Hey !
Je passe vite fais poster l'OS du jour ! Celui la a un fond moins joyeux que les autres, comme pour le Lisa mais promis, le but n'est pas de vous faire pleurer. Au contraire, c'est plutôt la joie dans les moments durs ? J'espère que vous sourirez quand même !
Bonne lecture !
Pairing : Vexen/Marluxia
Profiter du reste
Elle est trop blanche, cette chambre. Entre les murs et le lit, le carrelage presque gris, les nuages qui flottent derrière la fenêtre et les types en blouse qui passent … Et puis tes cheveux aussi,que le temps étire jour après jour. Trop blancs, trop longs. Le temps qui se rallonge et qui ne finit jamais, ici, comme les livres posés sur ta table. Tes livres que tu commences, que tu arrêtes, que tu reprends, la dernière page que tu n'atteins pas. Traité de science, classique de la littérature, tu les as tous dévorer sans découvrir l'ultime ligne. Pas de fin. Tu n'aimes pas les fins. T'as du mal avec elles. Peut-être parce que tu sais que la tienne approche.
Le docteur passe, prend ta tension. Après lui se sera l'infirmière, pour la bouffe. Et qui sait, peut-être qu'une ou deux visites suivront aujourd'hui, puisque ta famille est en ville. Ta famille. Ta femme. Ta fille, celle que t'as eu y a si longtemps, blonde comme le soleil et pleine d'une hargne que t'as jamais eu. T'as fille qui t'en a voulu quand t'es parti, mais qu'a compris le jour où elle l'a vu. Qu'a rien dit. Parce qu'il y a des choses dans ce monde qu'on contrôle pas, et elle est assez grande pour le savoir. C'était sûrement mieux que tu restes pas, avec ça. Et si seulement t'avais pu l'assumer avant.
Maintenant c'est bientôt la fin, la maladie ronge les restes de ton corps. Tes bras maigrissent, tes forces s'échappent et tu te demandes combien de temps ça va tenir, tout ça. Cet ensemble de muscles, d'articulations, de veines, de chair, tous ces morceaux assemblés qui font toi et toi, justement, tu meurs. Comme tout le monde. Ça te fait pas peur. C'est juste bizarre de se dire qu'un jour, tu vas pas te réveiller. Et qu'il va vivre avec ça.
Tes parents viennent pas, bien sûr. Ça fait longtemps qu'ils ont passé l'arme à gauche. Au moins tu seras pas tout seul là-haut. Mais pour l'instant t'es là, dans cette chambre, avec ta bouffe pas ouf, ton petit pain tendre à la mie blanche qui te cale bien le ventre, les toubibs et les bouquins éternels. Tes histoires sans fin. La tienne a commencé tellement tard. La vôtre. Mais elle a existé, c'est déjà bien.
Tu te rappelles le bar, ton verre, les glaçons et l'autre qui t'aborde. La meilleure chose qui ait pu t'arriver, sûrement. Même si tu l'as pas vraiment apprécié, sûr le moment. Trop grand, trop carré, trop de muscles pour un regard si fin, trop de puissance dans ces gestes calculés. Et ce sourire, cet air de celui qui sait qu'il va obtenir ce qu'il veut, même si ça doit lui prendre du temps. L'assurance. La sûreté. Il avait tout ça, et toi tu sortais d'un divorce à la con. D'un mariage raté. Comme ta vie. Et tu pensais pas que tu pouvais encore la sauver.
Et pourtant.
T'as beau te faire chier ici, à zieuter les livres et la fenêtre, t'as beau repenser à tout ce que t'as jamais fait que tu feras jamais, aux occasions que t'as pas saisies qui se sont envolées, aux chemins dont tu verras jamais la fin, quand il passe la porte avec ses roses et son air posé, tu sais que ça en valait la peine.
« - Tu es en retard.
- Les embouteillages. »
Tu râles, bien sûr. Il s'en fout, il te passe tout. Impossible de le vexer. Et il faut bien un caractère comme le sien pour te supporter, changer les fleurs fanées dans ton vase et voler un morceau de ton pain à grignoter.
« - Ça va mieux ? »
Non. Ça n'ira jamais mieux.
« - Les derniers résultats ne sont pas terribles.
- Je vois. »
Mais ça ira, puisqu'il s'assoit près de toi. Pas sur la chaise, il est pas assez civilisé pour ça. Ses fesses, il les pose sur ton lit. C'est plus près de toi. Sa main attrape la tienne comme si c'était normal. Tu sens la bague autour de son annuaire.
« - J'ai trouvé les livres que tu voulais. Je les amènerai demain.
- Bien. Merci »
Il balaie la nouvelle comme ça, lui. Comme les miettes de pains sur la table au petit déjeuner. Mais bon, faut dire que les mauvaises annonces, vous avez l'habitude. Ça n'a plus d'importance. Ce qui compte encore, c'est les doigts que tu sens autour des tiens, cette main ferme et puissante que t'aurais jamais pensé oser tenir un jour. Ce qui compte c'est pas la fin, c'est le temps qu'il reste. Le temps qu'il vous reste, et que tu vas plus gaspiller. L'important, c'est d'avoir négocié le virage à temps.
« -Tu rentres quand ?
- Bientôt. Ils veulent juste que je passe quelques testes avant de me lâcher. »
Quitte à en finir, autant terminer chez soi, loin d'ici, loin de ça. Avec un peu de chance, tu pourras même passer tes dernières fêtes de fin d'année avec lui.
Ce serait bien, oui.
Ce sera sûrement un peu triste, et tu vas râler tout le réveillon. Mais c'est de ça que t'as envie. De ses sourires sur ta mauvaise humeur d'un bûche faite maison et de cadeaux prévisibles qui font quand même plaisir. Et s'y a bien un truc que t'as appris à faire, avec lui, c'est écouter tes envies.
Alors le peu qui te reste, tu le gaspilleras pas. Vous le passerez chez toi, chez vous, dans votre appart au septième étage qui grimpe au dessus de la ville. Il neigera peut-être, ou peut-être pas. Tu te souviendras comme c'était quand t'étais gosse, avec tes cousins et ton papi tout vieux qui grillait les châtaignes dans la cheminée. Comme ça a changé, depuis. Et lui, il te parlera sa cousine au Canada qui voudrait bien vous inviter pour le nouvel an, des propriétés des orchidées et de Naminé, la petite stagiaire du magasin qu'il soupçonne d'être lesbienne parce qu'il les sent, ces choses là, et qu'il y a toujours cette petite brunette qui vient la chercher à la sortie.
Ce sera calme.
Ce sera simple.
Ce sera bien.
Et tu verras bien qu'elle était pas foutue, ta vie, quand le feu de la cheminée illuminera les bagues à vos doigts.
Merci pour votre passage, et à demain !
