Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Notes du traducteur : je publie le chapitre 2 juste après le premier vu qu'il ne se passait pas grand-chose dans celui-ci. J'en profite pour préciser que je n'ai pas de Bêta pour cette fiction alors je m'excuse pour les possibles fautes d'orthographe sachant que j'ai parfois du mal entre le passé simple et l'imparfait dans les histoires écrites à la 1ère personne.


« Personne n'est si courageux s'il n'est pas dérangé par quelque chose d'inattendu. »

- Jules César -


Retour dans le passé

« Je vais te raccompagner chez toi », proposa Adrian en regardant le ciel du soir et guettant des signes de pluie. La fin du mois d'octobre approchait rapidement et cela ne m'aurait pas surprise si je devais soudain regretter de ne pas avoir pris de parapluie.

« Tu n'es pas obligé tu sais, répondis-je en tournant le dos à la vitrine lumineuse de la librairie. Je sais à quelle heure tu te lèves le matin. Tu es probablement fatigué »

Adrian secoua la tête avec un sourire narquois. Je me demandai d'où il tirait toute son énergie. « Je suis content de le faire, assura-t-il. Il fait bientôt nuit et je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose.

– Je parcours ce chemin tous les jours » J'ai ri devant son inquiétude tout en secouant la tête. « Et jusqu'à présent personne n'a jamais tenté de me tuer alors que je marchais seule »

Nos pas nous conduisirent au parc qui était situé au bord du lac Erie. J'ai fixé les remous agités se fracasser les uns contre les autres et je me suis arrêtée alors que je voyais le soleil apparaître entre le voile d'épais nuage. Le soleil couchant parcourait l'horizon.

« Ce n'est vraiment pas sage de ta part de marcher seule quand il fait nuit, déclara Adrian. Tu devrais prendre une voiture ou utiliser au moins le bus.

– Je ne peux me le permettre », murmurai-je distraitement en ne prêtant pas beaucoup attention à ses propos. J'ai poussé Adrian du coude pour qu'il se taise et regarde la beauté du paysage avant qu'elle ne disparaisse. « D'ailleurs comment diable feras-tu pour partir d'ici si tu t'inquiètes déjà pour moi ? demandai-je en regardant la clarté se mouvoir sur les remous agités.

– Je ne sais pas, admit Adrian en haussant les épaules. Je suppose que je dois juste te faire confiance pour prendre soin de toi. Tu dois le faire parce que je ne sais pas si je reviendrais un jour »

J'ai regardé son visage. La lumière du soleil couchant se reflétait dans ses yeux brun foncé. « Je prendrais soin de moi, promis-je. Comme je l'ai toujours fait. Tu n'as jamais veillé sur moi avant et si tu commences maintenant, je te jure que je te mettrais moi-même dans le bus, le train, le bateau ou n'importe quel autre moyen de transport qui te fera sortir de cette ville ennuyeuse que tu détestes tant.

– Ce sera le bus alors, sourit Adrian redevenant lui-même, bien qu'un bateau ne soit pas une si mauvaise idée… ou alors un canoë ! »

Je soupirai me demandant si je serais tenu pour responsable de sa mort s'il venait à se noyer.

Le soleil se cacha à nouveau derrière les nuages mais je pouvais toujours voir sa faible lueur traverser le voile gris. Je commençai à avoir froid mais je voulus profiter de la vue aussi longtemps qu'elle durerait. Le soleil était si rare dans une ville nuageuse comme celle-ci.

J'ai agrippé la balustrade qui longeait le chemin et qui empêchait les passants de tomber dans le lac. Le métal était froid sous mes paumes et je frissonnai tout en fermant rapidement la fermeture éclair de mon manteau. Le temps se rafraîchissait vraiment. L'hiver approchait à grand pas – on ne pouvait le nier. Je m'autorisai un instant à détourner mon regard de la lumière déclinante. Un autre frisson me traversa mais différent cette fois. Je me demandai si je ne couvais pas un rhume. J'espérais que non.

Je jetai un coup d'œil à ma gauche sur le point de suggérer de poursuivre notre route car je voulais rentrer chez moi, mais quelque chose m'arrêta avant que les mots ne sortent. Je plissai les yeux dans la faible lumière de l'après-midi vers la chose qui avait soudainement attiré mon attention.

C'était une silhouette debout dans l'ombre d'un petit bouleau à quelques dizaines de mètres. Je fus au début sur le point de me détourner pensant que comme moi quelqu'un admirait la vue éphémère du soleil, or il y avait quelque chose de familier dans cette silhouette lointaine – peut-être la posture. Je regardai de nouveau tout en plissant le regard pour aiguiser ma vision. La lumière qui s'estompait ne me facilitait pas la tâche.

La silhouette – un homme j'en étais sûre maintenant – bougea. Faisant deux pas calmes et délibérés vers l'avant, il s'éloigna de l'ombre pour se révéler complètement à moi. Il était encore loin mais assez près pour qu'une sensation suspecte se réveille quelque part au fond de moi.

Il n'y avait pas seulement quelque chose de familier chez lui.

Il n'y avait rien d'inconnu chez l'homme qui me regardait depuis l'ombre. Je l'ai observé fixement en essayant de distinguer cette nuance si particulière d'or dans ses yeux mais j'étais trop loin. Cependant, je n'avais pas besoin de voir ses prunelles pour en connaître leur couleur. Une certitude avait pris place en moi, quelque chose que je savais à coup sûr. Quelque chose de familier. De trop familier.

