Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à ceux qui ont mis cette histoire en favori et en alerte. Et merci à sochic88 pour sa review ;)


« Ne marche pas devant moi, je ne suivrais peut-être pas.

Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderais peut-être pas.

Marche juste à côté de moi et sois mon ami.

- Albert Camus –


Le passé et sa présence

Le sommeil m'a fui toute la nuit. Je me sentais agitée, mes jambes s'emmêlant dans les draps tandis que je continuais à me tourner et retourner dans mon lit tout en me forçant quand même à y rester en espérant puérilement qu'en m'endormant puis en me réveillant le lendemain matin je découvrirais que les événements de la soirée précédente n'étaient qu'un rêve. Les heures passaient lentement alors que je somnolais de temps en temps seulement pour me réveiller en sursaut. Le souvenir du visage de Carlisle hanta mon esprit à maintes reprises tout comme son expression inquiète. Je repensais à ses paroles, sa révélation, ses excuses. A quel point, il était désolé d'avoir été forcé de revenir et de s'immiscer dans ma vie après toutes ces années. Combien il était désolé que je sois possiblement en danger à cause d'eux… Tout cela me faisait souhaiter d'avoir été plus bavarde quand j'en avais eu l'occasion. Mais dans mon état de surprise, je n'avais pas pu lui demander grand-chose. Son arrivée soudaine… avait justement été si inattendue. Il y avait tellement de choses que je ne savais toujours pas, comme ce qui s'était passé dans la vision d'Alice ou encore où se trouvait les autres Cullen…

Carlisle avait dit qu'il y aurait toujours quelqu'un à proximité, m'observant au cas où quelque chose se passerait. Cela me fit me demander jusqu'à quel point ils gardaient un œil sur moi – et qui d'entre eux exactement. Ce qui me fit aussi poser des questions sur le danger dans lequel j'étais supposée être. Qu'est-ce qui faisait automatiquement penser à Carlisle que ça avait quelque chose à voir avec les vampires ? Il ne l'avait pas dit explicitement mais c'est l'impression que j'avais eu.

Curieusement j'ai réalisé que je n'avais pas si peur que ça. J'étais à peine inquiète face à la situation. J'aurais peut-être dû être bien plus inquiète au vu du fait que les Cullen aient réagi de cette façon à la vision d'Alice au point de prendre la peine de venir jusqu'ici pour m'en avertir. Leurs actions et motivations me déroutaient un peu pourquoi se donnaient-ils la peine de venir ici et de me protéger ? Leurs actions contredisaient tout ce en quoi j'avais cru depuis le jour où ils avaient quitté Forks toutes ces années auparavant.

J'ai tapé dans l'oreiller avec ma tête pour essayer de le rendre plus confortable. En soupirant, j'ai commencé à me remémorer tous les mois qui m'avait fallu pour surmonter leur départ. Et je pensais vraiment que j'avais réussi. Se débarrasser de tous les regrets et la tristesse avait été un long parcours. Maintenant j'avais l'impression que j'avais fait tout ça pour rien. Je suppose que l'atteinte du stade d'acceptation n'avait finalement été un succès que parce que j'avais automatiquement pensé que je n'aurais plus à les revoir que j'avais cru que tout ça c'était désormais derrière moi. C'était tout le problème non ? D'abord il fallait faire face à tout ce qui dérangeait puis ensuite se débrouiller pour l'accepter et enfin tourner une nouvelle page sans continuellement replonger dans ce qu'on venait de gérer plus tôt.

Personne ne m'avait dit que je devrais faire ça une deuxième fois.

Renonçant à dormir, je me redressai et glissai mes jambes sur le bord du lit. Pendant un moment, je me suis simplement assise, essayant de comprendre comment continuer à partir de là. Peu de choix se présentaient à moi – la situation était ce qu'elle était et je ne pouvais rien faire pour la changer. C'était frustrant.

Je soupirai profondément en regardant la pendule. Il était cinq heures du matin. J'eus l'impression que j'avais eu ma part de soucis hier soir – j'en avais en réalité marre de toutes ces obsessions.

Je pris une douche tout en espérant que l'eau chaude emmènerait avec elle le stress des dernières heures. Quand je suis sortie, j'avais pu atteindre une certaine clarté, ayant décidé que la seule chose à faire était de laisser les choses se dérouler comme elles l'entendaient. Ce sentiment de calme n'a cependant pas duré très longtemps. Tandis que je me séchais les cheveux avec une serviette tout en me dirigeant vers le salon, je jetai un regard suspicieux au canapé sur lequel Carlisle s'était assis la nuit précédente. Fronçant les sourcils, je commençai à me demander si tout cela n'avait pas été qu'un rêve. Mais le livre posé sur la table basse semblait me narguer – il se tenait exactement à l'endroit où je l'avais jeté la veille au soir. Exactement là où les yeux de Carlisle s'étaient attardés un court moment tandis qu'il prenait connaissance du titre.

Retour dans le passé, relis-je la couverture. Le titre me contrariait beaucoup. Mes doigts me démangeaient de le jeter à la poubelle ou de le faire brûler. Mais je savais que ça n'aiderait en rien et je savais aussi que ce n'était pas le livre qui m'irritait. Ce n'était pas aussi le titre.

Les jours passèrent dans une sorte de brouillard. Tout d'abord deux, puis trois, puis quatre et finalement une semaine entière. Je n'avais vu aucun signe de Carlisle durant tout ce temps et pour être honnête je n'ai pas pris la peine de le chercher. Je n'étais pas prête ou même disposée à lui faire de nouveau face. Je me suis surprise à regarder autour de moi à chaque fois que je sortais comme si j'avais peur de le voir debout au coin de la rue. Mais je ne l'ai jamais vu – c'était comme s'il voulait me donner de l'espace et du temps pour m'adapter à la situation. Il avait probablement noté mes émotions conflictuelles la nuit où il était venu me voir et cela m'étonna qu'il sache mieux que moi ce dont j'avais besoin pour le moment. C'était comme s'il savait que je n'étais pas prête à lui faire face avant de réussir à faire le point avec mes sentiments.

