Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Réponse aux reviews :

rougepivoine : contente que ce petit instant où ça bouge un petit peu dans l'histoire te plaise, même si je ne sais pas si on peut appeler cela de l'action ^^ pour l'instant l'auteur avance à son rythme et on est loin de toutes les révélations alors il va falloir t'accrocher et patienter ! Pour les tensions, je te laisserai voir par la suite, mais rassure-toi ça ne va pas trop se prolonger non plus, ce n'est pas l'objectif de l'histoire. C'est vrai que les Cullen lui ont caché les informations durant des semaines mais ils espéraient certainement pouvoir obtenir plus d'infos avant d'en parler à Bella, mais je pense Bella assez mature pour ne pas leur en vouloir pour ça. Bonne lecture à toi, et c'est toujours un plaisir d'avoir un de tes commentaires à chaque chapitre. C'est très motivant pour que j'aille jusqu'au bout de cette traduction de quand même 55 chapitres ;)

Iaev : bonjour à toi nouvelle revieweuse (ou nouveau ;) ?) C'est super que cette Bella te plaise, je l'apprécie également beaucoup. Pour répondre à ta question concernant le lien de compagnon vampire dans cette histoire ; celui-ci ne se ressent que lorsque les deux sont vampires. Donc il est impossible de savoir à ce stade si oui ou non un humain et un vampire qui se côtoient ont ce genre de lien. Par contre, cela ne veut pas dire qu'ils ne peuvent pas développer des sentiments amoureux l'un envers l'autre, et comme l'avait précisé Alice dans un chapitre (le 7 ou le 8 - je sais plus ^^) même si des vampires ne développent pas de lien de compagnon, cela ne veut pas dire que leurs sentiments sont moins profond. Mais je ne t'en dis pas plus pour te laisser une part de mystère quand même ;)

C'est vrai que de ne pas avoir le POV de Carlisle nous laisse un peu incertain sur ses sentiments exacts envers Bella à cet moment précis de l'histoire. Mais il est facile de noter tout de même qu'ils sont très proches. Et tu as raison, certaines phrases peuvent être à double sens dans leur discussion ;) je l'avais aussi remarqué lorsque j'avais lu cette fiction pour la première fois. C'est pour ça que j'avais tant accrocher - tout se fait en douceur et en même temps tout a beaucoup de réalisme ! Contente de pouvoir égayer tes journées en confinement - bon courage à toi et à ton entourage ! Profite bien de ce nouveau chapitre :)

A jeudi tout le monde - et bon dimanche ! N'hésitez pas à laisser des reviews, maintenant que j'en reçois je suis du coup assez gourmande XD !


« … je voudrais vous prier, autant que je sais le faire, d'être patient en face de tout ce qui n'est pas résolu dans votre cœur.

Efforcez-vous d'aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère.

Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les vivre.

Et il s'agit précisément de tout vivre.

Ne vivez pour l'instant que vos questions.

Peut-être, simplement en les vivant,

finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses »

- Rainer Maria Rilke, Letters to a Young Poet -

Briefe an einen jungen Dichter (en version originale allemande)

Lettres à un jeune poète (version française d'où est tiré le passage plus haut)


Roseaux dans le vent

Je ne vis aucun des Cullen durant des jours.

C'était étrange. Irréel. Le soir quand je rentrais du travail, Alice ne m'attendait pas chez moi avec une tasse de thé fraîchement préparée. Les pièces avaient l'air vides sans elle ; je ne m'étais même pas rendu compte à quel point je m'étais habituée à sa présence.

Jasper ne marchait plus devant la vitrine de la librairie pour me faire un clin d'œil comme il le faisait parfois. Plusieurs fois, je me suis surprise à regarder vers l'extérieur en m'attendant presque à le voir de l'autre côté de la rue, assis devant le café qu'il semblait apprécier. « Il n'y a jamais beaucoup de monde, avait-il dit une fois. Et la serveuse ne me demande jamais si quelque chose ne va pas avec le café même si je le laisse toujours intact »

A présent les tables à l'extérieur du café étaient inoccupées. Ce qui n'était pas étonnant puisque nous étions en hiver, mais pour une quelconque raison, l'endroit avait l'air presque déserté. Abandonné.

Ce qui décrivait presque ce que je ressentais chaque soir lorsque les derniers clients partaient, quand je réalisais que Carlisle n'arriverait pas après l'heure de fermeture pour me proposer de me raccompagner à la maison. Presque, mais pas totalement. Cette sensation était comme entre la solitude et la souffrance, et un désir étrange s'éveillait en moi chaque fois que la porte se fermait, fermant le monde au dehors et m'enfermant comme une prisonnière. Me mettant en cage comme un oiseau.

J'ai réalisé plus tard que je ne me sentais pas comme la personne qui avait été abandonnée. Mais plus comme si c'était moi qui avais abandonné. Et je n'avais pas été emprisonnée par quelqu'un – au contraire. J'étais celle qui était entrée dans la cage, je m'y étais enfermée pour être en sécurité. J'avais créé ma prison, j'en avais construit moi-même les murs.

Cette sensation rendait leur absence encore plus frappante. Plus réelle. Plus douloureuse.

Parfois si je me concentrais assez fort sur l'instant présent, je pouvais presque imaginer qu'ils n'avaient jamais été là.

Presque.

Mais bien sûr ils étaient là, quelque part. Me regardant dans l'ombre, s'assurant que j'étais en sécurité. Je ne pouvais tout simplement pas les voir. Mais je pouvais sentir leur présence. Parfois je me retrouvais à arrêter ce que j'étais en train de faire sans aucune raison et à marcher vers la fenêtre. Et durant un temps indéfinissable, mes pensées étaient centrées sur autre chose que le travail, les clients et les livres. Mon attention était détournée par une chose que je ne pouvais expliquer. Presque comme si j'entendais quelqu'un appeler mon nom sans faire de bruit. J'ignorais si c'était mon imagination ou non, mais il y avait quelque chose d'apaisant dans ce sentiment.