Je perçus le mouvement qu'il fit quand il hocha de la tête, un geste lent et délibéré. Le mouvement était censé être une salutation mais j'étais trop choquée pour même cligner des yeux. Mon esprit refusait de croire ce que mes yeux observaient parce que ce que je voyais était tout simplement contre toute logique, contre tout ce à quoi je pouvais m'attendre.

Mes lèvres voulurent former un nom – le chuchoter, le crier pour faire confiance à mes propres yeux mais je ne pouvais pas parler. Mes lèvres étaient rendues muettes mais pas mon esprit il appelait le nom que mes lèvres ne pouvaient façonner. Il appelait le nom que j'avais presque oublié maintenant. Après tout il faisait partie d'une vie entièrement différente, ce nom.

Carlisle Cullen.

Elle était de nouveau présente cette sensation familière. Si le voir soudain dans cette sombre soirée ne m'avait pas autant choquée, j'aurais probablement ressenti autre chose aussi. De la nostalgie peut-être.

J'ai senti un léger coup de coude contre le mien mais ce ne fut pas suffisant pour chasser la sensation. Des souvenirs d'une petite ville où les arbres étaient trop verts et la pluie trop humide m'envahissaient. De ce passé que j'avais laissé derrière moi il y a si longtemps.

Pourquoi était-il revenu maintenant ?

« Bella ? Bells ? »

La voix d'Adrian paraissait venir de très loin. Je lui jetai un rapide coup d'œil puis me détournai pour fouiller l'ombre du bouleau. Pour voir la personne familière de mon passé qui avait soudainement décidé de réapparaître.

Excepté que… il n'était plus là.

Fronçant les sourcils et plissant les yeux dans le noir, je tournai la tête pour balayer le parc de mon regard. Mais je ne vis personne.

« Es-tu prête à y aller ? demanda Adrian en me poussant de nouveau de son coude. Hé. Qu'est-ce qu'il y a ? Que cherches-tu ?

– Je… »

Ma réponse resta inachevée. Une certaine confusion me submergea tandis que je fixai le parc vide tout en me demandant un instant si je n'étais pas devenue folle. Je souffrais peut-être d'un manque de sommeil – j'avais l'habitude de me coucher tard et de me lever trop tôt le matin avant même le lever du soleil. Mais étais-je vraiment si fatiguée ? Au point de commencer à avoir des hallucinations ?

« Bella ? »

Secouant la tête, je pris une profonde inspiration en réalisant seulement maintenant à quel point mon cœur battait fort. « Je pensais avoir vu quelqu'un », murmurai-je trop confuse pour concocter un petit mensonge pour expliquer ma soudaine envie effrénée de parcourir le parc en tous sens.

« Qui ? » demanda Adrian en regardant maintenant lui aussi le parc autour de lui.

Je secouai la tête tout en agitant une main frustrée. « Quelqu'un que j'ai connu il y a longtemps, répondis-je en regardant vers les ombres du bouleau où je l'avais aperçu. Il y a très longtemps »

Adrian fronça les sourcils en me jetant un regard suspicieux. « Je ne vois personne, déclara-t-il.

– Ce n'était probablement rien » Je secouai la tête. « La lumière a dû me jouer des tours.

– Tu veux plutôt dire son absence ? gloussa Adrian. Il devient difficile de voir quoi que ce soit » Il me fixa en fronçant les sourcils et en penchant la tête sur le côté. « Dois-je m'inquiéter du fait que tu vois des choses qui n'existent pas ?

– Très drôle, murmurai-je à sa plaisanterie mais toujours distraite. La mémoire encore hantée par des yeux dorés. « Mais tu as raison. Peut-être me suis-je trompée »

Peut-être que je l'ai seulement imaginé, me suis-je ajouté par devers moi.

Après avoir jeté un dernier coup d'œil vers les ombres du bouleau, je me suis détournée et j'ai commencé à marcher dans la direction de mon logement. Il était plus facile de me dire que c'était mon imagination. Que ce n'était qu'un tour joué à mon esprit.

Le chemin jusqu'à chez moi me sembla long et lent. Adrian babillait à côté de moi et je fis semblant d'écouter tout en souriant et en riant de temps en temps à ses blagues. Mais à dire vrai mes pensées étaient concentrées sur autre chose.

Si cela n'était que mon imagination, alors pourquoi maintenant ? Pourquoi me souvenir de ça ? Je me mis à réfléchir à quand remontait la dernière fois où j'avais pensé à l'un d'entre eux. J'ai réalisé que ça devait se compter en années – ce qui m'a surprise. Je me demandai comment il était possible que tant de temps se soit écoulé depuis la dernière fois que j'avais pensé aux Cullen. Bien sûr je ne les avais pas oublié – pas complètement. Le peu de temps que j'avais passé à leurs côtés faisait tout simplement parti du passé. J'avais accepté le fait que je ne pouvais rien y changer et je ne le désirais même pas. Il y avait eu un temps où je pensais différemment. Où je ressentais des regrets et de la tristesse. Qu'ils viennent me voir, que je les voie… pour parler de tout ce qui s'était passé. Edward et son départ de ma vie ne faisaient que me rappeler à quel point tout était éphémère. Que rien ne durait. Et c'est pourquoi il fallait profiter de chaque occasion et vivre l'instant présent. Cela avait été une autre leçon à apprendre encore une chose que la vie m'avait apprise. Et je n'avais pas eu d'autre choix que de l'accepter ou de m'en détacher. J'avais essayé d'aller au-delà de l'apprentissage j'avais essayé de les apprécier. D'apprécier d'avoir passer ces quelques mois avec lui, avec eux tous et j'essayais de croire que leur brève présence dans ma vie avait peut-être eu un sens caché malgré tout le chagrin qu'elle avait finalement causé. Encore une chose que la vie avait essayé de me faire comprendre.

