Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
Comme toujours et ça devient une merveilleuse habitude, je tiens à te remercier rougepivoine pour tes commentaires qui illuminent mes journées en ce moment ;) tu peux pas savoir à quel point ça peut faire plaisir à l'ego XD et au moral, encore plus avec tout ce qu'il se passe. Comme promis, je poste le chapitre suivant bien avant la publication habituelle du jeudi, mais pas de crainte, le chapitre 11 suivra jeudi comme d'hab ! Il est également terminé mais demande une petite relecture pour pas trop piquer les yeux des lecteurs. D'ailleurs n'hésitez pas à me remonter mes oublis et fautes d'orthographes, pour ma part je déteste les fautes et je les traque du mieux que je peux. Mais ce n'est pas toujours évident sur l'ordi et sans relecture extérieure ;)
Merci aussi à sochic88 pour sa review encourageante !
Bon je m'arrête là, parce que j'imagine que vous voulez surtout lire la suite et pas les élucubrations de la traductrice que je suis ^^ - Bonne lecture à tous et bon courage à tous pour cette nouvelle semaine qui commence
« Sans changement, quelque chose dort en nous et se réveille rarement.
Le dormeur doit se réveiller »
- Frank Herbert -
Le crépuscule, le silence et nous
« Que fais-tu samedi ? »
La voix chantante d'Alice perturba ma concentration. Mes yeux balayèrent l'écran d'ordinateur portable une fois de plus et après cela j'ai haussé les sourcils en lui lançant un regard distrait. « Hum ? »
Un soupir exaspéré quitta ses lèvres. Elle se rapprocha de moi en sautant pour s'asseoir sur le comptoir de la cuisine derrière mon dos. J'ai essayé d'ignorer son examen minutieux alors qu'elle jetait un coup d'œil par-dessus mon épaule pour lire ce que je griffonnais. Je consultais la liste des livres récemment publiés tout en notant les titres qui m'intéressaient. Je devrais réfléchir plus tard à ceux à commander pour la librairie. Noël arrivait dans quelques semaines ce qui était évidemment la période la plus chargée de l'année pour la librairie et je souhaitais que les étagères soient bien approvisionnées. Les classiques étaient toujours demandés mais comme toujours je voulais aussi avoir de nouvelles choses dans ma sélection.
« Je t'ai posé des questions sur tes plans pour ce weekend, répéta Alice toujours par-dessus mon épaule et lisant la liste que je faisais. Je voulais savoir ce que tu fais samedi »
Seul le son produit par mon stylo griffonnant contre le papier se fit entendre pendant un instant alors que j'écrivais un autre titre et haussais les épaules. « Aller à la blanchisserie », répondis-je à moitié sérieuse. Je souhaitai juste savoir ce qu'elle avait en tête avant de lui donner une réponse honnête. Avec Alice, il valait toujours mieux avoir une porte de sortie.
Non pas que cela aidait à chaque fois.
« Mauvaise réponse », déclara-t-elle. Je pouvais entendre le sourire dans sa voix. « Parce que tu vas venir voir notre maison »
Feindre l'indifférence fut soudainement dur. Elle me demandait de venir voir l'endroit où ils vivaient ? Pourquoi ?
Bien que j'avais essayé de m'en empêcher, mes yeux quittèrent l'écran de l'ordinateur portable pour voir l'expression de Carlisle. Il était assis dans le fauteuil à quelques mètres de là, un énorme livre sur les genoux. C'était le volume le plus volumineux qu'il était parvenu à trouver dans ma petite bibliothèque bien que j'étais à peu près certaine que ce n'était pas sa grosseur qui lui avait plu. C'était probablement l'âge car il avait l'air assez ancien et usé. J'avais lu la plupart des livres de ma bibliothèque, mais c'était l'une des exceptions. Je me demandai de quoi il parlait – Carlisle avait paru intrigué quand il l'avait découvert.
Il rencontra mon regard tandis que je regardais vers lui. Il ferma le livre pour le placer sur la table basse devant lui. Il sourit soudain en échangeant un regard avec Alice.
« Ce serait merveilleux si tu pouvais venir, me dit-il. Nous voulions t'y inviter depuis un certain temps »
Je fronçai les sourcils à ses mots en essayant d'étouffer la sensation d'être prise au dépourvue. Je ne savais pas pourquoi j'hésitais et je ne savais pas pourquoi la situation était si surprenante. Visiter leur maison était étrange – presque comme si nous franchissions une frontière invisible. Ce qui s'y cachait derrière et ce qui advenait une fois franchie… je l'ignorais.
« Je ne sais pas », commençai-je en entendant Alice se laisser tomber du comptoir et venir se placer devant moi de l'autre côté de la table. Elle me lança un regard plus ou moins sévère.
« Tu viendras, déclara-t-elle. C'est décidé »
J'ai haussé les épaules et j'eus soudainement l'envie d'être impatiente face à leur demande, mais en même temps je sentais que je devrais contenir cet empressement. « D'accord. Je suppose que oui alors »
Carlisle me souriait chaleureusement mais je pouvais voir dans ses yeux qu'il avait compris mon hésitation. Je me tournai à nouveau vers l'écran de mon ordinateur en essayant de penser à autre chose.
Alice avait réussi à m'arracher la petite liste quand je n'y fis pas attention et maintenant elle la parcourait en ajoutant une marque ici et là avec mon stylo.
« Ce livre ne se vendra pas, m'informa-t-elle en appuyant sur l'un des titres que j'avais écrits. Ne le commande pas. Enfin au moins pas trop d'exemplaires »
Je lui lançai un regard en partie incrédule, en partie vexé. « Mais l'auteur est très populaire », protestai-je.