Je ne m'interrogeais jamais sur leur absence. Je ne pouvais pas non plus leur en vouloir. Il était probable que ce soit l'idée de Carlisle de me laisser seule pendant un moment pour que je puisse rassembler mes pensées. Ce qui n'était pas étonnant après la façon dont je m'étais conduite chez eux et plus tard sur le chemin du retour.

Je n'éprouvais aucune honte de la rupture silencieuse que j'avais eue dans la voiture, ni des larmes qu'il avait probablement vues. Mais je regrettais mon manque de mots. De ne rien lui avoir dit. D'être sortie de la voiture et de m'être éloignée de lui comme je l'avais fait. Le laissant dans ce silence désespéré que j'avais créé.

C'était une chose grossière à faire à quelqu'un qui venait de vous proposer de vous sauver la vie. Et ce n'était pas seulement impoli. C'était lâche.

C'était exactement ce que j'étais – une lâche. Une enfant effrayée qui se terre loin du monde. En ne sachant toujours pas quoi penser, quoi dire. Quoi ressentir. Quel chemin emprunter. Comment se remettre de quelque chose de si soudain, de si inattendu. De quelque chose comme ça.

Après tout la situation était-elle si inattendue ? L'aurais-je dû voir venir ? Ma réaction à la proposition de Carlisle n'avait-elle pas été déraisonnablement exagérée ?

Mais j'avais le droit de me sentir un peu troublée par la situation, non ? Comment ne pas l'être ?

« Ta vie vaut autant que celle de n'importe qui d'autre »

La voix qui résonnait dans ma tête était à la fois ferme et douce. Déterminée mais compatissante. Je pris une grande inspiration. Peut-être pour noyer la voix et pour la repousser au fond de ma mémoire et n'y revenir qu'une fois que je serais prête à y faire face.

Mais la voix était forte bien que comme un murmure. Elle refusait de me laisser tranquille.

« Cela ne doit pas se passer ainsi. Il y a une option. Tu es libre de la considérer si tu le souhaites »

Peut-être était-ce une bonne chose que je n'ai vu encore aucun d'entre eux – que je ne l'avais pas vu lui. Je ne voulais pas qu'ils sachent à quel point j'étais encore fragile – encore hésitante. Moi qui étais toujours soucieuse de vivre l'instant présent et d'accepter tout ce que la vie me proposait. J'avais l'impression que toutes ces opinions, tous ces points de vue et principes que j'adoptais habituellement avaient été balayés en quelques secondes.

Ou alors c'était moi qui avais été balayée, incapable de garder l'équilibre après que le monde eu fait une soudaine embardée.

Durant des jours, je me suis plongée dans le travail, quittant la maison tôt et revenant aussi tard que possible. Une partie de moi souhaitait puérilement qu'avec le temps qui passe, la situation se réglerait d'elle-même. Que mes émotions enchevêtrées se résoudraient sans que je doive y faire face. Qu'un matin, j'ouvrirais les yeux et que toutes les réponses que j'avais besoin seraient là. Juste comme ça.

Je me suis donc occupée en m'assurant de toujours avoir quelque chose à faire afin d'empêcher mon esprit d'errer. J'avais passé trois jours à faire un ménage de printemps en nettoyant la réserve de la librairie du sol au plafond pour me débarrasser de toute la poussière accumulée. Quand j'eus fini, j'avais passé encore trois jours à souffrir d'un nez bouché et d'un terrible mal de tête.

Je savais qu'en janvier, il était encore un peu trop tôt pour un nettoyage de printemps mais cela m'aidait à tout oublier. Et organiser des choses, retrouver des objets perdus il y a des années, me donnait l'impression d'organiser aussi mon esprit en me débarrassant de tout ce qui l'encombrait ainsi que du désordre.

Mais cela ne fonctionna pas très longtemps. Durant les moments calmes où rien ne suffisait à m'occuper, mes yeux se dirigeaient vers la fenêtre en scrutant les rues à l'extérieur. Et je ne pouvais pas m'empêcher de me demander en silence si je serais ici ou non dans un an. Que je sois en vie ou non que je sois humaine ou non.

Il y aurait peut-être quelqu'un d'autre ici pour faire le ménage de printemps.

J'ai poussé un peu trop agressivement la caisse enregistreuse. La cliente de l'autre côté du comptoir me jeta un coup d'œil tandis qu'elle glissait le livre qu'elle venait d'acheter dans son sac.

« Désolée, souris-je en tapotant le côté de la caisse. Le tiroir se coince parfois »

Je réussis à garder mon sourire jusqu'à son départ. Lorsque la porte se referma derrière elle, les coins de mes lèvres tombèrent comme si un interrupteur venait d'être actionné. En m'affaissant sur ma chaise, j'ai touché à nouveau la caisse enregistreuse comme pour m'excuser de ma précédente manipulation brutale. La brutaliser ne m'aiderait en rien.

Quand il fut assez tard, j'ai verrouillé la porte et rabattu le panneau « Ouvert » à « Fermé ». Après avoir éteint certaines lumières, je me suis rassise derrière le comptoir et pris le téléphone. J'ai composé le numéro sans réfléchir. Sans savoir quoi dire. Sans savoir pourquoi j'appelais.

Tout ce que je savais, c'est que j'avais besoin d'entendre une voix amicale.

Il ne fallut qu'une seule sonnerie avant que le téléphone ne soit décroché me prenant au dépourvu et ne me laissant pas le temps de trouver quelque chose à dire.

« Bonjour ? »

Je me raclai la gorge. « Salut Charlie »

Il y eut un silence surpris. « Bella ? »

J'ai ri un peu ce son résonnant bizarrement à mes oreilles. Cela me paraissait être une éternité depuis la dernière fois que j'avais eu envie de rire. « Oui, c'est moi. Tu n'as pas besoin d'avoir l'air si surpris »

Charlie gloussa. « Non c'est juste que… eh bien ça fait longtemps que je n'ai pas eu de tes nouvelles.

