Merci à tous ceux et celles qui ont mit cette histoire en favori/follow!
Lys Winter: Merci de ta review! ça me fait super plaisir que tu aimes l'histoire! J'espère que ce chapitre va te plaire, n'hésite pas à me dire ce que tu en penses!
J'ai écrit ce chapitre sur "The song of the white wolf" The Witcher.
Bonne lecture!
1976
Assise au bord du lac dans la solitude la plus complète, Léna enfouit sa tête entre ses mains. Jamais encore elle ne s'était sentie aussi impuissante, aussi démunie face au monde.
Elle avait conscience d'être privilégiée. L'argent n'avait jamais été un problème. Elle avait toujours eu les meilleures robes, de bons précepteurs en France, avant que son père ne décide de revenir en Angleterre. Elle avait toujours été protégée et le savait bien, mais elle n'était pas bête pour autant. Elle était futée, et arrivait toujours à ses fins, ce qui faisait rire son Papi (français, elle n'avait pas connu l'anglais). En tant que Sang-Pure, lui avait-on seriné depuis toujours, elle était au sommet.
Aujourd'hui cependant, elle avait l'impression de voir son monde s'écrouler sous ses pieds. Elle voyait les nuages noirs s'amonceler à l'horizon. Elle voyait la guerre et son cortège funèbre arriver sur elle et ses camarades insouciants. Elle voyait Poudlard clairement comme pour la première fois: comme une de ces boules de Noel de Moldu, un petit monde protégé et enchanté d'insouciance, et le verre s'apprêtait à craquer.
D'un côté, sa famille, la société sorcière qui se fractionnait, sa maison qui prenait un sombre chemin. De l'autre, son désir de vivre en paix, un monde où elle n'aurait plus à cacher ce qu'elle pensait vraiment, ni son amitié avec Lily.
Elle voyait cependant une immense fissure, non, un gouffre noir et béant, se creuser entre les deux. Et au plus profond de son coeur, Léna savait que les choses n'allaient pas s'arranger. Elle le voyait dans les regards fiévreux et plein de haine des Septièmes années.
Elle le sentait dans l'air tendu, comme avant l'orage.
Elle avait le vertige, comme si elle se tenait vraiment au bord de ce gouffre, prête à tomber à la prochaine rafale. Elle savait très bien ce que Narcissa lui voulait. Elle devait rentrer dans la danse de leurs politiques patriciennes. Nouer des alliances, comploter dans l'ombre, entrer sur l'échiquier qu'elle s'était donnée tant de mal jusque là à éviter, mais il semblait qu'elle ne pouvait plus se dérober. Elle était à court d'excuses. L'heure était venue, et elle était malade de peur. Jamais elle ne s'était sentie aussi seule.
Alyssa ne comprendrait pas. Elle était à l'aise dans le moule, et heureuse ainsi. Elle n'était pas raciste et n'avait aucun sentiment négatif contre les nés-moldus, le sujet ne l'intéressait tout simplement pas. Elle voulait juste faire un beau mariage, vivre un de ces contes de fées.
Lily non plus ne comprendrait pas. Un sourire triste étira le visage de Léna. Sa meilleure amie avait un tempérament à l'égal de sa chevelure et n'hésitait pas à se battre, de cette manière si caractéristiquement Gryffondor. Elle n'était pas née sur un échiquier géant.
Bien sûr, elle devait faire face à d'autres pressions, mais ce monde feutré et mortel, qui menaçait de la déborder de son poison, lui était inconnu.
Narcissa, elle, voulait du pouvoir et faire la fierté de sa famille. La plupart des garçons de son année étaient de la même trempe.
Se penchant, Léna ramassa un caillou sur la rive du lac, et la lança la plus loin possible. Dans sa tête ses pensées s'organisaient en colonnes nettes.
Elle pouvait se rendre à l'évidence et endosser son rôle. Se joindre aux autres Serpentards, au social comme au politique. Couper les ponts avec Lily. Mettre ses idées et principes sous clé, jeter la clé, et enfouir la boîte aussi profondément que possible au fond d'elle même. Et si on lui demandait d'attaquer un Moldu? A cette pensée elle eut envie de vomir. Fermant les yeux, elle imagina Rosier la défiant de torturer un innocent. Sa main serra une pierre si fort qu'elle se fit mal et elle la lança avec une ardeur décuplée.
Mais si elle joignait leur cause, sa famille serait protégée. Ses parents ne seraient pas inquiétés, ni ses cousins. Elle doutait que sa famille française soit inquiétée, mais mieux valait ne rien sous-estimer.
Si elle restait à l'écart, elle était morte. Sans aucune alliance pour la protéger, elle ne donnait pas cher sa peau. Son nom la protégerait sans doute au début, mais elle doutait que cela dure. Non, ce n'était décidément pas le bon choix.
Et si elle restait neutre? Elle serait qualifiée de traître-à-son-sang, et retour à la case départ.
Elle essuya une larme qui avait coulé le long de sa joue d'un air rageur. Elle n'était plus une enfant! Elle refusait de se conduire comme tel!
