Mardi 5 février
La nuit avait tassé toute la pièce, les ombres se recoupaient et cet amas de formes lui donnait l'impression que les murs s'étaient rapprochés. Il avait passé la journée à écouter Carmouille respirer trop fort et taper à la machine avec la régularité irritante d'un métronome. Et maintenant qu'il avait retrouvé une tranquillité solitaire, il avait besoin d'un verre, de deux, de dix.
- Je vous manque, commissaire, je vois bien que vous pensez à moi.
- Vous divaguez, Marlène, je savoure le silence
- Alors pourquoi vous êtes entrain de discuter tout seul ?
Même dans sa tête, elle avait un don pour le remettre en place. Il passait le plus clair de son temps en sa compagnie, à s'épancher plus qu'il n'aurait voulu et elle avait fini par le connaître par coeur. Elle observait beaucoup les petites choses et ses déductions étaient souvent surprenantes, elle comprenait son humeur juste en le regardant tenir une tasse de café. Il s'était rendu compte qu'elle exerçait une manipulation subtile sur lui, elle le menait où elle voulait et il devait reconnaître que ça ne lui déplaisait pas forcément. Et aujourd'hui où était-elle ? A cet instant précis, il rêvait un peu honteusement d'être manipulé.
- Laurence…
Tricard s'était imposait au milieu de ses pensées, abrupt et bien réel.
- Ah Tricard, vous avez des nouvelles de Marlène ?
Il ne voulait pas avoir l'air de s'inquiéter mais il ne put retenir ses mots et c'était la première chose qui fila entre ses lèvres.
- Non, toujours pas...c'est inquiétant vous ne trouvez pas ?
- Rassurez-vous, Tricard, je suis sûr qu'elle va très bien.
- Et s'il lui était arrivé quelque chose, elle prévient toujours…
- Les femmes ne sont là que pour nous donner des ulcères, son absence nous fera du bien à tous !
- C'est pas joli, joli de mentir commissaire, heureusement que je sais que vous ne le pensez pas.
- Marlène, ça suffit !
C'était sorti tout seul, c' était sorti tout haut et Tricard le regardait, interrogateur, la bouche un peu ouverte et les sourcils froncés.
- Vous êtes sûr que ça va Laurence ?
Sans dire un mot de plus, il posa son verre et attrapa son manteau alors que l'écho des mots mirages de Marlène s'entrechoquait encore entre ses deux oreilles.
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A suivre