– Je sais. Je suis désolée de ne pas avoir appelé – j'ai été très…

Occupée, finit-il pour moi. Je sais. Ne t'inquiète pas. C'est drôle en réalité – je viens de raccrocher avec ta mère et j'allais t'appeler ensuite mais tu as été plus rapide. J'ai… des nouvelles. Ou nous en avons. Sue et moi je veux dire » Il s'éclaircit la voix, semblant nerveux.

« Vraiment ? » Je retins un sourire tout en étant amusée par son agitation « Quoi de neuf ? »

Je l'ai entendu s'éclaircir à nouveau la gorge et respirer profondément. Ce qui était le signe qu'une chose le mettait mal à l'aise. Je pouvais facilement l'imaginer en train de regarder le plafond tout en essayant de savoir comment faire sortir les mots dans sa bouche le plus rapidement possible. Et il devait surtout espérer ne pas avoir à se répéter.

Quand il a finalement commencé à parler, j'eus du mal à en croire mes oreilles.

« Ouah », réussis-je à dire quand il eut fini. Mes joues me démangeaient étrangement et il me fallut un certain temps pour réaliser que c'était parce que je souriais très largement. « Eh bien, félicitations. Je vous souhaite le meilleur à tous les deux »

Charlie marmonna quelque chose qui ressembla à un « merci » de sa voix bourrue. « Maintenant, es-tu certaine que ça ne te dérange pas ? »

J'essayai d'étouffer un autre sourire, sans succès. « Pourquoi est-ce que ça me dérangerait ? C'est la meilleure chose qui puisse arriver. Félicite bien Sue de ma part. J'attendais ce genre de nouvelles depuis un moment maintenant.

Tu l'attendais ? demanda-t-il. Tu n'es pas contrariée parce que nous nous sommes mariés en secret ?

– Bien sûr que non, dis-je en roulant des yeux. Je sais que la dernière chose que tu aurais aimé se soit un grand mariage. Se marier au palais de justice te ressemble bien plus. Et je suis certaine que Sue a dû batailler pour te faire porter un costume. Je ne sais pas si elle aurait réussi à te faire descendre une allée avec des dizaines de personnes en train de te regarder », dis-je ironiquement.

Il y eut un court silence. « Eh bien en fait… je ne portais même pas de costume »

Je ne pus que secouer la tête. « Bien sûr que non. A quoi je pensais ? Tu t'es marié dans ton uniforme de police n'est-ce pas ? »

Encore un silence. « Eh bien… en quelque sorte… oui »

J'ai hoché la tête pour moi-même en souriant d'un air suffisant. Le poids lourd qui me pesait depuis des jours parut un peu s'alléger. Durant de brefs instants, j'ai pu oublier tout ce qui obscurcissait mon esprit et être simplement heureuse pour Charlie et Sue. Ils méritaient tout le bonheur possible après toutes les épreuves qu'ils avaient traversé. Et je savais en quelque sorte que ce qu'il y avait entre eux durerait pour toujours.

Pour toujours.

Je pris une inspiration à ses mots en essayant de me débarrasser des sentiments qu'ils provoquaient. Heureusement Charlie parla à nouveau, attirant mon attention sur lui. Il me parla de leurs plans de passer une lune de miel à Hawaï. Je ne pouvais que me demander comment Sue avait pu le persuader de partir – Charlie était une personne très attachée à son foyer et c'était un euphémisme.

J'imagine que l'amour pouvait faire changer la moindre petite chose chez une personne.

Notre conversation se termina peu de temps après avoir de nouveau félicité Charlie et de leur souhaiter une bonne lune de miel. Alors que je posais mon téléphone sur le comptoir, je tentai de conserver le plaisir que je ressentais pour eux en moi. Au début ce fut facile mais bientôt le silence du magasin commença à devenir oppressant. J'envisageai d'appeler Renée, juste pour avoir une excuse pour reporter encore le retour à la maison.

Finalement, je changeai d'avis. Ma mère me connaissait trop bien et elle sentirait sans doute que quelque chose me troublait. Au lieu de ça, je lui envoyai un texto en me réjouissant des nouvelles au sujet de Charlie et Sue. Je ne m'attendais pas à recevoir de réponse – elle ne savait toujours pas comment utiliser correctement son nouveau portable. Si Phil n'était pas à la maison, même ouvrir le message était probablement assez difficile pour elle.

Je souris à la pensée de ma stupide mère alors que je fermais et commençais à rentrer à la maison. Le sourire au début affectueux devint bientôt mélancolique. Mais c'était toujours un sourire qu'il soit triste ou non.

Ma maison avait l'air sombre et vide alors que je déverrouillais la porte. Pendant un moment, je suis restée là sur le seuil, hésitante à entrer. De légères traînées de lumières coulaient à l'intérieur pour peindre le sol du petit foyer en une lueur dorée. J'ai regardé les lumières de la cour derrière mon dos, sans me souvenir de les avoir laissées ce matin.

Alors que j'allais entrer, quelque chose attira mon attention. Fronçant les sourcils, je fermai la porte derrière moi et m'agenouillai à côté du porte-manteau.

Un unique pétale jaune reposait sur le sol comme oublié et perdu. Mes doigts se tendirent pour le ramasser. Il avait l'air frais et intact, pas du tout flétri même si cela faisait des semaines qu'Alice avait rempli ma maison de ces fleurs jaune vif.

Je mis le pétale de la jonquille sous mon nez en inspirant lentement. Le parfum était délicat, à peine perceptible. Un peu comme le printemps – l'on savait qu'il était quelque part sur le point d'arriver mais toujours très loin. Hors de notre portée.

J'ai laissé le pétale sur le comptoir de la cuisine. La couleur vive de celui-ci se détachait dans mon logement autrement ordinaire. La couleur claire et pâle des murs devint presque irritante ; je ne l'avais jamais remarqué auparavant.