Malgré les avertissements d'Adrian et Carlisle, je continuai à rentrer de la librairie à pied après la fermeture bien que la lumière diminuait de jour en jour. Mais comme je l'avais réalisé auparavant, cette mise en garde inquiétante ainsi que marcher seule ne m'effrayaient pas beaucoup – je me demandai pourquoi. Cela faisait des années que je n'avais pas été en danger de mort ou même suffisamment blessée pour me retrouver aux urgences. Je défiai peut-être obstinément le destin ou alors je ne me rappelais plus ce que c'était que d'être à un cheveux de la mort. Je ne ressentais donc tout simplement pas le besoin de prendre des précautions.

Et parfois j'avais cette… étrange sensation en rentrant chez moi dans l'obscurité du soir. Je pouvais jurer que quelqu'un me regardait mais ce sentiment n'était menaçant en aucune façon. Je devinais que c'était probablement Carlisle ou un autre Cullen qui veillait sur moi. C'est ce qu'il avait dit qu'ils feraient.

Plusieurs fois durant cette semaine, je me suis retrouvée à m'arrêter devant la porte de mon logement pour me retourner vers l'allée des arbres. J'ai toujours hésité en ne m'aventurant jamais à dire quoi que ce soit même si je savais qu'il y avait quelqu'un là-bas prêt à sortir de l'ombre si je l'appelais. Mais je n'avais jamais rien dit. Chaque fois que cette pensée me traversait l'esprit, je commençais à chercher mes clés tout en voulant soudainement entrer et fermer la porte derrière moi pour tout laisser de l'autre côté.

Un peu plus d'une semaine après avoir vu Carlisle pour la première fois, j'ai craqué. Après être rentrée du travail et avoir fait les cent pas dans ma petite maison, je pris une profonde inspiration et j'ai attrapé mon manteau. Enfilant une écharpe chaude associée d'un discours bref mais efficace, je fermai la fermeture éclair de mon manteau et sortis dans la soirée sombre.

La ruelle obscure des arbres était complètement déserte. J'ai fermé la porte derrière moi tout en faisant quelques pas en avant. L'air frais commença à s'infiltrer dans mes vêtements mais je l'ignorais. Me dirigeant plus loin dans la ruelle sombre, je m'arrêtai pour regarder autour de moi.

Après quelques instants de silence, je me préparai à me racler la gorge pour dire quelque chose mais je ne savais pas quoi dire. Même après plusieurs jours de réflexions, j'ignorais quels mots je voulais prononcer.

J'avais espéré en quelque sorte que l'inspiration me viendrait quand je le verrais.

Et puis des pas calmes et mesurés résonnant de l'autre côté de l'allée attirèrent mon attention. Je me tournai pour voir qui approchait – comme si je ne le savais pas déjà.

Carlisle sortit lentement de l'ombre. L'expression de son visage était prudente mais agrémentée d'une pointe de satisfaction alors qu'il me faisait un signe de tête. J'imagine qu'il avait dû être agréablement surpris que je sois enfin prête à parler. Je savais qu'il n'y avait eu aucune raison de me cacher et de le faire attendre ainsi, mais je savais que je n'aurais pas pu lui faire face avant d'avoir eu la chance de mettre de l'ordre dans mes pensées.

Je m'arrêtai alors qu'il s'approchait et je l'observai se stopper à quelques pas de moi sans trop s'approcher. Le coin de sa bouche se releva. Le sourire était plus ou moins léger mais pour une quelconque raison, cela me détendit.

« Bonsoir Bella, salua-t-il en hochant de nouveau la tête.

– Salut », répondis-je en réalisant que je chuchotais presque. J'ai passé un coup de langue sur mes lèvres tout en jetant un regard au sol durant une seconde. « Je me demandais si tu voudrais te promener avec moi ? »

Carlisle acquiesça. « Bien sûr », répondit-il. Il attendit que je commence à me mouvoir pour me laisser choisir la direction à prendre.

Mes pas commencèrent à m'emmener au bout de l'allée et je me suis dirigée dans la direction de mon parc préféré. J'avais toujours aimé ce parc au bord du lac – chaque fois que quelque chose me tracassait, j'y allais pour éclaircir mes pensées. C'était aussi le même parc où j'avais aperçu Carlisle en cette fin d'après-midi tandis qu'à ce moment-là, je ne le considérais que comme le fruit de mon imagination.

Carlisle marchait silencieusement à côté de moi sans prononcer un mot. Je savais qu'il voulait que je fasse le premier pas et entame la conversation. Le geste était simple mais en quelque sorte assez prévenant. Cela me donnait l'impression qu'il se souciait vraiment de mon confort. Cette conversation devait avoir lieu et j'ai réalisé qu'il valait mieux qu'elle n'arrive que maintenant. Une semaine plus tôt, j'étais trop confuse au sujet de cette situation imprévue pour pouvoir être rationnelle vis-à-vis de la question. Je ne réagissais pas bien face aux surprises – j'aurais peut-être dû en informer Carlisle de suite dès qu'il était apparu.

Le temps qu'il m'avait laissé au cours des derniers jours n'avait pas apporté de réponses extraordinaires en moi mais il m'avait donné une nouvelle perspective. Je savais maintenant que j'étais prête à entendre tout ce qu'il avait à me dire et j'étais également prête à être plus honnête avec lui. Avoir eu la possibilité de réfléchir à mes sentiments avait été bon pour moi.

