Hello ! Comme on se retrouve!

Je commence à ne plus savoir où j'en suis avec mes OS et tout et tout, encore une fois merci à tous !

Quoiqu'il en soit, AI fête ses 1 an aujourd'hui ! J'ai du mal à réaliser xD Ma foi, je suppose que c'est une aventure fort sympathique !

Bonne Année !

Bonne lecture !


Chapitre XLVII - Un Aigle parmi les Reptiles

La nuit sommait le continent tout entier de resté endormi. La brise soufflait tel le chant de la lune sur Fódlan, berçait les esprits, enchantait la nature. L'obscurité semblait faire taire les arbres, enveloppait leurs manteaux feuillus, caressait leurs épines et figeait le temps sur lequel se reflétaient les étoiles avant que vienne naître l'aube. La nuit ne tarderait à laisser sa place au jour, à s'estomper sur les lueurs de l'aurore avant que les premiers rayons du soleil ne balayent l'horizon.

Je frappai à la porte avec autant d'excitation que d'appréhension mais aucune de ces deux émotions ne venait trouver grâce à mes yeux. Douter, ou hésiter, était aussi superflu qu'inutile lorsqu'une décision était déjà prise. Il n'y avait aucune place pour les regrets dans ma vie, et encore moins pour les remords, alors, quand je vis ses deux yeux parme s'ouvrirent difficilement à ma venue, lorsque ses mains marquées de son passé vinrent s'y frotter négligemment, et quand les premiers battements frénétiques de mon cœur accablèrent ma raison, je ne pus qu'esquisser un sourire en espérant que son esprit soit encore assez embrumé pour qu'elle ne le remarque.

« - Professeure... ? doutait l'oiseau à peine éveillé. Avez-vous une idée de l'heure qu'il est ?

- Habillez-vous, Edelgard, lui recommandai-je alors que mes yeux s'aventuraient sur la teinte claire de ses épaules recouvertes d'une simple chemise.

- Je... Je ne suis pas certaine de vous suivre...

- Pour cela, vous allez devoir le faire.

- Pardon ?

- Me suivre, précisai-je. »

J'observai l'oiseau cligner plusieurs fois des paupières tout en frottant une dernière fois ses petits yeux humides. Ils avaient plus de mal à s'ouvrir que l'avaient à éclore les premières fleurs perçant la neige quand s'évanouissait l'hiver. Ses cheveux reflétant cette saison retombaient de façon désordonnés sur son dos et sa poitrine à peine couverte. J'appréciai chaque seconde de cette minute pendant laquelle son expression presque ingénue n'avait pas encore été subtilisée par son masque d'indifférence et de fierté. Paradoxalement, Edelgard pouvait paraître tout aussi adorable qu'elle savait se montrer froide.

« - Ne restez pas dehors, exigea mon poussin après avoir examiné le couloir des dortoirs. »

Il aurait été certes regrettable que quelqu'un me voit debout devant la porte de la déléguée des Aigles de Jais, ou pire encore, me voit y pénétrer. Mais Edelgard avait raison, je ne pouvais pas attendre et prendre ce risque, alors, j'entrai dans la pièce avant qu'elle ne referme derrière moi.

Les volets de la chambre étaient clos pour que la lumière du jour ne puisse y percer, mais une petite chandelle posée sur l'étagère près du lit réchauffait l'obscurité. La cire qui coulait le long du tube albâtre indiquait que celle-ci brûlait depuis des heures. La petite flamme qui vacilla sur mon passage attira mon attention d'une étonnante manière, et mes yeux ne quittaient déjà plus les couleurs chaudes qui dansaient maintenant sur ma respiration. Il ne m'aurait fallut que d'un souffle court entre mes lèvres à peine entre-ouvertes pour faire taire la lumière et voir naître les ténèbres.

« - Vous allez finir par prendre feu. »

Je me retournai et trouvai les perles parme qui jonglaient entre la bougie et moi-même, sans vraiment pouvoir dire sur quoi elles s'arrêtaient le plus souvent. D'ailleurs, sa façon de me considérer et l'inquiétude que ses yeux semblaient refléter étaient presque fascinantes. Edelgard avait l'air d'accorder une importance particulière à cette petite chandelle qui brûlait dans la nuit.