Alice haussa seulement les épaules. « Celui-là se vendra, souligna-t-elle en désignant l'un des titres. Et celui-là »
Je soupirai en appuyant mes coudes contre la table tout en la fusillant du regard. « C'est une façon de retirer le plaisir Alice, grommelai-je.
– Tu me remercieras plus tard, insista-t-elle. Et en plus ce ne serait pas amusant si tu fais faillite juste parce que tu auras commandé une pile de livres que personne n'achètera.
– C'est hors de propos, tentai-je d'expliquer. Je n'essaie pas de devenir riche avec tout ça. Même s'il n'y a qu'une personne intéressée par un livre en particulier, je le commanderai »
Alice fronça les sourcils. « C'est juste une mauvaise affaire.
– Ce n'est pas une affaire », déclarai-je.
Apparemment, elle n'était pas disposée à comprendre ce que mon âme ressentait en matière de livres et de lecture – pas que je ne m'y attendais pas. Elle roula de nouveau des yeux en pensant peut-être que mes efforts étaient vains. Peut-être qu'ils l'étaient, du moins lorsqu'il s'agissait de gagner de l'argent, mais ce n'était pas la chose la plus important pour moi. Ce qui était le plus important, c'est que je réussisse au moins à rendre une personne heureuse en ayant trouvé dans ma sélection le livre qu'elle cherchait.
Alice soupira de manière assez audible alors que je raturais la marque qu'elle avait faite sur la liste. J'ai ignoré son attitude tout en inclinant la tête vers Carlisle.
« Carlisle sait ce que je veux dire, dis-je en gagnant un rapide sourire de l'intéressé.
– Bien sûr qu'il le sait, marmonna Alice dans un souffle assez fort pour que je l'entende. Vous deux êtes taillés dans le même bois. Ou arrachés à la même page plutôt », corrigea-t-elle. Elle me fit ensuite un clin d'œil pas du tout subtil.
Ses paroles, sans parler de son clin d'œil, me déroutèrent tellement que je dus baisser la tête pour cacher le rougissement qui se répandait sur mes joues.
J'ai entendu Carlisle s'éclaircir la gorge. Quand je l'ai entendu se lever de sa chaise, j'ai osé le regarder. Il y avait une expression pensive sur son visage et il regardait le sol comme plongé dans ses pensées. Puis il sembla revenir à l'instant présent en jetant un rapide coup d'œil à Alice avant de se tourner vers moi.
« Je devrais y aller », dit-il doucement.
Je fronçai les sourcils à ses mots en ignorant la soudaine déception que je ressentis. Peut-être qu'il remarqua ma réaction car il expliqua rapidement la raison de son départ, me disant qu'il avait promis de retrouver Jasper dans quelques instants.
« Jasper est de retour ? » demandai-je en regardant Alice. Elle ne m'avait pas parlé de son retour et je me demandai s'il était parvenu à trouver Edward et les autres.
« Il est revenu hier soir », expliqua Alice. Alors que mon cerveau commençait à formuler la question, elle y répondait déjà. « Il a trouvé Emmett, Rosalie et Edward. Ils ont convenu que nous devrions nous concentrer sur autre chose plutôt que gaspiller notre énergie sur Victoria car il semble n'avoir aucun signe d'elle. Edward a été cependant plus difficile à convaincre.
– Viennent-ils ici ? demandai-je.
– Rosalie et Emmett sont indécis, répondit-elle. Ils iront probablement en Alaska pour voir Esmée et Miguel.
– Et Edward ? » demanda Carlisle. Je n'étais apparemment pas la seule à ne pas être complètement au courant de la situation.
« Il n'a pas encore décidé, répondit Alice, je ne sais pas s'il vient ici ou non » Elle me lança un rapide regard ce qui me fit croiser les bras et m'appuyer contre le dossier de la chaise alors que je la regardais.
« Est-ce qu'il reste loin d'ici à cause de moi ? » demandai-je en fermant l'ordinateur portable. Le bourdonnement ténu cessa lorsque l'appareil passa en mode veille ce qui rendit la pièce très silencieuse.
Alice inspira doucement, hésitante. « Ce n'est pas qu'il ne veut pas te voir, expliqua-t-elle, il n'est tout simplement pas certain que tu veuilles le voir lui »
Je sondai mes sentiments après avoir entendu ses mots, ne sachant quoi dire. Je ne détestais pas catégoriquement l'idée de voir Edward – je pensais juste qu'il serait bizarre d'être à nouveau en sa compagnie. Et j'hésitais aussi parce que je ne savais pas ce qu'il pensait de moi. Il s'était retiré de ma vie parce qu'il avait voulu me protéger. Il m'avait menti pour ce fait et même plus que ça, il avait fait de grands efforts pour s'assurer que j'étais suffisamment blessée pour croire qu'il ne m'aimait plus. Tout ça juste pour me protéger.
Ce qui était plutôt ironique car malgré ses actions, je n'étais toujours pas en sécurité. Même après tout ce qu'il avait dit et fait, leur monde m'avait rattrapé. Je me trouvais à des années de l'époque où j'avais fait la connaissance des Cullen, à des milliers de kilomètres de l'endroit où j'avais dansé le long de la frontière fragile entre normalité et surnaturelle. Une chose qui n'avait pas été conçue pour que mes yeux la voient et mes oreilles l'entendent.
Mais je l'avais vue et entendue et c'est pourquoi j'étais de nouveau là. Toujours pas en sécurité, me balançant entre cette frontière de leur monde et du mien. Une voix douce que je n'arrivais pas à faire taire me disait que j'étais peut-être là parce que je devais y être. Que peut-être leur monde m'avait trouvé il y a huit ans parce qu'il censé me trouver. Et peut-être qu'il m'avait rattrapé maintenant, huit ans plus tard, pour la même raison.
Je ne savais pas comment réagir à cette soudaine pensée. Je l'ai donc repoussé, décidant d'y revenir une fois que je serais prête à y réfléchir. Si j'étais prête à y réfléchir.
