Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci encore à rougepivoine pour sa review, et effectivement les autres lecteurs sont plutôt frileux comme tu l'as dit pour laisser des commentaires ;) mais rien que de savoir qu'il existe quelques personnes qui suivent et apprécient cette histoire comme toi qui me laisse des reviews, me motive pour continuer à traduire et à publier !

J'en profite aussi pour dire à tous bon courage face à l'épidémie de covid-19 et de respecter les règles de confinement afin d'éviter la propagation du virus. Pour ma part, étant professionnelle de santé je suis réquisitionnée mais j'essaierai de maintenir mes publications d'une fois par semaine du jeudi (peut-être même que je publierai un peu plus vite si j'ai du temps) car je me doute que beaucoup doivent s'ennuyer chez eux. Et comme vous tous, je me retrouve à avoir beaucoup de temps libre à ne savoir que faire durant mes jours de repos. Mais je ne promets rien car même si pour l'instant je me trouve dans une région un peu épargnée, nous craignons une augmentation des cas. En tout cas, bon courage à tous !


« Je crois que deux personnes sont connectées dans leur cœur,

et peu importe ce que vous faîtes,

ou qui vous êtes ou où vous vivez

il n'existe aucune frontières ou barrières si deux personnes sont destinées à être ensemble »

- Julia Roberts -


Braises et flammes

~ oO * Oo ~

« C'est un soulagement de voir que certaines choses ne changeront jamais », entendis-je Carlisle chuchoter. Ouvrant les yeux, je regardai ses yeux dorés.

« Rien ne dure réellement quand on y pense », répondis-je.

Un coin de sa bouche se transforma en un sourire. Sa main froide quitta la peau de ma joue pour se poser sur ma hanche. Il me rapprocha de lui. Le mouvement semblait naturel tout comme la manière dont mes mains s'enroulèrent autour de ses épaules. Sa peau sous mes doigt était froide alors que je me laissais aller dans son étreinte.

Une autre vague vint de l'océan au moment où ses lèvres touchèrent les miennes.

~ oO * Oo ~

Je me suis réveillée en sursaut. Le choc avait envahi tout mon corps et pendant un instant, j'eus l'impression de flotter dans les airs puis de tomber soudainement d'une grande hauteur sur un sol dur. Mes doigts cherchèrent l'interrupteur et bientôt la lampe de ma table de chevet commença à diffuser une lumière dorée dans la pièce. Cela me fit mal aux yeux mais je m'en fichais. En fait, j'en saluais même la distraction car elle me donnait autre chose sur quoi me concentrer.

Quand mes yeux s'habituèrent à la lumière et que l'inconfort disparu, j'ai commencé à fixer le plafond gris-blanc au-dessus de ma tête. En étudiant les petites fissures et les crevasses à sa surface, je pensais que j'avais prévu en vain de cacher ces petites imperfections avec du plâtre mais que je n'avais jamais trouvé le temps de le faire. Cette pensée particulière était si ordinaire et si simple que je décidais d'y réfléchir un peu plus.

Mais les battements de mon cœur qui résonnaient à mes oreilles ne me permirent pas de penser à plâtrer le plafond. Cela ne me permis pas d'oublier. Je sentais mon pouls dans chaque fibre de mon être, c'était le genre de sensation que vous aviez lorsque vous avez un terrible mal de tête.

Mais je n'avais pas mal à la tête. Le raison de mon réveil, de la pulsation de mon cœur, était tout autre.

J'ai fermé les yeux pour en éloigner mes pensées pour seulement être bombardée d'images plus vives de clair de lune bleutée et de vagues atteignant le rivage… de cheveux dorés et de yeux dorés…

L'estomac retourné, je pris un oreiller pour le presser contre l'arrière de ma tête. Il faisait totalement sombre ainsi. Complètement silencieux. Je suis restée là, entourée par l'obscurité et le silence jusqu'à ce que je ressente le besoin de respirer de nouveau. Et même un peu plus après ça.

Quand j'ai commencé à me sentir tout étourdie, je me suis assise. Après une inspiration et une expiration lente, j'ai ouvert les yeux.

Ce n'était qu'un rêve. J'ai fermé les yeux souhaitant croire en ces mots. Car pourquoi ne pas les croire ? Les rêves avaient rarement du sens car ils n'étaient que des rêves après tout. Ils n'avaient aucun lien avec la réalité même si votre esprit paraissait vouloir en faire. C'était notre subconscient qui les créait lorsque notre esprit était sans défense et protection. Il tissait à l'aide de moments innocents des images et des sentiments qui n'existaient pas.

Mais pourquoi ?

Je me levai tremblante pour me diriger vers la salle de bain en ignorant ma propre interrogation. Non pas parce que j'avais peur d'y répondre mais simplement parce que je ne n'avais pas de réponse. Pourquoi en aurais-je ?

J'étais si confuse que ma douche habituelle de cinq minutes dura près d'une demi-heure. Ce ne fut que lorsque l'eau chaude commença à s'épuiser que je retrouvais une partie de mon bon sens et me forçais à sortir. Je m'habillai lentement en essayant de gagner plus de temps pour réfléchir et me ressaisir. Je savais qu'il ne fallait pas que je sorte de cette pièce sans avoir réussi à apaiser mon esprit agité.

Ce n'était qu'un rêve, me répétai-je en enfilant un pull noir. Il me fallut un certain temps pour remarquer que je l'enfilais dans le mauvais sens.

Les rêves sont stupides, continuai-je de me seriner. Ce ne sont que des images créées par notre subconscient. Malgré ce dont on rêve, il n'y a pas de sens plus profond derrière. Ou malgré de qui on rêve.

Pas vrai ?

Je secouai la tête et finissais de m'habiller puis inspirai profondément en regardant la porte de ma chambre. Puis j'ai fait un pas vers elle en décidant d'oublier ce rêve. Ce rêve stupide et merveilleux.

Pas merveilleux, me reprochai-je. Complètement idiot.

Je me dirigeai vers la cuisine tout en me préparant mentalement à lancer une salutation décontractée et espérant que Carlisle ne pourrait voir sur mon visage que quelque chose n'allait pas. J'étais nulle pour cacher des choses. Vraiment mauvaise.

Un soupir de soulagement m'échappa lorsque je ne vis qu'Alice assise sur le canapé. Elle parcourait une pile de magazines que je ne me souvenais pas avoir achetés. Ils n'étaient probablement même pas à moi et après avoir repéré le nom de Vogue sur l'une des couvertures, je me doutais qu'Alice avait dû les laisser traîner chez moi sans que je le remarque.

Notant qu'Alice avait une longueur d'avance sur moi et m'avait fait du café, je me dirigeai vers l'armoire et sortis ma tasse préférée.

« Bonjour, me salua-t-elle en se levant d'un mouvement fluide. As-tu fait de beaux rêves ? »

J'étais en train de me verser du café et je renversai la tasse en entendant ses mots. Me raclant la gorge, j'essuyai le comptoir où j'avais renversé la boisson chaude. Sans la regarder, je lui ai répondu par l'affirmative avec autant de désinvolture que possible.

Une fois parvenue à me verser du café sans provoquer d'inondation, je me suis assise dans le fauteuil près d'elle. Elle commença à me regarder avec suspicion alors que je buvais une gorgée et je commençai distraitement à me demander si j'avais dit quelque chose dans mon sommeil. Et si elle savait de quoi j'avais rêvé ? Que penserait-elle de moi ?

