Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
« C'est très étrange lorsque la vie que vous n'avez jamais eu apparaît devant vos yeux »
- Terri Minsky -
Après-demain
Je me demandais souvent comment j'étais parvenue à survivre sans café dans le passé. Lorsque j'étais plus jeune j'avais toujours eu une faible tolérance à son goût, mais au fil des ans j'avais appris à en boire et même à l'apprécier. Et apparemment, j'étais finalement devenue immunisée face à la caféine qu'il contenait. C'était peut-être l'une de ces choses qui venaient avec l'âge. De la tolérance pour certaines choses. Comme la ruée folle qui durait d'heures en heures ou l'erreur imprévue de livraison d'un roman, au lieu de l'important lot du livre qui venait d'être publié, j'avais reçu un grand carton de pinces à linge en bois.
Mais rien de tout ça ne parvenait à me déséquilibrer. Parce que j'étais tolérante. Parce que j'étais immunisée. Non seulement vis-à-vis de la caféine mentionné plus tôt mais aussi pour le fait d'être surchargée et même pour la présence de trois milles pinces à linge dont je n'avais aucune utilité.
Et aussi face à certains clients qui étaient déterminés à avoir raison sur tout tandis que leur inflexibilité tendait vers une capacité quasi surnaturelle. Ou peut-être était-ce juste moi. Avoir un travail qui impliquait une interaction constante avec les clients m'avait rendu plus patiente avec les gens au fil des ans. Mais néanmoins, j'avais parfois l'impression que ma soi-disant immunité me désertait.
« Mais Mme Stevens, réessayai-je en souriant poliment, il n'y a vraiment rien de mal avec la couleur de ce livre.
– Ce n'est pas n'importe quel livre jeune femme, me réprimanda sévèrement la vieille dame de l'autre côté du comptoir. C'est la Sainte Bible et la couleur compte. La Bible ne doit jamais être rouge. Le brun serait pourquoi pas toléré, mais jamais le rouge.
– Je n'en ai que quelques-unes et elles sont toutes rouges, dis-je en essayant de paraître désolée.
– Le rouge est une couleur pécheresse, déclara Mme Stevens annulant efficacement toutes les objections possibles que je pourrais encore avoir. Et c'est la couleur du sang. Je ne souhaite pas que ma Bible soit de la couleur du sang ! »
J'ai essayé de rester patiente sachant que ces choses importaient à certaines personnes. Surtout pour celles qui étaient un peu démodées par nature, sans parler de l'âge.
« Le rouge est peut-être la couleur du sang mais c'est aussi celle de la vie », m'aventurai-je à dire en souriant.
Je ne reçus pour ma peine qu'un autre regard de reproche de la vieille dame.
Je décidai d'abandonner. Soupirant, je reposai le livre rouge vif sur le comptoir, m'intimant de faire un autre sourire poli. « Je peux vous en commander une autre de la couleur de votre choix. Mais il faudra patienter quelques jours pour que la commande arrive. Etes-vous prête à attendre ou préférez-vous vérifier dans les autres librairies de la ville ? »
Mme Stevens se contenta de ma suggestion de commander une autre Bible – d'une couleur noire et rien d'autre – et je promis de faire livrer le livre directement chez elle afin qu'elle n'ait pas à s'embêter de venir ici pour le récupérer.
Je suis allée lui ouvrir la porte puis m'assurai qu'elle ne trébuchait pas en sortant du magasin avec sa canne. Je m'assurai qu'elle traversait la route en toute sécurité ne revenant à l'intérieur qu'après l'avoir vue monter dans une voiture où une jeune femme – peut-être sa fille – l'attendait.
Je laissai échapper un profond soupir, tournant rapidement le panneau « Ouvert » accroché à la porte à « Fermé ». Puis je me suis enfermée à l'intérieur avant que quelqu'un d'autre ne vienne et insiste pour dire que les livres que je vendais sont de la mauvaise couleur.
L'heure de fermeture du magasin était passée depuis longtemps et au moment où je finissais de ranger, il faisait déjà noir. J'ai éteint les lumières après avoir fermé la caisse, puis je me suis dirigée vers la porte et la refermais derrière moi. J'ai joué plusieurs fois avec la poignée pour m'assurer qu'elle était bien verrouillée puis je me suis tournée vers les rues bien éclairées à la recherche de la personne que je savais être quelque part par là.
Mais Carlisle n'était nulle part en vue. Encore une fois, je me demandai où il pouvait bien passer ses longues heures à m'attendre pendant que je travaillais tout en observant silencieusement chacun de mes mouvements afin de s'assurer que la vision d'Alice ne se réaliserait pas.
J'ai commencé à me diriger vers le parc comme d'habitude tout en jetant de temps à autre un coup d'œil de droite à gauche. Je n'avais pas oublié la promesse de Carlisle de m'en dire plus sur la situation. Il avait dit qu'il existait d'autres possibilités à considérer et je me demandais lesquelles. Je trouvais étrange que je sois impatiente de le revoir alors que je savais que les sujets dont nous discuterions ne seraient pas agréables.
Je me suis rappelée que je ne devais pas trop m'habituer à sa présence. Une fois la situation réglée, les Cullen disparaîtraient probablement de ma vie aussi rapidement qu'ils y étaient revenus. Je ne savais toujours pas ce que je ressentais à ce sujet. Maintenant que le choc premier d'avoir revu Carlisle était passé, je pensais que son attitude était en fait assez rafraîchissante.
J'admirais la manière dont il continuait à avancer malgré tout ce qui s'était avec Esmée. J'ai repensé à notre conversation de la nuit dernière, me rappelant lorsque Carlisle m'avait dit ne pas lui en vouloir. Je n'ignorais pas que la compassion qu'il ressentait pour les gens autour de lui était infinie mais la façon dont il voyait la situation avec Esmée portait cette capacité à un tout autre niveau. La beauté intérieur et l'intégrité qu'il possédait étaient incomparables. J'ai soudain réalisé que j'étais assez stupéfaite par lui.