« - Tout va bien ? m'enquis-je alors que son regard était plus silencieux que ses lèvres.

- Vous osez me poser la question alors que vous venez me réveiller à tout juste...

- Cinq heure, finis-je sa phrase. »

Il était tôt, c'était un fait que je n'avais le pouvoir de changer, mais j'étais certaine qu'Edelgard me pardonnerait très bientôt d'avoir ainsi écourté sa nuit, d'autant plus que la future impératrice n'était pas du genre à se prélasser au lit. Elle se serait sans doute levée de son propre chef dans une heure ou deux.

« - Alors ? la pressai-je. Vous comptez sortir dans cette tenue ? »

La souveraine baissa la tête et mes yeux suivirent son geste pour descendre sur sa chemise qui retombait sur le haut de ses cuisses nues. Et puis, ils remontèrent lentement, longèrent ses courbes, s'attardèrent sur le dessus de sa poitrine et sur ses épaules d'ivoire, avant de remarquer la teinte rougeâtre qu'avaient pris ses joues. Par la Déesse, la princesse était embarrassée.

« - Cessez de me regarder ainsi, ordonna mon aigle très peu vêtu. Et expliquez moi la raison de votre présence ici.

- Vous ne tarderez pas à le savoir, répondis-je le plus simplement. »

Mes lèvres s'étirèrent de façon plus qu'espiègle sur l'embarra de ma Reine. Il était fort amusant pour moi de la voir réagir ainsi.

« - Alors retournez-vous... »

Malgré ses manières d'héritière, je ne pouvais m'empêcher de la trouver de plus en plus adorable. Je dus cependant mettre fin à cet échange de regard, ou plutôt, soustraire sa présence au mien, pour qu'enfin elle prenne le temps de se changer. Je me retournai et observai de nouveau la bougie alors que le bruit de sa chemise glissant contre sa peau murmurait à mes oreilles. Mon corps tout entier se réchauffa alors que je l'imaginais maintenant se dévêtir à moins de deux mètres de moi.

« - Vous pouvez passer une simple tenue d'entraînement.

- Allons-nous nous entraîner ?

- Non, pas aujourd'hui. »

Je commençai à m'impatienter alors qu'il me paraissait maintenant évident que mon aigle ne s'habillait pas d'une tenue confortable, du moins, pas selon la définition que j'en avais. Evidemment, Edelgard était bien trop entêtée pour suivre mes conseils, et lorsqu'elle eut enfin terminé de revêtir ses plumes, je ne fus pas surprise de rencontrer sa cape vermeille ondulant sur les dorures de son uniforme sombre.

« - Vous n'écoutez jamais, soupirai-je. »

Mais le contraire aurait été étonnant, et après tout, j'aimais son tempérament, son caractère, son entêtement. Si mon oiseau n'agissait pas de la sorte, et ne battait pas des ailes à sa guise, elle ne serait-tout simplement pas Edelgard. Elle pouvait toujours se grimer de son masque de souveraine, celui de la jeune femme froide et hautaine, mais moi, je savais qui elle était. Du moins, c'était ce que j'aimais penser.

« - Allons-y. »

Mon aigle ouvrit la porte de la chambre et me fit un signe de la tête comme pour me donner un quelconque accord. Je fis taire la flamme qui vacillait sur le bureau, et regardai une dernière fois la chambre de mon élève avant d'en sortir. C'était la première fois que je pénétrais ici, pensais-je alors, et j'aurais aimé pouvoir y rester plus longtemps afin de découvrir un peu plus profondément qui se trouvait sous les traits de la future impératrice. Mais ce serait pour plus tard, peut-être, j'ignorais si je devais ou non l'espérer.

« - J'exige des explications, entendis-je souffler derrière moi lorsque nous sortîmes des dortoirs. »

Quelle enfant gâtée et capricieuse, mais je m'en accommodais, et j'avais parfaitement conscience que mon silence l'agaçait. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle je ne disais rien. Je prenais bien trop plaisir à observer mon aigle perdre patience devant moi quand elle était si parfaite devant les autres.

