Chapitre 5 : L'annonce
Elsa resta interdite quelques instants. Bien sûr le fait qu'il y ait en Arendelle des descendants des Northuldra, voire même des ressortissants de cette communauté n'était pas forcément exceptionnel mais le passage entre les deux territoires avait été séparé pendant tant d'années. De nombreuses questions vinrent à l'esprit de l'ancienne reine d'Arendelle. Sa mère savait-elle que son amie d'enfance vivait dans le royaume pendant toutes ces années ? Si oui, l'avait-elle revue ? Pourquoi ne jamais lui avoir présenté Elsa ou Anna ? Et si Iduna ne savait rien, pourquoi Beata n'était pas elle-même venue se présenter devant la reine ? Les questions submergeaient la souveraine et elle détourna le regard vers Olson. Le général était un livre d'Histoire à lui seul. Lui aussi savait que son épouse était Northuldra alors comment avait-il pu accepter l'ordre de Runard ? Ou s'il détestait tant les Northuldra, comment avait-il pu se marier avec une des leurs ? Mais bien vite, alors qu'elle dévisageait Olson ces questions disparurent. La gardienne de la forêt, passé la surprise des origines de Beata n'entendait plus désormais que l'aveu de son ancien régent. Pour la première fois, cet homme le décevait grandement, elle avait même désormais une pointe de rejet à son encontre. Comment avait-il pu se déshonorer à ce point face à une fillette ? Elsa n'avait certes rien contre le fait qu'un enfant qui commettait une bêtise soit châtié. Il n'y avait là absolument rien d'exceptionnel. Elle-même se souvenait petite de la règle de ses précepteurs qui pouvait à tout moment fendre l'air avant de s'écraser sur ses mains ou sur son dos. Mais dans ces conditions ? Comment pouvait-on qualifier de bêtise le fait qu'une petite fille veuille voir sa sœur ainée ?
-Comment faîtes-vous pour vous supporter ? Interrogea Elsa en fusillant Olson du regard.
-Plait-il ?
-A propos de ma sœur Olson ! Votre sens de l'honneur et de l'obéissance est une qualité indéniable…Mais vous abaisser ainsi ? Et après vous osez vous permettre de juger ma sœur incapable ? Pensez-vous que vous valez mieux ?!
-C'est arrivé…une seule fois, et…
-…Et combien d'autres par vos hommes ? Fulmina Elsa.
-Deux autres fois en l'espace de dix ans…
-C'est déjà trois fois de trop !
-Vous avez raison votre altesse…Et il ne se passe pas un jour sans que cela ne me revienne en mémoire…Altesse voyez-vous en ces lieux une trace présente ou passé d'un passage d'enfant ? A votre avis pourquoi ?
-Je…Ne détournez pas le sujet !
-Je ne le détourne pas…Beata et moi n'avons pas eu d'enfant…Pour cette raison. Jamais je n'aurai supporté devoir élever mon enfant mieux qu'une princesse royale ! Et donc, pour être équitable, il m'aurait fallu me montrer cruel envers mon propre enfant ? Je m'y suis toujours refusé…Mais, sachez que ce que j'ai fait et qui me hante encore aujourd'hui est très en dessous de ce que votre père m'ordonnait de faire…
-Vous tentez de vous donner bonne conscience en salissant la mémoire de mon père ?! Répliqua la gardienne de la forêt avec colère.
-Vous ai-je jamais menti votre Altesse ?
-Je...
Elsa était prise au dépourvu, cette remarque fit disparaître pour un temps sa colère envers Olson. Elle devait bien le reconnaître, son ancien régent était un homme loyal, honnête et le mensonge ne faisait pas parti de son univers. La jeune femme se surprit même à penser que le vieil homme aurait très bien pu garder cette histoire pour lui, elle n'en aurait jamais rien su, mais sa volonté de toujours dire la vérité avait été plus forte…
-Vous savez cet empereur de petite taille sur le continent qui venait de son ile au sud ? Un brillant général. J'ai longuement étudié ses stratégies mais pour ce qui est de ses lois…Certaines d'entre elles étaient particulièrement cruelles et votre père souhaitait en quelque sorte les appliquer à votre cadette…
-Quoi ?
