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Chapitre 2 : Un nouvel arrivant
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Cela avait pris approximativement deux mois entre le moment où Alfred avait posté le dossier de candidature au projet de famille d'accueil et le moment où ils avaient reçu une réponse de la part du service psychiatrique.
Il se souvenait à quel point Bruce avait râlé lorsqu'il était venu le tirer de ses quartiers pour finir de remplir les dits papiers. En effet, Bruce était le propriétaire des lieux, de fait il fallait sa signature concernant l'accord pour le lieu d'accueil. Mais pire encore, se souvenait Alfred en un sourire, il avait été outré lorsque son majordome lui avait expliqué que, étant propriétaire des futurs lieux d'accueil, cela devait être son nom qui figurerait en tant que ''tuteur principal de la personne accueillie''.
« Voyons Alfred, s'était-il exclamé de stupeur. Je ne vais tout de même pas être le principal responsable d'un.. d'un..!
- D'un quoi, monsieur ? » avait calmement demandé Alfred qui feignait l'ignorance.
Le majordome savait que son jeune maître n'était pas du genre à insulter quelqu'un pour sa différence c'était sa peur qui s'exprimait là. Une fois confronté à ses propres mots, Bruce s'était rabougri.
« Je ne veux être le responsable de personne » avait-il alors lâché dans un grognement.
Alfred l'avait amadoué en disant qu'il s'agissait de formalité administrative et qu'il ne fallait pas oublier que son propre nom, Alfred Pennyworth, figurerait également sur le dit papier.
« Oui mais seulement en qualité de... ''co-tuteur'' ! avait souligné Bruce en relisant le papier en question.
- Pour mener à bien ce projet, lui avait calmement expliqué Alfred, j'ai besoin que vous vous portiez garant administrativement parlant. Pour le reste, si vous le souhaitez, je m'engage à être dans la vie de tous les jours moi-même le ''responsable principal'', comme vous dites, de la personne que nous accueillerons. Cela vous convient-il ? »
Bien sûr que cela ne convenait pas du tout à Bruce. Il l'avait suffisamment fait comprendre à son majordome. Néanmoins il ne pouvait pas refuser grand chose à celui qu'il considérait comme un membre de sa famille. Et ce plus particulièrement lorsque celui-ci le harcelait avec un calme olympien depuis des mois.
Bruce avait donc cédé. Il avait signé aux endroits prévus sur les papiers, à côté des signatures de son vieil ami qui arborait un sourire jusqu'aux oreilles.
« Et rappelez-vous, avait précisé le jeune millionnaire alors que Alfred glissait tous les papiers dans l'enveloppe à destination du service de psychiatrie. Pour le moment il ne s'agit que de la période d'essai !
- Bien évidemment, avait répondu Alfred sur un ton désinvolte. Et si la période d'essai se passe bien, monsieur..? »
Bruce n'avait pas répondu, préférant fuir dignement la conversation. Cela, ce serait quelque chose à voir en temps voulu.
Alfred était donc allé poster le fameux dossier. Et puis ils avaient attendu. Lui avec impatience, Bruce avec agacement.
Le temps était passé, à tel point que Alfred se demandait si la demande allait réellement aboutir doute appuyé par les réflexions de son jeune maître que, de temps à autres, il lui glissait au détour d'une conversation : « Vous voyez, ce n'était vraiment pas la peine de s'emballer autant pour cette histoire. Votre candidature a dû se perdre. » ou bien il pouvait varier en disant : « Votre candidature n'a probablement pas été retenue », ou encore : « Peut-être ont-ils déjà essayé le projet qui s'est révélé être une véritable catastrophe et ont renoncé à continuer ».
Pour autant la détermination d'Alfred tenait bon et celle-ci fut récompensée lorsque, deux mois plus tard, il répondit à un coup de téléphone.
« Allo, monsieur Wayne ?
- Non, monsieur Pennyworth à l'appareil, avait répondu Alfred. Que puis-je pour vous ?
- Ah, monsieur Pennyworth ! s'était exclamée la femme au bout du fil. Je suis la docteure Eileen Williams. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais nous nous étions eu au téléphone il y a de ça un petit moment mais je n'ai pas oublié votre nom et j'ai été ravie de recevoir votre candidature au projet de famille d'accueil.
- Ah, docteure Williams, bien sûr. Et bien, moi-même et monsieur Wayne sommes ravis d'avoir votre appel. Avez-vous des nouvelles à nous apporter ?
