Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à rougepivoine pour ses reviews à chaque chapitre déjà publié, je suis contente de savoir que cette traduction te plaît ;) - et merci à Nikui-1994 pour sa review d'encouragement.

Je publie la suite aujourd'hui au lieu de demain car je n'aurais pas le temps et que je tiens à ne pas trop vous faire attendre XD


« Lorsque nous perdons une bénédiction, une autre nous est souvent donnée de la manière la plus inattendue qui soit »

- CS Lewis -


Rien de moins qu'une bénédiction

Alors que je m'asseyais derrière le comptoir, j'inclinai la tête d'un côté et de l'autre afin d'étirer mon cou. Puis je laissai échapper un long soupir, me forçant à adopter rapidement une expression polie alors qu'un client se tournait pour dire au revoir avant de quitter le magasin. Après l'avoir remercié et salué, j'ai attendu que la porte se ferme avant de m'autoriser à bâiller.

C'est pourquoi cela devrait être interdit de s'endormir sur un canapé. Non seulement vous réussissez à vous mettre les muscles en compote, mais vous vous réveillez étourdi et fatigué comme si vous n'aviez pas dormi depuis une semaine. Même dormir une nuit complète dans mon propre lit n'était pas parvenu à soulager la douleur dans ma nuque.

Je me demandai si la visite d'Alice avant-hier n'avait été qu'un rêve. Peut-être m'étais-je endormie samedi juste après être rentrée du travail et mon cerveau confus n'avait fait que l'imaginer. Cependant le souvenir de cette conversation que nous avions eu paraissait assez cohérente, et en général, mes songes n'étaient pas aussi sensés. Tout du moins, les miens.

J'ai secoué la tête, décidant que c'était impossible que ce soit juste un rêve. Hier matin lorsque je m'étais réveillée sur le canapé, une couverture avait été drapée sur moi. Alice avait été là – j'en étais certaine. Ça ne venait pas de mon imagination.

Je me suis demandé pourquoi elle avait décidé de partir sans m'en informer mais elle n'avait certainement pas voulu me réveiller. Ou peut-être qu'un imprévu urgent était survenu – et si quelque chose s'était passé ? Et si Jasper et Carlisle n'étaient pas revenus comme Alice l'avait vu ? Je n'avais aperçu personne hier et il va sans dire que ça m'inquiétait.

J'ai tenté de ne pas m'inquiéter et de tirer des conclusions hâtives mais cette fin de lundi après-midi était calme et il n'y avait aucun client pour m'occuper et me distraire de ces pensées. Je passai ensuite une heure à gérer la comptabilité et organiser quelques commandes de livres ainsi que de vérifier les listes de certains éditeurs à la recherche de titres intéressants. Je pris d'ailleurs un moment pour remercier la création d'Internet – sans lui il serait beaucoup plus difficile de maintenir une sélection suffisamment intéressante dans ce magasin.

Le son de la petite cloche qui tinta au-dessus de la porte me fit lever mon regard de l'écran de mon ordinateur portable. Ce son provoquait toujours cette même réaction en moi. Ou peut-être était-ce un réflexe, ce qui était plus probable : se lever si vous êtes assis, sourire poliment et saluer le client. Ce n'était jamais bon pour un vendeur si un client vous voyez assis et ayant l'air désintéressé. Pas même lorsque les muscles de votre nuque protestaient à chaque mouvement et que votre esprit dérivait vers un groupe de vampires qui pourraient éventuellement avoir des ennuis…

Mais cette fois la personne qui entra dans le magasin fit disparaître ce réflexe habituel. Ma salutation guillerette mourut sur mes lèvres tandis que je fronçai les sourcils de surprise.

Carlisle entra à l'intérieur avec un sourire réservé. Il referma la porte derrière lui en jetant un rapide coup d'œil autour de lui avant de me regarder à nouveau.

« Salut », le saluai-je tout en me levant et me sentant soudain très soulagée de le voir bien vivant. Je m'inquiétais plus pour lui que je ne voulais bien l'admettre. Je sentis que je me détendais et laissais échapper un profond soupir que j'avais apparemment retenu sans m'en rendre compte. Alors que le soulagement me submergeait et dérobait les mots qui étaient sur mes lèvres un instant plus tôt, je réalisai que je ne devrais pas ressentir ça… être heureuse. Je ne devrais pas être aussi heureuse de le revoir.

Me secouant à cette pensée, je lui adressai un sourire amical et espérai qu'il n'avait pas remarqué à quel point son arrivée m'avait affectée. « Je pensais que tu ne t'aventurerais jamais à venir jusqu'ici alors même que je te l'ai proposé », dis-je.

Carlisle me fit un petit sourire puis son regard balaya les hautes étagères dominant l'espace. « Bien sûr que je devais venir voir le lieu que tu aimes tant, me dit-il légèrement amusé. Et j'étais curieux de savoir s'il était tel que je l'imaginais »

Je levai un sourcil vers lui. « Alors ? »

Il s'approcha du comptoir en souriant. « C'est tout à fait le cas », déclara-t-il, regardant toujours autour de lui. J'ai étudié l'espace en essayant de le voir de son point de vue. Souhaitant le voir comme la première fois que j'y étais entrée.

Les planchers étaient en bois foncé, assortis aux étagères imposantes qui entouraient les murs. En plus de celles-ci, il y avait plusieurs étagères uniformément situées dans l'espace. Les murs étaient de couleur rouge bordeaux. On pourrait dire que la teinte pouvait rendre le magasin plus petit mais cela ne me dérangeait pas. J'aimais l'atmosphère chaleureuse qu'elle créait.

J'avais un jour prévu de réorganiser les étagères afin d'obtenir un espace supplémentaire et placer un ou deux canapés dans l'un des coins. Ce qui permettrait d'ajouter une touche agréable au magasin tout en mettant les clients plus à l'aise et peut-être même les inciter à rester plus longtemps. Je ne m'étais jamais lancée pour faire ce que j'avais prévu mais je m'étais promis de le faire un jour.

« C'est merveilleux », entendis-je Carlisle en faire l'éloge, sa voix me tirant de mes pensées. Il jeta encore un coup d'œil dans le magasin avant de faire quelques pas de plus et de s'arrêter de l'autre côté du comptoir. « Ça te ressemble », complimenta-t-il.

J'ai haussé les épaules mais je ne pus m'empêcher de sourire. « La précédente propriétaire devrait en obtenir tout le crédit, admis-je. Elle a fait le plus gros du travail pour que cet endroit soit ce qu'il est maintenant.

– Mais tu le perpétues, fit remarquer Carlisle. Tu t'assures qu'il continue à exister. Ce n'est pas moins important »

Rougissant sous ses louanges, j'évitai ses yeux dorés. Je me demandai pourquoi j'étais si troublée par son regard. Je lui fis un signe de la tête vers la chaise de l'autre côté du comptoir pour me donner contenance. « Assieds-toi », proposai-je en me raclant la gorge.

Cette fin d'après-midi se déroula comme elle l'avait fait jusqu'à présent – tranquillement. Personne ne nous a interrompus tandis que je m'asseyais face à Carlisle en me demandant ce qui s'était passé durant le weekend et s'il avait découvert quelque chose avec Jasper.

« C'était une fausse alerte, expliqua Carlisle. Nous sommes rentrés hier mais nous avons décidé durant quelques heures de faire le tour de la ville afin de nous assurer que nous n'avions rien raté. Rien ne vaut d'être trop prudent, surtout après ça »

Je fronçai les sourcils à ses derniers mots en commençant distraitement à jouer avec le stylo du comptoir. « Mais Alice m'a dit que ce n'était qu'une piste d'un nomade que Jasper avait intercepté, dis-je. Ou y a-t-il autre chose qu'elle ne m'a pas dit ? »

Il secoua la tête. « Non, c'était un nomade. Mais ce que je voulais dire c'est que désormais nous devions faire plus attention. Ce nomade aurait facilement pu être quelqu'un d'autre avec de mauvaises intentions et s'il était parvenu à se rapprocher plus… » Une ombre inquiète passa dans ses yeux dorés. Pour une quelconque raison, cela m'a presque étonnée. J'avais rarement vu Carlisle aussi sombre.

« Je suis certaine que tu l'aurais su, lui assurai-je ne voulant pas qu'il soit si affligé. Je sais que tu n'aurais rien laissé arriver » Pour une quelconque raison il était important qu'il sache que je leur faisais confiance, que je lui faisais confiance. Parce que c'était le cas. Ce qui était peut-être la raison pour laquelle j'avais abordé cette situation si calmement depuis tout ce temps. Parce que je savais que j'étais en sécurité. Parce que toute mon inquiétude était dirigée vers eux, vers leur sécurité. Pas la mienne.

A l'extérieur du magasin, la fin d'après-midi se transformait en soirée tandis que l'obscurité engloutissait la lumière de ce jour gris. J'ai commencé à ranger, à disposer les livres sur les étagères et de m'assurer que tout était en ordre pour demain.

« Alice m'a dit de te dire bonjour, dit soudainement Carlisle en me lançant un regard curieux. J'ai entendu dire qu'elle a passé quelques heures avec toi pendant que nous étions partis avec Jasper.

– En effet », répondis-je en fermant la caisse et mettant la clé dans ma poche. En levant un sourcil à son attention, je me dirigeai vers la porte et retournai l'écriteau sur la porte d'ouvert à fermé. « J'ai été un peu surprise de la voir au début. C'était étrange de pouvoir lui parler après si longtemps »

Carlisle acquiesça. « Je n'en doute pas. Alice… eh bien, tu lui as beaucoup manqué. Elle avait hâte d'avoir la chance de passer de nouveau du temps avec toi » Il se leva de son siège en voyant que je me préparais à partir.

