Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à Maellina et LiaMenina pour leur commentaire. En effet, Bella semblait destiner à devenir un vampire. Quant au premier amour, c'est quelque chose que chacun chérit pour toujours sans pour autant que ce soit nécessairement celui ou celle avec qui on partage le reste de notre vie. Bon dimanche à tous ! Et à jeudi pour le chapitre 19 qui sera celui du mariage ;)


« Deux routes divergeaient dans un bois jaune

Triste de ne pouvoir les prendre toutes deux,

Et de n'être qu'un seul voyageur, j'en suivis

L'une aussi loin que je pus du regard »

- Robert Frost -


La route que je n'ai pas prise

La semaine suivante passa dans un flot de courses. Le mariage d'Esmée et Miguel approchant dans quelques jours, j'étais soudainement obnubilée par toutes ces choses à faire, et bien plus que d'habitude. J'avais offert mon aide à Alice pour la préparation du mariage si elle le voulait, et j'avais été plutôt surprise quand elle avait accepté. Connaissant ses attentes strictes sur les préparatifs de n'importe quel évènement festif, j'avais cru qu'elle déclinerait immédiatement mon offre tout en insistant pour le faire toute seule.

Alice étant Alice, avait décidé de faire toutes les décorations du mariage à la main et bientôt elle devint une habituée de la librairie. Elle y vivait pratiquement. Je ne pouvais que secouer la tête alors qu'elle amassait différents types de fournitures de ma pathétique section artisanat, tout en fredonnant des airs de marches nuptiales ce qui me rendait dingue. Les autres clients lui jetaient des regards amusés et l'un d'eux s'est même arrêté pour lui demander quand était le grand jour.

« Pourrais-tu prétendre un minimum qu'ils sont lourds ? » lui demandai-je un après-midi en me dépêchant de lui ouvrir la porte pour qu'elle puisse se frayer un chemin en dehors du magasin. Alice sourit simplement, ses bras chargés de deux grandes boîtes en carton. Elles n'étaient pas exactement légères ou faciles à transporter, mais elle les manipulait comme si elles étaient vides. Sa petite taille rendait la scène encore plus bizarre.

La suivant à l'extérieur, j'ai ouvert la portière arrière de sa voiture pour qu'elle puisse y mettre les cartons. Quelques personnes se tournèrent vers nous en passant. Ils ne me regardaient ni moi, ni Alice – c'était la Ferrari rouge flashy garée près du trottoir qui suscitait leur intérêt. Tape-à-l'œil était encore un terme trop faible pour décrire le véhicule bien aimé d'Alice. Cette maudite chose brillait probablement aussi dans le noir.

J'ai roulé des yeux lorsqu'un adolescent a pris une photo avec son téléphone de l'autre côté de la rue.

Imperturbable de l'attention que sa voiture recevait, Alice plaça la dernière boîte sur le siège avant parce qu'elle ne pouvait tenir à l'arrière. Ce qui n'était pas étonnant. Nous avions rentabilisé tout l'espace possible de la voiture. Elle était maintenant chargée de diverses quantités de papier de soie, de fils de bricolage, d'au moins deux énormes pots de colle et de plus de rouleaux de ficelle en papier blanc et bleu que je ne pus en compter.

Fermant la portière du siège passager, Alice recula d'un pas pour tout considérer d'un air pensif.

« Es-tu certaine de n'avoir besoin de rien d'autre ? » demandai-je sèchement et sarcastiquement.

Elle fronça les sourcils et pencha la tête comme réfléchissant. Oh-oh.

Pendant un moment, elle donna l'impression qu'elle n'était qu'à moitié-là. Je savais où se trouvait son autre moitié – quelque part à Ithaca à faire des arrangements de sièges et essayant de décider où placer l'allée et comment la mariée entrerait.

« Des bougies, répondit-elle. Tu vends des bougies non ?

– Oui, répondis-je prudemment. Mais je n'ai pas un choix de couleur important car la demande est minime » Je me sentais obligée de le mentionner en sachant déjà qu'il ne fallait pas jouer avec le thème de couleur du mariage. J'avais fait cette erreur une fois avec le papier en soie en lui demandant si cela importait vraiment que ce soit du bleu céruléen au lieu du bleu foncé.

« Le thème couleur du mariage est le blanc et le bleu foncé, avait-elle dit cassante. Pas bleu céruléen. Bleu foncé »

Si je n'avais pas su que c'était impossible, j'aurais même pensé qu'elle allait faire une syncope.

Mais les vampires ne faisaient pas de syncope. Pas même Alice malgré la pression qu'elle subissait. Pour quelqu'un d'autre, organiser un mariage aurait été une épreuve, quelque chose qui vous causait ce fameux stress et vous donnait envie de dormir jusqu'à ce que tout soit terminé. Mais Alice… comme on pouvait s'y attendre, n'était pas découragée par le délai et le stress. Plutôt, elle paraissait s'épanouir dans ce genre de conditions.

Elle tournoya sur le trottoir, toujours aussi optimiste. « Voyons voir ce que tu as.

– Comme si tu ne le savais pas déjà », marmonnai-je dans un souffle tout en la suivant dans le magasin.

Il s'avéra que j'avais exactement le type de bougie dont elle avait besoin – dans les couleurs blanc ivoire et bleu foncé. Trois minutes plus tard, elle en avait empilé un tas sur le comptoir, au moins trente pour chaque couleur.

« C'est bon » Elle expira et hocha la tête. « Je pense que j'ai tout ce dont j'ai besoin.

– Tu sais, commençai-je en lui lançant un regard acéré. Ce n'est pas comme s'il n'y avait pas de centres commerciaux à proximité. Tu aurais facilement pu t'arrêter dans l'un d'eux plutôt que de farfouiller dans ma petite librairie qui ne possède même pas de section artisanat appropriée. La sélection que j'ai ici n'est pas vraiment importante.

– Pourquoi devrais-je soutenir des chaines de magasins cupides et impersonnelles quand j'ai une amie qui possède quelque chose de bien mieux ? » Alice sourit. « Et en plus, je savais que je trouverais tout ce dont j'ai besoin ici. Eh bien, excepté les guirlandes lumineuses mais c'est compréhensible.

– Des guirlandes lumineuses ? »

Elle sourit. « Tu verras »

Je secouai la tête en étant mi-inquiète, mi-amusée et commençant à charger mes bougies dans un sac en papier.

Alice arracha un stylo du comptoir et sortit un chéquier de sa poche en s'apprêtant à payer.

« Écoute, l'arrêtai-je en lui souriant. Je pensais faire ça comme cadeau pour Miguel et Esmée. Tu vois, comme fournir le nécessaire en décoration afin que tu puisses organiser un superbe mariage pour eux.

– Esmée et Miguel ne veulent pas de cadeaux, fut la réponse d'Alice. La seule chose qu'ils veulent c'est que leur famille soit présente. Et en plus ne soit pas stupide Bella. Tu gère un commerce ici, pas une association caritative.

– Mais…

– Ah ! coupa-t-elle. Ne fais pas la difficile avec moi. Tu sais que c'est inutile »

Soupirant, je m'exécutai et commençai à taper les chiffres dans la caisse enregistreuse. « Très bien. J'imagine que ça me fait juste bizarre de te faire payer. J'avais pensé faire ça en guise de faveur.

– Et j'apprécie cette pensée. Tu as un cœur généreux, répondit Alice. Mais je ne suis pas venue vers toi parce que je voulais un service gratuit. Et en plus, tu ne devrais vraiment pas te sentir mal de me faire payer. Je suis sûre que tu sais que l'argent n'est pas vraiment un problème pour nous.

– Vraiment ? » J'ai jeté un coup d'œil insistant sur la Ferrari rouge vif qui était visible à travers la vitrine du magasin. En la regardant, je sentais que je devais me protéger les yeux sinon ils risqueraient d'être endommagés. « Ça me parait si difficile à croire.