-La détention1 Madame… Tenez regardez…J'ai gardé l'acte, il ne figure pas dans les archives royales, il n'est techniquement pas applicable puisqu'il n'est pas dans le registre mais pourtant…c'est bien la loi qui est encore en place aujourd'hui dans le royaume. Fit Olson en tendant le document à Elsa qu'elle lu rapidement.
-Emprisonner un enfant en cas de mécontentement ?! Lu la souveraine estomaquée
-Ce que nous devions appliquer madame. C'est d'ailleurs la seule fois de ma carrière où je n'ai pas obéit à un ordre de mon souverain. Après ce que vous savez, je me devais d'accompagner votre cadette dans ses appartements où elle devait y rester confinée. Votre père avait décrété 5 jours d'enfermement avec porte close et garde devant la porte… J'ai raccompagné votre sœur. Je lui ai offert un biscuit et suis parti, laissant sa porte ouverte et sans aucun garde dans les couloirs…Je me souviens que dix minutes plus tard, elle gambadait à nouveau et allait faire des acrobaties dans les escaliers… Mes hommes avaient la consigne de laisser malgré tout votre sœur approcher. Vous lui refusiez l'accès c'était souvent suffisant à la décourager et, en grandissant, elle se contentait simplement de vous glisser un message sous la porte. Vos parents ne l'auraient sans doute pas permis mais disons que…Nous regardions ailleurs. Quant aux deux fois où mes hommes ont dû malmener votre sœur, c'est parce que votre père était présent… Cela ne voulait pas dire qu'il ne vous aimait pas non, votre père se voulait malgré tout être un homme bienveillant…
La reine des neiges était sous le choc. Elle aussi avait subi sans s'en rendre compte cette punition…pendant des années ! Elle qui conservait dans sa mémoire l'image d'un père aimant. Elle le revoyait lui narrer, à elle et à Anna la mystérieuse histoire des Northuldra, relayé ensuite par Iduna qui chantait la berceuse d'Ahtohallan. Elle revoyait la dernière image de ses parents, elle en retrait et Anna qui les serraient fort dans ses bras avant qu'ils n'embarquent pour leur dernier voyage. Certes Iduna et Agnarr étaient des parents exigeants. Ils attendaient d'Elsa qu'elle soit parfaite, et même s'ils savaient se montrer patient, surtout lorsqu'elle ne contrôlait plus ses pouvoirs, ils pouvaient être sévères. Plusieurs fois, depuis sa chambre, Elsa avait pu entendre sa mère hurler après sa jeune sœur qui venait de briser une vitre ou une armure dans les couloirs et il ne faisait guère de doute sur ce qui pouvait attendre la fautive…Mais de là à se montrer cruel au point de maintenir en détention une enfant ? Puis Elsa réfléchit ! Pourquoi s'en offusquait-elle pour Anna ? Elsa se sentit vaciller, ce n'était pas Anna initialement la punie…c'était elle ! Cette loi c'était pour elle ! Oui, son père l'avait bel et bien maintenu en détention pendant des années. Allez rendre visite à un prisonnier sans autorisation pour une princesse est une faute grave…Le châtiment qu'avait reçu Anna était somme toute logique finalement si Elsa était bel et bien prisonnière ! La gardienne de la forêt se demandait finalement si elle savait qui étaient réellement ses parents, leur amour et leur bienveillance étaient-ils réels ou simplement de façade. En cet instant, Elsa ne regretta plus Arendelle. Elle était le cinquième esprit, vivait à Ahtohallan et ainsi elle pourrait aller questionner la rivière magique pour découvrir qui réellement étaient ses parents. Cette pensée un temps rassura la jeune femme. Non elle n'était pas attirée par le pouvoir…Mais à bien y réfléchir en réalité si. Si en cet instant elle voulait retourner à Ahtohallan c'était bien pour une question de pouvoir ! La jeune femme se sentit désorientée et vacilla. Beata l'aida à regagner son siège et lui servit quelque chose à boire depuis une petite flasque. Machinalement, la reine des neiges accepta et bu une longue gorgée, mais à peine le liquide arrivé dans sa gorge…
-Ah mais qu'est-ce que c'est que ça ?! S'étouffa Elsa après une gorgée. La jeune femme toussait et, avait certes déjà oublié ses tourments tant sa gorge lui brulait.