Je lui ai servi un sourire distrait, ravie de l'entendre dire ça. Les mots d'Alice me revinrent soudainement à la mémoire, me faisant froncer les sourcils. Je n'étais pas censée me montrer à toi, avait-elle dit. J'imagine… eh bien, je ne voulais juste pas te déranger.

Ce qui me fit me demander ce qui causait sa réserve. Cela me rappelait comment Carlisle agissait parfois, comment il s'efforçait de me laisser de l'espace pour que je puisse continuer ma vie quotidienne aussi normalement que possible malgré la situation. Je ne savais toujours pas s'ils faisaient ça pour moi ou pour eux.

Perdue dans mes pensées, je me dirigeai vers l'arrière-boutique pour prendre mon manteau, l'attrapant doucement. Carlisle me regardait attentivement tandis que je revenais, remarquant que quelque chose me pesait.

« Ça ne va pas ? demanda-t-il tandis qu'une ride préoccupée apparaissait entre ses sourcils.

– Non pas vraiment. Ou bien… » Je secouai la tête tout en cherchant mes mots et me demandant si je devais être honnête avec lui. « C'est juste que… eh bien je n'arrive toujours pas à vous comprendre tous autant que vous êtes, déclarai-je. Quand j'ai parlé à Alice, j'ai eu l'impression qu'elle hésitait à venir me parler. Elle a dit qu'elle ne voulait pas me déranger. Et je me demandais… ressentez-vous le besoin de me laisser de l'espace parce que vous avez peur de perturber ma vie ou parce que je pourrais perturber la vôtre ? »

Carlisle secoua la tête et se rapprocha de deux pas. Il tendit la main pour prendre la mienne dans la sienne, une expression d'excuse sur son visage. « Bella ne pense jamais que tu pourrais nous déranger d'une manière ou d'une autre » Il me serra doucement la main. « Nous ne savons pas exactement comment tu prends la situation. C'est pourquoi nous essayons de nous assurer que tu sois à l'aise avec tout ça. Et si cela signifie que nous devons garder nos distances, c'est ce que nous ferons. Mais seulement si c'est ce que tu préfères »

J'ai ouvert la bouche pour dire quelque chose mais aucun son n'en sorti. Parce que je ne savais pas ce que je préférais – et je n'étais pas capable de prendre une décision tellement j'étais partagée. J'ignorais ce qu'ils ressentaient à propos de tout ça, d'être de retour dans ma vie. En ce qui me concerne seule Alice avait exprimé assez clairement ses sentiments. Et bien que Carlisle ait été celui qui avait été le plus présent au cours des deux dernières semaines, il restait plus ou moins réservé en ma compagnie.

Je savais qu'il n'était pas le seul à blâmer pour cette incertitude intérieure qui m'habitait, après tout c'est moi qui n'avais pas osé lui demander directement ce qu'il ressentait à ce sujet. Et j'étais trop lâche pour le demander tout de suite.

« Je m'habitue toujours à tout ça, admis-je en brisant le silence et rencontrant les yeux dorés de Carlisle. Mais je sais que je me sens bien quand tu es ici, comme je te l'ai déjà dit. Et il n'y a aucune raison pour que tu gardes tes distances si tu ne le souhaites pas. C'est très attentionné de votre part de me donner de l'espace mais je t'assure que ce n'est pas nécessaire »

Carlisle acquiesça. Il me fit un sourire qui était surtout soulagé puis il laissa ma main glisser hors de sa prise froide. Je ressentis aussitôt une sensation de perte, frissonnant intérieurement tandis que la surface de sa peau quittait la mienne. Je me suis demandé ce qui causait cette étrange sensation et j'ignorai si je devais me sentir confuse ou gênée à ce sujet.

Alors que je commençais à éteindre les lumières et à faire le tour de ma liste mental pour savoir si je n'avais rien oublié, j'ai soudain réalisé que la plupart des raisons entourant mon insécurité résidait dans l'incertitude de l'avenir. Parce que si je savais exactement ce qui se passerait demain, la semaine prochaine, le mois prochain ou chaque instant de la vision d'Alice, je savais que je serais plus à l'aise. Je ne savais tout simplement pas à quoi me préparer. Si je laissais sciemment les Cullen revenir dans ma vie, m'attacherais-je de nouveau à eux ? Et une fois leur mission terminée et libres de partir sans crainte qu'il m'arrive quelque chose, pourrais-je les regarder s'éloigner sans être triste ?

Je savais que rien n'était pareil qu'il y a huit ans. J'étais la même personne mais tellement différente. J'avais une vie différente, des opinions différentes, une vision différente de la vie. Mais ces différences m'avaient-elles rendu plus forte et sage ? Et plus important encore ces changements allaient-ils me faciliter les adieux et voir ces gens partir juste au moment où je m'étais habituée à l'idée qu'ils étaient de retour ?

Ne t'y habitue pas alors, me dis-je. Ne t'attache pas. Profites des quelques instants qu'ils passent avec toi et prépares-toi à l'idée qu'ils pourraient te quitter. Jouer la prudence.

Les conseils que je me donnais ne me ressemblait pas du tout. Faire preuve de prudence était la même chose que ne de pas oser quitter la maison de crainte de se casser une jambe ou se faire percuter par un bus. Jouer prudemment était l'équivalence de se retenir. Ce n'était pas vivre. Ce n'était pas une chose que je pouvais m'imaginer faire. Et ce n'était certainement pas une chose que je voulais faire.

« Est-ce que tout va bien ? »

Je sortis de ma rêverie en réalisant que ma main était figée sur l'interrupteur. Carlisle m'observait à nouveau avec une petite ride entre ses sourcils froncés.

« Oui », répondis-je en éteignant la dernière lumière et décidant que la question reviendrait plus tard quand ce sera l'heure. Essayant de ne pas me stresser, je me suis donné un nouveau conseil, quelque chose qui était plus ou moins cliché mais aussi particulièrement approprié à chaque situation.

Carpe Diem. Prendre le jour comme il vient. Profiter de l'instant présent.

Peu importe comment il se présente.


Carlisle me raccompagna jusque chez moi. Après l'avoir invité à entrer, je lui demandai si quelque chose d'autre s'était produit pendant le weekend à part le nomade qui s'était révélé être une fausse alerte.

Il secoua la tête tout en s'asseyant sur le canapé à côté de moi. « Rien de concret », répondit-il comme je m'y attendais. J'ai fouillé son visage essayant d'y lire des signes de frustration mais il paraissait surtout pensif. Il hésita un instant avant de se tourner vers moi en étudiant mon expression comme pour savoir ce que je pensais.

« Edward s'impatiente », révéla-t-il. Je fronçai les sourcils à ses mots mais ne montrait aucune autre réaction. Entendre le prénom d'Edward ne me causait que de la perplexité à présent et je ne savais quoi ressentir d'autre. Maintenant que je savais qu'il m'avait menti il y a huit ans pour me protéger, je me sentais un peu irritée par ses actions. Mais au-delà de cette irritation occasionnelle, je me sentais étrangement neutre à son sujet. Ce qui était un bon changement après l'ampleur des émotions que j'avais vécu une fois dès l'instant où je l'avais rencontré. Et qui s'était achevé à l'époque quelque part entre la préparation de mes valises et partir obstinément à la conquête du monde.

« Pourquoi il s'impatiente ? » demandai-je.

Carlisle prit le temps de réfléchir un instant alors qu'une ride se creusait entre ses sourcils. « Il est frustré parce que leurs recherches concernant Victoria reste infructueuse, expliqua-t-il. Il ressent le besoin de trouver quelque chose de concret au lieu d'attendre simplement que quelque chose se passe.

– Mais il n'y a pas grand-chose à faire, soulignai-je. Si ce n'est pas Victoria qui me poursuit et si ta théorie sur les Volturi est aussi invraisemblable que tu le penses, alors il n'y a pas grand-chose à faire »

Il acquiesça. « C'est vrai.

– A quoi pense-t-il alors ? demandai-je. Edward a-t-il une autre théorie ? »

Il secoua la tête. « Il y a eu un temps où il avait prévu de se rendre en Italie pour voir les Volturi », expliqua-t-il. Son ton était neutre mais d'une façon ou d'une autre je me doutais qu'il avait dû être en fort désaccord avec ce plan d'Edward. C'était peut-être la lueur dans ses yeux qui me fit croire cela. Il y avait quelque chose de désapprobateur dans son expression.

Je commençai à me demander depuis quand j'avais appris à si bien le lire. Carlisle n'était pas la personne la plus impénétrable que j'avais rencontré dans ma vie mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il n'était pas du tout réservé. Je me souvenais que les Cullen étaient tous un peu ainsi. J'imagine qu'ils le devaient car vivre parmi les humains exigeait au moins un certain degré de secret et de détachement de leur part. Cependant après ces courtes semaines que j'avais passé avec Carlisle, j'avais le sentiment que je commençais à bien décrypter ces émotions et donc à savoir ce qu'il ressentait. Parfois j'avais l'impression que nous étions sur la même longueur d'onde – ou plutôt la même fréquence. J'ai réalisé que je n'avais jamais ressenti ça avec Edward. Il avait toujours éprouvé des difficultés à savoir ce que je pensais et ressentais car mes pensées lui étaient hermétiques. Et de mon côté, j'avais toujours douté de ses sentiments à mon égard et j'avais du mal à croire qu'il se souciait réellement de moi. Pour une quelconque raison, je me sentais inférieure à lui ne comprenant pas comment il pouvait s'intéresser à une personne comme moi. Lui qui était si extraordinaire. Et moi qui était si ordinaire et si transparente que je pensais ne pas être assez bien pour lui.

