Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
« Je souhaitais une fin parfaite.
Maintenant j'ai appris à la dure,
que certains poèmes ne riment pas et que certaines histoires n'ont pas de début, de milieu et de fins claires.
La vie consiste à ne pas savoir, à devoir évoluer,
prendre le mouvement et en tirer le meilleur parti,
sans savoir ce qui va se passer ensuite.
Délicieuse ambiguïté »
- Gilda Radner -
Moments éphémères
Cette nuit-là, je dormis mieux que depuis un moment. Cette conversation avec Carlisle n'avait pas seulement purifié l'air, elle avait aussi permis d'éclaircir mes pensées, me faisant peut-être réaliser que son retour soudain ne bouleverserait pas mon monde. Malgré l'ombre de la menace qui planait au-dessus de ma tête, j'ai tenté de poursuivre mon quotidien aussi normalement que possible. Je continuais de me lever tôt le matin et de boire beaucoup trop de café avant de me rendre à la librairie pour tout préparer pour le jour suivant. Le ralentissement momentané qui avait semblé frappé le magasin depuis quelques semaines disparaissait peu à peu et j'ai été ravie de constater que mes journées se passaient rapidement et sans que je m'en rende compte avec tous les clients qui m'occupaient.
Mais avec les clients est également venu le plus lourd du travail. Alors que les jours raccourcissaient, mes heures de travail au contraire s'allongeaient. Chaque nuit, j'étais plus fatiguée que le jour précédent et quand je fermais finalement le magasin, traversais le parc jusqu'à ma maison, je souhaitais juste ramper dans mon lit et m'endormir.
Je voyais Carlisle de temps à autre mais très brièvement surtout le soir lorsque je rentrais chez moi. Nous ne parlions pas beaucoup, échangeant seulement quelques mots rapides car même pour ça j'étais trop fatiguée pour tenir des échanges plus longs. Cependant il était aisé de remarquer que ce n'était pas moi qui étais délibérément distante. Carlisle paraissait en quelque sorte plus réservé et distant depuis la nuit où nous nous étions parlé dans le parc. Je pensais presque parfois que je l'imaginais car il était rare qu'il soit ainsi. Mais quand même, presque chaque fois que j'arrivais à l'apercevoir lorsque je rentrais du travail, il ne faisait de loin qu'un signe de tête. Et il y avait chez lui la même gravité que cette nuit où il était venu me voir pour la première fois. Et après, il disparaissait généralement et l'endroit où il s'était tenu une seconde seulement auparavant faisait écho de son absence.
Je pensais qu'il voulait juste me donner de l'espace. Qu'il voulait me laisser du temps pour m'habituer à la situation comme pendant les premiers jours qui avaient suivi son retour. Je voulais croire en mes propres suppositions, mais à dire vrai, je commençais à me demander si quelque chose n'allait pas.
Mes rêves paisibles se transformèrent en cauchemars agités et au lieu de dormir paisiblement, je passais mes nuits à essayer de fuir des silhouettes aux sombres yeux rouges.
Quatre ou cinq nuits après notre promenade dans le parc, je me suis soudainement réveillée en plein milieu de la nuit. Au début, j'en ignorais la raison mais ensuite j'ai perçu le bruit des gouttes de pluie s'abattant sur la fenêtre de ma chambre. Cela ressemblait plus à un déluge qu'à une petite pluie normale. Une image mentale de Carlisle blottie sous un arbre me fit m'asseoir.
« Ok », marmonnai-je, décidant que cette distance boudeuse devait cesser dès à présent.
Le sol était frais sous mes pieds alors que je me levais et commençais à chercher une paire de chaussettes chaudes. Après les avoir trouvés et enfilés, j'ai drapé un peignoir autour de moi puis je me suis frayée un chemin à travers la maison silencieuse.
La porte d'entrée s'ouvrit dans un cri strident tandis que je jetais un coup d'œil à l'extérieur. C'était difficile de voir quelque chose tellement il faisait sombre. Seules les lumières de la rue à une dizaine de mètres éclairaient le paysage morne. J'ai commencé à m'éclaircir la gorge, me demandant si je devais simplement dire son nom. Je savais qu'il entendrait malgré le bruit fait par la pluie.
Le son fort produit par les gouttes de pluie claquant contre le toit était la seule chose que j'entendais alors que je glissais une paire de baskets à mes pieds et faisais un pas au-dehors. Je dus revenir en arrière et tâtonner pour atteindre l'interrupteur. Après avoir passé un moment ou deux à maudire la lampe à économie d'énergie qui s'allumait si lentement, je refis un pas sous la pluie.
Alors que la petite cour avant commençait à se baigner de lumière, je regardai autour de moi tandis qu'un frisson traversait mon corps. J'étais glacée.
Je n'eus pas à appeler Carlisle. Presque à l'instant où j'avais fait ce premier pas, il est apparu dans l'ombre, les gouttes de pluie brillant sur sa peau pâle et ses cheveux dorés.
« Bella ? dit-il d'un ton étrangement alarmé. Quelque chose ne va pas ? Pourquoi es-tu éveillée à cette heure ? »
La pluie ruisselait le long de son visage et de son cou alors qu'il s'approchait de moi. Il s'arrêta à quelques pas le front légèrement plissé d'inquiétude. J'ai noté que ses yeux généralement dorés étaient d'une nuance un peu plus foncés. Ce qui me fit me demander s'il devait bientôt chasser. Ou peut-être que ses prunelles étaient toujours plus sombres la nuit en réaction au manque de lumière ? Je devrais le lui demander un jour.
« Oui. Quelque chose ne va pas, dis-je tout en lui lançant un regard que j'espérais féroce. « Et c'est toi. Se tenant ici sous la pluie. Je ne peux le tolérer »
Les sourcils de Carlisle se rejoignirent. « La pluie ne me dérange pas, assura-t-il.
– Mais il fait froid.
– Le froid ne me dérange pas non plus. Ma température corporelle est si basse que je le remarque à peine »
Comme pour me rappeler que ma température corporelle était loin d'égaler la sienne, mes dents se mirent à s'entrechoquer amenant Carlisle à faire un pas en avant. Il a commencé à me guider à l'intérieur. Je suppose qu'il avait peur que j'attrape une pneumonie ou autre. Je savais qu'il était probablement honnête au sujet de sa température corporelle mais cela ne voulait pas dire qu'il était confortable pour lui de rester debout sous la pluie toute la nuit. Il était juste trop têtu pour l'admettre.
« Tu ne veux pas entrer ? demandai-je en me rapprochant de la porte. Tu y seras beaucoup plus à l'aise. Si tu dois me surveiller sans relâche il n'y a aucune raison pour que tu ne le fasses pas de l'intérieur »
Il secoua la tête. « Ne t'inquiète pas pour moi Bella », répondit-il en souriant. En réalité c'était le premier vrai sourire que j'avais vu de lui depuis les cinq derniers jours.
Je soupirai en franchissant le seuil de la maison chaleureuse. « Si tu ne viens pas à l'intérieur pour toi, pourrais-tu envisager de le faire pour moi ? Je n'arrive pas à dormir quand je sais que tu es en train de bouder dehors et… de te morfondre »
Carlisle fronça les sourcils. « Je ne boude pas, dit-il légèrement en désaccord.
