Hello !
Bon j'ai décidé de posté même si je suis totalement à la bourre dans mon planning. Et pour cause, j'ai commencé une nouvelle fiction. Un crossover entre Fire Emblem et Smash Bros. avec du Edeleth et du Azurrin, ahah ! Un vrai challenge ! Elle est dispo sur mon profils pour les intéressés, des avis me feraient fort plaisir !
Pour parler de ce chapitre, ce n'est vraiment pas mon préféré... Je vous avoue qu'il comble un peu du vide ! xD
La review des review :
Eatoce : Toujours la première à répondre ahah ! (c'est bien la, hein ? xD). Je suis si contente ! J'ai écris ce chapitre cachée alors que je devais bosser du coup j'étais vraiment pas sûre du rendu ! Mais je vois que ça t'a plu ! héhé ! Byleth ne veut pas perdre contre El ! Jamais ! Même si au fond, la battre prouverait qu'elle est assez forte. Mais ca voudrait dire pour elle que El serait assez puissante pour aller risquer encore plus sa vie ! Quel dilemme ! Le combat El vs. Jeralt a été difficile a écrire car forcément, El ne pouvait pas gagner ! Mais elle devait réussir cet examen ! Je suis super contente du résultat ! Et la liste n'a pas disparue ahahah ! Et Hubert fait en effet, froid dans le dos ! Merci beaucoup pour ta review ! :D A bientot ! :3
Lucina : Merci ! :D Et je t'en prie, même si j'ai déjà oublié la question xD
Aro : Oh oh j'entends le tic tac de la penduuuuule quand on est dans la salle d'exam ! Moi aussi j'étais la première à sortir, souvent car j'avais finit ou bien que je rendais copie blanche :3 Alois je ne l'aime pas non plus ! Comment ça ca se voit pas ? :3 Ah, qui te dis que je n'ai pas prévue de le faire :3 et aussi de lui apprendre auutre chose (a) mais bon, tu le sauras bien vite ! Je suis curieuse de connaitre tes théories tout de même ! La dague de Dimitri ! :D Je voulais vraiment lui donner une sorte d'importance car bah, elle l'est ! xD Mais la liste de questtions, j'avais dit qu'elle tomberait pas dans l'oubli ! J'essaie d'éviter les détails inutiles quand même xD Si j'en ai parlé c'est que y'avait une raison ! Merci pour ta review !
Mijojo : Peut-être qu'il y avait moins de faute que ce que je pensais ! xD J'ai essayer de faire une petite référence au caractère de chacun ouais xD Mais y'a beaucoup d'aigles quand même xD J'aime bien les faire comme ça, El et Byleth, à toujorus se chercher et se défier ! Et la dague... quelle belle raison encore pour que El perde le duel ! Oh... *bave sur le cookie de la victoire* (je pourrais faire un recueil d'OS avec cookie dans chaque chapitre XDD) Merciiii
Sur ce, enjoy !
Chapitre XLIII - Escapade Animalesque
L'air est chargé de cette odeur ferreuse. Familière, elle n'en est pas chaque fois moins singulière. Le ciel gronde, libère sa haine, ou bien est-ce seulement le bruit des haches et des épées partageant une dernière danse, funeste échange. La tonnerre fait taire les plaintes, étouffe les cris, la pluie transcende les pleurs, accentue l'agonie. Le chaos est roi, la terreur est reine, seul l'effroi règne. De cette désolation, la peur est désormais unique souveraine.
Au cœur de ce massacre, j'entends mon nom. Celui-là même qui somme ma raison. Mais rien ne parvient à m'atteindre, déjà, l'obscurité semble m'étreindre. Les ténèbres guident mes pas, soufflent sur moi, déluge déterminant mes choix. Mon corps ne m'appartient plus, mon esprit s'est tût. Je frappe, je tranche, je tue. Assassin dans l'ombre du soleil, se déverse maintenant cette délicate couleur vermeille. La nuit, je me faufile dans la noirceur, dans la lumière, je ne suis plus qu'une bête semant la terreur. Les regards sont tous braqués sur moi, reflètent la crainte, revêtent la frayeur. J'incarne la mort, la fin d'un rêve, le début d'un cauchemar. Le désespoir.
