Salut!
J'ai décidé de poster un peu en avance, ce coup-ci.
Je ferais cette fois un remerciement général, ce chapitre est apparemment - car j'avais oublié - assez long, et remercie particulièrement Mijoqui, Eatoce, Aro et Lucina pour les review réguliers, le soutien, les avis, et tout ce qui me donne toujours envie de me dépasser !
Bonne lecture.
Chapitre XLIV - Les Cendres du Chagrin
L'agitation. Un état aussi bien perceptible physiquement que mentalement. Depuis plusieurs jours, l'agitation était maitresse des lieux, avait prit entièrement possession de Garreg-Mach. Si la semaine avait pourtant voulu mettre la réussite des aigles, des cerfs et des lions à l'honneur, l'effroi et l'angoisse de Fódlan avaient réussi à se frayer un chemin entre les immenses murs du monastère. Aucun territoire n'avait été épargné, ni ici, ni ailleurs. Et ailleurs, d'ailleurs, l'agitation avait laissée place au désespoir. Aux ténèbres, et à la mort.
L'inconnu. Tel fut notre destination, dans un lieu qui pourtant, ne l'était pas. Ne l'étais plus. Mon commencement, et peut-être la fin. Car si j'avais insisté pour participer à cette mission vers l'enfer, ignorai que les flammes de Remire brûleraient mes yeux, mon esprit, et mon âme. Que la cendre noircirait mes poumons, étoufferait ma raison. Réduirait mon humanité en charbon. Je m'étais longtemps persuadée que les horreurs du monde ne pouvaient plus m'atteindre. Mais j'avais tort.
A notre arrivée, nous rencontrâmes le silence. Le chant de la nature s'était tût, pour laisser place à un calme déconcertant, angoissant. Nous ignorions à quel point allait couler le sang. Si Rhea m'avait autorisée à participer à cette mission, malgré les réticences de mon père, emmener mes aigles fût un choix que je regrettai désormais amèrement. Car déjà, nous faisions face au chaos.
Chacun de nous s'était réfugié dans le mutisme, incapable de parler, ou même penser. Aligner de simples mots pour construire une phrase qui aurait eu du sens était tout bonnement impossible. Réfléchir, ou raisonner, était une faculté dont nous avait privé l'atmosphère morbide qui régnait ici. A quoi bon établir un plan ? Nous arrivions trop tard.
Mes aigles s'étaient séparés pour tenter, en vain, de venir en aide aux habitants. Quant à moi, j'appris très rapidement qu'il y avait bien pire que la mort. Car si sentir le cœur de l'enfant que je tenais dans mes bras s'arrêter me sembla plus insupportable qu'un coup d'estoc dans la poitrine, c'était sans compter sur l'effroi que je ressentis lorsqu'il ouvrit de nouveau les yeux, le visage nervuré comme si le Diable lui-même l'avait lacéré de ses griffes. Et cette haine, cette rage, lorsque ses crocs se plantèrent dans ma chaire, scinda mon esprit en deux éclats distincts. Le gosse tomba sur le sol sans même réagir quand ses genoux s'ensanglantèrent sous le choc. Les yeux brumeux et le regard livide, il semblait dépossédé de son âme. Seuls des gémissements incompréhensibles sortaient désagréablement de sa bouche. Rampant à mes pieds pour tenter de m'attraper les jambes, le jeune garçon n'avait plus rien d'humain.
Jamais, de toute ma vie, je n'avais assisté à un spectacle si affreux. Du moins, pas que je ne me souvenais. La situation, à Remire, dégénéra incroyablement vite après cela, sous une impuissance glaçante. Car bientôt, ce ne fut plus un, ou deux hommes, qui se relevèrent après avoir céder leur vie à la faucheuse, mais le double, puis le triple. En quelques minutes seulement, le village tout entier sembla ravager par une malédiction soufflée par la personnification même du mal. Les hurlements s'élevèrent en même temps que cette désagréable odeur de fumée, de brûler, de peau carbonisée, qui imprègnerait mes poumons jusqu'à ma dernière ma heure.
L'agitation. Un trouble profond qui se manifeste extérieurement. Emotions, excitation. Désolation. Nombreux étaient les termes qui me vinrent à l'esprit pour qualifier ce spectacle macabre, mais aucun ne reflétait vraiment la réalité à laquelle nous faisions face. Aucun n'était assez fort pour définir cette violence. Et les horreurs.
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Le voile noir qui s'était élevé dans l'air entravait mes mouvements. Dans cette brume faite de cendres, il était presque impossible de discerner nos alliés de nos ennemis. Nous ne pouvions plus compter que sur notre instinct, et sur la chance. Beaucoup de chance. Mais en restait-il seulement un peu, ou bien la Déesse miséricordieuse nous en avait-elle entièrement privée ? La chance, hein ? Comment pouvait-on s'en remettre à quelque chose de si abstrait... Peut-être parce qu'au milieu de ce village en proie aux flammes, sur cette terre brûlée et désolée, ravagée, chacun de nous avait perdu espoir. L'espoir de les sauver.