Donc après un certain temps et après avoir traversé tous les sentiments habituels venant lors d'une fin de relation – choc, déni, colère, voire désespoir – j'avais finalement pu l'accepter. Accepter que ce qui s'était passé n'était pas la fin du monde. Ce n'était que la fin de quelque chose qui n'était peut-être même pas censé être. Loin des yeux, loin du cœur – cette simple phrase me paraissait plus juste que je ne l'avais cru.

C'était une sorte de soulagement finalement d'être arrivée à ce stade. L'ensemble du processus avait été une quantité infinie de larmes et de moments d'amertume, l'impression d'être trimballée dans des montagnes russes sans pouvoir reprendre son souffle. Cela n'avait pas été qu'une conduite douce mais je suppose que ce n'est pas censé l'être en même temps. Mais finalement, j'y étais arrivée. J'avais atteint cette acceptation dont on parlait tant. Ce qui avait rendu cela bien plus facile, c'était de savoir que tout était du passé maintenant. Qu'il ne reviendrait jamais. Et que je n'aurais pas à m'inquiéter car je ne les reverrais jamais. Ils étaient officiellement sortis de ma vie.

C'était sûrement pour cela que l'acceptation était venue si facilement. Savoir qu'ils ne reviendraient jamais, avait été… apaisant.

Me sortant de mes réflexions, je ne pus m'empêcher de jeter un coup d'œil derrière mon épaule. La soirée était fraîche et sombre et je ne vis rien d'autre derrière moi que des arbres perdant leurs feuilles. Secouant la tête, je ne pus m'empêcher de rire de moi. Bien sûr que ce n'était que mon imagination ce qui s'était passé plus tôt. Ça ne pouvait être autre chose.

Adrian n'arrêtait pas de parler de ses plans grandioses lorsqu'il quitterait Buffalo mais je ne les adhérai pas – pas encore de toute façon. Ils changeront un million de fois avant même qu'il ne parte. Une tristesse soudaine me prit en y pensant. Je le connaissais depuis presque aussi longtemps que je vivais à Buffalo. Il était vraiment dommage qu'il soit une âme qui ne pouvait rester en place. Ou alors c'était dommage que moi je sois contente de rester là où j'étais.

Adrian essaya de réchauffer ses doigts en soufflant dessus. « Bon sang, l'entendis-je marmonner. J'aurais dû m'habiller plus chaudement. Il fait très froid.

– Tu es douillet, le taquinai-je. Il ne fait pas si froid.

– Oh si, insista-t-il. C'est pourquoi je suis content de partir d'ici. Il y a tellement d'endroits chauds dans le monde qu'il est stupide d'envisager de rester ici. Mon offre tient toujours, ajouta-t-il en me faisant un clin d'œil. Si jamais tu en as marres de toute cette pluie et ce froid… et de tous ces livres ennuyeux…

– Ce ne sera pas le cas, lui assurai-je. Je ne peux m'imaginer vivre ailleurs qu'ici.

– Ce sera ta perte », marmonna Adrian tout en tournant dans une ruelle bordée de petits arbres poussant des deux côtés. Il me raccompagna jusqu'au bout de l'allée et nous nous arrêtâmes à l'endroit où j'habitais. Je n'avais jamais pu envisager de vivre dans un immeuble c'est la raison pour laquelle je m'estimais chanceuse d'avoir eu la possibilité de louer une petite maison à un prix raisonnable. Si l'on pouvait appeler cela une maison – le lieu était si petit que je pouvais parier que quelqu'un avait une salle de bain au moins aussi grande que tout ce logement. Mais je ne me plaignais pas. Même si l'espace était limité et la maison un peu isolée, le loyer était raisonnable. Et il ne s'agissait pas que de ça – j'avais vraiment appris à aimer cette maison simple.

« Merci de m'avoir raccompagné, dis-je à Adrian en lui souriant. Tu n'étais pas obligé.

– Pas de problème, répondit-il. Mais je ne suis toujours pas d'accord avec toi. Je n'aime pas que tu rentres seule du travail.

– Arrête de t'inquiéter, soupirai-je. Tu sais que je déteste ça. Il n'y a vraiment aucune raison pour que tu t'inquiètes. Et en plus tu sais que j'ai toujours mon spray au poivre avec moi. Je pense que tu es nerveux parce que tu sais que tu vas bientôt partir et que tu ne pourras plus me chaperonner », le taquinai-je.

Adrian haussa les épaules, son habituel sourire se tordant bizarrement d'un côté de sa bouche. « Peut-être », admit-il.

Soupirant, j'hésitai en sortant mes clés tout en me tournant une fois de plus vers lui. « Te reverrais-je ? Avant… ?

– Probablement, acquiesça-t-il. Je travaille presque 24 heures sur 24 les prochains jours mais j'espérais que tu pourrais m'aider avec mes affaires quand je partirais ? Je te préviendrais quand je le saurais moi-même »

Je ne pus m'empêcher de rire. « Bien sûr. Mais je ne comprends toujours pas comment tu vas te débrouiller avec autant d'affaires. Comment vas-tu les remorquer d'un endroit à l'autre ?

– Je n'ai jamais dit que j'allais arpenter les États-Unis avec juste un sac sur le dos » Adrian me donna un coup de coude tout en souriant comme toujours. « Je plaisante. Je prendrais tout ce dont j'ai besoin en cours de route et j'abandonne tout ce qui est inutile.

