Yo !

Pour ma dfense, j'ai écris ce chapitre au mois de Juillet ou Aout. Et j'étais satisfaite à ce moment là. Et puis entre temps j'ai fait une floppée d'OS au passé... et après avoir relu ce chapitre-ci, eh bien... Je dois avouer ne rien aimé du contenu ! xD

Je n'ai pas touché à AI depuis quatre mois, bien que j'espère réussir à m'y remettre avant Noël et j'espère ne pas avoir ce sentiment à chaque relecture !

Je vais encore faire un remerciement général: merci à tous d'être là !

Sur ce, enjoy !


XLVI - Apprivoiser la Bête

La lune était si belle. Peu importait combien le ciel était sombre, pas une seule fois la lune ne l'avait abandonné, pas même lorsqu'elle paraissait invisible dans l'immensité. Peu importait les nuages, peu importait un ciel d'orage, la lune était toujours présente, devant chacun et à tout âge. Elle pouvait briller, comme elle pouvait s'effacer, mais à chaque instant, sur la vie la lune veillait. Inaccessible et mystérieuse, la lune était une Reine, solitaire dans l'âme, mais toujours accompagnée de ses dames Que serait la lune sans les étoiles pour attirer son regard, pour subjuguer sa beauté et refléter l'espoir ? La lune était la preuve que deux opposés ne pouvaient exister l'un sans l'autre. Après tout, n'était-il pas possible de distinguer la lueur de la lune dans l'ombre du soleil ?

Mes doigts couvrirent bientôt une partie du ciel. La lune, comme le soleil, étaient peut-être complémentaires, nous berçaient tous deux de leurs lumières, ils n'en restaient pas moins hors de portée. Et seule une éclipse pouvait les rapprocher. Je n'avais cesse de me demander, si j'étais la lune, qui était le soleil que je pouvais admirer ?

/

Je m'étais ce matin levée avec les aurores et ne me coucherais qu'avec le crépuscule. Ces derniers jours passés à tourner en rond et à ressasser les récents événements n'avaient fait qu'entraver mon esprit et mon corps. Je me sentais lasse, et usée comme si le temps lui-même venait de me priver de dix années entières. Mais le temps était bien trop précieux pour être ainsi gâché et sacrifié. Et puis, tout ce qui ne laissait pas sa trace d'une façon ou d'une autre dans ce monde, finissait dans l'oubli. Je ne pouvais pas accepter de simplement disparaître, pour finir oubliée...

Le comble fut de me retrouver dans la salle de classe aux couleurs des Aigles alors même que le soleil peinait à gravir les montagnes d'Oghma. Oui, j'avais décidé de ne plus perdre inutilement mon temps, mais avais-je dit que ce serait facile ? La première étape était de m'occuper l'esprit, assez pour éloigner les souvenirs sombres qui m'assaillaient déjà la nuit. Si je ne pouvais contrôler rêves et cauchemars, pouvais au moins décider de ce qu'il se passait lorsque j'étais éveillée. Et cela non plus, n'était pas chose aisée.

Deux jours auparavant, j'avais surpris tous mes élèves. La plupart d'ailleurs ne décrocha pas un mot du reste du cours, quand d'autres ne firent que me questionner, ou plutôt, m'interrogèrent quant à mon choix. Confiance, disaient-ils, quand certains évoquaient l'injustice. Aucuns n'avaient conscience d'où ils mettraient un jour les pieds. La preuve en fut qu'à Remire, très peu d'entres-eux furent vraiment capable de réagir et de bouger. Bien sûre, je ne blâmais aucun de ces poussins, bien au contraire, tous méritaient le respect pour avoir su si bien garder leur sang-froid. Et le plus important, nous étions tous rentrés en vie. Mais ce n'était pas suffisant. Ces cours n'étaient pas suffisants, ces entraînements n'étaient pas suffisants. Pas plus que les examens. Décrocher une bonne note pouvait s'avérer si facile, alors que rester en vie... était un combat de tous les jours.