– Ha-ha » Alice attrapa le sac du comptoir. « Très drôle. J'ai bien peur que tu ne doives t'habituer aux belles voitures Bella.

– Les belles voitures ça va, plaisantai-je en lui tendant le reçu. Les voitures à la James Bond d'un autre côté… c'est autre chose »

Alors que je rangeais le chèque d'Alice et que je me retournais pour verrouiller la caisse enregistreuse, je me suis soudainement demandé combien de fois je répéterais cette action familière. Dans un an, y aurait-il quelqu'un d'autre à ma place, servant les clients et emballant les achats dans ces sacs en papier brun ? Serait-ce quelqu'un d'autre qui écouterait le doux tintement de la clochette qui pendait au-dessus de la porte tout en souriant au son ?

Mais et si cette personne ne souriait pas à ce son ? Et si cette personne le trouvait ennuyeux au lieu d'être charmant ? La ferait-elle retirer ?

« Où étais-tu ? »

La voix chantante d'Alice me secoua de ma rêverie. Je me retournai pour lui faire face tout en lui faisant sourire gêné. « J'essaie de voir l'avenir. J'oublie toujours que c'est ton domaine.

– Eh bien, il semble parfois qu'il ne soit pas toujours le mien non plus. Je ne suis pas infaillible comme tu le sais »

En lui lançant un sourire triste, je déclarai : « Eh bien, tu restes meilleure que moi de toute façon »

Alice fronça les sourcils en paraissant soudain inquiète. « Qu'est-ce qu'il y a ? A quoi pensais-tu à l'instant ? »

Un soupir s'échappa de mes lèvres. « Dernièrement j'ai pensé à quelque chose. Je continue de m'interroger sur le devenir de cet endroit une fois que je serai partie. Quand je serai l'une d'entre vous. Je sais que cela n'arrivera peut-être pas avant un certain temps. Pour autant que nous le sachions, cela peut prendre des années avant que les Volturi ne décident de passer à l'action. Mais je continue de me prendre la tête avec ce genre de problème, même si je n'ai pas encore à m'en occuper »

Alice acquiesça. « Je le comprends » Elle regarda le magasin autour d'elle, son regard doré étudiant les murs rouge vin et les étagères solides en bois sombre. « Cet endroit… tu as fait ce qu'il en est. Je suis sûre qu'il t'est très cher et devoir y renoncer un jour… je suis sûre que ça ne sera pas facile pour toi.

– Ça ne le sera pas, admis-je. Mais ça doit être fait. Et le moment venu… eh bien, je veux juste y être préparée de la meilleure manière possible. Je ne veux rien laisser d'inachevé. Je ne peux pas simplement abandonner cet endroit et partir. J'ai toujours une échéance de paiement avec la propriétaire précédente, et je lui dois encore de l'argent. Elle mérite mieux que de découvrir que la personne à qui elle a vendu sa librairie a tout simplement disparu »

Alice hocha de nouveau la tête tout en réfléchissant. « D'accord. Je vois. La bonne nouvelle c'est que ton problème n'est pas si difficile à résoudre. Mon avis est qu'il vaut mieux vendre le magasin, ou du moins donner l'impression que tu le vends »

J'ai froncé les sourcils. « Je ne comprends pas.

– Ce que je veux dire, c'est que je pourrais – ou n'importe lequel d'entre nous pourrait – l'acheter pour donner l'impression que tu abandonnes ton commerce. L'endroit serait toujours à toi bien entendu. Il paraîtrait ainsi qu'il y ait un nouveau propriétaire. De cette façon, tu n'aurais pas à laisser la propriétaire précédente dans l'expectative. Elle obtient son argent et tu peux garder le magasin. Nous pourrons faire tout cela sous de fausses identités »

Je la regardai. « De fausses identités ?

– Eh bien tu sais. Si tu dois disparaître d'une manière ou d'une autre, quelqu'un pourrait commencer à enquêter. Charlie, par exemple. Il pourrait trouver toutes les informations qu'il veut pour découvrir ce qu'il s'est passé avant ta disparition. Finalement il pourrait découvrir que ta librairie a changé de propriétaire, et si ton nom apparaît… »

J'ai hoché la tête tout en levant la main pour lui signifier que j'avais compris. « J'ai compris ça. Je parlais du terme en général » Je lui lançai un regard incrédule en me penchant plus près et baissant la voix comme si j'avais peur d'être entendue. « De fausses identités ? Vraiment ? Tu fais ce genre de truc ? »

Alice haussa les épaules. « Passeports, certificats de naissance, permis de conduire… C'est ce que nous devons faire si nous voulons vivre parmi les humains et recommencer à zéro dans un nouvel endroit toutes les quelques années »

J'ai hoché la tête lentement en ne sachant tout d'abord pas quoi penser. Mais en même temps, je me sentais stupide – parce que comment les Cullen auraient-ils pu arriver si loin dans les sociétés humaines s'ils n'avaient pas falsifié leur date de naissance et autres informations personnelles ?

J'ai tapé mes doigts contre le comptoir en commençant à considérer sa suggestion.

Alice leva son autre sourcil. « Alors qu'est-ce que tu en penses ? »

J'ai haussé les épaules. « Cela ne me semble pas mauvais. C'est mieux que les autres alternatives qui sont de vendre cet endroit à quelqu'un que je ne connais même pas. Et pour être honnête, je ne sais pas si quelqu'un pourrait être même intéressé à acheter un petit commerce comme celui-ci. Le chiffre d'affaire n'est pas très attractif. Beaucoup de clients sont plus attirés par les plus grands magasins parce qu'ils possèdent des sélections plus importantes avec des prix plus attractifs. La réel valeur de cet endroit… » Je grimaçai et secouai la tête. « Aie »

Les yeux d'Alice brillèrent. « Et pourtant tu t'accroches bec et ongles à cet endroit. C'est agréable de voir que tout me monde n'est pas motivé par l'appât du gain »

Je ris doucement et tristement. « Cet endroit m'a permis à ce jour de me nourrir et de payer mon loyer. Ce qui m'a toujours suffi » J'ai regardé autour de moi cet espace chaleureux et accueillant et je soupirai doucement. « Je sais que ça ne me tuera pas de laisser cet endroit derrière moi. Je sais que je survivrais. Mais quand même… ça va faire mal »

Alice tendit sa main pour toucher mon bras. « Bella, si ça peut aider, souviens-toi que tu ne le laisses pas derrière toi. Pas vraiment. Tu peux toujours revenir. Ce sera complètement sûr dans quelques décennies »

Je souris tout en bannissant cette mélancolie. « Des décennies ? Les gens vivront sur la lune d'ici là. Et ils auront tous des voitures volantes »

Alice rit. « C'est ce qu'on disait dans les années 70. Crois-moi Bella – le monde ne change pas aussi vite qu'on le pense »

J'imagine que cela restait à voir.

Le soir même, Alice et moi nous nous installèrent autour de la table basse de mon salon comme tant d'autres soirs de la semaine dernière. Nous avions passé plusieurs heures à planifier le mariage, à échanger des idées, à réfléchir aux détails et à les écrire. Pas qu'il soit nécessaire de les écrire vu que la mémoire d'Alice était infaillible – c'était plus pour moi que pour elle.

Quelques jours plus tôt, Alice avait appris que j'avais le don pour faire de vraies roses en papier. Elle était devenue extatique et m'avait même fait promettre de le lui enseigner. C'est ce que nous nous apprêtions à faire ce soir.

« Nous devons en faire des dizaines, me dit-elle maintenant. Même des centaines si possible. Au moins autant que le temps nous le permet »

Enfin, je reçus une explication sur l'utilité des énormes piles de papier en soie qu'elle avait acheté plus tôt au magasin. Apparemment, elle allait tous les utiliser pour les roses.