Le silence dans la pièce me tira de mes réflexions. Les deux vampires aux yeux caramel me regardaient en attendant que je réagisse aux paroles d'Alice. J'eus des difficultés à me rappeler ce qu'elle avait dit et quand je le fis, j'eus du mal à exprimer mon ressenti.
« Je n'ai rien contre le fait qu'Edward vienne ici, assurai-je en décidant d'être honnête. Mais si ça le met mal à l'aise de me revoir, je comprends parfaitement » J'ai regardé Alice et Carlisle pour observer leurs réactions. « C'est sa décision. Qu'il veuille venir ici ou non.
– C'est aussi la tienne », fit remarquer calmement Carlisle.
Je savais ce qu'il pensait. Il se souvenait de la conversation que nous avions eue dans le parc peu après son arrivée à Buffalo. C'était probablement ma révélation sur les durs adieux d'Edward qui maintenant obscurcissaient ses pensées. Il s'inquiétait probablement encore que je ne sois pas passée au-dessus du mal que les mots d'Edward avaient causé. Peut-être pensait-il que je ne lui avais pas totalement pardonné. Ce qui me fit me demander si c'était le cas s'il existait une différence entre le pardon et l'acceptation. Si ça l'était, quelle était cette différence ? N'exigeaient-elles pas toutes les deux certaines choses de vous, des choses similaires ?
« Il n'a pas besoin de rester à l'écart à cause de moi, assurai-je. Donc si vous entendez parler de lui, dites-lui qu'il peut faire tout ce qui lui semble approprié » Je me demandai quand j'étais devenu une telle diplomate. Ou peut-être l'avais-je toujours été. Après tout vivre avec Renée durant plusieurs années m'avait demandé de temps à autre cette qualité.
Alice et Carlisle hochèrent la tête à mes paroles après avoir échangé un rapide regard entre eux. Bientôt Carlisle se tourna pour partir en me souhaitant une bonne nuit avant de se diriger vers la porte. Mes yeux se dirigèrent vers l'énorme livre qu'il avait abandonné sur la table basse et je lui ai presque dit qu'il pouvait l'emporter s'il le voulait car il avait semblé tellement intrigué par lui. Mais je retins ces mots, pensant distraitement que s'il le laissait ici, il aurait une bonne raison de revenir pour le terminer.
Je me suis lancée intérieurement un coup de pied à cette pensée et j'ai levé la main alors qu'il se retournait sur le seuil. Il me fit un signe de tête silencieux avant de disparaître dans l'obscurité.
Des bouts de conversations décontractés accompagnèrent mes rituels du soir alors que je me préparais du thé et quelque chose à manger tout en écoutant le babillage d'Alice. Je la fixai de mon regard tandis que je grignotais mon sandwich en attendant qu'elle redevienne silencieuse. Elle fronça les sourcils en me regardant manger tandis que son front se plissait.
« Qu'est-ce qui te préoccupe l'esprit ? demanda-t-elle. Tu as l'air étrange »
Je sirotai mon thé tout en enroulant mes doigts autour de la tasse chaude. « Je pensais à Edward en réalité, admis-je ne gagnant qu'un autre froncement de sourcils. Que pense-t-il exactement de moi ? demandai-je sans détour. Quand Carlisle est venu à Buffalo, il m'a dit qu'Edward n'aimait pas l'idée que tu me contactes.
– Il ne souhaitait pas que nous dérangions ta vie, expliqua Alice. Mais ta sécurité pesait plus sur la balance bien entendu et il n'était pas contre notre plan de venir te protéger » Elle fit une pause en réfléchissant un instant. « Il était ailleurs au moment où j'ai eu cette vision de toi la première fois. Il a cependant fait part de son opinion par la suite en disant que nous aurions dû pouvoir gérer la situation sans t'en informer du tout. Apparemment cela aurait été mieux ainsi, marmonna-t-elle.
– L'as-tu pensé ? demandai-je. A me maintenir dans le noir ? »
Elle hésita un instant puis acquiesça finalement. « Bien sûr que nous l'avions envisagé. C'était si mal de venir te déranger après tout ce temps. Mais il était aussi mal de te cacher quelque chose comme ça. Carlisle l'a convenu, tout comme Emmett et Rosalie »
Mon front se releva. « Même Rosalie ? » demandai-je incrédule. Elle ne m'avait jamais vraiment aimé et c'est pourquoi les mots d'Alice me surprirent.
Elle sourit de mon expression sceptique. « Il y a tellement de choses que tu ne sais pas sur Rosalie, dit-elle. C'est dommage que tu n'aies jamais eu la chance de mieux la connaître.
– Je suppose que j'avais un peu peur de mieux la connaître, avouai-je en riant. J'ai toujours pensé qu'elle me détestait.
– Ce n'était pas le cas, assura Alice. Ce n'est pas le cas » Je pus voir qu'elle était tentée de dire quelque chose de plus mais finalement, elle secoua la tête pour continuer là où elle s'était arrêtée. « Et donc nous avons pris la décision de t'informer de ce qui se passait » termina-t-elle. Une expression incertaine passa sur son visage, une ombre persistante tandis qu'elle prononçait les mots suivants. « Tu m'as dit il y a quelques temps que si tu avais pu choisir, tu aurais préféré être au courant de la situation plutôt que de ne rien savoir. Est-ce toujours ce que tu ressens ?
– Oui », répondis-je en me demandant pourquoi il était si simple de répondre à cette question – alors que tout le stress et l'inquiétude que leur arrivée m'avait causés ne semblaient pas du tout m'importer.
