Et voici le 14ème chapitre ! Cette fois-ci, nous retrouvons nos deux protagonistes dans une séance de révision ! Bonne lecture !
Mellye se présenta à l'appartement de Justin en fin d'après-midi. Elle le trouva à l'extérieur à entretenir son dune buggy. Il avait troqué ses vêtements ecclésiastiques pour un t-shirt noir avec le masque de Shinigami. Il portait une boucle de ceinture ainsi que son éternel collier de croix à la même effigie. Ça lui donnait un air beaucoup plus décontracté qui s'agençait à merveille à son jeune âge. En l'observant de loin, elle dut accorder le fait qu'il était physiquement de son goût. Ses bras, qu'elle aurait crus chétifs, renfermaient des muscles bien cachés qui se révélaient alors qu'il s'affairait à entretenir son véhicule. Mellye ne put s'empêcher de le trouver attirant. Des papillons naissaient dans son ventre et elle se sentit rougir.
La voyant approcher, Justin lui lança un sourire auquel elle répondit. Il prit de ses nouvelles afin de s'assurer qu'elle allait bien. Il s'était inquiété qu'elle ait de la difficulté à se remettre du traumatisme qu'il lui avait fait subir. Mellye l'avait rassuré. Elle avait été à l'église à quelques reprises pour tenter de retrouver un peu de quiétude.
— C'est vrai? avait dit Justin. La prochaine fois, passe directement à la chapelle. Elle vaut le détour à Death City. J'y vais souvent.
Mellye acquiesça avec un léger sourire. Puis, Justin s'affaira ensuite à terminer d'entretenir son véhicule. En attendant, elle s'était assise sur le siège de son véhicule. Quelques minutes plus tard, il ferma le capot.
— Tu aurais dû conduire un véhicule la dernière fois au lieu de ton cheval.
— Je te signale que ma jument t'a rattrapé et t'as tenu tête pendant de nombreuses minutes avant que tu ne l'effraies avec ta musique. Et puis, tu crois que parce que j'ai un cheval et que je manie des sabres que je ne possède pas de véhicule?
Même s'il avait lu sur ses lèvres, Justin ne répondit pas à la provocation. Il se contenta de lui jeter un regard impassible avant de l'inviter à entrer. Elle lui lança un regard moqueur avant de se lever et de le rejoindre.
— Je pourrais quand même l'essayer? demanda Mellye.
Justin se contenta de continuer d'afficher son air impassible, provoquant une fausse colère chez Mellye.
— T'es pas sympa comme Petit Prieur présentement!
— J'y réfléchirais, dit-il en lui lançant un regard moqueur à son tour.
Le Death Scythe la laissa seule quelques instants avant de réapparaître. Il s'était changé et portait désormais le collet romain avec une chemise noire avec des croix blanches au bas de ses manches. Il s'affaira à préparer le repas du soir; des crêpes!
C'est un vrai de vrai! Pas de viande le vendredi, pensa-t-elle.
Mellye se proposa de l'aider, mais il refusa catégoriquement en indiquant qu'elle était l'invitée. En attendant, elle tenta de commencer ses révisions. Incapable de se concentrer, elle changea de stratégie et tenta d'en savoir plus sur lui.
— Law. C'est très anglais comme nom de famille?
Justin la regarda avec un sourire narquois. Il avait deviné sa stratégie et ne comptait pas se donner au jeu. Il s'obstinait à garder le silence tout en continuant de la regarder. Mellye jetait quelques coups d'œil de temps à autre. Elle sentait le regard inquisiteur de Justin peser sur elle. Il ne la quittait pas des yeux.
— Allez! Avoue Petit Prieur! T'es Anglais non? craqua Mellye.
Rien à faire. Il restait muet comme une tombe. Toutefois, Mellye ne se montra pas offusquée. Il n'avait pas insisté lorsqu'il avait parlé de sa famille la dernière fois et elle lui en était reconnaissante. Ils étaient quittes. Elle remarqua cependant qu'il n'avait pas répondu à la question et considérant qu'il ne mentait jamais, cela aurait pu indiquer qu'elle avait trouvé — tout du moins — une partie de la réponse.
Même si c'était des crêpes, son repas était délicieux. Il avait ajouté une montagne de fruits et une crème anglaise pour rendre le tout appétissant. Il s'était même excusé pour le fait qu'il n'avait pas l'habitude de recevoir des gens chez lui. Dieu qu'elle avait grimacé en silence lorsqu'il avait prononcé la prière avant le repas. Elle devrait vraiment faire quelque chose pour ces maux de tête, mais se refusait de lui en parler pour le moment.