– D'accord », murmurai-je, ne le croyant pas vraiment. J'enroulai plus étroitement le peignoir autour de moi tout en jetant un regard déterminé sur le vampire devant moi. « Écoute, soit tu entres à l'intérieur, soit on passe la nuit sous la pluie. C'est ce que tu veux ? »
Il passa une main dans ses cheveux mouillés et soupira tout en me lançant un regard quelque peu amusé. Je savais qu'il était en train de rendre les armes alors je me retournais pour me diriger vers le salon tout en allumant les lumières au fur et à mesure. Après une seconde ou deux, je l'ai entendu franchir le seuil et refermer derrière lui. Il regarda lentement autour de lui comme s'il entrait pour la première fois.
« Tu es gentille de me proposer d'entrer Bella, dit Carlisle, mais ce n'est pas vraiment nécessaire »
Je l'ignorai, me dirigeant vers la chambre pour attraper une serviette pour lui et pour moi. Mes cheveux étaient presque entièrement trempés alors même que je n'étais restée dehors que quelques secondes.
« Assieds-toi », suggérai-je en revenant et en jetant négligemment la serviette dans la pièce vers lui. Il l'attrapa sans mal, baissant le regard sur ses vêtements mouillés. Il était complètement trempé.
« Je ferais mieux de m'abstenir », répondit-il probablement inquiet qu'il ne ruine mon mobilier.
J'ai roulé des yeux. « C'est bon. S'il te plait, assieds-toi »
Il hésita mais finit par obtempérer choisissant la chaise à côté de la table basse. Il essuya son visage avec la serviette et me fixa. Je m'assis dans le fauteuil près de lui, me retenant de bâiller.
« Je m'excuse de te tenir éveillé, murmura doucement Carlisle. Ce n'était mon intention.
– Je sais, répondis-je, et ce n'est pas ta faute » J'étais étonnamment épuisée. Peut-être était-ce dû aux derniers jours stressants et bien remplis auxquels s'ajoutait un manque de sommeil, ce qui devait être juste suffisant. J'ai songé aux ombres et à leurs sombres yeux rouges qui hantaient sans cesse mes rêves et j'ai réalisé que je devais être plus perturbée par la vision d'Alice que je voulais bien l'admettre.
Je jetai un coup d'œil à Carlisle entre mes cils, observant les cernes sous ses yeux. « Des nouvelles ? » demandai-je en décidant que de petites conversations étaient le meilleur moyen de me débarrasser de la tension qui semblait m'accaparer pour une raison ou une autre. La distance que Carlisle avait gardé ces derniers jours me troublait.
« Pas vraiment », répondit-il en secouant la tête. Un ride soudaine apparue entre ses sourcils alors qu'il fixait le sol durant un court instant. « Mais Alice et Jasper sont passés hier », révéla-t-il.
Penser à Alice fit monter un soudain sentiment de nostalgie qui me remplit. Même si le temps où je l'avais connu avait été très court, elle avait été l'une de mes plus proches amies. Je n'avais jamais eu de sœur mais durant ces petits mois à Forks, Alice en était vraiment devenue une.
Puis j'ai pensé à Jasper. Ma dernière rencontre avec lui avait été moins positive mais je me rendais compte que je n'éprouvais aucun malaise envers lui. Cet incident la nuit de mon anniversaire avait été malheureux, et rien de plus. Juste malheureux – le fait que je me sois coupée le doigt relevait de la malchance de même que la réaction que je lui avais causé, réaction qui n'était que naturelle pour leur espèce. J'ai ressenti une pointe de culpabilité en réalisant que j'avais rarement réfléchie à la manière dont l'incident avait pu l'affecter. S'était-il blâmé pour tout ce qui s'était passé ? Je l'ignorais.
« Comment vont-ils ? » demandai-je tout en m'arrachant à mes souvenirs.
Carlisle commença à jouer avec la serviette entre ses mains. « Ils vont bien », répondit-il en me faisant un petit sourire rapide. Mais ensuite il fronça de nouveau les sourcils, une expression pensive passant sur son visage.
« Quelque chose ne va pas ? » demandai-je.
Il haussa les sourcils presque comme si ma question l'avait surpris. Je suppose qu'il était tellement plongé dans ses pensées qu'il n'avait pas prêté attention à ses expressions faciales.
« Tout va bien, assura-t-il puis hésitant : J'espérais seulement qu'Alice – lorsqu'elle est passée hier – aurait pu me dire si quelque chose dans sa vision avait changé, expliqua-t-il. Mais elle n'a rien dit de tel.
– Que veux-tu dire ? demandai-je tout en commençant à sécher mes cheveux avec la serviette. Qu'espérais-tu changer ? Et pourquoi ? »
Il évita mon regard dans un premier temps. Il fixa la surface en bois de la table basse pendant un moment avant de lever son regard vers le mien. « Nous avions espéré que la vision d'Alice changerait une fois que nous serions arrivés ici, expliqua-t-il. J'espérais qu'en venant ici pour veiller sur toi nous pourrions obtenir une confirmation instantanée de ta sécurité. Alice observe ton avenir depuis qu'elle a eu cette vision de toi. Mais jusqu'à présent, elle est restée exactement la même.
– Tu veux dire qu'elle me voit toujours après avoir été attaqué par quelqu'un ? »
Un moment passa avant qu'il ne me réponde. « Oui, dit-il, j'avais espéré que peut-être notre seule présence ici aurait un effet sur l'avenir provoquant ainsi la disparition de la vision ou une évolution différente en quelque chose d'autre.
– Mais ce ne fut pas le cas »
Il secoua la tête. « Non »
Je pris le temps d'y réfléchir puis hausser les épaules. « Il n'y a aucun moyen de savoir quels évènements mèneront au moment qui se déroule dans la vision, émis-je. Je suppose que cela rend très difficile pour quiconque de l'empêcher de se produire » Je fronçai les sourcils, commençant à plier la serviette dans mes mains. « Peut-elle dire quand cela va avoir lieu ? Ou où ? »
Carlisle secoua de nouveau de la tête. « Non. Cela la dérange – habituellement elle peut déterminer au moins vaguement l'heure, mais pas dans ce cas. Elle m'a expliqué que quelque chose rend la vision trouble, presque comme si ce moment restait encore très lointain. Que d'une certaine façon, cela l'empêchait de voir clairement.
– Peut-être que ce n'est pas seulement un évènement qui paraît encore lointain dans le futur, suggérai-je, peut-être est-ce vraiment le cas »
Il pencha la tête. « C'est une possibilité », admit-il. De l'extérieur, il semblait aussi calme que d'habitude mais je me demandai à quel point il était frustré intérieurement.
« Ce qui signifie que tu vas peut-être devoir rester ici très longtemps », dis-je en guettant sa réaction. Cela me contrariait qu'il doive traverser tous ces ennuis à cause de moi. Bien sûr ils avaient tout le temps du monde – un des avantages à être un vampire j'imagine – mais ce qui me troublait aussi c'est qu'en m'aidant, ils risquaient également leur propre vie. Il n'était toujours pas affirmé qu'un vampire hostile soit impliqué ou non, mais si c'était le cas…
Carlisle m'étudia de ses yeux brun doré. Il n'y avait rien d'autre qu'une gentillesse sincère en eux. « Le temps nous importe peu, murmura-t-il. Peu importe combien de temps cela prendra, nous assurerons ta sécurité. Je te le promets »
Et que se passera-t-il une fois que je serais en sécurité ?