Je levai les yeux de ma tasse en étudiant le visage d'Alice et réfléchissant à ses premières paroles sur Edward et ses opinions. « Je suppose que huit années n'ont pas changées sa façon de penser, murmurai-je, compte tenu de la façon dont il ressent toujours le besoin de me protéger de tout »
Alice sourit ironiquement. « Edward est à peu près le même, admit-elle. Trop surprotecteur et têtu. Il ne connait même pas le mot changement »
J'ai reniflé doucement. En étudiant son expression, j'ai soudainement essayé de voir s'il y avait plus dans ses paroles. Si Edward était resté le même toutes ces années, cela signifiait-il que ses sentiments pour moi étaient également restés les mêmes ? Je ne savais pas quoi en penser si c'était le cas. Et cela me fit me demander si j'avais fait une erreur en disant qu'il pouvait venir s'il en avait envie – je ne faisais que retourner le couteau dans la plaie. Pas dans la mienne, mais dans la sienne. Je ne voulais pas que la situation devienne plus compliquée qu'elle ne l'était.
Finalement, j'ai juste interrogé à Alice à ce sujet, confiante sur le fait qu'elle me dirait la vérité.
« Je ne suis pas entièrement certaine vis-à-vis de ses sentiments pour toi, répondit-elle sans détour. Il ne parle pas vraiment de ça avec nous. Pas même avec moi »
Cela semblait étrange car je me souvenais qu'Edward et Alice étaient très proches. Mais j'ai décidé de ne pas commenter et je hochai seulement la tête à ses mots, restant silencieuse durant un instant alors que je réfléchissais à ce qu'elle m'avait dit.
« Il m'a dit une fois que l'esprit humain est comme une passoire, révélai-je. Que le temps guérissait toutes les blessures » Souriant avec ironie, je levai mon regard du dessus table. « Je ne l'ai pas cru lorsqu'il avait dit ça, mais finalement j'ai appris qu'il avait tout à fait raison. Je me demande si cela a été pareil pour lui » Je m'arrêtai en lui faisant un petit sourire. « Loin des yeux, loin du cœur. J'imagine que cette expression est plus vraie qu'on ne le pense. Je ne sais pas si elle s'applique à la fois aux humains et aux vampires »
Alice sourit elle avait soudain un ton triste. « Je suis certaine qu'il se soucie toujours de toi, dit-elle doucement en réfléchissant. Cela n'a jamais changé comme tu le sais maintenant »
J'ai hoché de nouveau la tête. « Oui »
Même si je n'avais pas obtenu de réponse claire à ma question, je me sentais soudain étrangement paisible. Cela ne servait à rien de s'inquiéter de quelque chose que je ne pouvais pas contrôler. Et après tout, je ne savais pas si Edward allait venir ici. Par conséquent il était possible que ce stress sur ses possibles sentiments pour moi, ne soit qu'une perte de temps parce que je ne savais même pas si j'aurais une chance de le découvrir.
Et même s'il venait ici un jour, je savais où j'en étais. Je savais que je n'étais plus la fille dont il était tombé amoureux une fois, et dès qu'il verrait que la jeune adolescente dont il était si passionnément amoureux n'existait plus… eh bien, peut-être que cela lui permettrait d'avancer. Parce que c'est ce que je souhaitais. Que nous laissions ces choses derrière nous. Je ne voulais pas que mon passé mutuel avec Edward lui pèse comme un fardeau. Je ne voulais pas qu'il se souvienne avec tristesse et regret de la courte période que nous avions passé ensemble. Maintenant que je connaissais les motifs de son départ, que quitter Forks n'avait pas été aussi facile pour lui, j'étais certaine qu'il devait en avoir de le tristesse et du regret.
Je savais où j'en étais quand il s'agissait de lui. Et je souhaitais qu'un jour il trouve sa propre place. Elle n'était pas à mes côtés comme je l'avais une fois pensé. Comme je l'avais une fois espéré. Elle était ailleurs et j'espérais qu'il la trouverait.
Le reste de la semaine s'écoula dans un flot chargé de clients et de livres. Il n'était pas difficile de remarquer que Noël approchait. Cette fête particulière incitait toujours les gens à sortir et j'ai été ravie de constater que le don simple et classique des mots maintenait sa place. Malgré Internet, les livres électroniques et autres inventions modernes, le livre à l'ancienne restait une chose qui paraissait rester sur de nombreuses listes de cadeaux. Je ne m'en plaignais pas – un légère relance de mon économie était la bienvenue.
Les jours passèrent comme des heures et avant même que je m'en rende compte, c'était samedi. J'ai fermé la librairie en début d'après-midi en notant que ce n'était pas seulement le samedi qui était arrivé discrètement, presque furtivement. Au lieu du trottoir nu et gris alors que je sortais pour verrouiller la porte derrière moi, il y avait une fine couche de neige sous mes pieds.
Je passai un moment à maudire les baskets que j'avais choisies de porter ce matin tout en pensant que des bottes de randonnée auraient été plus adaptées. Je n'avais pas regardé les prévisions météorologiques depuis un moment, c'est pourquoi le changement soudain de temps m'avait prise au dépourvue. Même après des années passées à Buffalo, je ne m'étais toujours pas habituée à l'idée que la neige arrive si tôt. Enfin tôt pour quelqu'un qui avait vécu la majeure partie de sa vie en Arizona où la neige était pratiquement inexistante.
J'oubliai momentanément mon dépit en me dirigeant vers le parc pour admirer le voile blanc pur recouvrant les arbres et les pelouses gelées. L'air froid dans mes poumons était vivifiant et rafraîchissant ce qui améliorait efficacement mon humeur. Autant j'aimais passer mes journées au magasin, m'asseoir derrière le comptoir ou vider une caisse de livres que j'étais impatiente de déballer, autant je devais admettre que le moment préféré de ma semaine était juste à cet instant, de marcher dans le parc blanc et de sentir l'air froid contre ma peau. Savoir qu'une autre saison se terminait et qu'une autre allait commencer. Pour une étrange raison, ce court moment entre les deux était le plus charmant. Ce moment où l'hiver n'était pas encore arrivé et l'automne pas encore parti.