« - Byleth ! »

Sa peau était marquée d'une petite marque entre ses sourcils qui fronçaient maintenant alors que son regard tentait vainement de me condamner à lui révéler le fond de mes pensées. Edelgard ne supportait pas d'être dans l'ignorance, pas plus que le fait d'être ignorée elle-même. Je comprenais sa frustration, elle qui faisait toujours en sorte de tout contrôler, à qui rien n'échappait, peu importait le contexte ou la situation. Ce n'était pas seulement un rôle qu'elle se donnait, mais un réel besoin. Mon aigle avait sans doute beaucoup trop souffert pour prendre le risque de laisser quelque chose lui échapper, sans oublier ses immenses projets. Pourtant, il lui fallait se rendre à l'évidence, en se tenant ici et maintenant, avec moi, elle caressait toutes les incertitudes. Et ce n'était pas la première fois, Edelgard ne faisait que danser avec les doutes depuis qu'elle me côtoyait, pour m'en avoir elle-même fait part à de nombreuses reprises.

Sa main avait attrapé mon poignet à l'appel de mon nom, et je sentais maintenant la chaleur de ses doigts se répandre sur ma peau malgré l'éternelle présence de ses gants blancs. Paradoxalement, ce contact me faisait tout autant de mal qu'il pouvait me faire du bien. Une part de moi faisait tout pour me détacher d'elle, pour éviter de la frôler, de la toucher, quand une autre se nourrissait de sa présence. Mais chaque fois que mon cœur tambourinait dans ma poitrine, il fracassait aussi ma raison et me rappelait que j'avais presque fait taire son existence. Et pourtant, moi aussi, était ici et maintenant, avec mes doutes, mais aussi mes sentiments. Aurais-je été capable de continuer de respirer dans un monde dans lequel elle aurait tout simplement cessé de vivre ?

Ma respiration se bloqua quand je rencontrai les rayons de lune se reflétant dans ses yeux où débordait l'incompréhension. Et autre chose que je ne savais nommer. Qu'étais-je en train de faire ? Ma main approcha de la souveraine sans que je ne l'ordonne, et mes doigts se saisirent d'une des longues mèches blanches sur laquelle ils remontèrent. J'esquissai un sourire, ou plutôt, je le feignis, alors que je caressais tendrement la tête de ce petit aiglon. Faites-moi confiance, avais-je envie de lui souffler, mais je n'étais plus digne de prononcer ces mots. Seul le silence accompagna mon geste et mes quelques pensées.

« - Dépêchons-nous. »

Aussi futile et simple fut mon geste, je sentais encore la chaleur de son corps sur mes doigts, comme si elle continuait d'y brûler tout comme le faisait la flamme de la chandelle un peu plus tôt. Elle brûlait. Et moi, je me consumais toute entière.

« - Vous agissez étrangement, Professeure. »

Mon prochain pas se fit plus lent, comme si j'avais manqué de trébucher, et le suivant plus rapide, comme si je tentais inconsciemment de fuir ses curieuses paroles. M'avaient-elles ébranlées au point de m'en faire perdre l'équilibre ?

« - Pas plus que d'habitude, répondis-je. »

Agissais-je vraiment différemment ? Evidemment. Je n'avais jamais été une personne se complaisant dans la similitude des autres. Non pas que j'aimais me faire remarquer, mais je ne m'encombrais tout simplement pas du fait, ou non, de rentrer dans un moule pour être acceptée par la société. Ou par n'importe qui. Edelgard avait-elle remarqué la distance que j'avais placée entre nous ? Ou du moins, que j'essayais de placer. Probablement, après tout, les aigles étaient réputés pour être très intelligents. Mais, malgré cela, je n'étais pas vraiment certaine que ses paroles faisaient échos à mes pensées...