« Tu ne vas rien manger ? » me réprimanda-t-elle tandis que l'espace entre ses sourcils parfaits se plissait.

Soulagée qu'elle n'ait rien d'autre à me reprocher, je lui fis un haussement d'épaules. « Je ne mange jamais le matin, expliquai-je. Je n'ai pas d'appétit »

Alice me regarda d'un air réprobateur. « Le petit-déjeuner est le repas le plus important de la journée », déclara-t-elle, me rappelant soudain mon professeur de première année.

J'ai roulé des yeux. « Avons-nous sérieusement cette conversation ?

– Je veux juste que tu sois en bonne santé.

– Eh bien, dis-je en me levant pour rincer la tasse, à moins que tu n'ais eu une vision de moi mourant d'un manque de nutriments, je vais continuer à sauter le petit-déjeuner.

– Ce n'est pas drôle Bella.

– Je ne plaisantais pas », lançai-je par-dessus mon épaule. Son maternage ne m'énervait pas vraiment et j'ai réalisé que j'appréciais nos taquineries. Alice s'était glissée si aisément dans ma vie qu'il était presque difficile de se rappeler qu'elle en était déjà partie. Peut-être sa compagnie m'avait-elle manqué plus que je ne l'avais cru.

Je me raclai de nouveau la gorge, cherchant un ton désinvolte pour parler. « Où est Carlisle ?

– Il est à Ithaca, répondit Alice. Il revient plus tard »

J'ai hoché la tête, me sentant plus soulagée que je ne l'aurais dû. Ce rêve étrange persistait en moi peu importe à quel point j'essayais de m'en débarrasser. Je secouai la tête alors que le souvenir de ses lèvres fraîches sur les miennes envahissait mon esprit.

Arrête d'y penser !

« Est-ce que ça va ? entendis-je Alice demander. Tu as l'air bizarre.

– Je vais bien, mentis-je doucement, juste un mal de tête »

Oh les pieux mensonges que nous nous disons à nous-même et aux autres quand l'honnêteté était trop demandée.

Je suis retournée dans ma chambre pour prendre mon sac tout en mettant mon manteau dans la foulée. Pendant ce temps, Alice avait éteint les lumières et attendait près de la porte tandis que je revenais pour m'offrir de m'accompagner jusqu'à la librairie.

Alors que nous marchions dans le parc tout en regardant l'obscurité disparaître dans l'aube, j'eus l'envie de me confier à elle, de lui parler des rêves étranges que je continuais d'avoir de ma mère mais aussi de la fin inattendue du dernier. Je voulais lui demander pourquoi je rêvais soudainement de quelque chose comme ça. Mais finalement, je suis restée silencieuse, décidant qu'il était inapproprié de lui en parler. Il n'était pas approprié d'en parler à qui que ce soit d'ailleurs. Il n'était pas approprié d'y penser constamment, mais apparemment je ne pouvais m'en empêcher.

Soupirant doucement, je me suis retrouvée à soudainement souhaiter m'attarder dans l'atmosphère de ce rêve. Tout avait été si facile, si naturel – presque instinctif. Ce moment me paraissait presque comme si je ne l'avais pas encore vécu, ou comme un souvenir d'une ancienne vie que je ne me souvenais plus. Pour une quelconque raison, cette pensée me rappela le moment où je m'étais promenée avec Carlisle il y a deux jours. Je me souvenais du contact de sa main froide autour de la mienne et de cette étrange sensation familière lorsque ses doigts avaient saisi les miens.

J'ai secoué la tête en essayant de me débarrasser de ces pensées. Puis j'ai regardé Alice et elle rencontra mon regard avec un sourire.

« Tu es bien silencieuse ce matin, remarqua-t-elle en fronçant les sourcils. Est-ce que quelque chose te tracasse ?

– Non, bien sûr que non », répondis-je en lui faisant un sourire rassurant. Changeant de sujet, je lui ai demandé si elle avait des nouvelles de Jasper.

« Il n'a pas encore rattrapé Edward, Rosalie et Emmett, m'informa-t-elle. Mais il le fera. Je lui ai précisé hier soir leur position actuelle.

– N'ont-ils pas de téléphones portables ? Pourquoi ne les appelle-t-il pas pour leur demander de ne pas bouger le temps qu'il les rejoigne ?

– Je le lui ai suggéré mais il ne veut pas entraver leurs recherches. Il sait qu'il les rattrapera bien assez tôt de toute façon »

Hochant la tête je lui ai demandé si elle avait d'autres informations concernant la situation même si je me doutais déjà que ce n'était probablement pas le cas. Mais je demandais quand même pour recevoir la réponse que je m'attendais à avoir. Aucun signe de Victoria ou de cette femme blonde qu'elle avait vue dans sa vision quelques jours plus tôt. Je ne savais pas si cela devait me frustrer ou m'apaiser.

Alice passa toute la journée avec moi à la librairie, disparaissant parmi les étagères lorsqu'un client arrivait. Son intérêt pour les livres était plutôt mince, c'est pourquoi nous passâmes la majeure partie de la journée à parler de tout et de rien. Je m'attendais à ce qu'elle s'ennuie de longues heures durant mais pour une quelconque raison, elle semblait totalement satisfaite, voire ravie de passer sa journée avec moi.

« Bella ? » demanda-t-elle à un moment donné alors qu'elle avait disparu dans la petite arrière-boutique pour vérifier probablement que tout était rangé. J'avais remarqué qu'Alice était un peu une fanatique du rangement.

« Oui ? » demandai-je en levant mon regard du registre des comptes que j'étudiais.

Elle apparut de derrière le rideau qui séparait la petite pièce du magasin, un sourire un peu de travers sur le visage. « Pourquoi as-tu une veste d'homme accrochée au porte-manteau ? »

Je fronçai les sourcils à sa question, toujours distraite. Il me fallut un temps avant de comprendre de quoi elle parlait.

« Oh, réalisai-je, c'est probablement celui d'Adrian. Je savais qu'il oublierait quelque chose »

Alice haussa un sourcil puis contourna le comptoir pour s'asseoir en face de moi.

« Adrian, répéta-t-elle en mettant ses coudes sur le comptoir et posant son menton contre ses paumes. C'est ton ami qui est parti, non ? Carlisle l'a mentionné »

J'ai hoché la tête tout en fermant le dossier dans lequel je gardais tous les reçus pour le mettre sur l'étagère sous le comptoir.

« Depuis combien de temps le connaissais-tu ? demanda-t-elle en m'étudiant de ses yeux brun doré.

– Quelques années, répondis-je. Je l'ai rencontré peu de temps après mon arrivée ici »

Elle acquiesça. « Es-tu triste qu'il soit parti ? interrogea-t-elle avec attention avec un regard compatissant sur son visage de chérubin.

– Un peu, admis-je, mais je suis heureuse qu'il puisse faire ce qu'il aime. J'ai toujours su qu'il voudrait recommencer à voyager »

Je me demandai où il se trouvait à présent. Le connaissant, probablement quelque part près de l'Equateur. Cette pensée me fit sourire et je réalisai que même s'il me manquait, je ne pouvais qu'être heureuse pour lui. Parce que je savais que partout où il pouvait se trouver maintenant, il était beaucoup plus heureux qu'il n'aurait jamais pu l'être à Buffalo.

