Hey !

Et voilà pour le troisième OS ! Un grand merci à Ima, Lae et YamikoSankara pour leur review, qui m'aident à patienter jusqu'à Noël !

Aussi, cet OS là est un peu spécial, déjà parce que mon dieu 4 000 mots qu'est-ce qui va pas chez moi c'est un calendrier de l'Avent bordel ça doit être court (mais promis, c'est l'OS le plus long, les autres seront sages. Je crois.) Et aussi, parce qu'aujourd'hui c'est l'anniversaire d'une très chouette personne que j'apprécie beaucoup, et que je ne pouvais décemment pas faire un calendrier sans lui dédier ce jour-là.

Alors Ya, joyeux anniversaire et bonne lecture ! J'espère que ça te plaira !

(Aussi merci à Milou pour la correction et pour son avis, j'avais grandement besoin d'être rassuré.)

Bonne lecture !

Pairing : LiSa


Les ronces en bord de route

J'aurais voulu qu'on prenne un autre chemin.

xoxoxox

Ils sont deux, deux gamins, leurs yeux pétillants qui se croisent. Ils ont huit ans, neuf, peut-être. Des vêtements abîmés par leurs jeux d'enfants et la peau pleine de petits bobos. Ils se fixent. A l'opposé l'un de l'autre, il y a pourtant quelque chose qui les rapproche. Quelque chose qui les pousse à s'avancer là, dans la cour de l'école, au milieu des cailloux, des papiers de bonbons, des feuilles mortes et des marmots qui braillent. Ils s'observent, comme pour se juger. Et le plus grand sourit, soudain. Il a la tignasse rousse qui lui vaut les rires de ses camarades, et quelques bagarres dont il ressort toujours vainqueur.

« - Eh dis, c'est toi le frère d'Aqua ?

- Mm. »

L'autre, taciturne, juge son camarade du regard. Il analyse, scrute, la tête à peine penchée comme pour cacher ses pensées. Sa doudoune engloutit tout son corps. Elle est pleine de tâches.

« - Elle est dans la classe de mon frère et mon frère y m'a dit que toi t'étais son petit frère quand on vous a vu au Leclerc samedi.

- Oui. C'est ma sœur.

- Trop chouette ! »

Isa, le nébuleux, ne voit pas vraiment ce qu'il y a de si chouette à avoir une grande sœur de l'âge de son frère. C'est courant ici, dans ces petits établissements qui mêlent primaire, collège et lycée. On y flanque toute la fratrie comme un paquet de vêtements dans une valise qu'on bourre désespérément. Tout le monde se connaît.

« - Parce que mon frère il a dit qu'y avait une piscine chez toi et il y va pour l'anniversaire d'Aqua, mais moi j'ai pas le droit de venir parce que c'est que pour les grands. » le sourire du gamin s'agrandit. « Mais si toi tu m'invites, je peux venir aussi ! »

L'autre fronce les sourcils. Il plonge ses mains dans les cailloux à ses pieds, sans répondre, traquant ceux dont la forme lui plait pour compléter sa collection personnelle. Son petit camarade finit par s'impatienter.

« - Alors ? Tu peux, dis ? En plus je suis sûr qu'y aura personne qui aura ton âge, ça va être trop nul pour toi si t'es tout seul. »

Isa relève son regard ni trop bleu ni trop vert, toisant le gosse qui prononce ces paroles. Lui, il n'a rien compris.

« - Je préfère être tout seul. »

Sur ces mots, il se lève, signifiant à l'autre que son bavardage le gène. Il s'éloigne doucement, à coup de petits pas maladroits dans la marre de galets qui bruissent sous ses pieds. Dans son dos, il devine le regard choqué de l'intrus. Il voudrait l'ignorer. Mais ça lui serre un peu le cœur. Comme un remord.

Isa a menti. Un joli mensonge tout léger, presque une vérité qu'il a habilement déguisée.