Le lendemain sur le chemin de retour de la librairie, j'achetai un énorme bouquet de jonquilles. Quand je suis rentrée chez moi, j'ai mis les fleurs dans un vase et après un certain de réflexion, je les ai placées dans ma chambre. Les fleurs jaunes ployèrent comme pour approuver.

Le lendemain matin j'achetai trois pots de peinture. De retour à la maison, je me retroussai les manches et attrapai un rouleau de peinture.

Au crépuscule ma cuisine-salon était jaune. Jaune comme les jonquilles dans ma chambre. Jaune comme le lever de soleil. Jaune comme les armoires de la cuisine dans la maison de Charlie à Forks.

Au crépuscule alors que les derniers restes de lumière refluaient, la couleur des murs changea. Elle prit une teinte plus foncée et profonde, le jaune lumineux s'estompant lentement, presque furtivement jusqu'à ressembler à une riche nuance de miel. Pendant un moment indéterminé, je l'ai regardé fixement tout en ayant l'impression de voir quelque chose de familier, quelque chose de sûr. Une chose qui me manquait maintenant. Une chose dont je voulais me souvenir.

Et quand je me mis à fermer les yeux sur la nuit, c'est ce que je fis.

Je l'ai vu, le regard intense de yeux dorés. Ils ne me quittèrent pas. Pas même lorsque l'obscurité s'installa, consommant les couleurs, la lumière et le jour passé. Ils ne cessèrent de me suivre, me poussant doucement dans le sommeil pour m'attirer à nouveau vers l'éveil.

Quand les rêves m'emportèrent finalement, le souvenir de yeux dorés fut la dernière chose que je vis.


Le sable était chaud sous mes pieds nus. La brise douce et silencieuse, frottant contre ma peau tout en envoyant un frisson le long de mon échine.

Je me rendais compte que je marchais mais mes yeux étaient rivés au sol devant moi. Je ne regardais pas où je devais regarder. « Fais attention où tu marches, m'avait toujours dit ma mère. Mais n'oublie pas de regarder où tu vas »

Je suivis son vieux conseil en me demandant quand j'avais arrêté d'écouter ses avertissements – et pourquoi je m'en rappelais maintenant. Je me demandai quand j'avais cessé d'être cette enfant imprudente, celle qui ne faisait pas attention aux flaques d'eau dans la rue ou à la surface glissante de la chaussée. Celle qui n'avait pas peur de trébucher et de se faire écorcher et meurtrir les genoux. Tant qu'il y avait quelqu'un pour l'aider à se relever, cette fille ne se souciait pas d'une ou deux coupures.

Je me demandai où cette fille était allée. Et comment la faire revenir.

Je relevai mes yeux du sable pour regarder les vagues de l'océan s'écraser sur le rivage, s'effondrer et entrer en collision les unes avec les autres. Le clair de lune jouait sur l'eau, ciselant les déferlements comme s'il essayait de les suivre.

Les vagues se calmèrent tout d'un coup. Changeant légèrement de direction, elles avancèrent fermement vers l'avant comme attirées par une force invisible. Mes yeux suivirent leurs cheminements, curieuse de savoir où l'eau souhaitait soudainement se rendre. Puis, je vis la silhouette debout dans la ligne de flottaison là où les vagues allaient. Elles étaient attirées par la silhouette presque comme si quelque chose les tirait vers cette silhouette. Vers elle.

Je m'avançai avec les vagues. Comme la gravité, cette silhouette m'attirait, me faisait me rapprocher. Tout comme l'eau qui coulait à mes pieds, j'étais sans choix.

Au clair de lune, ma mère ressemblait à un être magique alors qu'elle se tenait dans l'eau jusqu'aux chevilles. Ses mains avaient saisi l'ourlet de sa robe d'été, la tenant loin de l'eau. Elle me sourit alors que je m'approchais. Son visage était tapissé de rides nées de sourires et de rires. Parce qu'une centaine de sourires valaient un million de rides.

Je tendis la main comme pour la toucher, pour qu'elle vienne à moi. Mais elle resta immobile. Le sourire sur ses lèvres changea ; l'étincelle joyeuse dans ses yeux disparue. L'expression sur son visage devint sereine. Calme.

Je suis confuse, voulus-je lui dire.

Elle maintint mon regard du sien, presque comme pour s'assurer qu'elle avait toute mon attention. Puis elle parla. Ses mots ne retirèrent en rien ma confusion. Ils ne firent que l'alimenter.

« Tu dois choisir », dit-elle. Sa voix était réconfortante, me guidant. « Mais avant de choisir, tu dois savoir ce qui te convient »

Une réponse déjà prête sur mes lèvres, je fis un pas de plus. « J'ignore ce qui me convient », dis-je. Ma voix était ténue, timide. Peureuse comme une enfant. « Je ne veux pas choisir »

Elle sourit. C'était un sourire réconfortant mais aussi désolé. Une vague vint de l'océan et elle se tourna pour la regarder. Ses yeux, bleus comme l'océan derrière elle, prirent une teinte plus triste alors qu'elle me regardait une fois de plus.

« Ne pars pas », murmurai-je.

Mais c'est ce qu'elle fit. Je clignai des yeux rien qu'une fois et elle était partie.

Je passai une main sur mon visage. Les larmes se mêlant à l'eau de mer. Je les sentis couler le long de mes joues pour glisser le long de mon cou. Des larmes chaudes de perte et d'amour. Alors qu'elles tombaient dans l'océan une par une, je me mis à les envier parce qu'elles semblaient accepter quelque chose que je ne pouvais pas. Ce n'étaient que des larmes, et l'eau n'était que de l'eau, mais pourtant ils se mélangeaient et se mêlaient l'un à l'autre sans crainte et sans hésitation, sans se soucier de ce changement. Sans se soucier du fait qu'une fois qu'ils s'étaient mélangés et devenus quelque chose d'autre, il n'y avait pas de retour en arrière possible. Mais je n'étais pas comme eux et ça m'attristait.