J'étais tellement perdue dans mes pensées que le mouvement soudain que j'entraperçus du coin de l'œil me fit sursauter. Un cri alarmé commençait à franchir mes lèvres alors que je faisais un rapide pas sur le côté, me retournant pour faire face à ce qui se cachait dans l'obscurité du parc. Le mouvement soudain ne fut pas très intelligent et au lieu de me donner une chance de me défendre, je me suis retrouvée à basculer en arrière. J'ai désespérément tenté de retenir la chute avec mes mains. Je sentis le gravier rugueux entailler la peau de ma paume et je fermai les yeux m'attendant à ce que l'arrière de ma tête entre en collision avec le sol dur. Mais soudain quelque chose l'en empêcha.
Je me suis risquée à ouvrir les yeux quand j'ai soudainement pris conscience de la sensation de bras froid comme de la pierre soutenant mes épaules.
Carlisle était penché sur moi. Apparemment, il était arrivé juste à temps pour empêcher ma tête de percuter le sol. Dans l'obscurité de cette soirée, je pus néanmoins voir que l'ambre sombre dans ses yeux que j'avais aperçu ce matin avait disparu. La lueur doré familière était de retour.
Après cette petite observation, je luttai soudain pour ignorer notre proximité. Son beau visage sculptural n'était qu'à quelques centimètres du mien. J'étais consciente de mon rythme cardiaque – mon cœur ne battait pas normalement. Il martelait. Je ne savais si c'était l'adrénaline qui coulait dans mes veine causée par son apparition soudaine ou si c'était totalement autre chose, comme sa proximité.
« Je suis vraiment désolé Bella, l'entendis-je s'excuser sa voix me ramenant sur terre. Je ne voulais pas te surprendre de cette façon. Tu vas bien ? »
J'ai essayé de calmer les battements de mon cœur. Il semblait presque sur le point de jaillir de ma poitrine.
« Ouais, marmonnai-je en me relevant, tu devrais arrêter de faire ça »
Il s'est de nouveau excusé. Je l'ai repoussé et je tentai de me lever soudain gênée par ma maladresse. Carlisle m'aida à me relever et comme je me penchais pour enlever la saleté sur mon jean, je sifflai alors que la paume de main droite commençait à me piquer. Je vérifiai à quel point la peau était entaillée.
« Tu t'es fait mal à la main ? demanda-t-il en tendant soigneusement la sienne pour tourner ma paume et la regarder.
– Ce n'est rien. Juste une égratignure », lui dis-je en examinant ma paume. Il faisait trop sombre pour moi pour voir s'il y avait du sang mais apparemment il pouvait voir les dommages avec une clarté parfaite.
« Le gravier a légèrement coupé la peau, murmura-t-il. Mais sinon ça ne paraît pas grave.
– Je te l'ai dit, marmonnai-je en lui faisant un rapide sourire. Ce n'est rien. J'ai connu bien pire comme tu le sais »
Carlisle eut un rire sec. Le regard dans ses yeux était de nouveau désolé. « Je n'aurais pas dû me déplacer si silencieusement. Il n'est pas étonnant que je t'ai fait peur.
– Ne t'en fait pas, dis-je en recommençant à marcher. Ce n'est pas ta faute si j'ai deux pieds gauche »
Il m'emboîta le pas, regardant le parc calme autour de lui. « Même si je préfère que tu restes debout, déclara-t-il, il est agréable de remarquer que certaines choses ne changeront jamais »
J'ai ri en hochant la tête. « Oui j'imagine que ma maladresse est une des choses dont cet univers ne se débarrassera jamais » Je l'ai regardé tout en étudiant ses yeux topaze. « Tu as chassé », notai-je en me demandant comment il avait réussi à trouver de quoi se nourrir. Nous étions dans une ville après tout. Ou peut-être qu'il était allé bien plus loin jusqu'à trouver un bois ou autre.
Carlisle acquiesça. « Oui. Alice et Jasper ont veillé sur toi pendant mon absence »
Je fronçai les sourcils de surprise. « Oh ! Où sont-ils maintenant ? demandai-je en me demandant s'ils étaient toujours là.
– Ils sont rentrés chez nous, répondit-il.
– Où est ta maison exactement ? demandai-je curieusement. Si ça ne te dérange pas de me le dire »
Carlisle sourit en secouant la tête. « Certainement pas Bella, répondit-il. Elle est à Ithaca. Un peu plus de cent cinquante miles d'ici »
J'ai hoché la tête tout en songeant que c'était plus loin que je ne pensais. Mais j'imagine que ce n'était pas simple pour eux de trouver un endroit qui puisse leur plaire. Bien que l'argent ne soit certainement pas un problème pour eux, je savais que les Cullen étaient un peu des ermites quand il s'agissait de vivre quelque part. Je savais qu'ils souhaitaient la paix et le calme autour d'eux et je suppose qu'ils préféraient vivre au milieu de la forêt qu'en centre-ville.
« Comment s'est passé ta journée ? demanda Carlisle. Occupée ?
– Oui, répondis-je. Chaotique serait le mot »
Il rit doucement et je devinai qu'il avait dû m'observer une partie de la journée, il était donc probablement au courant de ce qui s'y était passé. Tout. Du ridicule lot de pinces à linge à la grand-mère qui détestait les Bibles rouges.
Quand nous atteignîmes mon logement, je lui proposai d'entrer. Après un bref moment d'hésitation il obtempéra, entrant à l'intérieur avec moi.
« As-tu une trousse de premier soins ? demanda-t-il soudainement en désignant ma main. Je devrais nettoyer cette plaie. Elle pourrait s'infecter »
Je lui souris. « Tu es toujours un médecin de garde apparemment », notai-je amusée en enlevant mon manteau puis je me dirigeai vers la salle de bain pour vérifier dans les armoires. Bien entendu j'en avais une qui traînait – sans elle j'aurais probablement saigné à mort un million de fois.
Je retournai au salon après l'avoir trouvé, la passant à Carlisle. Après avoir allumé plus de lumières, je pris place sur la canapé en étudiant ma main. Elle avait commencé à saigner et piquait toujours inconfortablement mais sinon ça allait. J'eus envie de retenir mon souffle – une vieille habitude plus qu'autre chose. Le sang ne me rendait plus aussi malade qu'autrefois.