J'examinai avec beaucoup d'attentions tous leurs projets. La veille, je leurs avais demandé de m'informer de la spécialité à laquelle ils aspiraient. Rien d'officiel, bien entendu, ils pouvaient encore changer d'avis. J'avais besoin de comprendre pourquoi chacun d'entres-eux était ici, pourquoi ils se battaient, et pourquoi avoir choisi Garreg-Mach plutôt qu'une autre école ou académie. Mais ça, je ne pouvais pas leur demander si simplement, car leurs réponses auraient été aussi simples que ma question l'était, et je ne voulais pas effleurer la surface de leurs objectifs, mais bien en comprendre la profondeur. Et cette curiosité ne s'appliquait pas seulement à eux, mais aussi à moi-même. J'avais également besoin de comprendre la raison de ma présence ici, ou du moins, pourquoi n'étais-je toujours pas partie malgré les nombreuses occasions que j'aurais pu saisir. J'avais soif de liberté, et j'étais sans attache, malgré ça, ma présence en ces murs me paraissait jour après jour plus naturelle, comme si j'avais toujours été là sans y être. Comme si mon âme était scindée en deux. Une part de moi regrettais la route, les découvertes et les voyages. La solitude, et ce besoin de personne. Mais un autre éclat de mon âme semblait trouver ses racines ici, parmi eux, et elles étaient plus profondes aujourd'hui qu'elles ne l'étaient hier. Je devais trouver des réponses à mes propres questions avant que le ciel au dessus de ma tête ne soit entièrement recouvert de ce feuillage de doutes et de ce besoin d'attention...

Je ne fus pas surprise de la plupart des spécialités qu'avaient choisi mes aigles. Ceux-ci avaient des talents très divers, ils étaient tous d'ailleurs très originaux autant dans leurs façons de combattre que dans leurs façons de penser. C'était surprenant de voir une si belle entente entre eux malgré leurs manque de similitude. Bernadetta voulait devenir archère, et il était certain qu'elle y arriverait sans mal. Caspar lui, continuerait de faire parler ses poings en tant que pugiliste. Linhardt deviendrait un prêtre, puis un évêque, probablement, s'il ne passait pas tout son temps à dormir. Quant à Flayn, elle suivrait dans un premier temps la même voix. Dorothea avait finalement opté pour une spécialité à l'épée, mais ses talents en magie la propulserait sans aucun doute jusqu'au certificat de Fossoyeur, à terme. Hubert, fidèle à lui-même, continuerait dans les arts sombres et obscurs, mais si ce certificat existait, c'est qu'il était bien possible de le passer, et qu'on y trouvait utilité. Il avait certainement déjà le niveau d'ailleurs. Avec ces nouvelles spécialités, les élèves pouvaient également choisir des montures qui leur seraient attitrées. Des chevaux, des pégases, et plus tard, même des vouivres. Je ne fus pas surprise que Ferdinand s'oriente vers la classe de chevalier, et il ne lui restait plus qu'à apprendre correctement les arts de la cavalerie. Petra fit un choix similaire à la seule différence qu'en plus de parcourir la terre, elle voulait également survoler le ciel. Et puis, vint le choix d'Edelgard...

Je terminai de préparer les cours pour la semaine prochaine avant de fermer tous les bouquins qui avaient envahis mon bureau. Je ne nourrissais aucun doute quant au fait que Seteth apprécierait mon implication malgré ce désordre. Après tout, c'était lui qui m'avait poussé à reprendre le chemin de ma classe. Et je ne prenais aucun risque à affirmer que mes élèves appréciaient tout autant que certains pouvaient maintenant le regretter.

