Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
Réponse aux reviews :
sochic88 : j'ai beaucoup aimé cette citation aussi ;) - pour l'idée d'Edward tu le sauras dans le prochain chapitre, bon dimanche à toi et merci de ton commentaire.
rougepivoine : le regard qu'ils ont échangé au mariage était en effet révélateur en quelque sorte de leurs sentiments réciproques à mon avis. J'avoue que j'ai trouvé le mariage assez émouvant avec cette belle citation de fin. Je te souhaite un bon dimanche et un bon début de semaine ;)
Lia : salut, merci de ton commentaire. En espérant que ce chapitre te plaira davantage :)
« Le marcheur choisit-il le chemin,
ou le chemin, le marcheur ? »
Garth Nix
Soleil dans la nuit
La cérémonie s'était déroulée sans encombre dans cette soirée. L'atmosphère dans la maison était d'une étrange manière à la fois chaotique et ordonnée. Il fallait s'y attendre car ce n'était pas un mariage habituel. Il n'y eut ni toasts, ni discours, ni services de restauration. Au lieu de ça, il y avait beaucoup de retrouvailles ; certains vampires ne s'étaient jamais rencontrés auparavant et d'autres n'avaient pas vu leurs anciennes connaissances depuis des décennies. La musique se mélangeait aux sons des conversations remplies de rires. L'ambiance était chaleureuse et intime, tandis que l'éclairage tamisé et atmosphérique apportait son propre charme à la célébration. Les bougies allumées sur les tables et rebords de fenêtre donnèrent à l'espace une ambiance festive, presque mystique.
Après m'être débarrassée de mon manteau, Carlisle et moi nous nous sommes dirigés vers Esmée et Miguel pour les féliciter. Esmée me surprit en me donnant une étreinte féroce quand nous les atteignîmes.
« C'est si bon de te voir Bella », me dit-elle d'une voix ravie. Ses doux cheveux couleur caramel frottaient contre ma joue. « Tu m'as terriblement manquée ! » Ses bras de marbre étaient frais alors qu'ils s'enroulaient autour de mes épaules, mais l'étreinte était chaleureuse. Très chaude.
« C'est bon de te voir aussi, répondis-je soudainement touchée. Et félicitations »
Elle recula tout en souriant largement et en me remerciant. Quelqu'un posa une main sur son épaule – Miguel. Esmée me présenta à lui et quand il tendit la main, je ne pus m'empêcher de remarquer comment ses pupilles s'assombrirent en réagissant à la chaleur de ma peau. Il inhala spontanément – je réalisai qu'il absorbait mon odeur. Ce qui était probablement une réaction naturelle, c'est pourquoi je n'y pensais pas beaucoup. Je me demandai avec combien d'humains il avait été en contact récemment, mais je ne n'étais pas vraiment inquiète pour ma sécurité. Je savais que je ne serais pas là si j'étais en danger.
Miguel sembla se ressaisir rapidement. « Je suis ravi de te rencontrer enfin, me dit-il après que je l'ai également félicité. J'ai beaucoup entendu parler de toi »
Je souris en réponse. Miguel paraissait très gentil – il y avait dans sa présence quelque chose comme de la gentillesse, de la douceur, et qui ressemblait à la nature attentionnée d'Esmée. C'est ce qui faisait probablement d'eux des personnes bien assorties.
Après que Carlisle eut serré la main de Miguel et donné un rapide baiser sur la joue d'Esmée, la couple nouvellement marié commença à louer les décorations et la beauté de la maison. « Tout a l'air si merveilleux, admira Esmée. Toi et Alice avaient fait tant d'efforts.
– Ne me remercie pas. Alice est le cerveau derrière tout ça.
– Balivernes » Soudain la personne en question apparut à côté de moi, Jasper dans son sillage. « Tu as autant contribué que moi. Et les roses sont l'œuvre de Bella au fait.
– Elles ont l'air si réelles ! »
Le jaillissement d'Esmée fut soudainement interrompu par une voix forte et grondante.
« Ouah ! Regarde-toi ! »
Je commençai à me tourner vers la voix familière mais avant de pouvoir le faire, je fus soulevée et tournoyée en l'air – c'était arrivé si vite que je n'eus même pas le temps de m'effrayer. Une fraction de seconde plus tard, j'étais à nouveau debout.
« Ouah », dit Emmett à voix haute en me libérant de sa prise et se tenant en arrière pour me regarder de la tête aux pieds. Si cela ne me fit pas rougir, la lueur taquine dans ses yeux s'en chargea. « Le vilain petit canard est devenu un cygne », dit-il avec un sourire.
J'eus un rire sec, incapable de m'offusquer. Emmett était… Emmett. Il faisait partie de ces rares personnes qui ne changent jamais.
« Ne sois pas stupide » La voix d'Esmée lui faisait des reproches. « Admets-le, elle a toujours été un cygne.
– Je parie qu'Edward s'en veut maintenant d'être parti », dit Emmett à Jasper avec un sourire en ignorant les reproches d'Esmée. Je ne pus m'empêcher de rire quand il se tourna vers moi pour me faire un clin d'œil pas vraiment subtil.
Je me sentis soudain un peu dépassée d'être debout ici, entourée par la famille de vampires que j'avais perdue. J'avais l'impression d'être entrée dans une capsule temporelle. Même Rosalie nous rejoignit – elle avait pris place à côté d'Emmett tout en accrochant son bras au sien et me regardant d'une manière qui n'était ni hostile, ni amicale. La lueur dans ses yeux n'était que contemplative alors qu'elle me saluait doucement. Cela me surprit et me satisfit à la fois – nous n'avions jamais été de proches amies toutes les deux. En fait, pendant mon temps à Forks, j'avais eu l'impression qu'il avait fallu de gros efforts à Rosalie pour me tolérer. A Forks, j'avais été une intruse importune dans la vie secrète de sa famille.
Involontairement, je commençai à chercher Edward – il était la seule personne manquante. Je continuai de regarder autour de moi pour le repérer finalement à côté de la cheminée de l'autre côté de la pièce en train d'avoir une conversation avec un vampire que je ne connaissais pas. Soudain il se tourna vers moi comme s'il avait senti mon regard. Puis il détourna tout aussi rapidement les yeux, presque comme si je l'avais imaginé. J'ai haussé intérieurement les épaules en me demandant si je devrais essayer de lui parler mais j'optai finalement pour ne pas le faire en me rappelant à quel point il avait été réservé ce matin. Je ne pouvais lui imposer ma compagnie. Il viendrait me voir quand il serait prêt.