« Tu es toujours médecin non ? » demandai-je alors qu'il s'asseyait à côté de moi et commençait à examiner ma main.
Carlisle me fit un rapide sourire tout en commençant à répandre le contenu de la trousse de premiers soins sur la table basse.
« Bien sûr, répondit-il. Mais je ne travaille pas en ce moment.
– Parce que tu es coincé ici avec moi », dis-je d'une manière sèche tout en sifflant tandis qu'il appliquait un antiseptique sur les coupures puis essuyait le sang avec un morceau de coton. La blessure commençait à brûler et j'avais envie de bouger les doigts.
Il tendit la main vers une pince à épiler sur la table et avant même que je puisse me demander pourquoi il en avait besoin, il avait déjà fini.
« Désolé, s'excusa-t-il en aspergeant de nouveau la plaie avec l'antiseptique tout en me regardant brièvement, il restait un bout de gravier dans la coupure » Il examina encore ma paume en mettant de côté le spray antiseptique. « Je ne dirais pas que je suis coincé avec toi, commenta-t-il mes mots précédents, de plus les hôpitaux ne disparaîtront pas de ce monde. Je reprendrais le travail une fois la situation réglée ici »
Ses paroles me firent me remémorer la conversation que nous avions eue ce matin. « A propos de la situation, commençai-je, tu m'as dit qu'il existait d'autres possibilités à considérer » Je lui lançai un regard interrogateur. « Quelles sont-elles ? Qui d'autre que Victoria pourrait être derrière la vision d'Alice ? »
Carlisle se concentrait toujours sur ma main, tendant la sienne pour prendre un rouleau de gaze sur la table. Il l'enroula plusieurs fois autour de ma main pour couvrir les coupures. « J'imagine que notre autre théorie peut paraître un peu farfelue, admit-il. Mais ce n'est pas impossible et c'est pourquoi cela vaut la peine d'être considéré »
J'ai attendu en silence tout en fixant ses yeux dorés alors qu'il examinait la gaze. Il lâcha ma main après avoir ajouté un bout de ruban adhésif au bandage en s'assurant que le tout tenait bien.
« Je n'ai pas connaissance de tout ce qu'Edward t'a révélé sur notre monde lors de ton séjour à Forks », commença-t-il tout en remettant les fournitures dans le kit. Je l'ai aidé en jetant une paire de petit ciseau et un paquet de pansement dans le sac rouge.
« Qu'est-ce qu'il aurait dû me dire ? » demandai-je.
Une expression pensive apparu sur ses traits. Il ne répondit pas directement à ma question mais a plutôt posé la sienne. « Est-ce qu'il t'a déjà parlé des lois auxquelles nous devons obéir ? »
Je fronçai les sourcils avec surprise. « Vous avez… des lois ? » demandai-je.
Un sourire ironique courba les lèvres de Carlisle. « Je prends ça pour un non, murmura-t-il tout en entremêlant ses doigts et posant ses coudes sur ses genoux. Il n'en existe pas beaucoup pour être honnête, commença-t-il à expliquer, une seule restriction qui est fondamentalement évidente nous devons garder notre existence secrète » Il se tourna vers moi pour étudier mon expression. « Ce qui signifie que par exemple pour la chasse nous devons être discret. Si nous souhaitons vivre parmi les humains nous devons le faire sans attirer l'attention et déménager de temps à autre pour empêcher quiconque de remarquer que nous ne vieillissons pas. Nous ne devons pas utiliser notre force et notre vitesse surnaturelle en présence d'humains et personne ne doit nous voir au soleil. Tout ce qui pourrait faire exposer notre vraie nature aux humains est un crime passible de la peine de mort.
– Wow, murmurai-je, maintenant je comprends pourquoi tu ne peux pas dormir la nuit »
Il éclata de rire. « Les règles ne sont pas difficiles à suivre, déclara-t-il. Du moment que l'on a appris à faire attention à tout.
– Alors il y a quelqu'un qui surveille ces choses ? demandai-je. Tu as dit que la punition est la mort si quelqu'un enfreint les lois. Qui exécute cette sentence ? Avez-vous votre propre gouvernement secret ou autre ? »
Une expression curieuse apparut sur le visage de Carlisle alors que je prononçais la dernière phrase. « On pourrait dire ça, admit-il, un clan très puissant et vaste réside en Italie – les Volturi. J'imagine qu'ils pourraient être comparés à une forme de royauté – à bien des égards ils assurent la continuité de la paix dans notre monde, surveillant la société des vampires et intervenant au besoin. Ils assument cette position depuis des millénaires »
Le nom des Volturi était familier et je me souvenais vaguement qu'Edward m'en avait parlé. Il avait dit qu'ils ne devaient pas être contrariés.
« Au besoin ? » demandai-je en réfléchissant à ses mots. Je ne comprenais pas ce qu'il sous-entendait.
« Ils appliquent la loi en punissant ceux qui la transgresse. Par exemple si un clan devient trop grand et commence à attirer l'attention, les Volturi sont contraints d'intervenir, expliqua-t-il. Et si une personne crée un vampire mais ne s'occupe pas de sa création et laisse le nouveau-né causer des ravages ainsi que la mort parmi les humains, les Volturi puniront les deux. Ce ne sont que des exemples – il existe de nombreuses façon de les contrarier.
– Ces Volturi ne paraissent pas très indulgents, notai-je.
– Parce qu'ils ne le sont pas », déclara-t-il sèchement. Il me regarda en m'offrant en doux sourire. « Ce n'était pas mon intention de te donner une image totalement négative à leur sujet. Même si je ne peux être complètement en accord avec leurs manières car ils ont tendance à être inconditionnellement stricts sur certaines questions, je dois cependant admettre que leur rôle et objectifs en tant que dirigeant du monde vampire sont indispensables. Sans eux, les vampires n'auraient plus de raison d'être… civilisés autour des humains. Peu seraient en sécurité.
– Donc d'une certaine manière, ils protègent non seulement les vampires mais aussi les humains ?