L'enfant s'accommode de la solitude, mais il voudrait bien se faire un ami. Sauf qu'il ne sait pas comment s'y prendre. Embourbé dans sa maladresse, il va se terrer dans un coin de la cour, se jurant à lui-même que c'est la dernière fois qu'il rejette quelqu'un comme ça.

xoxoxox

Un sentier moins escarpé pour nos pieds.

xoxoxox

Le collège. Ça doit bien faire cinq ans qu'ils sont dans le même établissement. Isa attend devant le portail, nimbé dans son éternel calme pensif. Rentrée, cinquième, l'été s'est enfui et les cours ont repris. Il aurait voulu profiter un peu plus du soleil et de sa PS3, mais le temps des vacances est toujours bien trop court. Comme celui qui sépare Lea du délai limite pour franchir l'entrée du collège, apparemment, puisque le rouquin arrive soudain en dérapant alors que la sonnerie retentit. Le pauvre atterrit devant son pote en sueur, haletant, pile au moment où le surveillant referme la grille de l'établissement. C'était juste.

« - Même le jour de la rentré, tu peux pas faire un effort. » Isa soupire. « T'es irrécupérable.

- La vie d'ma mère, j'ai mis deux réveils pour être à l'heure et ça a pas suffi ! J'me suis pas réveillé au premier !

- Et le second ?

- Ben j'ai cru que c'était le premier, du coup je l'ai éteint et j'me suis rendormi. »

Le garçon sourit malgré lui, discrètement. Deux ans qu'ils traînent ensemble, et Lea n'est toujours pas capable de s'en tenir à son emploi du temps. Réveil en retard, départ en retard, bus en retard, tout est en retard avec lui. Et à chaque fois, c'est la même rengaine qu'il lui sort.

« - Essaie d'être à l'heure pour demain, au moins.

- Juré, c'est la dernière fois que j'rate le coche ! »

Il a dû piquer cette expression à son frère aîné. Reno en connaît toute une ribambelle, et son cadet les répète inlassablement. Ça énerve le grand, d'ailleurs. De toujours voir Lea qui l'imite au poil près, les yeux bourrés d'admiration. Aqua dit que c'est normal. Elle aime bien, elle, constater que son naturel posé déteint sur son frère cadet.

« - Les listes ! »

Paniqué, l'ébouriffé se redresse immédiatement et file vérifier leur classe respective, sans même penser à demander à son ami. Lui ne bouge pas. Il sait. Il sourit.

xoxoxox

Une route qui ne nous aurait pas émiettés.

xoxoxox

Treize ans, la face pleine de boutons et le début de l'hiver. Isa et Lea sont assis sur un banc. Le père du premier devait les récupérer, mais les embouteillages dressés sur son chemin le retardent. En attendant, ils discutent tranquillement. L'épouvantail resserre l'écharpe autour de son cou avant de frotter ses mains.

« - Non mais j'te jure, Yuffie et Kairi m'ont dit que c'était vrai de vrai pour Larxene !

- On ne dirait pas, à la voir.

- Elle doit l'cacher. Mais si Kai' le dit c'est qu'c'est vrai, elle sait toujours qui en pince pour qui. Même quand j'étais à fond sur Xion l'an dernier, elle savait.

- Tout le monde savait, Lea. Même Xion. »

Vexé, l'allumé croise les bras, soupire, oublie aussitôt qu'il est fâché. Il reprend de plus belle, plein d'un engouement que son interlocuteur ne lui connaît que trop bien.

« - Mais tu vas faire quoi du coup ?

- Rien.

- Elle te plait pas ?

- Mm. » Isa hausse les épaules. « Pas quand elle se fout de nous depuis l'autre bout de la classe.

- En vrai elle est sympa quand elle traine pas avec les autres là. C'est Lauriam qui déteint sur elle.

- Même. »

Le plus petit – quoi qu'il commence à rattraper son camarade, depuis quelques mois – plonge sa main dans son sac pour attraper son goûter. Il partage naturellement le kinder ramolli pour en donner un morceau à son ami.

« - T'as pas envie d'essayer ?

- Pas vraiment.

- Elle est pas moche pourtant.