Me raclant doucement la gorge, je jetai un coup d'œil au lac sombre sur ma droite observant les lumières lointaines jouant sur l'eau. « Alors, commençai-je en voulant me frapper pour n'avoir rien articulé d'autre. Comme ça va ? demandai-je nonchalamment. Rien de nouveau ? »

Carlisle inspira à côté de moi tout en me regardant. « Pas grand-chose », répondit-il en me faisant un petit sourire qui se voulait rassurant. Ou peut-être qu'il souhaitait apaiser la tension entre nous – elle était toujours là. Il n'y avait aucune raison de prétendre le contraire. Nous la ressentions tous deux.

J'ai hoché la tête à sa réponse, humectant à nouveau mes lèvres. Tirant les manches sur mes mains, je tentai de maintenir mes doigts au chaud, regrettant momentanément de ne pas avoir pris de gants avec moi. « Écoute, commençai-je en essayant désespérément de penser à une manière de commencer. Je suis désolée si j'avais l'air un peu réservée la semaine dernière, m'excusai-je tout en croisant son regard. Tu m'as juste prise au dépourvu en te montrant à l'improviste. Je ne m'y attendais pas »

Son front se rida à ses mots. « Je comprends cela, répondit-il. Et tu n'as aucune raison de t'excuser Bella. Tu as bien mieux géré la situation que ce à quoi je m'attendais » Il s'arrêta. « Et je ne peux pas te blâmer pour le ressentiment que tu pourrais ressentir compte tenu de ce qui s'est passé à Forks et de la façon dont nous avons géré la situation… Eh bien, la manière dont nous t'avions traité était… » Il secoua la tête une expression honteuse passant sur ses traits.

« Je ne suis pas rancunière », dis-je doucement. Le regard de Carlisle me transperça alors qu'il me regardait. « Plus maintenant tout du moins. Je l'ai peut-être été autrefois, avouai-je en sachant qu'il n'y avait aucune raison de le nier. Je veux dire… comment ne pas l'être ? »

Il acquiesça rapidement. « Nous t'avons offensé par nos actions, déclara-t-il. Cela va sans dire.

– J'imagine. Mais cela ne veut pas dire que je dois porter ça avec moi pour le reste de ma vie », dis-je doucement tout en récoltant un long regard de sa part. Je continuai à marcher lentement, essayant de trouver les mots qui exprimeraient le fond de ma pensée. J'ai remarqué un banc en bois à côté de la passerelle et mes pas m'y conduisirent. Assise dessus, je regardai les vagues agitées devant moi à quelques dizaines de mètres.

Carlisle prit place à côté de moi. Je me tournai pour le regarder, attendant qu'il détourne son regard des remous déferlants.

« Il m'a fallu beaucoup de temps pour surmonter ce qui s'est passé avec ta famille, expliquai-je. Mais finalement j'ai appris que le monde ne cesse pas de tourner pour autant. Et… que je devais juste vivre. C'est de l'énergie gaspillée que de se vautrer dans quelque chose dont on n'a de toute façon pas la chance de pouvoir influencer »

Le regard doré de Carlisle avait l'air plus sombre que de coutume et il y avait une lueur dans ses yeux que je ne parvenais pas à déchiffrer. « C'est très sage de ta part », dit-il doucement.

Je secouai la tête en riant légèrement. « Ce n'est pas si sage, ni même complexe. C'est assez simple quand on y pense.

– Ne te rabaisse pas Bella, dit-il. Pour être honnête je ne peux m'empêcher de t'admirer. La manière dont tu as construit ta vie ici même si tu risques d'être forcée de traverser des choses qui te laisserait des cicatrices permanentes… » Il secoua la tête avec une expression soudaine d'appréciation sur ses traits.

« Oh j'en ai aussi, dis-je avec un sourire triste. Il est difficile de vivre sans cicatrices. C'est même stupide d'essayer »

Il sourit puis jeta un coup d'œil au sol en se penchant en avant tout en entrelaçant ses doigts. Puis il me regarda à nouveau tandis que l'expression de son visage devenait plus grave.

« Même si je suis soulagé d'apprendre que tu n'es pas en colère, commença-t-il, je ne peux continuer sans te présenter des excuses. C'est une chose que nous te devons sans aucun doute – une chose que je te dois peut-être plus que les autres »

J'ouvris la bouche pour dire quelque chose mais Carlisle posa sa main sur la mienne pour me faire taire.

« S'il te plaît écoute ce que j'ai à te dire, demanda-t-il. La façon dont nous avons géré la situation à Forks – bien que notre objectif principal était juste, ne signifiait pas non plus que c'était la bonne solution. Te laisser derrière n'aurait jamais dû être une chose à justifier »

J'ai écouté ses mots comprenant en partie ce qu'il tentait de me dire. Mais les derniers mots qu'Edward avait prononcés ont commencé à envahir mon esprit créant une contradiction que je ne pouvais résoudre. Je fronçai les sourcils réalisant vaguement que Carlisle avait retiré sa main froide de la mienne. « Alors vous êtes parti parce que… » Je m'arrêtai pour fouiller son regard.

Carlisle commença également à froncer les sourcils. « Pour te protéger, déclara-t-il. Chaque seconde que tu passais en notre présence était un risque pour ta vie. Ce qui est toujours le cas, ajouta-t-il. En fin de compte c'est la demande d'Edward qui nous a fait partir. Je n'étais pas d'accord avec lui – la plupart d'entre nous aussi. Mais nous nous sommes laissés convaincre. Uniquement parce qu'il y avait une part de vérité dans ses affirmations. Ta sécurité ne pouvait être totalement garantie, il n'y avait aucune raison de le nier car nous savions que tu n'étais pas complètement en sécurité lorsque tu passais du temps avec nous »

Je pris une profonde inspiration tout en essayant d'encaisser ses mots. Carlisle était parvenu à bouleverser mon monde – j'imagine que c'est une chose à laquelle je devrais m'habituer.