– D'une certaine manière », admit Carlisle. Il plissa les yeux tandis qu'une expression de mécontentement apparut sur son visage. « Hormis lorsqu'ils ont soif. C'est une des opinions que je ne partage pas avec eux comme tu le sais »
J'ai hoché la tête en silence en étudiant l'expression sérieuse sur son visage. Il était évident que ses sentiments étaient plutôt mitigés en ce qui concernait les Volturi.
« J'ai passé une courte période avec eux », poursuivit-il tranquillement. Le regard dans ses yeux se voila. « Une vingtaine d'année au XVIIIe siècle »
J'ai ri doucement. « Cela ressemble vraiment à une visite hâtive »
Il sourit brièvement. « Ce fut en vain finalement, murmura-t-il doucement. J'ai essayé de leur faire comprendre pourquoi ils devraient valoriser les humains au lieu de les tuer. Et ils ont tenté de me convaincre du contraire. Ils ont trouvé mon régime répugnant, une chose qui n'était pas naturel » Ses yeux dorés fixaient la surface de la table basse, se rappelant des choses au-delà d'une centaine d'année. Puis il secoua la tête comme pour se débarrasser de ses souvenirs.
« Il y a encore beaucoup de chose à dire sur les Volturi, dit-il, mais je crois que les choses que je t'ai dites aujourd'hui sont les plus essentielles pour être conscient de ce qu'ils représentent »
J'ai hoché la tête. « D'accord, alors tu penses qu'ils ont quelque chose à voir avec notre situation ? » demandai-je.
Il resta silencieux un instant, hésitant. « Lorsque nous t'avons laissé entrer dans notre monde il y a huit ans, nous avons mis ta vie en danger. Non seulement par notre présence qui est indiscutablement dangereuse pour toi, mais aussi en te permettant de savoir ce que nous sommes, nous te mettons en danger. Il n'y a aucun moyen de changer ça » Il s'arrêta regardant de nouveau la table basse. « Il est possible que les Volturi aient découvert qu'un humain est au courant de notre secret. Même si nous savons que tu n'es pas un danger pour notre secret, les Volturi peuvent ne pas le voir de cette façon. L'exposition est une chose qu'ils craignent et essaient d'éviter à tout prix »
Il y eut une longue pause durant laquelle Carlisle attendit que ses mots fassent leur chemin en moi. Sa voix était calme et douloureuse quand il reprit la parole.
« Si c'est le cas, je ne peux m'excuser assez pour ce que nous t'avons causé Bella, dit-il doucement. Nous étions conscients du risque après tout. Nous savions que ta connaissance de notre nature pourrait te coûter très cher mais nous t'avons quand même sciemment laissé entrer dans notre monde. Je sais que ce n'est pas une excuse appropriée mais à l'époque il était peu probable que les Volturi découvrent un jour ton existence. Ma plus grande préoccupation était la capacité d'Edward et surtout de Jasper à contrôler leur soif autour de toi – je n'ai pas pensé aux Volturi. Et ils n'auraient plus été un problème une fois… » Il s'arrêta, secouant la tête.
« Une fois que quoi ? » demandai-je.
Carlisle me regarda de nouveau dans les yeux avec une expression prudente sur le visage. « Une fois que tu serais devenue l'une des nôtres. Parce qu'à l'époque, je ne doutais pas une seconde que ce serait le cas »
Je me sentais étrangement déconnectée du sujet. Cela me paraissait si familier mais en même temps si loin. Il ne faisait pas partie de ma vie comme il l'avait été autrefois. Devenir un vampire avait été un rêve lointain presque comme un mirage qui m'échappait constamment. C'était quelque chose que j'avais cherché à atteindre par amour. Mais quand les Cullen avaient disparu de ma vie, le mirage avait également disparu. Ils étaient censés le faire mais ce n'étaient que des mirages après tout. Il n'était pas sage de courir après quelque chose d'inaccessible.
Et si on devait le poursuivre pour l'obtenir, je me demandai s'il s'agissait de quelque de vrai et de réel. Les bonnes choses arrivaient si elles le devaient. Il ne fallait pas leur courir après.
« Est-ce que ça aurait changé quelque chose ? demandai-je étrangement calme. Pourquoi le fait de devenir vampire changerait-il la façon de penser des Volturi ? »
Carlisle a fouillé mon visage pour évaluer mon expression. « Parce que si un humain découvre notre existence cette personne doit soit être transformée en vampire, soit… » Il s'arrêta cherchant les mots qui étaient déjà sur mes lèvres.
« Tuée », terminai-je.
Il acquiesça.
Il resta silencieux pendant un long moment. J'ai essayé de comprendre ce que je ressentais vis-à-vis de tout ce qu'il venait de me révéler. Je suppose que j'aurais dû me sentir un peu en colère de découvrir qu'ils étaient conscients du fait que ma connaissance de leur vraie nature mettrait de cette façon ma vie en danger. Mais je ne l'étais pas. Parce qu'à la fin c'était moi qui avais enfreint les règles et cherché à découvrir obstinément leurs secrets. D'une certaine manière, j'avais été consciente des risques. Edward m'avait dit plus d'une fois de rester à l'écart en me disant qu'une amitié entre nous était inenvisageable. Je n'avais simplement pas écouté. J'étais fascinée par sa présence, par les sentiments que sa présence provoquait en moi. J'étais une jeune fille désespérément amoureuse et je l'avais laissé me happer.
Une pensée horrible me vint, de celle qui coinça mon souffle dans ma gorge et fit battre furieusement mon cœur avec inquiétude. Carlisle remarqua le changement de mon rythme cardiaque en m'adressant un froncement de sourcils confus.
« Vont-ils vous punir ? demandai-je. Pour m'avoir tout révélé sur vous, pour ne pas m'avoir changé ou bien pour ne pas vous être débarrassé de moi ?
– Je ne tirerais pas de conclusions, dit-il d'un ton apaisant. Surtout parce que ce que je t'ai dit ce soir n'est que de la simple spéculation. Bien que les Volturi soient à l'origine de la vision d'Alice, je dois dire qu'il est peu probable qu'il connaisse ton existence. Ce n'est qu'une possibilité que je voulais apporter à ta connaissance »
Je me suis légèrement détendue mais l'inquiétude refusa de me quitter complètement. Un petit sourire courba les lèvres de Carlisle.