– Ça m'a l'air écologique tout ça, ris-je en l'imaginant en train de jeter ses stéréos dans une gare ou autre. Petit écologiste va »

Adrian poussa un soupir. « Comment oses-tu m'appeler ainsi ? C'est la chose la plus horrible qu'on ne m'ait jamais dite »

Je ris de sa plaisanterie tout en échangeant encore quelques mots avec lui. Ensuite nous nous dîmes bonsoir et je le suivis du regard tandis qu'il rebroussait chemin dans l'allée puis tournait à gauche vers son propre logement.

Je suis restée plantée là un moment après son départ tout en regardant autour de moi. Tournant le dos à la ruelle sombre ombragée par les arbres, j'ai commencé à chercher la bonne clé pour ouvrir. J'ai fermé les yeux en essayant de chasser ce sentiment qui revenait toujours. Cette sensation qui ne me quittait pas.

J'ai regardé par-dessus mon épaule vers l'allée d'arbres sombres et je n'ai rien vu.

« Ne sois pas stupide », me murmurai-je en poussant la clé dans la serrure. Mais je ne l'ai pas tourné. Parce que quelque chose n'arrêtait pas de me stopper.

C'était juste mon imagination, n'arrêtai-je pas de me dire. Ce n'était pas réel.

Ou est-ce que ça l'était ?

Une fois de plus je me tournai pour faire face à la ruelle sombre tout en retirant les clés de la serrure. Jetant des coups d'œil à droite à gauche pour m'assurer que personne n'assistait à mon moment de folie, je fis un pas en avant.

« Je sais que tu es là-bas », appelai-je me sentant idiote. Une personne saine d'esprit n'aurait pas criée dans l'obscurité – surtout quand il n'y avait personne pour l'entendre. Mais mes lèvres continuaient de se mouvoir. Je devais être absolument certaine. « Je t'ai vu ! » continuai-je à scander. Ma voix s'est abaissée et j'ai poursuivi d'un timbre plus normal. Ce n'était pas si important de toute façon. « Tu sais que je t'ai vu »

J'ai attendu. Le silence me répondit – seul le trafic des rues plus loin s'entendait. C'était un son auquel je m'étais habituée par conséquent il n'existait qu'à peine pour moi. Il ne me restait donc que le silence de l'allée et le bruit de ma respiration calme tandis que j'inspirai et expirai. Attendant toujours quelque chose qui ne venait pas.

Je secouai la tête en me sentant à la fois soulagée et chagrinée. Je te l'avais dit, me réprimandai-je. Me tournant vers la porte j'ai recommencé à jouer avec les clés.

Puis je l'ai senti. Ce courant d'air frais qui caressa mon cou pour y faire naître un frisson le long de mon dos. Je me suis retournée en un instant. Les clés tintèrent lorsqu'elles glissèrent de mes doigts pour tomber au sol alors que dans le même temps un cri sonore et surpris s'échappait de mes lèvres.

J'ai posé une main sur mon cœur le dos appuyé contre la porte. Tâchant de calmer ma respiration, je fixai l'homme qui avait soudainement décidé de sortir du silence et de l'ombre. J'étais trop choquée pour dire quoi que ce soit de rationnel. Mon cœur ne cessait de battre frénétiquement, cette montée d'adrénaline me rendant non seulement alerte mais aussi furieuse.

« Ne refais plus jamais ça ! m'entendis-je crier. Pour l'amour de Dieu ! »

Carlisle recula d'un pas et leva une main dans un signe d'apaisement. « Je suis vraiment désolé, s'excusa-t-il doucement. Je n'avais pas l'intention de te faire peur. Tu appelais et donc j'ai pensé que tu savais que j'étais là »

En entendant sa voix douce, je fus surprise un instant. Je ne pourrais jamais m'habituer au son de leur voix. Les souvenirs que j'en avais gardé ne leur rendaient pas justice.

J'ai chassé la confusion de mon esprit.

« Je… je pensais que je t'avais imaginé plus tôt ! » réussis-je à bégayer. L'indignation était toujours présente dans ma voix. Je n'essayai même pas de la cacher – c'est ce qu'on récoltait à se faufiler derrière les gens à une vitesse surnaturelle…

« Je suis vraiment désolé, répéta Carlisle. Je ne voulais pas te surprendre. C'était idiot de ma part de bouger si silencieusement » Il jeta un coup d'œil au sol où j'avais lâché mes clés et se pencha pour les récupérer. Puis il me les tendit tout en mesurant mon expression.

Je les aie prises sans croiser son regard. J'étais encore trop choquée pour savoir comment réagir, quoi ressentir. Que faisait-il ici ? Après tout ce temps ?

Carlisle recula de nouveau, voulant apparemment respecter mon besoin d'espace. Je levai mon regard du sol pour étudier l'homme aux cheveux blonds balayés par le vent et aux yeux dorés. J'ai étudié la peau pâle de ses joues, l'expression sérieuse de son visage… Et soudainement, j'eus l'impression d'être entrée dans une capsule temporelle. Cela faisait huit ans – huit longues années – et pourtant il semblait que le temps ne s'était pas écoulé. Il était exactement le même. Rien dans son apparence n'avait changé. Cela n'aurait pas dû me surprendre mais pour une quelconque raison, ce le fut. La notion était simplement trop complexe à appréhender – vous revoyez quelqu'un que vous n'avez pas revu depuis presque dix ans et naturellement vous vous attendez à voir une sorte de changement.

Mais il n'y en avait pas eu. Huit ans n'avaient rien altéré chez lui.

Carlisle m'étudiait également. Je me demandai comment huit ans avait pu me changer à quel point j'étais différente de l'adolescente peu sûre d'elle qu'il avait connu.

