Hey !
Il est tard alors je fais vite, mais voilà l'OS du jour ! J'espère qu'il vous plaira, comme d'habitude ! (Cette fois, on passe quelque minutes avec un couple de petits vieux ! Ça change un peu de ce qu'on a l'habitude de voir ?)
Merci à Ima et Lae pour les reviews !
Bonne lecture !
Ronchon
Ça lui fait bien un peu de peine, quand même, quand il le voit se lever appuyé sur la canne, son vieux dos tout courbé par le poids de l'âge et du temps. Il voudrait lui filer un coup de main, passer son bras autour du sien pour l'aider à avancer jusqu'à la cuisine, mais l'idée n'est pas des meilleures. Il le connaît, l'autre. Quarante ans qu'ils se sont rencontrés, presque aussi longtemps qu'ils vivent ensemble ... Il a eu le temps de l'apprendre, son sale caractère. Alors il le laisse avancer jusqu'à sa place, même s'il tire quand même sa chaise pour l'aider à s'asseoir.
« - Merci. » le vieux Xehanort marmonne en s'installant confortablement, reposant l'outil qui lui sert à avancer contre le rebord de la table.
« - Avec plaisir. »
Eraqus lui sourit, puis il se retourne pour aller chercher la bouilloire qui siffle sur son socle, et il remplit la tasse de son compagnon avant de passer à son bol. L'odeur du jasmin s'échappe. Il laisse infuser juste ce qu'il faut, puis il retire le thé des deux contenants avant de s'asseoir près du vieux grincheux. Le bol de porcelaine lui réchauffe les mains. Dehors, il neige.
Il espère qu'Aqua et son époux n'auront pas de problèmes sur la route, en venant. Il a hâte de voir Ven et sa bouille friponne. Tout juste arrivé au collège, son petit-fils débordant d'énergie donne un puissant élan de vie à cet appartement monotone.
« - Tu leurs a dit d'arriver pour quand ?
- 18h.
- C'est tôt.
- Ça nous laissera le temps de prendre l'apéritif avant de passer au repas. »
Pour le réveillon, ils ont prévu un ensemble de mets plutôt simples. Une dinde traditionnelle, une bûche commandée chez un traiteur, une entrée légère et appétissante composée de rillettes, et tout un assortiment de légumes pour accompagner l'oiseau cuit. Il y aura des châtaignes, aussi. Des châtaignes grillées. Xehanort adore ça, et c'est un des quelques plats qu'il aime et peut manger sans aucune difficulté.
« - Mm.
- Tu pourras m'aider pour attraper la vieille vaisselle en porcelaine ?
- Oui, oui.
- Et il faudra sortir les câbles pour que Ven puisse installer sa console.
- Je sais. »
Il marmonne, il marmonne, et là où les gamins du quartier le traiteraient de vieux con, Eraqus a envie de rire. Il le cache, sa main devant la bouche, mais ça se sent si fort, l'autre le remarque.
« - Quoi ?
- Tu ne changes pas.
- Et c'est drôle, ça ?
- Amusant. »
Et là où Xehanort se vexerait, face à n'importe qui d'autre, il sourit. Entre ses mains, la tasse de thé échappe une odeur fleurie. C'est tout, sucré, ça l'invite à se pencher pour prendre une gorgée. Son vieil ami, s'il peut encore utiliser ce mot pour désigner celui qui partage sa vie – sa fin de vie, maintenant – est toujours aussi doué, avec le thé. La boisson laisse une trainée brûlante sur son palais.
« - J'irai chercher la bûche après le repas. Tu voudrais m'accompagner ?
- Mm. Je verrai. »
Il n'aime pas trop sortir, le vieux. Déjà, à cause du regard curieux des gamins qu'ils croisent dans la rue, et qui le dévisageant sans cesse. Il faut dire aussi, il s'est fait connaître, le papy. Quoi qu'on ai jamais rien pu prouver, chacun est sûr que c'est lui qui a tué les plantes de la fille du quatrième, l'appartement à la gauche du leur. Comme quoi les géraniums dépassaient sur sa partie du balcon et qu'il s'en plaignait continuellement. Il a la tête du parfait vieux con, facile de l'accuser.
Mais Eraqus sait la vérité, lui.
Non seulement Xehanort a abrégé les souffrances de ces pauvres fleurs fort moches et si mal entretenues, mais il a aussi gardé jalousement pour lui le ballon de foot que les gamins du quartier ont envoyé taper contre leur fenêtre. Aucune pitié. Ni pour eux, ni pour la vieille du troisième qui ne lui dit jamais bonjour dans l'ascenseur. Hop, disparu son paillasson. Bien fait. Et le pneu crevé du vélo de ce charmant jeune homme qui vit au premier, un certains Axel. Combien de fois est-ce qu'il a failli les renverser, à toujours rouler sur le trottoir ? Vraiment, ces jeunes, aucune éducation. Il méritait bien une bonne leçon.
« - Tu en reprendras bien un peu ?
- Oui. »
Eraqus le ressert. Encore, l'autre boit. Il aime quand c'est chaud, et que sa gorge garde de souvenir bouillant du liquide.
« - C'est loin ?
- Tout dépend de quoi tu parles.
- La pâtisserie.
- Une douzaine de minutes à pied.
- Autant ? »
Il prend un air choqué, puis marmonne dans sa barbe comme quoi le trajet est bien trop épuisant pour lui. Il faut dire aussi, Il est encore fatigué de ce cancer qui l'a attaqué il y a presque cinq ans. Et ses problèmes de thyroïde, il y pense à ses problèmes de thyroïde ? Non mais.
Eraqus rit, encore, en préparant leur dose quotidienne de médicaments.
« - Ça te fera du bien.
- Tu parles. Ça va juste finir le travail. »
Encore un rire. C'est un bonheur, ce vieux grognon. C'est sûrement sa sale humeur qui le maintien en vie – et c'est tant mieux, parce qu'Eraqus ne compte pas finir veuf de sitôt.
Passé le petit déjeuné, il débarrasse la vaisselle qui traîne et la range dans l'outil prévu pour la nettoyer. Une vois la machine lancée, il perpétue son rituel journalier en allant s'installer dans le canapé, son journal entre les mains. Et comme d'habitude, un vieux encore plus vieux que lui vient s'asseoir à ses côté, un plaid délicieusement chaud remonté sur ses épaules. Il trouve le moyen de se plaindre du froid et des nouvelles déprimantes qu'il lit par-dessus son épaule, avant d'attraper un roman de guerre qui traîne sur la table du salon. Bien plus joyeux, en effet.
« - Bon. On y va à quelle heure, chez le pâtissier ?
- Vers 15h.
- Mm. »
Il tourne les pages.
« - C'est Noël. Il va y avoir un monde montre. On aurait dû y aller plus tôt.
- On a tout notre temps.
- Mmmm. »
Ça marmonne, ça marmonne, et Eraqus sourit. Puis il replonge dans son journal, avide de nouvelles inutiles et de faits divers qu'il oubliera dans la journée.
Et voilà ! A demain pour le prochain OS !