-De l'aquavit. Un alcool local, c'est Anton, celui qui gère la taverne plus bas qui se charge de la faire. Cela des propriétés médicinales incroyables, cela calme l'anxiété…A petite dose naturellement, mais à l'origine, et ça Arendelle ne le dit pas, cela vient de chez les Northuldra…Vous ne connaissiez pas ? Demanda Beata ?
-Non…Je ne connaissais pas, à vrai dire je ne fréquente pas les tripots d'ivrognes ! Répliqua Elsa qui peinait à retrouver son souffle
-Allons madame, je puis vous affirmer que la garde royale se rend de temps à autres dans cet établissement ! Plaida Olson
-Vous m'en direz tant…
Elsa retrouva peu à peu son calme. Elle qui avait promis à Anna de s'éclipser quelques heures tout au plus pour aller régler ce malentendu de nomination et voilà qu'elle avait appris des éléments de son enfance ainsi que celui d'Anna qu'elle n'aurait jamais voulu entendre. Son regard quitta quelques instants celui d'Olson et son épouse et soudain elle sursauta : « Il…Il fait nuit ?! » Lança-t-elle ce que le général lui confirma en lui indiquant l'heure. La reine des neiges se sentit honteuse. Sa cadette lui avait pourtant intimé dans son message de ne pas être en retard, la soirée jeux, bien qu'Elsa n'appréciait pas particulièrement les devinettes et était, assez peu douée savait que cela comptait beaucoup pour la jeune reine. Paniquée, elle ne savait trop si elle devait s'excuser, remercier ou simplement prendre congé auprès du général Olson et Beata. Elsa se leva et machinalement elle se rendit vers la porte sans rien dire, l'acte royal de son père toujours dans la main.
-Vous nous quittez votre Altesse ? Demanda Beata.
-Je…Oui je suis attendue et déjà en retard au château…
-Vous êtes une reine vous n'êtes jamais en retard et…
-Ma sœur est la reine et je suis son obligée ! Coupa sèchement Elsa sans un regard pour Olson, puis elle soupira et se radoucit, s'adressant à Beata : Puisque vous souhaitez retourner au pays Northuldra, accompagnez-moi déjà ce soir, ma sœur sera ravie de rencontrer l'amie d'enfance de notre mère ! Je suis certaine que vous avez beaucoup de choses à nous raconter.
-Merci mais… Je pense qu'il est préférable altesse que… Que vous puissiez prendre du temps auprès de votre famille…Je serais de trop n'est-ce pas ? Dit Beata visiblement gênée
-Auriez-vous peur d'aller au château ? Interrogea Elsa peu convaincue
-Non en aucune façon et… Je suis…Très sédentaire vous savez…
-Ce que mon épouse refuse de dire c'est qu'elle aurait mauvaise conscience à me laisser seul votre Altesse et je le reconnais elle m'est indispensable, je ne saurais vivre sans elle.
Elsa recula…Pour la première fois, elle vit Olson lui mentir. C'était un pieu mensonge il voulait éviter l'embarras pour son épouse mais pourquoi donc cette dernière ne voulait-elle pas aller au château ? La jeune femme n'en avait que faire, elle était déjà suffisamment en retard comme cela.
-Bien… A votre aise, je vais rester probablement encore demain en Arendelle, vous n'avez qu'à vous mettre en route dans deux jours Beata, je viendrais vous accueillir à l'entrée de la forêt…
-Votre Majesté est trop bonne et, hum, ceci… Fit Beata en indiquant le papier dans la main d'Elsa qui lui était totalement sorti de la tête.
-Oh ?... Je vais l'emporter avec moi, je le montrerai à la reine, qu'elle abroge cette loi cruelle envers les enfants !
A ces mots, Elsa prit enfin congé et quitta la petite maison dans la prairie d'Arendelle. Elle s'empressa de rejoindre la route. Au loin elle entendit l'horloge sonner 22heures alors qu'elle approchait de la taverne d'Arendelle. La jeune femme se mordit la lèvre. Anna devait l'attendre depuis des heures et elle sentit qu'elle avait faim. Elle était devant la porte de la taverne, curieuse, elle décida d'y jeter un œil par la fenêtre entrouverte. Jamais elle ne s'y était aventurée. Depuis l'extérieur, la jeune femme put y voir l'ambiance chaleureuse de l'établissement, les rires grossiers des habitués déjà fortement avinés qui recouvrait une musique traditionnelle, l'odeur de gras de viande mélangé aux effluves d'alcool et de sueur. Elsa avait l'impression d'être dans un autre monde mais fut sortie de sa rêverie par un homme qui l'interpella
-Eh madame…Vous ne devriez pas trainer par ici…Ce n'est pas un endroit fréquentable pour une femme seule !