Éloignant cette pensée silencieuse, je lui adressai un petit sourire. « J'apprécie, répondis-je doucement, mais je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter. Pas pour ma propre sécurité mais pour la vôtre. Et s'il y a un vampire impliqué ? Nous avons déjà vécu ça avec James toutes ces années auparavant. Et il fut heureux qu'aucun de vous n'ait été blessé à mes dépens »
Carlisle secoua la tête. « Tu n'as aucune raison de t'inquiéter pour nous. Et je te rappelle que même avec James finalement c'est toi qui as été blessée. Tu as fini avec une jambe et des côtes cassées, sans parler des fêlures dans ton crâne et de la morsure venimeuse. C'est pourquoi je te garantis que nous ferons tout notre possible pour nous assurer que rien de tout cela ne se reproduise cette fois »
Ses paroles étaient si sincères que je n'eus d'autre choix que de le croire. Et je savais que j'aurais su tout cela même s'il ne l'avait dit. Mes doigts se mirent à chercher la marque en forme de croissant sur mon poignet intérieur où la peau était toujours un peu plus fraîche. Un rappel de mon passé, quelque chose que m'avait lié pour toujours aux Cullen, à la vie que j'aurais pu choisir. Ou aurait choisi si ce choix ne m'avait pas été enlevé. Si ce choix n'avait été que le mien.
« Je sais tout ça », murmurai-je en réponse, voulant que Carlisle sache que je leur faisais confiance. J'imagine que je détestais juste qu'ils aient de nouveau mis leur vie en danger pour moi. Cela me fit espérer que la vision d'Alice à mon sujet ne soit qu'un bus qui me heurtait ou autre.
Je ne me sentais plus fatiguée, me demandant quelle heure il était – bien que je n'avais pas l'impression qu'il fasse nuit. Même si j'aurais normalement dû dormir en cet instant, j'ai remarqué que j'étais complètement alerte.
« Alors, dis-je en me raclant la gorge et bien décidée à changer de sujet, si Jasper et Alice sont ici – enfin pas à Buffalo mais à proximité – cela signifie-t-il que le reste de la famille arrivera également ? »
Carlisle joignit les mains, restant silencieux un moment. « Je ne suis pas tout à faire certain de leur emplacement pour être honnête », avoua-t-il me surprenant. Je levai un sourcils vers lui, me demandant comment il ne pouvait pas savoir une chose pareille. Les Cullen avaient toujours été si… unis. Enfin je le supposais, et cela me déconcertait d'entendre qu'ils avaient fait leur chemin chacun de leur côté pour une quelconque raison.
Il a commencé à m'expliquer ne voulant pas apparemment que je me fasse de fausses conclusions.
« Emmett et Rosalie aident Edward pour quelque chose », dit-il. Il sembla soudain se battre avec lui-même pour savoir s'il devait continuer ou non. « Ils tentent de savoir ce qu'a pu faire Victoria ces dernières années. Où est son emplacement actuel et ainsi de suite » Son ton était un peu trop désinvolte pendant qu'il parlait il ne voulait probablement pas m'inquiéter. Échec de la mission.
« Ils sont après Victoria ? demandai-je d'une voix légèrement aiguë. Mais…
– Pas après elle en soi, rassura Carlisle. Ce n'est pas ce que tu penses. Ils ne font que collecter des informations et rien d'autre. Ils essaient de découvrir ses activités récentes afin de savoir si elle a quelque chose à voir avec la vision d'Alice »
Je laissai échapper un soupir de soulagement mais je trouvais impossible de me détendre. « Et s'ils la trouvent et découvrent qu'elle est impliquée dans tout ça ? Et s'ils essaient de… »
Il secoua la tête tout en me faisant un sourire rassurant. « Ils nous informent avant de prendre des mesures, assura-t-il. Ils n'agiront pas à mauvais escient.
– Avez-vous des nouvelles d'eux ?
– Ils sont en contact avec Jasper et Alice de temps en temps. Il semble maintenant peu probable qu'ils parviennent à retrouver Victoria après toutes ces années. Alice n'a pas pu voir son avenir. Pour être honnête, je me demande si elle est encore sur ce continent »
Je ne savais pas s'il avait seulement dit cela pour me rassurer. Son expression ne révélait rien – c'était soit un bon acteur, soit il était sincère. Je pris une profonde inspiration, essayant de ne pas m'inquiéter pour rien. Les Cullen semblaient avoir tout sous contrôle et honnêtement je ne comprenais pas pourquoi je continuais à m'inquiéter pour eux. Cela voulait-il dire que je n'avais pas confiance en eux ? Je fronçai les sourcils tout en regardant Carlisle de près il avait tendu la main pour saisir le livre reposant sur la table basse. Il commença à l'étudier, une curiosité émanant de ses yeux d'ambre doré.
Je connaissais la réponse à ma propre question. Il ne s'agissait pas de leur faire confiance, car je leur faisais confiance, je ne pouvais tout simplement pas supporter l'idée que quelque chose leur arrive à cause de moi. Avant cet incident la nuit de mon anniversaire, les Cullen avaient toujours été si merveilleux avec moi. Rosalie était peut-être la seule à avoir quelques difficultés à m'accepter mais sinon je m'étais très bien entendue avec eux. Mieux que je ne m'étais entendu avec n'importe qui, y compris les humains. C'était assez ironique.
Esmée avait toujours été la plus accueillante. En sa présence, il avait été facile d'oublier que je passais mon temps en compagnie de dangereux prédateurs. Il y avait toujours eu quelque chose de très humain chez Esmée dans la façon dont elle interagissait avec tout le monde. Je suppose que c'était son passé humain qui était à l'origine de cette nature douce et délicate…
Attends.
Je fronçai les sourcils tout en jetant un regard confus à Carlisle. Pourquoi n'avait-il rien dit sur Esmée ? Cela le dérangeait-il d'être séparé de sa femme ? Ou lui avait-il demandé de rester là où les Cullen avaient vécu avant la vision d'Alice, souhaitant la garder en sécurité ?
Carlisle dû sentir mon regard et leva les yeux de la couverture du livre qu'il étudiait. J'aurais dû savoir que ce livre allait attirer son intérêt tôt ou tard. Si ma mémoire était bonne, la passion de la lecture était une chose que nous partagions tous deux.
« Cela semble être un roman intéressant, nota-t-il en posant le livre sur la table. L'as-tu lu ? »
Je secouai distraitement la tête, fronçant à nouveau les sourcils. « J'ai commencé à le lire il y a quelques jours » Je m'arrêtai. « Puis-je te demander quelque chose ? »
Il fronça les sourcils, croisant à nouveau les doigts. « Bien sûr.
– Où est Esmée ? demandai-je en décidant d'être simple. Elle n'est pas avec Rosalie et Emmett pas vrai ? » L'inquiétude me submergea à cette idée.
Une expression prudente apparut sur les traits de Carlisle. « Non, répondit-il, Esmée est ailleurs »
Le silence tomba dans la pièce. J'ai essayé de lire son expression alors qu'il fixait la table basse devant lui. La lueur dans ses yeux était surtout pensive mais aussi un brin mélancolique. Je m'en demandai la cause, surtout lorsqu'il parlait d'Esmée.
Je me raclai doucement la gorge. « Est-ce que tout va bien ? » décidai-je de lui demander bien que je ne voulais pas le forcer. Mais quelque chose dans son expression me forçait à l'interroger. La lueur dans ses yeux m'embrouilla.
Carlisle parut se réveiller de ses méditations. « Bien sûr », répondit-il, me souriant rapidement.
Levant mes pieds du sol, j'ai replié mes jambes sous moi. J'appuyai mon coude sur l'accoudoir du fauteuil posant mon menton sur ma paume. « Est-ce que ça ne la dérange pas d'être séparée de toi si longtemps ? demandai-je. Tu es là depuis au moins deux semaines »
Un sourire plus ou moins forcé commença à se dessiner sur les lèvres de Carlisle. Sa voix était douce lorsqu'il parla, mais la mélancolie était revenue. Chacun de ses mots le transparaissait.