« Tu n'es pas assez bien pour moi Bella »

Je repassais les derniers mots d'Edward dans ma tête. Je ne les avais jamais oubliés même si j'avais souvent désiré le faire. Il y avait eu un temps où ses mots m'avaient blessé cruellement. Parce que j'avais cru tout ce qu'il m'avait dit. Parce que j'avais cru que je n'étais pas assez bien pour lui. Parce que s'il l'avait dit, c'est que cela devait être vrai. Et après avoir cru quelque chose comme ça, il avait été difficile de me convaincre du contraire.

D'une certaine manière – à bien des égards – ses paroles étaient déjà loin derrière moi. Elles l'étaient depuis longtemps. C'est ce qu'on a tendance à faire un bout d'un certain temps. On évolue, laissant derrière soi des gens, des souvenirs, des sentiments. Des choses qui ont pu nous affecter aussi bien en mal qu'en bien. Et les mots d'Edward – même s'ils s'étaient attardés dans mon esprit, j'étais parvenue à les laisser derrière car je n'y croyais plus même si cela n'avait toujours été le cas. Une part de moi était très déçue de la fille que j'avais été. Je ne parvenais pas à croire que j'avais permis à quelques mots de me dépouiller de ma valeur personnelle, de détruire le respect que j'avais de moi-même. J'étais déçue par cette fille, oui… mais j'étais aussi paradoxalement reconnaissante à Edward d'avoir prononcé ces mots d'une manière si négligente sans probablement savoir quel effet ils auraient sur moi. Parce que même si j'avais momentanément perdu la maigre confiance en moi que je possédais, j'étais parvenue aussi à la reconstruire dans le même temps. Sans les émotions que ces mots avaient déclenchées en moi, je ne serais pas celle que je suis aujourd'hui.

C'était étrange de ressentir de la gratitude envers une personne qui m'avait causé tant de douleurs et de chagrin.

Le regard lourd de Carlisle me tira de mes méditations. Il me fixait les sourcils froncés avec une expression confuse sur son visage.

« Edward t'a dit la vérité n'est-ce pas ? demanda-t-il. Il t'a expliqué la raison de notre départ ? »

J'ai cherché mes mots, me demandant comment répondre sans le contrarier. « Il a dit que je n'appartenais pas à votre monde, répondis-je évasivement. C'est une chose à laquelle je suis en accord maintenant. Peut-être pas à l'époque mais…

– Qu'a-t-il dit d'autre ? demanda Carlisle redressant son buste pour être à hauteur de mon regard, comme pour écouter de plus près.

– Que penses-tu qu'il ait dit ? » demandai-je en retour tout en commençant à avoir le sentiment qu'il avait une conception entièrement différente de moi du jour où ils avaient quitté Forks.

Il fronçait toujours les sourcils. « Il m'a dit qu'il allait t'expliquer pourquoi nous ne devrions pas faire partie de ta vie. Je n'étais pas d'accord avec ce qu'il s'apprêtait à te dire. Très peu d'entre nous en réalité, ajouta-t-il. Tu étais comme un membre de la famille pour nous »

Je déglutis détournant les yeux des siens si dorés et gentils. Un rire calme et douloureux quitta mes lèvres et j'ai secoué la tête, me demandant comment je n'avais pas réalisé cela auparavant.

« Maintenant je comprends, dis-je doucement en regardant mes mains. Je ne peux pas croire à quel point j'ai été aussi crédule »

Le regard de Carlisle était encore plus lourd que le silence entre nous. Il avait soudain l'air prudent. « Que veux-tu dire ? » demanda-t-il finalement en parlant lentement. Ses yeux le trahirent cependant il avait déjà commencé à soupçonner de quoi je voulais parler. Il connaissait Edward après tout. Après des décennies passées ensemble, j'étais certaine qu'il savait comment fonctionnait son esprit.

Mais je pouvais voir qu'il ne voulait pas vraiment y croire. Je lui jetai un coup d'œil, me demandant si je devais laisser passer et lui mentir. Il était inutile de déterrer de vieilles blessures.

Or Carlisle ne voulait pas laisser passer ça aussi facilement. Il soutint mon regard sans relâche posant son bras sur le dossier du banc pour changer de position et mieux se tourner vers moi. « Tu parais surprise par ce que je t'ai dit, dit-il en précisant l'évidence. Et cela me fait me demander quelles choses Edward a bien pu te dire pour te causer cette perplexité »

Je soupirai en levant les mains pour masser mes tempes. Il attendit silencieusement ayant apparemment décidé de me faire dire la vérité. A la recherche de mes mots, je lui jetai un rapide coup d'œil, décidant que je ferais aussi bien de lui dire. Ces choses ne me dérangeaient plus tant que ça et j'imagine qu'être honnête valait finalement mieux que de tout étouffer. Au moins nous parlions à cœur ouvert.

« Il m'a dit la seule chose que j'avais peur d'entendre, répondis-je en soupirant. La seule chose qui aurait un impact profond. Et je l'ai cru quand il l'a dit – j'imagine qu'il se doutait que je le ferais » Je me tournai pour l'observer, notant l'expression d'appréhension sur ses traits. « Il a dit que je n'étais pas assez bien pour lui. Il savait que j'allais le croire sans aucun doute et de cette façon, il m'a empêché de le faire changer d'avis sur son départ » Je secouai la tête en pensant à la fille que j'avais été. Et j'ai soudain réalisé qu'elle existait encore en moi depuis tout ce temps même si j'avais cru que j'étais sortie de cette insécurité. Mais je suppose qu'une petite part d'elle s'était attardée parce que sinon j'aurais compris le but derrière les mots d'Edward.