Après le repas, ils passèrent au salon et commencèrent les révisions pour le super examen. Mellye n'avait pas spécialement besoin de quelqu'un pour ses révisions, mais il s'était montré tellement insistant qu'elle avait accepté. Ou avait-elle accepté seulement pour le revoir? Probablement, plus la deuxième option que la première. Elle s'était laissé emporter par ses sentiments et ne l'avait pas regretté.
Mellye savait tout par cœur. Surpris, Justin lui avait souri. Elle craquait littéralement pour son petit sourire discret. Et que dire de ses yeux bleus! Elle aurait fait n'importe quoi pour pouvoir se rapprocher de son corps et de se blottir contre lui une fois de plus. Sentir ses bras puissants entourer son corps. Lui caresser ses cheveux comme il l'avait fait; avec une tendresse infinie. Sentir son odeur qui l'attirait tant. Elle se prit à imaginer se rapprocher de lui et enlever son col romain, déboutonner lentement sa chemise alors qu'ils s'embrassaient. Lui, passant ses mains partout sur son corps…
— Mellye? Tu m'écoutes?
Mellye frissonna à entendre son prénom sortir de la bouche du Petit Prieur.
— Hein? Excuse-moi. Tu disais? répondit-elle, distraite par son fantasme.
— J'ai trouvé un trou dans mon emploi du temps juste pour t'aider dans tes révisions, tu sais? Sois plus attentive, s'il te plaît, soupira Justin.
— Je… je suis désolée.
— Complète l'adage : une âme saine…, reprit-il.
— Hum… dans un esprit sain et un corps sain.
— Souviens-t'en, elle se retrouvera assurément dans l'examen. Vrai ou faux : Au combat, une arme autonome est utilisée à son plein potentiel?
Il lui avait posé une colle, car elle dût réfléchir quelques instants.
— Je dirai vrai, répondit-elle après un moment.
— C'est faux.
— Quoi? s'étonna-t-elle. Fais voir.
Ayant trouvé un prétexte pour se rapprocher, Mellye se leva et alla le rejoindre à l'autre bout de sofa. C'est à peine si elle avait repéré cette odeur si invitante. Désormais, près de Justin, ce dernier lui montra la phrase qui confirma qu'elle avait tort.
— Une arme est utilisée à son plein potentiel lorsqu'elle est entièrement transformée, ce qui n'est pas le cas de l'arme autonome, par exemple moi, qui se transforme partiellement, expliqua le Death Scythe.
Mellye n'en revenait pas. Il n'était même pas à pleine puissance lors des combats. Elle n'aurait même pas imaginé ce dont il était capable s'il se transformait entièrement. Pourtant, elle réalisa qu'il était plutôt difficile de convaincre l'adversaire de se mettre la tête dans le carcan et de se faire décapiter volontairement. Il avait hérité d'un cadeau empoisonné, condamné à être autonome alors que d'autres armes étaient développées à leur plein potentiel. Elle préféra toutefois garder le commentaire pour elle.
— Bien! Retourne à ta place, tu as vu que je ne mentais pas pour une énième fois, dit-il avec exaspération avant de reprendre les révisions. Quelle est la règle que doivent respecter les armes jumelées à un meister?
— Il y a une règle?
Justin acquiesça en silence. Mellye réfléchit, mais ne trouva pas de réponse. Elle haussa les épaules. Elle n'avait aucune idée de quoi il parlait.
— Tu es censée avoir vu ça dans les cours. En fait, c'est une règle fondamentale à Shibusen, précisa Justin.
Mellye secoua la tête en signe de négation.
— La règle veut que lorsque le meister est blessé, l'arme ne peut rien faire.
— Pourquoi? dit-elle avec incompréhension.
— Parce que c'est comme ça. C'est la règle. Tu n'as pas besoin de t'interroger, juste d'obéir.
Mellye rit.
— Crois-moi je vais me gêner pour poser des questions, même si c'est une règle! Je ne comprends pas le raisonnement. L'arme peut toujours se battre tout en protégeant le meister non? Et si le meister ne veut pas qu'il soit protégé quand il est blessé?
— Tu dois savoir que lorsqu'une arme est jumelée à un meister, l'arme est prête à mourir pour son meister.
— Quoi? Mais c'est totalement contradictoire!
Alors que Mellye exposait ses arguments, elle remarqua que Justin l'ignorait superbement. Il pouvait faire ça toute la soirée. Contrariée, Mellye le toisa du regard tout en lui demandant d'avouer qu'elle avait raison.
— Ça suffit! C'est moi qui pose les questions, poursuivit-il en posant une nouvelle question.