Les deux heures suivantes passèrent dans un brouillard, et il s'avéra que je n'eus pas le temps de m'inquiéter pour Edward et son comportement distant. Alice avait déplacé les meubles dans le grand salon pour faire de la place pour une piste de danse, et Esmée et Miguel furent les premiers à l'envahir. Un instant plus tard, de nombreux invités leur emboîtèrent le pas. Il était impossible de les confondre avec des humains maintenant – leurs mouvements étaient incroyablement gracieux tandis qu'ils évoluaient au rythme d'une musique de valse traditionnelle. Je devais féliciter Alice pour le travail qu'elle avait fait avec le système de sonorisation encastré – on aurait dit qu'il y avait un orchestre dans la pièce.
A un moment donné, j'ai remarqué qu'Alice avait une conversation avec trois femmes qui étaient toutes très grandes. Elles avaient la peau foncée et des cheveux noirs qui cascadaient le long de leur corps musculeux. Leurs yeux étaient d'un rouge écarlate et elles étaient toutes si belles que mes yeux me firent mal. Elles se ressemblaient beaucoup et auraient facilement pu passer pour des sœurs. Peut-être l'étaient-elles. Je vis Jasper se rapprocher du petit groupe, et il dit quelque chose qui les fit toutes rires doucement. Puis il s'inclina devant Alice et lui offrit sa main. Un instant plus tard, ils s'étaient eux aussi élancés au son de la musique. Je me demandai si c'était un attribut vampire – peut-être que la danse devenait extrêmement agréable quand vous saviez que vous ne pouviez trébucher ou écraser les orteils de votre partenaire.
Après un certain temps, la musique changea pour passer à un rythme plus lent et doux. Les couples de danseurs s'adaptèrent au changement, leurs pas ralentissant et leurs mouvements devenant encore plus gracieux si c'était possible.
J'aurais pu me contenter de regarder la danse à distance mais tout à coup Carlisle apparut à côté de moi et me lança un regard hésitant.
« Veux-tu danser ? » demanda-t-il.
Je lui jetai un long regard – sa question m'ayant un peu surprise.
« Tu ne tiens pas du tout à tes orteils ? » demandai-je en essayant de masquer ma nervosité.
Il rit doucement. Au lieu de répondre, il tendit la main. Je l'ai prise après un moment d'hésitation en le laissant me conduire vers la zone où les autres invités s'étaient rassemblés pour danser.
« Si j'étais toi, je ne garderais pas d'attentes trop élevées, l'avertis-je. Je suis une piètre danseuse »
Il a seulement souri. « Laisse-moi en juger »
Ne trébuche pas maintenant, me dis-je avec vigueur. Et pour l'amour du ciel, ne marche pas sur ses orteils !
Je ne savais pas ce qui me rendait la plus nerveuse – danser ou être proche de lui. Au début, j'ai refusé de lever les yeux vers son visage en sachant que si je le faisais, je devrais dire au revoir à ce qui me restait de nerfs. Je me concentrai sur la respiration calme et régulière de Carlisle, tandis qu'il prenait ma main droite dans la sienne tout en plaçant son autre main sur ma taille. La fraîcheur de sa peau s'infiltra à travers ma robe ce qui me fit frémir intérieurement mais pas de froid. Ce frisson était autre chose. Chaque fibre de mon être se tendit en me faisant me sentir comme sur un fil étiré alors qu'il était déjà sur le point de se casser.
Je levai ma main gauche sur son épaule en essayant de me souvenir des pas que j'avais appris dans ce cours de danse que j'avais pris avec Adrian deux ans plus tôt. A l'époque, je l'avais détesté de m'avoir forcé à y aller avec lui, mais maintenant, je lui en étais étrangement reconnaissante de m'avoir poussée à le faire.
Heureusement, la musique était calme et lente ce qui me permis de m'adapter plus facilement à mes pas. Il n'était pas surprenant que Carlisle soit un excellent danseur, ce qui me permis de presque tout faire sans effort. Il était très bon pour diriger et ses mouvements étaient forts et sûrs tout en restant doux. J'ai rapidement oublié les autres invités qui dansaient près de nous et après un moment, je me sentis détendue. Je fus même suffisamment en confiance pour regarder le visage de Carlisle sans craindre de m'emmêler dans mes propres pieds.
Il rencontra mon regard avec un sourire. « Tu es bien silencieuse, déclara-t-il alors que nous continuions à valser sur la musique douce. Est-ce que tu as quelque chose à l'esprit ?
– Non, répondis-je. J'essaie juste de me concentrer pour garder le contrôle de mes pieds »
Il gloussa doucement à mes mots. Je ne voulais pas admettre à quel point je commençai à m'amuser. Je crus même pouvoir sentir la fraîcheur émaner de son corps même si nous nous touchions à peine. J'avais l'impression que chaque centimètre de ma peau était à fleur de peau. Je pouvais sentir ses respirations fraîches frôler le côté de mon cou, comment son menton touchait ma tempe de temps à autre alors que nous progressions lentement au rythme de la musique. Le peau de sa main autour de la mienne était lisse, comme de l'ivoire poli. Après un certain temps, je pouvais sentir comme elle devenait plus chaude – ou peut-être était-ce la mienne qui devenait plus froide. C'était étrange. J'étais tellement habituée à la différence de température de nos peaux. Mais je devais admettre, bien que timidement que je pouvais aussi m'y habituer.
Je me suis risquée à lever les yeux vers le visage de Carlisle en étant maintenant beaucoup plus optimiste sur le fait que je survivrais à cette danse sans trébucher.
« Eh bien, admis-je doucement, ce n'est pas si mal »
Carlisle eut un rire doux et amusé. « Et tu m'as dit être une piètre danseuse.
– Je le suis. Tu me fais passer pour une pro »
Il secoua courtoisement de la tête. Sans avertissement, son autre main quitta ma taille alors qu'il me conduisit habillement dans un tourbillon. Je le suivis si aisément que nous ne manquâmes aucune étape. Un rire surpris quitta mes lèvres tandis que Carlisle me tirait vers lui pour me reprendre par la taille.
Ce mouvement me rapprocha beaucoup plus de lui qu'auparavant. Tellement plus près que je me suis demandé si je devais reculer d'un pas ou deux. Mais je restai là où j'étais en sentant soudain que je n'étais plus capable de faire un geste conscient.
