seconde de ce spectacle. A ce rythme, la princesse héritière allait finir essoufflée avant même d'avoir pu ne serait-ce que tenter d'effleurer mon père. Pourquoi était-ce tombé sur lui ?

Je suivis les mouvements de mon aigle qui s'époumonait en échappant aux assaut de la bête, avant de remarquer l'Archevêque, les lèvres finement étirées, et ses yeux de jade, braqués sur moi. Etait-ce son œuvre ? Si je doutais jusqu'à maintenant, son air particulièrement satisfait lorsque nos regards se rencontrèrent me conforta dans cette idée. Quelle était son attention, s'acharner sur Edelgard, ou bien était-ce moi, la cible de cette mascarade ? Je pestai, avant que mon attention ne se reporte sur le duel, attirée par le bruit des métaux s'entrechoquant.

L'Aigle de Jais venait de parer une attaque frontale de Jeralt sans reculer. Le manche de la lame d'argent faisait obstacle à la courbe de l'acier. Les images de notre dernier affrontement me revinrent aussitôt en tête, elle allait reculer, et puis... Mon souffle se bloqua dans ma poitrine quand la future impératrice tourna sur elle même dans un jeu de jambes souple et rapide. Sa silhouette disparue quelques secondes derrière celle de mon père, mon cœur accéléra dans ma poitrine, et enfin... Edelgard fut de nouveau propulsée à plusieurs mètres de son adversaire. Comment diable avait-il pu si vite lire ses mouvements ? La réponse m'interpella. C'était parce que j'aurais fais exactement la même chose.

« - Tout va bien se passer, entendis-je. Edelgard a bien trop de fierté pour se laisser écraser si facilement. »

Je tournai et baissai la tête avant de rencontrer les prunelles incarnadin de la petite cerf d'or qui approcha de moi, les yeux rivés sur le spectacle.

« - Aaaaah, il ne devrait pas être autoriser de faire combattre les élèves de la sorte. »

La précédente combattante nous rejoignit bientôt, les joues encore rougies par les efforts, dans la même tenue que celle que portait mon poussin.

« - Regardez mes bras, Professeure, pensez-vous réellement qu'ils devraient porter une arme si lourde ? »

Je ne répondis à cette question qui n'en était pas vraiment une. Hilda avait consciemment décidé de passer cette spécialité, et d'après les échanges que j'avais pu intercepter en arrivant, elle s'en était sortie haut-la-main contre Gilbert.

« - Pourquoi l'église a-t-elle désigné un second professeur pour ce combat ? marmonna la plus jeune des deux biches.

- Peut-être était-il épuisé après nous avoir combattu Dedue et moi, proposa la rose. »

Personne n'était convaincu, et certainement pas moi. Lysithea non plus, d'ailleurs, car son air sérieux ne laissait guère penser à un hasard. C'était un test, j'en étais persuadée, et me demandais toujours à qui il était réellement destiné.

« - Oh. »

Je relevai la tête. Mes yeux écarquillés redessinèrent les courbes des mèches blanches qui se soulevèrent dans le vent. J'aperçu les prunelles parme brûler ardemment, avant d'être éblouie par les rayons du soleil. Je ne pus me demander comment Edelgard avait réussi à s'élever ainsi au dessus des deux mètres de taille que représentait mon père, que le vacarme provoqué par la rencontre entre la lame d'argent et le manche d'acier capta toutes mes pensées. Le mastodonte fit un pas en arrière, puis un deuxième, quand les bottes de l'aigle caressèrent de nouveau le sol terreux. Et ça ne s'arrêta pas là. Un genoux à terre, la jambe fléchie, l'Adrestienne poussa sur ses cuisses pour enfoncer douloureusement ses épaules dans les côtes du mercenaire déstabilisé pour le faire reculer un mètre plus loin. Les joues de mon aigle avaient perdu leur teinte ivoirine, bouche grande ouverte, canines apparentes, ses poumons semblaient tenter de se remplir douloureusement. Quant à sa rage, je l'entendais s'échapper silencieusement et prendre entièrement possession d'elle.

« - C'est terminé ! »

La foule se tût, avant que des chuchotements ne se firent de nouveau entendre. Les voix se mêlaient tant les unes aux autres que je n'arrivais à comprendre aucune des conversations. Mais ce qui sortait le plus souvent des bouches de tous les spectateurs ahuris, c'était son nom. Edelgard von Hresvelg. Future impératrice d'Adrestia.

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L'archevêque, les chevaliers, ainsi que l'ensemble des professeurs furent rassemblés l'après-midi qui suivit l'examen des futurs combattant maniant la hache. Toute l'assemblée s'était mise d'accord sur le fait que chaque membre des trois maisons avait réussi la partie pratique de leur évaluation. En ce qui concernait le théorique, j'avais la veille au soir terminé de corriger la dernière de mes copies. Hanneman, Manuela et moi-même nous étions distribués un tiers des parchemins aléatoirement, et anonymement. Il n'y avait qu'un numéro pour identifier les élèves, et ce afin d'éviter d'être influencés. J'avais reconnu l'écriture très brouillonne de Caspar, et les boucles délicates de Dorothea. Je me souvins également avoir sourit sur la plume de l'aigle qui avait plusieurs fois partagé mon lit. Je connaissais maintenant assez bien mes élèves pour connaitre leurs empruntes. Les fautes de langue de Petra, par exemple, ne pouvaient échapper à mon œil, pas plus que la façon très terre-à-terre et parfois sombre qu'avait Hubert de tenir ses discours, à la différence de Ferdinand, qui lui, voyait du bon partout et dont la copie rayonnait ainsi de positivité, peu importait le sujet évoqué. A l'unanimité, nous décidâmes que tous les élèves avaient validés, et certains non sans mal, leur examen. Il ne restait maintenant plus qu'à annoncer la bonne nouvelle à tout le monde.