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Je descendis les marches du hall de réception après avoir rapidement fait le tour de l'étage. Impossible de trouver mon père, que ce soit dans la grande salle d'audience ou même dans le bureau du capitaine où je ne m'éternisai pas plus que nécessaire. Le mercenaire n'était visiblement pas là, et loin de moi l'envie de tomber sur son plus fidèle bras droit qui était trop curieux et bavard. Son débordement d'enthousiasme me donnait même la nausée. Lorsqu'il ouvrait la bouche, impossible de le faire taire. Après le premier examen au changement de certificat d'aptitude, tout s'était très vite accéléré, et avant même que je ne le réalise vraiment, nous étions déjà à Remire, à affronter la mort et les horreurs. Je n'avais pas eu l'occasion de discuter avec mon père, que ce soit sur sa nomination présumée de Capitaine, ou bien sur ce qu'il s'était passé, ce jour là, au milieu des flammes. Et alors qu'aujourd'hui, j'avait décidé de rattraper le temps perdu, et d'avoir enfin une discussion avec lui, celui-ci s'était volatilisé. Était-il reparti en mission sans me prévenir ? Je n'avais pas non plus envie d'aller poser cette question à l'Archevêque elle-même. Cette discussion serait remise à plus tard, si j'avais encore le courage pour.

Après une succession d'intérieurs et d'extérieurs à laquelle j'étais maintenant très habituée, je pris sur la gauche avant d'entrer dans le vestibule. Pourquoi ? Aucune idée. Peut-être avais-je été attirée par l'odeur de paille et de foin en provenance des écuries, tout simplement. J'aimais la compagnie qu'offraient les animaux en général, ils étaient si silencieux je trouvais le temps agréable avec eux. Même si parfois, les billes noires des canassons semblaient refléter leurs pensées les plus profondes.

« - Pourquoi ne suivons pas l'exemple de nos aïeux en organisant un petit duel entre nous ? Voila ce que vous vous apprêtiez à me dire, entendis-je bientôt alors que mes pas foulèrent le sol terreux. Mais la réponse est non. »

J'approchai du duo de personnages qui semblaient être dans une profonde discussion à laquelle je ne comprenais rien. Je reconnue rapidement la couleur chaude de la tignasse parfaitement peignée de Ferdinand, et les mèches hivernales de sa future impératrice, les traits tirés sévèrement.

« - Vous m'avez coupé la parole ! »

Les doigts gantés du jeune homme passèrent dans sa crinière de feu avant qu'il ne secoue la tête, vexé, ou bien simplement agacé, je n'aurais su le dire. Je n'écoutais déjà plus leur conversation.

« - J'en suis navrée, Ferdinand. »

Ah, j'avais sans doute loupé quelque chose, car il était bien rare de voir la souveraine s'encombrer de quelconques excuses. J'imaginais aisément que celle-ci avait encore refusé un duel proposé par le futur chevalier.

Je fis un pas de plus lorsqu'un des canassons releva la tête par dessus la porte de son box. Je l'entendis gratter le sol de ses sabots, les yeux grands ouverts. Je ne parlais pas le langage des chevaux, mais je savais reconnaître une bête s'impatientant. Celui-ci ne dirait certainement pas non à une petite balade. Elle devrait cependant être remise à plus tard, car les mouvements des équidés attirèrent l'attention des aiglons.

« - Oh, professeure ! Il est rare de vous voir ici ! Que direz-vous d'un petit duel, vous-et-moi ? proposa aussitôt le lancier.

- Je vais devoir décliner votre offre, Ferdinand, refusai-je poliment. Je n'ai pas le temps pour cela aujourd'hui. »

Demi-mensonge. Je n'avais certes pas le temps, mais n'avais pas non plus grand chose à faire alors que mon père était introuvable et que j'errais maintenant dans le monastère comme une âme égarée.

« - Mais puisque vous êtes là, professeure, dites moi... Que pensez-vous de moi ? Demanda le garçon subitement. Parlez en toute sincérité en tâchant de faire abstraction de la noble maison dont je suis issu. Je ne manque pas de mérite, n'est-ce pas ? »

Je ne sus quoi répondre dans l'immédiat. Je ne sus d'ailleurs pas quoi penser non plus. Ferdinand m'avait laissé une impression douteuse lors de notre première rencontre, à jouer les beaux parleurs, mais il s'était très vite révéler être le meilleur de mes lanciers. Et je ne disais pas uniquement cela car il était le seul lancier de ma classe. Non, il tenait presque tête à Dimitri dans un combat singulier.

« - Eh bien, je... hésitai-je.

- Pourquoi Edelgard s'entête-t-elle donc à refuser toutes mes propositions de duels ?

