Manga/animé : Naruto de Masashi Kishimoto/Studio Pierrot
Mots : 2 326
Publié : 29/10/2020
Résumé : Quand le désespoir se transforme en un amour si intense que l'obsession est la seule chose qui permet de protéger l'être aimé.
Note : Merci infiniment à Hippyredfox pour son aide sur cette histoire courte


En silence, Hinata mange son sandwich. Elle n'écoute pas la conversation de Kiba et Shino. Elle surveille les secondes défiler sur son téléphone. Elle a presque peur de cligner des yeux.

C'est l'heure !

La libération !

Innocemment, elle demande aux garçons ce qu'ils veulent boire. Elle récupère leur pièce sans vraiment faire attention à ce que Kiba lui dit. C'est toujours pareil. Non pas qu'elle ne veut pas prendre part à la conversation, mais son objectif est tout autre.

Au bout du couloir, devant les distributeurs automatiques, Naruto est planté dos à elle. Sa main bandée gratte l'arrière de sa tignasse blonde. Comme d'habitude, il hésite sur son choix de boisson. Mais, après plusieurs secondes de réflexion, elle sait qu'il prendra du jus d'orange. Il déteste le lait. Surtout depuis qu'il est tombé malade après un incident avec une brique périmée.

La respiration d'Hinata est entrecoupée. Elle serre les poings pour s'encourager.

Aujourd'hui est le jour où elle va réussir à lui adresser la parole !

D'habitude, elle n'arrive pas à l'approcher avant qu'il parte avec Sasuke. Sauf que là, il est seul et elle est déterminée à ne pas échouer comme les jours précédents.

Sans bruit, elle se rend à la machine à côté de la sienne. Il a les yeux rivés sur son téléphone, mais elle reste attentive à chacun de ses gestes. Raide, elle glisse les pièces dans la petite fente.

Maintenant c'est le bon moment pour lui parler, pour le remercier.

Ses yeux glissent lentement vers lui. Il est encore amoché. Plus que d'habitude. Pansement sur le nez, coupure à la lèvre, griffures par-dessus ses taches de naissance aux joues, il a l'air fatigué. Il soupire et se frotte une nouvelle fois l'arrière de la tête, avant de ranger son téléphone. Il transpire la solitude.

Ailleurs, il prend sa brique de jus d'orange.

Est-ce que c'est parce que Sakura n'est pas venue en cours depuis quelques jours ?

Son cœur se comprime. Timidement, elle ouvre la bouche. Allez, tu peux le faire.

Soudain, son regard azur percute le sien. Son ventre se contracte. Ses mots quittent ses lèvres et elle se statufie, la respiration complètement bloquée.

Cet océan bleu est la cause des battements accélérés de son cœur, de l'empourprement de ses joues.

-Oh ? ...Hey Hinata, salue-t-il avec hésitation.

Sa voix est comme une caresse. En un instant, elle frissonne. Son sang lui monte à la tête si vite qu'elle en a le tournis. Elle sent son cerveau et ses intentions fondre à la chaleur qu'irradie son corps. En appuyant sur la sélection de boissons, elle se rattrape à la machine pour ne pas s'évanouir. Son cœur bat si fort qu'elle a l'impression qu'il veut s'échapper.

La paille de sa brique entre les dents, le sourire de Naruto, même timide, est à tomber. Qu'importe le moment de la journée, il continue de rayonner.

Puisqu'Hinata n'a plus rien à faire de ses doigts, elle les entrechoque entre eux. Cependant, elle peine à se calmer.

- B-Bonjo-our Na-Naruto-kun...

Il est si près d'elle. A cette distance, elle sent son parfum épicé. Comme l'autre jour dans la classe. Si elle se penche de son côté, la manche de leurs chemises pourrait se toucher. A cette constatation, elle ne peut réprimer un petit sourire et rougit davantage.

-Co...comment tu te sens depuis... ? Enfin, tu vas mieux ? lui demande-t-il.

Les coins de sa bouche retombent. Hinata regarde désormais ailleurs.

-J-Je ne suis pas encore t-totalement remise. C'était éprouvant... Et j-je fais encore des rêves étranges, mais mon p-père...

-Je comprends, c'est dur ce que tu as vécu.

-U-Un peu.

Un sourire compatissant se dessine, faisant remonter ses joues striées. Est-ce vraiment à elle qu'il parle ? Elle croit rêver. Non, c'est mieux qu'un rêve.

-Je suis sûre que tu vas remonter la pente, tu m'as l'air d'être une fille forte, Hinata.

Cet encouragement est un feu d'artifice pour elle. Son nom avec sa voix va si bien qu'elle veut qu'il le répète encore et encore. Les boissons dans ses bras sont sur le point de tomber tant elle tremble de joie. Malheureusement, elle n'est pas assez rapide pour les retenir.

Naruto ne propose même pas son aide. Il agit. Une main bronzée - celle qui n'est pas blessée - se pose sur ses poignets pour l'aider à porter sa charge. Il rigole lorsqu'il empêche la canette de soda de rejoindre le sol de l'autre.

Hinata frémit au contact de ses doigts.