Postée dans le dos de mon père, je repoussais les multiples assauts des habitants de Remire, ou du moins, de ceux qu'ils avaient autrefois été. Mais il était fatiguant de sans cesse devoir faire reculer des hommes, des femmes, et même des enfants, qui ne faisaient que se relever, encore et encore. Si tous étaient défigurés par le mal qui les rongeait, les consumait, certains voyaient leurs visages tomber en lambeau, quand pour d'autres, les flammes les avaient déjà dévorés jusqu'aux os. Et pourtant, ils s'acharnaient, tenant à peine debout, muscles et tendons apparents, faisant fit de la douleur. La ressentaient-ils encore ? Je n'étais plus certaine de rien.
« - Byleth ! »
Mon épée se logea entre les dents d'une fourche l'empêchant ainsi de m'empaler la tête. Si les villageois possédés n'avaient plus aucune humanité, s'ils n'étaient plus que des monstres, comment pouvaient-ils encore se saisir d'armes pour attaquer ? Toute cette folie me dépassait. Nous dépassait tous.
« - Il y en a deux qui approchent à ta droite. »
Et un à ma gauche. Ils étaient de plus en plus nombreux, quand nous, ne faisions que perdre un peu plus notre énergie à combattre des morts. Mais comment s'assurer qu'ils l'étaient réellement avant de leur porter le coup fatal ? Comment prendre la décision d'abattre de sang froid, des civils qui quelques jours encore avant, souriaient, s'amusaient, et vivaient chaque journée de ce printemps comme ils l'avaient toujours fait ? Dans l'ignorance que bientôt, le démon viendrait les faucher. Je ne pouvais pas m'y résoudre. Pas ici. Pas encore.
Je fis tomber le presque cadavre ambulant sur ma gauche, croyant en les capacités de mon père pour tenir encore quelques minutes. Ou le temps qu'il faudrait, car nous ignorions combien de temps nous allions devoir rester ainsi ici. Deux cavaliers s'étaient précipités en direction du monastère lorsque les premiers villageois se relevèrent. Nous avions besoin de renforts. De toutes les ressources disponibles.
Je fis une percée au travers du brouillard de flammes. Je devais retrouver mes élèves, cela faisait bien trop longtemps que je les avais ni vu, ni entendu. Mais dans ce vacarme, entre les gémissements horrifiques, les coups de lames, je n'arrivais à discerner aucune de leurs voix. Je pensais particulièrement à Bernadetta, qui était effrayée au simple souffle du vent dans ses cheveux, à Ferdinand, dont la bonté de l'âme dépassait celle de n'importe qui d'autre. J'imaginais Petra, complètement décontenancée par le mutisme de la nature à laquelle elle aimait tant se référer, qui avait totalement disparue ici. Flayn et Linhardt, qui à notre arrivée, avaient décidé de se charger des soins aux blessés, ne devaient plus savoir où donner de la tête. J'entendais la voix de Dorothea, étouffée dans sa propre gorge sous les horreurs auxquelles elle assistait. Caspar, qui avait toujours rêvé d'affronter des centaines d'ennemis, et qui aujourd'hui, regrettait probablement l'identité de ces derniers. Mes pensées allèrent ensuite à Hubert, qui sans aucune hésitation éliminerait chaque obstacle, même humain, qui se placerait entre lui et sa maitresse. Et enfin, inévitablement, Edelgard occupa tout mon esprit. A quoi pensait la future impératrice d'Adestria, alors que se déroulait cet innommable spectacle au sein même de son territoire, et que son peuple était frappé par le plus épouvantable des fléaux ?
Je devais cesser de penser, faire taire ma raison le temps de quelques minutes. Quelques minutes nécessaires pour m'orienter dans ce dédale de buée noire et de flammes et puis... Et puis je fus projeter à plusieurs mètres de là. Mon dos fracassa la structure d'un mur branlant dévorer par le feu de l'enfer qui s'écroula au moment même où j'en sentis les débris s'enfoncer dans ma chaire. Et je fis face à ces énormes yeux vitreux dénués de toute humanité, et aux canines de cette mâchoire apparente qui avait perdu son manteau de peau. Je ne pouvais même plus dire si cette ignominie était autrefois un homme, ou une femme, tant il ne restait rien pour répondre à cette question. Même ses vêtements avaient disparus, pour ne laisser qu'un corps meurtris et désarticulé. Je serrai les dents, fermai les yeux, et laissai le poignard que j'avais attrapé à ma taille s'enfoncer dans la jugulaire qui pissa des braises tant le sang était chaud. Ce geste me coûta bien plus que tout ce que j'aurais pu offrir à la mort. Il fit taire un éclat de plus de mon humanité, et souilla un peu plus mes mains d'horreurs. Je me relevai, et remarquai que ces ruines aux milieux desquelles je me trouvai étaient les vestiges de l'auberge dans laquelle j'avais passé la nuit la veille de mon arrivée à Garreg-Mach. A ce moment là, je compris. Je compris qu'il était trop tard pour eux. Trop tard pour moi.