-Pardon ? Fit Elsa en se retournant
-Oh ?! … Mais…C'est…C'est vraiment vous ?! Fit l'homme en s'inclinant quelque peu maladroitement, impressionné d'être en face de la mythique reine des neiges.
Elsa fixa l'homme, il était assez jeune, de petite taille et légèrement enrobé. Il portait à la ceinture une petite dague. Il ne semblait pourtant pas dangereux aux yeux d'Elsa, l'instrument à corde qu'il avait sur son dos enlevait sans doute toute méfiance. Sa moustache et sa barbe pas très bien soignée ainsi que ses cheveux longs et noirs légèrement gras et fourchus qui lui tombaient jusqu'au menton lui conféraient un aspect quelque peu négligé.
-Parce que vous êtes un habitué des lieux monsieur ?
-Yohan ! Je m'appelle Yohan votre Gra…euh…Alt…Euh Majesté… Articula l'homme en s'agenouillant
-Allons relevez-vous monsieur Yohan. S'amusa Elsa.
-Merci…Et…Non je passe de temps à autre depuis que je suis arrivé en Arendelle… Je suis un voyageur, je viens d'une île lointaine nommée Corse…
-Oh… Fit Elsa dont l'évocation du nom de cette île fit remonter en elle la désagréable conversation qu'elle avait eu avec le général Olson.
-Je...Je suis arrivé il y a quelques temps de cela, je découvre le monde et… Yohan s'interrompit alors qu'un léger bruit gastrique trahissait la faim de la jeune femme.
-Oh ...Veuillez m'excuser !
-Oh du tout…Vous avez faim venez ! Mon chariot est là j'ai un peu de viande séché et une miche de pain, prenez-en un peu…Emma, fais donc un peu de place veux-tu à la reine des neiges ! Lança Yohan fier à une petite fille présente dans le chariot.
-C'est trop aimable à vous et…Qui est cette jeune fille ?
-Emma, ma fille, nous voyageons de royaumes en royaumes elle et moi depuis… Le jeune homme ne put terminer sa phrase mais le ton triste de sa voix ne laissait aucun doute à Elsa.
-Bonjour Madame Elsa…Miaula la petite impressionnée.
-Charmante petite ! Fit Elsa en faisant apparaître quelques petits flocons au-dessus de l'enfant qui en fut ravie. Puis elle poursuivit en acceptant de bonne grâce la viande séchée que lui tendait Yohan : Et comment gagnez-vous votre vie ?
-Je joue de la musique ou je peux proposer mes services de combattant. Hélas ce soir, on ne peut pas dire que j'ai eu beaucoup de chance ici…Soupira Yohan en montrant un chapeau contenant simplement trois petites pièces.
-Mais…Je ne peux pas accepter votre nourriture voyons je suis la re…Enfin je vais au château et…
-Allons, il est normal d'aider son prochain, riche ou pauvre. Répliqua Yohan.
-Mais et vous ? D'ailleurs, où dormez-vous ?
-Les plages semblent abritées du vent, cela sera parfait…
-Les plages ? Par ce froid ? Non, j'ai une meilleure idée ! Pouvez-vous m'emmener au château ? Ma sœur la reine Anna vous logera !
-V…Vraiment ? Mais… La…La…
-Allons allons mon ami, ne bégayez pas ! Hatons nous je vous prie ! Je suis en retard et votre fille doit avoir froid ! Lança Elsa d'une voix noble en s'installant aux côtés de l'enfant.
Yohan ne se fit pas prier et prit les rennes de son chariot qui descendit vers le château. Pendant le court voyage, Elsa créa un petit bonhomme de neige pour la petite Emma qui n'en croyait pas ses yeux d'être si près de la célèbre reine des neiges. La fillette était emmerveillée mais son regard rapidement se détourna des tours d'Elsa pour la flamme majestueuse du phare d'Arendelle.