- Tout à fait, avait répondu la psychiatre. Nous avons étudié votre demande et avons réfléchi en équipe sur les patients susceptibles de s'épanouir dans le cadre d'accueil que vous proposez. Et nous sommes tombés d'accord sur le choix d'une personne que nous aimerions vous présenter.
- Vraiment ? s'était enjoué Alfred. Et quand aurait lieu cette rencontre ?
- Nous vous proposons lundi prochain à 14 heures. Le but serait d'organiser une visite de votre lieu d'accueil pour notre patient, ce qui permettrait également que vous et monsieur Wayne le rencontriez. Après cette rencontre aurait lieu un temps de réflexion avant de tous nous engager dans la période d'essai. Cela vous conviendrait-il ?
- Je trouve cela tout à fait intéressant, avait répliqué Alfred. Néanmoins, laissez-moi le temps d'aller me renseigner auprès de monsieur Wayne le Manoir est grand, cela va donc me prendre quelques minutes, mais je vous prie de bien vouloir patienter, je reviendrai rapidement vers vous.
- Très bien, avait répondu la psychiatre, je reste en ligne. »
Alfred avait donc traversé les couloirs et escaliers que le séparaient du propriétaire des lieux. Il avait ensuite toqué à la porte des appartements de Bruce et était entré une fois que celui-ci l'avait invité à le faire.
« La docteure Williams, responsable du service en charge du projet de réinsertion des patients en milieu ordinaire, est actuellement au téléphone, monsieur. Elle et son équipe proposent que nous rencontrions la personne qu'ils souhaiteraient nous voir accueillir, lundi prochain à 14h. Serez-vous disponible ? »
Bruce Wayne en était resté immobile quelques instants, le temps d'assimiler l'information.
« Monsieur ? » avait relancé Alfred.
Bruce s'était passé une main sur le visage, apparemment peu enchanté par cette nouvelle.
« Ainsi soit-il... avait-il finalement lâché à contre-coeur.
- Bien, je confirme donc le rendez-vous à madame Williams ».
Alfred était donc redescendu jusqu'au grand salon pour reprendre le téléphone.
« Docteur Williams ?
- Oui, je suis toujours là, avait-elle répondu.
- Et bien c'est d'accord pour lundi prochain à 14 heures.
- Parfait. D'ici là, vous allez recevoir par courrier le dossier du patient en question ainsi qu'un mémo actant notre rendez-vous.
- Très bien.
- Et bien monsieur Pennyworth, je vous dis donc à la semaine prochaine.
- A très bientôt, madame Williams ».
Alfred avait raccroché le sourire aux lèvres.
Les jours suivants, il avait épousseté le Manoir et avait surveillé la boîte aux lettres. Deux jours après le coup de téléphone, le courrier en question était finalement arrivé. Avant de l'ouvrir il avait informé Bruce de l'arrivée du dossier, et celui-ci avait choisi d'être présent pour l'ouverture et la découverte des informations.
C'est donc ensemble qu'ils avaient découvert ces informatons.
« . Nom : Kerrigan
. Prénom : John
. Âge : 26 ans.
. Informations familiales : parents décédés, grands-parents décédés, pas de fratrie, pas d'autres membres de la famille connus.
. Diagnostic psychiatrique à l'entrée dans le service : trouble de la personnalité narcissique, bouffées délirantes aiguës.
. État de santé actuel : trouble psychiatrique stabilisé depuis 13 mois, par traitement médicamenteux et psychothérapie aucun problème de santé somatique.
. Projet : John Kerrigan est un jeune homme dont la décompensation psychique a été stabilisée au cours de l'hospitalisation au sein de notre service. L'équipe l'a évalué comme étant prêt pour une réinsertion progressive en milieu ordinaire, ce qui est également son souhait. Le programme de soins est le suivant : lieu d'accueil sécurisant intervention du psychiatre et de la psychologue une fois par semaine, intervention de l'éducatrice spécialisée trois fois par semaine, intervention de l'infirmier au besoin. »
Une fois qu'ils eurent finit de la lire la fiche, Bruce se renfrogna.
« Il n'y a pas de photo, constata-t-il. Et aussi, on ne sait pas pourquoi il a été admis en psychiatrie.
- Il semblerait que ce soit pour ''décompensation psychique'', releva Alfred.
- Oui mais qu'est-ce qu'il a fait ? insista Bruce. Ils auraient pu le préciser.
- Nous pourrons avoir plus d'information lors de la rencontre » répondit Alfred.
Bruce avait tapoté nerveusement ses doigts sur l'accoudoir de son fauteuil avant de se lever soudainement.