- C'est pas le problème. »

Le problème, c'est qu'elle laisse Isa complètement indifférent. Ses yeux conquérants qui se posent victorieusement sur la plèbe, sa chevelure soignée impeccablement coiffée, sa taille en X proportionnée comme beaucoup d'autres en rêvent, ses lèvres gercées et ses mains un peu trop grandes, bien manucurées, il s'en moque. Et la couche de maquillage impeccablement réalisé qui recouvre son visage n'y change rien.

« - Mais t'es sûr que-

- Oui.

- J'ai même pas fini !

- Je suis sûr qu'elle me plait pas. »

Lea soupire. Attend un peu, le temps de dévorer sa part du kinder.

« - Je peux poser une dernière question ?

- Non.

- Bon. »

Le roux enfoui sa tête dans les plis de son écharpe pour y cacher un sourire amusé, qui se lit au coin des lèvres chocolatées de son pote. Buté comme au premier jour de leur amitié, celui-là.

xoxoxox

Mais les ronces rongeaient notre morceau de chemin.

xoxoxox

« - Comment j't'ai niqué !

- C'est bien la première fois.

- Non mais avoue qu'il était beau ce final, quand même.

- Si on se réfère aux capacités limitées du joueur, on peut au moins considérer l'effort.

- Très drôle Isa, très drôle. »

Pétillant, Lea repose sa manette pour aller se chercher à boire au salon. Il revient avec une immense bouteille de Coca de deux litres, boisson qu'il affectionne particulièrement mais que l'autre déteste, refusant tout liquide un tant soit peu gazeux. Se laissant choir de tout son - maigre - poids sur le lit, il engloutit vivement quelques délicieuses gorgées sucrées.

« - Y a de l'ice-tea aussi au frigo, s'tu veux.

- Ça ira.

- Comme tu voudras. »

L'aîné de deux mois s'enfile encore une bonne partie du précieux liquide avant de reposer la bouteille par terre, non sans lâcher un rot du plus bel effet. Isa a l'habitude, il ne s'en formalise pas.

« - On refait une partie ?

- Une seule, je dois rentrer dans dix minutes.

- Bah, on est large ! »

S'il le dit, le taciturne veut bien le croire. Il reprend sa manette, vite imité par son meilleur ami. C'est l'été, enfin. Les vacances tant attendues. Comme ils l'espéraient, les deux inséparables ont été acceptés en seconde générale grâce à leurs résultats convenables pour l'un, plus que satisfaisants pour l'autre, dont l'esprit compétitif a brusquement boosté la moyenne. Ça et le temps libre dont il profite depuis qu'il a quitté Olette, ça aide.

« - Je prends Sasuke c'te fois.

- Pour changer.

- Arrête, j'le joue pas tant que ça.

- Tu le joues autant que tu perds. C'est assez parlant.

- Ouais ouais, tu diras plus ça quand j't'aurai éclaté ! »

La compétition. Parfois, il n'y a plus que ça dans la tête de Lea. Le besoin de gagner, la morsure brûlante de la victoire qui lui crame le bout des doigts alors qu'il enchaîne les combos, vif comme jamais. Il s'améliore de jour en jour sur ce jeu, surtout depuis que Reno le laisse toucher à sa console. Et Isa, Isa si bon d'habitude, parce qu'il s'entraîne déjà chez lui quand il a bâclé ses DMs, il enchaîne de plus en plus souvent les défaites.

Un moment d'inattention. Un coup qu'il n'a pas anticipé. Une attaque spéciale qui arrive de plein fouet et qu'il oublie de parer.

Encore une fois, Lea crie face au titre qui confirme sa victoire. Isa, lui, ne ressent aucune déception. Aucune envie de gagner.

« - Eh, ça va ? »

La grande tige l'observe, étonné.

« - Oui.

- T'as l'air ailleurs.

- C'est la fatigue. » le cadet pose la manette. « J'ai mal dormi.