« J'aurais dû savoir que tu te soucierais de notre sécurité avant la tienne, dit-il doucement. J'espère que tu me crois quand je te dis qu'il n'y a aucune raison pour que tu t'inquiètes Bella. Pas à propos de nous, ni de toi non plus. La situation sera résolue d'une manière ou d'une autre. Et Alice surveille tout du mieux qu'elle peut tout en essayant de comprendre tout ça.
– Je sais, soufflai-je en regardant mes mains. Je déteste juste ça. Je veux dire… je suis parvenue à me mettre de nouveau dans le pétrin même si ce n'est rien de nouveau. Mais j'ai en quelque sorte mis votre vie en danger… »
Carlisle toucha mon bras me faisant le regarder. « Les chose ont tendance à s'arranger d'elles-mêmes, dit-il doucement, c'est ce que tu m'as dit ce matin. Tu ne crois pas en tes propres mots ? »
Je fus obligée de sourire, il venait de me coincer. « Je suppose que je dois le faire. Mais seulement parce que tu le dis »
Il acquiesça. « Bien », dit-il en souriant en retour.
Je dus détourner le regard de ses yeux dorés sentant soudain une rougeur s'étendre sur mes joues. Je ne pouvais pas comprendre ce qui l'avait causé. Carlisle retira sa main de mon bras, me donnant une chance d'étudier la gaze enroulée autour de ma main.
« Comment va ta main ? demanda-t-il.
– Très bien », répondis-je. Les coupures me picotaient encore mais cela ne me dérangeait pas plus que ça. Mais le rouge sur mes joues, quel était mon problème ?
Essayant de me distraire de cette étrange sensation, je me suis employée à faire du thé et quelque chose à manger. Je me demandai à quand remontait la dernière fois que j'avais mangé – j'avais été tellement occupée aujourd'hui que je n'avais pas eu le temps pour ça.
Carlisle essaya de trouver une excuse appropriée pour partir ne voulant probablement pas tourner tout le temps autour de moi et me mettre mal à l'aise. Mais je devais admettre que sa compagnie était agréable. C'était bien d'avoir quelqu'un après avoir passé un si long moment seule. Ma vie sociale était plutôt limitée – la journée il n'y avait que les clients à qui parler et parfois Adrian chaque fois qu'il avait le temps de venir me rendre visite. C'était à peu près tout.
Mon petit rituel pour le thé fut interrompu lorsque Carlisle leva les yeux du journal qu'il lisait pour m'informer que quelqu'un venait.
J'ai posé la tasse chaude sur le comptoir en levant un sourcil vers lui. « Ton espèce ou la mienne ? » demandai-je avec un clin d'œil.
Il me fit un sourire incertain. « La tienne, répondit-il en se levant du canapé. Je devrais…
– Ne t'embête pas, l'arrêtai-je en lui faisant signe de se rasseoir. Je sais déjà de qui il s'agit »
En parlant du diable me suis-je dit tout en atteignant la porte juste au moment où la sonnerie retentissait. Je l'ai ouverte pour révéler un jeune homme aux yeux et cheveux brun foncé.
« Hey ! » salua Adrian toujours aussi énergique. Il portait ses vêtements de travail – un pantalon noir taché et poussiéreux associé d'un t-shirt avec un gilet de sécurité orange vif qui finalisait l'ensemble. Apparemment il venait directement du chantier de construction où il travaillait.
« Tu n'as pas froid ? demandai-je en considérant ses vêtements légers. N'est-ce pas toi qui te plaignais du climat froid de Buffalo il y a quelques jours ?
– Non, répondit Adrian, il m'arrive d'avoir chaud à l'idée de partir bientôt. C'était mon dernier jour de travail.
– Vraiment ? demandai-je en le laissant passer devant moi pour qu'il entre. Félicitations, marmonnai-je en le suivant et en fermant la porte. Je ne pensais pas que tu survivrais aussi longtemps.
– J'apprécie la confiance que tu as placé en moi Bells. J'ai toujours su que tu étais… » Le commentaire sarcastique d'Adrian resta un mystère tandis qu'il s'arrêtait remarquant Carlisle qui se tenait de l'autre côté de la pièce près de la fenêtre. Il hocha poliment la tête vers Adrian.
Adrian se tourna de nouveau vers moi tandis qu'un large sourire narquois naissait sur son visage. « Suis-je en train d'interrompre quelque chose ? demanda-t-il en ricanant.
– Non », soupirai-je en espérant qu'il ne dirait rien de stupide. Son sens de l'humour était une chose que Carlisle ne comprendrait peut-être pas. « Hum Carlisle – c'est mon ami Adrian, dis-je. Adrian – voici Carlisle. Un vieil ami »
Carlisle traversa la pièce serrant rapidement la main d'Adrian. J'ai essayé de ne pas être mal à l'aise lorsque ce dernier a souri assez largement devant certainement nourrir un commentaire stupide dans sa tête.
« Ravi de vous rencontrer, salua agréablement Carlisle en donnant un sourire poli à Adrian.
– C'est un plaisir », approuva Adrian d'un empressement exagéré. Il se tourna de nouveau vers moi avec un sourire idiot sur le visage. « Je ne savais pas que tu avais d'autres amis Bella, me taquina-t-il.
– Ouais, eh bien je fais une nouvelle liste, remarquai-je sarcastiquement, depuis que tu en es sorti.
– Aie ça fait mal.
– Mon cœur saigne pour toi », dis-je en essayant de le guider vers l'extérieur. Il ne remarqua même pas que je tirais sur son gilet de sécurité orange en tâchant de le faire bouger.
« Carlisle c'est ça ? demanda Adrian l'air curieux. Es-tu britannique ? »
Je lui lançai un regard étonné. C'était curieux qu'Adrian puisse faire le lien entre le prénom Carlisle et l'endroit d'où il était né. J'imagine que ce n'était pas surprenant car ce prénom était très anglais mais Adrian était tout de même parvenu à me surprendre. J'avais supposé que sa culture générale du monde se limitait à la malbouffe et à la mauvaise musique.