- Je suis toujours ici, Ferdinand, signala la blanche en croisant les bras sur sa poitrine.

- Je dois aller parfaire mes entraînements, il n'y a que de cette façon que je finirai par attirer votre attention, s'adressa de nouveau le roux à sa souveraine. »

Et il disparut derrière plusieurs tas de paille. Étrange garçon. Sa rivalité avec Edelgard était fascinante, du moins, son désir de sans cesse la surpasser l'était. Je devais reconnaître qu'il ne manquait pas de persévérance. Combien de fois le jeune homme avait-il invité l'Adrestienne à combattre ? Au moins autant que celle-ci avait refusé.

« - Ce garçon est fatiguant... souffla la future impératrice de l'empire.

- Il ne cherche que votre reconnaissance.

- Il cherche à me montrer une quelconque supériorité.

- Alors acceptez de combattre ? proposai-je.

- Pourquoi le ferai-je ? »

Lequel des deux était le plus désespérant ? Celui qui s'acharnait à l'inviter ou bien celle qui s'entêtait à refuser ? D'ailleurs, je ne cessais de me demander pourquoi Edelgard ne l'avait tout simplement pas remis à sa place en quelques coups de hache. Au moins, le garçon aurait compris, ou bien... Se serait-il peut-être encore plus acharné...

« - Que faites vous ici, professeure ? Vous cherchiez quelqu'un ? »

Oui et non. Je savais que Jeralt ne se trouverait pas ici, planqué derrière de la paille et du foin.

« - Et vous ? Souhaiteriez-vous vous diriger vers une spécialité à cheval ?

- Non, certainement pas. »

Je plissai les yeux sur le regard sérieux de la souveraine de l'empire. Elle n'avait en effet la veille fait part d'aucune volonté de devenir chevalier, mais sa réponse n'avait pas fais taire ma curiosité. Sans dire un mot, nous entamâmes une marche silencieuse en s'aventurant plus profondément dans les écuries du monastère. Nous descendîmes plusieurs escaliers, en remontâmes d'autres pour arriver près des box où les crins fins des chevaux avaient laissés place aux dures écailles des reptiles. Déjà, j'entendais leurs rugissement faire hérisser les poils de mes bras. Je n'étais définitivement pas à l'aise avec ces créatures.

« - Chevalier Wyverne, soufflai-je en enracinant mon regard sur un plateau en contrebas du monastère où des silhouettes humaines s'approchaient dangereusement de celles des reptiles bipèdes.

- Cela vous surprend ?

- C'est une classe élite, répondis-je. Vous devez choisir une spécialité intermédiaire.

- Vous n'avez pas répondu à ma question, professeure.

- Pourquoi pas Lord ?

- Vous savez très bien pourquoi.

- Cette spécialité a été spécialement proposée pour vous, ainsi que Claude et Dimitri.

- Et c'est pourquoi je ne la choisirai pas. »

Je posai mes avants bras sur le muret crénelé et me cambrai pour prendre une position plus agréable, tandis que la blanche, elle, resta bien droite et fière. Etait-ce trop demandée de se montrer détendue ? Le sujet de cette conversation la crispait-elle ? Ou bien était-ce peut-être ma présence ? Non. Edelgard était naturellement comme ça passé les murs de sa chambre, ou de la mienne...

« - Un petit aigle qui veut apprendre à voler... laissai-je échapper sans m'en rendre compte.

- Qu'avez-vous dit ? »

Déjà, la future impératrice s'offusquait. Je pris sur moi pour tenter de paraître un tant soit peu normale malgré sa présence qui m'ébranlait sans cesse. Sa façon de me parler, sa façon de me toiser, et ce petit air supérieur et hautain. Habituée, aujourd'hui ses manières n'avaient plus le même poids qu'auparavant, si elles en avaient déjà eu.

« - Si vous tenez tant à parcourir les cieux, pourquoi ne pas vous dirigez vers la spécialité de Pégases, comme Petra souhaite le faire ? demandai-je très franchement.

- A-t-on déjà vu des chevaliers pégases armés de haches, professeure ?