J'avançai péniblement, faisant fit de la douleur. Celle du bois qui avait pénétré ma peau, celle des flammes qui tentaient de la ronger, celle de mes muscles, tétanisés. Et par dessus tout, je fis fi de la douleur qui me prenait jusqu'à la gorge chaque fois que je posais les yeux quelque part. Chaque fois que je comptais un mort. Des villageois, des chevaliers de l'Ordre. Le spectacle était toujours un peu plus horrible, et je priai cette Déesse en laquelle je ne croyais pas, pour ne pas reconnaitre l'uniforme d'un de mes aigles à chaque fois que je dépassais un cadavre qu'il serait impossible d'identifier. Dans quelques heures, il ne resterait que des cendres de leurs os, et peut-être les armures gravées du symbole de l'église, ensanglantées.
J'accélérai le pas en apercevant des silhouettes quelques mètres plus loin. Amis, ou bien ennemis ? Je n'en avais aucune idée tant les particules résiduelles de la combustion de matières organiques me brûlaient les yeux et m'empêchaient de voir. Mais une chose était certaine, elles étaient bien vivantes. Mon genoux s'enfonça dans l'abdomen presque déchiré d'un individus dont il ne restait déjà presque rien, avant d'écarquiller les yeux. Je tendis la main vers le second au moment même où un intense et profond soulagement s'empara de moi.
« - Professeure ! »
Les doigts de la jeune fille aux cheveux pourpres se resserrèrent sur les miens. Je la tirai vers moi, l'observai très rapidement, m'assurai qu'elle allait bien. Ses blessures étaient superficielles, mais son esprit, lui, semblait brisé.
« - Petra ! Où sont les autres ?
- Je ne sais pas. Tout le monde a été perdu, s'inquiétait la Brigilène. Hubert était là, et puis, il y a eu des hurlements, et Dame Edelgard... »
J'attrapai mon élève par les épaules et la ramenai un peu plus vers moi pour planter mes yeux dans ses prunelles ambrées. Je m'inquiétais pour tous mes élèves, mon père, les chevaliers, mais entendre le prénom d'Edelgard ne fit qu'attiser mon effroi, et me secoua comme si un ouragan m'avait frappé.
« - Petra ! répétai-je. Où est Edelgard ?
- Elle... Elle a sauté dans le feu. »
Mes yeux s'agrandirent. Sauter dans le feu ? Quand ? Comment, et où ? La panique s'empara très rapidement de moi, alors que je balayai l'environnement autour du moi plus vite que les flammes ne consumaient tout ce qui s'y trouvait. Il n'y avait rien, ni personne ici, à part le demi-cadavre qui gisait à nos pieds, qu'on pouvait encore entendre geindre. Mes mâchoires s'endolorirent un peu plus quand je plantai la lame de mon épée dans la gorge de l'individus pour le faire taire. Pour lui, il n'y avait plus rien à faire.
« - Retournez sur la place du marché, indiquai-je à mon aigle dérouté par mon geste. Vous y trouverez mon père, il vous dira quoi faire.
- Et vous, professeure ?
- Je vais chercher les autres. »
La jeune femme hocha la tête pour acquiescer, puis je tournai les talons. Chercher dans les flammes, hein ? Mais par où commencer ? Elles dévoraient déjà tout.
« - Petra ! repris-je après quelques secondes. Soyez prudente. »
Je suppliai le petit énergumène de mes rêves pour qu'il veille sur chacun de mes poussins, et me remis en route. Remire n'était pas un village étendu, quelques rues, tout au plus. Mais au milieu de ce carnage, j'avais l'impression qu'il faisait la taille de tout le continent.
Une explosion attira mon attention. Je levai la tête et aperçu une colonne de fumée s'élever au loin parmi tant d'autres. Mon instinct m'ordonna de m'y rendre aussi vite que possible, mais très rapidement, je me heurtai à un mur ardent. Derrière, le toit de chaume d'une maison se consumait, distribuant de la cendre comme s'il en pleuvait. A côté, il ne restait presque rien de la remise dans laquelle devait certainement se trouver de la poudre, ou quoique ce soit qui ait nourri le brasier. Entre le crépitement des flammes et le craquètement du bois rongé, je discernai pourtant un son plus métallique. Il y avait quelqu'un, juste derrière les immenses rideaux de couleurs chaudes. Je pris une grande inspiration, et ne prit même pas la peine de réaliser la bêtise de mon geste, avant de me jeter au travers du feu qui s'élevait haut vers le ciel. Le feu, hein ? Ce qu'il restait de la porte de la cahute s'effondra dans mon élan alors que je pénétrai dans ce qui était la veille encore une modeste demeure.