« Oui. J'ai eu de la famille là-bas », répondit Carlisle et il n'avait même pas besoin de mentir.
Adrian acquiesça commençant à vouloir dire autre chose. Il me fit un autre sourire narquois tandis que son regard voyageait entre moi et Carlisle. Je l'ai ramené dehors avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit d'autre tout en lançant un regard d'excuse à Carlisle.
« Excuse-nous un moment », lui dis-je en refermant la porte derrière moi.
Alors que je me tournai vers Adrian, j'ai remarqué qu'il me regardait de la tête aux pieds avec toujours ce sourire très ennuyeux sur son visage.
« Qu'est-ce que tu veux ? » demandai-je.
Il ignora ma question comme s'il ne l'avait même pas entendu. « Qu'est-ce qui se passe avec le bel homme sexy ? demanda-t-il. Je veux dire, wow. C'est ton nouveau petit-ami ou autre ? Depuis quand tu sors avec des top-modèles ?
– Chut ! Et non, répondis-je en chuchotant.
– Pourquoi tu chuchotes ? Il ne peut pas entendre »
Si seulement il savait à quel point il le pouvait au contraire. « C'est juste un ami que j'ai revu il y a quelques jours, expliquai-je tout en souhaitant effacer ce sourire ennuyeux de son visage.
– Quelle coïncidence »
Je roulai des yeux face à son insinuation, enroulant mes bras autour de moi. Il faisait vraiment froid ici. « Sérieusement que veux-tu ? Il se fait tard.
– Oh, alors tu me chasses parce qu'il est tard mais pas lui ? Je vois…
– Je te jette dehors parce que tu es ennuyant, dis-je. Alors accouche. Tu n'aurais pas pris la peine de venir ici directement du travail si tu n'avais rien à dire »
Adrian me fit un sourire de plus mais un peu grognon, puis il haussa les épaules. « Je suis venu chercher le chargeur de batterie de mon appareil photo. Tu l'as.
– Non je ne l'ai pas, contredis-je. Tu dois l'avoir perdu. Pourquoi serait-il ici ?
– Je l'ai oublié quand j'ai déménagé, déclara-t-il. Et je n'en avais pas besoin jusqu'à maintenant. Je pars dans quelques jours et je ne vois pas l'utilité de prendre mon appareil photo si je n'ai rien pour le charger »
Je passai une main dans mes cheveux tout en secouant la tête. Je ne savais pas où était son stupide chargeur.
J'ai soupiré. « Reste ici et je vais le chercher d'accord ? »
Adrian haussa les sourcils tandis qu'un sourire entendu jouait sur ses lèvres. « Pourquoi je ne peux pas attendre à l'intérieur ? Et avoir une petite conversation avec ton ami ?
– Parce que, insistai-je.
– As-tu honte de moi ?
– Tu es plus imprévisible que ma mère ! Et ça en dit long. Tu vas dire quelque chose de stupide et m'embarrasser, murmurai-je avec ferveur.
– Allez Bella. Il ne va pas rompre juste à cause d'une petite conversation »
Je soupirai décidant que je ne faisais que perdre mon temps. Je devrais le savoir maintenant.
« Fais ce que tu veux », marmonnai-je ouvrant à nouveau la porte.
Carlisle avait l'air poliment confus alors que je retournai furieuse à l'intérieur. « Désolée pour ça », lui dis-je. Adrian me suivit à l'intérieur et sourit à Carlisle.
« Ne crois pas ce qu'il te dit », dis-je à Carlisle tandis que je disparaissais dans ma chambre à la recherche du chargeur. Je l'ai entendu rire un peu puis il a engagé une conversation détendue avec Adrian.
J'ai regardé pratiquement partout. J'ai fouillé dans les tiroirs où je gardais des petits objets tels que des bloc-notes, des stylos, des agrafeuses et d'autres choses. J'ai vérifié la table de nuit, sous le lit et même dans les armoires de la salle de bain mais je ne trouvais pas ce que je cherchais. Les minutes s'enchaînèrent tandis que je me torturais en sachant qu'Adrian parlait à Carlisle et je priais silencieusement qu'il ne le mette pas mal à l'aise. Je connaissais Adrian – même s'il était une personne agréable à côtoyer, il avait également tendance à énerver les gens.
Non pas que Carlisle se fâcherait un jour. Il était trop patient pour ça.
Soupirant doucement, je me suis aventurée à jeter un coup d'œil dans le tiroir où je gardais mes vêtements de nuit et ma lingerie. C'était le dernier endroit où je n'avais pas regardé car c'était aussi l'endroit le plus invraisemblable pour garder un chargeur. Même Adrian ne pouvait être aussi idiot.
Excepté que… apparemment il l'était. Du fond du tiroir, sous plusieurs couches de coton, satin et dentelle, j'ai trouvé le chargeur de son appareil photo. Frustrée à cause de tout ce temps perdu, je le pris et je suis retournée au salon.
Adrian racontait avec fougue quelque chose à Carlisle lorsque je suis apparue. Il se tourna vers moi en fronçant les sourcils.
« Tu as pris ton temps, remarqua-t-il.
– Je suis vraiment désolée, dis-je entre mes dents. Tu l'avais caché dans un endroit très pratique »
Adrian fronça les sourcils une expression vide dans les yeux. Puis, il parut se souvenir tout en se frappant le front tel un personnage de dessin animé.
« Oh oui, tu veux dire que c'était dans ton…
– Chut ! » Je l'ai arrêté ne voulant pas qu'il parle de mes sous-vêtements devant Carlisle. Un rougissement s'étala de nouveau sur mon visage. Je mis le chargeur dans ses mains.
Adrian semblait prêt à partir maintenant qu'il avait récupéré son chargeur. « Au revoir Doc », dit-il à Carlisle en levant la main. Je l'ai raccompagné à la porte sortant de nouveau pour le voir partir.
« Doc ? » demandai-je alors que la porte se refermait derrière moi.