- A-t-on déjà vu plus entêtée que vous, Edelgard ? Vous seriez la première. »

Je vis les lèvres de ma souveraine s'étirer, avant que ses doigts n'étouffent un de ses rires qu'elle ne pouvait se permettre d'offrir, bien trop fière.

« - Non, les pégases sont bien trop... Délicats.

- Vous voulez-dire qu'ils ne sont pas assez puissants à votre goût ? considérai-je. Les pégases sont rapides, et plus habiles que les vouivres.

- Aucun pégase ne vous a mis à terre, professeure.

- Qu'en savez-vous ? Faudrait-il une marque de sabot ornant ma peau pour vous convaincre que cette spécialité n'a rien à envier à celle que vous convoitez ? »

J'examinai la jeune femme pendant quelques secondes qui me parurent aussi courtes qu'interminables. Celle-ci n'avait pas une minute perdu son sérieux, même si j'eus presque réussi à lui voler un rire.

« - Mais vous avez raison, aucun pégase n'a manqué de m'ôter la vie. A deux reprises, précisai-je. »

Mes yeux trouvèrent de nouveau le plateau plus bas où j'examinai avec beaucoup d'attention les gestes que répétaient les individus et leurs montures. D'ici, les vouivres paraissaient si petites, et pourtant, je n'oubliais pas qu'elles pouvaient également être démesurément grandes. Mes doigts vinrent mécaniquement ébouriffer mes cheveux sur cette pensée et redessinèrent la cicatrice que mon dernier affrontement avec l'une d'elle m'avait laissé, souvenir mais aussi trophée.

« - Je ne peux pas vous laisser monter une Wyverne, Edelgard. Du moins, pas maintenant. »

La future impératrice resta silencieuse alors que ses yeux étaient enracinés sur le plateau. Celle-ci semblait nourrir une certaine frustration quant au refus que j'étais obligée de lui imposer, mais savait garder la tête haute. Il aurait été bien étonnant de l'entendre simplement se plaindre, cela ne seyait guère à une future souveraine.

Mes yeux tracèrent une ligne invisible de la terre jusqu'au ciel dans le sillage d'une bête plus imposante que les autres dont les écailles se mêlaient maintenant parfaitement aux nuages laiteux qui traversaient la toile bleue. Les Wyvernes étaient presque toutes de couleurs sombres. Je me souvenais parfaitement de la teinte vert de chrome de la première vouivre qui m'eut mise à terre. Quand à la seconde, ses écailles étaient noires et plus sombres qu'une nuit obscure. Je savais qu'il était également possible d'en croiser des bleues, mais c'était la première fois que j'en voyais une blanche...

Bien évidemment, comme tout le monde au monastère, j'avais déjà entendu parler de la vouivre de l'héritier de l'alliance. Une bête rare et de lignée royale. Mais je n'avais encore jamais eu le luxe de la voir s'élever ainsi dans les airs. Sa vitesse était exceptionnelle, autant que l'envergure entre ses deux grandes ailes déployées. Le plus impressionnant était de voir à quel point Claude et elle ne semblaient faire qu'un alors qu'ils n'étaient plus qu'un petit point sombre dans l'ombre du soleil qui décrivait des figures à la fois gracieuses et précises. Le Prince de Leicester était vraiment surprenant.

Pendant un instant, j'eus presque la sensation de ressentir la tension qui émanait de la princesse impériale dont le nez n'avait pas à un seul instant quitté le ciel. Sa lumière se reflétait telle de l'ambre dans ses yeux parme grands ouverts. De l'envie, et le désir d'un jour pouvoir en faire autant débordaient de ce regard qui ne décrochait plus.

« - Si vous tenez tant à chevaucher une vouivre, pourquoi ne tout simplement pas vous en offrir une ? »

Tout se monnayait, en ce monde, et il était certain qu'Edelgard détenait assez de moyens et de pouvoirs pour obtenir tout ce qu'elle pouvait convoiter. En tant que professeur, je ne pouvais pas la laisser monter une vouivre dans l'enceinte du monastère tant qu'elle n'avait pas passé son examen intermédiaire, mais pour Claude, c'était différent. Son reptile ailé l'accompagnait depuis toujours, et il ne la montait pas dans le but de passer un quelconque certificat ou une spécialité, mais bien pour renforcer le lien qui l'unissait à sa créature, qui semblait déjà indéfectible et profond. J'en étais convaincue maintenant que je voyais leurs prouesses sous mes yeux, ou plutôt, au dessus de ceux-ci.