Et pourtant d'une manière ou d'une autre, je suivais toujours le rythme de la musique douce. Maintenant, je pouvais réellement sentir la fraîcheur émaner de son corps. N'était-ce pas étrange que chaque pouce de ma peau paraissait être en feu ?
Je pouvais sentir soudain le sang pomper dans mes veines avec une telle férocité que je me suis demandé s'il pouvait le sentir aussi. Je me suis rappelée de prendre des respirations calmes et profondes pour maintenir mon cœur sous contrôle. Mon corps ne pouvait pas me trahir – pas maintenant, pas ici. Je savais – juste vaguement mais quand même – que les autres invités dansaient près de nous. Ce serait embarrassant s'ils remarquaient comment mon corps réagissait à sa proximité. Et il y avait presque quelque chose d'intime, de privé dans la manière dont mon cœur se mettait à galoper quand j'étais avec lui. Je ne voulais pas que quelqu'un d'autre l'entende.
Je ne savais pas si Carlisle remarqua comment sa proximité m'affectait. Il y avait une lueur lointaine dans ses yeux tandis qu'il regardait par-dessus mon épaule. Dans l'éclairage tamisé du salon, ses yeux ressemblaient à la couleur du miel foncé. Il sembla sentir mon regard car il reporta son attention sur moi. La prise de sa main autour de la mienne se resserra momentanément.
Les derniers airs de la musique s'estompèrent. Avec réticence, je m'éloignai lentement de lui. Alors que mes doigts glissaient de sa prise froide et que son autre main se retirait de ma taille, j'eus presque froid. Ce qui n'avait aucun sens.
Ou peut-être que si, pensai-je presque avec tristesse.
J'étais sur le point de le remercier pour la danse lorsque je remarquai la lueur dans ses yeux. C'était en quelque sorte comme un déchirement faisant trop parfaitement écho à ce que je ressentais en ce moment. Il y avait un sourire sur ses lèvres mais qui ne correspondait pas à ses yeux. Cela me fit me demander ce qu'il pensait à cet instant précis. Je réalisai que j'aurais donné n'importe quoi pour le savoir.
Il y avait quelqu'un qui le savait, quelqu'un qui pouvait me donner une réponse. Et ce quelqu'un marchait vers nous avec dans son expression quelque chose entre la méfiance et l'hésitation.
Même si Alice m'avait prévenue un peu plus tôt des intentions d'Edward de m'approcher ce soir, j'étais toujours surprise de le voir près de nous. Mais ce qui me dérouta véritablement, c'est le regard qu'il échangea avec Carlisle. Je ne pouvais comprendre ce qui se passait entre eux.
« Ça te dérange si je vous interrompe ? » Il parlait à Carlisle mais ensuite il tourna ses yeux vers moi pour savoir comment je réagirais. Son ton était léger et agréable, une chose à laquelle je ne m'attendais pas. Pendant toute la soirée, il avait agi avec plus ou moins de distance, de manière presque maussade.
« Non bien sûr que non », répondit Carlisle. Puis il leva un sourcil presque imperceptiblement pour s'assurer que j'étais d'accord avec ça. Ce fut très prévenant de sa part. Je lui fis un petit signe de tête et regardai à nouveau Edward.
Carlisle me fit un léger sourire avant de s'éloigner. Je le suivis du regard et le vis sortir du salon. Je ne fus pas la seule à l'observer – un instant plus tôt Alice dansait avec Jasper mais maintenant, je la vis suivre Carlisle dans le couloir. Pour une quelconque raison, cela attira mon attention.
Je reportai à nouveau mon attention sur Edward en lui lançant un regard dans l'expectative. Je le surpris en train de me regarder de la tête aux pieds tandis que ses yeux s'attardaient sur ma robe rouge foncé un peu plus longuement que nécessaire. Je m'attendis à me sentir mal à l'aise sous son regard mais le sentiment ne vint jamais.
Un autre air de musique douce commença à jouer. Sans un mot, il m'offrit sa main et s'approcha pour placer son autre main dans le bas de mon dos. Je levai ma main gauche pour la mettre sur son épaule et nous commençâmes à bouger au son de la musique tranquille.
Il resta silencieux pendant un moment – aucun de nous ne semblait savoir quoi dire. J'en ai profité pour étudier Edward de mon regard. L'éclairage tamisé du salon donnait à ses cheveux de bronze une douce lueur, et sa peau de marbre paraissait prendre une teinte plus pâle, presque argentée. Je me suis soudainement souvenue du temps où des années auparavant, je l'avais vu ainsi – portant un smoking noir et l'air beau au-delà de l'imagination. Je me souvenais du volumineux plâtre sur ma jambe et de la robe bleu foncé à froufrous qu'Alice m'avait forcée à porter et je me souvenais à quel point j'étais furieuse quand j'avais découvert que nous nous rendions au bal.
Cela paraissait s'être passé il y a si longtemps. C'était arrivé il y a si longtemps. Ce souvenir semblait appartenir à une autre vie.
J'étais mentalement prête à entamer la conversation même si j'étais la seule, mais avant de pouvoir dire quoi que ce soit, Edward parla soudain.
« J'espère que tu profites de cette soirée, déclara-t-il nonchalamment d'une voix douce et calme.
– C'est le cas »
Un regard incertain traversa son visage en me faisant réaliser que j'avais peut-être été trop expéditive.
« La cérémonie était magnifique, ajoutai-je en conversation. Miguel a l'air gentil.
– Il l'est, concorda doucement Edward. Je suis content de ne pas avoir raté ça »
Je fronçai les sourcils à ses mots. « Que veux-tu dire ? As-tu pensé ne pas venir ? »
Soudain, je me suis souvenue de ce qu'Alice avait dit ce soir en venant ici.
« Edward prévoyait de faire quelque chose de téméraire, d'imprudent et de totalement illogique comme d'habitude, m'avait-elle dit. Il s'impatiente de notre situation – il veut faire quelque chose au lieu d'attendre que les Volturi se présentent. Heureusement Carlisle est parvenu à le convaincre du contraire. Ou à tout le moins, a réussi à reporter ses intentions »
Je me demandai toujours ce qu'Edward avait fait – et pourquoi il avait fallu l'intervention de Carlisle pour le faire changer d'avis.
Edward parut se demander s'il devait plus ou non expliciter ses propos précédents. « Ce n'est pas que je ne voulais pas venir, corrigea-t-il. De plus, Esmée et Alice m'auraient écorché la peau si je ne m'étais pas montré.