Carlisle est resté silencieux un long moment. Je me tournai pour le regarder tout en me demandant s'il regrettait d'avoir demandé. Je ne le regrettais pas pour ma part – pas vraiment. Parce qu'en répondant à sa question, j'avais finalement réussi à me débarrasser de cette petite part d'insécurité qui m'avait harcelé toutes ses années. Cette jeune fille de dix-huit ans, celle qui manquait de confiance en elle, était enfin devenue celle qu'elle devait être, une part de mon passé. Le sentiment de satisfaction qui en ressortit me fit plaisir. Je jetai un coup d'œil à Carlisle au travers de ma joie silencieuse pour remarquer que ma confession avait provoqué en lui la réaction totalement inverse.

Il secoua de la tête tout en poussant un profond soupir et passant une main dans ses cheveux. « Je n'ai jamais su qu'il t'avait dit de telles choses. Si je l'avais su…

– Ça n'a plus vraiment d'importance, dis-je doucement car je ne souhaitais pas qu'il se sente affligé à ce propos. Et ce n'était pas ta faute de toute façon. C'était la décision d'Edward de gérer les choses de cette manière. Il est impossible de changer les choses et je ne le souhaite pas. Enfin plus »

Carlisle se tourna pour me dévisager avec une expression plus ou moins confuse. Je pouvais comprendre pourquoi il était aussi dérouté de me voir aussi calme sur la question.

« Je n'ai aucun regret, expliquai-je. Même s'il y a eu parfois des moments où j'aurais aimé effacer votre présence momentanée de ma mémoire, d'oublier tout ce que je savais sur vous… ce qui ne veut pas dire que je pense toujours ainsi »

Carlisle écoutait religieusement tandis que les lumières du pont à quelques mètres de nous se reflétaient dans ses yeux dorés.

« Et… » J'humectai mes lèvres en regardant le lac sombre devant nous, admirant sa beauté. Même dans l'obscurité, il était tellement beau. « Il y a même une part de moi qui est reconnaissante. Edward a peut-être eu tort de gérer la situation comme il l'a fait et en me retirant le droit de faire mon propre choix. Mais je ne peux m'empêcher de me demander s'il ne savait pas tout mieux que moi »

Carlisle fronça les sourcils sa bouche s'ouvrant légèrement. « Que veux-tu dire ? » Sa voix était calme, douce.

« Je veux dire qu'il savait certainement tout ce qui allait me manquer, expliquai-je. Peut-être qu'il savait tout ce que j'allais abandonner quand j'ai pris la décision de passer l'éternité avec lui. Je veux dire… toutes ces choses que j'ai vécu ces dernières années… je ne voudrais rien changer. Et c'est étrange car après avoir rencontré Edward, j'étais tellement disposée à abandonner toutes ces choses sans même y penser. Ce fut stupide de ma part » J'ai ri brièvement tandis qu'une nostalgie soudaine me prenait alors que je songeais à cette détermination inflexible. Cela me fit réaliser que je n'y avais pas vraiment réfléchi. Devenir un vampire avait été une chose que j'avais ardemment désiré sans songer aux conséquences de cette décision. Peut-être que j'avais eu peur d'y penser.

« Je ne pense pas que tu sois stupide, émit calmement Carlisle. Ton esprit était simplement tourné vers une chose que tu appréciais vraiment et que tu considérais comme importante. Il n'y a rien de mal à ça. Et tu as fait bien plus que simplement y songer, tu y as mis tout ton cœur. Tu étais si inébranlable au sujet de ta décision, celle de nous rejoindre. Peu de personnes accepteraient de devenir une créature telle que nous le sommes sans hésiter. Et par amour »

J'ai souri à ses mots. « C'est pourquoi ça en valait la peine, murmurai-je en regardant le ciel obscur au-dessus de nous. Habituellement l'amour est la seule raison. Et je n'aurais pas regretté d'être l'une des vôtres, déclarai-je en me tournant de nouveau vers Carlisle. Si les choses avaient été différentes… si j'avais réussi à convaincre Edward, si je n'avais pas accepter tout ce qu'il m'avait dit… si j'avais eu l'estime suffisante qu'exigeait cette situation, tout aurait été bien différent à l'heure actuelle »

Carlisle me regarda avec une lueur étrange dans ses yeux. Comme s'il admirait mes paroles. L'idée était plutôt stupide – il était étrange de penser pouvoir laisser une telle impression sur quelqu'un qui avait vécu dix fois plus longtemps que soi.

« Mais tu ne pleures pas pour autant cette possibilité perdue, déclara calmement Carlisle. Plus maintenant. Au lieu de ça, tu as accepté de l'avoir perdu. Tu prends la vie comme elle vient »

J'ai haussé les épaules, me sentant soudain gênée sous le poids de son regard. « Je suppose. Mais cela n'a rien d'extraordinaire. N'importe qui aurait pu faire de même »

Il secoua de la tête. « J'en doute », murmura-t-il avec un petit sourire jouant sur ses lèvres.

Un silence confortable s'installa entre nous. J'étais soudainement très contente d'être sortie de chez moi ce soir. La tension qui planait ces derniers jours paraissait diminuer et je jetai un regard autour de moi, remarquant que nous étions seuls dans le parc obscur. Habituellement on pouvait voir une ou deux personnes faire du jogging ou promener son chien mais à présent le parc était complètement désert. Cela me fit me demander qu'elle heure il était.

Carlisle regardait autour de lui également mais j'étais certaine qu'il observait son environnement pour une tout autre raison. Cela me fit me rappeler la raison initiale de sa présence ici. Se pencher sur d'anciens sujets m'avait presque fait oublier pourquoi il était revenu en premier lieu.

