Bonjour !

Voici enfin le chapitre 32 ! Bonne lecture !


L'île Perdue se dressait devant elle, recouverte de neige. Un grand tourbillon noir se dessinait en son centre et montait vers les cieux. Malgré le fait qu'elle endurait bien les températures extrêmes, même peu habillée, elle ajusta sa cape et son foulard. Avec cette température, elle avait eu raison de mettre son bustier, sa courte jupe ajustée et de chauds bas-collants qui lui arrivaient à mi-cuisse qu'elle avait ensuite rattachée à quatre jarretelles. Elle s'était rajouté des couvre-bras et des gants plus chauds sur ses canons d'avant-bras. Elle avait même troqué ses petits bottillons pour des bottes lacées arrivant au mi-mollet.

Les troupes débarquèrent à l'est de l'île et commencèrent à se disperser. Justin semblait impatient d'utiliser sa nouvelle motoneige. De gros caissons de basses étaient disposés à l'arrière du véhicule. Pourtant, Mellye ne voyait pas ce qu'il y avait de si extraordinaire à posséder un tel engin. Surtout qu'il annulerait tout effet de surprise s'il démarrait ses caissons de basses. À l'instant où il démarra la motoneige, le Death Scythe alluma ses caissons de basses. Mellye grimaça instantanément et lui cria d'arrêter.

— QUOI? cria-t-il avant d'arrêter ses caissons.

Mellye réprima sa colère et la transforma en exaspération.

— Tu as oublié la mise en garde de Shinigami ou quoi?

— Je ne vais pas faire sauter l'île avec ça.

— Sauf que tu attires l'ennemi comme ça et tu annules tout l'effet de surprise. Tu les remettras en marche quand tu m'auras déposé, s'il te plaît, lui demanda-t-elle.

— D'accord, soupira-t-il. Allez, monte et accroche-toi, ajouta-t-il avant de démarrer la motoneige.

Mellye ne se le fit pas dire deux fois, elle avait agrippé Justin par la taille respectueusement. Consciente qu'elle partageait probablement ces derniers contacts avant qu'il ne reparte en mission, ce n'était pas l'envie de se coller le plus possible contre son corps qui manquait. Cependant, elle se contenta de garder une distance, car il continuait de se montrer distant avec elle. Il avait dit « oui » à son Dieu pour la mener à son point de ralliement uniquement parce qu'il ne lui refusait rien. Autrement, elle n'aurait certainement pas bénéficié de cette offre. Le trajet en motoneige lui sembla trop court.

— Sois prudent Petit Prieur, dit-elle après l'avoir remercié.

— Préoccupe-toi de la mission divine au lieu de te préoccuper de moi, dit-il d'un air confiant et distant.

Elle lui adressa un bref sourire avant que le Death Scythe ne reparte en trombe. À peine l'avait-il quitté qu'il alluma ses énormes caissons de basses. Mellye ne put s'empêcher de rire. Il attirerait les ennemis avec cette musique beaucoup trop forte ou pire…

Bien des minutes plus tard, elle repéra en plein milieu d'un flanc de la montagne de vieilles ruines en pierre appartenant à un bâtiment. C'était la cachette idéale qui la dissimulerait des ennemis tout en offrant un excellent point d'observation sur les bateaux d'Arachnophobia situés en contre-bas. Un peu plus haut se trouvait un rocher avec une cavité qui pouvait l'abriter des intempéries. Elle invoqua des jumelles qui lui permirent d'observer longuement les quelques troupes ennemies restées en arrière pour monter la garde. Elle tentait de déterminer le meilleur moment pour saboter leurs bateaux. Elle avait songé à les faire exploser avec une arme de gros calibre, mais elle avait rapidement abandonné l'idée, n'étant pas certaine que le Maître Shinigami approuverait la méthode.