J'en étais loin j'imagine. Je n'étais plus une fille de dix-huit ans comme la dernière fois qu'il m'avait vue. Ni celle qui avait rêvé d'une vie sans fin d'immortelle, ni celle qui était prête à renoncer à tout avenir pour l'amour qu'elle ressentait envers quelqu'un pris au piège dans le corps d'un adolescent de dix-sept ans. Cette dernière personne avait été un homme à bien des égards mais aussi juste un garçon. Et je n'étais pas une adulte non plus. Je n'étais pas aussi mature que la situation l'exigeait. J'étais si sûre de moi, si prête à abandonner tout ce que j'avais connu, tout ce qui comptait. Charlie, Renée, Phil… Je secouai la tête à cette pensée, incapable de comprendre l'état d'esprit de cette jeune fille que j'avais pourtant été.

Je n'avais plus dix-huit ans. J'étais toujours la même, mais différente à la fois. Plus mature. Les années avaient eu cet impact – les années que j'étais prête à abandonner si facilement à l'époque.

J'étais soudainement très heureuse de ne pas l'avoir fait.

Laissant échapper une profonde inspiration, j'ai abaissé ma main posée sur ma poitrine. Carlisle remarqua le changement de posture et s'aventura à fouiller mon regard.

« Je m'excuse encore, dit-il doucement en semblant vraiment désolé de m'avoir fait peur comme ça.

– Ça va, soufflai-je. Ce n'est pas comme si j'avais fait une crise cardiaque ou un truc dans le même genre »

Carlisle sourit face à ma pauvre tentative d'humour. Il y avait quelque chose de forcé dans son expression le sourire n'atteignant pas ses yeux. Il atteignait à peine ses lèvres. Je me suis de nouveau interrogée sur la raison de son air grave. En tant que personne Carlisle avait toujours été chaleureux et compatissant alors cette nouvelle atmosphère qu'il dégageait était inhabituelle. Il y avait en lui une gravité étrange, une chose qui n'existait pas auparavant. L'air autour de lui l'exsudait.

Il tourna la tête pour regarder derrière lui comme pour surveiller l'environnement. Son attitude n'était pas nerveuse juste étrangement tendue.

J'ai décidé de rompre le silence. Maintenant que le choc initial commençait à s'estomper je pouvais me demander ce qu'il faisait ici. Il avait sûrement une bonne raison – sinon il ne serait pas venu.

« Pourquoi es-tu ici ? demandai-je en amenant Carlisle à détourner son attention des arbres derrière lui. Je suis sûre que ce n'est pas seulement pour me dire bonjour » La voilà de nouveau dans ma voix cette indignation. Je ne savais pas trop quoi penser de sa présence. Quoi ressentir. Carlisle était censé appartenir à mon passé. Une partie de celui-ci qui n'avait même pas duré longtemps. Et le passé ne devait pas revenir – surtout si vous aviez fait l'effort de le laisser derrière vous.

Carlisle s'humecta les lèvres. Une habitude qu'il avait dû apprendre au cours de ses longs siècles à côtoyer des humains. « Je suis certain que mon arrivée n'est pas une chose dont tu t'attendais, commença-t-il lentement en cherchant mon regard. Et je sais que mon apparition soudaine ait pu te bouleverser. Je le comprends parfaitement » Il s'arrêta un instant comme cherchant ses mots. « Mais je ne serais pas venu si cela n'avait pas été absolument nécessaire »

Cette dernière phrase servit certainement à appuyer ses excuses précédentes mais mon esprit l'interpréta différemment. Les mots s'échappèrent de mes lèvres avant que je n'eus la chance de les arrêter.

« Eh bien je suis désolée que tu ais ressenti le besoin de venir », m'entendis-je dire. Ma voix était étonnamment calme malgré la colère soudaine que je ressentais. « Cela doit être terrible pour toi d'être en ma présence j'en suis sûre »

Carlisle secoua la tête. « Je ne voulais pas que ça sonne ainsi. Tu as mal compris » Il se tut tout en jetant un rapide coup d'œil autour de lui. « Je voulais dire que je suis désolé de te déranger comme ça. Ce n'est pas normal que je le fasse après tout ce temps. Je n'ai aucune envie de te causer des ennuis. De m'introduire dans ta vie »

Je m'adoucis légèrement remarquant que j'avais croisé les bras sur ma poitrine sans m'en rendre compte. Il avait remarqué ma posture défensive et me fixait attentivement.

« Pourquoi es-tu ici alors ? » demandai-je de nouveau. La curiosité commençait à remplacer la contrariété. J'ai détaillé une nouvelle fois ses traits en essayant d'interpréter son expression.

« Il y a quelque chose que tu devrais savoir, répondit-il. Et comme je te l'ai dit je ne serais pas venu si ce n'était pas important. Mais ça l'est et tu es la dernière personne qui devrait être tenue dans l'ignorance à ce sujet » Il hésita tout en guettant ma réaction. « Pour ta propre sécurité »

Je fronçai les sourcils d'incrédulité. « Ma sécurité ? demandai-je. Ça t'embêterait d'être plus explicite ? »

Carlisle regarda de nouveau autour de lui. C'était presque comme s'il craignait constamment que quelqu'un ne nous écoute.

J'ai laissé tomber mes bras de ma poitrine. « Peut-être que tu devrais venir à l'intérieur », suggérai-je même si je doutais qu'un mur puisse empêcher quiconque de son espèce d'écouter. Mais j'ignorai s'il s'inquiétait au sujet d'un vampire. Peut-être y avait-il une autre raison à son attitude tendue.

Il hésita. « Je ne devrais pas, refusa-t-il. Je ne veux pas empiéter.