« - Alors vous ignorez vraiment comment cela fonctionne, professeure ? demanda l'héritière de l'empire. »

Mon regard vint très vite se fondre dans le sien alors que je devinais que sa question n'en était pas vraiment une. Et pendant une seconde, je crus presque imaginer un sourire transcender l'expression impassible du visage d'Edelgard qui admirait l'union que formaient Claude et sa vouivre alors qu'ils volaient aisément dans ce ciel que mon aigle rêvait de pouvoir découvrir à son tour. Quel comble pour un oiseau.

« - Il est si facile de rester à terre, commença la blanche d'un ton presque amer, qu'il n'en est que plus difficile de rejoindre les airs. Monter une Wyverne ou un Pégase n'est pas aussi simple que de choisir un cheval, continua-t-elle alors que sa voix semblait presque déborder d'admiration. Ce n'est pas le maître qui choisit sa monture, mais bien l'animal qui choisit le maître. »

J'écoutais les paroles d'Edelgard comme on pouvait conter une histoire pour s'endormir le soir, mais dans celle-ci, il ne s'agissait pas de princes, de chevaliers, mais bien d'une reine qui voulait dompter une créature ailée. Peut-être était-ce naïf de ma part, j'ignorais tout de cette histoire, mais qu'il était beau de voir ainsi briller le regard d'Edelgard.

« - Vous n'avez jamais volé à dos de Wyverne ? me questionna soudain la princesse impériale.

- Eh bien, à défaut de m'être déjà tenue entre leurs ailes, me suis plusieurs fois retrouvée sous leurs pattes. »

Et ce n'était pas peu dire, mon corps tout entier portait les cicatrices de ces combats passés. Chevaucher une vouivre n'était ni un rêve, ni un défi que je m'étais juré de relever. Si je ne pouvais me venter d'avoir assez de courage pour monter un de ses reptiles ailés, me permettait néanmoins de le faire pour avoir enfin réussi à subtiliser à un rire à la souveraine. Et les éclats de sa voix qui sortaient de sa bouche tintaient comme du cristal. Ses yeux luisaient maintenant sur moi, me réchauffaient le cœur mais écorchaient mon âme. Je ne pus m'empêcher de me demander qui se reflétaient maintenant dans ses belles prunelle parme. Edelgard souriait-elle simplement à son professeure, à son amante, ou bien à l'assassin que j'étais et qui lui avait presque ôté la vie ?

« - Un jour, Edelgard... soufflai-je en tournant de nouveau les yeux sur le ciel cotonneux. Soyez patiente. »

Un jour... me répétais-je. Mais peut-être que ce jour arriverait plus tôt pour mon aigle que ce que ses yeux désireux semblaient le croire.

/

J'entrai dans la grande salle d'audience qui baignait de cette lumière aux multiples teintes envoûtantes. Je pris avec beaucoup d'aisance le chemin du bureau de l'Archevêque qui n'était pas là avant de m'installer en face du conseiller de l'armée. J'étais sans doute venue bien trop de fois ici pour me sentir ainsi détendue.

« - Je suis on-ne-peut-plus surpris de votre visite, me confia l'homme aux yeux jade qui m'accordait une attention particulière. C'est la première fois que vous vous entretenez avec moi de votre propre initiative.

- Je souhaiterais qu'Edelgard puisse assister à l'un de vos séminaires. »

Je ne tournai pas autour du pot et préférai lui avouer directement la raison de ma visite ici. D'autant plus que je savais que cet homme, très respectueux des règles, ne serait certainement pas facile à convaincre. Et je ne nourrissais aucun doute quant au fait que ma demande très directe et tout autant soudaine nécessitait maintenant une argumentation parfaitement travaillée si j'osais espérer un retour favorable.