« - Vous êtes restée enfermée pendant des jours, et maintenant, vous semblez étonnement enthousiaste, expliqua la blanche d'un ton qui n'incitait pas à la gaieté. Cela ne vous ressemble guère. »

Ah, encore ces histoires de paraître et de semblants. Comment pouvait-elle affirmer que quelque chose me ressemblait ou lui paraisse étrange ? Elle ne savait rien de moi. Enfin, c'était ce dont j'étais convaincue, car si moi, avait apprit à la connaitre, hélas, la réciprocité était certainement encore plus vraie.

Je lui imposai mon silence pour le reste de ce court trajet, nous arrivâmes déjà aux écuries dont je pus sentir les odeurs me chatouiller le nez. Ce n'était pas désagréable, bien au contraire, la paille encore fraîche et propre de la veille me donnait l'impression d'être ailleurs qu'entre ces immenses murs.

« - J'espère très sincèrement que vous ne m'avez pas fait venir jusqu'ici et à cette heure de la nuit pour ce genre de corvée.

- Je vous avais pourtant prévenu de passer quelque chose de plus simple, lui rappelai-je.

- Etes vous vraiment sérieuse ?

- Son Altesse ne s'abaisse donc pas à ce genre de besogne ?

- Pour qui me prenez-vous, professeure ? Une noble prétentieuse qui n'ose se salir les mains ? s'offusqua la future impératrice. Ne vous méprenez pas, je n'aurais aucun mal à me saisir de cette paille pour étouffer votre condescendance avec, me menaçait maintenant sèchement la blanche.

- Essaieriez-vous de faire de l'humour, Edelgard ?

- Je suis on-ne-peut-plus sérieuse. »

Et pourtant, la petite marque qui se creusait de plus en plus entre les yeux de mon aigle quand je lui fis face ne faisait que rendre cette situation plus risible. Je savais très bien qu'Edelgard n'était pas du genre à renâcler pour de pareilles corvées, mais jouer avec ses nerfs et sa patience était plutôt satisfaisant.

Mais je n'eus le temps de m'amuser de la situation, ou de me réjouir de quoique ce soit que je sentis le froid s'engouffrer sous ma cape et remonter le long de ma colonne vertébrale quand s'élevèrent des cris stridents des enclos devant lesquels nous venions d'arriver. J'examinai les différents box plutôt imposants, vérifiai que tous étaient encore clos, avant de m'aventurer dans ce dédale que formaient les étables, suivis de mon aigle de nouveau silencieux.

« - Byleth... souffla la jeune femme. Expliquez-moi ce que nous faisons ici. »

Bonne question. Le fait était que je n'avais aucune réponse à lui donner. Tout ce que je savais était que l'on nous avait convié ici, mon élève et moi-même. Enfin, surtout mon élève, en fait, et si j'avais une petite idée du pourquoi, celle-ci se précisait au fur et à mesure que mes yeux s'égaraient sur les enclos qui devenaient plutôt bruyant. Les vouivres avaient l'ouïe fine, et aucune n'ignorait notre présence désormais.

« - Vous voilà. »

Je me retournai pour aller à la rencontre de l'homme très peu surprit de nous trouver ici. Après tout, Seteth était l'instigateur de cette rencontre.

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J'aimais l'hiver, mais appréciais également la douceur du printemps même si celle-ci était encore timide en début de saison. Contrairement à l'été, sa fraîcheur matinale n'était pas de celles qui ne duraient que quelques minutes, jusqu'au levé du soleil, mais bien des heures. Des heures agréables où il était possible de voir le ciel passer du noir au rosé et d'apprécier chaque nuance colorée qui déteignait sur les cotons de lait.

« - Ce n'est pas vraiment l'idée que je me faisais d'un de vos séminaires. »

Cela faisait un peu moins d'une heure maintenant que mon collègue et moi-même observions mon petit aigle faire des allers-retours entre les box des vouivres, déversant dans chacune des immenses écuelles des seaux entiers aux contenus dégageant des odeurs désagréablement insidieuses. Parfois, les reptiles engouffraient aussitôt leur immense tête à l'intérieur, les mâchoires grandes ouvertes. J'eus d'ailleurs à deux reprises cru que ma protégée allait y laisser quelques plumes, mais elle, ne s'était pas une seule fois faite surprendre par ces bêtes, comme si rien ne pouvait l'effrayer.