« Je voulais mettre des vraies fleurs mais il fait trop froid. Elles mourraient, poursuivit-elle. Pas que ça me dérange que ce soit l'hiver. C'est plutôt excitant – je n'ai jamais été auparavant à un mariage en plein air au mois de février.

– Et tu n'en as jamais organisé un. Je suppose qu'il y a une première fois pour tout »

C'était l'un des points le plus charmant du mariage d'Esmée et Miguel – la cérémonie se déroulerait à l'extérieur dans le jardin. Au début, j'avais été surprise lorsqu'Alice l'avait suggéré mais ensuite, je dus admettre que j'aimais l'idée. Bien sûr, il faisait froid mais Ithaca en hiver était plus que magnifique.

Le mariage avait également un autre point particulier. Non seulement la cérémonie aurait lieu à l'extérieur, mais elle se passerait à minuit. J'étais à peu près certaine que c'était plus que rare, mais se serait certainement la plus merveilleuse célébration de mariage à laquelle je n'ai jamais assisté.

Je tendis la main pour prendre une autre feuille de papier en soie bleu foncé et je commençai à la plier en rose. Alice imita mes actions de l'autre côté de la table. La sienne était blanche – nous avions convenu qu'elle serait en charge des roses blanches. Je lui avais brièvement expliqué ma technique et comme prévu, elle avait instantanément compris. Sa contribution était plus que bienvenue. Faire des roses était un travail lent et précis, et Alice était beaucoup plus rapide que moi.

« Croisant les doigts pour avoir du beau temps, lui dis-je. Mais là encore, je ne pense pas que tu aurais laissé Esmée et Miguel choisir le samedi si tu savais déjà qu'il allait pleuvoir ou autre »

Alice sourit. « C'est vrai. Ne t'inquiète pas. Le temps sera clair. Eh bien, il fera froid – mais agréable. Et devine quoi ? La nuit sera claire. Pas de nuages.

– Sensationnel » Je tendis la main pour prendre un autre feuillet de papier bleu. « Un mariage au clair de lune. Tu t'es dépassée. J'ai hâte de voir ce que tu as fait du jardin au fait »

Personne n'avait encore été autorisé à voir la cour arrière. J'avais passé quelques jours à Ithaca chez les Cullen plus tôt cette semaine et Alice avait refusé de laisser quiconque, même Jasper, s'approcher du jardin ou du salon.

« Eh bien, tout n'est pas encore terminé mais j'ai déjà travaillé sur deux ou trois choses. Il me manque encore les chaises, les lumières et ça » Alice tendit le bouton de rose blanc sur lequel elle travaillait. Il paraissait étonnamment réaliste.

« Et les gens, ajoutai-je. Je veux dire les vampires »

Elle sourit. « Je leur ai dit de rester à l'écart jusqu'à samedi soir. Je veux que tout le monde soit pleinement opérationnel. Esmée et Miguel arriveront en dernier, juste avant la cérémonie.

– Combien viennent ? » demandai-je curieusement. Un flot de papillons décolla dans mon estomac. J'étais nerveuse mais dans le bon sens. Samedi n'était que dans deux jours.

« Eh bien, le reste de notre famille et les Denali bien sûr, commença à énumérer Alice. Carlisle et Jasper ont quelques amis à travers le monde et certains d'entre eux viennent probablement aussi. Ce n'était pas facile de tous les joindre parce que la plupart d'entre eux sont des nomades » Elle fit une pause en trempant la base de la rose dans de la colle et la mettant de côté. « Miguel n'a pas de famille et il n'a jamais eu de clan. C'est la première fois qu'il rencontre le reste de nos amis. Et la première fois qu'il est témoin de tant de vampires se rassemblant à un seul endroit »

Il ne serait pas le seul puisque c'était également ma première fête de vampires. Je me demandai à quel point se serait bizarre d'être la seule humaine là-bas.

J'interrogeai Alice sur Miguel, voulant en savoir plus sur ses antécédents avant de finalement le rencontrer samedi. Je ne savais pratiquement rien de lui. Elle me dit que Miguel était né vers les années soixante. Il ne se souvenait pas beaucoup de sa vie humaine, excepté qu'elle avait été plus ou moins misérable. Il était orphelin depuis sa plus tendre enfance et avait vécu la majeure partie de sa vie d'adolescente dans des orphelinats et des familles d'accueil.

« En vieillissant, il s'est retrouvé en mauvaise compagnie, continua Alice tandis que sa voix prenait un ton plus triste. Tu sais… drogues, vols, les trucs habituels. Il n'arrêtait pas de se heurter de temps à autre avec les forces de l'ordre.

– Incroyable » J'ai haussé les sourcils en étant légèrement prise au dépourvu par sa révélation. « Je ne savais pas qu'il avait eu une vie si difficile »

Alice haussa les épaules. « Eh bien, quand tu le rencontreras et que tu lui parleras, tu auras probablement du mal à le croire aussi. Il est très différent de l'homme qu'il prétend avoir été. Peut-être à cause de toutes ces années qu'il a dû passer seul, ou peut-être grâce à Esmée. Ou parce qu'il avait pour la première fois de sa vie, une famille autour de lui.

– Comment est-il devenu vampire ? demandai-je curieusement. Sais-tu qui l'a transformé ? »

Alice secoua la tête. « Probablement un nomade. Quelqu'un qui avait l'habitude de s'attaquer à des gens qui ne manqueraient certainement à personne, comme les sans-abri et les hors-la-loi. Quoi qu'il en soit, par une bizarrerie du destin Miguel est tombé sur ce vampire une nuit. Il ne se souvient pas beaucoup de la rencontre – seulement de l'attaque et de la douleur qui sont venues de la transformation. Mais voilà le problème, le vampire qui a mordu Miguel ne voulait probablement que se nourrir de lui et non d'en faire un vampire. Peut-être a-t-il été négligent ou peut-être qu'il n'était pas assoiffé au point de se rassasier de lui jusqu'à la dernière goutte. Ou il a peut-être cru que les blessures et la perte de sang de Miguel suffiraient pour l'achever. Quoi qu'il en soit Miguel n'est pas mort. Il avait juste assez de sang et de venin dans les veines pour initier la transformation. Mais il a fallu des jours avant que la transformation ne soit achevée – moins il y a de venin dans la circulation sanguine, plus le changement est long »

Je ne pouvais l'imaginer. Involontairement, mes pensées dérivèrent vers ce qui m'attendait, la transformation à venir. On m'avait dit que le pire était la douleur inimaginable lorsque le venin de vampire coulait dans les veines. Et cette douleur durait des jours…

Je frissonnai intérieurement en essayant de repousser cette pensée. Inutile de se prendre la tête pour quelque chose qui pourrait peut-être arriver dans des mois, voire des années.

Je me suis à nouveau concentrée sur notre tâche et après ce qui me parut des heures de torsion, de pliage et de collage, nous décidâmes que nous avions assez de roses. Nous venions juste de leur fabriquer des tiges lorsque le téléphone d'Alice sonna.

« Enfin, marmonna Alice dans un souffle tout en levant à peine les yeux de sa tâche alors qu'elle répondait et plaçait le téléphone à son oreille avec son épaule. Mettez-les dans le salon pour l'instant, répondit-elle sans même attendre la question. Mais ne jette pas un coup d'œil dans le jardin. Je le saurais si tu essayes » Elle raccrocha sans autre forme de procès.

« Carlisle, expliqua-t-elle. Lui et Jasper apportaient les chaises que j'avais commandées il y a plusieurs jours.

– Oh » J'ai réalisé que je n'avais pas revu Carlisle depuis deux jours. J'imaginai qu'Alice l'avait réquisitionné avec Jasper ces dernières 48h.