– Je suis d'accord. Que veux-tu dire alors ? Que se passe-t-il ? »
Il secoua la tête. « Oublie ce que j'ai dit. Ça n'a pas d'importance »
C'était classique d'Edward de me tenir à l'écart. J'étais un peu vexée par la manière dont il venait de présenter la chose, mais je repoussai le sentiment. Je ne voulais pas que notre première conversation appropriée en huit ans ne se transforme en dispute. Et d'ailleurs, Alice avait promis de me dire demain ce qu'il se passait.
Le son de la musique et les personnes qui parlaient tranquillement autour de nous sembla rendre le silence soudain entre nous encore plus apparent. Edward se racla doucement la gorge – peut-être que ce silence le dérangeait aussi.
« Écoute », dit-il soudainement. L'expression sur son visage était encore plus ou moins distante. Sa voix baissa d'une octave. « A propos de ce matin, je ne voulais pas partir comme je l'ai fait. Je n'étais tout simplement pas dans un bon état d'esprit lorsque tu es apparue. Eh bien » Il chercha ses mots. « C'est juste que te voir… c'était surréaliste après tout ce temps. C'est toujours le cas »
Notre danse ralentit presque en un balancement. J'ai hoché la tête à ses mots, un peu surprise qu'il ait soulevé cette question – je ne m'y attendais pas. « Je comprends ce que tu veux dire, murmurai-je en réponse. J'ai été surprise de te voir aussi. Même si je savais que je te verrais à un moment donné, cela m'a quand même prise au dépourvu quand cela s'est réellement produit »
Edward hocha la tête. D'après son expression, je vis qu'il savait de quoi je parlais – qu'il partageait ce sentiment de confusion avec moi.
Soudain, son sourire tordu et familier se dessina sur ses lèvres.
« Eh bien, j'espère que le pire du choc est passé maintenant.
– C'est vrai, répondis-je avec un petit rire moqueur. Et tu me connais – je suis le maître de l'adaptation »
Edward eut un rire sec mais il réfléchit rapidement. Son regard commença à détailler ma silhouette de près. Je pouvais sentir ses yeux capturer chaque changement qu'il soit subtil ou proéminent que les années avaient apporté à mon apparence. Je me demandai à quel point j'avais l'air différente de la fille d'il y a huit ans.
Edward était différent aussi. Pas de l'extérieur comme je m'y étais attendue mais de l'intérieur. Il y avait toujours eu un air de gravité chez sa personne même à Forks. Mais à présent, cela s'était accentué, c'était plus apparent. Je remarquai qu'il y avait une sorte de maussaderie autour de lui, un nuage sombre de mélancolie qui semblait le suivre constamment. Je fronçai les sourcils à cette constatation.
Peut-être qu'Edward sentit mon examen minutieux parce qu'il a soudainement détourné les yeux de moi vers la foule autour de nous, presque comme s'il avait peur que j'en ai trop vu.
J'ai essayé de relancer la conversation, de poser des questions informelles et de parler de tout et de rien. Mais Edward sembla s'être de nouveau replié sur lui-même. Il ne s'était pas totalement tu, car il me donna des réponses aussi brèves que possible en rencontrant à peine mes yeux. J'ai essayé de comprendre ce qui avait changé – ce qui l'avait fait se taire.
Alors que les dernières notes de la musiques s'égrenaient, il me regarda fixement. « Une autre danse ? » demanda-t-il.
J'ai secoué la tête en souriant. « Merci, mais je ne veux pas pousser ma chance. J'ai réussi deux danses entières sans me casser la cheville. Je ferais mieux d'arrêter tant qu'il en est encore tant »
Il me fit un large sourire ironique – pendant un court instant, il parut redevenir lui-même.
Nous commençâmes à sortir de la piste de danse. Soudain, une voix haute et douce retentit de la porte du salon. « Edward ! »
J'ai levé les yeux pour voir une belle femme aux cheveux blond vénitien venir du couloir. Elle contourna les autres vampires en se mêlant à la pièce et se précipitant vers Edward pour le serrer dans ses bras. « C'est si bon de te voir, lui dit-elle à l'oreille. J'ai presque pensé que tu n'étais pas là. Je ne t'ai vu nulle part avant la cérémonie.
– J'ai dû manquer votre arrivée. Et j'étais assis au dernier rang durant la cérémonie », expliqua Edward. Sa réponse à l'étreinte de la femme était vraiment chaleureuse mais je pus voir qu'il devenait inconfortable dans son étreinte serrée. Il commença à s'éloigner d'elle mais parvint à le faire subtilement.
« Hum Bella, dit-il en se tournant vers moi. Voici Tanya du clan Denali. Tanya, voici Bella »
Les yeux dorés de la femme se tournèrent vers moi. « C'est ta Bella ? » Elle me sourit largement puis à Edward ce qui lui fit manquer la façon dont je fronçai les sourcils à son choix de mots. Ta Bella. Je remarquai qu'Edward voulut la corriger mais il ne parut pas avoir l'occasion de parler.
« J'ai tellement entendu parler de toi ! continua Tanya. C'est bon de te rencontrer enfin »
Je me demandai négligemment pourquoi tout le monde n'arrêtait pas de dire ça, et qui je devais remercier pour le fait que ma réputation semblait me précéder.
« De même », répondis-je poliment. Avant de pouvoir dire autre chose, deux autres vampires apparurent. Elles étaient également blondes et avaient un éclat doré familier dans les yeux. Edward les présenta comme les sœurs de Tanya – Irina et Kate. Elles me regardèrent avec une curiosité ouverte et n'essayèrent même pas de le cacher. J'eus envie de cligner des yeux à la vue devant moi – les trois femmes étaient si belles qu'elles semblaient presque irréalistes.
« Il y a Esmée et Miguel, déclara soudain Edward en inclinant la tête vers le fond de la pièce. Je devrais probablement aller les voir – je n'ai pas encore eu la chance de les féliciter.
– Qui l'a pu ? demanda Kate en étant clairement amusée. Ils sont restés collés sur la piste de danse toute la nuit ! »
Edward sourit brièvement. J'eus l'impression qu'il était plus gêné par la compagnie de ces femmes que moi et que pour une quelconque raison, il voulait s'en échapper le plus rapidement possible. Je trouvai cela un peu étrange puisqu'on m'avait dit que les Cullen considéraient les Denali comme leurs parents éloignés.