Plus haut sur les terrains du collège, un jeune homme observait l'adolescente. Ses yeux clairs étaient fixés sur la petite silhouette qui se détachait devant le lac. D'un pas souple, il commença à s'approcher. Elle ne s'était pas encore rendue compte de sa présence, et un sourire malicieux commença à apparaître sur son visage. Discrètement, il sortit sa baguette de son sac. Plus qu'une dizaine de mètres… Elle lança une autre pierre… 5 mètres…
Une brusque rafale de vent souffla soudain et elle se retourna d'un coup. Sirius se figea d'un coup dans l'air glacé. Sans un mot, le visage impassible, il fixa la fille. Elle avait pleuré, il pouvait le voir à ses yeux rouges, qui faisaient paraître ses yeux encore plus verts que d'habitude.
Elle était vraiment petite, comparée à lui, et il fut incapable d'expliquer pourquoi cela le frappa aussi soudainement. Toute idée de farce s'était envolée loin de son esprit et il continua à soutenir son regard, comme hypnotisé.
Le vent avait forci et faisait voleter ses boucles brunes, dévoilant un cou pâle et gracile. Avec son uniforme noir, et le lac couleur d'encre derrière elle, n'importe quel Moldu l'aurait comparé à une sorcière. Mais il y avait autre chose, quelque chose dans son regard, une tristesse infinie, de la détresse aussi, qui n'avait rien à faire dans le regard d'une fille de 16 ans.
Pourquoi pleurait-elle? Il avait beau savoir qu'elle était une Serpentard, il eut soudain l'envie de lui tendre la main, de lui dire de s'éloigner de l'eau sombre.
Il avait l'impression, et un sentiment au plus profond de ses entrailles le lui criait, que quelque chose de bien plus important se jouait à cet instant. Il pensa un instant au moment où il avait décidément de quitter sa famille pour de bon, du désespoir et des ténèbres dans lesquels il avait pensé se noyer.
Il lui sembla que cette fille était comme lui, et la comparaison le sonna. Peut-être était-elle à la croisée des chemins, tout comme lui l'avait été. Perdue et ne sachant que faire. Il faillit ouvrir la bouche mais se ravisa. Il ne savait pas pourquoi, mais parler ne lui semblait pas approprié.
Face à lui Léna avait presque paniqué en voyant Sirius surgir de nul part derrière elle. Elle était cependant si profondément plongée dans son dilemme que toute idée de revanche lui parut d'une futilité extrême.
Pour la première fois de sa vie, la fière et directive Léna était dépourvue. Elle ne savait pas quoi faire. Personne à qui demander conseil. Personne devant qui elle pouvait pleurer. Mais lui, réalisa-t-elle lentement, avait fait un choix. Il avait vu les mêmes choses qu'elle, et avait choisi de partir. Il avait choisi le camps des traîtres, des renégats et des parvenus. Cette révélation lui coupa le souffle et elle fut incapable de se détourner de ses yeux d'argent.
Pour la première fois, il lui sembla voir Sirius. Au delà de toutes les façades, les blagues en cours, les sourires tantôt farceurs ou ravageurs. Il avait lui aussi fait face au gouffre, et l'avait franchi.
"Comment as-tu su que tu devais partir?" La question quitta brutalement ses lèvres, et elle s'en voulut aussitôt d'avoir abattue ses cartes aussi tôt. Elle aurait dû sonder ses intentions tout d'abord mais il était trop tard. Quand la potion était tirée, il fallait la boire!
Les sourcils de Sirius montèrent si haut qu'ils disparurent sous les mèches désordonnées de son front. Sa première réaction fut de l'envoyer paître.
Mais quand il ouvrit la bouche, ce ne fut pas une remarque sarcastique ou pleine de fiel comme il s'y attendait, et il se surprit lui même.
"Je ne supportais plus leur haine, leur supériorité et leur orgueil pourris". La phrase avait fusé toute seule et Sirius se maudit tout de suite après. Se dévoiler devant une Serpentard, vraiment?
Mais la fille ne rit pas à son nez, ne lui envoya pas de remarque méprisante ni de regard hautain. Pas de sort non plus.
Elle se tourna de nouveau vers le lac, l'air profondément pensive. Dans la lueur du crépuscule l'eau paraissait plus noire que jamais.
"Il va y avoir la guerre n'est ce pas?" Le murmure lui aurait sans doute échappé s'il n'avait pas eu l'ouïe de Patmol.
Sirius acquiesça avant de tout comme elle, regarder la brume s'avancer sur le lac.
Un long moment s'écoula sans qu'aucun des deux ne bouge, Léna puisant un réconfort inattendu en sa présence.
Le froid la gagnant, elle prit conscience qu'il était tard, et resserra sa cape contre elle pour lutter contre l'humidité tombante. Elle se détourna brusquement, salua Sirius d'un hochement de tête et remonta à grands pas vers le château, sans se retourner une seule fois.
Le vent faisait gonfler sa cape et voltiger ses cheveux et Sirius se surprit à penser qu'il aurait pu la trouver jolie dans d'autres circonstances.
Il ne savait rien de cette fille, ni de ce qu'elle allait faire et de quel côté elle allait se ranger.
Et, pensa-t-il en jetant un dernier regard sur le lac, elle n'en savait sans doute rien elle-même. Mais aussi sûrement que la nuit tombait, la guerre arrivait et avec elle son cortège de misère.
J'espère que cela vous a plu! A la prochaine!