Mes cheveux ondulaient dans la brise. Puis je la sentis, cette présence silencieuse derrière mon dos. Je ne me retournai pas pour savoir qui c'était. Je le savais déjà.

« Plus l'on craint le changement, plus il nous affecte »

Fermant les yeux, je réfléchis à ses mots. Mes propres mots, prononcés quelques semaines auparavant. Je me rendis compte qu'à l'époque, je ne savais pas vraiment de quoi je parlais.

Le savais-je maintenant ? Étais-je plus sage ?

« Les changements nous affectent toujours », répondis-je. C'étaient ses mots, mais ma bouche qui les façonnaient. « Qu'on le veuille ou non.

Bella » Mon nom quitta ses lèvres comme un murmure. Comme une invitation. Des bras s'enroulèrent autour de moi par derrière. Je m'appuyai contre son corps solide tout en ressentant à la fois une douleur brûlante et un étrange accomplissement. « Tu n'es pas comme la plupart des gens »

Sa voix douce se trouvait maintenant quelque part près de mon oreille gauche, me faisant frissonner. Ma peau me picotait, prenait feu. Comme une traînée de poudre, la brûlure se propagea prenant sa source près de mon cœur, pulsant, battante et palpitante jusqu'à atteindre le bout de mes doigts.

Ses doigts effleurèrent mes joues brûlantes. Le toucher était doux, à peine perceptible. Comme la brise contre ma peau – un instant elle était là puis l'instant suivant elle avait disparu.

« C'est un soulagement de voir que certaines choses ne changeront jamais », l'entendis-je murmurer. Sa peau était fraîche contre la mienne qui était chaude.

Je me retournai dans ses bras. Les mains à plat sur sa poitrine, je me levai sur la pointe des pieds pour lui chuchoter à l'oreille. « Rien ne dure vraiment quand on y pense »

Je sentis son sourire alors que je commençais à reculer. Mais il me retint. Les flammes firent à nouveau rage pour lécher ma peau et laisser derrière une brûlure familière. Ma peau frissonnait, le sang qui coulait dans mes veines ondulait et se mouvait comme la marée. Et puis sa peau d'ordinaire dure comme le granit et froide comme la glace, devint chaude. Ce qui me troubla et me fascina, et je le regardai émerveillée en caressant son bras de mes doigts.

Et c'est alors que je l'ai remarqué – le clair de lune bleu qui se refléta sur la surface de ma peau.

Un froncement de sourcils fit plisser mon front. Je lançai un regard confus à Carlisle. Il me regardait de près alors que mes doigts cessèrent leur douce danse sur sa peau. Une peau aussi pâle que la mienne. Aussi chaude que la mienne.

Ou aussi froide que la mienne.

Nous avions la même température.

« Mais… » Je fronçai à nouveau les sourcils tout en regardant son visage comme si j'espérais y trouver toutes les réponses. Je voulais savoir quand cela était arrivé – et pourquoi je n'en prenais conscience que maintenant.

« Quelque chose ne va pas ? » La lueur dans les yeux de Carlisle était patiente alors qu'il rencontrait mon regard.

« Je ne… » Je cherchai mes mots afin de pouvoir lui répondre. Pour lui poser toutes les questions qui s'entrechoquaient dans mon esprit.

« Cela peut être un peu déroutant », dit-il avec douceur comme sentant ma détresse. Je voulais lui dire qu'il ne comprenait pas. Que je ne comprenais pas. Que rien de tout ça n'avait de sens pour moi.

Il me regardait à nouveau attentivement, sa main dessinant des motifs apaisants sur mon dos. Sa main chaude.

J'arrachai mes yeux de son beau visage pour regarder autour de moi. Tout était si net et défini – les vagues jouant sur le rivage, caressant nos pieds le doux clair de lune qui ondulait sur l'eau pour faire ressembler l'océan à une explosion de scintillement et d'étincelles. Mais alors tout changea. Quelque chose recouvrit la lune – un nuage sans doute. Mais je n'eus pas le temps de me concentrer là-dessus parce qu'autre chose exigeait mon attention.

La peau contre la mienne était devenue plus froide.

Je me tournai vers Carlisle mais j'avais détourné le regard trop longtemps. Parce que lorsque mes yeux voulurent scruter son visage, il n'était plus là. Je le voyais à quelques pas de moi, le dos tourné.

Mon rythme cardiaque tonnait dans mes oreilles alors qu'il se retournait lentement. La lueur dans ses yeux était interrogative, presque comme s'il s'attendait à ce que je fasse ou dise quelque chose. De lui donner une réponse à une question que je n'avais pas entendue.

J'ouvris la bouche pour lui parler mais les mots refusèrent de venir.

Il y eut de la déception dans les yeux de Carlisle mais aussi de l'acceptation. Il acquiesça lentement, docilement et s'éloigna lentement.

Ma bouche s'ouvrit sur un cri silencieux alors qu'il disparaissait dans la nuit.


Je me suis frotté les yeux d'une main tandis que de l'autre j'étudiais le document de liste d'expédition posé sur le comptoir en réalisant vaguement que je lisais le même mot pour la quatrième fois. Un bâillement involontaire s'échappa de mes lèvres. La clochette au-dessus de la porte sonna doucement ce qui me força à adopter une expression normale sur mon visage tandis qu'un client était entré. Je devais donner l'impression d'être éveillée depuis un an. En tout cas, je me sentais vraiment comme si c'était le cas.

C'était ma nouvelle routine. Je restais éveillée tard et je m'endormais que pour avoir des rêves agités et interminables puis pour me réveiller aux petites heures du matin. La fatigue me rongeait lentement et je commençais à me sentir vidée mentalement et physiquement comme un torchon essoré de trop nombreuses fois.

J'étais maintenant presque habituée à être tout le temps fatiguée. Certainement une compétence toute humaine. J'avais remarqué que si nécessaire, notre corps et notre esprit pouvaient s'adapter à presque tout.