Je ne sus dire, à ce moment là, quelles pensées me traversèrent, tant mon esprit se disloqua, ma raison écartelée. Du dégout, de la colère ? Ou encore de la peur ? Peut-être même pour la première fois une réelle tristesse. Je ne sus nommer ce pléthore d'émotions qui viola corps, mon cœur, mon âme. Le sol était tapis de sang, jonché de corps sans vie. Je n'arrivai plus à quitter cette horreur des yeux, incapable de relever la tête. Mon regard longea le cadavre d'un homme défiguré par la rage, et bientôt, celui d'un plus petit individu, grimé lui aussi par le mal. Je fis un pas en avant, suivit d'un autre, entre les bras et les jambes des dépouilles. Jamais je ne m'étais sentie tant à l'étroit quelque part. Je poussai rapidement une porte, consciente que jamais je n'aurais pu être préparée à voir davantage d'horreurs. Celle-ci semblait ne plus trouver de limite. Et puis, mes yeux s'agrandirent. L'effroi dévora encore un peu mon esprit tout comme les flammes dévoraient la structure branlante au dessus de moi. Mes doigts vinrent rapidement trouver ma bouche, comme pour étouffer le cri silencieux de mon humanité, lorsque j'aperçu le regard vide d'une gamine qui n'avait même pas vécue dix années, et qui n'en vivrait plus une seule de plus. Ses petits bras frêles et noircis serraient encore fortement le petit ours en peluche qui l'avait surement accompagné sur le chemin du trépas. Je m'attardai sur le trou béant dans sa gorge, où la chaire avait certainement été violemment arrachée. Tout ça ne pouvait pas être réel, c'était... Epouvantable.
Affreux. Ignoble. Monstrueux. Abominable. Là encore, autant de mots qui existaient mais dont aucun ne pouvait qualifier ou décrire ce spectacle. La Mort elle même semblait s'être produite sur le théâtre de Remire. Une scène où elle aurait fait danser sa faux, où sa cape sombre se serait soulevée. Si les Enfers existaient, Remire n'en était que la première étape.
Je dû me ressaisir, mais mon attention fut très vite ramenée à la réalité lorsque j'entendis le bruit de la tête qui roula jusqu'à mes pieds qui me glaça le sang malgré la température incendiaire. Mes yeux suivirent la traînée laissée derrière elle. Mes pensées s'entrechoquèrent lorsque je reconnus les talons noirs contrastant au milieu de ces effluves vermeilles. Mon regard remonta le long des bas déchirés aux mêmes couleurs, puis sur la nuance de jais de l'uniforme. L'acier de sa hache était encore teinté de ce carmin si frais. Ses gants n'avaient plus rien d'immaculé, alors que ses doigts tremblaient, resserrés sur le manche de bois.
« - Mon peuple... »
Ce n'étaient pas que ses doigts. Tout son corps était ébranlé, jusqu'à sa voix.
« - Edelgard. »
Jamais le regard de la future impératrice n'avait été si impassible. Plus encore, il avait l'air éteint. Ses joues étaient noircies par la suie, mais les conséquences de son gestes sillonnaient son visage. Dans ces ténèbres, sa peine s'évaporait avant même d'avoir pu voir le jour.
« - Je... Je n'ai pas eu le choix... »
Un morceau du toit de l'habitation s'effondra presque sur nous, tout risquait de s'écrouler d'un instant à l'autre. Nous n'avions pas le temps de faire le deuil de cette famille, ni de retirer les cadavres de là. Cette maison serait leur tombeaux, mais certainement pas le notre.
« - Nous devons sortir, Edelgard, l'interpelai-je avant de lui saisir le bras. »
Je trainai la princesse impériale sans lui laisser le temps de réagir, me faisant violence pour ne pas laisser mon regard s'égarer sur les dépouilles que j'avais évitée plus tôt. A peine à l'extérieur, la structure tout entière s'effondra. Chance, ou destin, nous aussi, aurions pu finir sous ce tas de débris et de cendres. Les flammes dévoreraient certainement Remire jusqu'à ce qu'il ne reste rien à brûler. Et contre ça, nous étions impuissantes.
« - Edelgard ! »
Ma voix ne semblait plus atteindre mon aigle alors qu'elle était restée dans cet état second, comme prisonnière d'un cauchemars. Mais nous étions pourtant bien éveillées, et tout ceci n'avait rien d'un mauvais songe.
« - Edelgard ! Répétais-je en étreignant son bras. »
Ses yeux trouvèrent enfin la direction des miens. Pendant une seconde, je cru voir un éclat de lucidité y briller. Ce n'était ni le lieu, ni le moment pour se laisser abandonner aux remords et à la culpabilité. J'attrapai les épaules de la jeune souveraine pour m'assurer d'avoir toute son attention, avant de lui donner mes ordres. C'était toujours moi, la responsable de ce groupe, même s'il était totalement dispersé, et que le reste était toujours introuvable.
« - Allez rejoindre mon père et le reste des chevaliers, je dois trouver les autres.
