«Tu échoueras encore...»
«...parce que tu as oublié un détail.»
Adrien ne laissait Plagg lui glisser un mot qu'à l'occasion. De loope en loope, le message de son si persistent kwami avait finit par se faire un chemin dans le cerveau obstiné d'Adrien.
Il était Aspik depuis plus d'un mois. En continu. Sans dormir. Sans manger.
Bien sûr, son corps n'en avait pas besoin mais Adrien se souvenait de toutes les journées, de chacune des heures qui passaient.
Il savait exactement combien de fois il avait remonté le temps avec son bracelet. Combien de fois il avait échoué, combien de fois Desesperata lui avait enlevé Ladybug.
Mais évidemment, la présence de la fille de ses rêves près de lui était un réconfort. Elle l'avait choisit lui!
C'était finalement la preuve de sa confiance, une reconnaissance comme il en attendait depuis si longtemps. Il avait finalement l'impression d'avoir mérité sa place à ses côtés puisqu'elle l'avait validé. Mais le temps passait, et il se rendait bien compte par lui-même que ça ne fonctionnait pas.
Mais, il devait bien y avoir un moyen de réussir, une donnée de l'équation qu'il n'avait pas pris en compte.
Alors que Plagg ne l'avait plus distrait de ses stratégies depuis au moins une semaine, Adrien s'arrêta de courir.
Il venait de perdre Ladybug une fois de plus dans une tentative qui avait durée à peine trente secondes.
Jetant un œil autour de lui depuis l'arrière du camion de glace où il s'abritait, Adrien glissa son regard sur la rue parisienne où il vivait pratiquement depuis six semaines.
«Ok. Je t'écoute. Tu as toute mon attention.» se résigna-t-il à faire face à son kwami.
«Adrien. Tu es un bon héros. Tu es fort, vif, intelligent. Et tu es généreux. Mais si tu es prêt à offrir ta vie pour celle que tu aimes, tu es aussi très têtu et ça aussi c'est une bonne chose. Tu as des qualités différentes de celles de Ladybug et aussi différentes de celles des autres porteurs.»
«Tu sais que tu as moins de deux minutes?» fit Aspik en indiquant son bracelet.
Adrien n'en pouvait plus de ce combat interminable. Il souhaitait continuellement que le prochain lapse soit le bon et que ce soit enfin le moment où sa partenaire et lui aurait gagné.
Il ne s'était arrêté que parce qu'il pensait que peut-être Plagg aurait un idée de génie pour lui.
«C'est ce que j'essaie de te dire, Adrien. Tu dois bien faire les choses. Ne te précipites pas. Qu'importe s'il te faut une loope ou deux pour faire des recherches sur l'akumatisée ou la situation dans son ensemble, à la suivante, tu as une meilleure stratégie. Et qu'importe si tu t'arrêtes durant le temps d'un retour en arrière pour parler avec la fille de ton cœur. Même si c'est un peu égoïste. Tu es fondamentalement ChatNoir, un bon chat noir. Et les chats noirs ont besoin d'un peu de motivation personnelle pour se sentir concerné. C'est ce qui les rends plus forts. Alors, si tu souhaites être Aspik pour cette mission, alors soit-le, mais fait-le en utilisant tes propres forces.»
Adrien baissa un œil sur son poignet. Il hocha la tête et se prépara à retourner en arrière.
«Merci pour ton conseil, Plagg. Je ne savais pas que tu avais un vision si large. Je te voyais plutôt 'ici et maintenant' comme personne.» commenta-t-il d'abord.
«Un bon chasseur sait tenir compte de son entourage et attendre le bon moment pour sauter sur sa proie.» récita la petite créature noire.
Le ricanement lumineux d'Adrien n'existait déjà plus lorsqu'il fut de retour dans les égoûts à ses côtés à elle.
«On a cinq minutes devant nous. Dans l'intervale, tu peux revenir en arrière autant de fois que tu veux mais av-» lui expliquait la voix chaude de Ladybug.
«Sass, détransformation.» Adrien l'interrompit-il.
«Adrien?» s'étonna l'héroïne.