Je savais que je n'aurais pas dû compter les jours depuis la dernière fois que je l'avais vu. Je ne devrais pas.

Et pourtant, c'est ce que je faisais.

Alice me dit soudain quelque chose. Distraite, je levai mon regard du bouton de rose bleu foncé que je fixais avec la tige de ruban vert.

« Les lanternes de glace, répéta-t-elle. Devrais-je les mettre dans le jardin et la cour avant, ou juste dans la cour avant ? Qu'en penses-tu ? Je ne peux pas me décider »

Tout en réfléchissant, je tendis la main pour prendre un autre bouton de rose bleu. « Tu as fait des lanternes de glace ?

– Bien sûr. Elles sont belles et festives. Et faciles à faire »

Je me demandai comment elle avait réussi à trouver le temps pour faire tout ça. Elle avait plus d'heures par jour que la plupart des gens car d'un autre côté, elle n'avait pas besoin de dormir. Cela pouvait expliquer comment elle était parvenue à tout faire. Ou peut-être parce qu'elle était, eh bien… Alice.

Je lui dis alors que quoi qu'elle décide, ça aurait fier allure. Je pouvais facilement imaginer à quel point la maison serait belle une fois que tout serait fini.

Je passais ensuite le vendredi après-midi à Ithaca pour aider Alice dans les préparatifs de dernière minute et essayant la plupart du temps d'être utile. J'ai arrangé les roses en papier bleues et blanches en bouquets tout en les éparpillant autour de la maison, puis sous les directives d'Alice, j'ai bordé l'allée de la maison et l'allée du jardin avec des lanternes de glace. Elle était toujours réticente à laisser quiconque près du jardin avant qu'il ne soit terminé, donc je suppose que je devrais me considérer comme étant une privilégiée lorsqu'elle fit une exception pour moi. Nous avions passé une bonne heure dans le jardin à suspendre des lustres à cordes blanches et bleu foncé sur les arbres et les buissons. Alice les avait fabriquées elle-même en utilisant des ballons de différentes tailles et de la ficelle de papier trempé de colle pour créer des boules rondes de différentes tailles. Un autre mystère résolu : je m'étais interrogée sur l'utilité des rouleaux de ficelle en papier au début de la semaine.

Quand Alice me ramena à la maison ce soir-là, les articulations de mes mains me faisaient souffrir et j'étais fatiguée mais heureuse. Il était facile d'admettre que j'avais apprécié la semaine, aussi chargée avait-elle été.

Le samedi matin, il faisait frais et le temps était vivifiant. Habituellement le froid ne me dérangeait pas mais là j'espérais que les températures ne baisseraient pas trop. Aussi nerveuse que j'étais à propos de la soirée à venir, je l'attendais aussi avec impatience. Profiter d'une cérémonie en plein air serait un peu difficile si j'étais au bord de la congélation. Et si quelqu'un allait geler, ce serait moi. Les vampires n'étaient pas menacés par le temps froid car ils ne le ressentaient pas comme les humains.

Je ne m'attendis pas à voir Alice avant la soirée. Je savais qu'elle finissait le jardin tout en étant occupée à d'autres préparatifs de dernier moment, comme essayer de décider combien elle devrait mettre de lanternes sous le porche. Je supposai que Jasper et Carlisle l'aidaient, à condition qu'elle leur permette de toucher quoi que ce soit. C'est pourquoi je ne m'attendais à voir aucun Cullen avant ce soir.

J'ignorai encore ce que la matinée avait à m'offrir.

J'étais sur le point de quitter ma maison pour commencer ma journée à la librairie. J'attrapai mon manteau sur le dos d'une chaise où je l'avais jeté la nuit dernière et je balançai mon sac sur l'épaule pour me diriger en direction de la porte. Alors que je chaussai mes chaussures et fermai la fermeture éclair de mon manteau, il m'arrivait de jeter un coup d'œil de temps à autre à l'extérieur par la fenêtre de ma porte d'entrée.

Il faisait encore noir dehors mais quelque chose dans l'allée d'arbre menant à la rue attira mon attention. Je m'approchai de la fenêtre en plissant les yeux. L'allée était trop sombre pour que je puisse y voir clairement mais je pus distinguer deux silhouettes debout à l'ombre des arbres près de la rue. Il y avait quelque chose de familier chez elles.

Les réverbères derrière elles projetaient deux ombres sur le fond blanc. Puis l'une d'entre elle bougea. Ce faisant, la lumière saisit ses cheveux.

Le bronze brilla dans l'obscurité, étincelant comme une pièce de cuivre polie.

Je me figeai.

Parce que je reconnaissais cette teinte. Je reconnaissais cette nuance de bronze inhabituelle.

Au début, mon cœur sembla tomber dans mon ventre. Puis il redécolla dans un rythme effréné.

Je me suis éloignée de la fenêtre. J'ai appuyé ma tête contre le mur. Je pris une profonde inspiration. Je me demandai pourquoi l'univers souhaitait que je fasse face à mon passé révolu maintenant au lieu de plus tard. Où était la hâte ? Pourquoi cela n'aurait-il pas pu attendre quelques heures de plus ?

Et ils disent que je suis impatiente.

Je pris une autre profonde inspiration.

Oh Alice, pensais-je doucement tout en fermant les yeux. Pourquoi ne m'as-tu pas prévenue ?

Peut-être ne l'avait-elle pas vu venir. Peut-être que l'organisation du mariage lui prenait toute son attention et l'empêchait de porter une attention particulière à l'avenir des membres de sa famille. Peut-être même ne savait-elle pas qu'Edward arriverait quelques heures plus tôt.

J'ai considéré mes options. Je pouvais rester à l'intérieur encore quelques minutes, faire comme si je n'avais pas du tout remarqué son arrivée et attendre qu'il s'en aille… parte. Ensuite, je passerais une journée habituelle, travaillerais quelques heures à la librairie et rentrerais chez moi dans l'après-midi pour partir au mariage le soir. Et alors je le verrais. Tout se passerait comme prévu. Comme attendu. Ce n'était pas un crime si énorme non ? C'était le processus auquel je m'étais préparée. Pas à ça.

Je jetai un coup d'œil par la fenêtre.

Les deux silhouettes lointaines étaient toujours là. Je les regardai encore un peu comme pour me prouver leur réalité. Que je ne les imaginais pas. Que je ne l'imaginais pas lui.

Alors que je me tenais encore là et que je regardais à travers les rideaux comme un voisin curieux et désespéré d'obtenir des commérages, j'ai soudainement commencé à me sentir stupide. Embarrassée même. Parce que j'étais chez moi – cette ville était ma maison. Pourquoi devrais-je me cacher ? D'Edward parmi tous ?

Et d'ailleurs, pourquoi ne pas en finir tout de suite ? J'étais censée le rencontrer au mariage de toute façon. Il était inutile de retarder l'inévitable.

Et ce n'est pas comme s'il allait me… mordre.

Ha-ha. Très drôle. J'ai roulé des yeux à mes propres pensées tout en riant doucement.

Puis comme dans un rêve en me sentant légèrement hors de mon corps, je me suis éloignée du mur. Mes mains ne tremblèrent pas alors qu'elles se tendirent pour tourner la poignée de la porte. Mes genoux ne se dérobèrent pas lorsque je sortis dans la froide matinée de février. Et mon cœur – au lieu de vouloir s'échapper de ma poitrine comme il y a un instant, est devenu étonnamment calme. Juste un badaboum régulier et lent en tandem avec mes pas.