Mon nom effleure encore mes oreilles, mes genoux s'écrasent au sol. Mon reflet se disloque dans le ruissellement de l'eau teintée de carmin. Mes traits se brisent. Le sang noirci mes vêtements, ma peau, recouvre mon âme de cendres. Mes yeux cherchent les cieux. Et la dernière chose que j'entends, ce sont les hurlements.
/
La lueur de la lune éclairait encore la pièce, perçant au travers des vitres de ma chambre. Lorsque mes yeux s'ouvrirent, ils trouvèrent mécaniquement refuge dans la pénombre qu'offrait la nuit. Mon corps entier semblait recouvert de givre, prisonnier dans la glace. Ma peau, humide, n'avait jamais été si froide, et ma respiration, si difficile. Plus encore, mon souffle était coupé, comme si pendant un instant, mes poumons avaient été privés d'oxygène. Mon passé m'étranglait, mes péchés m'étouffaient, et me rappelaient sans cesse, chaque fois que je fermai ainsi les yeux et que je laissai mes pensées dérivées, que la mort, un jour, viendrait me prendre pour trophée. J'avais tant de fois été son instrument, qu'aujourd'hui, je me confondais parfaitement dans son ombre. Et ces cauchemars, ou ces souvenirs, sonnaient le glas.
Malgré le verre qui reflétait la teinte neigeuse de mon visage, je savais ce dernier couvert de sang. J'arborai les mêmes traits que ceux qui m'apparaissaient sans cesse. Ceux d'un démon. Si le masque d'humanité que je portai semblait vouloir se graver, trouver sa place, il ne me trompait jamais. Ma peau avait peut-être été lavée, mes yeux, eux, reflétaient toujours ce passé monstrueux. Il était évident qu'un jour, celui-ci me rattraperait. Il ne m'avait jamais quitté. Et plus je m'efforçai de l'oublier, plus la bête en moi s'éveillait. Ses griffes me lacéraient, ses crocs me pénétraient, son pelage me recouvrait. Emprisonnée, camisolée, je l'entendais hurler, rugir. Elle ne demandait plus qu'à sortir. Mon âme était sa geôle, mon cœur était la clef.
La brise nocturne caressa mes cheveux lorsque j'ouvris la fenêtre. Sous ce tribunal céleste, la lune était seul juge de cette folie. Meurtrière, je ne demandais qu'à la faire taire. Le souffle du vent se mêlait à celui des fantômes de la nuit, ceux-là même qui semaient le chaos dans mon esprit. Une première brise pour les faire silencieux, une seconde pour me faire ouvrir les yeux. Tant que je restais en vie, je n'avais pas encore à en payer le prix.
Le monastère semblait désert alors que j'avais décidé de faire un tour pour me changer les idées. Lorsque mes pas prirent le chemin de la promenade face aux dortoirs, mes pensées retracèrent les quelques semaines passées ici. J'avais vécu tant de choses en si peu de temps, et pourtant, je me remémorais parfaitement chaque évènement, du plus sombre, au plus joyeux. De la joie, hein ? Ce mot me paraissait si niais. Et pourtant, j'aurais certainement donné très cher pour pouvoir sourire niaisement à cet instant. Car chaque fois que j'osais tenter de saisir la lumière, l'obscurité finissait systématiquement par venir me dévorer. Peut-être était-ce cela, qu'on appelait l'équilibre des choses. Tout comme la nuit venait remplacer le jour, puis le jour la nuit, ou comme les rires effaçaient les pleurs, puis les pleurs brisaient les rires, le cycle était sans fin. Ou bien n'étais-je tout simplement pas faite pour tout ça. Peut-être avais-je commis assez de crime pour noircir l'éternité d'une vie. La mienne.
« - Et bien, professeure, tentez-vous de nouveau une évasion nocturne ? »
Je me retournai pour apercevoir le sourire de l'aigle aux boucles boisées et aux prunelles malachites. Elle, comme moi, semblait perpétuellement prendre le même chemin, encore et encore, nuit après nuit.
« - Et vous, Dorothea, encore un rendez-vous secret ? demandai-je à mon tour. »
Les lèvres de la chanteuses s'étirèrent doucement lorsque ses yeux me fixèrent de façon espiègle. J'avais vu juste. Et puisque la lune toisait le soleil, j'imaginais aisément qu'elle revenait de la chambre de la lionne, et non pas d'un rendez-vous avec un des nombreux nobles qui la courtisaient. Dorothea était une très belle femme, aux atouts tentant, que ce soit son corps, sa voix, ou même son âme, le tout était on-ne-peut-plus charmant.