Mes prunelles étudièrent la silhouette de Carlisle à côté de moi. J'étudiai sa posture, son visage et ses yeux. Ces derniers en particulier. La lueur de ses profondeurs dorées devenait soudain pensive, avec presque du regret. Encore une fois, je me demandai s'il y avait eu un désaccord entre Edward et lui, désaccord qu'il regrettait maintenant. Il y avait quelque chose qui n'allait pas à cette idée et j'espérais que leur longue amitié n'avait pas pâtis de la situation. Mais j'étais presque certaine du contraire Carlisle n'aurait pas laissé une telle chose se produire. Il évitait les conflits et même si un désaccord devait advenir, il ne les traitait qu'avec sagesse.

Il dut soudain sentir mes yeux l'étudier car il se tourna vers moi voyant que je ne disais rien. J'ai soudainement réalisé que nous étions assis très près l'un de l'autre, seulement quelques centimètres nous séparaient. Je ressentais la fraîcheur de son corps même si nous ne nous touchions pas. Je me demandai s'il ressentait la chaleur quitter mon corps comme je sentais la fraîcheur du sien. L'or de ses yeux qui brillait comme un coucher de soleil jouant sur les vagues de l'océan fut soudainement tout ce que je pus voir. Je me sentis paralysée comme si toute force avait déserté mon corps.

Je me détournai tout en me demandant pourquoi ses prunelles avaient tendance à m'immobiliser de cette manière. Elles n'avaient pas le droit de le faire. J'avais l'impression de ne plus être en phase avec moi-même, d'avoir des difficultés à retrouver l'équilibre que j'avais perdu. Pourquoi l'avais-je perdu ? Où s'était-il enfui ?

J'ai dégluti tout en rejouant ses mots précédents dans ma tête pour essayer de retrouver ceux qui m'avaient fui. « Pourquoi se rendre chez les Volturi pour résoudre la situation ? » demandai-je en m'aventurant à le regarder. Qu'est-ce qu'Edward avait exactement en tête ? »

Carlisle se tourna pour observer le soir assombrir ma fenêtre. Il chercha ses mots pendant un moment ayant soudainement l'air de tenter de retrouver sa concentration. « Edward a suggéré qu'en cas où les Volturi seraient derrière la vision d'Alice, commença-t-il en regardant de nouveau vers moi, que nous devrions les raisonner. Essayer de les convaincre que ta connaissance de notre existence n'est pas d'une quelconque menace. Il espérait qu'ils feraient une exception pour toi et épargnerait ta vie.

– Font-ils des exceptions ? » demandai-je avec confusion. J'avais cru comprendre que les Volturi étaient plutôt intransigeants à ce sujet.

« Rarement, répondit Carlisle. Hormis lorsqu'ils peuvent en tirer du bénéfice. Tu n'es pas la seule humaine au courant pour les vampires, admit-il. Les Volturi recrutent de temps à autres des humains afin de les utiliser comme paravent. Ils travaillent comme secrétaires ou réceptionnistes – des serviteurs. Mais j'imagine qu'ils ne sont que des matières premières aux yeux des Volturi – facilement remplaçables.

– Alors ces serviteurs humains connaissent les vampires ? Ils savent ce que sont réellement les Volturi ?

– Oui mais ils gardent le secret – pas qu'ils aient le choix – et ils espèrent généralement devenir eux-mêmes des vampires » Il fit une pause tout en me lançant un regard prudent. « Mais ce souhait est souvent vain. Comme je te l'ai dit les Volturi les considèrent comme des matières premières dont on se débarrasse une fois qu'elles ont rempli leur objectif »

J'ai hoché la tête, comprenant. J'ai tenté de combattre l'image de corps exsangues et de vampires aux yeux rouge brillant et je regardai de nouveau Carlisle en étudiant son expression.

« Bien que je puisse comprendre la frustration d'Edward, je pense que sa proposition est trop risquée, poursuivit-il. Il serait insensé de notre part de porter à leur connaissance ton existence alors que nous ne sommes pas certains qu'ils la connaissent ou qu'ils aient quelque chose à voir avec la vision d'Alice.

– Peut-être qu'Edward souhaitait examiner discrètement leurs intentions, suggérai-je, sans leur révéler tout de suite la situation.

– Bien que cela pourrait fonctionner avec n'importe qui d'autre, c'est impossible avec les Volturi, dit-il. Ils ont la capacité de savoir exactement ce qu'Edward aurait à l'esprit – littéralement. Les Volturi possèdent de nombreux vampires aux compétences extraordinaires et l'un des chefs détient un pouvoir plutôt efficace lorsqu'il s'agit de récupérer des informations »

Je fronçai les sourcils. « Quel genre de pouvoir ?

– Il est assez similaire à celui d'Edward mais en beaucoup plus approfondi, répondit Carlisle. L'un des trois dirigeants – Aro est son nom – peut voir chaque pensée qu'une personne a eu durant son existence. Ce n'est qu'avec sa main qu'il peut lire chaque pensée qui nous passe par la tête. Après ça il te connaît aussi bien qu'il se connait lui-même. Il n'existe aucun moyen de le tromper – il serait même stupide d'essayer.

– C'est glauque », murmurai-je tandis que des frissons remontaient le long de mon échine. L'idée que quelqu'un puisse lire toutes les pensées qui me traversaient l'esprit était plus que troublante.

Carlisle acquiesça. « C'est pourquoi je ne suis pas prêt à considérer la suggestion d'Edward. Le risque serait trop élevé »

Hochant la tête, je ne pus m'empêcher d'être d'accord. Je devinai que l'entreprise d'Edward ne risquerait pas seulement ma vie mais aussi celle des Cullen. Je ne voulais pas qu'ils soient punis à cause de moi, et d'après ce que j'avais entendu des Volturi, les Cullen risquaient gros pour avoir enfreint les règles.

« Crois-tu toujours qu'il soit plus qu'improbable que les Volturi connaissent mon existence ? demandai-je soudain inquiète.

– Oui, répondit Carlisle. Mais cela ne nous empêche pas de faire des hypothèses. Aussi improbable que soit l'idée que ce soit eux derrière tout ça, je suis prêt à considérer toutes les possibilités aussi petites soient-elles »

Un frisson involontaire me traversa. J'ai essayé de le lui cacher mais bien entendu Carlisle le remarqua.

« Quand je dis que je suis prêt à considérer toutes les options, expliqua-t-il, je veux dire que je suis prêt à tout faire pour empêcher que tu te retrouves au milieu. Tu n'as rien fait de mal et je ferais n'importe quoi pour les en convaincre. Tu n'as pas à avoir peur Bella.

– Je n'ai pas peur pour moi, dis-je, car même si vous parvenez à les convaincre de ma prétendue innocence, vous vous condamnerez par la même occasion. Et s'ils décident de vous punir pour m'avoir permis de découvrir ce que vous êtes et de ne pas vous être débarrassé de moi ?

– Ce ne sont que des spéculations, rappela doucement Carlisle voulant sans aucun doute me rassurer. Notre théorie sur les Volturi n'est que cela – une théorie. Tu ne devrais pas t'en préoccuper » Un sourire tendre apparut sur ses lèvres. « Et ne t'inquiète pas pour notre sécurité Bella. Notre intention est de veiller sur toi et non l'inverse » Il leva sa main pour effleurer mon menton de son pouce. Le toucher fut doux et tendre. La sensation de sa peau fraîche contre ma peau chaude me fit frissonner. J'ai essayé de me dire que c'était à cause du froid mais mon cœur qui s'emballait était plus difficile à convaincre.

C'était futile d'espérer qu'il n'entendrait pas mon cœur accélérer son rythme, bien sûr qu'il l'entendait. Je me sentis soudain très gênée et me détournai rapidement de ses yeux dorés.

Le contact de Carlisle quitta ma peau. J'étais tiraillée entre déception et soulagement tout en essayant de chasser ses deux sentiments. Me raclant la gorge, j'ai essayé de trouver quelque chose à dire. L'air entre nous paraissait soudainement plus lourd et semblait onduler comme des vagues de chaleur sur le sol réchauffé par le soleil.

« Comment va ta main ? » l'entendis-je demander doucement et je me suis efforcée à me concentrer sur sa question. Il me fallut un moment avant que je comprenne de quoi il parlait. Regardant la paume de ma main droite, je la lui montrai rapidement.

« Ça va, répondis-je en me penchant plus près pour étudier les coupures qui guérissaient. Elles ont déjà formé une croûte »

Carlisle acquiesça tandis que son regard passait presque involontairement le long de mon bras. Les manches courtes de mon T-Shirt lui permirent de voir la longue cicatrice près de mon coude. Je l'ai vu étudier la peau claire qui était légèrement irrégulière là où le verre l'avait coupé la nuit de mon dix-huitième anniversaire.