La façon dont mon corps réagissait était étrange en me donnant l'impression de descendre l'allée trop rapidement. Pour être honnête, je m'attendais à réagir différemment. Je m'attendais à ressentir un coup de douleur dans mon cœur. Pas un coup puissant mais faible tout de même. Le genre de coup qu'on ressent quand on regarde quelque chose tout en se demandant si on aurait pu faire quoi que ce soit pour changer les choses. Parce qu'en fin de compte, c'est tout ce qu'on pouvait faire. Il suffisait de regarder en arrière et de se le demander. Et sentir ce petit coup de couteau parce qu'on sait qu'il n'y a pas de réponses claires.

Mais il n'y eu pas de coup de couteau, aucune douleur alors que je m'approchais lentement des deux hommes silencieux qui attendaient dans l'ombre. Cela voulait-il dire que je ne me le demandais plus ? Que je ne regardais plus en arrière ?

Peut-être que oui.

Ils s'étaient tous les deux tournés pour me regarder en entendant la porte d'entrée s'ouvrir, leur conversation silencieuse cessant. Alors que je m'approchais d'eux, je plissai les yeux et inclinai la tête presque comme si je ne pouvais pas faire confiance à mes sens. Presque comme si je ne pouvais pas totalement croire que c'était vrai.

Mon regard parcourut les traits familiers d'Edward en saisissant sa présence et je m'arrêtai à quelques pas de lui comme pour garder une distance polie. Je savais qui était l'autre personne en sa compagnie même si je n'avais pas jeté un coup d'œil sur lui durant le court trajet de ma porte d'entrée à l'allée d'arbres. Je savais que c'était Carlisle sans avoir besoin de le regarder. Je le savais parce que sa présence m'était familière. Elle était également réelle : tangible. On ne pouvait douter de son existence. Je n'avais pas besoin de le voir pour être consciente et certaine de sa présence.

Alors que je gardais les yeux sur le garçon aux cheveux de bronze qui était toujours figé sans sa perfection de dix-sept ans, presque comme si je m'attendais à ce qu'il disparaisse dans l'air. Tout comme il avait disparu huit ans plus tôt. En un clin d'œil, il pouvait disparaître.

L'expression d'Edward était figée alors que je continuais de le considérer. Elle était neutre mais méfiante, presque comme s'il s'attendait à ce que je fasse quelque chose d'imprévisible d'une seconde à l'autre. Mais même s'il maintint une expression lisse sur son visage, un éventail d'émotions traversa ses prunelles durant ces quelques secondes silencieuses. Surprise. Attente. Perplexité. Choc. Et pour une quelconque raison, du contentement.

Ajustant le sac sur mon épaule, je jetai un rapide coup d'œil à Carlisle. Il ne me regardait pas ses yeux étaient également fixés sur Edward, observant sa réaction.

Le silence ne dura probablement pas longtemps, mais malgré tout il parut sans fin. Parce qu'apparemment personne n'allait prendre l'initiative à part moi, je finis par me racler la gorge.

« Euh… bonjour »

Enfin. Ma salutation sembla libérer Edward de son état figé.

« Bella », répondit-il avec un petit hochement de tête. Sa voix était douce, prudente. Presque comme s'il s'attendait toujours à ce que j'explose ou autre.

En me tournant vers Carlisle, je demandai : « Suis-je en train d'interrompre quelque chose ? »

Carlisle détourna son regard d'Edward et secoua la tête. « Non. Edward… » Il hésita. « Edward est arrivé à Ithaca il y a quelques temps et il me cherchait. On lui a dit que j'étais en route pour ici et il m'a rejoint »

J'ai hoché la tête en recommençant à observer Edward. Il ne me regardait plus mais comme il sentit mon examen, il me lança un autre regard prudent.

Son attitude passive commença à me confondre. J'étais sûre que c'était un choc pour lui de me voir après une si longue période et bien sûr cela me secouait aussi. Mais est-ce que ça aidait d'agir avec distance et réserve ? Et d'ailleurs, c'est lui qui se tenait dans l'allée qui menait à chez moi. Cela ne devrait pas être une énorme surprise pour lui qu'il puisse m'y rencontrer. Ne lui était-il pas venu à l'esprit que je pouvais sortir d'un instant à l'autre ? Il aurait dû le savoir et s'y attendre. Il se tenait presque debout devant ma cour pour l'amour de Dieu.

« Tu es en avance, lui dis-je en me demandant si je pouvais au moins lui tirer quelques mots. Alice a dit que personne n'arriverait avant le soir »

Un coin de la bouche d'Edward se releva légèrement. Ce n'était même pas un demi-sourire, sans parler du sourire tordu que j'avais tant aimé il y a toutes ces années. Mais c'était un début.

« C'était en quelque sorte une… décision inattendue, expliqua-t-il doucement. Un caprice. Je n'avais pas prévu de venir en avance »

Entendre la douceur de sa voix était étrange après tout ce temps. Elle appartenait à une autre vie cette voix.

Edward cherchait mon visage plus ouvertement maintenant qu'il y a un instant. Cela sembla le surprendre que je m'adresse à lui si carrément et sans réserve.

« Pas que le moment de mon arrivée soit important, poursuivit-il. Je suis sûr que… » Il hésita en riant doucement et ironiquement. « Eh bien, je suis sûr d'être la dernière personne que tu souhaites voir en ce moment en tout cas »

J'ai tourné mes yeux vers Carlisle. « Huit ans et finalement, il lit dans mes pensées »

Il y eut une lourde pause. Pour une fois, Carlisle ne sut quoi dire ensuite.

Edward avait de nouveau l'air prudent. Mais pas très choqué – il semblait s'attendre à mes paroles.

Je considérai les deux vampires avec les sourcils levés. « Oh allez, dis-je finalement. Je plaisante. C'était une plaisanterie. Une mauvaise je l'admets mais quelqu'un doit bien essayer de briser la glace »

Carlisle eut un rire doux, presque soulagé. Puis il regarda Edward.

Ce dernier était passé de prudent à suspicieux, la confusion façonnant ses traits angéliques. Un froncement commença à plisser son front.

Je l'étudiai un instant. « Tu ne me crois pas »

Edward jeta un coup d'œil au sol comme pour se détendre. Comme pour se laisser à croire que je lui parlais vraiment d'une manière relativement civilisée au lieu de chercher le meilleur arbre pour l'y pendre.

« Eh bien, commença-t-il en laissant échapper un rire sans joie. Je suis sûr que tu peux comprendre pourquoi je peux avoir du mal à y croire. Je ne m'attendais pas vraiment à un accueil chaleureux de ta part. Mais là encore, tu as toujours eu la capacité de me surprendre avec tout ce que tu fais et dis. Cela n'a manifestement pas changé chez toi.

– Alors que toi tu fais toujours des suppositions sur les gens qui t'entourent pour en tirer des conclusions. Et tu finis tout surpris quand quelqu'un ne se comporte pas comme tu l'attendais. Cela n'a manifestement pas changé chez toi »

Un autre demi-sourire. « Une faille arrogante commune aux lecteurs d'esprit j'imagine »

J'ai croisé mes bras sur ma poitrine. « Je vois »

Pendant un temps, je me demandai si mes mots l'avaient offensé parce qu'il fronçait soudainement les sourcils. Mais alors il jeta un coup d'œil vers Carlisle tout en secouant la tête. « Non ça va, dit-il doucement.

– Si tu en es certain », consentit Carlisle.

Je fronçai les sourcils. Cela faisait longtemps que je n'avais pas participé à une conversation où je n'entendais pas la moitié des propos – ou pensées.

Edward s'éclaircit la gorge. « Carlisle vient de proposer de partir et de nous laisser un peu d'intimité si nous souhaitons parler, expliqua-t-il en remarquant ma perplexité. Mais je suis sûr qu'il restera du temps pour ça plus tard. Tu dois être pressée »

J'ai regardé ma montre. Pour être honnête, je n'étais pas pressée pour l'instant mais je ne dis rien pour nier ses paroles. Je ne savais pas si j'étais prête à avoir une conversation approfondie avec lui tout de suite. Je voulais un moment pour faire le point. J'ai réalisé que jusqu'à présent, je n'avais pas bien saisi le fait que je le reverrais. C'était presque comme si j'avais toujours à moitié espéré que quelqu'un viendrait me dire qu'Edward ne viendrait pas du tout au mariage.