-Le feu t'intéresse plus que la neige on dirait ? Fit la gardienne de la forêt amusée…
-Oui votre altesse, elle a toujours été fascinée par le feu…
-Oh…Je suis venue seule, mais j'ai un petit ami qui sait en faire, si je te croise à nouveau je te le présenterai ! Répondit Elsa amusée.
Le chariot s'approcha enfin du château d'Arendelle. La place était calme, la soirée était après tout bien entamée. Yohan fit stopper son chariot peu rassuré mais Elsa l'encouragea à avancer. L'homme s'exécuta et sursauté quelques secondes plus tard
-Halte ! Qui va là ! Lança Matthias qui était de garde ce soir-là.
-Général Matthias ! C'est moi. Laissez-nous passer, cet homme est avec moi, je souhaite que le château lui accorde l'asile pour lui et sa fille ce soir.
-Oh ? Votre Altesse ! Bien sûr ! Je vous fais ouvrir.
A ces mots le militaire aida la fillette à descendre et il défit sa cape pour la lui enrouler autour des épaules. Le général fit signe à ses hommes de s'occuper du chariot du pauvre musicien. Les ordres furent donnés, l'animal qui tirait le chariot allait être conduit aux écuries aux côtés de Sven, pour y être nourri et pansé, puis Matthias fit signe à Yohan de le suivre ainsi que sa fille tandis qu'Elsa fermait la marche. Le militaire fit ouvrir les portes du château et salua respectueusement Elsa une fois que tous furent arrivés dans la grande salle de réception. Kay les retrouva rapidement.
-Madame…Sa Majesté ne vous attendait plus… Commença l'intendant.
-Oui je suis navrée Kay ! Répondit Elsa en se mordant la lèvre. Puis-je savoir où se trouve ma sœur ?
-La reine doit se trouver dans la salle à manger, ou, si son repas est terminé, probablement dans la bibliothèque privée…
-Je vous remercie et, Kay, cet homme et sa fille ont eu la bonté de m'accompagner, peut-on leur servir un repas chaud et leur proposer une chambre ou dormir cette nuit ?
-Nous pouvons les installer dans une des chambres côté port…Mais il faut que sa majesté la reine donne son accord, vous connaissez le protocole ?
-Elle le donnera j'en suis certaine et…de toute façon il s'agit de la volonté de…l'ancienne reine, cela doit revenir au même ! Et pouvez-vous également faire visiter leur faire visiter les lieux ? Lança Elsa
-Sans doute votre Altesse. Je fais conduire ces gens immédiatement…
Le serviteur s'inclina devant son ancienne maîtresse et Elsa se sentit quelque peu mal à l'aise. Elle venait clairement de se substituer à Anna. Pendant quelques secondes, elle lui avait complètement repris la couronne. Certes c'était pour faire une bonne action, mais jamais Anna ne se serait permise de faire de la sorte quant elle n'était que la princesse d'Arendelle. L'ainée des deux sœurs avait visiblement beaucoup plus de mal qu'elle ne voulait l'admettre à se détacher du pouvoir. Heureusement pour elle, voir le sourire de la fillette l'aidait à se sentir un peu mieux. D'autant qu'elle allait devoir affronter Anna. Oh Elsa savait très bien que sa sœur ne pourrait lui en vouloir, Anna l'aimait bien trop pour cela, mais le simple fait de n'avoir su tenir sa promesse la rendait penaude. Lentement, l'ainée des deux sœurs gagna la salle à manger royale. Elle était déserte. Elle y trouva simplement un couvert…Le sien. La soupe servie était froide et figée, à côté, un mot manuscrit d'Anna qui l'invitait à se restaurer au cas où elle aurait faim. Cela ne fit qu'augmenter toujours plus la gène d'Elsa. Elle n'avait désormais plus d'appétit. Elle voulait retrouver au plus vite sa sœur pour se faire pardonner son retard. Immédiatement, l'ancienne maîtresse des lieux prit le chemin de la bibliothèque privée. Arrivée devant la porte, Elsa remarqua qu'il y avait de la lumière, Anna devait encore s'y trouver. Elsa prit une grande inspiration et frappa à la porte à la manière de sa cadette, puis, sans attendre de réponse, elle tourna la poignée.
-Elsa ! Fit Anna en voyant dans l'embrasure son ainée, et dans un geste se dépêcha de placer derrière son dos le livre qu'elle avait dans les mains.