« Je devrais aller plus doucement avec ce bras à partir de maintenant, plaisantai-je. Il a traversé de durs moments au fil des ans »

Carlisle arracha son regard de la blessure cicatrisée qu'il avait refermé une fois puis me fit un sourire triste. Je me demandai où ses pensées avaient dérivé maintenant. Songeait-il à cette nuit qui avait tout changé ? Lorsque toutes nos vies avaient pris une tournure soudaine uniquement à cause d'une minuscule coupure de papier ? Il était ironique qu'un petit instant comme celui-ci puisse avoir un impact aussi énorme sur nos vies. Et je devais me demander, et si ma maladresse m'avait abandonné pendant une courte seconde et que ce papier innocent ne m'avait pas tranché le doigt ? Où serais-je maintenant ? Serais-je encore ici ? Est-ce que quelque chose d'autre se serait produit plus tard et qu'Edward aurait jugé trop nuisible pour moi ?

Je ne pouvais pas savoir. Et j'ai réalisé que je ne le souhaitais même pas. Que se passerait-il si cela s'avérait vain ? Et ruminer de telles pensées ne rendait pas plus sage. Parce que si une chose comme le destin existait, je voulais croire qu'il n'existait aucun moyen d'en changer le cours une fois que vous vous dirigiez vers lui. Et si ce n'était pas vain comme des gouttes d'eau dans l'océan ou des grains de sable dans le désert. Tout serait noyé, perdu et oublié tout comme le plus important.

Car je sentais que si elles n'étaient que des opportunités perdues qu'on essayait de posséder, cela était vain de s'y pencher alors qu'on ne les vivrait jamais. Des fractions éparses du temps qu'on laissait définitivement derrière soi lorsque la vie continuait.

Le bout de mes doigts caressa la cicatrice blanche sur mon bras. J'ai levé les yeux vers Carlisle pour remarquer qu'il m'observait. Une interrogation me vint à l'esprit, une chose que je désirais demander depuis un moment maintenant. Ou n'étais-ce pas une interrogation à proprement dite. Mais plutôt une demande générale.

« Je n'ai jamais su comment cette nuit avait affecté Jasper, murmurai-je en guettant sa réaction. J'espère qu'il ne cultive pas de mauvais sentiments après ce qu'il s'est passé »

Le sourire de Carlisle fut rassurant. « Je suis sûr qu'il espère la même chose pour toi – que tu ne ressentes aucun malaise, dit-il doucement. Il a honte de ses actions et craint toujours que son attaque n'ait ôté la confiance que tu lui accordais.

– Pourquoi ? demandai-je en fronçant les sourcils.

– A cause de ce que nous sommes. Son contrôle n'a glissé qu'une fraction de seconde et cela aurait pu te coûter très cher. Ce qui s'est passé fut…

– … seulement naturel, dis-je en le coupant doucement. Nous agissons tous selon nos instincts. Et c'est ce que Jasper a fait. S'il avait eu un moyen de s'arrêter, il l'aurait fait. Je le sais. Il n'y avait rien de prémédité dans son acte »

Carlisle soupira doucement. « Je suis d'accord avec le fait qu'il ne devrait pas être trop dur avec lui-même, déclara-t-il, mais je suis triste que tu aies fini par être blessée. Cela n'aurait jamais dû arriver.

– C'était un accident, déclarai-je fermement. Et d'ailleurs cela n'aurait pas dû être une surprise qu'un petit morceaux de papier devienne un objet dangereux dans mes mains. Tout ce qui est autour de moi, en particulier ce que je manipule, devrait être rembourré. Ce serait plus sûr pour tout le monde »

Il gloussa à me mots ce qui permit de briser la tension que la conversation avait provoqué. Je lui souris puis soulevai mes pieds du sol et pliai mes jambes sous moi. Hésitante, j'ai rencontré son regard. « Pourrais-tu dire à Jasper qu'il n'a pas besoin de s'inquiéter ? demandai-je. Et que je suis désolée pour ce qui s'est passé ? Je déteste penser qu'il regrette quelque chose où il ne pouvait rien y faire »

Les yeux de Carlisle furent légèrement prudents lorsqu'il répondit. « Peut-être que tu pourrais le lui dire toi-même, suggéra-t-il prudemment. Je suis sûr que cela signifierait beaucoup pour lui de l'entendre de ta part »

Je fronçai les sourcils à sa suggestion en pensant à la possibilité de revoir Jasper. L'idée n'était pas si désagréable – pourquoi le serait-ce ? Cela faisait si longtemps que je ne l'avais pas vu et depuis qu'il veillait sur moi avec Alice et Carlisle, il était un peu inévitable que je le croise tôt ou tard.

Je lui fis un rapide sourire en hochant la tête. « D'accord. Ce serait bien de le voir un de ces jours »

Il se détendit visiblement peut-être avait-il craint que je ne refuse.

La soirée s'écoula avec mes rituels habituels. Je m'étais fait du thé et quelque chose à manger pendant que je parcourais certains documents que je n'avais pas réussi à terminer dans l'après-midi. Carlisle s'était plongé dans un livre qu'il avait déniché dans ma petite bibliothèque et presque involontairement mon regard glissait vers lui de temps en temps. J'observai la manière dont ses yeux dorés se déplaçaient à travers les pages pour en saisir chaque mot. Son rythme ne semblait pas pressé ce qui me paraissait inhabituel pour les vampires. J'avais plusieurs fois vu Edward lire et généralement une ou deux secondes s'étaient écoulées quand il avait fini. Je me demandai pourquoi Carlisle choisissait de lire lentement – peut-être aimait-il ça. D'une manière ou d'une autre cela correspondait à bien des égards à sa nature de faire quelque chose d'aussi simple que de lire comme les humains.

Je le regardai derrière ma tasse de thé tout en notant comment la faible lumière du salon créait des ombres sur son visage. La couleur de ses cheveux variait entre différents tons d'or qui était très similaire à la teinte de ses yeux. Il ressemblait à un ange.

Soudain il leva les yeux de son livre, devant sentir sans aucun doute mon regard. Je jetai un coup d'œil aux papiers éparpillés sur le comptoir assez gênée qu'il m'ait surprise en train de le regarder. Me raclant la gorge, je me mis à siroter mon thé tout en le regardant timidement pour voir son expression.

Il m'observait avec un petit sourire sur son visage. Enfin pas tout à fait. Ses lèvres ne souriaient pas en réalité, mais ses prunelles oui. Je l'ai entendu se racler doucement la gorge puis il tourna une page du livre qu'il tenait.

« Comment vont tes parents ? » demanda-t-il en me surprenant à nouveau. La question était simple et amicale mais pour une quelconque raison elle me laissa sans voix. La question n'aurait pas dû paraître bizarre après toutes ses semaines passées en sa compagnie. Mais honnêtement nous avions rarement abordé des sujets personnels. Il y avait bien eu cette discussion sur Esmée et plus tard sur Adrian mais à part ces brèves conversations, nous n'avions pas parlé de chose trop privées.

« Ils vont bien », répondis-je. En réalité contente qu'il s'en soucie suffisamment pour le demander. « Charlie aurait pu prendre sa retraire il y a un moment mais il en déteste même l'idée. Il préférerait se couper le bras plutôt que de s'arrêter de travailler »

Carlisle sourit. « Je peux bien comprendre ce sentiment, déclara-t-il. Et ta mère ? Comment va-t-elle ?

– Bien. Elle vit toujours en Floride avec Phil, répondis-je. Elle continue de me bombarder d'appels téléphoniques de temps à autre en m'interrogeant sur les raisons pour lesquelles je ne viens pas plus lui rendre visite » J'ai haussé les épaules en me demandant combien de temps il lui faudrait pour s'habituer à l'idée que je ne vive plus avec elle. Cela faisait des années que j'avais déménagé et elle ne s'était en quelque sorte toujours pas remise. Je souris avec tendresse en pensant à ma mère tout en sachant que Phil ferait en sorte que les factures soient payées et qu'il y ait toujours quelque chose à manger dans le frigo.

Le souvenir du visage de ma mère me fit ressentir une étrange sensation. J'avais l'impression d'avoir oublié une chose importante. J'ai essayé de me pencher sur l'étrange sensation afin de découvrir de quoi il s'agissait mais je n'y suis pas parvenue. Je secouai la tête tout en me préparant à dire autre chose à Carlisle quand soudain une voix atténuée par les heures et le sommeil, atteignit mes oreilles.

« Tu dois choisir » Les yeux de Renée étaient bleus comme la lumière de la lune. Je me souvenais d'elle debout et de l'eau jusqu'aux chevilles tout en tenant l'ourlet de sa robe d'été afin de l'empêche de se mouiller. « Mais avant de choisir, tu dois savoir ce qui te convient.

Je ne sais pas ce qui me convient, avais-je répondu. Je ne veux pas choisir »

Le fragile souvenir du rêve s'éloigna. J'ai cligné des yeux tout en me demandant le sens derrière tout ça. Me serais-je souvenu du rêve si Carlisle n'avait pas posé des questions sur ma mère ? Sirotant mon thé, je me suis rendu compte qu'il faisait froid. Levant les yeux du comptoir, je vis Carlisle me regarder tandis qu'un petit froncement de sourcils jouait sur ses traits.

« Est-ce que tout va bien ? demanda-t-il devant se demander pourquoi j'étais si soudainement plongée dans mes pensées.

– Très bien, répondis-je, c'est juste à propos d'un rêve que j'ai fait. Ça me perturbe »

Je pouvais voir qu'il était tenté de m'interroger sur ce rêve mais qu'il hésitait devant apparemment se demander s'il était approprié de s'y pencher. Je commençai à remettre de l'ordre dans mes papiers sur le comptoir en les empilant et je m'interrogeai sur ce que je devrais répondre au cas où il déciderait de demander. Il y avait quelque chose d'étrange dans ce rêve et je sentais que je devrais le comprendre de moi-même avant d'en parler à quelqu'un.