« Tu perçois quelque chose ? interrogeai-je avec un sourire ironique. Des vampires ou autres créatures dangereuses se faufilant jusqu'ici pour mettre fin à ma faible vie d'humaine ? »

Carlisle me lança un coup d'œil les sourcils froncés. Il plissa les yeux tandis qu'un sourire confus courbait ses lèvres. « Tu ne sembles pas inquiète par la situation, déclara-t-il doucement presque comme une question.

– Pas vraiment, dis-je, je suppose que devrais prendre la menace plus au sérieux mais il doit certainement me manquer un précieux instinct de conservation ou autre »

Il ne paraissait pas savoir s'il devait s'en amuser ou s'en inquiéter. « Je suppose que tu n'as rien remarqué d'anormal ? demanda-t-il. Rien du tout ? »

J'ai nié de la tête. « Non. Et toi ? »

Il fronça les sourcils. « Non plus. Cela me rassure mais me trouble également. Quelque chose ne va pas.

– Peux-tu me dire ce qui s'est exactement passé dans la vision d'Alice ? demandai-je. Et pourquoi vous avez automatiquement pensé que cela avait quelque chose à voir avec votre espèce ? »

Il détourna le regard comme considérant ma question. « Ce n'était pas mon intention de t'inquiéter, murmura-t-il en me regardant. Nous gardons un œil sur la situation. Tu peux compter là-dessus »

– Et c'est le cas, déclarai-je, je ne disais pas ça parce que je manquais de confiance. Je sais que vous avez tout son contrôle, mais j'étais juste curieuse »

Il s'appuya contre le dossier du banc, son regard errant dans le parc désert. « La vision d'Alice était très obscure. Elle n'a pas réussi à la saisir.

– Qu'a-t-elle vu ? » demandai-je. Carlisle me fixait et je rencontrais son regard avec détermination. « Tu n'as pas à me ménager, insistai-je, quoi que tu as à dire je peux le supporter. Et je pense avoir le droit de savoir, pas toi ? »

Il souffla profondément. Il scruta les remous sombres du lac, une ombre envahissant le lustre doré de ses prunelles. « Tu as raison. Tu as le droit de savoir » Il s'arrêta cherchant ses mots. « Comme je te l'ai dit la vision était très vague. Alice n'a pas pu la décrypter correctement car elle est passée si rapidement. Cependant elle a vu un bref éclair de toi après avoir été attaqué par quelqu'un. Nous ignorons par qui ou ce qu'il s'est passé » Il me regarda de nouveau probablement pour voir si je n'avais pas l'air trop traumatisée afin qu'il puisse poursuivre.

« Est-ce que je dis quelque chose dans la vision ? demandai-je. Ou autre chose que je devrais savoir ? »

Carlisle s'humecta les lèvres, regardant encore une fois le lac sombre. « Tu appelais à l'aide, répondit-il doucement.

– Oh » Je fronçai les sourcils tout en m'appuyant contre le dossier du banc. Je l'ai senti m'observer essayant de lire mon expression.

« N'as-tu pas peur ? » demanda-t-il avec un ton oscillant entre incrédulité et confusion.

J'ai haussé les épaules en tâchant de trouver une réponse. « Je suppose que je suis… inquiète, répondis-je, mais pas au point de faire quelque chose d'aussi extrême que de m'enfermer chez moi pour le reste de ma vie » Je l'ai regardé cherchant son regard. « Tu ne m'as pas dit pourquoi vous pensez que cela a un lien avec les vampires »

Carlisle se frotta le menton d'une manière très humaine. « Il n'y a aucun moyen d'en être certain, admit-il, mais le fait qu'une personne de notre espèce y soit mêlée ou non n'est pas le plus important. Quand Alice a eu cette vision… nous étions très désemparés à ce sujet et il n'y avait aucun doute que nous devions l'empêcher de se réaliser d'une manière ou d'une autre »

Ses paroles me touchèrent. Je n'ai même pas essayé de le nier. « J'apprécie », dis-je doucement.

Il s'est tourné vers moi avec un petit sourire. « La semaine dernière avant de partir, commença-t-il, lorsque tu as remis en question nos intentions et notre souhait de te protéger… Je comprends à présent, maintenant que je sais tout ce qui s'est passé entre Edward et toi à Forks, déclara-t-il semblant presque contrit. Mais je veux juste m'assurer que tu le sais, malgré toutes ces années écoulées… malgré l'image que nous avons pu te renvoyer, j'espère que tu sais que ta sécurité est d'une grande importance pour nous »

J'ai opiné de la tête à ses mots soudain incapable de dire quoi que ce soit. C'était gentil de sa part de me dire toutes ces choses après ces incertitudes qui m'avaient heurtées. Et je savais qu'il pensait ce qu'il venait de me partager – la lueur dans ses yeux n'était qu'honnêteté et gentillesse. En même temps, je me demandais ce qu'il allait se passer une fois cette situation terminée. Si la vision d'Alice ne se réalisait pas et que j'arrivais à éviter les catastrophes dont ils étaient venus m'avertir que se passerait-il alors ? Les Cullen disparaîtraient-ils pour retourner de là où ils venaient ? Continuerais-je ma vie comme si de rien n'était ?

Je secouai la tête à cette pensée tout en me disant que c'était une chose à laquelle je ne devrais pas me soucier pour l'instant. Il n'y avait plus qu'à espérer que la situation se terminerait de la meilleure manière pour tout le monde.

Je m'interrogeai au sujet de la présence d'Edward ici. Carlisle était resté très vague sur ceux qui étaient venus avec lui à Buffalo déclarant seulement que tous n'y étaient pas. Il avait à peine fait mention d'Edward – juste quelques fois – et cela me fit me demander s'il était là. S'il avait encore des sentiments pour moi. C'était quelque chose auquel je devais me préparer après les révélations de Carlisle.

