Merci pour les coms et pour la suggestion de mettre la date en titre de chapitre :)
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Vendredi 1er février
Assis à son bureau, il avait les moins moites, gêné de la revoir, gêné de repenser à ses lèvres humides, à ce baiser qu'il fallait effacer pour vivre comme avant.
- Vous m'avez plaqué contre un mur, commissaire, rien ne peut être comme avant...Bonjour, commissaire !
Les deux voix de Marlène s'étaient emmêlées, la sienne et la vraie et il la regarda accrocher son manteau avec un air un peu idiot.
-Ah, heu...bonjour, Marlène. Comme vous n'étiez pas là hier, j'ai laissé sur votre bureau une déposition à taper.
Elle sourit timidement.
- Je vous sert un café ?
- Volontiers, merci.
Ils en étaient donc là, à échanger des banalités, à s'éviter des yeux, à espérer que quelqu'un franchisse la porte pour ne plus être seuls.
Marlène essayait de taper les phrases sans fin de la déposition, des phrases qu'elle avait relues cent fois sans en comprendre une seule, où les mots se collaient les uns après les autres, des mots qui ne voulaient rien dire, des mots qu'elle imaginait différents. Laurence faisait semblant de lire, inconfortable dans son fauteuil, des rapports d'autopsie qu'il connaissait pas coeur. Il était ailleurs. Il sentait encore la pluie sur sa nuque, le souffle de Marlène sur son visage et la petite vibration qu'elle avait laissé échapper au creux de son oreille, un petit gémissement oublié par sa retenue. Trop occupés à faire semblant, aucun des deux n'avait levé les yeux pour se rendre compte que la charpente branlante de leur vie professionnelle était prête à s'effondrer.
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Près d'une heure avant la pause du déjeuner, Glissant entra dans le bureau du commissaire.
- Quelle jolie surprise Marlène, vous allez mieux ?
- Oui, merci Tim
- C'est presque dommage, ça m'aurait donné une excuse pour vous apporter une boîte de chocolats.
Ça la fit rire tandis que Laurence bouillonnait à son bureau. Il ne supportait pas le sourire sincère du légiste et ses costumes colorés et bien choisis qui lui renvoyaient en pleine figure son allure taciturne et ses rides sévères.
- Ça vous dirait de déjeuner avec moi ?
Et voilà qu'il était entrain d'inviter sa secrétaire.
- Avec plaisir, Tim.
Et voilà, qu'elle acceptait.
- Bon, Glissant, vous aviez quelque chose à me dire ou vous êtes juste venu séduire ma secrétaire, et par « séduire », je veux dire « faire perdre du temps ».
- J'ai trouvé un détail intéressant sur le cadavre, vous devriez venir voir.
Laurence boutonna son costume en quittant le bureau, suivit de Glissant qui, loin de se démonter, savourait son petit effet. Il adressa un clin d'oeil à Marlène.
- A tout à l'heure, beauté.
Les poings serrés, Laurence se persuadait qu'il n'avait rien entendu.
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Marlène était revenue de son dîner toute guillerette, son sourire charmant placardé sur le visage. Il l'avait même entendu siffloter quelques notes avant de voir son ombre derrière la vitre opaque de son bureau. Ce spectacle irritant avait appointé son aigreur et il sentait ses tempes au bord de la rupture. Ce soir, il ne rentrerait pas seul et il était bien décidé à le lui faire savoir. Peu importe s'il se sabordait lui-même, il voulait juste la voir âpre de jalousie et regonfler cette virilité malmenée qui se vidait petit à petit. Il était déjà prêt à essuyer le mépris de toutes les Marlène qui lui parlaient. Quant aux larmes, Bubulle s'en chargerait.
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Peu avant dix-huit heures, Marlène entra dans la pièce assombrie où seule la lumière jaune d'une lampe de bureau dévoilait quelques ombres. Elle venait récupérer son sac, son manteau mais elle n'avait pas prévu d'y laisser un petit bout d'elle-même. Aussi, quand elle tomba nez à nez avec le commissaire, cette femme et leurs deux corps collés comme un seul, elle s'arrêta si brusquement qu'elle dû s'agripper à la poignée pour s'empêcher de tomber plus bas que son amour-propre.
- Ah, désolé Marlène, je ne vous avez pas entendu.
Il savait en prononçant ces mots qu'il était un con.
- Vous m'avez attendu par contre.
Marlène n'avait pas bougé les lèvres mais il avait toujours cette voix fabriquée derrière ses tympans pour lui souffler ses quatre vérités. Il était presque un peu déçu de n'avoir eu face à lui aucune répartie.
- Bonne soirée, Marlène.
Il passa devant elle au bras de sa conquête, elle avait les yeux rivés sur le parquet et il était persuadé d'avoir entendu le murmure d'un adjectif peu flatteur au moment où il avait quitté la pièce. Il était satisfait.
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A suivre