Et d'ailleurs ce n'était qu'un rêve – ils n'avaient jamais de sens.

Je décidais de prendre une douche et pour une fois Carlisle ne proposa pas de partir de crainte de me gêner. Je suppose qu'il s'habituait petit à petit à passer du temps chez moi. Je me suis surprise à sourire en le voyant assis sur mon petit canapé tandis que ses yeux dévoraient le livre qu'il lisait. Je reconnus cette ferveur silencieuse dans son regard, cette soif sans fin de mots. J'avais toujours cru être quelqu'un d'anormal à me plonger dans un monde d'histoires et de mots tout en y restant durant des heures. Mais j'imagine que ce n'était pas le cas – au moins Carlisle semblait partager cette qualité particulière avec moi.

Souriant, je sortis du salon en fermant doucement la porte de ma chambre derrière moi.


Fermant les yeux, j'inspirai profondément. J'appréciais l'odeur de l'air frais. La lumière grise de l'après-midi disparaissait rapidement tout en peignant le paysage de différentes teintes de noir et de brun. Je tendis la main pour ramasser une feuille d'érable tombée au sol la faisant jouer entre mes doigts. Incapable de résister à la tentation, je l'ai approché de mes narines pour en sentir l'odeur terreuse.

La créature élancée cheminant à côté de moi me lança un regard appuyé. Elle me fixait comme si une deuxième tête m'était poussée.

« Quoi ? demandai-je. Ça sent bon »

Alice secoua la tête, incapable de réprimer son sourire. Je lui tendis la feuille d'érable ce qui la fit lever sa main pour décliner. « Je te crois, rit-elle, mais j'ai toujours pensé que tu étais le genre de personne à aimer sentir des choses comme des fleurs ou de l'herbe fraîchement coupée… enfin tu sais – des choses plus estivales »

J'ai haussé les épaules tout en faisant rouler la feuille entre mon pouce et mon index. « Je n'ai rien contre les fleurs et l'herbe fraîchement coupée, déclarai-je. J'imagine que je ne suis plus comme autrefois, une enfant de l'été »

Elle me regarda avec une expression curieuse sur le visage. « Ce n'est pas la seule chose qui a changé »

Je levai un sourcil vers elle. « Que veux-tu dire ? »

Elle haussa les épaules tout en faisant quelques pas rapides sur la route goudronnée, ils ressemblaient à des pas de danse alors même qu'elle ne faisait que marcher. « Rien de particulier, répondit-elle. C'est juste que tu as beaucoup changé. Je te regarde, j'écoute ta façon de parler et parfois je peux à peine te reconnaître. Mais en même temps tu es la même Bella que j'ai connu il y a toutes ses années. C'est une étrange contradiction.

– Étrange dans le mauvais sens ?

– Non » Alice ralentit le pas pour saisir soudainement ma main. Il y avait de l'espièglerie dans ses yeux, une malice. « Dans le bon sens »

Je lui souris incapable de nier que sa compagnie m'avait beaucoup manqué.

Nous marchions en silence tout en observant la lumière grise de cette fin d'après-midi s'échapper pour amener le retour du soir. J'ai remonté le col de mon manteau pour me protéger la gorge et pour tenter de maintenir le froid à distance.

« Jusqu'où veux-tu aller ? » entendis-je Alice demander. Elle avait accepté de m'accompagner pour une promenade après que je sois rentrée du travail quelques heures auparavant. Elle m'avait annoncé que Jasper avait proposé à Carlisle de le rejoindre pour une partie de chasse. Je ne l'avais pas vu du tout aujourd'hui – il était parti avant mon réveil ce matin. J'étais très habituée à sa présence la nuit chez moi à lire tranquillement mes livres tout en surveillant l'environnement et se tenant prêt face à tout intrus.

Cet intrus inconnu ne s'était toujours pas montré. Je savais que j'aurais dû être soulagée et même contente que la situation reste calme mais à dire vrai, je commençais à m'inquiéter un peu. C'était comme le calme avant la tempête.

Mais j'ai essayé de ne pas m'appesantir sur ce sentiment car je n'avais aucune bonne raison de le faire. A vrai dire peu de choses avaient changé dans ma vie au cours des dernières semaines. Pour une quelconque raison, je m'étais attendue à ce que ça change bien plus maintenant que les Cullen étaient de retour – bien que j'ignorais pourquoi. Mais les jours s'écoulaient dans un flou tandis que les instants se transformaient en heures et les heures en jours. L'automne était bien entamé à présent, apportant avec la lui la promesse de l'hiver. Le temps devenait plus froid et les nuits plus longues. Ma vie restait une constante de travail confortable, de clients et de livres. Et d'une manière ou d'une autre, presque discrètement, Carlisle et Alice s'étaient glissés dans cette constante. J'étais maintenant habituée à leur compagnie en fin de soirée. Bien que de coutume se soit juste Carlisle qui me tienne compagnie et veille sur moi.

« Disons de simplement faire le tour du parc si ça te va, suggérai-je en répondant à la question précédente d'Alice. C'est ce que Carlisle et moi faisons de temps à autre » Me promener dans le parc réussissait toujours à me rassurer. Il y avait simplement quelque chose d'apaisant dans cet endroit.

« Oui. J'en suis consciente », déclara Alice avec un sourire dans la voix. Je me tournai pour lui faire face avec un froncement de sourcil curieux mais elle changea de sujet si brusquement que j'oubliais bientôt son commentaire. « Esmée a appelé hier », me dit-elle en jetant en coup d'œil à un homme qui promenait son chien pas loin de nous. Le chien se figea lorsque nous les dépassâmes et j'aurais pu jurer l'avoir vu rétrécir ses yeux brun doré. Je m'étais toujours demandé si les animaux ressentaient que les Cullen étaient différents. Au moins ce chien sentait qu'Alice n'était pas une humaine ordinaire. J'ai entendu un grognement bruyant derrière nous et j'ai jeté un coup d'œil par-dessus mon épaule pour voir le propriétaire du chien essayer de calmer l'animal.

Alice haussa les épaules en ne prêtant aucune attention au chien.

« Comment va Esmée ? demandai-je en me rappelant ses mots précédents.

– Bien, répondit Alice, bien qu'un peu frustrée peut-être. Elle m'a dit de te dire bonjour – elle est toujours assez vexée de ne pouvoir participer à notre petite opération. Mais Miguel est assez catégorique pour qu'elle ne quitte pas l'Alaska.

– Eh bien il ne semble pas qu'il y ait grand-chose à faire ici », notai-je. Hésitante, je la regardai. « Tu sais… en parlant d'Esmée. Je dois admettre que pendant un moment, je l'ai perçu différemment après avoir entendu ce qui s'était passé entre elle et Carlisle. Elle m'a semblé être une étrangère pendant un moment » Je regardai la réaction d'Alice en me demandant si mon honnêteté l'offensait. Esmée était à bien des égards comme une mère pour elle.

Elle prit le temps de réfléchir à ce que je venais de dire, gardant longtemps le silence. « Je peux comprendre pourquoi tu as ressenti ça, répondit-elle. J'ai été aussi stupéfaite lorsque j'ai eu la vision de sa rencontre avec Miguel. Et je savais ce qui allait se passer. Je me sens un peu coupable de ne pas avoir pu avertir Carlisle quand ils sont partis rejoindre les Denali ce jour-là. Nous voyagions avec Jasper à l'époque et avant d'avoir pu réussir à rejoindre une civilisation ou même des téléphones, il était déjà trop tard.

– Je ne pense pas que cela aurait fait une grande différence, remarquai-je. Je suis certaine qu'ils seraient partis aider les Denali de toute façon. Surtout Carlisle »

Alice acquiesça pour approuver. Je lui lançai un regard curieux.

« Est-ce qu'ils s'entendent bien ? demandai-je. Carlisle et Miguel ? »

Elle rit. « Désigne-moi une personne avec qui Carlisle ne s'entendrait pas, sourit-elle. Bien sûr qu'ils s'entendent bien. Et Miguel est plutôt gentil une fois que tu le connais. Bien que je dois admettre que nous tous au début, excepté Carlisle, l'avons vu d'un mauvais œil – en particulier Rosalie – mais finalement nous avons accepté la situation. Beaucoup de choses ont changé après la rencontre d'Esmée et Miguel mais j'imagine que c'est la vie. Les choses changent. Et parfois l'inattendu se produit.

– L'ensemble de ce concept me paraît toujours étrange, admis-je en essayant de comprendre les relations compliquées entre les vampires.

– Qu'est-ce qui t'embrouilles ? »

Haussant les épaules, j'ai essayé de retranscrire mes pensées en mots. « Tout je suppose. Carlisle m'a déjà expliqué pourquoi trouver son compagnon est si important pour les vampires. Mais j'imagine que c'est le manque de contrôle sur la situation qui m'intrigue. Je veux dire… tu es marié avec quelqu'un depuis plusieurs décennies et d'un seul coup – d'une simple seconde – tout peut soudainement changer. Il y a quelque chose de cruel »

Il y avait de la patience dans les yeux d'Alice de la compréhension. « Qu'est-ce qui selon toi a changé entre Carlisle et Esmée ? »

J'ouvris la bouche pour répondre tout en essayant de me remémorer ce que Carlisle avait dit.