-Anna je…Je suis désolée pour mon retard et…
-Je ne t'attendais plus ! Lança la reine d'une voix déçue et teintée de reproches tandis qu'elle posait à la hâte son livre avant d'y poser rapidement une feuille dessus qui le recouvrit en partie.
-Je voulais te dire que c'est…Euh attends, pourquoi caches-tu donc ce livre Anna ? Demanda l'ainée soudain curieuse.
-Je ne cache rien du tout et…Je n'ai à me justifier de rien ! C'est plutôt à toi de le faire ! Répliqua la cadette.
-Excuse-moi, cela m'a pris plus de temps que prévu. Confessa Elsa d'une voix penaude.
-Kristoff est parti se coucher, Olaf et Sven également…Nous avions prévu une soirée jeux mais apparemment ça ne sera pas pour ce soir…
A ces mots, Anna tendit à sa sœur le panier avec les devinettes, Elsa se mordilla la lèvre, se sentant coupable et prit sa sœur dans ses bras. La jeune rousse ne pouvait en vouloir à son ainée, le simple fait de la savoir à nouveau auprès d'elle suffisait à son bonheur. Les deux sœurs se relâchèrent en souriant. Sans s'en rendre compte, Elsa prit un des papiers et par curiosité le lut : « Courant d'air »
-Elsa ? Tu vas bien ? Tu sembles bizarre ? Demanda Anna voyant que sa sœur avait rougi.
-Hein ? Quoi ? Oh non absolument pas…C'est juste…Juste que je me demandais bien comment j'aurai mimé cela…
-Quoi donc ?
-« Mamy ! » Tu vois mimer mamy toi ? Mentit Elsa gênée
-Tu as le temps d'y réfléchir, nous ferons la partie demain…Et pourquoi as-tu pris autant de temps ?
-J'ai découvert beaucoup de choses sur notre passé et… Je suis désolée Anna…De tout ce que tu as subi…
-Attends quoi ?
-Les gardes…Devant ma chambre pendant des années et…
-Oh eux ? Non ça n'était rien ! Ils étaient gentils, ils me donnaient souvent des chocolats ! Heureusement, mère ne l'a jamais su ! Elle détestait que je m'empiffre entre les repas ! Ria la cadette.
-Mais…Ils étaient…violents. Fit Elsa qui prononça le dernier mot dans un souffle.
-Oh ?...C'est arrivée oui, peut être deux fois, ou trois je ne sais plus…Il faut dire, j'étais parfois particulièrement bornée. Rien de bien extraordinaire et…Tiens qu'est-ce que tu tiens dans les mains ?
-Moi ? Oh une loi qui n'est pas appliquée mais…Non je ne vais pas t'embêter avec ça ce soir voyons.
Elsa avait répondu très rapidement. Sa sœur ne semblait pas se souvenir et elle ne voulait pas la plonger dans ce genre de pensées peu agréables. Pas maintenant qu'elles pouvaient profiter d'un petit moment ensemble.
-Tu as bien raison ! Pas de politique ! D'ailleurs j'en aurai bien assez demain matin ! D'ailleurs toi aussi ! Je te veux à mes côtés, au balcon royal pour l'annonce que j'ai à faire ! Et tu n'as pas intérêt à être en retard cette fois c'est…C'est un ordre de ta reine ! Pouffa Anna !
-Oh dans ce cas, je ne puis que m'incliner votre Majesté. Répondit Elsa avec une révérence surjouée.
-Bien, allons dormir…Elsa j'ai donné ton ancienne chambre à Kristoff…Alors, pourquoi ne pas t'installer dans la face côté port du château ?
-La…Oh non ! A ce propos, viens avec moi là-bas, il faut que je t'explique quelque chose !
Surprise, Anna ne répondit pas et accepta de suivre sa sœur. La reine sortit de la bibliothèque tandis que son aînée, curieuse jeta un œil sur le mystérieux livre que la jeune rousse avait reposé à la hâte. Elsa ne put lire que le nom de l'auteur : « Funningur ». Cela ne disait rien à Elsa… La jeune femme, connaissant sa sœur, innocente et toujours avide d'histoires de princes charmants se disait que c'était la sans doute un auteur de nouvelles à l'eau de rose bien innocentes puis, elle ferma la porte et accompagna Anna jusqu'à l'autre façade du château. Une fois arrivés, Elsa fit signe à sa jeune sœur de l'attendre, elle frappa à la première porte, aucune réponse. Elle eût plus de chance la seconde fois et Yohan apparu dans l'embrasure. Elsa fit alors signe à Anna d'approcher.