Et comme tout le reste, c'est ce que je faisais. Je m'ajustais. Je m'adaptais. Comme des roseaux dans le vent, tout en espérant que la prochaine tempête ne me briserait pas.

Je parvins en quelque sorte à endurer le reste de la journée. Quand je suis rentrée chez moi, j'ai parcouru mon courrier et me suis fait une tasse de thé. Puis je pris une douche rapide et me suis changée. J'ai regardé par la fenêtre. J'ai tourné en rond dans ma maison. J'ai rangé la cuisine. J'ai regardé à nouveau par la fenêtre.

En d'autres termes, je répétais le même schéma dans lequel j'étais tombée il y a quelques jours.

Il n'y avait rien de mal avec les routines – en fait j'en aimais le principe. Mais maintenant, j'avais l'impression que je fonctionnais simplement sur pilote automatique passant toutes mes journées sans réfléchir. Sans bouger. J'étais là mais je n'étais pas dans le présent. Mon esprit, mes pensées, mon cœur… étaient ailleurs. Et ce qui me dérangeait, c'est que j'avais laissé faire. Je les avais cachés comme les photos embarrassantes de mon enfance.

Un soupir s'échappa de mes lèvres. Le son fut aigu et fort dans la cuisine silencieuse. Je regardai autour de moi, mes yeux étudiant les murs jaune vif. Et cette soudaine spontanéité qui m'avait fait peindre la pièce si soudainement me manqua beaucoup. J'en avais eu envie sans savoir pourquoi.

Je suppose que c'était également une caractéristique humaine. Prendre la sortie la plus facile et finir par courir dans un cercle.

Ma main s'avança presque d'elle-même pour prendre les clés sur la table. Après un autre soupir, je haussai les épaules recouvertes de mon manteau et tentai de démêler mes cheveux de la fermeture éclair. J'ai soudainement réalisé que je me sentais étrangement sur le fil, comme une charge électrique sur le point d'être déclenchée. Il me fallut un certain temps pour reconnaître ce sentiment mais j'ai finalement réalisé que j'étais terriblement nerveuse.

Fermant les yeux et prenant une profonde inspiration, je tournai la poignée de la porte d'entrée et l'ouvris avant d'avoir eu la chance de changer d'avis. Avoir des doutes n'était pas une option.

Alors que je fermais la porte derrière moi et sentais l'air froid sur ma peau, ma fatigue précédente était oubliée. Il faisait moins quatre dehors et l'air froid me picota la gorge. Je repoussai cet inconfort et commençai à descendre l'allée d'arbres.

A mi-chemin dans la ruelle, je m'arrêtai. Mes yeux scrutèrent les arbres couverts de givre, mes respirations calmes visibles dans l'air froid. J'attendis que mes yeux s'adaptent à l'obscurité en observant les ombres autour de moi. Une pensée effrayante me vint, une de celle qui faisait frissonner. N'importe qui pouvait se tenir là dans le noir et je n'en avais aucune idée.

J'ai regardé vers la rue illuminée à quelques dizaines de mètres. Quelques voitures passaient, le ronronnement de leurs moteurs s'approchant puis s'éloignant. J'ai envisagé l'idée de remonter et de retourner me mettre au chaud pour tenir ses pensées paranoïaques éloignées. Je remontai le col de mon manteau en regardant à nouveau au loin de la rue vers les arbres.

Et ce que j'y vis me fit presque sauter sur place. Mon corps prit une seconde ou deux possession de mon esprit alors que je reculais instinctivement.

Il me fallut un moment pour réaliser qu'il n'y avait pas de danger. Laissant échapper un soupir soulagé, j'essayai de calmer mon cœur qui palpitait. Il battait furieusement dans ma poitrine et en réalité, je pouvais le sentir marteler contre ma cage thoracique.

Puis je lançai un regard noir à la personne qui se tenait à trois pas de moi.

« Ne fais pas ça ! lui reprochai-je en essayant d'évacuer ma trouille.

– Quoi ? demanda innocemment Alice. N'attendais-tu pas quelqu'un ? Sinon pourquoi te tiendrais-tu ici dans le froid si tu ne m'attendais pas ? » Elle fronça les sourcils. « Où tu attendais quelqu'un d'autre ? »

Je soupirai tandis que mon irritation commençait à passer. Un vif sentiment de déception menaça de me conquérir et je tentai de l'ignorer avec peu de succès.

Bien sûr que c'était agréable de voir Alice après tant de jours. Mais honnêtement, j'avais prévu que quelqu'un d'autre se manifesterait. Me l'admettre était étonnamment difficile.

Alice sembla deviner ce que je pensais ou alors ce fut visible sur mon visage.

« Écoute, dit-elle avec un sourire, son ton étant étonnamment doux. Je sais que ce n'est pas moi que tu avais hâte de voir. Je voulais juste te dire que Carlisle est absent pour le moment.

– Oh » Je me mordis la lèvre et acquiesçai en essayant de trouver ma voix. « Où est-il ?

– En Alaska, répondit-elle. Il est parti il y a trois jours. Il est allé voir les Denali ainsi qu'Esmée et Miguel. Ils voulaient parler de la situation face à face »

La situation étant les Volturi. Je gardai ces mots pour moi car les dire soudain à haute voix rendrait la menace plus réelle.

« Il y a du nouveau ? » demandai-je en enroulant involontairement les bras autour de moi.

Alice secoua la tête. « Je les surveille, assura-t-elle mais évitant aussi pour une quelconque raison de prononcer le nom des Volturi. S'ils prennent une décision qui nous concerne ou te concerne, je le verrai »

J'ai baissé mon regard vers le sol. Sa dernière phrase remua quelque chose en moi. C'était de la culpabilité, du regret. C'est à ce moment-là que la situation m'apparue aussi sombre. Ça ne me concernait pas seulement moi, ma vie et mon bien-être. Il s'agissait également des Cullen. Lorsque les Volturi décideront d'agir, ce n'était pas seulement ma vie qui était en jeu. Les Cullen seraient également en danger. Et peut-être même les Denali – après tout ils connaissaient aussi mon existence. Et cette même connaissance pourrait leur coûter la vie.