« J'imagine que rien d'important n'a changé entre eux, dis-je pensivement. Carlisle a expliqué que l'amour qu'ils ressentaient l'un pour l'autre n'a pas disparu mais qu'il s'est transformé en amitié »

Alice acquiesça. « Exactement. Ils ne sont peut-être plus mariés et amoureux comme ils le furent mais ils sont toujours une famille comme ils l'ont toujours été. Ils s'aiment toujours mais c'est le genre d'amour que l'on ressent pour un ami très cher »

J'ai hoché la tête en comprenant ce qu'elle disait mais tout en me demandant si c'était toujours aussi simple qu'elle le laissait sous-entendre. Ou aussi sans douleur.

« Je ne pourrais pas vivre quelque chose comme ça et en sortir totalement indemne », m'entendis-je murmurer en pensant distraitement à Edward et à la difficulté que j'avais eu à surmonter son départ. Et je ne l'avais connu que depuis quelques mois, alors que Carlisle était avec Esmée depuis près d'un siècle.

« Tu es inquiète pour lui, déclara Alice ce qui me fit lui lancer un regard surpris, pour Carlisle.

– Quoi ? Pas exactement », marmonnai-je tout en me demandant si je l'étais. Étais-ce même dans mon droit de m'inquiéter pour lui ? « Je suis juste stupéfaite. Je ne comprends pas comment il parvient à rester si calme sur le sujet.

– C'est arrivé il y a de nombreuses années. Il a eu beaucoup de temps pour accepter ce qui s'est passé. Bien que tu sais qu'il est toujours si Carlislenesque dans tout ce qu'il fait, remarqua Alice dans un petit rire. Bien que je ne peux pas te reprocher de t'inquiéter. Le reste d'entre nous a réagi de la même façon après la rencontre de Miguel et Esmée. Lorsque Carlisle est revenu d'Alaska une fois que Miguel est parvenu à se contrôler, nous avons continué à veiller sur lui durant un moment. Carlisle était parti avec Esmée en ignorant qu'il reviendrait seul » Ses paroles s'attardèrent dans l'air entre nous et pendant un temps aucune de nous ne parla. Nous marchâmes juste dans un complet silence, Alice perdue dans ses pensées et moi essayant de comprendre qu'il existait une chose plus grande que le simple amour que l'on peut ressentir envers quelqu'un. Un amour qui pourrait nous être arraché à tout moment.

La pensée était globalement sombre et pas très joyeuse et elle aurait persisté longtemps dans mon esprit s'il n'y avait pas eu les paroles d'Alice qui suivirent.

« Carlisle le comprend, dit-elle soudain très doucement tandis que ses yeux dorés suivaient la route pavée devant nous. Ce qui s'est passé en Alaska ne peut lui faire sentir du ressentiment car ce qui est arrivé à Esmée est en quelque sorte quelque chose dont on ne peut que rêver. Beaucoup de vampires traversent leur existence sans fin et ne trouvent jamais celui ou celle auquel ils sont destinés. Ce n'est pas réellement rare de former un lien de compagnon avec quelqu'un mais ce n'est pas très courant non plus. Ça n'arrive pas tout le temps et pour tous les vampires. Quiconque a la chance de vivre ça… eh bien il va sans dire que ce n'est rien de moins qu'une bénédiction. Carlisle le sait. Et il est heureux qu'Esmée ait trouvé cette chose si remarquable »

Je regardai les flots sombres du lac sur notre gauche tandis que j'absorbais les paroles d'Alice. La balustrade métallique sous mes paumes était froide alors que j'y plaçais mes mains.

« L'amour en général n'est rien de moins qu'une bénédiction », murmurai-je. Elle acquiesça calmement en regardant tout comme moi les eaux sombres.

« C'est vrai, répondit-elle. Et je ne voulais pas en minimiser la valeur. Il n'y a pas beaucoup de différence entre l'amour et les sentiments qui naissent lorsqu'on rencontre son compagnon. Le lien de compagnon est juste plus intense. Immédiat. Tomber amoureux et finalement aimer quelqu'un du fond du cœur peut prendre du temps, mais quand tu rencontres ton compagnon… tous ces sentiments qui prennent du temps à se déployer et à progresser sont déjà là. Presque comme s'ils l'avaient toujours été » Elle s'arrêta comme cherchant ses mots. « Il n'y a rien que vous ne feriez pour cette personne. L'instinct de la protéger et de la maintenir en sécurité est écrasant. Je le compare à l'instinct d'une mère pour son enfant. Il est physiquement impossible de le combattre. Tu ne veux pas le combattre »

Je me souvins que Carlisle l'avait décrit de la même façon mais pas avec de tels détails. Il avait dit qu'il fallait en faire l'expérience pour bien le comprendre. Jetant un coup d'œil à Alice, je compris soudain pourquoi les mots lui étaient venus si aisément.

« Tu as un lien de compagnon, réalisai-je, avec Jasper »

Alice acquiesça. « Oui.

– Et Emmett et Rosalie ? »

Elle sourit tout en secouant la tête. « Ils sont juste amoureux, précisa-t-elle tout en faisant des guillemets avec ses doigts sur le « juste ». Mais comme je l'ai dit plus tôt, ne pas être compagnon ne signifie pas que l'amour qu'ils ressentent l'un pour l'autre est moins réel. Moins fort »

J'ai hoché la tête. « Je sais »

Soudain Alice grimpa sur la balustrade en métal se balançant dessus comme une funambule. A seulement quelques mètres au-dessous d'elle, les vagues sombres du lac s'entrechoquaient avec rage.

« Descends, la réprimandai-je. Quelqu'un pourrait te voir.

– Il n'y a personne ici », rit Alice et je ne pus que secouer la tête devant sa folie. Je savais qu'elle ne serait pas blessée s'il lui arriverait de tomber sur la côte rocheuse du lac. Et de toute façon, il serait très improbable qu'un vampire, en particulier Alice, soit instable sur ses pieds.

Mais quelque chose d'assez curieux se produisit. Alice se figea pendant une courte seconde puis elle sauta précipitamment de la balustrade glissante et faillit chanceler. Pour un étranger, il aurait semblé qu'elle s'était empressée de descendre car elle commençait à se sentir étourdie mais je savais que ça ne pouvait être le cas.

« Alice ? » demandai-je quand elle a commencé à s'appuyer contre la balustrade et la serrer de sa main comme si c'était la seule chose qui pouvait la maintenir debout. Une petite bosse apparue sur le métal fragile et elle retira vivement ses doigts. Dans l'obscurité de la soirée, je pus voir que ses yeux dorés regardaient aveuglément les vagues qui s'agitaient devant elle. Je me suis risquée à passer ma main devant ses yeux sans réponse de sa part. Je me demandai ce qu'elle pouvait bien voir – la vision semblant retenir toute son attention.

Elle cligna des yeux une fois, puis les ferma. « D'où cela vient-il ? » demanda-t-elle. J'avais le sentiment que la question ne m'était pas adressée. Sa voix était tendue comme sur le fil du rasoir. « Non… » Elle ouvrit et ferma les yeux en secouant la tête d'incrédulité. Ou de confusion ? Je l'ignorai. « Je ne parviens pas à comprendre. Je dois rentrer, murmura-t-elle, c'est important »

J'ai senti quelque chose toucher mes doigts. J'ai réalisé qu'elle essayait de me mettre un téléphone portable dans la main. Je le pris en lui lançant un regard perplexe.

« Appelle Carlisle », dit-elle d'une voix serrée. Cela ressemblait plus à un ordre qu'une demande.

« Que se passe-t-il ? » demandai-je en la regardant se diriger vers le banc en bois situé près de l'allée. Elle s'assit en levant les mains vers ses tempes comme si elle souffrait d'une terrible migraine.

« Appelle-le, dit Alice. Dis-lui que c'est important. Je dois réessayer pour voir – je ne veux pas le perdre »

Je ne comprenais rien à ses propos sans queue ni tête mais j'obéis silencieusement en commençant à faire dérouler les contacts du téléphone noir. Après avoir trouvé le numéro de Carlisle, j'ai appuyé sur le bouton vert tout en me demandant comment lui expliquer la situation. Je lançai un regard inquiet à Alice en m'asseyant à ses côtés tout en écoutant le bip du téléphone contre mon oreille. Carlisle répondit à la seconde sonnerie.

« Alice ? demanda-t-il d'un ton alerté.

– Non c'est moi », répondis-je en jetant un autre coup d'œil à la petite créature courbée sur le banc. Je touchai son épaule avec ma main sans réaction de sa part ses yeux étaient clos tandis qu'un froncement de sourcils concentré les surmontait.

« Bella ? Tout va bien ? » Si Carlisle avait seulement été en alerte auparavant, il semblait maintenant clairement inquiet. J'ai entendu Jasper demander ce qui n'allait pas en arrière-fond.

« Je ne suis pas sûre, répondis-je. Alice a une vision et elle m'a dit de t'appeler. Je ne sais pas ce qui se passe mais elle a l'air vraiment bizarre.

Reste avec elle », dit Carlisle. Je ne l'avais jamais entendu aussi être aussi ferme. « Nous serons là dans quelques instants.

– Nous sommes dans le parc, dis-je tandis que son ton sérieux me rendit encore plus inquiète.

Nous te trouverons. Quoi qu'il arrive Bella, reste où tu es » Après cela, la communication fut coupée.

Abaissant le téléphone portable de mon oreille, je regardai de nouveau Alice. Elle avait tiré ses genoux contre sa poitrine tandis que ses lèvres bougeaient silencieusement. On aurait dit qu'elle ne disait que des mots inaudibles. Ses yeux étaient toujours clos mais j'ai remarqué qu'elle paraissait relativement calme. Seul le petit froncement de sourcils apparaissant sur son visage de temps à autre me révélait que quelque chose la mettait mal à l'aise.