Alice haussa les sourcils en voyant mon sourire. « C'était juste un ami pour toi ? demanda-t-elle tandis qu'un sourire taquin apparaissait sur son visage.

Oui », répondis-je en soulignant le mot et penchant la tête sur le côté. Je ne mentais pas – pas vraiment. Cela faisait longtemps qu'il n'y avait plus que de l'amitié entre Adrian et moi.

Alice plissa les yeux tout en me fixant sans les cligner.

« Eh bien, et non », avouai-je finalement en sachant qu'elle saurait me faire avouer la vérité tôt ou tard. Il était en quelque sorte très approprié de comparer l'interaction avec Alice avec un pansement vite arraché. Plus vite vous le faisiez, moins ça faisait mal. « Nous avons failli nous fiancer. Mais c'était il y a longtemps – ou du moins c'est l'impression que j'en ai », expliquai-je avec un haussement d'épaules tout en guettant sa réaction.

Elle avait l'air surprise. « Wow, je n'en avais aucune idée, dit-elle. Mais pourquoi est-ce du passé ? Que s'est-il passé ? »

J'ai haussé les épaules de nouveau, puis me levai et commençai à examiner les étagères, vérifiant que tous les livres étaient en ordres. Parfois les clients les prenaient pour les regarder de plus près et les replaçaient mal.

« Différence de personnalités, expliquai-je distraitement. L'amitié fonctionnait mieux pour nous – au moins nous n'avions pas envie de nous entre-tuer tout le temps.

– Oh », dit Alice en me faisant un sourire triste tout en jetant un coup d'œil derrière l'étagère. Elle ne me dit pas qu'elle comprenait ou qu'elle savait ce que je ressentais et je ne m'attendais pas à ce qu'elle le fasse. Au lieu de ça, elle dit quelque chose qui résuma assez bien mes pensées. « Parfois les gens se séparent. Mais cela ne signifie pas qu'ils ne peuvent plus être amis, ou partager des moments entre eux »

J'opinai doucement, ses paroles me faisant penser à Carlisle et Esmée, et comment d'une certaine manière, ils s'étaient séparés. Mais ils étaient toujours amis, une famille. Rien ne pourrait changer ça.

« En tout cas je suis désolée d'apprendre que ça n'a pas fonctionné, continua Alice en me faisant un petit sourire.

– Ne le sois pas, répondis-je en sortant un livre de l'étagère pour le remettre au bon endroit. Nous sommes en bons termes. Nous sommes d'ailleurs en meilleurs termes que lorsque nous étions ensemble, plaisantai-je même si j'étais sérieuse.

– C'est bon d'entendre que tu n'as pas peur de rencontrer de nouvelles personnes, murmura prudemment Alice ce qui me fit à nouveau sortir des rayons pour lui lancer un regard perplexe.

– Que veux-tu dire ? » demandai-je confuse.

Elle avait l'air légèrement incertaine.

« Au cours de ces dernières années, il y a eu de nombreuses fois où j'ai voulu rompre la promesse que j'avais faite à Edward et de te chercher, de chercher ton avenir. Pour voir comment tu allais. Je voulais savoir si tu étais heureuse » Elle fit une pause pour jeter un coup d'œil à ses mains avant de me regarder à nouveau. « J'imagine que j'étais inquiète de la façon dont les actions d'Edward auraient pu t'affecter. Je ne voulais pas qu'elles le fassent.

– Oh » Je fronçai les sourcils à son éclat soudain. « Tu craignais qu'il ne m'ait traumatisé d'une manière ou d'une autre ? »

Alice haussa les épaules tandis que ses yeux m'étudiaient.

En lui faisant un sourire ironique, je disparus de nouveau parmi les étagères. « J'imagine que cela aurait pu », émis-je songeusement en pensant à la vision que j'avais du monde quelques mois après le départ d'Edward. De toute évidence, la romance n'était pas quelque chose sur lequel j'avais tiré un trait comme tant d'autres – je suppose que j'avais décidé que cela en valait la peine. Je n'avais jamais été une femme qui recherchait typiquement l'amour et attendait l'arrivée de son chevalier en armure étincelante. Même avec Edward, je n'avais pas consciemment recherché une relation ou une personne dont je pourrais tomber amoureuse. Cela s'était juste produit comme tant d'autres choses qui surviennent dans la vie. Pourquoi ces choses ont souvent tendance à se produire de façon inattendue… restait un mystère pour moi.

Avec le temps, alors que les moments partagés avec Edward devenaient des souvenirs, plus doux-amers que réellement douloureux, mes efforts conscients pour me tenir à l'écart des relations amoureuses ou autres avaient été oubliés. Comme pour tout le reste, le temps guérissait les blessures avant qu'elles ne deviennent cicatrices. Quand j'étais arrivée à Buffalo, je n'avais pas délibérément cherché quelqu'un avec qui passer ma vie mais sans pour autant être fermement opposée à cette idée. Et encore une fois, au moment où je m'y attendais le moins, mon chemin avait croisé celui d'Adrian.

Et je devais me demander : combien de choses nous avions faîtes et expérimentées consciemment, nous avaient finalement conduites à nous trouver ? Tous les choix que nous avions fait étaient-ils délibérés, mûrement réfléchis et raisonnés ? Ou la vie était-elle un courant constant de coïncidences, d'accidents ou de moments qui n'auraient jamais dû se produire ?

Parfois j'avais l'impression que nous dérivions tous, nous déplaçant dans les vagues et les ondes du monde, dérivant partout où le courant nous amenait. Cette pensée avait quelque chose de réconfortant. Je savais que la direction de nos vies n'était pas toujours entre nos mains et que parfois on ne nous demandait rien avant qu'une décision ne soit prise. Qui prenait ces décisions en notre nom – je n'en savais rien.

Plaçant un autre livre à sa place, je sortis des rayonnages et remarquai que l'après-midi se transformait en soirée. J'ai commencé à ranger, pensant négligemment aux premières paroles d'Alice alors que je mettais les reçus de côté et fermais la caisse.

« Comment va Edward au fait ? » demandai-je en exprimant la question que j'avais voulu poser plusieurs fois à Carlisle. Pour une quelconque raison, je m'étais toujours abstenue et je m'étais rendue compte que je n'étais peut-être pas prête à entendre la réponse. Maintenant j'avais l'impression de l'être tout en ignorant la raison de ce sentiment soudain. J'ai songé à cette frontière invisible entre l'envie et la réticence, je me demandai ce qui me l'avait fait traverser.

« Il va… bien », répondit Alice après un moment d'hésitation. Je lui fis un signe de tête, me sentant soudain mal à l'aise. L'ignorant, je m'assis derrière le comptoir en face d'elle.