Avais-je secrètement espéré ça ? Que je n'aurais pas à le voir ?

Je ne pensais pas que c'était le cas. Bien sûr j'avais été nerveuse aujourd'hui mais cela ne voulait pas dire que j'étais absolument opposée à l'idée de le revoir. J'avais toujours su qu'inévitablement, je le rencontrerais tôt ou tard.

Peut-être n'avais-je pas été aussi mentalement préparée que je l'avais cru.

Il semblait que nous étions deux. Edward déplaçait son poids d'un pied à l'autre. Il était agité d'une manière très inhabituelle pour un vampire. Il semblait plus ou moins impatient de partir et d'échapper à cette situation. Pour une quelconque raison, j'ai trouvé ça légèrement offensant. Je réalisai qu'une partie de moi en attendait plus de sa part. Une explication. Des excuses peut-être. Ou au moins quelques mots aimables. Quelque chose.

Il était évident que cela n'allait pas se passer ainsi.

Je compris que la situation l'avait pris au dépourvu et qu'il avait probablement besoin de temps tout comme moi. Je savais aussi qu'il le ferait à ses propres conditions. Il y avait évidemment beaucoup de choses que nous devrions discuter mais il fallait être deux pour avoir cette conversation si particulière.

« J'imagine que je te verrai au mariage », déclara Edward. Sa voix était polie mais soudainement très distante, presque dédaigneuse.

Je répondis avec autant d'enthousiasme. « D'accord. Au mariage »

Carlisle lança un regard à Edward qui me fit me demander si lui aussi était perplexe, peut-être même légèrement désapprobateur devant la manière dont Edward fuyait la situation. J'ai attiré son attention en lui donnant un haussement d'épaules à peine perceptible pour lui dire que ça allait. Puis je me tournai de nouveau vers Edward – il observait de près l'échange muet entre Carlisle et moi.

A ce stade, je n'attendis pas exactement à ce qu'il dise autre chose, mais il me surprit. L'expression sur son visage passa de lointaine à chaude alors qu'il me lançait un autre regard de plus. Mais il y avait plus que de la chaleur. Il était difficile de ne pas voir la soudaine douleur d'une perte dans ses yeux. « C'était… bon de te voir Bella »

Il me fallut du temps pour savoir quoi répondre. Je veux dire, que pouvais-je dire à ça ?

Je ne sus pas comment Edward interpréta mon silence. Après avoir échangé un regard avec Carlisle, il se retourna simplement et s'éloigna.

Je suis restée là longtemps silencieuse après sa disparition dans cette froide matinée de février. Une partie de moi se souvint de la dernière fois que je l'avais vu s'éloigner de moi. Et ça se produisit. Ce petit coup de douleur que j'attendais plus tôt pulsa soudainement dans mon cœur.

Mes poumons se relâchèrent en une profonde inspiration. « Eh bien, soupirai-je. Ok. C'est arrivé »

Je pouvais sentir les yeux de Carlisle sur moi, étudiant mon visage. Le lire comme un livre ouvert. Il était très doué pour ça. Trop apparemment. Parce qu'un instant plus tard, il tendit la main pour toucher mon bras pour m'éloigner de ma petite bulle de misère et de souvenirs.

« Est-ce que tu vas bien ? » demanda-t-il doucement. C'était très prévenant de sa part.

J'ai hoché la tête en me demandant qui j'essayais de convaincre, lui ou moi. « Ouais. Je suis juste un peu prise au dépourvu c'est tout. Je ne m'attendais pas à le voir tout de suite. Et ici, de tous les endroits »

Carlisle acquiesça. « Il ne s'attendait pas à te voir non plus.

– Je l'ai remarqué » J'enroulai mes bras autour de moi en faisant face à la direction où Edward avait disparu et commençant à me diriger lentement vers la rue. Carlisle se plaça à mes côtés.

Pour une quelconque raison, le comportement d'Edward me dérangeait plus qu'il n'aurait dû. « Il n'aurait pas pu s'éloigner plus rapidement de moi.

– Je ne m'inquiéterais pas de son attitude bien que je comprenne pourquoi elle doit te déranger, apaisa Carlisle. Comme je l'ai dit, il ne s'attendait pas à te voir. Il est juste venu me demander mon avis sur… quelque chose. Il avait l'intention de ne rester qu'un court instant »

C'est vrai. Il avait donc prévu d'être parti bien avant mon apparition. Je me demandai en vain sur quoi il avait eu besoin de l'avis de Carlisle et pourquoi cela n'aurait pas pu attendre la soirée.

Nous marchâmes un moment un silence. Je luttai soudainement pour saisir la situation en essayant d'intérioriser le fait qu'Edward était ici – que je l'avais vu. Ça ne marchait pas encore tout à fait.

Après un moment de silence, Carlisle se racla doucement la gorge en me tirant de mes pensées.

« Peut-être que ça n'a pas été seulement le fait de te voir qui l'a déstabilisé », suggéra-t-il son ton étant à présent hésitant. Prudent. « C'est peut-être ta réaction qui… l'a pris au dépourvu.

– Que veux-tu dire ? demandai-je. Comment aurais-je dû réagir alors ? Comment s'attendait-il à ce que je réagisse ? »

Il haussa les épaules. « Je ne peux te dire ce qu'il attendait » Il chercha ses mots tandis que sa voix redevenait hésitante. « Mais j'imagine… eh bien tu sais dans quel état d'esprit il était lorsqu'il a quitté Forks il y a huit ans » Carlisle me jeta un coup d'œil comme pour voir si je l'écoutais bien. « Tout ce qu'il espérait, c'est que tu puisses vivre une vie humaine normale et sûre. Que tu puisses être heureuse »

J'attendis en silence qu'il continue en sachant que je devrais l'écouter. Carlisle comprenait mieux Edward que moi.

« Peut-être que te voir maintenant l'a à la fois rendu heureux et triste, continua-t-il. Cela le rend heureux de voir que son souhait est devenu réalité – que tu as eu cette vie normale sans incident qu'il a toujours voulu que tu aies. Que tu as évolué »

J'ai hoché tranquillement la tête. « D'accord »

Carlisle ralentit le rythme en se tournant pour me regarder de nouveau. « Mais peut-être… peut-être qu'il se sent triste pour la même raison » Il s'arrêta. « Parce que tu as évolué »

Afin d'avoir plus de temps pour réfléchir, je me détournai de ses yeux aimables pour regarder le visage des gens qui se précipitaient à nos côtés pour se rendre au travail. Pour la dixième fois ce matin, j'eus l'impression d'être à court de mots.

« Il ne peut pas vraiment m'en vouloir, murmurai-je doucement, d'être passée à autre chose. Ce n'est pas comme si j'avais eu le choix. Et Edward savait ce qu'il faisait dès le moment où il a pris la décision de quitter Forks – il savait à l'avance ce qui allait arriver. Je n'ai pas eu le même privilège.

– Il ne te blâme pas, répondit Carlisle tout aussi doucement. Peut-être se blâme-t-il. Et peut-être est-il enfin parvenu à réaliser pleinement ce qu'il a perdu en faisant ce choix ce jour-là »

J'étais tellement concentrée sur la conversation et la confusion de mes pensées qui me traversaient la tête que je passais presque à côté de la librairie. Ce ne fut que lorsque Carlisle tendit la main pour toucher mon épaule que je remarquais que nous étions arrivés.