– Tu n'empiètes pas quand je t'invite », assurai-je en sentant que mes doigts étaient engourdis par le froid. Me tournant vers la porte, j'ai commencé à jouer avec les clés. « Et en plus il gèle ici »

Je frissonnai lorsque l'air chaud m'accueillit. Carlisle hésita encore un instant avant de rentrer à ma suite. Il ferma la porte tout en regardant autour de lui d'un air incertain. Je me demandai ce qu'il pensait de mon petit chez-moi. Pour un homme habitué à vivre dans d'immenses demeures et manoirs, il devait avoir l'impression d'être entré dans un placard. Je l'ai vu observer le salon attenant à la cuisine. Ce qui décrivait à peu près tout. En plus de cette pièce, le logement se composait de ma chambre et de la salle de bain au bout du couloir. J'avais aussi une petite bibliothèque – enfin j'aimais l'appeler ainsi. Sinon comment décrire autrement une pièce si remplie de livres qu'on y tenait à peine ?

Je fis signe à Carlisle de pénétrer plus loin. Il hésita encore. Il y avait presque quelque chose de timide dans son attitude.

« Je sais que c'est un peu étroit », émis-je en voulant presque instantanément me donner un coup de pied. Je ne devrais pas avoir à m'excuser de vivre dans un petit logement.

Carlisle fronça les sourcils tout en secouant la tête. « Je pense que c'est merveilleux », déclara-t-il et il paraissait le penser vraiment. Mais son ton était distrait, presque comme s'il était plongé dans ses pensées.

Après avoir suspendu mon manteau, je suis allée m'asseoir dans l'un des fauteuils tout en lui disant de faire de même. Il choisit le canapé, gardant sa distance habituelle depuis son arrivée. C'était presque comme s'il craignait de s'asseoir trop près de moi. Peut-être qu'il avait peur que je le frappe ou autre.

Je l'ai regardé entre mes cils tout en pensant soudain que ce n'était peut-être qu'un rêve. Je ne pouvais m'en empêcher. Il semblait surréaliste que j'ai un vampire assis sur le canapé de mon salon.

Carlisle me lança un regard interrogateur en remarquant mon examen minutieux. Secouant la tête, j'ai décidé d'être honnête avec lui.

« Je n'arrive pas à croire que tu sois réellement ici », murmurai-je en tendant la main vers le livre reposant sur la table basse. J'ai commencé à jouer avec, ressentant le besoin soudain de faire quelque chose de mes mains. J'ai levé le regard pour voir sa réaction il était toujours aussi calme.

Il me regardait de ses yeux topaze. « Je comprends que cela puisse être difficile à croire, dit-il doucement. Vu comment… nous sommes soudainement partis » Il fit une pause un petit sourire ornant désormais ses lèvres. « Je suis en fait très surpris que tu prennes de manière si calme ma soudaine venue. Je m'attendais à… » Il secoua la tête, s'arrêtant.

« A quoi t'attendais-tu ? » demandais-je curieusement.

Carlisle entrelaça ses doigts et se pencha en avant. « De la colère peut-être, déclara-t-il en se tournant pour me regarder de nouveau. Surtout ça.

– Tu pensais que j'allais éclater de rage quand tu es arrivé ? »

Il ne répondit pas. Il fixa la table en bois entre nous en semblant encore une fois à court de mots. Mais son silence répondit aussi bien à ma question. J'inspirai puis appuyai mon coude sur le bras du fauteuil.

« J'imagine… j'imagine que si tu t'étais présenté quelques années plus tôt j'aurais probablement été assez furieuse », avouai-je.

Carlisle me regarda. « Et maintenant ? »

J'ai haussé les épaules tout en luttant pour trouver une réponse. J'eus des difficultés à décrire mes sentiments actuels. J'étais toujours tellement étonnée de son apparition soudaine que j'étais encore confuse.

« Huit ans c'est long, ai-je finalement réussi à répondre. Peut-être pas pour toi mais c'est très long pour garder rancune et ce n'est pas sain de le faire »

Carlisle semblait écouter avec attention. « Je suis d'accord avec le fait que c'est long », déclara-t-il calmement. Un petit froncement prit place entre ses sourcils. « Tu n'as donc aucun ressentiment ? Cela ne te dérange pas que je sois ici ? »

J'ai réfléchi à sa question en espérant pouvoir lui donner une réponse claire. Une chose qui pourrait expliquer ce que je ressentais en ce moment. « Je suis confuse, avouai-je finalement. Je ne sais pas quoi penser de tout ça. Je ne comprends pas pourquoi tu es soudainement de retour »

Il acquiesça. « Je vois. Je réalise que la situation ne doit pas être simple ni agréable pour toi. Et je dois encore m'excuser d'avoir interféré dans ta vie. Si nous avions eu une autre option, nous t'aurions laissé en paix »

C'était étrange qu'il continu de s'excuser pour ça. Après tout je n'avais jamais été celle qui leur avait demandé de partir en premier lieu. Il donnait l'impression que je les avais suppliés de me laisser tranquille et que maintenant j'étais bouleversée qu'il soit revenu. Cette pensée me fit réaliser que même si je n'étais plus en colère, j'étais encore un peu blessée par leurs actions. Comment ne pas l'être ? Même si ma vie, une fois surmonté le départ d'Edward, avait été formidable et épanouissante, cela me contrariait toujours d'avoir été abandonnée aussi aisément. Et ce n'était pas dirigé que contre lui. Je suppose que ça me dérangeait que toute la famille ait accepté de m'abandonner sans un regard en arrière.