« Même si je ne suis pas horriblement traumatisée par lui, commençai-je en riant doucement, je me sens presque tenue de demander si notre relation lui a laissé à lui un mauvais goût dans la bouche »

Elle hésita encore une fois mais sourit. « Ce n'est pas que tu lui as laissé un mauvais goût dans la bouche, expliqua-t-elle en cherchant ses mots. J'avoue qu'il est resté loin des femmes depuis que nous avons quitté Forks mais il a toujours été comme ça avant même de te rencontrer. Il n'y a rien d'étrange à ce sujet. Il a toujours été un peu solitaire comme je suis certaine que tu t'en souviens »

J'ai hoché la tête mais je n'ai pas pu m'empêcher de me demander si mon impact sur lui avait intensifié son désir de rechercher la solitude. J'ai réalisé que j'espérais que non. Parce que je ne souhaitais pas qu'Edward soit seul. Je ne voulais pas qu'il vive l'éternité sans amour. Même si ses actions m'avaient fortement blessé, je ne voulais pas ce genre de difficultés pour lui. Il ne le méritait pas. Notre rencontre et les quelques mois que nous avons passé ensemble à vivre le frisson du premier amour… je me suis retrouvée à repenser à ces moments avec tendresse. Même si cela avait fini ainsi, j'avais toujours apprécié cette courte période de ma vie. Je ne serais pas la personne que je suis sans ces moments tout comme je n'aurais pas appris toutes ces choses sur moi-même. Je ne serais jamais venue à Buffalo pour trouver ma propre place dans ce monde.

Je ne pouvais qu'espérer qu'Edward verrait un jour la situation sous un angle plus positif.

« Comment te sens-tu à son sujet ? demanda Alice en m'éloignant de mes pensées.

– Je suis un peu nerveuse à l'idée de le rencontrer au cours des prochaines semaines, admis-je en décidant d'être honnête. Mais sinon, mes sentiments sont assez neutres en ce qui le concerne. Donc je n'ai pas l'intention de le frapper ou autre si c'est ce qui t'inquiète », plaisantai-je à moitié sérieuse.

Elle rit doucement en secouant la tête. « Je ne voulais pas que ma question sonne ainsi, déclara-t-elle. Je me demandais juste si tu te sentais mal à l'aise de parler de lui. Ou de penser à lui »

J'ai haussé les épaules tout en lui donnant un sourire rassurant. « Je ne suis pas mal à l'aise. Je suis juste un peu réservée quand je pense à l'idée de le revoir après tout ce temps. Même si je ne sais pas si ce sera le cas pour lui, ajoutai-je toujours incertaine si le reste des Cullen voulait avoir à faire avec moi, mais l'idée me rend confuse. Je ne sais pas comment être avec lui »

Alice hocha la tête, comprenant ce que je voulais dire. « Il faudra peut-être du temps avant qu'il n'envisage de venir ici, dit-elle. Il est assez déterminé à trouver Victoria parce qu'il croit toujours qu'elle a quelque chose à voir avec tout ça.

– Qu'est-ce que tu crois toi ? » demandai-je car je souhaitais entendre son opinion.

Elle secoua la tête tandis qu'une expression de frustration passait sur son visage. « Je suis aussi confuse que toi. Mais mon instinct me dit qu'elle n'est pas responsable de la vision que je continue d'avoir de toi. Je ne peux pas l'expliquer et bien sûr je peux me tromper » Elle s'arrêta un instant, plissant les yeux et regardant le comptoir entre nous comme si elle pouvait y voir les réponses écrites sur la surface vierge de celui-ci. « Et la vision de cette blonde que j'ai eue il y a quelques jours, poursuivit-elle, j'ai un drôle de sentiment à ce sujet. Je suis sûre qu'elle a quelque chose à voir avec notre situation parce que sinon je ne l'aurais pas vue mais j'ignore encore comment elle s'intègre dans tout ça. C'est frustrant.

– L'as-tu vue après la nuit où nous étions dans le parc, demandai-je.

– Deux fois. Son visage reste flou »

J'ai hoché la tête tout en réfléchissant à ses paroles puis je récupérai mon manteau et commençai à éteindre les lumières. Au cours des dernières semaines, la situation ne m'avait pas véritablement bouleversée mais maintenant je commençai à me sentir de plus en plus troublée. C'était surtout l'incertitude qui me minait le plus et je ne pouvais tout simplement pas comprendre pourquoi les visions d'Alice étaient toujours si peu claires et manquaient des pièces les plus importantes.

Je l'interrogeai à ce sujet alors que nous nous dirigions vers chez moi quelques instants plus tard. Elle me rappela que ses visions étaient subjectives et principalement basées sur les décisions qui avaient été prises et apparemment même le moindre changement dans l'esprit d'une personne pouvait avoir un impact sur l'avenir.

« Il est plus facile de prévoir la météo par exemple, expliqua-t-elle. Les conditions météorologiques ne sont liées à personne.

– Peut-être que la décision n'a pas encore été prise, suggérai-je en réalisant que je parlais parfois avec trop de désinvolture de ma possible mort ou d'une autre situation menaçante. Par soucis d'argumentation, disons que c'est Victoria qui est à l'origine de la vision. Peut-être a-t-elle joué avec l'idée de venger la mort de James durant toutes ces années mais qu'elle n'a tout simplement pas encore pris la décision consciente d'agir – ou comment agir. Cela expliquerait pourquoi tu as eu cette vision et la raison pour laquelle elle est si obscure »

Alice y réfléchit, penchant la tête. « C'est possible, concéda-t-elle, mais pourquoi serait-elle si indécise ? Pourquoi attendrait-elle toutes ces années avant de chercher à se venger ? Pourquoi a-t-elle attendu si longtemps ? Elle n'a aucune raison de se sentir menacée ou incertaine. Tu es humaine. Ce serait facile pour elle de venir à toi et… »

Me tuer, finis-je à sa place sa phrase dans ma tête.

Les mots d'Alice s'éteignirent et elle me lança un regard d'excuse. Je l'ai balayé.

« Peut-être pensait-elle que je suis sous votre protection depuis toutes ces années, suggérai-je. C'est ce qu'elle a cru à Forks. Elle pourrait même croire que je suis finalement devenue vampire et c'est pourquoi elle est incertaine pour passer à l'action »

Alice convint que c'était une possibilité. Elle se tut alors si longtemps que je lui lançai un regard curieux.

« En parlant de devenir vampire », dit-elle finalement en remarquant mon regard. Il n'y avait aucune prudence dans son ton ça m'a intriguée. « Le souhaites-tu toujours ? »

Sa question m'a tellement surprise que je m'arrêtai de marcher. Je tentai de comprendre pourquoi elle m'avait soudainement demandé ça. Ce n'est pas comme si elle allait proposer de me transformer, et ce n'est pas moi qui le lui demandais. Parce que je ne le voulais pas. Je n'avais aucune raison de le demander. Et elle n'avait aucune raison de me le proposer.

Son comportement contrastait étrangement avec la manière prudente dont Carlisle me parlait. Parfois il paraissait presque timide s'il m'arrivait d'aborder des sujets qui pourraient m'être sensibles. Cette prudence commençait à disparaître avec le temps et nous nous étions habitués à la compagnie de l'autre, mais au début je me souvenais à quel point il s'était inquiété de mon possible inconfort après qu'il soit venu à Buffalo pour me surveiller. Je me sentais maintenant mal à l'aise par la question d'Alice car incapable de former une pensée complète et encore moins une réponse.

Je recommençai à marcher et rencontrai son regard alors que j'essayais de trouver les mots qui m'échappaient. Elle croisa hardiment mon regard, son expression étrangement sérieuse alors qu'elle attendait ma réponse. C'était presque comme si elle avait fait une suggestion et qu'elle l'avait faîtes très sérieusement.