« Eh bien si c'est le cas, il doit s'en remettre, déclarai-je en sortant les clés pour nous laisser entrer. Je l'ai fait. Alors pourquoi pas lui aussi ? »

J'ai réalisé à quel point mes paroles étaient dures mais elles étaient vraies. Et pour être honnête, je n'étais pas certaine de la sympathie que j'étais prête à offrir à Edward. Après tout c'était lui qui avait pris une décision nous concernant tous les deux. Je n'étais pas amère à ce sujet – plus maintenant. Et j'étais plus que disposée à mettre tout cela derrière nous, à lui en parler et à purifier l'air une bonne fois pour toute. Mais si Edward se comportait ainsi, s'il choisissait de se vautrer dans le passée pour le reste de son existence… je ne savais tout simplement pas quoi faire à ce sujet. Ou quoi penser d'ailleurs. Qu'est-ce qui m'aurait aidé si j'avais décidé de faire pareil ?

Si j'ai surmonté mon chagrin, il peut aussi surmonter le sien.

J'allumai quelques lumières, enlevai mon manteau et le jetai sur la chaise derrière le comptoir un peu plus agressivement que je ne le pensais. Les évènements inattendus de la dernière heure et les émotions l'accompagnant, prenaient le dessus sur moi.

Carlisle me considéra tranquillement pendant un moment avant de traverser le magasin à pas calmes. Comme toujours, il sentait mon agitation.

« Bella, commença-t-il d'une voix calme et apaisante. Je ne veux pas que tu comprennes de travers ce que je vais te dire. Je veux que tu saches que je ne prends pas le parti d'Edward en disant ce que je vais te dire. Tu sais ce que je pense de sa décision de quitter Forks. Ce que je ressens depuis le début »

J'ai hoché la tête en me demandant ce qu'il allait dire. « D'accord »

Il prit une inspiration silencieuse tandis que la lueur dans ses yeux devenait pensive. « Tu dois comprendre Bella, commença-t-il, que lorsqu'il te reste une infinité de jours à vivres, tu commences à voir le temps différemment. Je veux dire le passage de celui-ci. La façon dont tu le vis change simplement dans cette vie. Parfois rien qu'un seul jour ou un an, peut sembler aussi long qu'un siècle entier. Et pourtant quand on regarde les décennies passées, on a parfois l'impression qu'une seule seconde s'est écoulées. C'est très… contradictoires » Il fit une pause et eut un rire doux, presque triste. « Tu peux te souvenir parfaitement et sans effort de chaque instant, de chaque seconde de ta vie de vampire. C'est une bénédiction… mais c'est aussi une malédiction. Nous sommes incapables d'oublier. Une chose s'étant produite des années, voire des décennies auparavant… nous paraît encore fraîche et nouvelle dans nos esprits. Et ça le sera toujours. Pour les vampires, c'est un défi de vivre le moment présent quand il est si simple de vivre dans le passé »

Réfléchissant à ses propos, je rabattis une mèche de cheveux perdue derrière mon oreille. « Donc tu en train de dire, dis-je en m'appuyant contre le comptoir, qu'il est difficile pour Edward de passer à autre chose parce qu'il est difficile pour lui d'oublier »

Carlisle acquiesça. « Oui »

J'ai regardé le sol. Je pouvais comprendre ça – en quelque sorte. Ou peut-être ne le pouvais-je pas. Tout ce que je pouvais vraiment faire était d'essayer de me mettre à la place d'Edward et d'imaginer ce que c'était que d'avoir une mémoire infaillible. Être capable de se souvenir de chaque instant comme s'il ne datait que d'hier le jour de notre première rencontre, le moment où il m'avait parlé pour la première fois… la première nuit où il était resté dans ma chambre pendant que je dormais, le sentiment de tomber amoureux pour la toute première fois…

Je chérissais toujours ces souvenirs. Comment ne le pourrais-je pas ? Mais même si ces jours étaient révolus et passés, et même si cela m'avait fait mal de savoir que je ne pouvais les récupérer, je ne me vautrais pas.

Le temps m'avait donné de la distance et de la perspective. Maintenant, je devais me demander si c'était un luxe que je tenais pour acquis. Parce que si c'était si différent, si difficile pour les vampires… alors comment était-il possible de prendre de la distance, de mettre le passé derrière soi si on pouvait le revivre avec une clarté parfaite pour le reste de sa vie ?

Un toucher frais et doux sur mon menton me fit regarder en arrière.

Les yeux aimables et dorés de Carlisle cherchaient les miens. « Je ne veux pas que tu interprètes mal mes propos. Je ne minimise pas l'effort qu'il t'a fallu pour surmonter ce qu'il s'est passé entre toi et Edward. Et je n'essaie certainement pas de dire que c'est plus facile parce que tu es humaine »

J'ai hoché rapidement la tête. « Je le sais. Ne t'inquiète pas » Me levant pour m'asseoir sur le comptoir, je baissai les épaules et pris une profonde inspiration. « Tu essayes juste de m'aider à comprendre ce qui doit se passer dans la tête d'Edward. Pour être honnête, je n'avais jamais vu les choses de cette façon. Je n'avais jamais réalisé à quel point cela pouvait être difficile pour les vampires. Cela me fait me demander si cela n'a pas été plus facile pour moi après tout. Je ne suis pas celle qui est tourmentée par des souvenirs vivaces » Je m'arrêtai tout en fronçant les sourcils. « Peut-être qu'Edward avait raison après tout. Peut-être que la mémoire humaine est comme une passoire. Et que quoi qu'il arrive, le temps guérit toutes les blessures de mon espèce »

La lueur dans les yeux de Carlisle était sympathique mais triste. « Les vampires ne sont pas si différents. J'imagine que cela pourrait prendre plus de temps avec nous » Il fit une pause en soutenant mon regard. « Je suis certain qu'Edward y viendra tôt ou tard Bella. Peut-être que te voir et te parler l'aidera à avancer.

– Ou peut-être que ma présence ne sert qu'à répandre du sel sur ses plaies.

– Ou du baume » Il y avait maintenant une trace de sourire sur les lèvres de Carlisle. « Edward finira par surmonter tout ça. Fais-moi confiance. Ce sera peut-être un long chemin à parcourir mais il y arrivera un jour »

Je le considérai pendant un moment. « Tu as parcouru cette même route une fois, lui précisai-je avec attention. Après Esmée. Et pourtant tu ne te vautres pas. Malgré le fait que le temps que tu as passé avec elle fut cent fois plus long que celui qu'Edward a passé avec moi »

Je m'attendis en partie à ce que Carlisle évite mes yeux mais il ne le fit pas. « J'ai peut-être parcouru cette même route pendant un certain temps, admit-il les yeux pensifs. Mais ce qu'il s'est passé entre Esmée et moi… les circonstances étaient très différentes. Et à la fin, comment pourrais-je ressentir de la peine pour quelque chose qui donne à quelqu'un que je chéris tant de fortune et de bonheur ? N'est-ce pas une bénédiction de voir une personne dont je me soucie être si heureuse ? Comment pourrais-je me vautrer et être infiniment triste de perdre Esmée quand je sais combien elle a gagné en rencontrant Miguel ? »

Son altruisme avait toujours cette capacité de me rendre niaise. Même si je savais à quoi m'attendre de sa part, ses paroles me laissèrent sans voix. Étonnée.

« J'imagine que tu as raison, dis-je pensivement et doucement après un moment de réflexion. Pourtant tout le monde ne peut penser comme toi. Tout le monde ne possède pas ce genre de force et d'altruisme.