« Encore un autre mariage derrière nous, déclara Tanya en conversant avec Kate. Peut-être que ce sera notre tour la prochaine fois, hein Kate ? »
Kate roula des yeux. « Tu peux rêver, répondit-elle sèchement. Irina nous battra probablement à ça de tout façon »
La vampire en question lui fit un doux sourire. « Ne prenez pas de l'avance. Laurent ne me l'a même pas demandé »
Un frisson me traversa à l'entente du nom de Laurent – il avait fait partie du clan de James et Victoria. Je me souvins qu'il s'était séparé d'eux peu de temps après que James a commencé à me prendre en chasse à Forks toutes ces années auparavant. Laurent avait voulu essayer un mode de vie végétarien et apparemment il était resté sur cette voie et vivait toujours avec les Denali. Je ne me souvenais pas l'avoir vu ici cette nuit, mais là encore, il y avait beaucoup de vampires.
Edward et moi laissâmes les trois sœurs se chamailler entre elles. Edward me regardait – peut-être avait-il remarqué comment la mention de Laurent m'avait affectée. « Tout va bien au sujet de Laurent, murmura-t-il à voix basse et très doucement. Je sais que cela peut être difficile à croire compte tenu des circonstances dans lesquelles tu l'as rencontré. Il est ici aussi – il est dehors en train de parler à Emmett et Jasper. Je pensais juste que je devrais te prévenir »
J'ai hoché la tête. « J'ai juste été surprise d'entendre parler de lui, c'est tout. Son nom n'a jamais été prononcé au cours de ces derniers mois que Carlisle et les autres ont passé à Buffalo.
– Je suis certain qu'il y a plein de choses qui n'ont pas été abordées.
– Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? » demandai-je mais pour une quelconque raison Edward n'explicita pas ses propos. Puis je vis Carlisle entrer dans le salon avec Alice et Rosalie.
« Je crois que quelqu'un m'a promis une danse la semaine dernière, dit Rosalie à Edward une fois qu'ils nous rejoignirent.
– Je vais simplement rapidement féliciter Miguel et Esmée »
Rosalie me lança un regard impénétrable avant de se tourner de nouveau vers Edward. « Je viens avec toi »
Ils partirent. J'ai tourné mon regard vers Alice et Carlisle – ils avaient l'air tous les deux poliment curieux quand ils le rencontrèrent.
« Alors ? demanda Alice en jetant un coup d'œil à Edward. Comment ça s'est passé ?
– A toi de me le dire. Tu es la médium après tout » Je regardai Edward embrasser la tempe d'Esmée et donner une étreinte à Miguel.
Pour être honnête, je ne savais pas quoi répondre à sa question. Je savais qu'il ne serait pas facile d'être en bon terme avec Edward et je ne m'attendais certainement pas à ce que cela se fasse du jour au lendemain. Même si nous paraissions être en mesure d'avoir une conversation civilisée entre nous, j'avais toujours l'impression qu'on tournait autour du pot.
Je pensai distraitement que si je voulais que les problèmes soient résolus entre Edward et moi, ça ne me ferait pas de mal d'être médium aussi.
Durant la nuit, je fus présentée à plus de vampires que je pus m'en souvenir. Certains d'entre eux étaient des nomades solitaires tandis que d'autres faisaient partis de petits clans. J'ai désespérément essayé de mémoriser tous leurs noms mais cela s'avéra impossible. Certains d'entre eux furent plus simple à retenir, comme Eléazar et sa femme Carmen ainsi que le reste des Denali. D'autres dont je me rappelais simplement parce que leurs yeux rouge rubis m'avaient donné des frissons. Les deux vampires qu'Edward avait escortés jusqu'à leur siège avant la cérémonie s'appelaient Peter et Charlotte – je me souvenais qu'ils étaient les vieux amis de Jasper. Et puis il y avait le clan – ou la famille – des Irlandais. Siobhan, Liam et Maggie. C'était un peu troublant de voir autant de paires d'yeux rouges au cours d'une même nuit. Cela me fit d'autant plus réaliser que le style de vie des Cullen et des Denali était rare. On m'avait dit que les invités présents ici étaient les plus civilisés parmi les vampires y compris ceux se nourrissant d'humains. Par conséquent, personne n'essaya de me transformer en casse-croûte de fin de soirée, mais je reçus de nombreux regards curieux pendant la nuit. Je devais admettre que parfois je me sentais un peu mal à l'aise, mais ce n'était pas quelque chose que je ne pouvais surmonter.
En fait, je semblais mieux gérer l'attention dont j'étais l'objet qu'une certaine autre personne.
A un certain moment de la nuit, j'ai remarqué qu'Edward surveillait chacun de mes mouvements. Il le fit très discrètement mais parce que je m'attendais à quelque chose comme ça de sa part, il était assez facile de remarquer ses intentions. Je savais qu'il était protecteur par nature et bien intentionné mais je devais me demander à quoi il s'attendait. Croyait-il honnêtement qu'un des invités craquerait soudainement et transformerait le mariage d'Esmée et Miguel en bain de sang ?
Ou peut-être s'attendait-il à ce que je saigne soudainement du nez ou autre. Ou pire – que je me coupe le doigt avec du papier.
Je pouvais sentir mon humeur festive s'amenuiser alors que je remarquais qu'il me suivait partout où j'allais. J'ai essayé de ne pas faire attention à lui pour essayer de profiter plutôt de la soirée. Carlisle me présenta à un petit groupe de trois vampires avec lesquels Alice avait parlé plus tôt – le clan des Amazones. L'exotisme de leurs noms – Kachiri, Zafrina et Senna – n'était rien en comparaison de leur apparence. Elles étaient toutes très grandes et musclées et ne portaient que des peaux d'animaux. Elles avaient l'air tout simplement… sauvages. Même la manière dont elles se déplaçaient était très différente – leurs gestes et mouvements étaient soudains et rapides même pour des vampires. Une fois qu'on me dit qu'elles avaient vécu la majeure partie de leur vie au fond des forêts tropicales d'Amérique du Sud, leur apparence sauvage ne me dérouta plus tellement.
Edward jusque-là traînait quelques mètres par-là, mais à présent il était venu se tenir près de Carlisle et de moi. Peut-être avait-il remarqué que son attitude commençait à m'énerver et qu'au lieu d'agir discrètement, il avait choisi une approche plus directe. Ou peut-être qu'il faisait moins confiance à ce clan en raison de leur apparence et de leur comportement plus primitif.
« Il y a beaucoup plus intéressant sur elles que l'endroit où elles vivent », ajouta-t-il. Son attitude envers ces trois vampires me surpris – sa voix était chaleureuse et amicale. Peut-être avais-je mal interprété ses intentions. « Zafrina possède une facette intrigante.