- Je ne peux pas vous laisser y aller seule, professeure, désapprouva l'héritière qui revenait enfin à elle. C'est beaucoup trop dangereux.
- C'est justement pour cette raison que j'irai seule. Et ceci n'était pas une demande, mais bien un ordre. »
Je ne pouvais décemment pas la laisser m'accompagner. Ce n'était pas à elle qu'incombait cette tâche. Ses mains n'étaient pas prêtes à verser plus de sang, et surtout, sa propre conscience ne l'aurait jamais supporté. Non, il m'était inconcevable de lui imposer ça. Certainement pas à elle. Ce fardeau, j'étais prête à en assumer la responsabilité seule, plutôt que de la voir pénétrer un peu plus dans l'obscurité des ténèbres. Veiller sur elle, et sur les autres... C'était mon rôle. Et les protéger n'était plus seulement l'une de mes tâches... Mais mon devoir.
« - Edelgard, pour une fois, obéissez. »
Je vis ses traits se durcirent et je l'entendis pour la première fois pester à l'un de mes ordres. Mais elle acquiesça. Malgré sa frustration de ne rien pouvoir faire, et de ne pouvoir m'accompagner, la future impératrice savait que j'avais raison. Et puis, qui laisserait une souveraine exterminer son propre peuple ?
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J'avançai à tatillon au cœur de la désolation, repoussant les assauts, libérant les villageois de leur malédiction sur mon passage. Les rares individus que je croisai étaient bien trop atteints pour espérer les sauver. La seule chose que je pus faire fut d'abréger leurs souffrance, et de les guider, vers le paradis auquel la plupart d'entres eux croyaient. Je n'étais ni l'ange de la mort, ni une entité salvatrice, seulement une bête libératrice prête à tuer sa raison et son humanité. Je pensais mes épaules assez solides pour supporter tout ça, mais à chaque vie prise, elles se fragilisaient un peu plus. J'étais déjà à terre, mais ça, je l'ignorais encore.
Je croisai bientôt la route de Caspar, Bernadetta et de Linhardt qui avaient été pris en étau entre plusieurs fous, et là encore, je vis la peur et l'angoisse dans leurs regards. Et cette hésitation à planter leurs armes dans les chaires des Adrestiens. Comment leur reprocher ? Jamais, ils n'avaient été préparés à cela. On pouvait passer des années à étudier les arts de la guerre, à anticiper les conflits, et à envisager de perdre la vie pendant une guerre, mais ça... Les horreurs de Remire dépassaient l'entendement humain. Alors, je fis parler ma lame, celle-là même dont l'acier était déjà recouvert par le sang du péché. Après tout, j'étais la seule à les avoirs mêlés à ça. A les avoir plongés dans ce cauchemars éveillé.
Je trouvai rapidement une bonne partie du reste de ma classe, réfugié dans une grange qui n'avait pas encore cédée. A l'extérieur, Ferdinand se battait corps et âme à coup de lance, accompagné de la magie de Dorothea, pendant que Flayn, à l'intérieur, s'occupait d'un groupe de survivants. Il y en avait encore... C'était presque un miracle. J'envoyai rapidement l'ensemble du groupe rejoindre nos troupes placées sur la place centrale du village. Mon père saurait les protéger. Et il me restait encore une dernière personne à trouver.
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Les rideaux de cendres s'intensifiaient au fur et à mesure que j'avançais. J'espérais rapidement pouvoir trouver mon tacticien afin de pouvoir sortir de là, et d'à nouveau respirer. Même s'il m'aurait été très simple de le laisser carboniser ici, et avec lui, tous ses plans et stratagèmes pour me faire disparaitre, il était aussi sous ma responsabilité. Et jamais je n'aurais pu me pardonner de le laisser mourir ici. Cette idée ne me traversa pas une seule seconde l'esprit, d'ailleurs, pas même lorsque je vis une étrange lueur sombre illuminer dans le voile de fumée. Sans aucun doute, il s'agissait d'Hubert, et sans aucune surprise, celui-ci n'hésitait pas à se défendre. Des cadavres gisaient déjà dans des restes de miasmes infestant la terre brûlée. Et pourtant, lui qui paraissait si impassible à la seule évocation de la mort, reflétait le désarroi et la consternation. Même un homme aussi sombre que ce mage avait une conscience, après tout, et éliminer des membres de l'empire n'était pas aussi facile que d'empoisonner les ennemis de sa Dame.
« - Hubert ! m'écriai-je au moment où ma lame intercepta une hache de pierre. »
Je fis reculer un villageois enragé, prenant soin de compter ceux qui tenaient encore debout, avant de me placer dans le dos de mon élève qui me dépassait d'au moins deux têtes.
« - Professeure, m'accueillit-t-il d'un ton très calme. Je dois bien cette fois vous avouer que votre présence est la bienvenue.
- Nous devons rejoindre les autres, Hubert, suggérai-je à l'aigle ébène. Il n'y a plus rien à espérer ici.