Quand je suis rentrée à la maison, j'ai rapidement mangé quelque chose puis je me suis fait une tasse de café en attendant que Carlisle ou Alice apparaisse. Nous n'avions pas convenu d'une heure exacte et c'est pourquoi je me suis retrouvée à jeter de temps à autre un coup d'œil par la fenêtre à la recherche d'une forme familière émergeant de l'allée des arbres.
Je n'eus pas à attendre longtemps. Alors que je rinçais ma tasse de café, le léger ronflement d'une voiture parvint à mes oreilles. J'ai balancé le manteau sur mes épaules et me suis dirigée vers la porte, les nerf soudainement en compote. Ne sachant pas pourquoi j'étais si soudainement nerveuse, j'ai tâché d'éloigner les papillons de mon estomac et je suis sortie.
Carlisle avait déjà fait demi-tour dans ma cour étroite. Il tenait la portière passagère ouverte pour moi et tandis que je sortais par la porte d'entrée, j'ai soudain ressenti le besoin de me détourner de son regard. Au début, j'ignorai d'où elle provenait, quelle était cette sensation qui me faisait fuir ses yeux. Mais au bout d'un moment, cela m'est apparue, la réalisation fut soudaine, surprenante tout comme la poignée glacée de la porte sous ma paume chaude.
J'ai réalisé que j'étais bien trop heureuse de le voir.
Je me suis retrouvée à verrouiller la porte pour avoir quelque chose d'autre sur lequel me concentrer et comme mon esprit était concentré par cette simple tâche, je me sentis un peu mieux. Plus calme. Alors que je me tournais pour lui faire face à nouveau, je commençai négligemment à me demander si la voiture noire qui vrombissait doucement à quelques pas de moi était la même qu'il avait à Forks. Elle avait la même apparence comme le même son. Même les sièges en cuir noir paraissaient être semblables lorsque je suis finalement entrée à l'intérieur. Carlisle a fermé la portière après moi puis il fit le tour de la voiture à une vitesse humaine normale et est entré lui-même, inconscient des vagues de nostalgies qui m'envahissaient de leurs souvenirs.
« J'ai l'impression que l'hiver a décidé d'arriver, dit-il tout en discutant et conduisant la voiture dans l'allée.
– Oui, répondis-je avec un sourire en regardant le paysage blanc à l'extérieur, ce fut une agréable surprise »
Carlisle me regarda alors avec une lueur curieuse dans les yeux. « J'ignorais que tu aimais la neige, déclara-t-il.
– Ça n'a pas toujours été le cas, admis-je. Peut-être est-ce la nouveauté qui me plaît. Je ne suis pas habituée à la neige. La première fois que j'en ai vu c'était à Forks en fait »
Il se tourna pour me regarder à nouveau, le front relevé. « Vraiment ? » demanda-t-il. Il semblait surpris de l'apprendre. Peut-être même étrangement intrigué mais je pensais l'avoir imaginé. Car pourquoi serait-il intrigué.
J'ai haussé les épaules devant son étonnement. « J'ai grandi en Arizona. Et même si le climat est froid et glacial parfois, il ne neige pas vraiment beaucoup », plaisantai-je.
Il rit doucement de mes paroles. Parler météo était généralement une bonne idée quand il n'y avait rien d'autre à dire mais pourtant je savais que ce n'était pas le cas entre nous. Nous ne parlions pas de la météo parce que nous n'avions rien d'autre à dire, et nous ne l'avons certainement pas fait pour remplir un silence inconfortable. Parce qu'entre nous ce n'était pas silencieux ou inconfortable. Une joie soudaine me remplit à cette pensée. C'était agréable de savoir que nous avions atteint un certain niveau de confort l'un avec l'autre. Ou du moins de mon côté. Je n'avais aucun moyen de savoir si Carlisle ressentait la même chose vis-à-vis de ma présence. Je n'avais aucun moyen de savoir s'il appréciait ma compagnie autant que moi.
Je me suis réprimandée intérieurement à cette pensée. Parce que je n'étais pas censée apprécier sa compagnie. Pas d'une manière jugée au-delà de l'appropriée de toute façon. J'étais soudainement contente qu'il ne possède pas le don de lire dans mes pensée. Sinon que penserait-il de moi ?
Je regardai les paysages flous passer et je me demandai où nous allions. Je me suis souvenue que Carlisle m'avait dit une fois que leur maison était quelque part à Ithaca. Je me demandai depuis combien d'années ils possédaient cet endroit. Ou l'avaient-ils acheté à leur arrivée à Buffalo pour me protéger ?
Mes doigts dansèrent sur le doux rembourrage du siège auto. Une autre vague de nostalgie me remplit alors que je me souvenais d'avoir été assise dans cette voiture des heures durant il y a plusieurs années lorsqu'Alice et Jasper m'avaient emmenée en sécurité pour me protéger de James. Il était ironique de constater à quel point la situation était différente mais pourtant si similaire. Cet instant présent n'était pas aussi terrible et urgent qu'il ne l'était à l'époque mais je devais admettre que les mêmes éléments y étaient rassemblés.
Au moins je n'avais pas à m'inquiéter pour Renée et Charlie cette fois. J'allais m'assurer qu'ils ne seraient pas entraînés dans tout ça. Je me le suis promis. Peu importe combien d'années cela m'empêcherait de les voir. J'étais soulagée d'être seule depuis plusieurs années maintenant car ma soudaine réticence à leur rendre visite ne soulèverait aucune question. En tout cas garder une certaine distance était un petit sacrifice.