– Juste intrigante ? demanda Zafrina de son étrange accent en faisant mine d'être offensée.
– D'accord – fascinante, admit Edward avec un sourire.
– Je suis d'accord », dit Carlisle qui me fit un sourire.
Leur conversation me dérouta. Ils laissaient clairement sous-entendre que Zafrina possédait une capacité spéciale quelconque.
« D'accord, je mords à l'hameçon. Quel est ce côté intrigant ? » demandai-je.
Zafrina sourit.
« Pourquoi perdre son temps avec les mots, dit Kachiri en s'immisçant dans la conversation. Pourquoi ne pas simplement lui montrer ? » C'était la première fois que je l'entendais parler – Zafrina semblait agir comme une sorte de porte-parole du groupe. La troisième vampire, Senna, resta silencieuse mais me jeta un regard plein d'attente lorsqu'elle entendit la proposition de Kachiri.
« Que voulez-vous dire, que voulez-vous me montrer ? demandai-je maintenant plus confuse que jamais.
– Attends », me dit Edward. Je le vis échanger un regard spéculatif avec Carlisle. Puis les deux se tournèrent pour me regarder en attendant ma réaction.
Je fronçai les sourcils à l'attention de Zafrina. Elle me regardait avec intensité. Il y avait quelque chose de puissant et rouge dans son regard – quelque chose de presque hypnotisant. J'ai attendu en m'attendant à moitié à ce qu'elle commence à faire léviter quelque chose ou faire quelque chose d'aussi fou. Mais rien ne se passa – Zafrina continua de me fixer de ses yeux rouges et féroces.
« Alors ? demanda Edward.
– Eh bien quoi ? lui demandai-je en retour. Que devrait-il se passer ? »
Il échangea un long regard avec Carlisle.
« Intéressant », murmura ce dernier.
Zafrina fronçait maintenant les sourcils. « Tu es la première sur laquelle je n'ai aucun effet, confessa-t-elle avec surprise. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un comme toi auparavant »
D'accord. Surcharge de confusion.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demandai-je.
Carlisle se racla doucement la gorge. « Zafrina est capable de projeter des illusions très puissantes et très réalistes dans l'esprit des autres. Il semble que son don n'a aucun effet sur toi – tout comme Edward a toujours été incapable de lire dans ton esprit.
– Oh » J'ai hoché la tête. « D'accord. Moi et mon cerveau ennuyeux.
– Hum » Carlisle semblait réfléchir. Puis il se retourna pour regarder par-dessus son épaule. « C'est intéressant. Qu'en penses-tu ? »
Je me tournai pour regarder derrière moi, surprise de voir Eléazar se tenir près de nous – je n'avais pas remarqué son arrivée.
« C'est fascinant », admit-il. Puis il me regarda longuement.
« Il est difficile de la lire correctement, déclara-t-il à Carlisle après un moment. C'est en partie parce qu'elle est humaine mais il y a autre chose »
Apparemment, je devais avoir l'air encore plus confuse car il commença à m'expliquer. « Je peux détecter le type de capacités supplémentaires d'une personne. Cela fonctionne mieux sur les vampires car j'en suis moi-même un, mais je peux également obtenir une lecture vague sur les humains et savoir s'ils auront un potentiel et seront en quelque sorte doués. Ces compétences se renforcent après qu'on devienne vampire.
– On lui a une fois donné une place parmi les Volturi en raison de son don à identifier les talents spéciaux des autres », ajouta Carlisle. Je ne pus m'empêcher d'être un peu secouée par ses mots.
« Je les ai finalement quittés peu de temps après avoir rencontré Carmen », expliqua doucement Eléazar. Apparemment il avait remarqué ma réaction à la révélation de Carlisle. « Parfois il m'était difficile d'être en accord avec les méthodes des Volturi – leurs manières me semblaient trop agressives et parfois même cruelles. Mais depuis que les Volturi font respecter la loi, j'ai cru qu'en les rejoignant que je servais le plus grand bien » Son regard commença à errer dans le grand salon pour trouver finalement une femme aux longs cheveux noirs ; Carmen. Je lui avais été présentée un moment plus tôt.
« Aro m'a donné sa bénédiction lorsque j'ai finalement demandé à quitter le clan, continua-t-il doucement avec un sourire ironique. Peut-être l'a-t-il fait en espérant qu'éventuellement je reviendrais. Ou peut-être que je suis parvenu à gagner son respect comme Carlisle l'a fait une fois.
– Je ne sais pas si Aro m'a vraiment respecté ou non, désapprouva Carlisle avec un petit rire. Nous n'avons jamais trouvé de terrain d'entente en ce qui concernait les choses les plus importantes »
Je repensai à tout ce que j'avais entendu au cours des derniers instant tout en fronçant les sourcils. Au bout d'un moment, je remarquai qu'Eléazar me regardait silencieusement, presque comme pour regarder quelque chose de plus près. Ses yeux se plissèrent sous la concentration. Puis il secoua de nouveau la tête avec une expression à la fois fascinée et frustrée.
« C'est vrai, murmura-t-il presque pour lui-même. Je n'arrive toujours pas à te lire correctement. Tu as un esprit très protégé.
– Donc il y a en réalité une raison pour laquelle Edward n'a jamais pu entendre mes pensées ? demandai-je. Ou pourquoi Zafrina n'a pas pu faire ce qu'elle essayait de me faire il y a un moment ?
– Peut-être, répondit Eléazar. Il est difficile d'affirmer quelque chose de sûr à propos des humains. Ces choses ont tendance à se développer seulement après la transformation »
Je ne vis pas l'expression d'Edward mais je pus réellement l'entendre se tendre. Apparemment, le mot « transformation » était de trop pour lui. Pour le moment, j'ai décidé de l'ignorer – j'étais trop intriguée par ce qu'Eléazar venait de me dire.
« J'ai toujours pensé que tête fonctionnait différemment – que mon esprit était en quelque sorte… je ne sais pas, étrange », lui dis-je.
Eléazar sembla réfléchir. « C'est presque comme si ton esprit repoussait les intrus, expliqua-t-il. Je pourrais probablement t'en dire plus après que tu sois devenue vampire – on m'a dit que tu prévoyais de rejoindre les Cullen d'ici peu »
Mon regard se tourna vers Carlisle mais il ne me regardait pas – ses yeux étaient sur Edward. Je pus soudain sentir un courant frais contre ma peau lorsque la personne en question passa devant moi.