« Je n'y ai pas vraiment pensé, répondis-je honnêtement, c'est une possibilité que j'ai laissée derrière moi il y a longtemps. Parfois je n'arrive pas à comprendre à quel point j'étais si déterminée à devenir vampire. Je ne comprends pas que j'avais envisagé l'idée d'abandonner mon avenir, mes parents… tout. Et le faire si facilement sans me poser de question »

Alice hocha le tête, son sourire devenant soudain un peu forcé. Je crus avoir vu de la déception dans ses yeux mais ne pouvais en être certaine. Mais s'il s'agissait bien d'une déception, je devais me demander pourquoi. S'était-elle attendue – ou espéré – une réponse différente ?

Une fois de plus, j'étais confrontée à cette question que j'avais trop peur de poser; que se passerait-il une fois que cette situation serait terminée et que je serais en sécurité ? Qu'est-ce qu'Alice attendait ? Soudain j'ai voulu le lui demander, savoir ce qu'elle voyait dans notre avenir. Le mien et le leur.

« Tu es silencieuse, dis-je finalement alors qu'elle se taisait depuis deux minutes. Est-ce que mes paroles t'ont bouleversé ? Je ne voulais pas sembler aussi… rejetant. Je voulais seulement dire que mes points de vue ont changé avec le temps, maintenant je peux voir des choses que je refusais même de considérer à l'époque »

Elle hocha la tête en me faisant un sourire rassurant. « Je comprends ça, dit-elle en regardant devant elle alors que nous tournions dans l'allée d'arbres sombres qui menait à chez moi. Je veux seulement que tu saches combien j'aurais aimé que tu sois l'une d'entre nous. Ce jour-là, lorsque nous avons quitté Forks… j'avais l'impression d'avoir perdue une amie, mais aussi une sœur » Elle fit une pause en me regardant. J'étais tellement décontenancée par sa soudaine confession que je n'ai pu prononcer un mot.

« Je comprends que ça puisse être difficile à comprendre pour toi, continua-t-elle doucement. Tu as dû avoir l'impression que nous ne nous soucions pas de toi. J'en suis sûre que cela a changé ce que tu ressentais envers nous.

– Pas tant que ça, admis-je. Plus maintenant du moins. Quand Carlisle m'a parlé de la vraie raison de votre départ… je suppose que je suis parvenue à voir une nouvelle perspective. Bien sûr ce fut difficile de la comprendre au début puisque j'avais cru que tout était différent depuis toutes ces années »

Alice acquiesça de nouveau tout en continuant sa marche. Je m'approchai d'elle tout en sortant mes clés alors que nous approchions de ma maison. J'étais tentée de lui en dire plus, de la bombarder d'une dizaine de questions. L'incertitude qui m'avait envahie depuis ces dernières semaines était soudainement devenue trop forte et commençait à ressembler à un fardeau. Et je ressentais une angoisse pure de ne pas savoir de quoi serait fait l'avenir. En quoi ma rencontre avec les Cullen changerait-elle ma vie, notre vie ? La mienne et la leur ?

Ou est-ce que ça changerait vraiment quelque chose ?

Cette nuit-là mes questions et pensées se transformèrent en rêves agités. Je voyais tout si clairement dans mon esprit, brillamment, je me tenais au commencement d'une route tout en levant la main en signe d'adieu. A l'autre extrémité et très loin de ma portée, je voyais une forêt sombre et ombragée. C'était une parfaite réplique des bois derrière la maison de Charlie à Forks et une soudaine nostalgie m'envahit alors que je me rappelais le lieu qui avait été mon chez moi.

Je sondai le paysage de mon regard. Ma main était toujours figée dans l'air comme faisant mes adieux sans mon consentement. Mon esprit était incapable de saisir la situation et j'ai tenté de le ramener à l'instant présent. J'eus du mal à baisser la main mais elle refusait de se rétracter face à ses adieux. J'ai sondé l'extrémité de la route où la forêt sombre commençait, tandis que mes yeux tentaient de distinguer les silhouettes floues qui se dirigeaient vers les arbres.

Cette fois, ce n'était pas seulement Edward qui disparaissait dans l'ombre, dans la jungle de fougères et de pins. C'était eux tous. Et je les regardai avec des yeux troublés tandis que leurs formes commençaient à disparaître une à une, avalées par l'obscurité.

Pour une raison inconnue, je ne sus pas pourquoi l'un d'eux s'est arrêté juste avant de disparaître dans la verdure. J'étais particulièrement consciente du battement tonitruant de mon cœur à mes oreilles lorsque je vis Carlisle se retourner en me jetant un regard interrogateur. C'était comme s'il attendait que je fasse ou dise quelque chose – de répondre à une question que je n'avais pas entendue. Mes lèvres tentèrent de former cette réponse mais aucun mot n'en sorti.

Il y eut de la déception dans les yeux de Carlisle mais aussi comme de l'acceptation. Il me fit un signe de tête lent avant de se retourner et de s'éloigner lentement.

Le cri mourut sur mes lèvres avant même que je ne réussisse à le former complètement. J'ai sondé la verdure sombre de mon regard pour essayer de distinguer les formes qui s'éloignaient jusqu'à me faire mal aux yeux. C'est alors que j'ai remarqué qu'au lieu d'être debout, j'étais allongée tandis que les bois sombres et la brume infinie de verdure s'étaient transformés en formes rectangulaires et en différents tons de gris.

Je clignai des yeux en essayant de m'habituer à l'obscurité de ma chambre. Je savais qu'il devait être tôt mais néanmoins, je commençai à m'asseoir en essayant de me dépêtrer des draps enroulés autour de moi comme des langes. Après m'être lavé le visage avec de l'eau glacée, je m'appuyai contre l'évier et regardai mon reflet fatigué dans le miroir.

Avec ces cercles noirs qui bordaient mes yeux et la brume de sommeil qui obscurcissait encore ma vision, je retournai dans ma chambre et commençai à m'habiller.

Maudissant silencieusement les rêves étranges que je continuais à faire, je me dirigeai vers le salon décidant d'en parler à Alice. Peut-être savait-elle ce qu'ils voulaient dire, peut-être qu'elle pourrait mettre des mots sur tout ce qui me troublait et rongeait la paix que j'avais autrefois en moi.

Mais Alice n'était plus dans le salon comme je l'avais laissé la nuit dernière après m'être couchée. Au lieu de ça, j'ai vu Carlisle debout près de la fenêtre se tourner vers moi alors que j'apparaissais de l'ombre du couloir. J'étais tiraillée entre le soulagement et quelque chose d'autre quand je l'ai vu. Soulagement parce que je ne l'avais pas du tout vu la veille et honnêtement j'avais commencé à m'inquiéter de l'endroit où il pouvait être.

Et pour ce qui était de l'autre chose… je ne savais pas ce que c'était mais cela devait avoir un lien avec le sentiment qui était né du regard de déception dans son regard avant qu'il ne disparaisse dans les bois dans mon rêve. Et j'ai essayé d'empêcher plus d'images de surgir dans mon esprit, des images de clair de lune bleutée et de vagues s'écrasant sur le rivage alors que j'étais dans son étreinte…

« C'est un soulagement de voir que certaines choses ne changeront jamais, avait-il déclaré.

Rien ne dure vraiment quand on y pense, avais-je répondu.

Bella » Je fermai les yeux en me remémorant le son de son doux murmure. « Tu n'es pas comme la plupart des gens »

Je secouai la tête en réalisant que j'étais restée extrêmement silencieuse durant tout ce temps. Me disant que je ne devrais pas laisser des rêves m'affecter de cette façon et donc d'agir comme une idiote, je me dirigeai vers le comptoir de la cuisine pour prendre un verre d'eau.