Je compris que sa vision n'était pas trop urgente car elle ne m'avait pas l'air pressé. Ou du moins rien ne nous menaçait en ce moment – sinon nous ne serions pas encore là, assises sur un banc dans un parc obscur. Néanmoins je me suis retrouvée à scruter le parc de mon regard, à observer l'ombre des arbres et à essayer de voir si quelqu'un s'y cachait et attendait le bon moment pour nous attaquer.

Il ne s'était écoulé que quelques minutes après l'appel téléphonique lorsque Jasper et Carlisle sont arrivés. Je ne savais pas à quelle distance ils étaient quand j'avais appelé mais il était évident qu'ils n'avaient pas perdu de temps pour venir jusqu'ici. Mes yeux ne purent même pas capter leurs mouvements car ils furent soudainement là, presque comme se matérialisant dans l'air. Heureusement il était tard et le parc était vide de toute présence hormis la nôtre. Ils n'auraient pas pu se déplacer si vite s'il y avait eu des gens présents.

Les cheveux de Jasper étaient ébouriffés par le vent alors qu'il s'accroupissait à côté du banc tout en prenant les mains d'Alice dans les siennes. Il me lança un bref coup d'œil mais hormis ça, il se concentra entièrement sur Alice.

Carlisle toucha mon épaule. Je me levai du banc pour le regarder.

Ses cheveux blonds repoussés en arrière par le vent, étaient légèrement ébouriffés par la course. La lueur dans ses yeux était alerte tandis que son regard passait de moi à Alice. Je suis allée me tenir à ses côtés puis je l'ai senti poser sa main sur mon épaule d'une manière protectrice.

« Qu'est-il arrivé ? » demanda-t-il doucement.

Je secouai la tête en regardant toujours Alice et attendant qu'elle sorte de sa transe. « Je ne suis pas sûre », répondis-je. Il me fallut un certain temps pour réaliser que je chuchotais comme si j'essayais de ne pas déranger Alice et Jasper. Ce dernier tenait toujours les mains d'Alice tout en fixant intensément son visage et ses yeux clos. « Elle a eu une vision mais je ne sais pas de quoi il s'agit. Elle a dit que c'était quelque chose d'important, expliquai-je. Je n'ai rien pu tirer d'autre d'elle »

Carlisle acquiesça. Sa main glissa de mon épaule mais je sentis le bout de ses doigts planer près de mon coude. Le contact de sa main était léger, à peine présent. Mais je sentis la fraîcheur de sa peau au travers de mon manteau alors qu'il maintenait sa main sur mon bras presque comme pour se détendre.

Je lui ai jeté un coup d'œil prudent. Un froncement de sourcils plissait son front et ses prunelles paraissaient plus ou moins sombres.

Après une minute ou deux, la petite silhouette d'Alice se détendit. Elle ouvrit les yeux tandis qu'un petit froncement de sourcils apparaissait sur son visage alors qu'elle regardait Jasper toujours accroupi devant elle. Leurs yeux se verrouillèrent. La confusion envahit leur deux paires d'yeux dorés d'abord celle d'Alice puis celle de Jasper.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Jasper en fronçant les sourcils.

Alice secoua la tête. « Je ne l'ai pas trouvé, murmura-t-elle. J'ai essayé d'avoir une image plus claire que ça mais je n'ai pas pu.

– Qu'as-tu vu ? » demanda Carlisle.

Elle le regarda puis moi. « Cette même vision de Bella, dit-elle me provoquant un frisson le long de mon échine. Elle n'a pas changé » Elle fit une pause tout en jetant un long regard à Jasper comme si elle pouvait trouver toutes les réponses dans ses yeux. « Mais j'ai aussi vu autre chose, poursuivit-elle. Juste avant la vision de Bella. Mais je ne peux pas l'identifier – cela n'a aucun sens.

– De quoi s'agissait-il ? » demandai-je. Jasper tourna la tête pour me regarder comme s'il venait de comprendre seulement maintenant que j'étais là. Nos yeux se rencontrèrent et l'écho d'un souvenir lointain m'envahit, de lui s'approchant de moi à travers la pièce le regard obscurci, des mains fraîches d'Edward alors qu'il me poussait hors du chemin…

Je me secouai mentalement à cette image. Peu importait que mon dernier souvenir de Jasper soit comme ça. Ce qui s'était passé il y a tout ce temps n'était pas une chose que j'utiliserais un jour contre lui. J'espérais qu'il le savait.

Jasper se détourna et je pouvais jurer avoir vu une sorte de froideur dans ses yeux. Presque de l'agressivité. Pendant un temps, je me sentis confuse. Mais après j'ai commencé à me demander s'il me détestait à cause de ce qui s'était passé. Carlisle m'avait dit qu'il avait honte de ce qui s'était passé et qu'il se reprochait toujours de m'avoir attaqué. Peut-être que la lueur dans son regard ne m'était pas adressée – peut-être que cette agressivité était dirigée contre lui-même. Je ne pouvais en être certaine.

Alice commença à expliquer sa vision avec plus de précision. Je chassai ses pensées pour essayer de mon concentrer sur ses paroles.

« C'était si soudain, disait-elle. Je parlais à Bella de quelque chose et l'image m'a frappé comme un éclair. Il y avait une femme dans ma vision – un vampire – et elle était blonde mais son visage restait flou. Je ne sais pas qui c'est.

– Pourrait-elle avoir un lien avec notre situation ? » se demanda Carlisle.

Alice secoua la tête. « Je ne sais pas. C'est possible.

– Retournes-y Alice, suggéra Jasper. Cherche quelque chose qui aurait pu la déclencher.

– J'ai déjà essayé, dit Alice. Mais je ne pouvais rien voir clairement. C'est pareil avec la vision que je continue d'avoir de Bella – elle est décousue comme si elle n'était qu'un petit fragment d'une grande série d'événements »

Nous restâmes tous silencieux un instant. Alice secoua la tête tandis que la perplexité se lisait sur tout son visage de chérubin. Jasper échangea un regard avec Carlisle puis se releva de sa position accroupie. Ses yeux se tournèrent vers moi durant un court instant mais il évita mon regard quand il remarqua que je l'observais.

J'ai réfléchi aux paroles d'Alice en me demandant pourquoi les visions qu'elle continuait d'avoir étaient si peu claires. « Peux-tu décrire les environs, demandai-je en scrutant ses yeux dorés, quand tu as eu la vision de ce vampire je veux dire »

Jasper et Carlisle lui lancèrent un regard curieux, attendant sa réponse.

Alice ferma les yeux en fronçant les sourcils. « De la neige, dit-elle.

– L'Alaska ? proposa Jasper.

Alice secoua la tête. « Je ne peux pas le dire, répondit-elle et elle haussa les épaules. C'est possible.

– La femme était-elle une des sœurs Denali ? suggéra Jasper. Tu as dit qu'elle était blonde »

Alice secoua la tête. « Son visage n'aurait pas été aussi trouble si c'était quelqu'un que je connaissais.

– Nous devrions en informer les Denali de toute façon, murmura Carlisle. Juste au cas où afin qu'ils gardent les yeux ouverts »

Jasper et Alice en convinrent tranquillement. Je suis restée silencieuse en commençant à distraitement rejouer dans ma tête la conversation des dernières minutes. Je sentais que la vision d'Alice avait quelque chose à voir avec notre situation. Il n'y avait pas d'autre explication. Mais malgré tout, il restait un nuage de mystère autour de tout ça. Je devais admettre que nous n'étions pas beaucoup plus avancés qu'il y a une heure. Mais au moins quelque chose avait changé – l'atmosphère stagnante qui régnait autour de nous ces dernières semaines, avait commencé à devenir pesante.

Après un certain temps, nous commençâmes à nous diriger vers chez moi. Jasper et Alice décidèrent de poursuivre leur chemin avant de se tourner vers l'allée menant à chez moi. Alice est venue me faire un rapide câlin en me disant de ne pas trop m'inquiéter. Elle me promit d'observer la situation et de m'informer si quelque chose de nouveau arrivait.

Jasper garda ses distances peut-être plus qu'avant. Ce qui ne me parut pas étrange vu qu'il était réservé de nature. Il se tenait à quelques mètre de là me regardant de temps à autre tandis qu'Alice me souhaita une bonne nuit. J'osai presque lui faire un signe de la main tout en voulant lui dire que ce fut agréable de le revoir, mais la lueur dans ses yeux était tellement froide que je gardais la bouche fermée.

Je déglutis et baissai les yeux en pensant que mes retrouvailles avec lui ne s'étaient pas passées comme je l'avais espéré. J'ai senti Carlisle toucher mon bras et j'ai levé le regard pour voir que ses prunelles dorées me regardaient.

« Pourquoi ne rentres-tu pas à l'intérieur, suggéra-t-il en faisant un signe de tête vers ma maison. Je serais bientôt là »

J'ai hoché la tête tout en jetant un bref coup d'œil à Alice et Jasper avant de me détourner. Je me demandai si Carlisle avait décidé de m'envoyer à l'intérieur pour qu'ils puissent parler de la situation sans ma présence. Si tel était le cas, je m'interrogeai sur la raison. Leur besoin d'en discuter sans moi ne m'offensait pas vraiment et en plus j'étais trop chamboulée du comportement de Jasper pour que ça me dérange.