« - On ne peut plus vraiment appeler ça un secret, maintenant que vous êtes au courant, riait la roturière derrière ses doigts. Je ne vois Edie nulle part, reprit la chanteuse après avoir jeté un œil autour de moi. Vous seriez-vous déjà lassée de ses charmes, ou biens vous-êtes vous subtilement soustraite à son emprise ?
- Ni l'un ni l'autre, de toute évidence, répondis-je. Et je ne suis sous l'emprise de personne. »
Une expression taquine prit place sur le visage de l'oiseau qui s'approcha de moi et se cambra légèrement pour venir mieux m'observer. A peine plus grande, cette différence de taille était ce soir étrangement frustrante.
« - J'ai pu voir assez d'hommes me courtiser et tomber à mes pieds pour reconnaitre lorsqu'une personne remplace des pensées. »
Elle se releva, puis plaça sa main sur son menton. Elle détailla de nouveau ma personne, quelques secondes, ou quelques minutes, tant le temps me paraissait étrangement long, avant de s'exclamer à nouveau.
« - L'amour est peut-être le plus beau des cadeaux, il n'en reste pas moins le plus lourd des fardeaux. »
Ses mots, très justes, s'adressaient aussi bien à moi qu'à elle-même, mais m'avaient presque perforés les tympans. Non pas que le timbre de sa voix était aussi aiguisé qu'une épée, bien au contraire, mais la vérité derrière ses paroles était aussi vive qu'une blessure infligée par l'acier.
« - Vous allez me proposer de continuer cette discussion autour d'une tasse de thé, je me trompe ?
- Vous êtes si perspicace. »
Elle sourit de plus belle, et à nouveau, je me laissai tenter. Dorothea était de très agréable compagnie, bien meilleure que celle de mes cauchemars. Son invitation était plus raisonnable que regagner ma chambre, alors, nous prîmes le chemin de la sienne, contre toute attente, et non celle du réfectoire.
La chanteuse et moi discutâmes pendant des heures, jusqu'au levé du jour. Nous abordâmes nombreux sujets, mais revînmes toujours aux mêmes. Peu importait que l'on parle des cours ou de l'examen qu'elle venait de passer, tout nous ramenait sans cesse autour de sa lionne, ou de mon aigle. De l'amour, généralement. Dorothea me parla aussi de son passé, tout en respectant l'ombre qui pesait sur le mien. Puis nous reparlâmes d'Edelgard, et de Ingrid. Du chevalier et de l'impératrice, encore. Elle et moi partagions le même genre de secret, mais sa voix s'émerveillait lorsqu'elle évoquait ses sentiments, quand la mienne s'étouffait lorsqu'il fallait parler des miens. Quoiqu'il en fut, sa compagnie était un réel échappatoire éphémère à mes ténèbres, et seulement pour ça, j'acceptai de me confier à elle. Du moins, j'osai essayer.
« - En êtes-vous amoureuse ? finit par vouloir me faire avouer ce délicat oiseaux.
- Je ne sais même pas ce que ces mots signifient, admis-je simplement. »
La diva étouffa un rire derrière ses doigts, comme elle avait la parfaite habitude de le faire lorsque quelque chose lui paraissait presque absurde.
« - Vous êtes à peine plus âgée que moi, mais vous avez encore tout à apprendre. »
Moins d'une année seulement, pour être exacte, mais le fossé qui nous séparait en ce qui concernait ses connaissances en matière de sentiments et les miennes était bien plus profond que les vallées creusées par le temps au cœur des montagnes en toute une vie.
La question que Dorothea me posa cette nuit là ne disparu pas avec la lune quand naquirent les premiers rayons du soleil. Au contraire, elle ne fit que prendre un peu plus de place dans mes pensées, et bientôt, je ne pensais déjà plus qu'à ça, et à la réponse, qu'il me fallait donner à moi-même.