« Excusez-moi », dit-il d'une voix serrée.
La souffrance jaillit en moi alors que je regardais Edward disparaître dans la foule. J'ai essayé de rester patiente et de le comprendre tout en n'arrêtant pas de me répéter qu'il avait juste besoin de temps. Mais ma patience sembla s'évanouir et je remarquai à quel point Eléazar était mal à l'aise. Apparemment, il ne connaissait pas la forte opposition d'Edward envers le plan pour me changer. Il me lança un regard d'excuse mais je secouai la tête pour lui dire qu'il n'avait rien fait de mal.
« Je vais le trouver, dis-je à Carlisle.
– Bella… », commença-t-il à s'opposer mais je bougeai déjà.
Je jetai un coup d'œil aux autres invités pour savoir si quelqu'un avait remarqué l'incident et comment Edward avait fui, mais tout le monde semblait concentré sur leur conversation et la danse. Je réprimai un soupir de soulagement – provoquer une scène lors du mariage d'Esmée aurait été un peu trop.
Je suis presque tombée sur Alice en sortant du grand salon et dans le couloir. Elle me lança un regard sympathique. « A l'étage, murmura-t-elle.
– Merci », murmurai-je en retour.
J'ai trouvé Edward dans le couloir du troisième étage. Il se tenait près d'une des grandes fenêtres donnant sur le jardin. La lumière des lanternes de glace sur le sol se reflétait dans ses yeux de caramel au beurre alors qu'il fixait l'extérieur.
Je l'ai approché d'un pas calme en ne sachant pas quoi dire. Je ne voulais pas vraiment avoir cette conversation ici et maintenant mais je savais que je devais dire quelque chose. Enroulant mes bras autour de moi, je m'arrêtai à quelques pas de lui.
« Edward » Son nom sortit comme un soupir. C'était un soupir fatigué, presque résigné comme si l'air dans mes poumons savait à quel point la conversation à venir serait difficile.
Il ne fit rien pour m'indiquer qu'il m'avait entendue mais cela ne m'empêcha pas de continuer.
« Avais-tu besoin de fuir comme ça ? » demandai-je en baisant presque la voix. Je savais que tous les vampires de la maison pouvaient entendre notre conversation s'ils le voulaient mais je ne pouvais qu'espérer qu'ils étaient trop concentrés sur la fête et le plaisir ; qu'ils ne feraient pas attention à nous.
« Qu'attendais-tu de moi ? répondit Edward en parlant aussi doucement.
– Je ne sais pas – peut-être d'accepter la situation telle qu'elle est. C'est comme ça que tout le monde fait dans cette affaire » J'ai essayé de maintenir au loin l'hostilité dans ma voix mais je n'y parvins pas. J'étais énervée qu'il refuse toujours de me regarder. « Penses-tu que ton comportement rend cette situation plus facile ?
– J'ai le droit de ressentir ce que je ressens.
– Et j'ai le droit de prendre mes propres décisions malgré tes sentiments, rétorquai-je. Tout comme tu sembles avoir pris le droit de prendre tes propres décisions il y a huit ans – malgré mes sentiments »
Il se moqua. « Alors c'est de ça dont il s'agit ? Tu me renvoies l'ascenseur ? demanda-t-il. Très original »
J'ai roulé des yeux. « Bien sûr que non. Si tu crois honnêtement que je suis aussi superficielle, tu ne m'as jamais connue du tout » Je m'arrêtai. « Ou peut-être que c'est moi qui ne t'ai jamais connu »
Edward continuait de regarder la nuit. Je me tournai pour partir ; j'avais dit ce que j'avais voulu dire. Je ne pouvais pas l'empêcher de m'ignorer pour le reste de sa vie s'il le choisissait. Pour avoir une conversation décente, il fallait être deux personnes disposées à parler.
« Je ne veux pas me battre avec toi, dis-je par-dessus mon épaule. Et je veux juste que tu saches que c'est à toi de voir combien de temps tu laisseras cette situation perdurer »
Cela l'a finalement fait me regarder. « A moi ? » demanda-t-il. Même si sa voix était basse, je pouvais entendre à quel point il était en colère.
Je me retournai pour le regarder. « Je sais que ce n'est pas facile pour toi. Je le comprends, vraiment. Ce n'est pas facile pour moi non plus. Mais tu es celui qui n'est pas capable d'accepter les faits, dis-je doucement.
– Les faits ? » Il parlait toujours tranquillement en chuchotant presque, mais je pouvais voir qu'il était tenté d'élever la voix. « Ce n'est pas moi qui jette ma vie – et qui le choisi ! »
Il donnait l'impression que je faisais ça pour le plaisir – que j'avais choisi de devenir un vampire sans prendre en compte les conséquences. Avait-il oublié ce qui lui arriverait ainsi qu'à sa famille si les Volturi arrivaient et découvraient que j'étais encore humaine ?
« J'ai mes raisons de faire ce que je m'apprête à faire. Tu le sais parfaitement »
Le sourire d'Edward fut froid. « Oui. Je connais très bien tes raisons.
– Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? »
Il parut grincer des dents, ravalant apparemment les mots qu'il ne devrait pas dire. Fermant momentanément les yeux, il se pinça l'arête du nez comme pour reprendre patience. « Oublie ça. Ce n'est pas le moment ni l'endroit pour avoir cette conversation
– Ne pense pas que tu pourras l'éviter pour toujours.
– Je n'évite rien, nia-t-il. Je ne veux simplement pas attirer l'attention et faire une scène au mariage d'Esmée. Le mariage d'Esmée et Miguel n'est pas le lieu pour régler nos différends.
– Très bien, consentis-je doucement. Mais un de ces jours, je vais te faire t'asseoir pour que nous puissions en parler. Je me fiche du temps que cela prendra »
Ses yeux dorés se refroidirent. « Eh bien, dans le pire des cas, nous aurons tous les deux l'éternité pour ça »
Après ses mots, il passa devant moi et se dirigea vers les escaliers en me laissant debout dans le silence.
Je savais que je ne devrais pas me sentir offusquée, mais ce fut le cas. Je pris quelques respirations profondes pour calmer mon cœur tonitruant. Il me fallut un certain temps pour réaliser que mes mains tremblaient – apparemment j'avais été plus furieuse que je ne le pensais.
Je ne suis pas retournée tout de suite en bas – je ne pouvais tout simplement pas. L'indignation avait fait rougir mes joues et je pris quelques instants pour me calmer.