« Esmée va bien, déclara-t-il doucement. Mon absence ne la dérangera pas. Ne t'en préoccupe pas Bella »
Un froncement de sourcils prit place sur mon visage. Il y avait quelque chose de contradictoire dans sa façon d'agir. Le ton doux de sa voix, le sourire sur ses lèvres qui était un peu triste… je n'arrivais pas à comprendre ce qu'il se passait avec lui. Des mots confus se pressaient sur ma langue mais avant que je ne puisse les former, mes yeux captèrent le mouvement des mains de Carlisle tandis qu'il croisait à nouveau ses doigts. Presque par hasard, mon regard se posa sur sa main gauche.
Rien. A l'annulaire de sa main gauche il n'y avait rien.
J'avais l'impression que le sol tanguait sous moi. J'étais tellement confuse et même choquée que pendant un long moment je n'ai pas pu prononcer un mot.
Carlisle remarqua mon regard et la façon dont mes yeux étaient fixés sur le doigt où avait été sa bague en argent. Il rencontra mes yeux alors que je le regardais enfin. J'eus du mal à formuler des mots – j'eus du mal à former des pensées.
« Que s'est-il passé ? demandai-je ayant perdu toute notion de discrétion. Où est ta bague ? »
Il m'offrit un petit sourire qui n'atteint pas tout à fait ses yeux. « C'est une longue histoire », murmura-t-il tandis qu'un soupir silencieux quittait ses lèvres.
J'ai attendu en silence trop abasourdie pour dire ou demander autre chose. Je ne savais même pas s'il voulait en parler plus en détail. J'étais certaine que le sujet devait être désagréable pour lui.
J'ai pensé à Esmée et Carlisle, le lien incassable qu'ils avaient partagé. La pensée qu'ils n'étaient soudainement plus ensemble était tout simplement impossible à appréhender. Et je songeai que si leur amour n'avait pas duré, que cela voulait-il dire ?
Carlisle m'observa alors qu'une palette d'émotions passait sur mon visage. Il ne paraissait pas mal à l'aise ou ne semblait pas vouloir ne pas en parler comme je m'y attendais. J'étais en réalité assez surprise de voir à quel point il semblait ouvert à la question.
« Je peux comprendre ta confusion », déclara-t-il doucement.
J'ai cherché mes mots. « C'est juste… difficile à comprendre. Je veux dire… j'ignore quoi dire »
Son sourire fut doux et rassurant. « C'est arrivé il y a longtemps. J'ai fait le deuil de tout ça. Esmée et moi l'avons fait »
Je le fixai toujours incapable de comprendre comment il pouvait le prendre si calmement. Le terme que ni lui ni moi n'avions prononcé à haute voix paraissait trop courant pour décrire tout cela. Le mot divorce – ça sonnait si ordinaire et même simple à mes oreilles. Il n'existait aucun terme pour définir ce qui s'était passé entre eux. Définir la fin de quelque chose qui était censé être constant. Éternel.
L'attitude de Carlisle était maintenant si sereine et calme mais je ne pouvais m'empêcher de me rappeler cette gravité étrange que j'avais ressenti plusieurs fois en lui. Maintenant, je détenais une explication à cela, à cette douleur tranquille qui passait de temps à autres dans ses prunelles. Et comment ne pourrait-il ne pas être triste après avoir passé plusieurs décennies avec quelqu'un, après avoir aimé cette personne année après année, décennie après décennie – il était impossible de ne pas en pleurer la perte.
« Je ne peux pas me faire à cette idée, m'entendis-je murmurer, dans tous les cas… je suis désolée.
– Je l'étais aussi autrefois, dit-il doucement. Mais ce sentiment m'a déserté il y a longtemps. Et tout n'a pas complètement changé entre Esmée et moi. Certaines choses ont changé mais pas celles qui comptes véritablement »
J'ai froncé les sourcils. « Que veux-tu dire ? »
Carlisle fit le tour de la pièce du regard, ses yeux atterrissant sur la rangée de photographies sur la table sous la fenêtre. « Je veux dire qu'Esmée et moi sommes en bons termes. Ce qui a toujours été le cas – cette chose en particulier n'a jamais changé »
Maintenant j'étais vraiment confuse. Je ne pouvais pas comprendre. Comment pouvait-on vivre la fin d'une relation et être en bons termes avec cette même personne le reste du temps ? J'ai songé à moi et Adrian. Même si nous étions bons amis à présent, cela ne signifiait pas que la fin de notre relation s'était passée sans sentiments négatifs.
Carlisle a senti ma confusion. J'imagine qu'il n'était pas difficile de le remarquer car je fronçais toujours les sourcils et le regardais comme si une deuxième tête lui était poussée.
« Je devrais peut-être reprendre depuis le début », suggéra-t-il.
J'ai hésité ne voulant pas le forcer à en parler s'il ne le souhaitait pas. Mais Carlisle semblait aborder le sujet très ouvertement ne paraissant pas du tout réticent à m'en dire davantage. Je savais que je n'aurais pas pu le faire si facilement si la situation était inversée.
« Il y a environ six ans nous avons vécu en Alaska pendant une courte période, commença à expliquer Carlisle. Nous avons des amis là-bas, un coven similaire au nôtre. Edward a-t-il déjà mentionné les Denali ? »
J'ai réfléchi puis secoua la tête. « Le nom est familier mais c'est à peu près tout » J'ai haussé les épaules en me demandant combien de choses j'avais pu oublier au fil des ans.
« Ce sont nos alliés proches. Ou notre famille la plus proche plutôt. Ils partagent notre idéologie concernant le fait de protéger les humains et de s'abstenir d'en faire notre alimentation naturelle »
J'ai haussé les sourcils, surprise d'apprendre qu'il existait une autre famille de vampires qui se nourrissaient d'animaux plutôt que d'humains.
« En tout cas, continua Carlisle, Esmée et moi sommes allés là-bas après avoir reçu une demande d'aide. J'ai contacté Edward, ainsi que Rosalie et Emmett. Ils étaient quelque part en Russie à l'époque. Si j'avais pu joindre Jasper et Alice, la situation qui nous attendait en Alaska ne nous aurait peut-être pas autant surpris » Il eut un rire sec et sans joie. « Alice aurait peut-être été en mesure de nous avertir.
– Où étaient Alice et Jasper alors ? demandai-je.
– Ils voyageaient à travers l'Afrique », répondit Carlisle. J'eus une image soudaine de Jasper agrippé à une liane quelque part dans les profondeurs d'une forêt tropicale.
« Je ne sais pas si Alice était déjà au courant de la situation inattendue qui nous attendait, continua Carlisle. Elle l'a probablement su mais n'avait pas pu communiquer avec nous à l'époque.
– Quelle situation inattendue ? » demandai-je avec prudence.
Il prit une inspiration posant ses coudes sur ses genoux. « Lors d'une partie de chasse, les Denali ont rencontré un vampire nomade quelque part dans les montagnes. Il était plutôt non civilisé – sauvage – même s'il n'était pas si jeune.
– Jeune ? demandai-je.
– Je veux dire qu'il n'était plus un nouveau-né – un vampire au commencement de sa nouvelle vie. La soif est à son paroxysme au cours des premiers mois, au point même d'être presque incontrôlable.