/
Quelqu'un frappa à ma porte vers les coups de midi. La teinte du regard de mon élève me parut plus cristalline dans la lumière du jour que dans l'obscurité de la nuit. Après plusieurs heures passées à discuter, je me demandais ce que la chanteuse me voulait. Peut-être s'était-elle donné pour mission de m'apprendre tout ce que elle, savait, ou bien alors cherchait-elle seulement de la compagnie. Je n'aurais su en tout cas dire ce qui amenait l'aigle ici. Puis elle me fit part de sa quête, ou du moins, de sa requête. Celle de l'accompagner, sans avoir la moindre idée d'où j'allais mettre les pieds.
Nous dévalâmes presque à toute hâte la promenade face aux dortoirs, coupâmes par l'étang, traversâmes la place du marché, avant de franchir les grilles du monastère. Sans dire un mot. J'avais décidé de la suivre, prétextant n'avoir rien d'autre à faire, plutôt que de simplement lui avouer ma curiosité, ou le plaisir que je pouvais trouver de seulement marcher à ses côtés. Après tout, même si je faisais fi de ses conseils, j'appréciai tout de même les écouter. Nous contournâmes les murs de Garreg-Mach tout en longeant la forêt, avant d'emprunter un sentier sinueux qui tentait de subsister entre les arbres qui commençaient à s'habiller de leur manteau printanier. Le soleil perçait les nuages laiteux dans le ciel, sur l'ombre des oiseaux. La végétation était moins dense, alors que l'on pouvait observer la cimes des pins et des feuillus dans le décors que l'on avait laissé derrière nous, ainsi que le monastère, beaucoup plus loin. J'entendis la chanteuse souffler, abandonnai le paysage, et puis enfin, me retournai.
« - Est-ce donc une si mauvaise idée de laisser deux femmes de leur trempe seules ne serait-ce qu'un instant ? »
Je suivi le regard contrariée de la diva et pris quelques minutes pour considérer la scène qui se jouait à seulement quelques mètres de là. Je n'eus le temps de me demander à quoi s'amusait Dorothea que celle-ci s'était déjà armée de ses sermons, m'abandonnant à mes questions. Je la suivi, dubitative.
« - Avez-vous donc vraiment osé ruiner tous les efforts que j'ai investie dans votre coiffure ce matin ? »
Les poings installés sur les hanches, je n'aurais su dire si mon élève était sérieuse, et ne pris le temps de réfléchir à ce sujet que mon attention fut très vite attirée par l'entremêlement de bras et de jambes des deux femmes qui n'avaient pas eu l'air dérangées par notre venue. Des mèches blondes, ou bien blanche, certainement les deux d'ailleurs, désordonnées, recouvraient les uniformes noirs et dorés des deux élèves. Puis leurs visages m'apparurent enfin. La jalousie qui m'assailli devant ce contact trop intime à mon goût, et leurs corps presque imbriqués l'un dans l'autre, fut très vitre remplacé par la surprise de trouver l'aigle royal ici, entre les griffes de la fauve à la crinière dorée.
« - Ne prends pas cette air si sévère, Dorothea. Nous échangions seulement quelques techniques de combat en attendant ta venue.
- Et toi, Edie, n'es-tu pas la plus à même de me comprendre alors que tes cheveux sont presque la seule chose que tu soignes ? Et serais-tu donc incapable de seulement attendre calmement où faut-il toujours que tu passes ton temps à t'entrainer ? »
La future impératrice resta étonnamment calme face aux propos de Dorothea qui auraient vexés plus d'une personne, peut-être habituée à ce genre de remarque de la part de son amie. Elle se contenta de se relever, de frapper sur ses gants, puis sur sa tunique, avant de tendre une main à la lionne qui l'attrapa aussitôt. Encore une fois, je dus faire abstraction de la sensation désagréable qui malmena mon estomac.
Pendant la minute qui suivit, les mots naissaient dans ma tête, mais les phrases se disloquaient sur ma langue. Incapable de comprendre à quoi rimait tout ceci, je me contentai d'observer les trois femmes se justifier, l'une après l'autre, chacune cherchant désespérément à tenir tête aux autres. Et moi, je soupirai.