Et... est-il en train de rougir ? Bien sûr, il a ressenti leur connexion.

Ils sont encore plus prêts que tout à l'heure.

Son teint à elle devient cramoisie.

Elle se sent tomber amoureuse de lui comme au premier jour. Sa langue se noue, sa bouche s'assèche. Elle a l'impression que son cœur bat dans le fond de la gorge.

Mais elle est prête à lui dire. Même si c'est un simple « merci ».

Merci de croire en elle.

Merci pour son aide.

Merci pour l'autre soir.

Merci d'exister.

Merci pour tout.

Elle veut qu'il sache. Peu importe ce que son père lui reprochera par la suite.

Malheureusement, un bruit de foule se fait entendre dans la direction opposée aux machines. Naruto tourne la tête, ne comprenant pas l'agitation. Hinata en profite pour bien réaliser leur proximité. Elle peut voir la petite tache de peinture rouge sombre sur le col de sa chemise, l'angle de sa mâchoire, le muscle tressaillit.

A contrecœur, elle détourne la tête pour voir ce qui l'a soudainement tendu.

Toneri est en face d'eux. Ses cheveux argents sont dans tous les sens. Une bosse déforme son nez d'ordinaire droit. Son œil gauche est gonflé et une couleur jaunâtre tâche sa peau sans imperfections. Il a l'air d'avoir mal aux muscles car il ne se tient pas aussi bien que d'habitude.

Il veut sûrement se prendre à boire. Cependant, il est entouré de lycéens, curieux de savoir la raison de pourquoi son visage est ainsi, ravagé.

Aucune émotion ne s'empare d'Hinata quand le garçon croise son regard. Il est misérable. Mais une hésitation traverse ses pupilles bleues clairs. Il fronce les sourcils, l'air grave et en colère contre Naruto. Le blond le menace tout aussi bien de ses iris, le poing serré jusqu'à ce que ses doigts deviennent blancs, que ses veines ressortent sur son avant-bras.

Dubitative, Hinata s'interroge alors sur cet échange de regard menaçant.

Que c'était-il donc passé entre eux ?


"Otsutsuki Toneri mort. Premier corps retrouvé depuis le début des disparitions."


Il sort de la douche. Il a l'air d'être de bonne humeur. Au moins, quelqu'un de réjoui le jour de mon anniversaire, se dit-elle. Même si Naruto est dans son appartement de l'autre côté de la rue, sa joie de vivre vient la toucher en plein cœur.

La main qui serre le t-shirt orange qu'elle lui a volé, le porte à son nez. Elle inhale une nouvelle fois l'odeur de son ancien propriétaire. Elle regrette d'être aussi loin de lui.

Ses mauvaises pensées sont chassées par les mains masculines qui sèchent ce corps bien bâti. Ses yeux nacrés le dévorent, glissent sur chacun de ses muscles, suivent les gouttes qui dégoulinent, s'attardent sur le ligne de poils blonds sur son bas-ventre, admirent son...

Des bruits de pas se rapprochent de sa chambre. Hinata se dépêche de tirer les rideaux et de cacher ses jumelles. Des clés retentissent dans la serrure. Elle range sa boîte à trésors et se glisse sous sa couette. Au même moment, Kô apparaît dans l'encadrement de la porte, une trousse de soin en main.

Elle ne remarque le sang séché sur sa peau que lorsque son infirmier la nettoie. Elle a parlé avec son père, aujourd'hui. Il est au courant qu'elle a vu Naruto. Ces nouvelles blessures sont donc la conséquence de sa colère.

« -Toneri a eu la présence d'esprit de venir m'avertir que ce moins que rien t'avait adressé la parole ! Qu'est-ce que je t'avais dit par rapport à cette vermine des quartiers Sud, Hinata ? »

Puis quoi de mieux pour accompagner son monologue de père surpuissant qu'un verre en pleine figure ?

Verre qu'il n'a pas pu s'empêcher de briser sur sa peau déjà fragile. Ce geste remplace les gestes tendres d'un vrai père, les paroles d'amour visant à protéger.

N'est-ce pas le but quand on a un enfant ? L'accompagner ? Le réconforter ?

Non, elle ne reçoit jamais de câlins.

Elle a l'habitude.

Joyeux anniversaire, Hinata. Aimes-tu ton cadeau ? se demande-t-elle en observant Ko lui appliquer un pansement sur chaque recoin de son visage.

De toute façon, c'est les vacances de Noël. Elle ne verra personne. Aucune question sur son apparence ne lui sera posée. D'ici la rentrée, tout aura disparu.

Tout comme elle.

Sa décision est prise. Tout ce qu'elle a attendu depuis, c'est sa majorité. Maintenant qu'elle l'a, elle ne dépend plus de son père. Il est hors de question qu'elle reste ici.

Elle veut pouvoir vivre pleinement son amour pour Naruto.

C'est avec cette volonté qu'elle se couche lorsque Ko sort de sa chambre, sans avoir échangé un mot avec elle. Sa main glisse sous son coussin et tire le t-shirt orange de tout à l'heure.

L'odeur la fait rêver.

Mais un bruit sourd la réveille en sursaut de son rêve magique.

