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Le chemin de Traverse était toujours aussi animé, constata Maggie en se promenant nonchalamment le long du chemin bordé de magasins. Cela faisait tellement longtemps… Elle regarda avec un sourire les enfants qui se pressaient contre les vitrines pour voir les derniers balais de course. Ils étaient vraiment trop mignons.
Regrettant un peu l'innocence de sa jeunesse, Maggie se souvint qu'elle avait désormais un problème de taille à résoudre.
Elle était rentrée au Royaume Uni pour prévenir Alex de sa présence au mariage. C'était désormais chose faite. Et c'était une catastrophe. Maintenant, il était clair qu'elle ne voulait plus rentrer en Roumanie comme elle l'avait initialement planifié. Il était hors de question qu'elle se réinstalle en Roumanie.
La serdaigle la détestait.
Alex Danvers la détestait. C'était clair comme de l'eau de roche. Maggie n'arrivait pas à digérer cette information, pourtant elle avait envisagé qu'Alex ne devait pas lui avoir pardonné leur rupture. Malgré tout, elle ne s'était pas préparée psychologiquement à affronter son ex de cette manière.
Elle avait accepté à contre cœur d'être témoin, c'était clair et net, elle avait bien trop peur de voir Alex. Cependant, maintenant que cette entrevue avait eu lieu, Maggie avait retrouvé son courage de lionne et elle espérait un changement. Mais qu'espérait-elle vraiment ?
Redevenir amie avec Alex ? Faire en sorte qu'elles puissent être dans la même pièce sans se jeter des regards indifférents ? Plus encore ?
Non, Maggie n'était pas honnête avec elle-même pour s'avouer la vraie raison la poussant à vouloir retrouver l'amitié d'Alex Danvers. Mais pour retrouver cette amitié, elle allait devoir rentrer au pays de manière durable. Cela signifiait pour la jeune Sawyer qu'elle allait devoir trouver un hébergement en Angleterre si elle voulait aider les futures mariées à préparer ce mariage. Son loyer en Roumanie n'était pas très élevé, mais ce ne serait certainement pas le cas ici. Les loyers anglais étaient souvent hors de prix. Elle avait donc besoin d'un colocataire.
Maggie avait envisagé de demander à son vieil ami Winn. Lena l'avait pourtant informée entre deux whiskys pur feu que le gryffondor avait désormais fondé sa famille et était l'heureux père de triplées. Emménager chez lui reviendrait plus à devenir une nourrice qu'une colocataire digne de ce nom voulant une certaine quiétude pour préparer son examen final. Cette option n'était donc pas viable.
Il y avait aussi la possibilité d'emménager chez Darla, enfin, si la jeune femme avait gardé son appartement en Angleterre le temps de finir ses études en Roumanie. Elle vivait chez Igor en alternance depuis quelques années déjà, lui tirant les cartes pour s'entraîner, chose qu'Igor acceptait de bon cœur. Les études de cartomancienne étaient éprouvantes et demandaient un entraînement constant. Ceci dit l'appartement était dans un immeuble dans le centre de Londres… elle pouvait dire également adieu à sa quiétude.
À bien y regarder, Cassiopée était la seule colocataire acceptable. Maggie et elle avaient déjà partagé pendant deux ans et quelques mois un appartement, sans s'entre tuer. C'était un signe très positif. L'ancienne serdaigle avait déménagé à la campagne pour ouvrir une pépinière, son grand rêve. Elle était dans les Cornouailles et voyageait de temps en temps pour récolter des plantes du monde entier afin d'agrandir sa collection. Oui, Cassiopée était la meilleure option et ce même si cela devait lui attirer les foudres de Darla. Depuis leur rupture due à l'emménagement en Roumanie de Darla et aux voyages incessants de Cassiopée pour ses études de Botanique, les deux jeunes femmes se tournaient autour sans se l'avouer. Maggie l'avait déduit des rares informations qu'elle avait pu glaner à ce sujet. Cependant, il était clair que la fantasque Cassiopée n'avait jamais oublié son ex comme le prouvait la lettre annuelle que Cassi lui envoyait pour lui souhaiter une bonne année et lui raconter les derniers potins qui ne concernaient que Darla et elle.
Maggie allait la contacter au plus tôt. Ce ne serait pas une mauvaise idée.
À l'angle du chemin de Traverse, Maggie aperçut Alex qui semblait menacer un homme qui ressemblait à une armoire à glace russe de mauvais poil. Apercevant Nessie qui venait de rejoindre sa maîtresse, Maggie fut rassurée, il n'arriverait rien à Alex, la dragonne était féroce pour défendre la serdaigle.