/
J'avais passé tant de temps seule, avec mon père, à arpenter les routes, les territoires hostiles, et à ne quasiment jamais ouvrir la bouche qu'encore maintenant, je trouvai cela déconcertant d'être entourée. Pour certains, côtoyer autre que soi était très naturel, mais moi, avais toujours eu du mal à trouver ma place quelque part. Surtout au sein d'un groupe. Le rôle de professeur qui m'avait été confiée par l'Archevêque m'avait poussée hors de cette zone de confort que représentaient les champs de bataille, m'avait apprit à communiquer autrement qu'avec ma lame, et à m'ouvrir. Certainement bien plus que tout ce à quoi elle avait pu s'attendre. J'étais devenue un mentor, un conseiller, et parfois même un juge. Mais malgré tous ces titres qui m'affublaient, je ne restais qu'une mercenaire, incapable de seulement vivre comme vivaient tous ceux autour de moi.
Aujourd'hui, particulièrement, la place que l'on me demandait de prendre me paraissait très floue. Il était évident que je n'avais pas été conviée à cette étrange réunion en tant que professeur, alors pourquoi étais-je là ? Et pourquoi trouvais-je ma présence si étrange quand les autres, elles, échangeaient spontanément, naturellement, comme si la vie avait toujours été ainsi. J'imaginais très mal Catherine, ou bien Seteth, devant pareille scène. Et puisque je cherchai toujours à justifier les faits-et-gestes qui sortaient de mon ordinaire, me retrouvai maintenant désarmée face à ces jeunes femmes. Si je ne pouvais pas être une mercenaire, et que l'on me dépossédait de mon rôle de professeur, alors qui subsistait ? Quelle était donc la raison de cette invitation ? Où se trouvait ma place ?
« - Allons, professeure, détendez-vous, il n'y a que nous ici, souffla la chanteuse après avoir fini de sermonner les deux autres.
- Vous me nommez ainsi, mais il me semble évident que vous ne m'avez pas fait venir ici dans le but de remplir ce rôle.
- Vous êtes toujours aussi perspicace, reprit la brune. Pour tout vous dire, vous ne paraissiez pas vous-même après la remise des certificats d'aptitudes. »
Moi-même ? Ces seuls mots n'avaient aucun sens. Si je n'étais déjà pas capable de comprendre qui j'étais, sur quoi mes élèves se basaient pour affirmer cela ? La femme aux cheveux ondulés plaça ensuite sa main devant sa bouche, et esquissa un sourire qui n'échappa à personne.
« - Et puis, Edie m'a fait part de son inquiétude à votre égard.
- Do- Dorothea ! s'offusqua la future impératrice en jetant un regard accusateur à sa camarade.
- Ne prends pas cet air si gêné, même s'il est adorable de te voir ainsi. Ce n'est pas tous les jours que la future impératrice de l'empire se fait du soucie pour quelqu'un. »
Cette dernière vue ses joues ivoirines prendre une couleur plus chaude, même si elle essayait de le cacher, sans succès, évidemment. Quoiqu'il en fut, je ne savais si je devais culpabiliser d'inquiéter mes élèves, ou bien me réjouir de l'attention que celles-ci me portaient. Une en particulier. Je pris plaisir à observer sa peau se réchauffer, cherchai les prunelles parme qui n'osaient pas une seule seconde me regarder, jusqu'à réussir à les attirer à moi. Notre échange de regards dura moins d'une seconde. Dorothea se trompait lorsqu'elle affirmait qu'il était rare de voir sa souveraine s'enquérir de la santé de quelqu'un. Même si Edelgard n'en montrait rien, paraissant bien souvent froide, hautaine et détachée, je savais qu'elle s'inquiétait pour chacun d'entre eux, et pas seulement ceux qui appartenaient à l'empire.
J'observai la chanteuse démêler chacune des mèches dorées pendant les minutes qui passèrent. Ingrid se laissait faire, silencieusement, embarrassée. Edelgard était assise plus près de moi, mais je n'avais ni la volonté, ni le courage de briser ce silence. Car quand je la regardais, c'était son vassal qui m'apparaissait, et les menaces qu'il était prêt à mettre à exécution d'un jour à l'autre. Et bien évidemment, je ne pouvais lui faire part de tout ceci. Le faire disparaitre aurait été la solution la plus simple et efficace, mais aussi la plus lâche et égoïste. Et elle n'aurait plus ni à la future impératrice, ni à moi-même. J'avais aussi la possibilité de faire ce que le garçon m'ordonna presque, et m'éloigner de mon aigle. Après tout, mêmes acerbes, ses propos suintaient de vérité. Elle était l'héritière de l'empire, et avait des devoirs à remplir.