Et s'il était toujours amoureux de moi ? Cette idée était presque saugrenue pour moi à appréhender. Ses paroles avaient tellement rongé efficacement ma conscience qu'il aurait fallu un temps certain pour que j'accepte tout ce que m'avait partagé Carlisle. Ce qui était une excellente excuse pour mettre cette question de côté, de me dire que j'avais besoin de plus de temps pour y songer. Mais quand même je m'étais retrouvée à y penser réalisant que cela ne ferait pas vraiment de grande différence pour la moi d'aujourd'hui. La fille que je fus autrefois, celle qui était tombée amoureuse de ce beau garçon figé éternellement dans le temps… je me sentais si éloignée d'elle.

« Qu'est-ce qui te préoccupe ? » demanda calmement Carlisle. Il m'observait de près alors qu'une lueur curieuse brillait dans ses yeux dorés.

« Rien d'important », mentis-je doucement tout en me demandant si je devais lui poser mes questions au sujet d'Edward et de l'état d'esprit dans lequel il se trouvait – ou plutôt les émotions qui l'habitait. Mais je me suis dégonflée, décidant que si cette question devait revenir, elle le ferait.

Je m'éclaircis la gorge tout en commençant à parcourir le reste des interrogations qui m'étaient venues à l'esprit ces derniers jours. « Si c'est un vampire qui m'attaque dans la vision d'Alice, commençai-je, qui cela pourrait-il être ? Combien d'ennemis je suis parvenue à me faire durant le temps que j'ai passé avec vous ? »

Carlisle secoua de la tête. « Nous avons envisagé différentes possibilités, murmura-t-il en me jetant un rapide coup d'œil. Mais jusqu'à présent nous n'avons rien trouvé de bien concret. Bien qu'il ne puisse exister de nombreuses possibilités.

– Et qu'en penses-tu ? Quelle est ta théorie ? »

Il affichait de nouveau une mine prudente comme s'il ne souhaitait pas réellement m'en parler. Je me doutais qu'il devait craindre de m'effrayer ou quelque chose comme ça. « Te souviens-tu de l'époque où James était après toi ? demanda-t-il.

– Clairement, dis-je sèchement tout en riant sans joie.

– Te souviens-tu de la femme qui l'accompagnait, continua-t-il, celle qui était avec lui quand ils nous ont rencontrés sur le terrain de Baseball ? »

Je fronçai les sourcils, essayant de me remémorer de lointains souvenirs qui avaient commencé à s'effacer avec le temps. Étonnamment le souvenir de cheveux roux flamboyant refit surface assez vite. « Victoria ? »

Carlisle acquiesça.

« Penses-tu qu'elle pourrait être après moi ? » demandais-je.

L'expression sur son visage était incertaine. « C'est possible, émit-il, les vampires sont très rancuniers de nature et puisque James était le compagnon de Victoria, sa mort la pousserait à le venger »

Pour une raison quelconque le terme de compagnon sonna d'une curieuse façon à mes oreilles. Je me demandai comment les choses fonctionnaient entre les vampires. Si un vampire tombait amoureux d'un autre, cela durait-il le reste de son existence ? Ou les sentiments amoureux s'estompaient-ils comme pour les humains ? Mais d'après la manière dont ce terme résonnait lorsque Carlisle en parlait, cela me fit plutôt croire qu'il ne s'agissait aucunement de quelque chose de temporaire. Il y avait une sensation étrange dans ce mot et je me suis mise à me demander d'où me venait ce sentiment.

J'ai répété la phrase de Carlisle dans mon esprit, essayant d'interpréter son sens. « Tu ne parais pas y croire, déclarai-je, que Victoria soit mêlée à tout cela »

Son front se rida. « Nous savons qu'il est plus que plausible qu'elle envisage un jour de se venger de nous ou de toi mais Alice saurait quand elle déciderait d'agir. Après tout elle la surveille depuis toutes ces années. Elle pense également que si Victoria était derrière tout ça, la vision qu'elle a de toi ne serait pas aussi vague » Il secoua la tête tout en fronçant les sourcils. « Je ne suis pas prêt à exclure totalement Victoria même si je reste sceptique à ce sujet »

J'ai frissonné. Rester immobile aussi longtemps avait raidit mes muscles mais j'ignorais le froid. « As-tu une autre théorie alors ? » demandai-je.

Carlisle remarqua mes frissons. « Peut-être est-ce une chose que nous devrions laisser pour une prochaine fois. Il se fait tard – et je t'ai retenu trop longtemps, s'excusa-t-il.

– C'est bon », insistai-je surprise de ma réticence à mettre fin à notre échange. Mais un autre frisson me traversa et Carlisle se leva en ignorant mes contestations. Il m'offrit sa main et j'hésitai un instant avant de la prendre pour le laisser m'aider.

Nous commençâmes tranquillement à marcher vers chez moi. Je me suis retrouvée à ralentir le pas, désirant en savoir plus sur ce qu'il se passait. Il y avait tellement de choses que je voulais lui demander mais je doutais même de m'en rappeler.

Or c'est Carlisle qui décida de poursuivre la conversation précédente. Je ne m'y attendis pas. Il me lança un long regard interrogateur avant de commencer à parler. Cela me dérouta.

« Je suppose que c'est une possibilité que notre monde n'ait rien à voir avec la vision d'Alice, émit-il.

– Je te l'ai dit, remarquai-je, je suis tout à fait capable de me mettre dans les ennuis sans vampire sanguinaire à mes trousses »

Le rire de Carlisle fut sec et pas du tout amusé. Il prit une profonde inspiration tout en me lançant un autre long regard. « Je me demandais si tu avais quelqu'un à suggérer, commença-t-il, peux-tu me dire si une personne aurait des raisons de te faire du mal ? »

J'ai réfléchi à sa question sans rien trouver. « Pas vraiment, répondis-je, j'essaie généralement de ne pas me mettre à dos ceux avec qui j'interagis »

Il sourit d'une manière ironique. Mais alors que ses yeux m'observaient à nouveau me capturant dans leur emprise, il me demanda avec prudence : « Et l'homme qui t'a raccompagné la semaine dernière ?