-Oh, Votre Majesté, c'est un honneur. Fit Yohan avec une révérence.
-Oui Bonsoir…Et qui est ce monsieur Elsa ?... Non ne me dis pas que vous êtes ?
-Non ! Non rien de tout cela. Yohan m'a gentiment raccompagnée au château alors que la nuit était tombée. J'ai pris sur moi de lui offrir l'hospitalité pour lui et sa petite…
-Sa petite ?
-Oui…Ma fille, Emma…
-Emma ?...Un prénom adorable !
-Oui merci… Elle s'est endormie regardez. Chuchota Yohan.
D'un geste, le musicien invita la reine d'Arendelle à entrer, qui, à pas de loup s'approcha du grand lit où se nichait au milieu des grands oreillers et des draps de soie une fillette. La jeune rousse tomba immédiatement sous le charme de l'enfant endormie, La fillette semblait ne jamais s'être sentie aussi bien et apaisée, Anna passa de longues secondes à la regarder ainsi puis elle se redressa doucemet et questionna Yohan. Ce dernier lui expliqua ses origines et comment il gagnait sa vie en de villes en villes, royaumes en royaumes et comment, ces dernières semaines, les temps commençaient à devenir plus durs. L'approche e l'hiver rendait les gens moins généreux. Emue, la reine discrètement déposa une bourse pleine d'or sur le petit cabinet de travail, puis elle se ravisa. L'homme semblait trop fier pour accepter la charité. Généreusement, la reine proposa à Yohan de rester en Arendelle et d'y devenir un garde royal. L'homme ému se retînt de sauter dans les bras de la souveraine et à la place s'agenouilla, louant sa générosité. Gênée, Anna l'invita à se relever et lui annonça qu'elle préviendrait le général Matthias afin que Yohan soit affecté. En attendant qu'un logement décent lui soit trouvé, la reine accepta qu'il demeure dans la chambre qui lui avait été préparé. Elle lui promit aussi que le château allait veiller sur la petite Emma. Elle pourrait quand elle le souhaiterai venir jouer dans les jardins royaux. L'homme n'en demandait pas tant, tandis que les deux sœurs, fières de leur bonne action le laissèrent retrouver sa fille et profiter à son tour d'une bonne nuit de sommeil.
-C'est…Très généreux ce que tu viens de faire Anna…
-C'est grâce à toi ! Je ne souhaite que le meilleur pour Arendelle ! Bien…Allons-nous coucher nous aussi ! Demain, j'ai des annonces je te rappelle ! Du coup…Pourquoi ne pas reprendre ton ancienne chambre d'enfant ?
-Je… Balbutia Elsa dont la mention de cette pièce lui fit remonter en mémoire la conversation avec Olson…Elle se mordit la lèvre, non pas ce soir-là !
-Non mauvaise idée tu as raison Elsa ! S'empressa de répondre la rousse pensant qu'Elsa revivait les souvenirs de sa solitude juvénile…. Oh, je sais ! Viens !
Sans ajouter un mot, elle prit Elsa par le bras et l'emmena aux travers des couloirs du château puis, une fois arrivée devant la chambre de la reine, Anna s'arrêta.
-Et voilà !
-Anna non voyons…C'est ta chambre désormais je ne puis accepter que tu me laisses…
-Que je ne te laisse rien du tout ! Anna, tu te souviens quand nous étions petites…Nous partagions souvent notre lit…Reste donc avec moi !
-Mais…et Kristoff ?
-Kristoff ?... Oh Elsa voyons ! Pas avant le mariage, nous savons nous tenir ! Fit semblant de s'offusquer Anna.
L'aînée se laissa finalement convaincre par sa cadette. Elle eût l'impression de revivre sa nuit précédente à Ahtohallan, mais cette fois, ce n'était pas un souvenir gelé d'Anna qu'elle avait auprès d'elle. Non cette fois c'était bien sa sœur qu'elle chérissait tant, en chair et en os ! Heureuse, Elsa finit par tomber dans les bras de Morphée et passa une nuit tranquille avant finalement de sentir quelques secousses. Elsa ouvrit un œil et sursauta. Le jour pénétrait par la grande baie vitrée et sa cadette la fixait, déjà prête.