«Ça ne fonctionnera pas.» lui apprit-il. «Je suis flatté au delà des mots que tu m'ait choisit comme porteur mais je ne suis pas celui de la seconde chance. Je laisse les sentiments et les émotions guider mon jugement et j'échoue. Parce que je t'aime. Et parce que je ne peux penser qu'à te le dire à travers chacun des retours en arrière que je fais.»
Les aveux d'Adrien l'avait rendu émotif et Ladybug aussi l'était maintenant.
Plus d'une fois depuis le début de sa transformation lui avait-elle donné des signes de son ouverture pour lui. Elle était plus proche. Et elle avait accepté sa fleur.
Mais venait-il de tout détruire et de faire une erreur qu'il ne pourrais pas effacer cette fois?
«Je suis désolé, mais je cherchais depuis des mois une occasion de te le dire et cela a prit le dessus sur tout le reste.»
Marinette réalisa alors qu'elle avait fait la même chose. Elle voulait tant avoir un contact positif avec Adrien qu'elle avait finit par elle-même ramener cette situation avec l'akumatisée entre eux.
«Moi aussi, je voulais depuis longtemps trouver le bon moment pour te parler.» lui assura-t-elle, sa main sur son avant bras. «Seulement, le bon moment ne s'est jamais présenté.»
«Si cette expérience m'a apprit quelque chose» suggéra Adrien. «C'est qu'il faut savoir s'arrêter et créer soi-même les moments nécessaires pour bien faire les choses.» dit-il en réalisant que ça avait marché. Le fardeau dans sa tête et sur son cœur qui l'aveuglait et le poussait à foncer pour une nouvelle seconde chance se dissipait.
«Est-ce que tu trouverais trop impoli de ma part de m'inviter chez toi pour qu'on prenne le temps de discuter?» demanda-t-elle timidement.
Adrien l'observa attentivement. Une Ladybug timide, il trouvait cela adorable. Vraiment adorable.
«Je t'attendrai!» assura-t-il spontanément.
L'un comme l'autre avait comprit le sous-entendu dans la voix d'Adrien. Il attendrait toujours Ladybug, le temps qu'il faudrait.
«C'est un rendez-vous alors.» souffla la jeune femme même si ça n'avait pas beaucoup de sens.
Pour eux cela en avait.
Parce qu'il était son destin et parce que son être le poussait vers elle.
En l'espace de quelques secondes, une attirance aussi forte que la gravité terrestre les rapprocha l'un de l'autre et leurs lèvres se trouvèrent.
Ce baiser fut à la fois doux et suffisamment fort pour faire trembler la terre sous leurs peids et il transportait tellement de promesses.
Mais, ils se séparèrent rapidement parce que ce baiser était d'une rare qualité et qu'il n'avait pas besoin d'être long pour être bon.
Sitôt ensuite, ils furent dans les bras l'un de l'autre, parce que s'ils partageaient de l'adoration pour l'autre, ils éprouvaient aussi de la tendresse.
«Je te laisse.» fit-il au bout d'un moment. «Tu as toujours un akuma à attraper.»
«Adrien, tu pourrais faire un nouvel essaie maintenant.» suggéra-t-elle en lui présentant le bracelet du serpent.
«Je pourrais, mais je préfère bien faire les choses. Je serai toujours là pour toi. Mais ce miraculous n'est pas le mien.» Il recula mais Ladybug avait encore autre chose à dire.
«Adrien, les autres héros, je les ai choisit parce qu'ils étaient parfaits pour les circonstances. C'est la première fois que je fais un choix égoïste en te choisissant.» avoua-t-elle les yeux brillants. «Et je pense que peut-être, si ce miraculous n'est pas le tien, c'est qu'il est possible que tu n'en ai pas besoin pour être un héros.»
Adrien était déjà amoureux de cette fille. Il n'avait pas besoin qu'elle lui retourne ne cœur de cette façon mais se sentir aimé était quelque chose dont il avait grandement besoin. Il avait tout à coup l'impression d'avoir finalement fait ce qu'il fallait.
«C'est ce que je souhaiterais de tout mon cœur, être libre d'aider mon prochain. Ta confiance me touche mais pour l'instant, ce que tu vois en moi n'est encore qu'un rêve que je ne peux pas accomplir sans aide. Peut-être qu'un jour tu trouveras quel est mon miraculous.»