– Mais le nomade ne l'était pas, déclarai-je m'assurant d'avoir bien saisi, un nouveau-né.
– Il ne l'était pas, confirma Carlisle, mais même ainsi, il avait du mal à se contrôler » Il resta silencieux un moment fixant le mur à l'autre bout de la pièce revivant certainement les évènements qui s'étaient produits il y a six ans. « Un vampire sauvage tel que lui peut s'avérer dangereux, expliqua-t-il doucement. Pour nous et les Denali, mais surtout pour les humains.
– Que lui est-il arrivé ? »
Il rencontra mon regard, me faisant un sourire rassurant. « Les Denali avaient une raison de croire que même si ce nomade avait vécu sa vie sans aucun contrôle sur lui-même, il ne l'avait pas fait parce qu'il était mauvais. Il ne savait tout simplement qu'il existait une autre manière de vivre.
– C'est pourquoi les Denali ont demandé ton aide ? » devinai-je.
Carlisle acquiesça. « Lorsqu'il s'agit d'un vampire ayant du mal à se maîtriser, il est toujours plus sûr pour toutes les personnes concernées qu'il y ait suffisamment d'autres vampires présents pour contrôler la situation. Même si le nomade était désireux d'apprendre et reconnaissant que nous cherchions à l'aider, il y a eu quelques fois où la situation aurait pu très mal se terminer. Heureusement, Jasper et Alice sont arrivés pour nous aider après un certain temps. La capacité de Jasper à contrôler les émotions s'est avérée utile sans parler des visions d'Alice »
J'ai hoché la tête, essayant de tout visualiser dans mon esprit mais j'ai réalisé que c'était assez difficile. Je ne savais rien sur l'enseignement aux vampires sur la maîtrise de soi. C'était une chose assez complexe à imaginer.
« A-t-il finalement appris à se contrôler ? me suis-je sentie obligée de demander.
– Oui, répondit Carlisle, principalement grâce à sa propre détermination. Il n'avait jamais vraiment voulu nuire aux gens – c'était seulement qu'il s'était habitué à le faire. Il a été très soulagé de savoir qu'il existait une autre façon de vivre et son attitude positive à cette idée a rendu la tâche plus facile. Cela a pris plus d'un an, presque deux, mais finalement sa maîtrise de soi a commencé à s'améliorer. Il n'est toujours pas à l'aise autour des humains craignant encore qu'il puisse leur faire du mal »
A mes oreilles l'histoire paraissait avoir une fin heureuse mais j'avais toujours le sentiment qu'elle n'était pas encore complètement terminée. Et j'ignorais toujours le lien avec Carlisle et Esmée ainsi que leur décision de suivre chacun leur propre chemin.
Carlisle tendit la main vers l'un des livres sur la table mais je remarquai qu'il ne se concentrait pas pour le regarder de plus près.
« Le nomade a-t-il décidé de rester avec les Denali ? » osai-je demander après que Carlisle ait gardé le silence durant un moment.
Il leva les yeux mais ses prunelles étaient fixées sur quelque chose au-dessus de mon épaule. « En effet, répondit-il parlant lentement. Mais finalement il s'est avéré que ce n'était pas avec les Denali avec lesquels il était destiné à passer sa vie »
J'ai froncé les sourcils. « Que veux-tu dire par là ? »
Carlisle croisa mon regard s'humectant les lèvres avant de continuer. Sa voix était calme. Forte mais très calme. « Je veux parler d'Esmée », déclara-t-il doucement.
Il m'a fallu un certain temps pour comprendre ce qu'il venait de dire. Et encore un peu plus jusqu'à ce que je réussisse à tout assembler. Mais ce ne fut toujours pas plus compréhensible. J'ai repassé ses mots dans ma tête, tâchant de comprendre ce qu'il essayait de dire.
Ma tête commença à me faire mal. Je ne savais si c'était dû au fait que nous étions en plein milieu de la nuit et que j'étais censée dormir, ou bien si c'était parce que j'étais assise dans mon salon avec un vampire de près de quatre cents ans qui venait de m'annoncer que sa femme l'avait quitté pour un autre vampire.
« Oh », m'entendis-je murmurer.
Carlisle attendit patiemment, guettant mes expressions tandis que ses paroles faisaient leur chemin en moi.
« Mais… » Je secouai la tête incapable de comprendre. Je n'aurais jamais pensé qu'Esmée serait capable d'une telle chose – surtout vis-à-vis de Carlisle parmi toutes les personnes. La dernière fois que je les avais vu, ils étaient heureux et très amoureux même après tout ce temps qu'ils avaient passé ensemble. J'avais toujours imaginé que le temps n'affectait pas les Cullen comme il pouvait affecter les autres. Que l'amour qui les liait était une chose qui ne pouvait s'estomper au fil des années. Qu'il ne ferait que se renforcer avec le temps. Pas qu'il s'étiolerait.
Voilà ce que j'avais pensé.
Une image d'Esmée me vint à l'esprit, un souvenir fragile brouillé par les années. Je me rappelais ces quelques fois où je l'avais vu interagir avec Carlisle et je ne pouvais pas nier qu'ils avaient partagé quelque chose de rare. Quelque chose que la plupart des gens ne parvenaient jamais à trouver. Comment était-il possible que quelque chose comme ça se soit terminé ?
Je savais que parfois on devenait esclave de son propre cœur. On ne choisit pas la personne dont on tombe amoureux – ce n'était pas une chose rationnelle car l'amour ne l'était pas. Cependant la pensée d'Esmée tombant amoureuse d'un autre homme était inconcevable. Ce qui me déroutait plus encore c'est la façon dont Carlisle semblait le prendre. Il avait déjà réglé et dépassé la question – c'est ce qu'il avait précisé. Qu'il n'était pas triste pour les choses qui s'étaient passées.
Mais quand bien même… quelqu'un pourrait-il vivre quelque chose comme ça et s'en sortir indemne ?
J'ai croisé les yeux de Carlisle, il me fixait toujours.
« Je suis curieux de connaître tes pensées, déclara-t-il d'une voix douce. On dirait que ça t'a bien secoué »
Je m'éclaircis la gorge, me mordant la lèvre. « Je suppose que oui, dis-je ne haussant les épaules. Je ne comprends pas comment Esmée… » Je m'arrêtai, secouant la tête. Je ne souhaitais pas porter de jugement, mais en même temps je me demandais comment réagir autrement.
« Ce que tu dois comprendre Bella, commença-t-il doucement, c'est qu'Esmée n'a jamais eu l'intention de me faire du mal. Elle était aussi impuissante face à la situation que moi. Comme n'importe qui d'autre l'aurait été »
J'ai froncé les sourcils. « Que veux-tu dire ? »
Il y avait de la patience dans les prunelles d'ambre doré de Carlisle de la gentillesse aussi. Je ne pouvais comprendre d'où elle venait.
« Ces choses arrivent parfois chez les vampires, expliqua-t-il, certains vivent des siècles, voire des millénaires sans en faire l'expérience. Mais ceux qui ont la chance de le rencontrer… eh bien il va sans dire qu'ils doivent se sentir extrêmement béni de l'avoir trouvé.
– Trouver quoi ? demandai-je pas certaine d'avoir compris. L'amour ? »
Une expression curieuse apparut sur les traits de Carlisle. « Dans un sens, répondit-il cherchant ses mots. Je dirais que c'est une chose plus complexe que l'amour. Ce n'est pas que je veuille sous-estimer l'amour et sa signification, ajouta-t-il tout en se frottant le menton pensif. Mais ce qui s'est passé entre Esmée et ce nomade n'est pas seulement de l'amour. A l'instant où ils se sont vus… quelque chose s'est passé entre eux, quelque chose que nous avons pu tous voir à ce moment-là mais que seuls Esmée et Miguel ont réellement ressenti. Expérimenté.