Au loin, les combats avaient déjà commencé. Elle eut une petite pensée pour son Death Scythe favori. Elle entendait de temps à autre des bruits sourds ou des cris que le vent lui portait jusqu'aux oreilles. Cela eut tôt fait d'alerter les troupes ennemies. Une douzaine d'hommes se déplaça en direction des ruines où elle était dissimulée. Elle décida de rester dans les ruines, mais changea de place afin de trouver un meilleur endroit pour se dissimuler. Elle trouva un muret suffisamment à l'écart des ruines, mais assez près pour entendre les conversations. Elle serait obligée de s'accroupir pour ne pas être vue, mais cela ferait l'affaire. Avant de se diriger vers sa cachette, elle ajouta d'autres traces dans les décombres qui confondraient les ennemis. Elle espérait qu'ils seraient assez stupides pour qu'ils croient qu'ils s'agissaient de troupes de Shibusen qui étaient passées là plus tôt.

Puis, elle prit un élan et sauta par-dessus le muret en prenant bien soin de ne pas toucher à l'épaisse couche de neige qui le recouvrait. Dissimulée derrière, elle retira sa cape pour se donner de la liberté de mouvement, dégaina l'un de ses katanas et attendit l'arrivée des ennemis, à l'affût.

— Hé! Il y a plein de traces ici, c'est des gars à nous? s'écria un soldat.

— Non, les espions ne sont pas passés par là. Ça doit être ces chiens de Shibusen, confirma un second.

C'était parfait! Les ennemis étaient tombés dans le panneau et ignoraient sa présence.

— Vous deux! Allez voir où mènent ces traces, ordonna un homme que Mellye cru être le chef de patrouille. Toi! Va voir plus haut, sous ce rocher.

Alors que le chef donnait de nouveaux ordres à ses hommes, Mellye entendit quelqu'un marcher dans la neige en direction du rocher. Mellye se risqua à se déplacer au bout du muret où elle aurait moins de chance de se faire repérer.

— Dite chef, on ne pourrait pas faire une pause? demanda un troisième homme.

— Ferma ta gueule, gros lard! Tu ne fais que ça prendre des pauses. Bouge ton cul et fais le tour, ça va te faire maigrir! beugla un quatrième homme visiblement mécontent.

— Toi, tu la fermes! C'est pas parce que tu es le petit nouveau que tu vas commencer à donner des ordres à tout le monde! rétorqua le chef. C'est moi le chef ici!

Quelqu'un s'approcha du muret où Mellye était dissimulée. Mellye resserra son katana. Il lui sembla que deux hommes, peut-être trois vinrent le rejoindre. L'un d'eux s'appuya sur le muret et grommela de mécontentement.

— Je t'avais dit de fermer ta grande gueule! murmura un homme.

— Merde, combien de temps on va devoir supporter ça? C'était pas écrit dans le contrat quand j'ai accepté ce boulot! murmura le nouveau.

Elle entendit une troisième voix acquiescer. Une autre, cette fois-ci un peu plus mûrie, les calma. Mellye avait désormais la confirmation. Quatre hommes au minimum se trouvaient de l'autre côté du muret.

— Contentez-vous d'obéir aux ordres. On prendra le relais quand le moment sera opportun, répondit un homme qui semblait être le meneur du petit groupe.

Une mutinerie? pensa Mellye.

— J'en ai marre d'attendre... On l'a devant nous! Je vais l'écorcher!

Il devait certainement parler du chef de patrouille.

— Faudrait que tu te décides, c'est pas ce que tu disais hier, ricanât un homme.

Les quatre hommes riaient. L'homme qui était allé vérifier le rocher redescendit et confirma qu'il n'y avait personne.

— Vous quatre! Arrêter de vous marrer et fouiller les environs! beugla le chef de patrouille qui sembla se rapprocher d'eux.

— Ah putain… t'es sûr que c'est pas le moment? demanda le jeune.

Un grand bruit sourd se fit entendre plus important que tous ceux qu'elle avait entendus jusqu'à présent. Le groupe d'ennemis se mit sur ses gardes. Peu de temps après, Mellye entendit instantanément quelques bribes d'une prière.

Mais qu'est-ce que tu as encore fait, Petit Prieur..., soupira-t-elle intérieurement.