- La même, on crève de chaud en ce moment. Et parait que ça s'ra pire la semaine prochaine, avec la canicule. »

S'il le dit. Isa écoute distraitement. Il tourne son regard vers son ami. Quelque chose se serre à l'intérieur. Il ne comprend pas quoi. Il ne comprend pas pourquoi. Et ce grand sourire que Lea lui rend, il peine à déglutir en le voyant.

« - Encore une ?

- Je vais devoir y aller.

- S'te plaît. » le regard insistant le supplie. « Une dernière, ça prendra même pas cinq minutes. »

Le pensif secoue la tête. Allez. Pour lui faire plaisir.

« - Une dernière. »

xoxoxox

Et on n'a pas su éviter les épines.

xoxoxox

Lea ne comprend pas. Isa encore moins. Ils se regardent tout les deux, et ils détournent les yeux en même temps. De la gêne. De la colère. Quelque chose qu'ils partagent, mais qu'ils n'arrivent pas à définir.

« - Laisse.

- Je comprends pas.

- Y a rien à comprendre. »

Le ton du teigneux est sec, plus qu'il ne le voudrait. Ou peut-être qu'il le veut, justement, qu'il sort volontairement les crocs comme un loup hargneux prêt à défendre sa meute. Sous les quelques mèches éparses qui couvrent son front, un regard indescriptible luit. Un regard qui dit va t'en. Un regard qui chasse. Un regard qui condamne.

Lea déteste les disputes. Les leurs, surtout. Et dieu sait qu'elles s'immiscent de plus en plus souvent entre eux, ces dernier temps. Il sent comme ils s'effritent, et il ne peut que constater l'impuissance grandissante qu'il éprouve chaque fois que les mots dépassent leurs pensées.

« - Désolé. »

Isa ne répond pas. Lui qui fait déjà grande économie de ses mots, il garde avarement les quelques derniers qu'il pourrait lui donner. Lentement, sûrement, il s'enferme dans un mutisme protecteur. Quelque chose de confortable qui le rassure. Il se détourne pour ignorer le regard malhabile de son meilleur ami, cette main tendue qui se reflète dans ses pupilles.

Le rouquin comprend. Il se lève. Il range son sac de couchage et rentre chez lui. Il voudrait croire que c'est la dernière fois qu'ils s'engueulent comme ça.

xoxoxox

On ne savait pas comment faire, alors on a été maladroits.

xoxoxox

C'est là, à l'intérieur, et ça refuse de sortir. Isa voudrait hurler, mais sa voix ne s'échappe plus que par de maigres syllabes qu'il daigne laisser s'envoler à l'occasion. Et là, des syllabes, il n'en a plus. Il affronte le regard blessé de Lea, ces yeux tellement verts qu'ils lui rappellent ces mélanges étranges qu'ils faisaient avec leur peinture, petits. Quand ils voulaient obtenir du bleu, du rouge et du jaune, parce qu'on leur avait répété que c'était impossible, et qu'ils terminaient la journée sur une note de déception gamine. Le bon temps des colères fragiles qui s'évaporaient autour du goûter.

Mais Isa a fini par le trouver, le rouge. Il en a plein les bras.

« - Pourquoi t'es pas venu me parler ? Je t'ai dit que tu pouvais m'appeler n'importe quand ! »

Il aurait pu, oui, il sait. Et Lea aurait accouru, ami fidèle, à ses pieds, son regard plein de compassion, son oreille distraite pour une fois attentive. Lea et cette affection rayonnante qu'il donne sans s'inquiéter. Lea et sa simplicité. Sa légèreté.

Mais ça ne marche pas comme ça.

« - J'sais pas.

- Tu peux pas continuer comme ça Isa, tu te bousilles !

- Laisse.

- Non je laisse pas ! T'as vu tes bras ? T'as vu dans quel état tu t'es mis ? Ça va jamais partir !

- Ça va guérir.

- Tu vas garder des cicatrices toute ta vie !

- C'est mon problème, pas le tien. »

Et quand les mots sortent, finalement, ils sont tout aussi aiguisés que les lames de rasoir qu'Isa cache dans une boîte en porcelaine, dans le tiroir de sa table de chevet. Un cadeau qu'Aqua lui a ramené d'Italie. La boîte bien sûr, pas les lames.