« - Il faut bien commencer quelque part. Et je suis certain que la plus prometteuse de vos élèves saura survivre à cette tâche. »

Sans aucun doute. Edelgard prenait beaucoup de sérieux à nourrir tous les reptiles ailés, de la même façon qu'elle effectuait chacune de ses tâches habituellement. Seteth n'avait pas été très exhaustif quand il lui demanda de s'en charger, et l'aigle avait simplement acquiescé sans se poser de questions. Mais des réponses, elle saurait certainement m'en demander plus tard. Après tout, la future impératrice n'allait pas laisser tomber le paraître devant le conseiller de l'Archevêque en personne.

« - Vous semblez vous sentir particulièrement concernée par le devenir de cette jeune fille, me fit soudainement remarquer mon confrère.

- Tout comme je le suis pour mes autres élèves, rétorquai-je.

- Il n'y a que vous et moi ici. Vous pouvez être honnête. »

Le pouvais-je ? Non, certainement pas. Et pourtant, quelque chose dans la voix de Seteth me donnait envie de le croire. L'homme était pourtant si proche de Rhea qu'il m'était difficile de deviner ou non tout ce qu'il lui rapporterait concernant Edelgard. J'avais d'ailleurs moi-même utilisé cette carte pour le convaincre de la laisser approcher les vouivres, et je ne pouvais ignorer ce détail. Je ne cessais d'ailleurs de me demander comment réagirait l'Adestrienne si elle venait à l'apprendre.

« - Nous sommes dans un environnement plutôt confiné. »

Ah, je n'aimais guère la tournure que prenait cette conversation à laquelle je ne souhaitais pas participer, mais je doutais que le second en chef de l'armée ne me laisse l'occasion de fuir.

« - Il n'est d'ailleurs pas rare de voir les élèves passer du temps entre eux en dehors des cours.

- Edelgard est mon élève, et je ne suis pas au fait des personnes qu'elle fréquente.

- C'est exact, vous êtes son professeur. »

Je me fis violence et pris sur moi pour ne pas me braquer, car l'inverse n'aurait fait qu'ôter du poids à mes paroles et me tournerait au ridicule. Je devais être vigilante sur chaque mot que j'allais employé, sur l'intonation de ma voix, sur mon regard, sur ma respiration, car je savais l'homme à l'affût du moindre signe d'hésitation.

« - Byleth. »

Mon souffle se bloqua dans ma poitrine. J'entendais pour la première fois sortir mon prénom de sa bouche. Était-ce pour me faire part de la gravité de la situation, ou bien me montrer un quelconque signe d'affection à mon égard ? Depuis quand le conseiller et moi avions ce genre de relation ?

« - Vous avez protégé ma fille, et j'ai de ce fait une dette envers vous, m'avoua l'homme aux yeux de jade. Je peux répondre à une simple requête comme celle que avez formulée hier, mais ma position auprès de Rhea ne me permet pas plus. »

Je ne comprenais pas un traître mot de ce que j'entendais maintenant. Ou plutôt, je refusais de comprendre. Où Seteth essayait-il d'en venir, qu'essayait-il de me faire avouer ? Était-il au courant pour l'héritière impériale et moi-même ? Rhea lui avait-elle dit quoique ce soit ? Elle-même était-elle au courant ? Tant de questions qui venaient carabiner ma tête et m'empêcher de réfléchir. Feindre l'ignorance devint très difficile, voir impossible, mais je ne pouvais craquer devant lui et mettre des mots sur des règles que j'avais brisées.

« - Je ne vois pas où vous voulez en venir.

- Je l'espère. »

Je détestais ce sentiment de devoir me méfier de tout et de tout le monde, en permanence. Même si j'avais fait ça toute ma vie. Aujourd'hui, trop de regards semblaient braqués sur moi et la future dirigeante de l'empire, et bien trop de personnes étaient concernées.