— Alors? C'est pour ça que tu ne veux pas dépendre d'un meister? Tu ne veux pas le protéger et encore moins mourir pour lui? C'est effectivement un moyen de contourner ces deux règles. Est-ce pour ces raisons que tu es seul? demanda-t-elle au lieu de répondre à la question.
Justin ferma les yeux d'un air confiant, puis les ouvrit pour croiser le regard de Mellye.
— Je ne suis pas seul, affirma le prêtre en frottant sa croix, provoquant l'interrogation chez Mellye.
— Je saisis mal.
— C'est pourtant simple : Dieu est avec moi., annonça-t-il sereinement.
— Dieu est…, commença Mellye. Non, il ne peut pas « être » avec toi.
Elle s'était ravisée au dernier moment pour ne pas dire que « Dieu était un concept abstrait ». Ces réponses toutes faites, elle les connaissait toutes par cœur.
— Blasphème! s'exclama Justin sur un ton inquisiteur. Bien sûr qu'il est avec moi, il est toujours avec moi, à mes côtés. Autant qu'il est avec toi, à tes côtés. Mais je te pardonne pour ce péché qui t'égare sur la voie de l'incertitude et du doute, petite brebis. Allez, on continue! À moins que tu aies d'autres péchés à te faire confesser?
Mellye préféra se taire à cette remarque. Le jeune prêtre était un fervent serviteur de Dieu. Probablement le plus zélé de tous les Prieurs qu'elle avait pu rencontrer jusqu'à présent. Elle se souvint alors de l'adage qu'il lui avait demandé de compléter quelques instants auparavant. Jusqu'à quel point l'esprit pouvait-il être sain dans ce cas-ci? C'était dangereux. La frontière était bien mince entre l'idolâtrie et le fanatisme religieux. Jusqu'à quel point une personne pouvait-elle faire la différence entre les deux?
Ils continuèrent les révisions tard dans la soirée. Ils n'avaient pas vu l'heure s'écouler. En fait, Mellye était consciente du temps qui passait, mais n'avait rien dit. Elle voulait savourer chaque moment passé en sa présence. Justin s'approcha soudainement d'elle. Le cœur de Mellye fit un bond.
— Il est vraiment tard et il est plus ou moins conseillé de se promener dans les rues de Death City la nuit. Il y a parfois des âmes malveillantes. Je te propose de te raccompagner à ta chambre.
— Tu as peur que je sois blessée?
— Non, mais je ne voudrais pas qu'il t'arrive malheur. Surtout que je viens de passer une soirée à réviser avec toi pour ton examen, se justifia-t-il.
Ce fut au tour de Mellye de se rapprocher.
— Tiens donc! On ne m'attend pas pour la mission qui se trouve dans un village très louche sur un autre continent et maintenant tu as peur que je sois blessée si je traverse une ville sous la protection du Dieu de la Mort en pleine nuit? le taquina-t-elle.
Justin eut un léger rire.
— Si tu ne veux pas, tu n'as simplement qu'à dire non. Je te l'ai proposé pour être gentil, tu sais.
Mellye sourit.
— Est-ce que tu es toujours aussi baveux avec tes amis qu'avec tes adversaires? continua-t-elle toujours moqueuse.
Justin sourit à son tour.
— C'est plutôt à moi de te dire ça.
— Je veux bien accepter si c'est pour te faire pardonner ton comportement lors de la mission, répondit-elle un peu hautaine en se levant.
— C'est bon, j'ai compris que tu tiens à me le faire payer le plus longtemps possible, riposta-t-il avec exaspération en se levant à son tour. Je m'excuse.
Alors que Mellye rassembla ses effets, Justin tomba sur son cahier de notes de cours. Par curiosité, il y jeta un œil. Justin était fasciné par l'écriture. Elle l'avait regardé furtivement et s'attendait à cette réaction. Mellye adorait ce regard chez lui qui faisait ses yeux bleus scintillants.
— Dans quelle langue écris-tu?
— C'est ma langue natale, expliqua-t-elle en affichant un petit sourire.
Mellye s'approcha et commença à traduire ses notes à voix haute.
— Tu pourrais m'apprendre?
— C'est très laborieux, surtout pour un humain.
— Ça ne devrait pas poser de problème.
Mellye sembla de ne pas comprendre sa remarque.
— Je l'avais oublié cette question. Pour ton information, je ne suis pas à proprement dit « humain ». Nous sommes des hybrides. Des humains capables de se transformer en arme.
Mellye était abasourdie. Il n'était pas plus humain qu'elle.
— Je m'en souviendrai, dit-elle en reprenant son cahier.
Et voilà ! Merci et bonne journée/soirée (peu importe le moment de la journée !)! :)