Il fusille du regard, tacle sans remords, mord, comme fou. Désespéré. Et Lea ne comprend pas. Il ne sait pas ce qui est arrivé à son ami, à ses sourires calmes, à son timbre posé plein d'humour moqueur. Quand il voit ce visage fermé qui s'oppose à lui, il ne sait plus qui est ce type assis à ses côtés. Parfois il a l'impression qu'il ne l'a jamais connu, et ça le déchire.

« - T'es pas tout seul Isa ! Pourquoi tu demandes pas de l'aide ? »

Pourquoi tu ne me demandes pas de l'aide. Isa l'entend, même s'il ne le dit pas.

« - Laisse.

- Mais merde, tu peux pas me demander de fermer les yeux sur ça ! Tu peux pas me demander de faire comme si je voyais pas que tu te charcutais les bras en douce !

- Ça va guérir, je t'ai dit.

- Dis-moi ce qui va pas ! J'suis là pour t'écouter, pourquoi tu me parles pas ? »

Parce que ça ne servira à rien. Ce qui ne va pas, Isa ne peut pas le dire avec des mots. Parce qu'il ne le comprend pas lui-même. C'est là comme une rage sourde, une haine qu'on a plantée en lui et qui ne cesse de grandir. C'est là et il ne sait pas comment ça marche, comment on se débarrasse de ça, et il se sent plus proche de la rupture chaque jour que Dieu fait. Il se sent seul. Désemparé. Et il n'a trouvé qu'un seul moyen pour contenir cette boule à l'intérieur de son ventre, quand elle menace d'exploser.

« - Laisse. »

Lea serre les poings. Toujours la même réponse, le même air détaché, cette manière qu'il a de lui dire de s'en aller, de le laisser seul. Isa le regarde durement. Et il ne peut rien contre ça. Il ne peut rien pour son meilleur ami.

« - Je comprends pas ce qui t'arrive. »

Si ça n'est pas une supplique, ça. Cette dernière phrase qui s'éteint sur les lèvres du frère de Reno. Ce presque murmure. Cette douleur désemparée.

« - Appelle-moi la prochaine fois. A n'importe quelle heure, tu sais qu'je répondrai. »

Oui, il le sait.

« - J'essayerai.

- Fais-le. »

Je t'en supplie.

Isa soupire.

« -Dis-moi que c'est la dernière fois. Que tu vas arrêter de te foutre en l'air. »

Il le regarde comme si tout ça n'avait pas d'importance. Ses bras lui font mal. Il va douiller ce soir, quand il prendra sa douche et que l'eau viendra doucement lécher les entailles.

« - C'est la dernière fois. »

Ils savent tous les deux que c'est un mensonge.

xoxoxox

On s'est éloigné.

Tu t'es éloigné.

On s'est perdus.

xoxoxox

Dans l'épaule. Sur le torse. Les genoux. Le nez qui craque. Les doigts. Son poing. Ça brûle. Son souffle. Il craque. Se redresse. Attaque.

Encore et encore et encore.

Et la douleur ne l'arrête pas.

Des bleus plein le corps quand il rentre. Ces tâches qui font comme une maladie. Moins d'entailles, plus de frappe. Et ses cicatrices. Celles qu'il a faites. Les coupures. Lignes droites. Celle des bagarres dans la rue, la nuit, aussi. La douleur. Il se couche. Ça fait mal. Tout son corps. Ses jambes. Les courbatures. Les hématomes. Partout. Les nouveaux. Les anciens. Les plus clairs. Les noirs. Le regard de sa mère quand elle voit celui qui lui bouffe la joue. La colère de son père. La sienne. La noirceur dans ses yeux. La dureté qu'il leur balance. La froideur.

Plus de compassion. Plus d'affection. Plus de compréhension.

Ce qu'il reste d'Isa s'allonge dans son lit, épuisé. Son corps fait mal. Son cœur fait mal. Et il ne sait pas quoi faire de ça.

Il voudrait être enfant, encore, oublier. Il hait l'adolescence. Il n'y survivra pas.