Mes yeux se tournèrent presque involontairement vers Carlisle, et j'ai réalisé que je n'avais aucun moyen de le maintenir, lui ou les autres Cullen, à l'abri de tout danger.
Il rencontra mon regard alors que je me tournais vers lui en haussant les sourcils face à mon expression. Je devais avoir l'air assez sérieuse parce qu'un froncement de sourcils plissa son front.
« Est-ce que tout va bien ? » demanda-t-il tandis qu'une expression inquiète lui traversa le visage.
J'ai hoché la tête en essayant de ma débarrasser de mon inquiétude soudaine. « Bien sûr, répondis-je laissant le bout de mes doigts frôler le siège en cuir lisse. Est-ce la même Mercedes que tu avais à Forks ? » demandai-je en essayant de trouver un autre sujet de réflexion.
Carlisle acquiesça. « Oui. Je suis étonné que le moteur n'ait pas lâché après toutes ces années. Je suppose que c'est grâce aux efforts de Rosalie que la voiture est toujours en un seul morceau, déclara-t-il tandis qu'un doux sourire se formait sur ses lèvres.
– Rosalie ? demandai-je pas certaine d'avoir compris.
– Elle est douée avec les voitures, salua-t-il. Aussi passionnée par elles qu'Alice par la mode.
– Oh », gloussai-je. Je n'aurais jamais imaginé Rosalie du genre à se remonter les manches et à ramper sous une voiture grasse. J'imagine que je devrais me débarrasser de mes préjugés.
« La dernière fois que j'étais assise dans cette voiture, Jasper et Alice m'emmenaient à travers les États-Unis » Une fois de plus je n'ai pas pu m'empêcher de comparer la situation actuelle au passé. « C'est drôle de voir comment certaines choses tournent »
Le petit sourire de Carlisle s'effaça alors qu'il fixait son regard sur la route devant lui. « Il est regrettable que le passé se répète ainsi, déclara-t-il. J'aurais aimé que nous soyons ici dans des circonstances différentes »
Mon cœur rata un battement à ces mots et je l'ai regardé en me demandant ce qu'il voulait dire. C'était presque comme s'il essayait de me dire quelque chose sans me le dire vraiment. Si c'était le cas, pourquoi ne pouvait-il pas simplement dire ce qu'il voulait ? Cependant je devais admettre que je n'étais pas mieux. Je reconnaissais les choses qui me dérangeaient, celles qui me rendaient incertaines et pourtant je ne pouvais me résoudre à en parler. J'avais une fois été faiblement tentée de le faire, mais je n'avais reçu qu'une réponse plus ou moins mystérieuse.
Je me souvenais de ce dimanche où Adrian était parti. Je me souvins de ce sentiment lorsque j'avais réalisé que Carlisle et Alice me manqueraient quand ils repartiraient. Je me souvins de mes paroles, de ma réalisation, de la tristesse qui en était venue et je me souvins de la réponse de Carlisle.
« Tu as d'autres amis ici, avait-il dit doucement en essayant de me rappeler que je n'étais pas seule.
– Vous ne serez pas ici pour toujours » avais-je déclaré. Je me demandai si cela n'avait pas été une tentative inconsciente de me permettre d'accepter plus facilement ce que je venais de dire. Parfois le problème qu'on pouvait avoir ne paraissait pas si énorme après l'avoir dit à voix haute.
Je me souvins du silence de Carlisle, de l'hésitation en lui. « Nous sommes là maintenant », avait-il répondu. Assuré. Promis. Je ne savais toujours pas ce qu'il avait voulu me transmettre.
Cela semblait être arrivé il y a longtemps mais ce n'était pas vraiment le cas. Le temps paraissait s'écouler différemment depuis que Carlisle et Alice étaient entrés dans ma vie – j'ai été forcée de le remarquer. Même si j'étais pleinement satisfaite et heureuse avant leur arrivée à Buffalo, je devais admettre que leur présence au cours des dernières semaines avait été en quelque sorte très satisfaisante aussi. Comme si j'avais retrouvé un morceau de moi-même, un morceau que j'avais perdu une fois. Ou peut-être que je ne l'avais pas perdu après tout. Peut-être que j'avais emporté cette pièce avec moi toutes ces années mais qu'elle était restée simplement en sommeil comme si elle attendait d'être réveillée par leur arrivée.
Le trajet de Buffalo à Ithaca ne fut pas si long, probablement à cause de Carlisle. Sa façon de conduire n'était pas aussi rapide et folle que celle d'Edward dont je me souvenais, mais néanmoins rapide. Le trajet qui aurait dû prendre plus de deux heures, se fit finalement en une heure. J'ai regardé par la fenêtre les autoroutes et maisons se transformer en forêts et routes plus étroites, et j'ai essayé d'observer où nous allions en tentant de mémoriser chaque carrefour et virage. Mais c'était impossible surtout après avoir tourné sur une route de gravier plus ou moins isolée. Les arbres filaient à toute vitesse tandis que je regardais par la fenêtre passager tout en observant les rayons du soleil restant se fondre dans le crépuscule. La neige était également arrivée à Ithaca, elle donnait au crépuscule un fond de ton blanc et gris.
« L'emplacement de la maison est un peu isolé », entendis-je dire Carlisle et je sursautai presque au son de sa voix. Depuis quelques instants déjà, il était resté assez silencieux. Je ne savais pas d'où venait ce silence soudain mais il y avait eu une sorte de malaise.
« Je suis certaine que c'est très paisible, répondis-je. Pas de voisins ennuyeux »
Il gloussa à mes paroles mais ne dit rien de plus. Je n'en étais pas surprise nous avions à peine parlé pendant le reste du trajet.