Adrian haussa les épaules. « Ouais. Il m'a dit qu'il était médecin. C'est étrange. Il a l'air si jeune »
J'ai ignoré sa dernière phrase enroulant mes bras autour de moi pour essayer de rester au chaud.
« Merci pour le chargeur, continua-t-il et pour la première fois de la soirée il sourit gentiment sans taquinerie.
– Pas de problème, répondis-je en l'étudiant. Alors… tu pars vraiment ? Tu sais quand ?
– Je ne suis pas encore sûr, répondit-il. Dans un mois peut-être. Vas-tu tenir ta promesse et m'aider avec mes affaires ?
– Bien sûr, assurai-je. Appelle-moi quand tu auras besoin de moi »
Le sourire d'Adrian devint un peu mélancolique. « Tu n'as toujours pas changé d'avis à l'idée de m'accompagner ?
– Non » Je secouai la tête.
« Allez Bella, commença-t-il à me persuader pour la millionième fois. Ce serait amusant et excitant. Toi et moi ensemble… comment peux-tu dire non ?
– Adrian nous en avons déjà parlé, dis-je doucement. Nous nous disputerions tout le temps jusqu'au moment où l'un de nous en aura marre et s'en aille. Et nous sommes si différents l'un de l'autre. Tu as constamment envie de bouger, de ne jamais rester immobile… je ne suis pas comme ça. Je veux m'installer et pas toi. Ma vie est ici. Peut-être que la tienne ne l'est pas mais la mienne l'est »
Adrian soupira en passant une main dans ses cheveux courts. Il me regarda se rapprochant soudainement et faisant une chose si inattendue même pour lui que je n'eus pas le temps de réaliser ce qui se passait.
Le baiser fut rapide, désespéré… et unilatéral. Je m'éloignai de ses lèvres poussant sa poitrine avec mes mains et reculant d'un pas.
« Ne fais pas ça, demandai-je en essayant de ne pas m'énerver.
– Pourquoi pas ? demanda Adrian toujours aussi impudique et sûr de lui que de coutume.
– Parce que c'est inapproprié, dis-je en me détournant. Bonne nuit Adrian.
– Hé ne sois pas fâchée, l'entendis-je dire en me saisissant l'épaule. D'accord je suis désolé. Je n'aurais pas dû faire ça. J'ai juste ce petit faible pour toi j'imagine »
Je me mis à rire oubliant momentanément mon chagrin. « Tu n'as de faible pour personne »
Il se frotta la nuque. « Ouais je suppose que c'est vrai, admit-il en me faisant le sourire familier et tordu auquel j'étais plus habituée. Alors, dit-il, donc tu ne viens pas ?
– Non Adrian, dis-je plus doucement cette fois. Je ne viens pas avec toi »
Finalement il hocha docilement la tête. « Merde, marmonna-t-il. Je savais que j'aurais dû demander à cette fille du bar »
Je reniflai doucement en secouant la tête, ne sachant s'il plaisantait ou non. « Rien ne t'empêche d'y retourner et de la retrouver. Peut-être qu'elle dira oui même si ce n'est pas mon cas.
– Peut-être, sourit Adrian en commençant à reculer. Merci pour le chargeur. Je t'appelle »
J'ai hoché la tête en levant la main et le regardant disparaître dans la nuit.
Après avoir pris une profonde inspiration, je suis retournée à l'intérieur. Carlisle était toujours debout près de la fenêtre de l'autre côté de la pièce. Il me fit un sourire poli lorsque j'entrais.
« Désolée pour ça », dis-je.
Il s'éclaircit la gorge en se rapprochant de quelques pas. « Il a l'air d'être un gentil jeune homme », déclara-t-il en me regardant longuement.
Un petit rire s'échappa de mes lèvres. Je m'assis sur le canapé en passant une main dans mes cheveux. « Avoir l'air est le mot clé, murmurai-je. J'espère qu'il ne t'a pas servi des blagues idiotes ou quoi que ce soit d'autre. Il peut être ennuyeux parfois. Et c'est le cas de le dire »
Carlisle secoua la tête en souriant. Son regard dévia vers la rangée de photos posées sur la table sous la fenêtre, ses yeux atterrissant sur celle avec Adrian et moi debout près du lac. Le soleil couchant derrière nous colorait l'image de différents tons de jaune et d'orange.
Il me lança un regard curieux me faisant me demander pourquoi il me regardait comme ça.
« Quoi ? » demandai-je en fronçant les sourcils.
Carlisle s'approcha, s'asseyant dans le fauteuil de l'autre côté de la table basse. « Rien, répondit-il. Je me posais simplement des questions sur votre histoire à tous les deux »
Je levai un sourcils vers lui. « Qu'est-ce qui te fait penser qu'il y a eu une histoire ?
– Je l'ai compris à la façon dont vous avez agi l'un avec l'autre.
– Tu veux dire nos chamailleries ? demandai-je en riant un peu. J'espère qu'on n'est pas passé pour un vieux couple marié ou autre »
Il sourit en secouant la tête. « Vous m'avez rappelé Emmett et Rosalie en réalité »
J'ai dû rouler des yeux. Réfléchissant un moment, je me demandai comment expliquer la situation compliquée entre moi et Adrian. Ce n'était pas facile. « Il se trouve qu'il est juste comme ça – idiot je veux dire, murmurai-je. Je suis presque immunisée contre les choses stupides qu'il débite mais parfois il a la capacité d'appuyer là où il faut » Je m'arrêtai un moment, jetant un coup d'œil à la photo sous la fenêtre. « Je l'ai rencontré il y a quelques années juste après mon emménagement ici. Nous sommes devenus instantanément amis – tu sais comme lorsque tu rencontres quelqu'un et que tu as le sentiment de connaître cette personne depuis toujours ? »
Carlisle acquiesça, un petit sourire jouant sur ses lèvres.
« C'est comme ça que ce fut » J'ai haussé les épaules. « Puis à un moment donné ça m'est tombé dessus, pauvre de moi. C'était une chose à laquelle je ne m'attendais pas du tout » J'ai observé mes mains tandis que je commençais à me sentir étrange. C'était bizarre de parler de truc comme ça à Carlisle mais pas dans un sens inconfortable du terme.