« Je vais utiliser le bat-ordinateur pour en savoir plus. »
Et sans plus de cérémonie il s'était dirigé vers le passage menant à la bat-cave, Alfred ayant choisi de le suivre.
Combien de temps cela faisait-il que Bruce ne s'y était pas rendu ? s'était demandé Alfred. Lui-même y allait de temps à autre pour y faire la poussière. Mais, le jeune Bruce... Cela devait bien faire deux ans qu'il n'y était pas allé depuis le moment où il avait décidé de ne plus être le Batman.
Une fois descendus, les néons grésillèrent avant de s'allumer complètement. Bruce s'était dirigé directement vers le bat-ordinateur, qu'il n'eut aucun mal à remettre en marche. Alfred s'était assis à côté de lui en attendant qu'il mène ses recherches.
En détournant l'accès aux archives de la mairie ils purent trouver la une vieille carte d'identité de ce fameux John Kerrigan. Une plus de son nom et de son prénom s'y trouvait sa date et son lieu de naissance – Bruce avait relevé qu'il s'agissait de Gotham – ainsi qu'une photo d'un jeune enfant – la carte d'identité devait être périmée depuis le temps – et une adresse que Bruce avait ensuite entré dans son ordinateur.
Celui-ci lui avait immédiatement fourni un article relatant que l'immeuble à l'adresse en question, dans les narrows, avait été le lieu d'un dramatique incendie ayant fait plusieurs morts, dont les parents Kerrigan.
« J'espère que ce n'est pas lui qui y a mis le feu... » avait maugréé Bruce avant de découvrir dans l'article que l'incendie avait été causé par une fuite de gaz du fait du mauvais entretien.
A part cela, aucune autre information n'était trouvable sur John Kerrigan. C'était comme s'il avait disparu de la circulation.
Et Bruce n'était pas satisfait de cela.
« Je vais hacker le système informatique du service de psychiatrie » s'était-il empressé de dire en commençant quelques manœuvres.
Mais Alfred l'avait stoppé dans son élan.
« Maître Bruce, ne souhaitez-vous pas laisser à cette personne l'opportunité de nous raconter elle-même son parcours une fois que nous la rencontrerons ? »
Malgré sa curiosité, Bruce avait abdiqué en voyant le regard empli de sagesse de son majordome.
« D'accord, avait-il concédé. Mais si je sens qu'il nous ment ou s'il n'en dit pas assez, je mènerai moi-même les recherches. »
Alfred avait approuvé puis ils étaient tous deux retournés à l'intérieur du Manoir, de la curiosité à l'esprit.
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Le lundi, à 14 heures, Alfred et Bruce étaient tous deux présents dans le grand salon proche de l'entrée du Manoir. Ils n'eurent pas très longtemps à attendre avant que la sonnerie de l'interphone n'arrive jusqu'à leurs oreilles. Alfred décrocha.
« Manoir Wayne, bonjour.
Bonjour, répondit un chauffeur que Alfred et Bruce pouvaient voir grâce à la caméra reliée à l'interphone. Nous avons rendez-vous avec messieurs Wayne et Pennyworth.
Bien sûr, répondit Alfred, je vous ouvre. »
Il actionna l'interrupteur qui permettait d'ouvrir le portail et la voiture s'y engouffra. Nos deux protagonistes sortirent donc à l'extérieur, patientant alors que la voiture se garait près de l'entrée.
Une fois le moteur arrêté, une femme d'une quarantaine d'années en sortit en s'approcha d'eux la main tendue.
« Bonjour messieurs, je suis Eileen Williams.
Enchanté, répondirent tour à tour Alfred et Bruce.
Je vous remercie de nous accueillir. John va venir se présenter j'espère qu'avant toute chose nous pourrons effectuer la visite tous ensemble avant de prendre un temps de discussion... »
La fin de sa phrase fut coupée par le bruit d'une portière que l'on ouvrait. Et c'est alors que le fameux sortit de l'habitacle, regardant avec émerveillement autour de lui.
Bruce Wayne ne put empêcher ses sourcils de bondir au sommet de son crâne tandis que Alfred laissait échapper un petit hoquet de surprise. Mais, rapidement, Bruce sentit sa surprise être remplacée pour de la colère.
Car même si ses cheveux n'avaient plus cette affreuse teinture et avaient repris leur couleur naturelle, même s'il ne portait plus ce sordide maquillage sur son visage, Bruce l'avait immédiatement reconnu.
C'était le Joker qui se trouvait sur le pas de sa porte.
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Et voilà le deuxième chapitre de cette histoire, dans lequel les choses commencent à se mettre en place. J'espère qu'il vous a plu !