Je me suis souvenue de ma pensée précédente il y a une heure sur la façon dont nous avions parlé de la météo et non pas simplement parce que nous n'avions rien d'autre à dire. Maintenant je regrettai d'avoir pris cette capacité d'avoir une conversation informelle pour acquise. Parce que pour une quelconque raison, la désinvolture, la facilité, avait disparu. Je l'ai senti disparaître avec la lumière du jour pour laisser derrière nous au crépuscule, le silence et nous.
Il était rare que nous ne parlions pas. Il y avait une sorte de tension dans l'air entre nous et je ne pouvais pas dire quand elle était apparue ni pourquoi. Je ne savais même pas si cette tension existait – peut-être me l'étais-je imaginée. Peut-être que mes nerfs avaient pris le dessus sur moi. Après tout j'étais un peu nerveuse à l'idée de me rendre où nous allions. Voir leur demeure pour la première fois n'aurait pas dû être un souci, surtout que la plupart des Cullen étaient encore dispersés à leur guise et que par conséquent la maison était pour la plupart inhabitée.
Mais peu importe ce que je me disais, cela restait un souci.
Les arbres sans feuilles sur les côtés de la route commencèrent à s'amincir et je tournai mon regard juste à temps pour voir la maison apparaître à la tombée de la nuit.
Dire que la maison était légèrement différente de celle qu'ils possédaient à Forks serait un euphémisme. On était loin du bâtiment rectangulaire de couleur claire. Dans la faible lumière du crépuscule, je pus distinguer la couleur sombre de rouge-brun des murs extérieurs et des angles vifs du toit. Il y avait quelque chose de merveilleusement gothique dans la maison. Je connaissais très peu l'architecture mais ce n'était pas difficile à en deviner la conception au vu des caractéristiques nettes et définies du bâtiment.
Carlisle gara la voiture devant la maison pendant que j'admirais la vue. Il coupa le moteur en me lançant un regard curieux. C'était la première fois qu'il me regardait droit dans les yeux aujourd'hui. J'ignorai pourquoi ce constat paraissait si important mais c'est ce qu'il était en quelque sorte, important. Avait-il évité mon regard aujourd'hui ?
Si oui, pourquoi ?
J'ai incliné la tête vers la maison tandis que mes yeux quittaient les siens durant une seconde. « Renaissance gothique ? » devinai-je.
Un sourire souleva le coin de sa bouche. « C'est exact, dit-il en hochant la tête. Du 19ème siècle.
– Wow, soufflai-je en admirant l'ancien design de la maison, c'est vieux »
Son rire doux m'a surprise. Je lui jetai un coup d'œil notant au passage le sourire espiègle sur ses lèvres. Je lui lançai un regard perplexe tout en l'observant sortir de la voiture. Puis il se tint soudainement à côté de ma portière. Il avait bougé si vite que je n'avais pas pu le voir se déplacer.
Il m'ouvrit la portière et je fus légèrement abasourdie en sortant. Je ne me souvenais pas de la dernière fois que quelqu'un m'avait gardé une porte ouverte et Carlisle l'avait fait deux fois aujourd'hui. Ses anciens réflexes de gentleman étaient doucement agréables.
« La maison est en réalité bien plus jeune que moi, dit-il doucement et je compris son amusement.
– Oh c'est vrai, murmurai-je un peu gênée. J'ai été irréfléchie »
Il balaya mes excuses d'un rire compréhensif.
« Mais tu sais ce qu'on dit, continuai-je quand même en me rapprochant de la maison, l'âge n'est juste qu'un nombre.
– Je suis d'accord avec ça », sourit-il.
C'est alors que je réalisais que j'avais trois ans de plus que lui – physiquement. Pour une quelconque raison et malgré la différence d'âge entre nous – physique et autre – je me sentais étrangement proche de lui, de son esprit. Ce n'est pas que je minimisais les trois siècles qui nous séparaient et le rendaient beaucoup plus sage que moi sur bien des points. J'étais douloureusement consciente des différences entre lui et moi, entre ma nature et la sienne. Ma mortalité n'était qu'une de ces différences. Il y avait une frontière entre nous, une barrière invisible séparant nos mondes.
Et pourtant… et pourtant je ressentais cette traction indescriptible vers lui, le besoin d'être en sa compagnie. Il était simple de m'avouer que la présence de Carlisle était captivante. J'ai été tentée de l'expliquer en me disant que c'était à cause de tout ce qu'il avait vu et vécu durant sa longue vie. Que c'étaient les expériences, l'histoire et le flot infini de temps autour de lui qui m'enchantaient tellement. Peut-être était-ce le cas dans une certaine mesure, mais je savais qu'il n'y avait pas que ça.
Je me suis reprochée de telles pensées car je savais que je devais garder ces choses pour moi. Carlisle était mon ami plus qu'autre chose et je savais que je ne pourrais pas supporter de lui causer le moindre inconfort. Ce qui nourrissait mon esprit et mon âme était mon problème, et mon problème seulement.
Me tordant presque le cou pour lever les yeux pendant que je marchais, j'ai scruté les avant-toits de mon regard. « Pas de gargouilles », remarquai-je à moitié sérieuse. Carlisle rit de nouveau doucement. J'étais soulagée de constater que la tension antérieure entre nous semblait avoir disparu et pour le moment, j'avais l'impression que tout était redevenu normal entre nous.
« J'ai bien peur que non, répondit-il. Et s'il y en avait eu, je suis certain qu'Alice s'en serait débarrassée assez rapidement »
Nous rîmes. Je m'arrêtai un instant pour admirer de nouveau la maison tant que je pouvais encore la voir. La foulant de mes yeux dans la lumière décroissante, je ne pus m'empêcher d'aimer le charme ancien qu'elle dégageait. La maison avait trois étages mais elle semblait plus élevée que ça – peut-être à cause du toit fortement incliné et des fenêtres voûtées et fines. J'avais l'impression d'entrer dans un conte de fées. L'atmosphère entourant la maison respirait le prestige et une mystique ancienneté.