– Miguel ? » demandai-je en réalisant que c'était la première fois que Carlisle prononçait le nom du nomade.
Il acquiesça.
« Je suis encore un peu perdue, avouai-je en réfléchissant à ses mots. Quelle est cette chose exactement ? Pourquoi est-ce qu'elle se produit entre les vampires ? Et pourquoi est-elle plus complexe que l'amour ? »
Les épaules de Carlisle se relevèrent légèrement. « La nature fonctionne assez mystérieusement, émit-il songeur, même avec notre espèce.
– Alors… en gros ce qui se passe c'est que vous voyez une certaine personne et tombez instantanément amoureux ?
– D'une certaine manière, répondit-il avec hésitation. On m'a dit qu'on ressent une attirance indescriptible envers la personne qui est notre partenaire. Et on m'a également révélé que le sentiment est difficile à décrire avec des mots – que l'on devait en faire l'expérience pour le savoir. Mais je suppose qu'on pourrait dire qu'au moment où l'on rencontre son compagnon un lien instantané – ou une union – se forme.
– Et c'est ce qui s'est passé entre Esmée et ce Miguel, dis-je.
– Oui », répondit-il doucement.
C'était difficile d'appréhender tout ça. « Il me paraît cruel que votre sort entier dépende d'un instant fugace »
Un léger sourire étira le coin des lèvres de Carlisle. « J'imagine que la vie peut être ainsi parfois, murmura-t-il. Ces choses qui se produisent en un instant peuvent paraître cruels. Mais elles peuvent être aussi des bénédictions. Cela dépend de la façon dont on le voit »
Ses paroles étaient sages et je me suis retrouvée à admirer la manière dont il voyait le monde. Même après tout ce qui s'était passé.
« Alors tu n'éprouves aucun ressentiment ? demandai-je. A propos de tout ce qui s'est passé ? »
Carlisle secoua la tête. « Non, répondit-il, bien sûr j'étais triste au début, admit-il. Et j'avais l'impression d'avoir perdu un partie vitale de ma vie, de mon essence même et que quelqu'un d'autre l'avait reçu à ma place. Mais je ne pourrais jamais en vouloir à Esmée à cause de ce qui s'est passé. Elle n'a pas eu le choix dans cette situation. Et elle s'est longtemps sentie coupable. Mais lorsque j'ai dit plus tôt que rien n'avait changé entre nous, j'étais sincère. L'amour entre elle et moi ne s'est pas évaporé, il s'est simplement transformé en quelque chose d'autre, de l'amitié »
J'ai hoché la tête en silence ne sachant pas trop quoi dire. Je me sentais toujours un peu perturbée et j'essayais d'absorber tout ce qu'il m'avait dit.
« Donc ce truc de lien ne se produit qu'entre vampires ? » demandai-je.
Carlisle acquiesça. « Oui, répondit-il, j'imagine que ces histoires d'âmes sœur dont parlent les humains ne sont pas complètement infondées.
– Âmes-sœurs, marmonnai-je presque railleuse. Et moi qui pensais que ça ne se produisait que dans les livres »
Un petit sourire se dessina sur ses lèvres. La lueur dans ses yeux était presque amusée. « Tu ne crois pas aux âmes-sœurs Bella ?
– Voir pour y croire, lui dis-je en souriant avec ironie. C'est ma devise »
Le silence suivit. Seul le bruit des gouttes de pluie qui tapaient contre la fenêtre se faisait entendre. J'ai regardé l'obscurité de l'extérieur tandis que je couvrais ma bouche de ma main alors qu'un bâillement s'échappait de mes lèvres.
Carlisle jeta un coup d'œil à sa montre grimaçant presque. « Je t'ai retenu bien trop longtemps, s'excusa-t-il en se levant de la chaise.
– Ne t'inquiète pas pour ça » Je m'époussetai tout en me levant et en laissant tomber la serviette sur la table basse. Carlisle fit un pas vers la porte mais je l'arrêtai.
« Pourquoi ne restes-tu pas ? suggérai-je en désignant la fenêtre. Il pleut toujours dehors, tu n'as pas à y retourner.
– Je ne souhaite pas te déranger plus que je ne l'ai déjà fait, répondit-il en passant une main dans ses cheveux humides. Tu es merveilleuse de me proposer de rester mais…
– Tu ne me déranges pas, insistai-je en le coupant. Mais si ça te met mal à l'aise d'être ici… » Je m'arrêtai et me tus tout en haussant un sourcil.
Un petit rire quitta les lèvres de Carlisle. « Bien sûr que non, déclara-t-il.
– Alors reste », insistai-je.
Il paraissait manquer d'excuses. Il me fit un sourire consentant et hocha la tête.
J'étais sur le point de lui souhaiter une bonne nuit et d'aller dans ma chambre quand une idée me vint brusquement à l'esprit. Je lui fis signe de me suivre sachant soudain comment il pourrait faire passer les heures plus vite.
Carlisle me suivit après un court instant d'hésitation, une expression confuse sur son visage.
« Je ne veux pas que tu meures d'ennui ou autre, dis-je d'une manière ferme en dépassant ma chambre jusqu'au bout du petit couloir. Ouvrant la porte en bois devant moi, je lui révélai la pièce qui était certainement l'endroit le plus cher à mon cœur dans cette maison.
La pièce n'était pas immense mais elle était plus grande que ma chambre. Les quatre murs étaient couverts d'étagères et chaque coin ainsi que l'espace disponible étaient rempli de livres. Il y avait un petit canapé reposant au milieu de la pièce et une table basse rectangulaire en bois située en face.
« Ma bibliothèque, lui dis-je en me retournant pour voir sa réaction, je sais que c'est un peu minuscule mais… »
Carlisle regardait autour de la pièce un petit sourire jouant sur les lèvres. « J'aurais dû deviner que tu en avais une », murmura-t-il presque comme pour lui-même ignorant ma dernière phrase. Il ne semblait pas critiquer ma minuscule collection même si je savais qu'il en possédait une cent fois plus importante que la mienne.
« Assomme-toi avec, lui souris-je en me tournant pour partir, je suis sûre que tu as dû lire la plupart d'entre eux au cours de ta longue existence mais peut-être en trouveras-tu quelques-uns que tu n'as pas encore lus. Un ou deux peut-être »
Carlisle sourit à ma plaisanterie. « Je suis sûr de trouver quelque chose d'intrigant » Ses yeux parcouraient déjà les livres avec un regard sur ses traits qui m'était familier. C'était celui de l'enchantement que seuls les livres pouvaient induire chez certaines personnes.
Il m'a remercié avant que je me retourne pour partir et je lui souris en réponse. Ce sourire resta sur mes lèvres tandis que je me dirigeais vers ma chambre et me glissais sous les couvertures. Je me demandai ce que j'aurais dit s'il y a un mois une personne m'aurait révélé qu'il y aurait bientôt un vampire errant dans ma minuscule bibliothèque. J'aurais probablement ris et ne l'aurait pas cru.
Pour être honnête, j'avais encore du mal à y croire.
L'arôme séduisant du café flotta jusqu'à mes narines m'extirpant doucement du sommeil. Mes paupières étaient lourdes et il me fallut un certain temps pour que je parvienne à les ouvrir. Réprimant un gémissement fatigué, je me redressai. Seule la forte odeur me permit de le faire – sans cela j'aurais probablement balancé mon réveil par la fenêtre pour continuer à dormir.