« Es-tu seul ? demandai-je enfin soulagée d'avoir au moins mis en exergue une de mes émotions. Ou les autres sont aussi ici ? »

Une expression étrange passa sur le visage de Carlisle mais elle disparut avant que je ne parvienne à la déchiffrer. « Pas tout le monde », répondit-il évasivement.

J'ai hoché la tête en espérant vaguement que je n'aurais pas à rencontrer le reste de sa famille trop tôt. Du moins pas tout de suite – je devais d'abord faire le point sur mes sentiments vis-à-vis de tout ça. D'ailleurs, eux voudraient-ils me voir. D'après les propos de Carlisle, il ne serait pas revenu si quelque chose ne l'y avait pas poussé en premier lieu.

Il observait maintenant le salon tandis que son regard s'arrêta sur une rangée de photographies reposant sur un meuble de l'autre côté de la pièce. Des visages familiers nous regardaient depuis les cadres en bois mes parents, de vieux amis avec qui j'étais allée à l'université, Adrian et moi quelques semaines après notre rencontre… il y avait même quelques photos de paysages que j'avais prise pendant mon voyage avant de venir à Buffalo.

Un petit sourire releva un côté de la bouche de Carlisle tandis qu'il étudiait les photos. C'était le premier sourire vrai et authentique que j'avais vu de lui depuis le début de la soirée. Puis il se tourna pour me faire face et commença à me jauger de la tête aux pieds. Encore une fois, je me demandai combien j'avais dû changer à ses yeux depuis la dernière fois où nous nous étions retrouvés dans la même pièce. Physiquement j'étais toujours la même – ou c'est ce que j'aimais penser. Mes cheveux étaient peut-être un peu plus longs, mon visage un peu moins rond et enfantin. J'étais encore mince mais plus aussi maigre et osseuse que je l'avais été lors de mon adolescence…

Soudain je me sentis gênée sous son regard. Je me raclai la gorge en essayant de trouver quelque chose à dire. Mais il fut plus rapide.

« Comment ça va ? » demanda-t-il doucement. Je me suis demandé pourquoi il ressentait le besoin de bavarder avant de me rendre compte qu'il semblait vraiment intéressé.

J'ai haussé les épaules tout en tapotant le livre de mes doigts. « Très bien j'imagine », répondis-je rapidement. S'il s'attendait à une histoire complète et approfondie, il allait être déçu.

Carlisle sentit ma réticence. Il fixa le sol avec une expression sur ses traits que je ne pus décrire autrement que comme du regret. Une petite piqûre de culpabilité me donna envie d'effacer ma réponse brève. Carlisle avait toujours été gentil avec moi et quelque chose me disait que ce n'était pas lui qui méritait le ressentiment éventuel que je pourrais encore nourrir.

J'étais sur le point de m'excuser mais il leva les yeux, un timide sourire aux lèvres. Il inspira profondément comme cherchant ses mots.

« Je suis certain que tu es impatiente de savoir pourquoi je suis ici, commença-t-il et n'attendant pas ma réponse : la raison de mon arrivée soudaine est liée à un événement imprévu qui s'est produit il y a quelques temps. Je dois t'avouer que même à l'heure d'aujourd'hui nous n'en savons pas autant que nous l'aurions souhaité » Son discours était lent et ses mots plus ou moins vagues – je n'étais pas beaucoup plus avancée qu'il y a une minute. « Cependant nous avons raison de croire que tu pourrais être en danger, poursuivit-il en me lançant un regard plus ou moins justificatif.

– Quoi de nouveau » marmonnai-je dans un souffle.

Carlisle fut silencieux en attendant que je croise son regard.

« Je sais que ça doit être frustrant, dit-il, de savoir que notre existence t'a peut-être mise de nouveau en danger. Et j'en suis profondément désolé.

– Ne le sois pas, répondis-je. Parce que je suis un aimant à problèmes tu te souviens ? Donc quel que soit le guêpier que je suis parvenue à m'attirer, il est plus que probable que j'en sois la seule cause »

Carlisle secoua de la tête. « J'en doute.

– Alors dis-moi de quoi il s'agit, suggérai-je. Qui ou quoi est censé me mettre en danger ? L'instant le plus dangereux de ma vie quotidienne, c'est quand je traverse la rue »

Il se leva du canapé et commença à déambuler. Cela me dérouta – je ne l'avais jamais vu agir ainsi pendant les courts mois où j'avais été occasionnellement en sa présence.

« Il y a encore beaucoup de questions sans réponses, soupira-t-il tout en arrêtant son mouvement et se tournant vers moi. Et je suis désolé de ne pas avoir plus d'informations à te donner »

J'ai étudié son expression pleine de détresse me sentant me radoucir. « Alors qu'est-ce qui te fait penser que je suis en danger ? Que s'est-il passé ? »

Il se rassit. « Il y a quelques temps Alice a eu une vision plutôt inquiétante à ton sujet, répondit-il. C'était très soudain et inattendu parce qu'elle s'est… enfin, abstenue de chercher ton avenir au cours des dernières années »

Je fronçai les sourcils car je ressentis une pointe douloureuse en moi. Je tentai de repousser ce sentiment en pensant qu'il n'y avait aucune raison à ce que je sois contrariée. Alice n'avait pas pensé à moi et à mon avenir ? Après tout, elle n'avait aucune raison de le faire.

« Après que nous avions quitté Forks, Edward voulait être sûr que nous ne mettrions pas plus ta vie en danger, continua Carlisle. C'est pourquoi il a dit à Alice de ne pas regarder dans ton avenir. J'ai été plutôt étonné de constater qu'elle lui avait obéit », ajouta-t-il presque pour lui-même. J'ai attendu silencieusement qu'il continue mais il resta silencieux en semblant soudain perdu dans ses pensées.