- Je suis en effet arrivé à ce constat, professeure. Mais il semblerait que cette tâche ne s'annonce pas si facile qu'elle voudrait l'être. »
Plusieurs personnes sortirent des rideaux de flammes, des habitations encore en feu, ou bien se relevèrent alors qu'elles gisaient sur le sol. Rien ne les arrêtait, et bientôt, nous fûmes entourés de prêt d'une dizaine de monstres. Ah, cette appellation, même à moi, elle me semblait trop horrible.
« - Peut-être le moment serait-il bien choisi pour nous faire preuve de vos nouveaux talents. D'autant plus que ma magie trouve ses limites. »
Le fils Vestra avait raison. La lumière que renvoyaient ses paumes avait faiblie. Cela faisait plusieurs heures maintenant que la situation mettait à mal notre endurance. Moi aussi, sentais mon corps faiblir à chaque minute passée ici. Entre les assauts répétés, et le dioxyde de carbone que l'on respirait en permanence, nous pouvions perdre connaissance d'un instant à l'autre. Depuis un moment maintenant, ma vue était troublée, et ce n'était pas seulement dû à la présence de fumée. J'imaginais qu'il en était de même pour Hubert.
« - Je vais tenter une percée, profitez-en pour rejoindre le reste du groupe.
- Et vous laisser récolter tous les lauriers, professeure ?
- Ce n'est pas le moment de plaisanter, Hubert.
- Ni celui pour vous de vous sacrifier vainement. »
Je sentis mes muscles se tendre et mon visage se crisper. Ce garçon était très perspicace, et il voyait très clair dans mon jeux. Je n'étais moi-même par certaine de ressortir de tout ceci vivante. Mais je devais les protéger, le protéger. Coûte que coûte.
« - Vous feriez-vous du soucis pour moi ? N'était-ce pas vous qui pourtant rêviez de me voir disparaitre ? Une telle occasion ne se présentera pas deux fois. »
J'ôtais la tête d'un corps dont la peau pendait en lambeaux avant d'enfoncer mon épée dans la poitrine d'un autre. Des miasmes dévorèrent également ce qu'il restait de l'épiderme d'un autre des villageois de Remire. Malgré ça, leur nombre ne décroissait pas.
« - Très bien, puisque vous insistez, se résolu l'homme aux cheveux aussi sombres que la suie qui tâchait sa peau claire. »
Je pris une grande inspiration et tentai de faire le vide dans ma tête. C'était le moment ou jamais de me prouver à moi-même que j'étais capable de protéger autre que moi. J'étouffai toutes mes pensées, une à une, qui ne faisait que me gêner. J'imaginai la voie de Dorothea me bercer les oreilles, puis les hurlements des Adrestiens perdant la vie. Je sentis de nouveau brûler l'ardeur de Caspar lors de l'annonce d'un combat auquel il devait participer, avant de sentir celle des flammes rongeant ma peau. Je me désespérai des crises de panique de Bernadetta, avant d'imaginer celle qu'avaient du ressentir les habitants lorsque leurs proches tentèrent de les massacrer. J'entendis Petra travailler le Fódlien, quand beaucoup ici avaient vu tomber leur propre langue tel un morceau de viande carbonisée. Je fus de nouveau dégoutée par le poisson qu'avait cuisiné Flayn plusieurs semaines auparavant, quand ici, ma lame s'était tout simplement enfoncée dans les estomacs de mes victimes. Je pensai à la paresse de Linhardt qui ne rêvait presque que de dormir, alors que Remire avait sombré dans un sommeil duquel il ne se réveillerait jamais. Le visage de Ferdinand m'apparut ensuite, avant de le voir recouvert par le sang du peuple auquel il appartenait et qu'il s'était juré de protéger. J'entendis de nouveau les menaces d'Hubert, bien décidé à me faire disparaitre, consciente que les flammes, ou bien les villageois enragés y parviendraient sans doute avant lui. Et enfin, je vis le sourire d'Edelgard illuminer son visage sur les tapements frénétiques de mon cœur, avant de le voir disparaitre sous des perles de cendre.
L'air se souleva autour de moi. Je me laissa submerger, par mes peines, par mes joies. Mes doutes, mes craintes, mon embarra. Je laissai cette énergie nouvelle prendre entièrement possession de moi. La seule chose qui m'importait, était de pouvoir tous les sauver.
« - Restez en vie, professeure. »
J'ouvris les yeux, ma vision se troubla, et je sentis le déluge de flamme s'abattre autour de moi.
« Bolgamone. »
Mon jugement vint engloutir le peu de vie qui subsistait autour de moi et fit trembler la terre, emportant avec lui les derniers râles d'agonie tandis que l'ombre de l'impératrice disparaissait dans le sillage de ma puissance.