« - Vous vous torturez, encore. »
Mes yeux s'ancrèrent dans le regard de la blanche aussitôt sa voix eu atteint mes oreilles. Peu importait ce que je pense, ou ce que je ressente, elle m'attirait vers elle, malgré les circonstances.
« - Pour être honnête avec vous, professeure, je ne m'attendais pas à ce que Dorothea organise tout ceci.
- Et pourtant, vous êtes là.
- Il est parfois difficile de trouver un moment pour simplement s'échapper, au monastère. »
S'il ne s'agissait que du monastère, pensai-je alors. Plus que ça, c'était bien à ses devoirs de future dirigeante qu'Edelgard ne pouvait se soustraire. Mais comme elle me l'avait plus d'une fois bien fait comprendre, c'était uniquement son choix.
« - A vrai dire, si Hubert me trouvait à contempler le ciel, il n'hésiterait pas à me rappeler mes devoirs, et je ne pourrais en aucun cas m'en insurger. Je suis la future impératrice de l'empire. »
La princesse impériale donnait tellement de poids à son ombre, qu'il ne me restait que très peu de place pour agir dans celle-ci. Et à la lumière du jour, je me sentais encore plus effacée. J'étais totalement démunie, et si j'avais eu ne serait-ce que seulement envie d'en parler, je n'aurais trouvé personne avec qui le faire. Il était évidemment hors de question que je fasse part de ces récents évènements à Edelgard, pas dans l'immédiat, du moins. Je ne pouvais pas non plus me tourner vers mon père avec qui les tensions étaient encore palpables. Je n'avais aucune affinité avec les autres professeurs, ni même avec les chevaliers. Et mes élèves... Ce n'étaient que des gamins, et les conseiller était mon rôle, non pas l'inverse. J'avais bien pensé à aller voir Manuela, avec qui j'avais passé de longues journées. Ses tumultueuses histoires de cœur étaient souvent au centre des conversations, alors pourquoi pas les miennes ? Mais puisque cela finissait toujours en bain de larmes, ce n'était peut-être pas la plus brillante des idées. Non, j'étais définitivement seule. Me confier ? Quelle ironie. Comme si j'en avais vraiment besoin.
« - Vous voila de nouveau présentable ! »
Edelgard et moi nous quittâmes du regard pour diriger notre attention vers l'énigmatique duo que formaient la lionne et l'oiseau. Ses deux là se comportaient comme si notre présence ne les perturbaient guère, l'une plus que l'autre, surtout au moment où ses lèvres trouvèrent le front de la lancière, dont les joues virèrent au rouge presque instantanément. Si la chanteuse était sans gênes, ce n'était peut-être pas le cas de sa prétendante. Les démonstrations sentimentales étaient bien loin de m'embarrasser, bien au contraire, je trouvais presque cette scène amusante, et plus encore, attendrissante, quand Edelgard ne savait plus où regarder. Qui était la plus gênée ?
« - J'espère que notre cher Hubie n'est d'ailleurs pas en train de courir partout à ta recherche, Edie. »
Ah, et elle avait tout entendu, évidemment. Si ses yeux se fondaient dans la teinte amande de ceux de son amante, ses oreilles n'avaient rien manqué de notre court échange. Dorothea était peut-être un aigle, elle n'en était pas moins espiègle.
« - Sache Dorothea qu'Hubert a bien d'autres occupations que le seul fait de veiller à ma sécurité.
- Si seulement c'était vrai, Edie. »
Je préférai me taire, mais mes pensées appuyaient les dires de la chanteuse. J'imaginais très aisément le mage sombre arpenter le moindre recoin de Garreg-Mach à la recherche de son impératrice, encore plus maintenant que celui-ci était au fait de notre relation.
« - S'il te savait ici, riait maintenant la diva. »
Alors je ne donnerais certainement pas chère de ma peau, continuai-je silencieusement. Mais pour l'heure, je préférai croire que l'héritier des Vestra était loin de se douter de tout ceci.
« - Quoiqu'il en soit, Dorothea, je ne comprends toujours pas ma raison de ma présence ici, soufflai-je nonchalamment.