« Bonjour », dis-je soudainement concentrée pour ne pas le regarder.

Carlisle répondit doucement à ma salut. « Tu te lèves tôt », nota-t-il. Je pouvais sentir son regard m'étudier.

« Je ne pouvais pas dormir », répondis-je avec autant de désinvolture que possible. L'eau avait un goût rassis, j'aurais dû la laisser couler avant de remplir le verre. Je m'éclaircis la gorge puis je me tournai vers lui avant qu'il ne puisse sentir que j'évitais de le regarder. « Alice est partie ?

– Elle m'a demandé de te dire qu'elle avait une rencontre avec un lion des montagnes, répondit Carlisle avec un petit sourire.

– Oh » Je souris à sa petite plaisanterie tout en essayant de me comporter normalement. Mais plus j'essayais, plus cela se voyait. J'ai essayé de me concentrer sur la préparation d'une tasse de café et Carlisle commença à froncer les sourcils en m'observant. J'ai essayé de m'occuper en espérant que cela ferait disparaître ce nuage d'incertitude. En espérant que cela cacherait le tremblement soudain de mes mains.

« Est-ce que tout va bien ? demanda Carlisle alors que je m'agitais dans le salon en essayant négligemment de me rappeler si j'avais laissé mon ordinateur portable à la librairie la veille.

– Bien sûr », répondis-je en lui faisant un sourire un peu trop guilleret. Une image de lui debout dans le clair de lune bleutée me frappa à nouveau, comme le souvenir de la douceur de ses lèvres contre les miennes faisant tonner mon cœur dans ma poitrine.

Jésus, me reprochai-je. Arrête d'y penser !

Carlisle resta silencieux alors que j'essayais de me calmer intérieurement et je fis semblant d'être impatiente en regardant le café s'écouler dans la cafetière. Le bout de mes doigts tambourinait le plan de travail alors que je m'aventurais à lui jeter un rapide coup d'œil. Il regardait maintenant l'extérieur par la fenêtre, me donnant ainsi une brève occasion de l'observer.

Alors que mes yeux balayaient sa forme haute, je m'accordai un moment pour me demander la raison derrière ces rêves bizarres. Surtout le premier. Je ne voyais pas pourquoi j'avais soudainement rêvé de l'embrasser. Au cours de ces dernières semaines, j'avais commencé à considérer Carlisle comme un ami. Nous avions partagé des pensées, des opinions, des souvenirs et bien d'autres choses. Et après le départ d'Adrian, il était venu pour s'assurer que tout allait bien, sachant à quel point son départ m'affecterait. Il l'avait su mieux que moi.

Tous ces moments étaient de ceux qu'on partageait avec un ami. Alors pourquoi mon subconscient faisait-il soudain un raccourci dans quelque chose de si intime, dans quelque chose qui était loin d'être amical ?

Bien sûr Carlisle possédait toutes les qualités que j'admirais. Il était gentil, honnête, compatissant et patient. Cet homme de chair et de sang qui avait vécu maintes et maintes fois et qui avait finalement été mis au défi par la cruauté de la nature… mais il était toujours là. Même une épreuve comme celle-là n'était pas parvenue à entériner son caractère. Et j'étais attirée par ce caractère, par cette bonté qui faisait de lui ce qu'il était. L'homme debout près de la fenêtre était plus humain que beaucoup d'autres que j'avais rencontrés au fil des ans.

Mais avais-je le droit d'être attirée par lui ? Étais-je attirée par lui ?

Et si je l'étais ?

Ses yeux dorés se tournèrent alors vers moi. Je perdis l'occasion de détourner le regard alors que mes yeux s'attardaient trop longtemps sur lui. Il rencontra mon regard et je me figeai car immobilisée par cette prise de conscience récente.

J'ai arraché mon regard du sien, me sentant gênée, confuse, ravie et même effrayée d'une certaine manière, tout cela en même temps. Du coup, je souhaitai juste remonter le temps, revenir à avant-hier où tout était normal. Quand mon esprit n'avait pas réussi à tout compliquer.

Carlisle fronça les sourcils vers moi, inconscient de la soudaine bataille dans mon cœur. Il en était inconscient. Et j'ai réalisé que cela devait continuer ainsi.

Je m'éclaircis à nouveau la gorge en ayant l'impression que j'avais fait ça un million de fois. Me versant du café, je suis allée ensuite m'asseoir sur le canapé en lui lançant un regard curieux. Juste curieux. Ni plus ni moins.

« Où étais-tu hier ? » demandai-je en m'interrogeant si son absence avait quelque chose à voir avec la situation.

Carlisle s'assit en face de moi. « Nulle part en particulier, répondit-il, j'ai fait le tour de la ville durant quelques heures en voulant m'assurer qu'il n'y avait pas de piste à trouver. Après cela j'ai passé quelques heures à Ithaca » Un sourire quelque peu espiègle se dessina d'un côté de sa bouche. « J'ai pensé que tu souhaitais peut-être passer la journée avec Alice pour changer. Je suis sûr que ma présence constante doit devenir fatigante.

– Bien sûr que non, dis-je sans réussir à me retenir, j'adore ta compagnie. Je l'apprécie vraiment »

Il avait l'air content tout en souriant poliment. « Je suis heureux de l'entendre Bella. J'adore aussi ta compagnie »

Je dus détourner le regard du sien. Observant la surface sombre du café dans la tasse, je me demandai s'il n'avait pas dit ça par pure courtoisie. La bataille entre mon cœur et mon esprit continuait de faire rage, refusant de céder surtout lorsque j'entendis à nouveau sa voix.

« Es-tu sûr que tout va bien ? demanda-t-il encore. Tu parais troublée »

J'ai levé mon regard il y avait de l'inquiétude dans ses yeux.

« Bien sûr », répondis-je en haussant les épaules. Le mensonge qui sortit d'entre mes lèvres fut rapide mais crédible. « Je suppose que je suis encore à moitié endormie »

Carlisle hésita, entrelaçant ses doigts et se penchant en posant ses coudes sur ses genoux. « Tu étais agitée pendant la nuit, déclara-t-il en m'étudiant soudain très attentivement. Est-ce que quelque chose t'ennuie ? »

Je fronçai les sourcils en me demandant si j'avais parlé dans mon sommeil. Une image de la forêt dense m'est venue à l'esprit, comme celle de l'expression déçue de Carlisle alors qu'il se détournait et partait. Parti après n'avoir reçu aucune réponse à sa question, question dont je n'avais encore aucune idée. Cette question qui avait semblé en quelque sorte très importante.

Je restai silencieuse un instant de trop. Un froncement de sourcils plissa le front de Carlisle alors qu'il scrutait mon visage.

« Qu'est-ce qu'il y a Bella ? » demanda-t-il doucement.

Je posé mon café sur la table basse entre nous, tiraillée entre répondre et rester silencieuse. Je ne savais même pas comment lui répondre. Je n'étais toujours pas sûre de ce qui n'allait pas. Je ne savais toujours pas ce qui me dérangeait le plus en ce moment.

« Ce n'est qu'un rêve que j'ai fait », répondis-je finalement en décidant d'être en partie honnête. Le souvenir de l'ombre déçue dans ses yeux me hantait. « Ou un cauchemar plutôt »

Carlisle plissa les yeux tout en me regardant avec une expression pensive. « Quel était ce cauchemar ? demanda-t-il d'un ton étonnamment doux.