« Courrez, et ne vous retournez pas. Jamais. »
Je sentis mon corps s'écrouler sous mon propre poids et mes genoux s'écraser. Seuls mes doigts agrippant fermement le pommeau de mon épée plantée dans le sol me permettaient de ne pas m'effondrer totalement. Le sort que je venais d'utiliser m'avait privée du peu de force qu'il me restait. L'air devint irrespirable, et il me fut beaucoup plus difficile de garder les yeux ouverts. Et lorsque ces derniers se fermaient, l'obscurité ne faisait qu'accentuer les horribles gémissements que j'entendais se rapprocher. Le souffle de la mort.
Et puis... Au beau milieu des chuchotements des ténèbres prêt à venir me cueillir, j'entendis très distinctement un ricanement se fondre dans l'angoisse. Je relevai la tête et ouvrai difficilement les yeux. Une silhouette trop imposante pour être celle d'un villageois brûlé à l'os se déformait dans la chaleur des flammes. Je poussai sur mes jambes, traînant mon épée de mon bras ensanglanté par la morsure que m'avait laissé le gamin plus tôt, et bientôt, me heurtai au visage de l'abomination incarnée.
Le crâne de l'individu dégarni était parsemé de grosses veines gonflées et prêtes à exploser. Mais ce qui me choqua le plus ne fût ni ses yeux noirs, ni la teinte livide de son visage, mais bien le sourire que celui-ci affichait, comme s'il semblait jouir de cette situation.
« - Quelle puissance... Si maléfique... »
Ses lèvres s'étirèrent un peu plus. Ses mains se soulevèrent devant lui au moment où d'autres Remiriens apparurent. Comme sortis de nulle part.
« - Tuer... Gaaarh... »
Par la Déesse, c'était vraiment la fin. Je n'étais plus capable de réfléchir, ni même de faire un geste de plus. Je sentais mes forces me quitter, et pourtant, je sentis ma rage s'intensifier, et devenir plus ardente que les braises incandescentes laissées par les flammes.
« - Quelle intéressante découverte... jubila ce nouvel ennemi. Jusqu'où la bête est-elle capable d'aller pour sa survie ? »
Et puis, son rire éclata et retentit dans mes oreilles. Dans le village tout entier. Il me perfora les tympans, détruisit ma raison.
« - La bête, répéta-t-il. Ou le poison... »
Ce dernier mot imprégna mon esprit, et alimenta ma rage, pour me prendre à la gorge. Je ne pouvais pas croire ce que mon cerveau essayait de comprendre. Je ne pouvais pas croire que toutes ces horreurs puissent avoir été préméditées. Tous ces morts, tous ces sacrifices. Toutes ces... exécutions. Non, je ne pouvais pas y croire. Je ne voulais pas y croire.
« - Puisque tu respires encore, montre moi donc ce dont tu es capable, mon enfant. »
Mes ongles saignèrent mes chaires, trouvant au fond de moi l'énergie qui me faisait défaut. La force font j'avais besoin pour me relever et pour faire taire le Diable. Peu importait d'où elle provenait, j'en avais seulement besoin. Peu importait à qui je l'empruntais, à la Déesse, ou au Démon. J'avais seulement besoin de me relever.
J'hurlai, j'hurlai à en perdre poumons. J'hurlai, à en étouffer ma conscience, mon cœur, et ma raison. Je laissai la lumière se ternir, l'obscurité m'assombrir, et ne faire qu'un avec moi-même. Je la laissai me posséder, je la laissai me dévorer, jusqu'au plus profond de mes entrailles. J'assassinai chacune de mes émotions pour ne garder que la colère, la rage, et pour semer désolation. J'autorisai mon âme à se briser en éclat, à se réduire en poussière, et à laisser derrière moi, mon dernier reflet d'humanité. Car à ce moment là, l'humanité elle-même n'avait plus aucun sens. Au milieu d'un tel carnage, seuls des monstres pouvaient s'affronter.
Ma lame dansa dans le feu et découpa même les flammes. Trancha des gorges et éventra jusqu'à leurs âmes. Elle les guidait au paradis, au purgatoire, dans l'au-delà. Je fis tomber les têtes, une à une, de carmin recouvrai son éclat. Son acier et le sang se mêlaient, le liquide la recouvrait, l'alimentait. Insatiable, mon épée en voulait encore plus, les dévorait. En une fraction de secondes, je fis pleurer la vie, je fis sourire la mort. Instrument de cette dernière, toutes ces dépouilles et les ténèbres nourriraient la terre de leurs chaires.
« - Professeure ! »
Encore des hurlements, qui à peine m'effleurèrent, car déjà, mes mains de nouveau s'imbibèrent. Lame dans la gorge, les doigts dans la poitrine, j'arrachai maintenant le cœur de ma nouvelle victime. Le corps tomba à mes pieds, sans même le regarder, je cherchai déjà le prochain martyr à sauver.
« - Byleth ! »
Et maintenant s'envolait mon prénom, qui l'instant d'une seconde, attira brièvement mon attention. Je n'étais plus certaine de ce que voyaient mes yeux, illusion, rêve, ou ange miséricordieux. Tout ce que je voulais était voir ce monde recouvert de cendres, mes mains noyées dans le sang, toute la souffrance disparue, car déjà, lèvres étirées, je n'existais plus.