L'appartement d'ordinaire aussi silencieux qu'un cimetière, est subitement secoué d'un craquement de bois. Alertée, elle se redresse dans son lit. Un son anormal résonne en bas des escaliers. Un cri à glacer le sang s'élève entre les murs. Tout se transforme en maison de l'horreur.

Un rire sombre et familier la tire de ses couvertures. Sans attendre, Hinata décide de s'aventurer dans les couloirs de son appartement. Son étage est plongé dans la pénombre contrairement au rez-de-chaussée qui est éclairé. Pieds nus, elle descend les escaliers, une main sur la rambarde.

Du sang.

C'est la première chose qu'elle voit. Ce liquide pourpre dégouline sur la blancheur des murs, tâche le marbre des piliers et repose en flaques épaisses vers l'entrée.

C'est là qu'elle voit le corps de Kô. Sa main pend dans le vide et son cou est étrangement tordu.

Hinata lève un sourcil et penche la tête légèrement sur le côté, détaillant son infirmière. Un léger sourire se dessine sur son visage.

Pauvre Kô.

Dansante, elle suit les empreintes de chaussures au sol. La cuisine est un désordre monstrueux. Le corps des servantes attirent son attention. Elle s'accroupit pour détailler la scène. Les coups de couteau ont rendu leurs visages méconnaissables.

Des plumes blanches des coussins du canapé, volent dans le salon. Elle a l'impression qu'un animal sauvage a lâché sa rage contre les êtres et cette demeure.

Le son spongieux de ses pas dans le sang, est le seul bruit perceptible pour elle. Jusqu'à ce qu'elle atteigne le bureau de son père. Le rire résonne encore derrière la porte.

Oui, ce son, elle le connaît.

Deux, trois objets fragiles se fracassent au sol. Une dizaine de livres suivent le mouvement. Une odeur de brûlé lui chatouille les narines lorsqu'elle pousse la porte entrouverte.

Sa robe de nuit blanche tachetée d'encre pourpre, virevolte autour d'elle au même rythme que les rideaux à la fenêtre. L'air frais s'engouffre dans la pièce. Son corps se rafraîchit par cette caresse d'hiver.

En face d'elle, le bureau en acajou est brisé en deux. Au milieu de ce creux fraîchement construit, un corps est allongé. Les bras ballants, la tête à l'envers, ses yeux sont vitreux, et du sang s'écoule de ses lèvres pâles.

Père?

Elle plisse des yeux et fait un pas. Cependant, elle s'arrête lorsque l'ombre dans le coin de la pièce exprime sa stupéfaction dans une grande expiration.

-Le salaud...

Attirée par cette présence, elle détourne le regard pour y voir, cachées sous sa capuche, deux iris bleues azurs. Celles qui la hantent.

Naruto-kun.

En quelques secondes, elle n'a pas le temps de s'exprimer que Naruto est déjà devant elle, caressant les pansements sur son visage après avoir retiré sa capuche.

Est-elle en train de rêver ?

Figée devant lui, elle ne sait comment agir. Son regard nacré vagabonde sur le sang séché qui assombrit ce visage. Il est différent. Ses cheveux sont hirsutes, ses yeux hagards, ses sourcils froncés et ses dents serrées. Une aura meurtrière se dégage de lui.

La poigne de Naruto se resserre sur son frêle bras nu pour la tirer à lui.

Elle n'a jamais été aussi proche de lui.

Elle se sent si petite...

Toute pensée parasite s'éloigne au fur et à mesure qu'il la libère de ses pansements collants. Chaque baisers sur ses plaies encore fraîches, sont jouissifs. Ses jambes tremblent, ses genoux s'entrechoquent. Mais elle ne flanche pas, et profite. Au contact de sa langue, il la marque d'une brûlure indélébile. Une chaleur parcourt son corps qui s'abandonne à lui.

-Oh mon lapin, il t'a encore fait du mal, hein ?

Ces mots la transcendent, pénètrent son esprit comme une douce mélodie.

-Ne t'inquiète pas, c'est fini maintenant, il ne te touchera plus.

Il la pousse contre le mur.

L'animal a attrapé sa proie dans ses filets. Elle est à lui. Elle se laisse capturer entre ses crocs acérés parce qu'elle n'a jamais été la lionne. Elle se laisse croquer comme la petite lapine adorable qu'elle est.

Le renard est comblé. Enfin, sa ruse a payé.

-Tu m'appartiens complètement, plus personne ne se mettra entre nous désormais. Ils sont tous partis.

Son corps reprend vie à travers ses mains puissantes. Ses jambes lui font la place entre ses cuisses. Etourdie face à l'homme qu'elle désire, elle gémit. Son souffle percute sa tempe, puis son oreille qu'il se permet de mordre. Un râle rauque s'étouffe entre ses lèvres qu'il humidifie.

Naruto décale une de ses mèches courtes de sa main ensanglantée. Un sourire fend son visage ensorcelant pour chuchoter ce qu'elle n'oubliera jamais.

-Alors, aimes-tu ton cadeau, Hinata ?


"La police n'a trouvé aucun survivant chez les Hyuuga."


Joyeux Halloween !