« Qu'est-il arrivé ? » demanda-t-il semblant véritablement curieux. Je jetai un coup d'œil à ses yeux dorés, surprise qu'il ne paraisse pas gêné de devoir écouter mon histoire. J'ai haussé de nouveau les épaules. « Nous étions inséparables au début. Nous avons même emménagé ensemble très vite, expliquai-je. Mais ça n'a pas fonctionné. Finalement nous avons juste décidé de redevenir amis – cela semblait mieux fonctionner pour nous »
Carlisle fronça les sourcils. « Qu'est-ce qui ne s'est pas bien passé ? s'enquit-il. Si cela ne te dérange pas que je demande »
Je secouai la tête, cherchant mes mots. « Il m'a fait sa demande », admis-je.
Il fronça de nouveau les sourcils. « N'est-ce pas censé être une bonne chose ? »
Je lui fis un sourire ironique. « J'imagine. Mais je suppose qu'Adrian pensait que c'était la solution à tout ce qui ne fonctionnait pas chez nous. Nous nous rendions fous l'un et l'autre – nous ne nous chamaillons plus comme d'habitude, nous nous battions et nous disputions à propos de tout. C'était… stressant »
Carlisle hocha la tête avec une expression sympathique. Je lui fis un sourire triste posant mon coude sur le bras du canapé. « Je sais que nous aurions peut-être dû essayer plus fort et nous donner plus de temps. Mais aussi… eh bien, je suis sûre que tu as déjà entendu que les opposés se complètent ? Je pense que c'est n'importe quoi. Peut-être que c'est possible pour certaines personnes mais… »
Il entrelaça ses doigts en me lançant un long regard. « Pourquoi pas vous ? » demanda-t-il.
J'ai réfléchi à sa question durant un moment. « Parce que nous n'étions pas seulement différents l'un de l'autre, mais également têtus »
Il eut alors un petit rire. « Ça me paraît être une combinaison orageuse »
Je souris. « Ça l'était.
– Tu parais être sur une base amicale avec lui, nota-t-il. Malgré tout ce qui s'est passé.
– Oui. Nous sommes mieux en tant qu'amis qu'autre chose. Si seulement nous l'avions su depuis le début. Cela nous aurait évité beaucoup de problèmes »
Il resta silencieux pendant un moment. Carlisle tendit la main vers le journal qu'il n'était pas parvenu à terminer quand Adrian était apparu mais il ne se concentra pas pour le lire. « J'ai compris qu'il partait »
J'ai hoché la tête. « Oui dans un mois. J'ai toujours su qu'il le ferait un jour » Il fronça les sourcils d'une manière interrogative. « C'est une sorte d'âme qui ne tient pas en place, expliquai-je, jamais capable de rester immobile ou de s'installer. Je pense qu'ici, est le temps le plus long où il est resté à un même endroit »
Il acquiesça. « Il va te manquer », dit-il doucement.
J'ai rencontré son regard, surprise. J'ai ouvert la bouche pour dire quelque chose mais pendant un moment, je ne pus parler.
« J'ai toujours su qu'il partirait, déclarai-je finalement incapable de dire autre chose, je suis habituée à l'idée maintenant »
Carlisle plissa les yeux mais il sembla accepter ma réponse. Il remit le journal sur la table en se levant. « Je devrais prendre congé, dit-il en m'offrant un sourire. Il se fait tard et je ne souhaite pas te tenir éveillée »
J'ai regardé par la fenêtre en hésitant. Il ne pleuvait pas comme la nuit dernière mais l'idée de le jeter dehors dans la nuit était dérangeante.
« Tu devrais rester, proposai-je. Je veux dire tu n'as pas à passer tes nuits dehors si tu ne le veux pas. Il n'y a vraiment aucune raison pour ça. Tu ferais aussi bien de rester ici.
– Merci Bella, dit Carlisle en souriant, mais je dois refuser »
Je fronçai les sourcils, regardant le sol pour cacher ma déception soudaine. « Mes livres sont-ils si inintéressants ? » demandai-je en plaisantant à moitié me rappelant qu'il avait passé la nuit précédente dans ma petite bibliothèque.
Il gloussa doucement. « Ils sont merveilleux. Mais je ne peux pas rester – j'ai promis de rencontrer Alice et Jasper dans quelques instants pour échanger des nouvelles s'il y en a »
L'envie soudaine d'aller avec lui et de voir Alice et Jasper m'a presque surprise. J'ai essayé d'expliquer ce sentiment en me disant que je voulais juste être au courant de la situation. Et je le souhaitais. Mais je savais que ce n'était que la moitié de la vérité.
J'ai été obligé de me pencher sur mes sentiments, de me demander si je voulais qu'un autre morceau de mon passé révolu revienne. Carlisle avait réintégré ma vie si facilement que j'avais l'impression qu'il était à Buffalo depuis bien plus longtemps que quelques jours. Est-ce que cela arriverait aussi avec Alice et Jasper ? Et finalement avec Emmett, Rosalie, Esmée et Edward… serais-je soudain pour la seconde fois de mon existence entourée de vampires, ces petits morceaux de mon passé ? Est-ce que même je le voulais ?
J'ai repoussé cette pensée. Mais j'allais un peu trop vite. Et je n'étais finalement pas la seule à décider, les Cullen avaient également leur mot à dire. Pour ce que j'en savais cela ne pouvait être que pour me protéger et rien de plus comme je le soupçonnais. Il était très probable qu'ils n'aient pas l'intention de s'attarder après la fin de cette situation.
J'ai levé les yeux pour revoir Carlisle et je l'ai regardé marcher jusqu'à la porte s'apprêtant à partir. Je savais qu'il reviendrait. Je savais que je le verrais demain.
Mais lorsqu'il se tourna une dernière fois vers moi en me faisant un sourire chaleureux et en me souhaitant tranquillement une bonne nuit avant de franchir le seuil, je ne pus m'empêcher de me demander ce qui allait se passer après-demain. Et je ne pouvais m'empêcher de me demander ce qui se passerait le jour où il franchirait ma porte pour la dernière fois et partirait pour toujours.