Une vague d'air chaud m'accueilli alors que j'entrais à l'intérieur. Retirant mes chaussures et suspendant mon manteau, j'allumai la petite lampe près de le fenêtre mais laissant le reste de la maison dans l'obscurité. Le petit salon baignait dans la chaude lumière et je m'assis sur le canapé pour attendre Carlisle. Il était déjà assez tard et je savais que je devais me réveiller tôt le matin mais je voulais vraiment entendre son avis sur le vision d'Alice.

J'ai appuyé ma tête contre le dossier du canapé en fermant les yeux pour les reposer – juste un court moment. Mais avant même de m'en rendre compte, je m'assoupissais. Mes muscles se crispaient de temps à autre alors que mon corps essayait de s'endormir mais mon esprit refusait d'abandonner. Je flottai quelque part entre les rêves et la réalité jusqu'à ce que je sente soudainement quelque chose de doux toucher la peau de mon bras pour couvrir finalement tout mon corps.

Je m'éveillai de nouveau et ouvris les yeux pour voir Carlisle me recouvrir d'une couverture. Il me regarda avec regret tout en souriant doucement.

« Pardonne-moi, murmura-t-il. J'ai essayé de ne pas te réveiller.

– Ça va », murmurai-je en secouant la tête. Je me suis redressée sur le canapé tout en demandant si Alice et Jasper étaient partis. Carlisle hocha la tête tout en suggérant que je me rendorme mais je secouai à nouveau la tête car je me sentais plus alerte.

Je lui ai demandé ce qu'il pensait de la vision d'Alice et j'ai observé son visage alors qu'il s'asseyait sur la chaise près du canapé.

« Je n'en suis pas certain pour être honnête, admit-il. Je suis sûr que ça un lien avec la vision qu'elle continue d'avoir de toi mais sinon je n'en sais pas plus que toi »

Hochant la tête, je lui lançai un regard prudent. « Jasper n'avait aucune idée ? »

Il secoua la tête. Il rencontra mes yeux tout en rétrécissant légèrement les siens. Il savait que quelque chose me perturbait. Je pris une profonde inspiration en me demandant comment aborder le sujet.

« Jasper paraissait… tendu », dis-je en me souvenant de la froideur de son regard.

Carlisle acquiesça tout en me faisant un sourire rassurant. « C'est pourquoi je suis resté en arrière tout à l'heure – pour lui dire un mot. Je ne voulais pas que tu t'inquiètes au sujet de son attitude Bella.

– Mais il semblait presque en colère, notai-je

– Ce n'est pas parce qu'il était en colère contre toi, assura-t-il.

– Alors pourquoi ? »

Il se pencha en avant sur sa chaise tout en croisant les doigts. « Ce qui s'est passé ce soir l'a pris par surprise, expliqua-t-il. Il savait qu'il allait te rencontrer à un moment donné et il voulait simplement être préparé quand ce moment arriverait.

– Préparé ? demandai-je en me demandant s'il voulait dire après avoir chassé.

– Mentalement, expliqua Carlisle avec un petit sourire. Jasper n'aime pas quand des choses inattendues se produisent. Et ce qui s'est passé ce soir relève assez bien de cette catégorie. Il voulait faire le point avant de te revoir mais il n'a pas eu le temps pour ça » Il me regarda alors tout en soutenant mon regard du sien. « Mais Bella ce n'est pas seulement la situation soudaine qui l'a amené à agir comme il l'a fait. Ce sont les sentiments qu'il a ressentis en toi qui ont provoqué son attitude »

Je fronçai les sourcils en essayant de me souvenir de ce que j'avais ressenti en sa présence. « Que veux-tu dire ? » demandai-je.

Il resta silencieux un instant sans rompre la connexion entre nos regards. « Tu ne te sentais pas menacé en sa présence », déclara-t-il. Ce n'était pas une question mais je répondis tout de même.

« Bien sûr que non. Pourquoi l'aurais-je été ? »

Carlisle fronça les sourcils. « Compte tenu de ce qui s'est passé la dernière fois que vous étiez dans la même pièce c'était une chose à laquelle Jasper s'attendait. Mais quand il n'a senti aucune peur venant de toi – aucun regret, ni ressentiment – il a été pris au dépourvu. Et il a le sentiment de ne pas mériter ta confiance.

– Alors il devrait s'en remettre, dis-je en secouant la tête. Ce qui s'est passé à Forks n'était pas sa faute. C'est moi qui me suis coupée le doigt et causé tout ce désordre – c'est arrivé et il n'existe aucun moyen de revenir en arrière. Et je ne veux pas qu'il s'inquiète de ça pour le restant de sa vie. Il ne sert à rien de vivre dans le regret.

– Je conviens que la culpabilité c'est en quelque sorte du gaspillage, murmura-t-il, mais cela va prendre du temps pour que Jasper parvienne à la même conclusion que toi. Comme je suis sûr que ça a pris du temps pour toi »

J'ai haussé les épaules étant forcée d'admettre qu'il avait raison. « Je suppose que ce n'est pas quelque chose qui se résoudra du jour au lendemain »

Il hocha la tête avec un sourire triste aux lèvres. « Je sais » Il resta silencieux un instant. Sa question suivante me surpris. « T'es-tu déjà… blâmé pour ce qui s'est passé ? » demanda-t-il. La lueur dans ses yeux était à la fois douce et déterminée et je savais qu'il était inutile de mentir quand il me regardait de cette façon. Pas que le mensonge était un de mes grands talents de toute façon.

« Au début ça a été le cas, répondis-je en commençant distraitement à jouer avec l'un des coins de la couverture. C'est ma maladresse qui avait conduit à cette situation. Si je ne m'étais pas coupée le doigt, si je n'étais pas une tentation aussi irrésistible pour Jasper, Edward n'aurait pas ressenti le besoin de me surprotéger et de vous forcer à vous éloigner de Forks » J'ai haussé les épaules. « Mais finalement j'ai cessé de me vautrer dans les regrets – je le devais. Plus le temps passait, plus je parvenais à avoir du recul. Il y avait des moments où j'étais furieuse contre tout – surtout envers Edward. Et maintenant… aussi un peu envers moi-même »

Carlisle fronça les sourcils. « Pourquoi serais-tu en colère contre toi-même ?

– Parce que je me suis laissé abuser, déclarai-je, parce que je me suis souciée de ses mots envers moi durant toutes ces années jusqu'à ce que j'entende la vérité de toi. Je sais que ça fait un moment que j'ai surmonté tout ça, que je suis loin de l'état d'esprit dans lequel je me trouvais après son départ. Mais il y avait toujours cette petite chose qui me rattachait à tout ça sans que j'en ai conscience jusqu'à ce jour. Pendant toutes ces années, j'ai cru qu'il m'avait quitté parce que je n'étais pas assez bien pour lui… » Je secouai la tête en cherchant mes mots. « Même s'il a profité de la mauvaise estime que j'avais de moi et qu'il justifie le tort qu'il m'a fait, la vérité est que je l'ai laissé faire. Appelle-moi une martyre mais si à cette époque j'avais possédé ne serait-ce qu'un peu plus de dignité, je n'aurais pas cru si aveuglément en ses paroles »

Carlisle me regardait avec une lueur particulière dans les yeux. Je me demandai si je l'avais insulté en parlant d'Edward de cette manière – il était son fils après tout. Mais il avait demandé et je croyais assez en lui pour savoir qu'il pouvait entendre mes propos honnêtes. Soudain il se mit à sourire doucement avec une expression reconnaissante sur son visage.

« C'est très sage de ta part de voir les choses de cette façon, murmura-t-il, mais je dois dire qu'Edward n'aurait pas dû profiter de la situation comme il l'a fait, malgré ses bonnes intentions. J'aurais aimé qu'il puisse voir au-delà de ses propres peurs et te faire confiance pour pouvoir vivre dans notre monde comme tu étais destinée à le faire »

La dernière partie de sa phrase me fit le regarder. J'ai failli lui demander ce qu'il voulait dire exactement mais au dernier moment, je me suis dégonflée.

L'envie soudaine de bâiller me submergea et je levai ma main pour couvrir ma bouche. Il se faisait vraiment tard et autant je voulais continuer notre échange, autant mon organisme s'y opposait.

Carlisle remarqua ma lassitude puis déclara qu'il devrait me laisser dormir. Il ne proposa pas de partir, ni suggéra qu'il devrait rester – il était assez évident qu'il le ferait. La récente vision d'Alice le faisait se tenir sur ses gardes. Et tout aussi obscure que fût la vision, cela ne voulait pas dire qu'il n'était pas du tout inquiet. Je pouvais le voir dans ses yeux – il avait l'air plus alerte et tendu qu'au cours des derniers jours.

L'image d'une femme aux yeux rouges et aux cheveux blonds m'accompagna alors que je me dirigeais vers ma chambre. Mais ce n'était pas la vision d'Alice qui m'envahit avant que le sommeil ne m'emporte. Ce sont les paroles de Carlisle qui me marquèrent alors que les rêves m'enveloppaient dans leur étreinte. Des mots qui avaient peut-être été prononcés par inadvertance sans sens plus profond.

« … J'aurais aimé qu'il puisse voir au-delà de ses propres peurs et te faire confiance pour pouvoir vivre dans notre monde comme tu étais destinée à le faire »


Notes de l'auteur : La ligne de Jasper : « Retournes-y Alice. Cherche quelque chose qui aurait pu la déclencher » est assez similaire à une de ses phrases dans Breaking DawnRetournes-y Alice. Cherche le déclencheur. Cherche-le »), et elle est prise sans gêne aux travaux de Stephenie Meyer.