– Adrian ? demandai-je tandis que mon ton oscillait entre différentes teintes d'incrédulité. Impossible, ris-je en secouant négativement de la tête. C'est un très bon ami à moi. Tu n'as vraiment aucune raison de douter de lui – je le connais mieux que je ne me connais moi-même »

Une petite ride se creusa entre ses sourcils. « Si tu en es sûre, murmura-t-il doucement sans paraître confiant.

– Je le suis » L'idée d'Adrian me voulant du mal me donna envie de rire. Il n'avait même pas pu se débarrasser de la souris présente dans ma maison pendant la courte période où nous avions vécu ensemble. Bien sûr nous avions eu nos différents – énormes et bouleversants si je puis dire – mais nous en étions au-delà maintenant. Et même si nous étions toujours en désaccord sur certains sujets, cela ne signifiait pas que ça dégénérerait en quelque chose de pire.

Carlisle fixa les ruelles calmes avec une expression pensive sur ses traits. « Je pense donc que nous devons reconsidérer la question, murmura-t-il.

– Quand tu parles de nous, décidai-je de demander car je ne voulais pas continuer à m'interroger sur quel Cullen veillait sur moi, de qui parles-tu exactement ? La semaine dernière tu as dit que toute ta famille n'était pas ici avec toi »

Il acquiesça. « C'est exact », répondit-il. Une expression étrange passa sur son visage mais il était ardu de la lire. « La plupart du temps je suis venu seul pour observer la situation mais Alice et Jasper m'ont rejoint il y a quelques jours, expliqua-t-il. Ils ne sont pas à Buffalo pour le moment – nous avons une maison à environ deux heures de route d'ici. Ils y passent actuellement tout leur temps »

Cela paraissait étrange que seuls Alice et Jasper l'avaient accompagné ici. Je me demandais où était les autres – et s'ils arrivaient bientôt. J'ai songé à Rosalie – la belle et effrayante Rosalie – et à Emmett, où se trouvaient-ils en ce moment. Et puis il y avait Esmée. J'ai essayé de me remémorer son visage d'une beauté à couper le souffle mais je me suis rendu compte que ce n'était pas son apparence qui était restée dans mes souvenir c'était sa nature bonne et gentille dont je me rappelais sans effort.

Je m'éclaircis la gorge, sachant que je n'arriverais pas à dormir si je ne posais pas au moins cette question. « Edward sait-il ce qu'il se passe ? » demandai-je, tâchant de paraître naturelle et en réussissant assez bien. Pour une quelconque raison, penser à lui me rendait nerveuse et l'idée de le revoir à un moment donné était encore plus étrange et agaçante.

« Il est au courant de la situation, répondit calmement Carlisle. Il n'était pas avec nous au moment où Alice a eu cette vision de toi. C'est la raison pour laquelle il n'a découvert nos intentions de venir ici que bien plus tard.

– Il a dû être ravie », dis-je sèchement.

Carlisle eut un petit rire. « Je suis certain qu'il a été contrarié de savoir que nous étions sur le point d'interférer dans ta vie contre son avis. Mais il comprend nos raisons. Il ne souhaite pas non plus que la vision d'Alice se réalise »

Nous tournâmes vers la ruelle sombre qui menait à ma maison. Il devait être vraiment tard car j'étais soudainement épuisée. Il s'était passé tellement de chose durant la soirée et je pouvais jurer que je n'avais pas parlé autant avec quelqu'un depuis aussi longtemps.

La porte de mon logement avait l'air si tentante tandis que je commençais à chercher mes clés, or je me rendis compte que je ne souhaitais pas encore rentrer. Il y avait tellement de choses que j'ignorais encore.

Carlisle dut percevoir mon cheminement intérieur. Il m'adressa un léger sourire rassurant. « Il se fait tard. Je suis certain que nous pourrons continuer cette conversation une autre fois, dit-il. Si c'est ce que tu souhaites bien entendu.

– C'est le cas », répondis-je tout en tâchant de répondre à son sourire. Je jetai un coup d'œil aux arbres entourant l'allée, me demandant où il s'était caché tout ce temps. Je ne l'avais même pas aperçu alors qu'il veillait sur moi au cours des ces derniers jours. Cela me fit me demander si je devais lui proposer de rentrer – ça ne devait pas être trop confortable de passer les nuits dehors quand le temps devenait si froid, malgré le fait qu'il ne le ressentait pas de la même façon que les humains.

Mais avant d'avoir le courage de dire quoi que ce soit, Carlisle commença à reculer. Il opina de la tête me souhaitant une bonne nuit avec un petit sourire.

Mes lèvres commencèrent à formuler une réponse, dire également bonne nuit ou peut-être suggérer qu'il pourrait passer la nuit à l'intérieur au lieu de la cime des arbres ou partout où il avait l'habitude de passer son temps jusqu'à présent. Mais juste au moment où je m'apprêtais à former les mots, j'ai remarqué que je me tenais seule dans la ruelle sombre.

Un soupir silencieux quitta la barrière de mes lèvres alors que je me détournais, faisant le reste du chemin jusqu'à mon appartement. Avant d'entrer après avoir ouvert la porte, je me tournai pour regarder les ombres occupant le trottoir sombre devant la petite maison.

Et je pus sentir une paire d'yeux dorés sur moi observant chacun de mes mouvements alors que j'entrais à l'intérieur et fermais la porte derrière moi.


Notes de l'auteur : « Tu n'es pas assez bien pour moi Bella » est une citation du livre New Moon de Stephenie Meyer.