Aussi tentante que fût l'odeur du café frais, je me dirigeai d'abord vers la salle de bain pour me précipiter sous la douche. Après m'être habillée et avoir tenté de démêler l'enchevêtrement de mes cheveux, je me dirigeai vers la petite cuisine attenante au salon.
Carlisle se tenait devant la fenêtre me tournant le dos. Quand je suis arrivée, il s'est tourné pour me faire un petit sourire.
« Bonjour », me salua-t-il.
Je lui marmonnai quelque chose d'incohérent en réponse. Apparemment même la douche n'était pas parvenue à me réveiller correctement.
Il me fit un sourire confus tout en désignant la cafetière. « J'ai pris la liberté de te faire du café, déclara-t-il en se rapprochant du comptoir pour me verser une tasse, il semble que mes efforts ne soient pas totalement inutiles »
Je me demandai à quel point j'avais l'air fatiguée. Notre petite discussion d'hier soir avait fait des ravages.
« Merci », soupirai-je, acceptant le café qu'il offrait. J'aurais pu l'étreindre car il avait pris la peine de le faire, mais je choisis de m'abstenir. Ce serait inapproprié. « C'est gentil de ta part »
Il n'a pas répondu me faisant seulement un petit sourire. Je m'assis à la petite table sous la fenêtre sirotant mon café et regardant au-dehors. Il faisait encore noir.
« La pluie s'est arrêtée », notai-je toujours incapable de dire quoi que ce soit d'autre de plus constructif.
Carlisle était appuyé nonchalamment contre le comptoir de la cuisine les bras croisés sur sa poitrine. « Oui, répondit-il, vers cinq heures environ » Il me fouilla du regard, une expression d'excuse peinte sur son visage. « Tu parais fatiguée. C'était stupide de ma part de te tenir éveillé la nuit dernière »
Je secouai la tête rejetant ses excuses. « Ça va. C'était sympa de parler »
Il hocha la tête puis tira avec hésitation une chaise face à moi. Une petite ride entre ses sourcils froncés apparut tandis qu'il s'asseyait. « Tu parais plus fatiguée que d'habitude, nota-t-il avec prudence. Pas seulement ce matin mais aussi ces derniers jours »
Je levai un sourcil vers lui, me demandant à quel point il me surveillait. C'était difficile à savoir puisque je l'avais à peine aperçu ces derniers jours.
« J'ai été très occupée, répondis-je honnêtement. Avec la librairie »
Il acquiesça. « Oui je t'ai vu t'y rendre. Pour une quelconque raison je n'ai pas été surpris quand j'ai découvert que tu travaillais dans une librairie, déclara-t-il en me faisant un petit sourire.
– En fait » Je sirotai une autre gorgée de café appréciant l'arôme fort. « Je ne travaille pas seulement là-bas. Cette librairie m'appartient »
Carlisle ne put cacher sa surprise. Bientôt un sourire chaleureux se dessina sur ses lèvres. « C'est merveilleux Bella, dit-il semblant véritablement heureux de l'apprendre. « Je n'étais pas au courant »
J'ai haussé les épaules en lui souriant. « Je n'avais pas prévu d'acheter une librairie. Cela ne m'était jamais venu à l'esprit. Mais une opportunité s'est présentée et je l'ai saisie. C'était un peu fou au départ de l'acheter après le départ en retraite de la précédente propriétaire mais… je ne le regrette pas du tout »
Il sourit, une lueur que je ne parvins pas à déchiffrer dansant dans ses prunelles. « Depuis combien de temps la possèdes-tu ? demanda-t-il.
– Un peu plus d'un an, répondis-je. Mais j'y travaillais déjà depuis un moment avant de l'acheter. Donc en devenir la propriétaire n'était pas vraiment en saut dans l'inconnu.
– Comment ça se passe ? »
J'ai haussé les épaules en lui faisant un petit sourire. « Bien, répondis-je, l'argent se fait parfois rare surtout si c'est calme et les clients peu présents. Mais heureusement cela ne dure jamais trop longtemps. Je trouve toujours une solution d'une façon ou d'une autre »
Je bus le reste du café puis me levai de ma chaise pour me verser une autre tasse. Carlisle eut une longueur d'avance sur moi, se levant de sa chaise pour tendre la main vers la cafetière. Je le remerciai doucement tandis qu'il remplissait ma tasse. En me rasseyant, je lui lançai un regard curieux.
« Tu sais, dis-je désinvolte, pour quelqu'un qui ne boit pas du tout de café, tu es assez doué pour le préparer »
Il éclata de rire en se rasseyant également. « On a tendance à apprendre deux trois choses au cours des siècles » Il tourna son regard vers la fenêtre regardant l'obscurité au-dehors. Le sourire chaleureux sur ses lèvres commença progressivement à s'estomper tandis qu'un froncement de sourcils pensif apparaissait sur son visage. Je m'interrogeai sur la cause de ce soudain changement d'humeur.
« Tout va bien ? » demandai-je.
Carlisle me lança un regard surpris alors que l'expression de son visage s'adoucissait. « Tout va bien, répondit-il, je pensais simplement à notre situation » Il resta silencieux un instant puis se tourna pour rencontrer mon regard interrogateur. « Alice a appelé hier soir »
Je fronçai les sourcils. « Des nouvelles ? »
Il secoua la tête. « Edward, Rosalie et Emmett n'ont toujours trouvé aucun signe de Victoria. Ils commencent à se demander s'ils doivent continuer ou non les recherches.
– Donc il paraît peu probable qu'elle ait quelque chose à voir avec tout ça », déclarai-je.
Carlisle hocha la tête avec hésitation. « Nous ne pouvons être sûr de rien mais il est peut-être temps d'envisager d'autres possibilités »
Fronçant les sourcils devant ma tasse de café, je me demandai qui d'autre se donnerait autant de mal pour se débarrasser de moi. « Et quelles sont les autres possibilités ? » demandai-je toujours surprise de ne pas être effrayée. Si un vampire assoiffé de sang avait l'intention de mettre fin à ma vie d'une manière ou d'une autre, j'aurais dû être logiquement plus inquiète que ça. Peut-être que je ne savais simplement plus comment avoir peur – je devais admettre que c'était une compétence dangereuse compte tenu de mon potentiel risque d'accident.
Je jetai un coup d'œil à l'horloge avant de crier brusquement avant que Carlisle ne parvienne à répondre à ma question. Je savais que je n'aurais probablement pas dû m'inquiéter d'être en retard au travail alors qu'il y avait des questions plus urgentes à avoir mais Carlisle me donna un coup d'œil compréhensif tout en me promettant de m'en dire plus, plus tard.
« Bien que je n'ai pas grand-chose à dire, admit-il tandis qu'une expression frustrée passait sur son visage. Pendant des semaines nous avons essayé d'en savoir plus sur la situation mais nous ne sommes pas beaucoup plus avancés que lorsque nous avons commencé. Tout ce que nous pouvons faire, c'est faire des hypothèses »
Je suis allée dans ma chambre pour attraper mon manteau et quelques papiers dont j'aurais besoin aujourd'hui, puis je suis retournée au salon. Je pris le temps de réfléchir à ses paroles pensant que tout était assez mystérieux pour que même les Cullen aient des difficultés.
« Peut-être que les choses s'arrangeront d'elles-mêmes, dis-je en essayant de rester positive et de ne pas trop m'inquiéter. C'est ce qu'elles ont tendance à faire.