Je me demandai distraitement à quel point la maison était moderne à l'intérieur. Au moins, il paraissait y avoir de l'électricité – il y avait de la lumière qui sortait des carreaux des fenêtres.
« C'est très beau », m'entendis-je murmurer déjà captivée par l'ambiance énigmatique de l'ancien bâtiment. Il n'était pas étonnant qu'il ait d'abord séduit les Cullen. Je doutai que quiconque passant par-là ne soit pas enchanté par ce lieu.
Comme Carlisle ne disait rien, je me tournai pour le regarder en me demandant pourquoi il était si silencieux.
Même dans la lumière qui diminuait rapidement, je pus voir ses yeux avec une clarté parfaite. Ils étaient brillants comme les étoiles illuminant le ciel nocturne. Leur éclat doré se détachait dans les ténèbres et mon souffle se coinça dans ma gorge. J'ai essayé de me souvenir de ce que j'avais dit ou de ce que j'allais dire, mais les mots avaient disparu, s'étaient échappés et avaient fui quelque part où je ne pouvais les atteindre. Je les laissais partir, le leur permettant sous mes calmes respirations.
Carlisle possédait toujours ses mots. Mais presque comme s'il ne les possédait pas tout à fait. Presque comme s'ils s'échappaient de ses lèvres sans son accord, sans sa permission. Ils étaient provocants ses mots, incontrôlés. C'est peut-être ce qui les rendit si sincères, si ingénus.
« La beauté a tendance à capter l'attention », dit-il très calmement. Il n'y avait pas de sourire sur ses lèvres mais je savais pourtant qu'il n'était pas loin. Son expression était très calme, très sombre. Mais ses yeux… ils étaient intenses. Concentrés. Sur moi.
Je clignai des yeux en essayant de me rappeler comment on respirait. Essayer de comprendre pourquoi mon cœur tambourinait dans ma poitrine. Si je pouvais l'entendre alors lui aussi.
« C'est idiot, réussis-je à dire tandis que mes mots ne sortaient que dans un souffle frêle. Après tout la beauté n'est que superficielle. C'est ce qu'on dit »
Un coin de la bouche de Carlisle se redressa alors. J'essayai de ne pas regarder la courbe de ses lèvres tandis que le sourire qu'il retenait s'y forma enfin. Mais je le regardai fixement – j'étais impuissante. Je regardai comment ses lèvres s'ouvraient et se refermaient pour former de nouveau des mots.
« Peut-être, acquiesça-t-il doucement. Mais je ne crois pas que ce soit toujours le cas. La beauté peut aller bien plus loin que ça »
Je souhaitai lui demander ce qu'il voulait dire par là. Je voulais savoir ce qu'il y avait derrière ces paroles. Je voulais savoir pourquoi mon simple compliment sur la maison nous avait amené à cette conversation. Je voulais savoir si nous parlions de la demeure ou d'autre chose. Et si c'était le cas… je voulais savoir de quoi exactement et je souhaitais ardemment le savoir. Si ardemment au point d'en brûler.
« Peut-être que ce n'est pas une question de croyance », répliquai-je. C'est la curiosité qui m'avait fait dire ça je voulais savoir ce qu'il répondrait. Ses réponses étaient toujours tout à la fois prévisibles et surprenantes. C'était une étrange contradiction. Un très belle contradiction.
« Beaucoup de choses sont une question de croyance », dit-il doucement en me faisant détourner le regard. Le sourire avait de nouveau disparu de ses lèvres mais il était à présent dans la chaleur doré de ses yeux.
D'accord. Nous ne parlions certainement pas de la maison.
J'étais sur le point de demander quelque chose d'autre, peut-être de l'entendre parler à nouveau, ou peut-être d'échapper à l'emprise de ses yeux ou autre. Mais Carlisle bougea pour tourner la tête vers la porte d'entrée comme s'il avait entendu quelque chose que je ne pouvais percevoir.
La porte sombre en bois s'ouvrit dans un craquement ténu. La lumière intérieure se diffusa pour peigner la petite véranda de différentes teintes d'or. Il n'était pas difficile de reconnaître la silhouette furtive à travers la porte.
« Si je ne mets pas fin à votre conversation maintenant, vous ne vous souviendrez du reste du monde que demain matin, reprocha Alice mais tout en semblant étrangement joyeuse.
– Pardonne-nous », s'excusa Carlisle d'un sourire puis il me lança un regard amusé. J'ai ri doucement en regardant autour de moi, remarquant seulement maintenant que le crépuscule s'était évanoui dans une noire obscurité.
Alice pouvait à peine rester immobile alors que nous traversions la cour. Je dus surveiller mon pas car les escaliers en brique de pierre menant à la porte d'entrée étaient glissants. Je sentis la main de Carlisle effleurer très légèrement mon coude, prête à me stabiliser si je glissais. Peut-être étais-je encore prisonnière du moment précédent ou peut-être était-ce mon imagination, mais j'eus soudainement l'impression que sa main s'attardait près de mon coude plus longuement que nécessaire. Je me sentis trembler à l'intérieur, vaciller comme une flamme de bougie dans le vent. Mais son contact me quitta et le vent disparut.
Je me sentis étrangement stable et cela m'a surprise quand j'ai réalisé que je préférais les vacillements. Les chancellements.
Ce sentiment grisant d'instabilité.
NDT : au prochain chapitre, grande discussion et retrouvailles qui se préparent entre Bella et... je vous laisse deviner qui XD, saurez-vous trouver de qui il s'agit ? Même si ce n'est pas trop dur à deviner je pense ^^
Et que pensez-vous de cette tension de plus en plus exacerbée entre Carlisle et Bella ? L'auteur s'amuse à nous torturer pour l'instant ^^