– Rien vraiment, répondis-je en le repoussant et essayant de sourire. C'était plutôt idiot. Pour être honnête ça n'avait pas vraiment de sens »

Apparemment il sentit ma réticence à lui en parler. Je pouvais voir qu'il était tenté à en demander plus mais il resta silencieux, me regardant de près durant un moment.

« Si tu souhaites en parler plus tard, dit-il alors très calmement, tu dois savoir que je suis là pour écouter. S'il y a quelque chose qui te tracasse l'esprit, n'importe quoi, tu peux m'en parler. J'espère que tu le sais »

Ses mots me frappèrent de stupeur pendant un moment tellement j'étais touchée par eux. Essayant de me concentrer sur ma respiration, j'ai hoché la tête et lui ai offert un petit sourire que j'espérais serein. « Merci. C'est… très gentil de ta part »

Il répondit à mon sourire puis soutint mon regard encore un peu. C'est moi qui détournai le regard la première. L'action fut aisée et difficile à la fois. Aisée car la bataille dans mon cœur s'était calmée mais sans complètement cesser. Il ne brûlait que d'une plus petite flamme.

J'ai ravalé ses pensées jusqu'à ce que la flamme ne soit plus qu'une étincelle. Puis je pris une profonde inspiration en étouffant totalement le feu. Après cela, il ne resta plus que des braises qui couvaient secrètement.

Tendant la main vers le livre posé sur la table basse entre nous, je l'ouvris et le parcourus jusqu'à trouver la page où je m'étais arrêtée. Je ne savais pas si j'avais pris le livre pour me distraire ou pour avoir quelque chose dans les mains. Je me sentais sur le fil, incapable de rester assise. C'était une étrange sensation si tôt dans la matinée.

J'ai entendu Carlisle se racler la gorge et j'ai levé les yeux pour le voir plisser les siens et lire la couverture arrière du livre. Il me fit un sourire en remarquant que je le regardais.

« De quoi parle livre ? » demanda-t-il.

Je soulevai les sourcils avec provocation, souriant à demi. « Tu as lu la quatrième de couverture même de là où tu es non ? »

Un expression curieuse apparut sur son visage, c'était la manière qui se rapprochait le plus de lui en train de lever les yeux au ciel.

« En tant que propriétaire d'une librairie, tu dois être d'accord avec moi que la quatrième de couverture raconte rarement toute l'histoire, dit-il avec un sourire.

– C'est pourquoi tu dois le lire, plaisantai-je en souriant. Et c'est pourquoi les gens disent ne jugez pas le livre par rapport à sa couverture »

Il rit doucement. J'ai remarqué qu'il me fixait toujours et je me suis raclé la gorge en essayant de mettre fin au silence. Parce que le silence alimentait les flammes c'était comme du combustible pour le feu que je souhaitais éteindre.

« Le livre parle de cette femme, commençai-je en décidant de répondre à sa question. Elle a une vision tordue des choses »

Carlisle souleva les sourcils, l'air intrigué. « Comme ?

– La vie en général, répondis-je en haussant les épaules, et l'amour. Surtout ça. Elle pense que l'amour devrait toujours être cette chose époustouflante. Que cela devrait être étonnant et bouleversant et… » Je fis un geste de la main en faisant un large arc de cercle dans l'air alors que je cherchais mes mots. « Eh bien tu sais. Quelque chose qui te balaye en un instant »

Il eut l'air amusé. « L'amour n'est-il pas habituellement ainsi ? souligna-t-il.

– Bien sûr, admis-je tout en réalisant que notre conversation se dirigeait vers une zone dangereuse, je suppose qu'il peut être ainsi pour certaines personnes. Mais cette femme est trop intransigeante … à ce sujet. Elle possède cette impression exagérée d'amour et de romance, et surtout de l'idée de tomber amoureuse. Elle continue d'attendre que cette personne parfaite vienne et dérobe comme par magie son cœur en une seconde pour tout améliorer. Elle ne se rend pas compte que parfois l'amour se faufile en vous sans que vous vous en rendiez compte. Et par conséquent, elle ne parvient pas à voir qu'il y a déjà quelqu'un de concret dans sa vie, quelqu'un qui pourrait répondre éventuellement à toutes ses exigences. Elle est clairement destinée à être avec cette personne mais elle ne le remarque pas juste parce que le sol n'a pas tremblé sous ses pieds lorsqu'elle l'a rencontré. Elle ne se rend pas compte qu'il n'y a peut-être pas besoin de coup de foudre mais elle l'attend obstinément. Et ce faisant, elle manque la seule opportunité qui pourrait lui convenir. C'est tellement frustrant » Je fronçai les sourcils vers le livre en pinçant les lèvres de désapprobation.

Carlisle eut un autre rire doux et je me demandai si cela l'amusait que je ressente si fortement une histoire fictive.

« Donc en étant trop exigeante et en ne réalisant pas que tomber amoureux peut prendre du temps, elle pourrait perdre sa chance de pouvoir aimer un jour ? demanda-t-il.

– En un sens oui, répondis-je hochant la tête. Elle est tellement aveugle. Si elle n'ouvre pas les yeux bientôt, je jure que je vais brûler ce livre »

Carlisle sourit. Je baissai les yeux sur les pages en sentant une rougeur envahir mes joues.

« Tu dois penser que je suis stupide, murmurai-je. Je veux dire, je comprends. Ce n'est qu'un livre.

– Ce n'est jamais qu'un livre Bella, s'opposa-t-il en chassant mon embarras. En fait chaque livre doit être une expérience dont nous devons tirer quelque chose »

Nos yeux se rencontrèrent, les braises explosèrent à nouveau en flammes. Elles auraient dû me brûler, me réduire en cendre, mais je me sentais curieusement embrasée. Dedans et dehors. Partout.

« Alors, murmura-t-il finalement tandis qu'un sourire étirait ses lèvres, si je comprends bien tes paroles précédentes, le coup de foudre est une chose en laquelle tu ne crois pas.

– Ce n'est pas que je nie totalement son existence, émis-je pensivement. Je n'ai pas le droit de dire que quelque chose n'existe pas simplement parce que cela me semble inhabituel » Je m'arrêtai pour lui faire un sourire ironique. « Et en fait j'ai commencé à me demander si c'est quelque chose qui se produit plus probablement chez les vampires que les humains »

Carlisle semblait réfléchir. « Tu fais référence au moment où un vampire rencontre son compagnon »

J'ai hoché la tête. « Oui. Je pense que le concept d'amour au premier regard décrit bien ce moment.

– Oui », reconnu-t-il.

Restant silencieuse un moment, j'appuyai ma tête contre le dossier du canapé. Mes doigts commencèrent à jouer avec les coins des pages. Mes livres étaient toujours abîmés c'était un miracle que je parvienne à garder les livres du magasin assez soignés pour pouvoir les vendre.