Elle se risqua à utiliser sa perception des âmes un court instant. Alors qu'elle repérait l'âme de son Petit Prieur et s'assurait qu'il allait bien, quelque chose l'étouffa. Par réflexe, elle lâcha son katana pour ne pas suffoquer davantage. Elle s'aperçut alors qu'une chaîne l'étouffait. En un instant, elle se retrouva coincée dos au mur.

— Salut Princesse! dit un jeune homme aux cheveux bruns en bataille.

La pupille de ses yeux était en amande. Un démon! Pour être plus précis, quatre. Ils s'étaient infiltrés dans les troupes d'Arachnophobia.

— Qu'est-ce que…? commença le chef de patrouille alors qu'il se rendait compte que les quatre hommes savaient attraper une espionne.

Malheureusement, le chef de patrouille n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'il rendait son dernier souffle. D'autres hurlements suivirent. Les ennemis se faisaient massacrer par les démons. Elle tenta en vain de déployer ses ailes pour le transpercer. Le jeune démon l'étranglait juste assez pour la garder collée contre le mur. Un autre démon sauta par-dessus le muret et immobilisa ses jambes.

— Fais attention à ses ailes, elle va te transpercer! Ses katanas! Enlève-lui ses katanas! avertit le démon qui semblait être le chef. Immobilise là! Ne la laisse rien tenter.

À demi étouffée, elle se débattit du mieux qu'elle put. Elle donna quelques coups de pieds bien placés à l'un des démons. À un autre, elle lui avait arraché deux doigts, ce qui avait provoqué sa fureur.

— Petite salope! Prends ça! vociféra-t-il en lui assénant un violent coup de poing au visage et un coup de pied dans le ventre. Ça va calmer tes ardeurs!

Elle fût plaquée contre le sol et ficelée comme un saucisson afin d'être immobilisée sur le dos. Le plus jeune démon aux cheveux bruns en bataille qui l'avait momentanément étouffé enleva la chaîne un court moment. Elle n'eut pas le temps de tousser et de reprendre son souffle qu'il lui avait remis dans la mâchoire pour l'empêcher de parler. Le chef des démons, quant à lui, termina de crier des ordres pour achever d'exécuter tous les autres hommes qui se trouvaient dans les parages. Le plus jeune s'affaira à la fouiller dans les moindres recoins. Il y trouva sa dague, dissimulée sous son canon d'avant-bras gauche. Il n'hésita pas à tripoter ses seins et glissa même une main sous sa jupe pour bien tâter son entrejambe. En furie, Mellye tenta de se dégager, mais en vain. Ses liens étaient beaucoup trop serrés. Celui-ci flaira la vaine tentative d'évasion et ricana en la prenant à la gorge pour l'étouffer à nouveau.

— Tu sais, on a galéré tous les quatre pour trouver un plan qui pourrait te neutraliser du premier coup. Nedria nous a dit qu'il serait difficile de t'attraper, mais tout compte fait, ça été beaucoup plus facile que nous le pensions. Elle nous a dit qu'elle ne voulait que ta tête comme preuve et qu'on pouvait faire de toi ce qu'on voulait avant ou après ta mort, raconta le jeune démon avant de s'allumer une cigarette.

Il souffla la fumée de cigarette sur son visage. Ses yeux lui piquaient et la fumée l'étouffait davantage.

— Et crois-moi, après ce que je vais te faire, tu vas hurler et me supplier que je mette fin à tes jours, termina-t-il en pointant la dague sur la gorge de Mellye.

Lentement, il la déplaça sur son corps tout en la dénudant longuement du regard.

— Laisses-en pour les autres, p'tit frère! Cette salope de princesse va me le payer de m'avoir arraché deux doigts, grogna un autre démon.

Cette fois-ci, un démon aux cheveux bruns à peine plus âgé, mais beaucoup plus costaud se tenait debout. Il serrait sa main gauche était ensanglantée où les deux derniers doigts manquaient.

— Passe-moi cette dague! ordonna-t-il à l'intention de son frère cadet.