– C'est vrai », admit Carlisle avec un sourire. Il commença à se diriger vers la porte tandis que j'éteignais les lumières ainsi que la cafetière.
Il m'accompagna alors que je me dirigeais vers le magasin. Le jour commençait lentement à se lever mais il faisait encore un peu sombre. Je dus admettre que c'était agréable d'avoir quelqu'un qui marchait à mes côtés. C'est à ce moment-là que je réalisais que je me sentais seule parfois. La solitude ne m'avait jamais vraiment dérangée et je m'y étais habituée très rapidement après le départ d'Adrian. Mais à présent, je devais admettre que la compagnie de Carlisle était la bienvenue.
Le vent froid imprégna mes vêtements alors que nous marchions dans le parc silencieux et vers les rues animées. Bien qu'il soit encore tôt, j'aperçu quelques personnes déambuler dans les rues certaines portant des tasse de café fumantes.
« Je me demandais, commençai-je tout en brisant le silence confortable, si tu me surveilles constamment dans la journée et que tu m'as vu entrer dans cette librairie, comment se fait-il que tu ne sois jamais entré ? »
Il rencontra mon regard tandis que ses épaules se relevèrent en un petit haussement d'épaules.
« J'y ai songé, admit-il. Mais je ne voulais pas te déranger. J'ai vu à quel point tu étais occupée »
J'ai lâché un petit rire étant même un peu soulagée. « Je pensais que tu m'évitais ou quelque chose dans ce genre-là », avouai-je.
Carlisle haussa un sourcil. « Pourquoi pensais-tu une telle chose ? » demanda-t-il visiblement confus.
J'ai haussé les épaules. « Au cours des derniers jours, tu paraissais vouloir garder tes distances »
Un petit froncement de sourcils accompagna mes paroles. Nous fîmes quelques pas en silence avant qu'il ne réponde. « Je suppose que oui, admit-il finalement. Mais seulement parce que je ne voulais pas être importunant. Je peux assurer ta sécurité et te surveiller à distance sans pour autant déranger ton quotidien. Je pense que t'imposer ma présence te cause déjà assez d'interférences »
Je tentai de décrypter son ton, tâchant de savoir s'il disait ça pour lui ou pour moi. Voulait-il garder ses distances pour qu'une fois que la situation serait résolue, il soit plus facile pour moi de poursuivre ma vie comme si de rien n'était ? Ou avait-il dit cela pour qu'ils puissent continuer leur vie comme si de rien n'était ? C'était presque comme s'il traçait une ligne et déclarait qu'elle consistait à me garder en sécurité et rien d'autre. Ce qui était peut-être le cas.
Ou me donnait-il la chance de tracer moi-même la ligne, me laissant décider jusqu'où elle devait allait ?
Je savais que je ne pourrais pas la tracer. Plus maintenant en tout cas. Ce qui était idiot car je savais que ce sujet reviendrait tôt ou tard – je savais que je devrais dès à présent m'en occuper pour savoir comment réagir face à tout ça.
Me mordant la lèvre, je décidai de finalement partager ce qui me préoccupait. L'honnêteté était la meilleure des politiques. Non ?
« J'essaie toujours de me faire à l'idée que vous soyez de retour, avouai-je en fouillant les yeux de Carlisle. Et je suis encore en train de repasser en revue tout ce que tu m'as révélé dans le parc il y a quelques temps. A propos de la véritable raison de votre départ de Forks et… de tout le reste. Ce n'est pas évident d'instantanément changer sa façon de penser alors que les choses sont entièrement différentes de ce vous pensiez durant toutes ces années »
Carlisle acquiesça. « Je comprends » Il baissa les yeux sur le trottoir, m'empêchant de voir son expression.
« Je suis peut-être encore confuse à propos de tout ça, continuai-je en le faisant me regarder de nouveau, mais je sais que je n'ai rien contre le fait que tu sois ici. J'ignore ce que tu en penses. Je ne sais pas si tu t'excuses de ta présence ici parce que tu ne sais pas ce que je ressens à cette idée, ou si tu regrettes le fait que tu doives être ici. Et c'est ce qui me rend encore plus confuse » Je m'arrêtai pour plonger mon regard dans les yeux ambrés et sombres de Carlisle. « Et si tu souhaites me surveiller à distance et de ne pas interagir avec moi… ok. Tu ne dois pas faire plus que tu ne le souhaites » Je pris une profonde inspiration car je commençais à manquer d'air.
Carlisle avait écouté mon éclat sans dire un mot. Puis il passa une main sur son visage tandis qu'une expression d'excuse se dessinait sur ses traits. Nous avions atteint la librairie à présent et nous nous étions arrêtés juste devant la vitrine près de la porte.
« Je ne voulais pas que mes mots sonnent ainsi, murmura-t-il. J'ai gardé mes distances uniquement parce que je me sentais coupable de te causer cette perturbation dans ta vie. Pas parce que je tentais d'éviter ta compagnie » Il fit une pause, me tenant sous son regard un long moment. Puis il jeta un coup d'œil au petit bâtiment qu'était ma librairie. « J'observe la vie que tu t'es bâtie de toi-même Bella. Et je ne peux m'empêcher de l'admirer – de t'admirer. Mais je crains aussi qu'en étant ici, nous ruinons tout ce pour quoi tu as travaillé si dur » Il se tourna pour me regarder de nouveau fouillant mon regard.
Je m'approchai d'un pas et d'une impulsion je tendis la main pour prendre sa main froide dans la mienne. « Tu es venu ici pour m'avertir du danger. Tu n'es pas venu ici pour ruiner la vie que je me suis construite, mais pour la préserver. Tu es venu ici pour t'assurer que j'étais en sécurité. J'ai raison n'est-ce pas ? »
Il ne dit rien. Il resta immobile un moment ou deux pour finalement acquiescer sans un mot.
« Se sentir coupable est inutile, poursuivis-je. Inutile surtout quand il s'agit de cette affaire. Alors ne gaspille pas ton énergie dessus » J'ai resserré ma main autour de la sienne puis j'ai réalisé que je la tenais. Laissant la surface lisse de sa peau glisser hors de ma prise, je fis un pas en arrière. Parce que tenir sa main était inapproprié. Non ?
Carlisle sourit doucement tout en acquiesçant de nouveau à mes mots. « Merci Bella », dit-il doucement.
J'ai regardé la vitrine du magasin pour éviter son regard intense. J'ignorai pourquoi j'en ressentais le besoin. Le regarder dans les yeux me paraissait trop intime – trop appréciable – tout comme lui tenir la main.
Mes yeux se posèrent sur la rangée de livre que j'avais disposé derrière la fenêtre plusieurs jours auparavant. Destinés, était l'un des titres. Pour quoi ? Me suis-je demandé à moi-même.
Secouant la tête pour me débarrasser de cette pensée, je commençai à fouiller mes poches pour trouver les clés. Je me retournai pour rejoindre la porte tout en jetant un coup d'œil à Carlisle.
« Arrête-toi ici à chaque fois que tu en as envie, suggérai-je. Ça doit être ennuyeux de rester dans les parages toute la journée. Ou peu importe où tu te caches tout le temps »
Il rit doucement. « Je le ferai », promit-il.
Je suis entrée à l'intérieur et me suis tournée une dernière fois vers lui avant de fermer la porte derrière moi avec un sourire.
Et aussi inapproprié que ce fut, je me souvins soudainement de la sensation de sa main froide dans la mienne.