-Anna ?... Commença Elsa ensommeillée
-Allez, debout debout debout marmotte !
-Quoi ? Mais…et tu ...Déjà ? …Tu es déjà prête ?
-Comment disais-tu ? Ah oui, une reine est toujours prête à l'aube comme tu vois ! Allez, lève-toi, veux-tu que je t'apprenne à te préparer en quelques minutes ?
Elsa ne répondit pas à la taquinerie de sa sœur. Elle se leva et se prépara rapidement. Anna avait tout prévu et lui avait déposé sur le valet de la chambre une robe…Mais elle n'était pas de glace. Non cette robe ressemblait à s'y méprendre à celle de son couronnement. Elsa se demanda bien pourquoi sa cadette avait choisi cette tenue mais, pour ne pas la contrarier, elle se plia à sa volonté et s'habilla rapidement. Elle finit par rejoindre Kristoff, engoncé dans son costume de cérémonie et Olaf qu'elle était heureuse de retrouver mais il n'y avait déjà plus aucune trace d'Anna. Kristoff expliqua à sa future belle sœur que la désormais reine d'Arendelle ne s'arrêtait désormais jamais pour effectuer au mieux son devoir puis, il conseilla à Elsa de se rendre vers le balcon d'honneur, Anna devait déjà y être. Poliment, Elsa suivi le conseil du montagnard et retrouva Anna satisfaite. L'ainée détailla sa sœur, elle était belle, noble dans sa robe noire et sa cape verte, les deux sœurs portaient des tenues finalement très similaires, elles ne semblaient faire qu'une.
-Ah te voilà ! Juste à temps, tu as mis la robe que je t'avais préparé, parfait !
-Oui Anna et…
-Pas le temps ! Suis-moi c'est à nous !
Avant même qu'Elsa n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Anna l'avait déjà amené à ses côtés sur le balcon pour une apparition publique. Elsa était stupéfaite. Pratiquement tout Arendelle était à ses pieds. Anna avait une fois de plus réussi à mobiliser tout le monde ! Les deux sœurs saluèrent la foule et Elsa apprécia tout particulièrement ce moment. Sa sœur avait bien fait de lui demander de porter cette tenue. En cet instant elle était la reine d'Arendelle ! Non Elsa ne voulait penser ainsi mais c'était plus fort qu'elle…Elles étaient deux sœurs, deux reines à partager la même couronne. Elsa aimait cette idée, la possibilité de retrouver le pouvoir. Elle savoura chaque instant et même le silence de la foule une fois que sa sœur commença son discours. Anna, avec son caractère naturellement enjoué était douée pour cet exercice. Le discours n'était pas forcément le plus solennel qui soit mais il respirait la sincérité et la spontanéité caractéristique de la jeune femme. Elsa, applaudit en même temps que la foule quand Anna annonça officiellement la date prochaine de son mariage avec Kristoff qui lui semblait bien plus gêné au moment d'apparaître en public. La gène du montagnard amusa beaucoup Elsa. Elle qui d'ordinaire n'était pas à l'aise en public cette fois savourait chaque instant. Elle entendait monter de la foule des « vive la reine ». C'était pour elle. Elle aimait cela. Elsa arrêta de se tirailler, oui elle se l'avouait en cet instant, elle aimait le pouvoir. Elle souhaitait que le discours de sa sœur s'éternise pour profiter toujours davantage mais une parole la rappela à la raison : « Et enfin… » Anna s'était tût, de même que la foule et l'aînée des deux sœurs, revenue à la réalité dévisageait la rouquine qui lui souriait avant de prendre une respiration et déclarer :
-De même que vous connaissez le jour de notre mariage, je vous annonce peuple d'Arendelle qu'il sera suivi par mon couronnement officiel en tant que reine et qu'il sera opéré par…Notre ancienne reine, ma sœur bien aimée Elsa…
1 Code Napoléon de 1804, articles 375 et 376 «le père qui aura des sujets de mécontentement très graves sur la conduite d'un enfant, aura les moyens de correction suivants… » « Le père pourra le (l'enfant) faire détenir pendant un temps qui ne pourra exceder un mois » Article abrogé en…1935 ! .