Ces derniers jours, je m'étais lamentée de ma situation, pleuré ma vie humaine et les choses, les gens, l'avenir que j'allais perdre. Je n'avais pensé à personne d'autre. Je me sentie soudain très jeune, très naïve. Très égocentrique. Laisser les Cullen dans le silence et m'isoler comme une enfant boudeuse n'avait aidé personne.

J'ai levé les yeux du sol. Alice rencontra mon regard ; elle m'étudiait attentivement.

J'ai incliné la tête vers chez moi. « Tu veux entrer ? »

Habituellement, je n'étais pas aussi crispée et formelle avec elle mais à présent j'avais l'impression qu'il fallait que je le sois. Et je lui devais bien plus qu'une simple proposition à entrer chez moi. Je lui devais une explication et des excuses.

Alice me fit un sourire. Puis elle a pris ma main et m'entraîna avec elle à travers l'obscurité et l'air froid. La neige amortit le bruit de nos pas alors que nous sortions de l'allée. Quand je lui ai ouvert la porte, elle est entrée comme si les derniers jours n'avaient pas du tout existé. Comme si je n'avais pas érigé une barrière invisible et impénétrable entre nous, une barrière qui m'avait séparé d'eux.

Les choses étaient amusantes avec Alice. Parfois elle pouvait vous rendre fou mais l'instant d'après, elle pouvait être la personne la plus agréable à côtoyer. Elle était autant simple que complexe.

Une fois à l'intérieur, son regard commença à errer sur les murs jaunes.

« Tu as peint, déclara-t-elle au vu de l'évidence tout en s'installant sur le canapé. J'aime bien. On dirait une pièce remplie de soleil.

– Tu n'es pas la seule qui a la capacité d'arranger les demeures, dis-je ironiquement. Et tu n'as pas besoin de jouer la surprise. Je suis certaine que tu as vu le résultat des heures avant moi »

Elle me fit un sourire. « J'ai été un peu surprise quand tu as décidé de peindre la pièce la plus importante de ta maison en jaune criard. Toi et tes lubies »

Je m'assis à côté d'elle. « Je suis certaine que si tu avais vu que le résultat serait mauvais, tu serais intervenue sur le champ », soulignai-je en plaisantant à moitié et en étant à moitié sérieuse.

Alice souriait toujours mais la lueur taquine avait disparu de ses yeux. « Non, nia-t-elle doucement. Je ne l'aurais pas fait. Tu as le droit de prendre tes propres décisions. Je n'ai rien à dire là-dessus. Aucun de nous ne l'a »

En regardant mes mains sur mes genoux, j'ai hoché la tête en silence sachant que nous ne parlions plus de peinture.

« Écoute, commençai-je doucement en levant de nouveau mon regard. La dernière fois chez toi, je sais que ma réaction aux annonces de Carlisle n'a pas été très… je ne sais pas. Appropriée.

– Je ne crois pas, nia-t-elle. Tu avais le droit de réagir comme tu l'as fait.

– Eh bien peut-être » Je pris une meilleure position en levant mes pieds sur le canapé. « Mais ce que j'essaie de dire, c'est que… je sais que j'ai été très renfermée ces derniers jours et j'en suis désolée. Il n'était pas dans mes intentions d'agir de cette façon mais je ne savais pas comme gérer tout ça. Je ne le sais toujours pas.

– Nous le comprenons Bella, assura Alice. Et la raison pour laquelle nous ne sommes pas venus frapper à ta porte le lendemain matin était que nous voulions te laisser de l'espace. Nous savions que tu en avais besoin.

– J'apprécie », murmurai-je. Un souvenir me revint, me submergeant comme un raz-de-marée. Je me souvins avoir regardé par la fenêtre la nuit où Carlisle m'avait ramené à la maison. Je me souvins du clair de lune. Je me souvins des pas dans la neige. Je me souvins comment ils avaient suivi les miens mais s'étaient détournés.

« Je n'aurais pas dû traiter Carlisle comme je l'ai fait » Les mots s'échappèrent de mes lèvres à la hâte, s'écoulant dans l'air comme de l'acide. Soudain, je repensais à ce que j'avais ressenti il y a quelques minutes à peine lorsqu'Alice était sortie de l'obscurité de la ruelle quand j'avais réalisé que contre toute attente, je ne verrais pas Carlisle. Ce n'était pas le sentiment d'un désir coupable – c'était quelque chose de plus profond.

Maintenant je reconnaissais ce sentiment. Je réalisais que j'avais pris sa présence pour acquise. Je m'étais tout d'abord éloignée de lui sans dire un mot puis je m'étais enfermée pendant des jours. Et quand j'avais finalement décidé que j'étais prête à parler, je m'attendais à ce qu'il soit là en un instant. Juste comme ça.

Je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir d'être parti en Alaska. Même les ours polaires devaient être une meilleure compagnie que la mienne.

La frustration m'envahit. J'ai relevé mes jambes et appuyé mon front contre mes genoux tout en enroulant mes bras autour de mes jambes.

« Carlisle n'est pas fâché contre toi, entendis-je Alice me rassurer. Il comprend parfaitement pourquoi tu t'es tenue si éloignée.

– Bien sûr qu'il comprend » Ma voix sortit comme étouffée. « C'est ce qui le rend si parfait »

Son silence m'obligea à relever les yeux.

« Parfait tu dis ? demanda-t-elle tandis que son front s'arquait d'une manière espiègle. C'est intéressant »

J'ai roulé des yeux. « Ne commence pas.

– Pourquoi pas ?