– Je ne sais pas si c'est un signe de force, contredit Carlisle. Ou d'altruisme d'ailleurs. Tout comme ce n'est pas un signe de faiblesse de ressentir du chagrin à propos de quelqu'un qu'on a perdu. C'est ce qui rend une personne forte. Pouvoir aimer le cœur ouvert malgré le risque que cela pourrait engendrer des chagrins »

Un sourire courba mes lèvres. « Ça me paraît un peu masochiste, notai-je presque taquine en sautant du comptoir. Peut-être que ça signifie que l'amour est seulement pour les téméraires »

Carlisle rit doucement. « Peut-être »

Je passai devant lui pour aller jusqu'à la porte et je tournai l'écriteau Ouvert de la vitrine du magasin. J'allumai le reste des lumières. En regardant à l'extérieur, j'ai observé pendant un moment le flux constant de personnes ainsi que la circulation.

« C'est peut-être la raison pour laquelle il semblerait que j'ai si peu de chance avec ça, m'entendis-je penser au début pas totalement consciente que je parlais à voix haute. Avec l'amour je veux dire. Peut-être ne suis-je pas assez téméraire »

Carlisle était très silencieux. Si silencieux que finalement, je dus me tourner pour le regarder.

Il était toujours debout près du comptoir, son regard doré soudainement intense. « Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » demanda-t-il doucement.

Je ris doucement et tristement. Peut-être pour alléger l'ambiance qui était soudainement devenue mélancolique avec des mots simples, presque accidentels.

« Je ne sais pas pour être honnête, admis-je mais je fis quand même de mon mieux pour expliquer. J'imagine que j'ai toujours eu l'impression qu'avec Edward je devais faire de mon mieux, presque au point que ça en devienne une obsession afin de maintenir un équilibre qui n'était même pas là. Alors qu'avec Adrian, il y avait un équilibre ou tout du moins une chance d'en atteindre un… mais tout a mal tourné de toute façon. Par la suite, je me demandais si j'essayais assez fort. Je me demandais si j'abandonnais trop tôt »

J'avais souvent insisté là-dessus après le départ d'Adrian. Je m'étais demandé si nous aurions dû essayer à nouveau et essayer plus fort de bien nous entendre. Le tout paraissait si étrange – en tant qu'ami nous avions presque pu lire les pensées de l'autre. Nous nous entendions bien. Mais en tant qu'amoureux, eh bien… cela avait été tout autre chose. Nous nous prenions bien trop souvent la tête. Il y avait eu aussi de bons moments – beaucoup. Mais il y avait eu aussi ce sentiment tenace qui ne cessait de demander si cela devait être ainsi – si cela devait être aussi difficile. Une journée heureuse et sans disputes de temps à autre ne pouvait en compenser dix mauvaises.

Carlisle ne rejeta pas ou ne remit pas en question mes paroles comme beaucoup d'autres l'auraient fait. Il ne s'empressa pas de me rassurer, de me dire que j'avais fait tout ce que je pouvais. Au lieu de ça, il voulut savoir pourquoi je me sentais comme ça.

« Et pourquoi as-tu abandonné ? » demanda-t-il.

Haussant les épaules, je secouai la tête. « Je ne sais pas. Peut-être que j'avais peur.

– De quoi ?

– De perdre son amitié » Je me tus en me demandant d'où venaient mes mots et pourquoi ils étaient soudainement venus si facilement. Cela faisait un moment que je n'avais pas pensé à ça, à Adrian et moi. A propos du peu de temps où nous avions été amoureux. A propos de cette nuit sans sommeil que j'avais passé allongée à côté de lui en me demandant quoi lui dire quand il serait réveillé. A propos de la lueur dans ses yeux bruns quand je lui avais dit que nous devions parler. Ce n'était pas une lueur inquiète il savait ce que j'allais dire. Il aurait probablement soulevé lui-même le sujet tôt ou tard. Mais malgré tout, je m'étais sentie presque responsable d'être celle qui le soulevait en premier. D'être celle qui y mettait fin.

« Je suppose que je préférais l'avoir comme ami plutôt que ne pas l'avoir du tout dans ma vie, continuai-je. Je craignais que si je ne reconnaissais pas notre situation assez tôt, je le perdrais complètement. Je devais sauver ce qu'il y avait à sauver. Même si cela signifiait que je ne passerais pas le reste de mes jours avec lui »

Durant un moment Carlisle ne parla pas et hocha simplement la tête en silence. « Il me semble que tu n'as pas abandonné après tout, souligna-t-il doucement. Pas vraiment. Tu as juste essayé de trouver un moyen de garder quelqu'un que tu aimes dans ta vie, même si tu devais sacrifier quelque chose en retour »

Sacrifice. On semblait toujours y revenir. Cela me fit penser à Edward. Cela me fit penser au choix qu'il avait fait pour nous deux.

C'est à ce moment-là que je réalisais qu'il connaissait aussi le sens du sacrifice. Son choix, son sacrifice, avait été d'abandonner son avenir et moi afin de m'assurer une vie normale et sûre. Tout comme moi, il avait juste voulu sauver ce qu'il y avait à sauver. Même si cela signifiait qu'il ne passerait pas le reste de ses jours avec moi.

A ce moment-là, je le compris mieux que jamais auparavant. Ne jugez pas un homme avant d'avoir parcouru un kilomètre dans ses chaussures, avait dit quelqu'un. J'avais parcouru ce kilomètre avec Adrian lorsque j'avais été sur le point de lui dire que nous devrions suivre notre propre chemin. Et Edward avait déjà été dans la même situation avec moi. Les circonstances avaient été très différentes bien sûr, mais pour la première fois, je pus voir à travers ses yeux et comprendre ce qui s'était réellement passé dans sa tête à ce moment-là.

Il y eut un contact soudain et doux sur mon épaule Carlisle avait franchi la distance entre nous avec des pas silencieux.

« Il n'y a rien de mal à réfléchir à tes décisions passées, dit-il doucement. Tant que tu ne commences pas à trop les interroger.

– Et que se passerait-il si je le faisais ? »

Les yeux dorés de Carlisle parurent soudain âgés. Pas d'une manière usée et fatiguée mais d'une manière sage. « Tu commenceras à remettre en question tout le reste aussi. Et tu te perdras en chemin parce que tu auras oublié où tu devais te rendre »

Il me laissa un moment pour réfléchir à ses propos tout en attendant que j'acquiesce. Puis il se tourna vers la porte en se préparant à partir mais à la dernière seconde, il se retourna pour me regarder.

« Et pour ce que ça vaut Bella, dit-il. Je crois que tu as tort »

J'ai froncé les sourcils, confuse. « Sur quoi ?

– A propos de toi n'étant pas assez téméraire…, répondit-il. Parce que je crois que tu l'es. J'espère que ce n'est pas un vœu pieux »

Ses yeux étaient maintenant illisibles, presque graves. Il ne me laissa pas le temps de répondre à ses mots alors qu'il tendit la main pour toucher mon menton avec ses doigts. Le toucher fut rapide et léger mais il envoya tout de même mon cœur dans un tempo saccadé et rapide. J'étais certaine qu'il pouvait entendre comment son toucher m'affectait mais pour une quelconque raison, cela ne me gêna ni ne me dérangea. Pas cette fois. Plus maintenant.

« Je te verrai ce soir », me dit-il d'un ton doux dans la voix.

Après cela, il se tourna vers la porte et partit.

Je me tins là longtemps après son départ tout en écoutant le battement de mon rythme cardiaque. Juste à l'écouter. Tout comme le sentiment.

Et je me suis finalement demandé ce que la soirée allait apporter.


Notes de l'auteur : Le mariage devait avoir lieu dans ce chapitre mais il se serait avéré trop long. Et il y a déjà beaucoup de choses qui se passent dans ce chapitre avec Edward ajouté au mélange. Que pensez-vous de son apparition soudaine au fait ? Je ne sais pas pourquoi mais j'avais l'envie de bousculer un peu Bella en le faisant arriver plus tôt que prévu. Leurs retrouvailles ont été un peu maladroites exprès. Je me demande comment ils vont se comporter l'un envers l'autre lorsqu'ils se verront pour la seconde fois.