Les élèves avaient tous été rassemblés dans les salles de classe de leur maison. Je me dirigeai maintenant vers celle des aigles. Je n'avais jamais trouvé notre étendard flotter aussi dignement devant nos portes. Je n'avais pas honte de le dire, j'étais très fière de mes protégés. De chacun d'entre eux.

« - Professeure ? M'interpella une voix rauque. »

Je me retournai après avoir franchie les portes du hall de réception pour rencontrer une silhouette qui m'était bien familière, tapis dans l'ombre que la chute de l'astre solaire sur le ciel avait créé un peu partout à Garreg-Mach. Le regard froid et assassin du jeune homme était aussi aiguisé que ma lame.

« - Vous n'êtes pas avec les autres, Hubert ?

- Participer aux célébrations ou aux festivités n'a jamais fait partie de mes attributions, Professeure. D'autant plus que je désirais m'entretenir avec vous. »

Son calme était presque dérangeant, au moins autant que sa façon de s'adresser à moi et de me regarder comme si j'étais déjà morte.

« - Je tenais à vous rendre ceci. Il me semble que cela vous appartient. »

J'attrapai le parchemin froissé et plié négligemment que j'aurais pu reconnaitre entre milles, mon regard ne décrochant pas une seule seconde du sien.

« - Inutile de vous demander pourquoi je l'ai en ma possession, me souffla l'homme qui sembla lire mes pensées. Je l'ai trouvé alors que je veillais à la sécurité de Dame Edelgard, il y a plusieurs nuits de cela déjà. »

Ses prunelles vertes reflétaient son assurance tout comme son désir de me voir disparaitre. Je n'avais plus aucuns doutes là dessus. Pour le vassal de l'héritière Adrestienne, je ne représentais qu'un danger, une nuisance dont il fallait se débarrasser au plus vite.

« - Soyez sans crainte, je n'en ai eu aucune utilité, ni moi ni personne d'ailleurs.

- Pourquoi ne pas me l'avoir rapporté plus tôt dans ce cas ?

- Pourquoi ? s'étonna-t-il. Car vous observer aurait été bien moins intéressant, sourit sournoisement le mage noir. »

Cet individu ne m'inspirait que la méfiance, et la réciprocité était encore plus vrai. Et pourtant, lui et Edelgard semblaient si proches. Peut-être trop. La loyauté du fils Vestra pour sa maitresse était telle qu'il était prêt à tout pour s'assurer qu'elle atteigne ses buts. Peu importait qui il devait faire disparaitre. Il me l'avait plus d'une fois fait comprendre.

« - Aussi grande puisse-être votre affection pour son Altesse, Professeure, et la sienne à votre égard, sachez que vous n'êtes qu'un obstacle qu'il me serait très aisé d'éliminer, pour son bien, et pour le votre. »

Mon sang se glaça dans mes veines. Un frisson parcouru ma colonne vertébrale comme lorsque j'affrontai de puissants adversaires. Il était indéniable que Hubert en était un, et ses menaces n'étaient pas prononcées à la légère.

« - Edelgard ne vous le pardonnerait jamais, lui lançai-je.

- Je n'ai pas besoin du pardon de Dame Edelgard, mais seulement de la voir accomplir ses rêves. Quoiqu'il puisse arriver, je serai toujours dans son ombre pour veiller à ce que personne ne se mette en travers de sa route. »

Ma main chercha mécaniquement le pommeau de mon épée, accroché à ma taille, ce qui étira le sourire vil du plus stratège des aigles. Celui-ci laissait tomber ses plumes pour se révéler à moi tel qu'il était réellement. Un manipulateur, et un parfait assassin.

« - En tant qu'ami, Dame Edelgard me ferait certainement exécuter, souffla le jeune homme. Mais en tant que conseiller et ministre de la maison Impériale, reprit-il, son Altesse sait qu'elle ne peut pas se le permettre. »

Ses paroles menaçantes suintaient le danger, assez pour devoir retenir ma main prête à brandir ma lame pour lui trancher la gorge. Je ne savais si je devais le considérer comme mon élève, ou bien comme mon ennemi. Probablement les deux à la fois. Si je m'étais jusqu'à aujourd'hui demandée s'il y avait quelque chose de plus glaçant que le regard du mage, trouvai ici et maintenant une réponse. Son sourire, et ses lèvres sournoisement étirées desquelles s'échappaient un des poisons les plus mortels.

La mort teintait chacune de ses paroles et assombrissait mes pensées.