« - Vous êtes le plus grand chevalier Wyverne de Fódlan, n'est-ce pas ? affirmai-je.

- C'est en effet ce que beaucoup semblent penser, acquiesça l'homme humblement. Mais aucun n'élève ne pourra monter une de ces créatures sans mon approbation. »

Humble, et perspicace. Seteth n'avait absolument pas besoin de me convaincre sur ces points.

« - Edelgard semble nourrir une certaine curiosité pour les Wyvernes, je repris sans le quitter des yeux. Plus qu'une curiosité, un réel désir d'en monter une.

- Dans ce cas, vous pourrez me faire part de sa volonté lorsqu'elle s'orientera vers cette spécialité après avoir validé son second examen. »

Et comme je m'en doutais, la réponse fut sans équivoque. Il m'était inutile de m'encombrer d'un quelconque regard larmoyant, de fleurs ou de cadeaux, car je savais que l'homme n'était pas du genre à se laisser attendrir ou bien acheter.

« - Vous êtes le conseiller de Rhea, soulignai-je d'un regard dénué de toute hésitation. Vous devez donc savoir qu'elle accorde une certaine attention à la future impératrice de l'empire. »

Attention, ou obsession, je ne savais pas vraiment quel terme était le plus adaptée pour parler de ces deux femmes. Quoiqu'il en fut, ma remarque ne surprit pas le moins du monde mon collègue, même si j'aurais pu jurer voir naître une étincelle de curiosité dans son regard, aussitôt éteinte. Si j'étais forte pour cacher mes émotions et mes pensées, Seteth n'avait rien à m'envier sur ce point.

« - En effet, déclara-t-il de façon un peu trop solennelle. Tout comme je suis au fait de la votre. »

Et ce qui devait arriver arriva. Je pris sur moi pour que mon corps ne trahisse pas mon esprit agité, et laissai mes muscles se détendre les uns après les autres quand rester immobile aurait probablement discrédité la confiance que je feignais.

« - Ne vous méprenez pas, professeure, j'apprécie votre implication aussi bien auprès de vos élèves que de Rhea. Cependant, je n'accorde aucun traitement de faveur, peu importe les circonstances.

- Vous l'avez pourtant fait, il y a plusieurs nuits de cela. »

Mes yeux bleuet jaugèrent ceux aux couleurs du jade. Le silence qui s'installa entre l'individu et moi semblait figer le cours du temps alors que je restais suspendue à ses lèvres. Je venais de le surprendre, même si le chevalier ne laissait rien transparaître. J'étais passée maître en l'art de la matière depuis bien trop longtemps maintenant pour manquer de discerner ce genre de réaction.

« - Edelgard est certainement la plus prometteuse de mes élèves, et nuls doutes qu'elle apprendrait bien plus de votre savoir que de toutes les compétences que je saurais lui apporter. D'autant plus que de cette façon, vous seriez vous même régulièrement amener à côtoyer directement la souveraine de l'empire. »

Je me fis violence pour que ma voix sorte d'entre mes lèvres sans trembler, sans même vibrer. Mon timbre devait être clair et dénué d'hésitation, d'arrières pensées. Je ne pouvais pas lui permettre de lire en moi comme il tentait à l'instant de le faire, alors que son regard essayait de perforer le mien pour voir au delà de ce que je lui laissais voir.

« - Je suis certaine que Rhea saurait mettre à profit ces rencontres, ajoutai-je. »

Et Seteth en avait parfaitement conscience. Lui qui était au fait de toutes les manigances ou presque de la dirigeante de l'Ordre, de ses craintes et de ses doutes, plus que quiconque, savait parfaitement ce que je sous-entendais derrière mes parole. J'espérais seulement ne pas finir par me brûler, à jouer ainsi avec le feu. Ou pire encore. Car ce n'était pas mes ailes qui risquaient de se briser, mais ça, je ne saurais le permettre. Après tout, j'étais seulement ici dans le but de demander une faveur, d'un professeur à un collègue. Et il n'y avait de brasier que je ne saurais éteindre, d'une façon ou d'une autre.

Jusqu'où étais-je prête à aller pour permettre à mon aigle de voler ?