- Il n'y en a aucune, affirma la plus grande. Ne pourriez-vous pas simplement profiter d'une belle après-midi ? Qui sait si nous en aurons encore l'occasion demain. »
Cette jeune fille à peine plus jeune que moi paraissait toujours tout prendre à la légère, s'amusant à faire tomber les nobles devant elle, sans jamais montrer son vrai visage. Un visage que j'avais découvert au fils des échanges avec elle. Celle d'une femme forte au raisonnement bien trop lucide.
« - Quant à toi, Edie, pour une fois dans ta vie, tu pourrais peut-être te comporter autrement que comme l'héritière de l'empire. »
Que de bien dures paroles qui offusquèrent cette dernière. Je le remarquai à sa façon dont ses bras se croisaient maintenant sur sa poitrine. Je ne savais à quel point les deux femmes étaient proches, mais il était certain que je n'étais pas la seule pour qui le masque d'Edelgard s'était fendu. Et même si j'aurais aimé qu'elle n'appartienne qu'à moi, que je sois seule à voir son vrai visage, j'aimais à penser qu'au moins, de cette façon, quelqu'un d'autre connaissait la véritable femme derrière l'impératrice.
Pendant les instants qui suivirent, et bien que je ne sache toujours pas pourquoi j'étais venue, j'écoutai attentivement les histoires que nous contait la brune. Elle ne put s'empêcher de nous parler de sa rencontre avec Ingrid, ou du moins, comment celle-ci s'était laissée charmer par elle, ou le contraire, je n'étais plus très sûre. Tout s'était passé très vite, après tout. Une représentation à la cathédrale à laquelle Dorothea avait invitée la lionne, et un coup de main pour l'aider à l'apprêter correctement. Comme elle avait pu le répéter au moins une dizaine de fois, il fallait faire des efforts vestimentaires pour certaines occasions. Le plus amusant dans tout ça était le regard gênée de la membre de la maison des lions, lorsque sa compagne expliquait avoir passé des heures à lui apprendre les bases sur la façon de se maquiller, ou bien de s'habiller. Des heures pendant lesquelles Dorothea lui racontait qu'avec ça, n'importe quel homme tomberait à ses pieds. Mais qui était tombé en premier, à la fin ? L'aigle s'était fait prendre à son propre jeux.
Après près d'une heure, peut-être deux, je dus accorder une petite victoire à l'organisatrice ce cette réunion, ou de ce double rendez-vous. Là non plus, je n'étais pas vraiment certaine de ce qu'était réellement cette rencontre. Je me souvins seulement que sans même m'en rendre compte, mes doigts avaient rejoins ceux de la princesse impériale, et que ça n'avait échappé ni à Dorothea, ni à Ingrid. Les deux femmes l'avaient sans doute remarqué bien avant moi. Il était trop tard pour faire semblant, et prétexter que rien ne s'était passé, alors je laissai ma main posée sur celle de mon amante, appréciai ce contact même au travers de ses gants, et oubliai. J'oubliai le temps d'un instant, que j'étais son professeur. Juste une minute.
/
Les portes de la salle d'audience étaient restées ouvertes. Comme me l'avait demandé Manuela la veille après mon escapade de l'après-midi, j'étais passée la voir pour qu'elle s'enquiert de l'état de mes blessures passées. J'étais presque sûre d'avoir vu mon père entrer dans l'immense pièce, avant de rencontrer mon infirmière. Et sur le chemin du retour, curiosité piquée à vif, je ne pus m'empêcher d'y pénétrer à mon tour. Rapidement, j'entendis des voix s'élever du bureau de l'Archevêque, et pressai le pas sans me faire remarquer. A l'intérieur, je discernait parfaitement celles de Catherine, de Seteth, ainsi que celle de mon père et de Rhea. Ils parlaient d'un incident sur le territoire de l'empire, ainsi que d'envoyer des troupes là bas. Mon père serait aux commandes. Je fis claquer mes talons pour faire remarquer ma présence, et m'imposai sans demander la moindre permission.
« - Je veux en être ! »
Si tous me dévisagèrent un moment, la dirigeante de l'Ordre garda son expression calme et impassible, sans même lever un sourcils lorsque j'apparus devant eux. Elle ne laissa pas le temps au mercenaire de s'opposer qu'elle le fit taire d'une main levée avant même que celui-ci n'eut ouvert la bouche. Je n'attendais aucune réponse, car je la trouvai déjà dans son regard de jade.
Après tout, il était semblable au mien.