« - Edelgard semble très à l'aise entourée de Wyvernes, reprit l'homme d'un ton plus souple. Je n'ai aucun doute que l'une d'entre elles l'acceptera le moment venu. »

Il se racla la gorge et resta silencieux de longues secondes, avant d'ajouter :

« - Je vais devoir retourner à mes occupations, des tâches plus importantes m'incombent. Tâchez de rester vigilante. »

Et il s'en alla, me laissant perplexe quant à ses dernières paroles. Vigilante ? Devais-je veiller à ce qu'Edelgard ne perde pas un bras en nourrissant les bêtes, ou bien à ce que nous ne perdions pas la tête à oser enfreindre les règles de cette académie...

/

Le soleil se leva, distribuant sa chaleur sur ma peau de ses rayons dorés alors que le ciel lui-même semblait s'éveiller sur un panel de couleurs resplendissantes et fascinantes. Seteth était parti depuis une demi-heure, peut-être moins, et mon aigle finissait enfin de terminer les corvées qui lui avaient été inopinément confiées. Nous n'allions pas devoir tarder non plus d'ailleurs, avec le jour qui se levait enfin, d'autres personnes allaient bientôt apparaître et je n'avais pas envie de justifier notre présence ici.

« - On peut y aller, Edelgard ? commençai-je à m'impatienter. »

J'étirai nonchalamment mes bras alors que mon corps entier commençait à se faire douloureux. Je n'étais pas habituée à rester sans rien faire ou bien à enfiler des perles.

« - J'aurais pu terminer plus tôt si vous m'aviez fait grâce d'une quelconque aide, ne put s'empêcher de me reprocher la blanche.

- Ce n'est pas moi qui rêve de chevaucher l'une de ces bêtes, rappelai-je en scrutant chacun des boxes. Estimez-vous plutôt chanceuse d'avoir pu les approcher d'aussi près.

- Cela n'a rien à voir avec la chance, je sais très bien que vous n'y êtes pas pour rien.

- Je voulais en effet mesurer votre motivation, mentis-je à moitié. Partons, nous ne devrions même pas être ici.

- Comment avez-vous fait, Professeure ? Nourrir les vouivres n'est réservé qu'aux rares individus qui les montent.

- Disons que j'ai le bras plutôt long, je lui souris. »

Son expression à elle resta des plus sérieuses, et son silence tout autant. Mais elle n'en demanda pas plus, pour le moment, car nous devions vraiment partir avant que quelqu'un ne nous voit et ne devienne trop curieux.

Edelgard et moi-même priment le même chemin qu'à notre arrivée et redescendîmes le long de la promenade qui longeait les dortoirs avant de s'arrêter devant la serre. Il n'y avait encore personne dehors, à cette heure-ci, une chance pour nous. Quoiqu'il en fut, je n'avais absolument aucune idée de comment j'allais maintenant occuper le reste de cette journée qui ne faisait que commencer, et je doutais que mon oiseau ne veuille retourner dans son nid.

« - Je dois aller me changer, me signala la jeune femme le nez pointé sur l'arche qui menait au premier étage et à sa chambre. Mes gants sont...

- Je vous avais prévenu de mettre autre chose, mais comme à votre habitude, vous n'en avez fait qu'à votre tête. »

L'odeur de la paille avait imprégné ses vêtements, ou peut-être ses cheveux, je ne savais plus trop, mais je le sentais d'ici. Et ses gants avaient perdu leur teinte immaculée pour s'abandonner à celle du carmin. Je n'avais même pas envie de savoir avec quoi les vouivres avaient été nourries, elles étaient carnivores, et je n'avais aucun mal à deviner le contenu des seaux sans me poser de questions supplémentaires.

« - Dois-je vous attendre, Edelgard ?

- Faites comme bon vous semble, Professeure, me répondit presque froidement mon aigle. N'est-ce pas ce que vous faites déjà depuis des jours ? »

Depuis toujours, j'avais envie de lui répondre, mais l'amertume dans ses paroles et son regard toisant me plongèrent dans le mutisme, et Edelgard disparut sous l'arche des dortoirs sans rien ajouter de plus.

Le cœur ou la raison ? Toujours cette même hésitation.