« Quelle était cette soudaine vision alors ? » décidai-je finalement de demander.

Il me regarda, songeur. J'avais le sentiment qu'il essayait de choisir ses mots avec soin mais je ne parvenais pas à comprendre pourquoi. Pourquoi ne s'était-il pas contenté de poursuivre et de me dire ce qui se passait ?

« Quelque chose menace ta vie, répondit-il simplement. « Ou quelqu'un. Comme je te l'ai dit plus tôt nous ne sommes pas encore certains des détails »

Je fronçai les sourcils tout en regardant le livre que j'avais encore entre les mains. Retour dans le passé, était le titre de la couverture. C'était un exemplaire du même livre que j'avais exposé derrière la vitrine du magasin cet après-midi et je me suis interrogée sur l'étrange sensation que ce titre me faisait. Je reposai le livre sur la table d'un mouvement brusque et précipité. Carlisle me lança un regard confus, ses yeux dorés glissant vers le livre. Malgré le faible éclairage, j'étais certaine qu'avec sa vue améliorée, il n'était pas difficile pour lui d'en lire le titre.

« Alors, commençai-je à dire tout en attirant son attention sur moi. Pourquoi es-tu ici ? »

Carlisle fronça les sourcils et ouvrit la bouche. Or pendant un instant il ne dit rien.

« A cause de ce que je viens de te révéler, répondit-il prudemment, ne comprenant apparemment pas où je voulais en venir.

– Oui mais je ne comprends toujours pas ce que cela a à voir avec vous. Vous n'êtes pas obligés de me garder en vie »

Je m'attendis à ce que Carlisle détourne de nouveau les yeux. Pendant toute la soirée, il avait paru inhabituellement tendu et même peu sûr de lui, évitant la plupart du temps mon regard. C'est pourquoi je ne pensais pas qu'il changerait d'attitude maintenant. Je m'attendais à ce qu'il ait des difficultés à trouver une réponse et détourne les yeux en ne me disant rien.

Mais il ne le fit pas. Il me regarda droit dans les yeux et ne se détourna pas quand je rencontrai son regard.

« Quoi ? » demandai-je comme il restait silencieux pendant une minute entière.

Il s'humecta les lèvres puis baissa un très court instant les yeux vers le sol. Ensuite, il me fixa et commença à parler très lentement. « Bella, dit-il et je me rendis compte que c'était la première fois qu'il prononçait mon nom depuis le début de la soirée. Penses-tu honnêtement que nous aurions pu ignorer la vision d'Alice ? Et de n'avoir rien voulu faire pour l'en empêcher ? »

Je tentai d'interpréter son ton. Ce n'était pas la colère à laquelle on pouvait s'attendre. Carlisle ne perdait jamais son sang-froid. Il avait juste l'air très sérieux. Peut-être même un peu blessé.

« Je ne sais pas », répondis-je finalement alors que le silence devenait trop lourd.

Carlisle resta très silencieux un moment supplémentaire. Puis il passa une main dans ses cheveux tout en laissant s'échapper un long soupir. « Je suis vraiment désolé que tu ais ressenti le besoin de remettre ce fait en question. Notre désir a toujours été de te garder en sécurité.

– Je ne le remets pas en question, niai-je tout en me demandant vaguement si ce n'était pas exactement ce que j'avais fait. Je suis juste très confuse. Vous disparaissez soudainement puis vous revenez tout aussi soudainement huit ans plus tard en disant que je suis en danger… » Je secouai la tête en réalisant à demi que je m'étais levée du fauteuil. « C'est tellement contradictoire. Vous vous en souciez ou vous n'en avez rien à faire ? »

Carlisle se leva également du canapé. « Bien sûr que nous nous en soucions », répondit-il doucement toujours aussi calme.

Un rire sans joie quitta mes lèvres. Sans détourner le regard de ses yeux dorés, je lui posai la question qui me brûlait les lèvres depuis le début de la soirée, depuis ses huit dernières années.

« Si vous vous en souciez alors pourquoi être parti ? »

Carlisle déglutit. Il ouvrit la bouche pour répondre quelque chose mais un son feutré provenant de la poche de son manteau l'arrêta. Je le regardai alors qu'il sortait un petit téléphone portable et fronçait les sourcils devant l'écran qui brillait avec force dans la pièce faiblement éclairée.

« Je suis désolé » dit-il. Je ne savais pas s'il s'excusait à propos de l'interruption du téléphone ou si c'était une réponse à ma question précédente. « Je dois prendre congé, soupira-t-il en remettant l'appareil dans sa poche. Mais je reviendrais et nous en parlerons. Je te le promets »

Je l'observai alors qu'il commençait à se diriger vers la porte à pas lents puis se retournant une fois de plus.

« Nous gardons un œil sur ton environnement, m'informa-t-il en détaillant mes traits. Il y a toujours quelqu'un à proximité si quelque chose d'inhabituel se produit. Néanmoins… » Il fit une pause s'assurant d'avoir mon attention. « Néanmoins, garde les yeux ouverts »

J'ai seulement hoché la tête, incapable de dire quoi que ce soit.

Carlisle marcha vers la porte, l'ouvrit mais ne sortit pas. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, me tenant captive de ses yeux dorés. Je n'y voyais que de l'inquiétude et de la chaleur dans leur profondeur. « L'ami qui t'a raccompagné plus tôt chez toi, commença-t-il. Je ne peux qu'être d'accord avec lui. Il n'est pas très sage de ta part de marcher seule à la nuit tombée »

Puis il franchit le seuil, refermant doucement derrière lui. Il était parti.


NDT : alors cette première rencontre ?