« - L'Astre maléfique... »
Telle une bête répondant à son nom, je me tournai pour voir disparaitre l'abomination me chuchotant s'appeler Solon.
Je fermai les yeux, encore une fois, quand disparus la dernière étincelle en moi. Je la sentis, engloutie, ravagée, mon esprit disloqué. Je devins témoin de mes propres atrocités. C'était comme s'endormir, pour affronter un cauchemar, laisser ses rêves mourir, nourrir le désespoir.
« - Byleth ! Reprends-toi ! Byleth ! »
Encore la voix de cet homme, qui toute ma vie, m'avait accompagné. Mais il n'y avait ni famille, ni amour, sur le chemin que désormais j'empruntais. Son regard inquiet ne m'interpella pas, ni même le visage dévastée de la jeune fille qui l'accompagnait. J'essayais de murmurer leurs prénoms, mais déjà leurs identités s'effaçaient. La seule chose qui subsistait était ma rage, et ce besoin de tuer.
« - Réveille-toi, sombre idiote ! »
A chacun son fardeau, le mien était de semer le chaos. Ma lame de nouveau s'agita, le nombre de cadavres s'éleva. Un de plus, ou un de moins, les compter ne servait plus à rien. J'étais maintenant incapable de distinguer les villageois, les chevaliers, les élèves, tous étaient destinés au trépas.
Je m'élançai vers mes alliés que j'étais désormais incapable de nommer. L'environnement avait perdu ses couleurs, mes souvenirs leur saveur. Je me heurtai à la hache qui me repoussa, je roulai sur le sol lorsque de nouveau elle s'écrasa. Dans ce malheur, avaient même disparu mes douleurs. Elles s'atténuaient au fur-et-à-mesure que le sang coulait. Le mien, le leur. Celui-ci reflétaient juste l'horreur.
« - Professeure... »
Derrière le dos du chevalier, les prunelles parme s'illuminaient. De l'effroi, du désarroi, une expression sombre la grimait. Mes lèvres s'étirèrent lorsque mon épaule se déboita, je bousculai violement l'homme, et dansai dans ses pas. Rien ne pouvait plus m'arrêter, je n'étais plus qu'une bête enragée. Dans la noirceur, les nuances blanches des quelques mèches m'attiraient. Elles étaient tel un brasier qu'il me fallait éteindre, avant de laisser les souvenirs de cette femme m'atteindre. Car malgré la haine et la colère, le son de sa voix transcendait les flammes, faisait échos à mon âme.
Je me faufilai dans le dos du guerrier, je le laissai dérouté. Et rapidement, mes doigts enlacèrent cette gorge dont la peau ivoirine attiraient mes crocs, où se resserraient maintenant mes mains assassines.
« - Es-tu vraiment prête à assumer cela ? »
Je fis un pas en arrière, agrippai mes cheveux. Seigneur, pourquoi était-ce si douloureux ? Je sentis mes poumons se vider, mon souffle s'échapper. Si seulement quelqu'un pouvait m'achever.
« -Banshee Θ »
Des tentacules sombres apparurent, passèrent autour de mes jambes, de mes bras. Je tournai difficilement la tête, trouvai un regard qui ma glaça. Je fus plaquée au sol, puis la jeune femme se jeta sur moi. Ses mains agrippèrent mes poignets, ses cuisses m'empêchèrent de bouger. Et cette douleur... proportionnelle à ma fureur.
« - Byleth... »
Je me souvins de ce nom, familier, il cherchait les vestige de ma raison. La couleur de ses yeux agressait mon esprit, son odeur mes envies. Mes souvenirs, mes désirs, me bousculaient, me violentaient. Et cette chaleur, dans ma poitrine, était plus insupportable que de l'imaginer m'arracher elle-même le cœur.
« - Je suis désolée. »
Je la vis lever les yeux, et acquiescer. Sa main se dégagea, et puis, tout s'assombrit. Je me retrouvai seule dans les ténèbres, où la lumière de son regard subsista pour très vite s'éteindre. Il faisait noir, mais je savais que rien ne pouvait être plus sombre que moi-même.
« - Te revoilà de nouveau ici. »
De Remire, ne restait désormais que des ruines. De la violence, et du chagrin. La fumée qui s'élevait dans les airs emporta l'espoir avec elle. Longtemps, la terre se souviendrait de la malédiction qui y avait frappé, de la désolation qui y avait été semée, et de la peur, qui y avait germée. Lorsque les flammes eurent finit leur festin, et s'éteignirent enfin, elles ne laissèrent derrière elles que du charbon. Des rires incinérés, des peines carbonisées, de la joie incendiée, et des larmes évaporées. Remire fut recouvert d'un épais voile noir.
Et mon âme fût recouverte de ses cendres.