« - Isa ? »

Sa mère frappe à la porte. Il ignore. Il pense à Lea.

Sa douleur.

Lea et Roxas qui mangent face à face au self, complices. Les mains qui se baladent sur la table. Les batailles de bouffe. Les baisers sous les escaliers. Leurs yeux qui se cherchent. Tout le temps. Lea et Roxas.

Pourquoi est-ce que c'est si facile pour eux, et si dur pour lui ? Isa n'a jamais voulu de cette colère.

Le téléphone qui vibre. Un message. Lea. Il lit. Il ne répond pas. Pas de main tendue pour lui. Pas de rédemption. Il a coulé. Il s'est noyé.

Il reste inerte sur son lit, plus calme que jamais. Demain, il ira frapper dans les rues, sous la lune, ivre d'une rage qui défonce son calme visage.

« Ta mère m'a appelé »

« Tu t'es encore battu ? »

Oui. Et ça n'est pas la dernière fois.

xoxoxox

J'aurais voulu qu'on prenne un autre chemin, oui.

xoxoxox

L'hôpital. La douleur sur son visage. Le pansement. La plaie en croix, taillée au couteau. Il l'a cherché. Il s'est fait trop d'ennemis. Fallait bien le payer un jour.

L'hôpital, sa mère qui doit pleurer à la maison. Son père, blessé et furieux, qui aime son fils autant qu'il le déteste. Sa sœur, de retour de la fac, qui vient prendre soin d'eux. Qui est venue. Qui l'a regardé avec ces yeux, ces yeux tristes, ces yeux douloureux, ces yeux aimants. Il a eu mal. Il a failli pleurer.

L'hôpital. Lea. Ses parents fous de rages. Je veux plus voir mon fils traîner avec ce grand malade ! qu'ils ont dit aux siens. Reno qui se souvient du petit Isa, le gamin secret. Qui ne comprend plus. Qui est allé parler avec Aqua, à l'écart.

L'hôpital, Lea. Son bras cassé. Ses bleus. Lea qui l'a suivi, plusieurs fois. Qui l'a même soigné. Lea qui a appelé les flics en comprenant que ça allait mal finir. Qui a pris cher. Lea qui l'a aidé. Lea qui essaye toujours de le sauver. Malgré l'écart. La distance qu'Isa a creusée. Lea qui le regarde comme un inconnu. Qui cherche son meilleur ami dans ces yeux vides, ce visage irrémédiablement marqué.

« - Roxas va péter un câble en te voyant comme ça. »

C'est tout ce qu'il trouve à dire. En détournant le regard.

« - Ça va. Y a pire qu'un bras cassé. »

Un corps charcuté. Une amitié brisée. Un énorme morpion en pleine face.

« - Il va s'inquiéter. »

Pas autant que moi.

« - Il s'en remettra. Il aura une rupture à gérer, déjà. Alors ça, à côté … »

Une rupture.

Isa ne comprend pas. Ou si, il comprend, mais il ne veut pas. Il ne sait pas. Tout était si simple entre eux, ça ne peut pas être ça. Calme, doux, lumineux, taquin, Roxas était fait pour Lea. Quelque chose se brise à l'intérieur. Le balafré ne répond pas.

Il relève les yeux vers Lea. Des yeux éteints. Des yeux désolés.

C'est Roxas qu'il faudrait pour Lea. Mais ce n'est pas Roxas que Lea veut.

Pour la première fois depuis longtemps, les joues d'Isa sont humides.

xoxoxox

Mais on l'a pris ensemble, ce chemin plein de ronces.

xoxoxox

Demain, c'est Noël. Et il neige, pour la première depuis longtemps. Peut-être parce que cette année, ils ne sont pas au fin fond du sud, là où les flocons apparaissent tous les dix ans en synonyme de miracles. Non, cette année, ils ont dû déménager à cause du travail de Lea, loin dans les montagnes. La ville est plus calme, petite, mais chaleureuse et pleine de charme. C'est discret. Secret. Les vaches peuplent le bord des routes et la station de ski est à moins d'une heure d'ici. Isa aime bien.