« C'est drôle, murmurai-je après un moment, j'ai toujours pensé qu'il fallait connaître quelqu'un de fond en comble pour l'aimer pleinement. Pourquoi alors les vampires peuvent-ils former quelque chose de si profond et intense en un seul instant ? »

Une petite ride se forma sur le front de Carlisle tandis qu'il fronçait les sourcils en pensant à ma question. « Je ne sais pas comment répondre à ça, admit-il en parlant doucement. Peut-être que personne ne le peut. Parfois la nature et ses caprices sont impossibles à comprendre. C'est curieux de voir combien de choses se passent à l'instant où un vampire voit son compagnon. Celui auquel il est destiné pour toujours. J'ai entendu dire que ce n'étaient pas seulement des sentiments d'affection qui sont suscités à cet instant – qu'il y a aussi beaucoup d'autres choses impliquées. Comme le désir de protéger et de maintenir l'autre en sécurité quel qu'en soit le coût. On m'a également dit qu'être séparé de son compagnon pendant une longue période est presque angoissante. Et si le pire se produit et qu'un vampire perd son compagnon… il n'existe aucun moyen de s'en remettre. Une partie de vous meurt avec votre compagnon. Un partie très vitale » Il fit une pause pendant un moment, ses yeux fixant la table basse entre nous. « Il y a presque quelque chose de primitif là-dedans, émit-il songeusement. Au sujet de tout ça. C'est une chose profondément ancrée en chaque vampire mais qui ne s'éveille que lorsque, ou si, on rencontre son compagnon.

– Alice l'a comparé à l'instinct d'une mère souhaitant protéger son enfant », me souvins-je.

Carlisle acquiesça. Il y avait une ombre dans ses yeux, une chose que je n'avais jamais vu auparavant. C'était certainement notre conversation qui l'avait provoquée. Et je me suis demandé ; avait-il envie de toutes ces choses ? Avait-il envie de ce petit moment qui pourrait éventuellement avoir lieu un jour, ce moment où tout changerait alors qu'il poserait les yeux sur quelqu'un qui lui ressemblait ? Quelqu'un qui était aussi froid que la glace, aussi pâle que la neige, aussi beau qu'une divinité ? Quelqu'un qui était le miroir de son âme, quelqu'un qui était destiné à se tenir à ses côtés durant une éternité ?

Quelque chose s'est cassé en moi, s'est brisé en petits morceaux. C'était la première fois depuis longtemps que je me sentais en quelque sorte abîmée, moins entière, ce qui fit que je me le reprochais. Parce que la soudaine douleur dans mon cœur signifiait-elle que je ne voulais pas ces choses pour lui ? Ne voulais-je pas qu'il soit heureux, qu'il soit avec celle avec qui il devait être ? Ne voulais-je pas que cette ombre dans ses yeux disparaisse, soit chassée par quelqu'un qui était son égal, quelqu'un qui possédait le même esprit profond et la même intégrité ?

Carlisle me regardait. J'ai rencontré ses yeux et d'une manière ou d'une autre, je parvins à aller au-delà de la douleur sourde quelque part en moi et à me répondre : oui, je voulais ces choses pour lui. Parce que Carlisle les méritait. Il méritait toutes les bonnes choses que l'univers avait à offrir. Il était seul depuis si longtemps, marchant parmi les humains tout en sachant que chacun d'eux finirait par disparaître, disparaître au cours des secondes, des années et des siècles tout en sachant que même après tout ça, il serait toujours là. Plus ou moins seul.

Perdue dans mes pensées, j'ai refermé le livre dans mes mains tout en laissant mes doigts traîner le long des coins cornés. Après l'avoir remis sur la table, j'ai remarqué que Carlisle me fixait toujours. Sa voix fut calme tandis qu'il parlait.

« J'espère qu'elle retrouvera ses esprits, dit-il en inclinant la tête vers le livre. Elle ne devrait pas vivre dans des rêves au détriment du moment présent. J'espère qu'elle se réveillera avant qu'il ne soit trop tard et s'arrête un instant pour regarder autour d'elle »

Je ne savais pas pourquoi mais durant un court instant, je me sentis étrangement surprise par ses mots calmes.

« J'espère aussi », répondis-je en chuchotant. Pour une quelconque raison, certains moments nécessitaient des chuchotements au lieu de mots forts. Une mélancolie soudaine me prit après l'avoir dit. Je me suis rendue compte qu'il n'y avait pas vraiment de raisons mais c'est quand même ce que je ressentais.

Parfois les sentiments n'avaient besoin d'aucune raison pour naître. Ils n'avaient besoin d'aucune justification. Ils apparaissaient juste quand vous vous y attendiez le moins. Ils se faufilaient en vous pour arriver à pas silencieux et vous prenant au dépourvu sans avertissement. Ou peut-être cela n'arrivait-il qu'à ceux qui se mettaient des œillères – à ceux qui ne faisaient pas attention. J'ai pensé à la femme du livre et je me suis demandé combien ils étaient dans le monde à marcher avec des œillères, sans voir les gens autour d'eux. Des gens qui pourraient finir par être très importants si seulement ils parvenaient à les voir, à reconnaître leur présence.

Étais-je cette femme ? N'avais-je pas fait attention ?

Soudain j'avais peur de lever les yeux de mes mains. Parce que les œillères avaient été retirées. Parce que sans elles, je pouvais soudainement voir clairement.

« Très souvent, les gens ont tendance à réaliser ce qui est bon pour eux au tout dernier moment, entendis-je Carlisle murmurer.

– C'est dommage », approuvai-je doucement en levant les yeux vers lui. J'ai remarqué qu'il y avait un sourire sur mes lèvres, un sourire que je n'avais pas invoqué. Ce qui m'intrigua. « Mais peut-être qu'ils apprennent un jour.

– Peut-être », acquiesça-t-il. Il ouvrit la bouche pour dire autre chose mais pour raison quelconque, il hésita et resta silencieux.

L'envie de savoir ce qu'il allait dire fut soudainement impérieuse, je dus me demander pourquoi il s'était contenté du silence au lieu de parler. Comment se faisait-il que presque tous d'entre nous avaient tendance à agir ainsi de temps à autre ? Notre bouche s'ouvrait pour libérer un flot de mots mais seulement pour découvrir que quelque chose en endiguait le flux.

J'imagine que nous avions tous ces barrages, ces barrières qui nous empêchaient de parler. Je me demandai si nous les créions nous-même, si nous les construisions pièce par pièce, même si parfois nous n'avions rien fait pour le faire. Parfois, elles naissaient juste d'excuses, nées de raisons qui nous paraissaient crédibles à l'époque. Je me demandai combien de temps il faudrait pour que le flux devienne suffisamment fort pour briser le barrage. Pour le faire déborder si nécessaire.

Mon propre barrage n'avait pas encore été mis à l'épreuve. Pas même lorsque le soleil commença à se lever derrière l'épais voile de nuages en emportant avec lui la lumière grise du jour. Pas même quand je suis sortie de ma chambre et que j'ai vu Carlisle m'attendre près de la porte tout en tenant mon manteau ouvert pour moi. Et pas même lorsque je glissais mes bras dans les manches tout en sentant ses mains frôler très légèrement mes épaules.

Parce que mon barrage venait seulement de se construire. Avais-je commencé à le créer moi-même, ou était-ce les excuses et les raisons plus ou moins crédibles qui le construisaient – je l'ignorais. Ce que je savais, c'est que je détestais déjà cette barrière à ses préludes.

Parce que je le savais, je ne souhaitais pas me noyer dans le flot de mots, je ne souhaitais pas me piéger.


Notes de l'auteur : Je suis sûr que vous avez déjà remarqué que dans mon histoire le concept de compagnon est plus profond qu'il ne l'est dans l'univers Twilight. Au lieu d'être un simple partenaire de vie, je voulais que le truc de compagnon soit en quelque sorte plus significatif et radical pour presque ressembler à l'imprégnation des loups.