Ce dernier lui lança. Le démon costaud tenta de l'attraper maladroitement, mais elle tomba sur le sol enneigé. Mellye ne put s'empêcher de rire devant l'état du démon. Elle l'avait à peine blessé et il était déjà si pitoyable. Même son frère éclata de rire devant l'attrapé ridicule de son frère aîné.

— Hahaha! Tu es pitoyable grand frère! Et toi, tu ne devrais pas rire de lui comme ça. Tu vas regretter ce que tu lui as fait. Je tiens à mon grand frère, c'est lui qui m'a montré le métier.

— Tiens le vieux à l'écart deux minutes, je vais laisser un petit souvenir à la princesse.

Le frère cadet se leva et quitta le champ de vision de Mellye. L'aîné s'assit et s'approcha d'elle. Il regarda ses bras liés. Il dirigea la dague vers son poignet et l'entailla avec lenteur. Mellye réprima avec peine un grognement de douleur. Elle sentait le sang couler vers le sol.

Le démon léchait à présent le sang répandu sur la dague avant de l'approcher de son visage en lui proférant de nombreuses menaces. Elle décida de le toiser en le fusillant du regard. Elle prononça une invocation malgré la chaîne dans sa bouche. Quelques secondes plus tard, elle sentait son katana noir sortir littéralement de son poignet. Dès qu'elle eut suffisamment de lame, elle s'affaira à couper les liens qui la retenaient prisonnière aussi subtilement que possible. Aussitôt libérée, elle leur réglerait leur compte à tous les quatre. Le démon écarta, avec l'aide de la dague, une mèche de cheveux. Mellye suivit la dague des yeux. Sa respiration augmenta alors qu'elle se libérait lentement de ses liens.

— Pathétique, tu as déjà peur! Attends de voir ce que mon petit frère a prévu pour toi plus tard. À côté de lui, je suis un tendre. Et c'est sans compter mon Père et mon cousin. Ta famille nous a fait beaucoup trop de tort et tu vas le regretter amèrement. Mon paternel rêve depuis trop longtemps de te tranc..., murmura le démon sur un ton sinistre.

Le démon n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'elle lui tranchait la gorge. Le sang gicla, teintant la neige d'un rouge vif. Le démon s'affaissa sur le sol à ses côtés, il suffoquait littéralement dans le flot de sang qui coulait de sa gorge. Avec difficulté, elle réussit à enlever la chaîne de sa mâchoire. Encore clouée sur le sol, Mellye termina d'invoquer son katana et continua de défaire ses liens le plus rapidement possible. Elle pouvait désormais pratiquement se relever et dégager ses ailes pour se défendre. Encore vivant, le démon tenta d'avertir les autres, mais Mellye ne lui en donna pas la chance et le décapita net. Pourtant, elle aurait bien voulu le garder en vie pour qu'il soit jugé. Elle aurait ainsi utilisé son témoignage comme preuve pour condamner sa belle-mère. Le démon gisait désormais à côté d'elle sans vie. Elle n'eut même pas le temps de retourner à ses liens que des pas accoueraient derrière elle.

— SALE GARCE! QU'EST-CE QUE T'AS FAIT À MON GRAND FRÈRE? hurla le plus jeune démon en se jetant sur elle.

— Vite, aide-le! ordonna le chef des démons qu'elle identifia comme le paternel. Elle ne doit pas s'échapper! Son arme! Enlève-lui! Remets-lui la chaîne!

Elle devait changer de stratégie alors que les trois démons se jetaient sur elle pour l'immobiliser et lui arracher son katana. Elle n'aurait probablement pas d'autres occasions pour se délivrer elle-même. Après avoir tué l'un des leurs, ils ne la lâcheraient pas d'une semelle.

— JUUUSSSSSSTIIIIIN! hurla Mellye juste avant que la chaîne ne lui soit remise dans sa bouche.

Une puissante onde de choc repoussa les démons.


Et voilà ! Le chapitre se termine sur un cri du cœur de Mellye pour être sauvée de son kidnapping ! Le prochain chapitre suivra bientôt! Merci!