Discrètement, elle fit demi-tour, il n'y avait pas encore assez de temps qui la séparait de sa dernière rencontre avec Alex et le souvenir du regard de celle-ci lui tordait encore méchamment le ventre. Elle préférait fuir.
Soudain une voix familière retentit à ses oreilles, lui glaçant les entrailles.
- Margaret Eilis Sawyer, est-ce bien toi ?!
- Grand-mère ?!
Se retenant au réverbère le plus proche, Maggie essaya de reprendre son souffle qui était coupé par le choc. Elle n'avait plus vu sa grand-mère depuis ses treize ans environ. Elle n'avait pas changé. Toujours aussi petite, déterminée, avec un regard perçant. Elle avait une magnifique cape d'hiver bleue sur les épaules et tenait dans sa main un sac de la librairie.
- Je me disais bien que je connaissais cette silhouette. Puis-je te faire remarquer que je ne t'ai plus vue depuis bien longtemps, tu m'évites je suppose.
- Mais… rétorqua Maggie une fois le choc passé, grand-mère, j'ai été bannie.
- Et ?
Sa grand-mère croisa les bras et se redressa. Malgré sa petite taille, elle était très impressionnante et Maggie avait l'impression d'avoir à nouveau cinq ans.
- J'ai été bannie, répéta Maggie comme si sa grand-mère était gâteuse et qu'elle avait besoin d'entendre cette phrase une fois encore pour la comprendre.
- Je ne suis pas sourde, Margaret.
- Désolée. C'est juste que je te rappelle, en toute bonne foi, que je suis bannie parce que j'aime les filles, compléta Maggie au cas où cette rumeur n'aurait pas été portée à la connaissance de son aïeule.
- C'est bien d'avoir des goûts dans la vie et de les assumer. Si cela peut te consoler, je suis bannie aussi. Tu n'as donc aucune raison valable de m'éviter, jeune fille.
Maggie aimait de plus en plus ce réverbère. Il était tellement plus stable qu'elle. Elle croassa plus qu'elle ne prononça intelligiblement :
- Pardon ?!
- Tu pourrais au moins te renseigner sur ton aïeule. À la mort de feu ton grand-père, un fieffé imbécile si je peux me permettre, j'ai décidé de reprendre ma vie en main, ton père a bien sur détesté cette idée. J'ai donc été bannie pour mauvaise conduite pour une vieille femme de sang pur. Ses termes, tu te doutes. Ton père, mon cheeeeer fils aussi stupide que son père, est un imbécile fini et m'a mise à la porte. Je l'ai toujours dit à ta mère qu'il n'avait rien pour lui, en insistant qu'elle ne devait pas l'épouser, penses-tu… elle l'a fait quand même. Elle assumera.
- Mais… Et… je… Mais tu es à la rue ?!
- Autant d'années d'études pour une telle éloquence, ça fait peur.
- Grand-mère…
- Oui, je confirme grandement le problème d'éloquence. Personnellement, j'ai donc dit au revoir de manière théâtrale au nom Sawyer et je suis enfin redevenue moi-même. J'ai repris mon nom de jeune fille. Prudence Hannay, ça sonne bien mieux que Prudence Sawyer.
Prudence tendit la main à sa petite fille, l'invitant à la suivre avec un peu plus de dignité et de classe. Un réverbère n'avait pas besoin d'une Margaret pour tenir debout et l'inverse était tout aussi vrai, commenta-t-elle. Elle précisa que Margaret devait être aussi mettre en pratique ses années d'études de la langue anglaise. Elles entrèrent dans un salon de thé et s'installèrent près de la fenêtre.
- Du coup, tu es vraiment bannie ?!
- Tu omets le point essentiel de mon récit, je suis enfin débarrassée de ton grand-père et de ses idées arriérées et par la même occasion de mon horrible fils. Je travaille, ce qui me semble respectable à mon âge et je loge avec une arrière-petite-cousine de quatre-vingt-six ans. Nous partageons un appartement londonien de la famille Hannay.
- Eh bien ça…
- Chérie, tu sais, tu n'es pas faite pour être une Sawyer. Tu étais bien trop toi pour être comme eux. Et tu m'as manquée, ma petite loutre.
Devant le surnom familier, Maggie eut les larmes aux yeux.
- Tu veux me faire pleurer c'est ça ?
- Oh non, en fait, pour te faire pleurer je serais plutôt à te demander de prendre mon nom. Margaret Eilis Hannay. Ou devrais-je dire Maggie Eilis Hannay. C'est plus efficace, non ?
Sous le choc, Maggie éclata en sanglots.
- Bois ton chocolat chaud, ma petite loutre, ça te fera le plus grand bien.