« - Alors, c'est quoi mon cadeau ? »

Surgissant depuis la cuisine, Lea s'approche d'un pas souple. Un sourire chafouin, un regard plein de manigances, un corps d'ado maigre du haut de ses vingt-cinq ans, il glisse comme un serpent jusqu'à celui qui porte sa bague autour de son annulaire.

Isa sourit. L'autre le voit dans la vitre.

« - Attend. On est encore le 24.

- Allez quoi, c'est bientôt l'moment.

- Bientôt, ça veut dire que ça n'est pas maintenant.

- T'es chiant. »

Il dit ça en nouant ses bras autour de lui, soupirant faussement.

« - J'peux avoir un indice, au moins ?

- Non.

- Un petit.

- C'est toujours non.

- Allez.

- L'indice t'égarerait. Ne surestime pas les capacités de ton petit cervelet. »

Les lèvres dans son cou lui arrachent un frisson, mais il ne cède pas. Il lève les mains pour éloigner doucement Lea de lui. L'enflammé est fourbe, il connaît ses points faibles.

« - Je peux te donner le mien en avance ?

- Non plus.

- Putain t'es même pas curieux, c'est nul. »

Oh, si, Isa est curieux. Seulement il est raisonnable. Il aime attendre, s'impatienter, chercher la surprise et l'imaginer. Pas comme le grand gamin en face de lui. Un grand gamin plus malin qu'il veut bien le dire, cependant. Il guette la faille, prêt à s'y faufiler.

« - T'as une idée de ce que c'est ?

- J'ai mes théories.

- Dis, j'veux savoir ce que t'as imaginé. »

La grande main se pose sur la joue du loup. Câline. Taquine.

« - Ça te ferait trop plaisir. »

Mais il aime bien lui faire plaisir, parfois.

« - Allez quoi ! »

Isa secoue la tête.

« - Un nouveau télescope, des pléiades, un album photo fait main ou un strip-tease.

- T'as vraiment pensé au strip-tease ?

- Et toi ?

- Ok, j'avoue. »

S'il l'avoue, c'est à éliminer. A moins qu'il n'ajoute ça par-dessus le vrai cadeau. Le cadet sourit un peu. Il sent le pouce qui caresse sa joue, effleurant la naissance de la large cicatrice qui le défigure. Il lui en a fallu, du temps, pour ne pas frémir d'horreur en se regardant dans un miroir. Pour arrêter de cacher ses bras, ses jambes, cette multitudes de petites bosses blanches qu'il a dessinées sur son corps. Il a encore honte, parfois. Quand il croise les regards inquisiteurs dans le métro. Quand il entend les murmures. Les gens qui le montrent du doigt.

Quand il se souvient. Quand il pense qu'il ne pourra jamais effacer tout ça.

« - J'ai grave envie de t'embrasser.

- Ça va toujours plus loin, quand tu dis ça.

- D'accord. De t'embrasser et de te faire l'amour. »

Et il l'embrasse, justement. Doucement. C'est comme ça qu'il sort la tête de l'eau, Isa, quand il croit qu'il va replonger. Il attrape la main tendue. Il se laisse aimer. Et lui aussi, il aime. Ça a pris le temps qu'il fallait, mais il a trouvé comment faire.

Il le repousse, ses mains fermement posées sur ses hanches.

« - J'ai une dinde à surveiller. »

Il a retrouvé le chemin parfois escarpé des petits bonheurs et des fourbes taquineries.

« - Nan mais elle est presque prête là, y a plus qu'à la faire cuire.

- Elle est meilleure quand la farce est à l'intérieur.

- T'es sûr que tu veux pas fourrer autre chose ? »

Isa rit. Il ne remerciera jamais Lea pour cette deuxième chance.

xoxoxox

Et je sais que c'était le bon, quand je sens ta main qui serre la mienne.


Et voilà ! Encore un joyeux anniversaire à la très belle personne pour qui cette histoire a été écrite !

Je vous dis à demain pour un nouvel OS !