– Parce que », répondis-je en laissant de nouveau mes pieds toucher le sol et en évitant ses yeux. Je décidai de changer de sujet avant qu'elle ne décide de continuer.

Me raclant la gorge, je me levai et me dirigeai vers l'évier de la cuisine pour prendre un verre d'eau. « Comment Edward prend-t-il la situation ? » demandai-je en réalisant que c'était la première fois que je me donnais la peine de penser à Edward. Le connaissant, sa tête avait probablement explosé lorsqu'il avait découvert que les Volturi connaissaient peut-être mon existence. Il avait toujours été surprotecteur. J'étais à peu près certaine qu'il possédait toujours ce trait de caractère particulier.

Alice haussa les épaules. « Tu connais Edward, déclara-t-elle en confirmant mes soupçons. Ses pires craintes se sont réalisées lorsqu'il a lu dans l'esprit de ce nomade et découvert pour les Volturi. C'est le genre de chose auxquelles il a toujours cherché à te protéger » Elle se tut, hésitante avant de reprendre la parole. « Et il n'est pas vraiment ravi de l'offre que Carlisle t'a faite. Ils se sont disputés à ce sujet quand Carlisle est arrivé en Alaska »

Ma tête s'est retournée. « Quoi ? Il est encore… » Je cherchai mes mots en posant mon verre si brutalement que ce fut un miracle qu'il ne se brise pas. Je laissai échapper un soupir. « Ce n'est pas à lui de critiquer Carlisle pour m'avoir proposé de me transformer. Je n'arrive pas à croire qu'il soit toujours obsédé par ça ! »

– Tu ne le peux pas ? » Alice leva un sourcil et sourit ironiquement.

Je poussai un soupir en essayant de me débarrasser de mon irritation. « Je sais qu'Edward veut bien faire », dis-je lentement. Il me fallut beaucoup de patience pour prononcer les mots. « Et il a le droit d'avoir une opinion. Mais il n'a pas le droit de prendre des décisions pour moi. Il l'a déjà fait une fois » Je passai mes doigts dans mes cheveux en revenant sur le canapé. « Il s'attend à ce que la situation se passe comment alors ? demandai-je. Et alors ? Carlisle m'a proposé de me transformer ? Est-ce qu'Edward préférerait me voir me faire massacrer par les Volturi ? Devenir un vampire est-ce une alternative si terrible ?

– Je ne sais pas. Ça l'est ? » demanda Alice avec insistance.

Je l'ai regardée. Pour une fois ses insinuations subtiles ne m'irritèrent pas. Mais elle savait sûrement et peut-être mieux que moi, que je n'avais toujours pas vraiment progressé en ce qui concernait ma décision. Même après tous ces jours, après tout ce temps où j'avais pu réfléchir et laisser mes pensées s'agiter… je n'arrivais toujours à rien. J'avais l'impression d'être à mi-chemin mais de je ne savais où. Et à chaque fois que je tentais de faire un pas en avant pour continuer, je me retrouvais immobile. Le chemin sur lequel je me trouvais était enrobé d'incertitudes et marcher aveuglément était une tâche qui semblait impossible à accomplir.

Parce que j'ignorais ce qui se trouvait au bout de ce chemin. Une voix ténue quelque part en moi, me disait que je n'avais pas besoin de le savoir – que je devais juste continuer. Le reste suivrait tout seul.

Il était difficile d'écouter cette voix ; elle était étouffée par le doute et la méfiance.

Alice rencontra mon regard alors que je la regardais, mes yeux dépourvus de réponses.

« Souviens-toi de ce que je t'ai dit plus tôt, dit-elle doucement en sentant ma confusion intérieure. C'est ta décision et la tienne seulement. Tu n'es pas pressée de le faire. Il n'y a pas de danger immédiat. Il faudra peut-être des années avant que les Volturi ne se soucient de toi et décident d'agir »

J'ai hoché la tête en étant reconnaissante de son soutien. Mais ses assurances n'enlevèrent en rien mes craintes et inquiétudes. Je comprenais ce qu'elle m'avait dit. C'était mon choix, oui – mais ce qui me troublait vraiment, c'est que je savais que cela ne m'affectait pas seulement. Quoi que je décide, cela impliquerait aussi quelqu'un que je chérissais.

Il restait une question – une question insupportable. Mais je devais me la demander. Qui finirait par souffrir de ma décision ? Mes parents ou les Cullen ? Qui étais-je prête à blesser ?

Sans m'en rendre compte, je m'étais levée du canapé et dirigée vers la fenêtre. La petite table en dessous était jonchée de photographies encadrées. Des visages me fixaient, des paires d'yeux bleus et bruns m'étudiaient avec curiosité, presque dans l'expectative. Je ne les voyais plus tandis que je me noyais lentement dans mon désespoir. Dans ce manque de possibilités.

L'obscurité à l'extérieur était infinie mais cela me donna une étrange consolation. L'obscurité n'était que l'obscurité ni plus ni moins, mais elle était là pour durer. Une moitié du monde en était continuellement atteinte. C'était une constante qui ne changeait pas ou que l'on soit, une chose permanente et éternelle. Et si l'on souhaitait vivre, il nous fallait l'accepter.

Peut-être que c'était censé être comme ça. Peut-être que je devais composer avec l'obscurité sans pouvoir voir où j'allais. Peut-être que je n'étais pas censée savoir quelle était et où était ma prochaine étape. J'étais peut-être censée trébucher et faire des faux pas.

Peut-être que certains chemins devaient être empruntés à l'aveuglette.


Notes de l'auteur : à l'origine il devait y avoir une interaction Carlisle/Bella dans ce chapitre mais j'avais le sentiment persistant que Bella devait avoir la chance de penser aux choses par elle-même au début. Parfois il faut prendre de la distance pour avoir une perspective.

Dans le passage du rêve, la ligne de Carlisle « Cela peut-être assez déroutant » est une citation directe de Breaking Dawn de Stephenie Meyer. Carlisle dit cela à Bella après sa transformation.