Après quelques minutes, je suis retournée en bas avec une nonchalance forcée. Certains des invités dansaient toujours dans le salon tandis que d'autres s'étaient déplacés dans le couloir et à l'extérieur pour parler et se mélanger. La plupart des vampires s'étaient déjà habitués à la présence d'une humaine et ne me donnèrent pas un second regard alors que je marchais sans but dans le couloir. Le mariage ne semblait pas manquer d'animation – je vis que Zafrina semblait avoir rassemblé un public assez enthousiaste. Plusieurs vampires, dont les sœurs Denali, s'étaient rassemblés autour d'elle. La lueur dans leurs yeux était légèrement floue et confuse – cela me rappela le don particulier de Zafrina et comment il n'avait pas fonctionné sur moi. Cependant mes pensées ne s'attardèrent pas longtemps sur cette question car le souvenir des yeux froids d'Edward me remplit à nouveau l'esprit.
Pour la première fois cette nuit-là, je me suis sentie légèrement angoissée ce qui me fit remettre en question ma décision de revenir en bas.
Eh bien, qu'était un mariage sans un peu de drame, me suis-je dit d'un air sombre. Cependant je devais admettre que j'aurais pu très bien m'en passer.
Je percutai presque Carlisle qui venait alors du salon. Je jetai un coup d'œil à son visage et sus qu'il avait entendu la conversation entre Edward et moi, qu'il ait voulu l'entendre ou non. Je ne pouvais que me demander combien d'invités avaient prêté attention à notre petite dispute.
« Est-ce que tout va bien ? » demanda-t-il doucement.
J'ai hoché silencieusement la tête, mais à part ça je ne pris pas la peine de faire semblant – il pouvait voir à travers moi de toute façon. Je jetai un coup d'œil aux autres invités qui parcouraient la maison. Le bruit et l'agitation de la fête assaillirent soudainement mes sens et je me suis retrouvée à vouloir la paix et la tranquillité.
« Où est-il allé ? » demandai-je doucement en sachant que Carlisle savait de qui je parlais.
Il poussa un petit soupir. « Edward est allé se promener. Je suis certain qu'il reviendra bientôt »
Je relâchai un soupir en ne sachant si je devais en être soulagée ou non. C'était peut-être bien qu'il soit parti pour se calmer.
« Est-ce que quelqu'un a entendu notre conversation ? » demandai-je en espérant que notre dispute n'avait gâché la soirée de personne. Je me souvenais de ma courte session d'informations sur les vampires quelques semaines auparavant et de la façon dont Alice m'avait expliquée que les vampires avaient appris de temps à autre à couper certains sons et voix quand ils le désiraient. Je ne pouvais qu'espérer que ce fut le cas cette fois.
Carlisle m'assura que la plupart des invités étaient concentrés sur la célébration. Hochant la tête, je restai silencieuse un moment. Je pouvais le sentir surveiller mon visage mais j'évitai ses yeux aimables car je ne voulais pas qu'il sache à quel point j'étais bouleversée.
Durant le reste de la nuit, j'ai essayé de me comporter aussi normalement que possible. Forcer un quelconque sourire sur mon visage s'avéra plus difficile que je ne le pensais, et je ne pouvais qu'espérer que quiconque, en particulier Esmée ou Miguel, n'ait remarqué que mon humeur festive avait disparu comme une goutte de pluie dans du sable. Lorsqu'Edward revint finalement de sa promenade, son expression fut sombre et gardée, il ne fit aucune attention à moi, presque comme si je n'existais même pas.
J'ai essayé d'ignorer la brûlure de frustration en moi, mais je n'y parvins pas. La nuit avait été si merveilleuse jusqu'à maintenant – pourquoi devait-elle se terminer ainsi ? Je savais que mes retrouvailles avec Edward ne se passeraient probablement pas très bien, mais je ne m'attendais pas à me disputer tout de suite avec lui.
Alors que la nuit approchait du matin, Carlisle proposa de me ramener à la maison. Peut-être avait-il vu que j'étais épuisée ou peut-être avait-il remarqué à quel point la conversation avec Edward m'avait affectée. Quoi qu'il en soit, je devais admettre que du repos me ferait du bien après une nuit blanche.
Nous sommes partis peu de temps après avoir dit au revoir à Esmée et Miguel. Le silence tranquille dans la voiture de Carlisle paraissait presque surréaliste par rapport à l'agitation de la maison.
« Es-tu certain que cela ne te dérange pas de partir au milieu de la célébration ? demandai-je à Carlisle après un moment de conduite silencieuse. Ce doit être une rare occasion. Je suis sûre que tu ne vois pas très souvent tes vieux amis.
– Ne t'en fais pas, répondit-il. La plupart des invités ne partiront pas avant demain. Et les Denali ont décidé de rester quelques jours pour passer du temps ici. Ils ne sont pas venus souvent à Ithaca.
– Et Esmée et Miguel ?
– Ils ne partiront pas pour leur lune de miel avant la semaine prochaine »
J'ai hoché la tête, soulagée qu'il aurait la chance de retrouver ses anciennes connaissances plus tard. Perdue dans mes pensées, je glissai la main sous le col de mon manteau et ôtai soigneusement le magnifique corsage sur l'épaule de ma robe. Je commençai à jouer avec de mes doigts, et pour la millième fois cette nuit-là, mes pensées retournèrent à cette conversation avec Edward.
Même dans l'obscurité de la voiture, je pouvais voir que Carlisle cherchait attentivement mon visage. Comme toujours, il sentit mon trouble.
« Écoute, commença-t-il doucement. Je suis sûr que tu ne t'attendais pas à ce que la nuit prenne ce genre de tournure. Peut-être qu'Edward non plus »
Je soupirai. « Je n'aurais pas dû le poursuivre quand il est parti. Je savais qu'il était trop contrarié pour parler.
– Tu n'as rien fait de mal.
– Je n'en sais rien, murmurai-je. Peut-être que je ne devrais pas être dérangée de toute façon par son attitude. En ce qui concerne la décision que j'ai prise de devenir vampire, je ne m'attendais pas exactement à une réaction positive de sa part. Mais j'imagine que je souhaitais juste qu'il comprenne la position dans laquelle je me trouve » Je m'arrêtai. « Ne comprend-il pas à quel point cela est difficile pour moi, même sans ses crises de colère ? Il doit savoir que je n'ai pas pris cette décision à la légère. Qu'est-ce qu'il espère accomplir en étant si difficile à ce sujet ? »
Carlisle resta silencieux pendant un moment. « Je sais que cela ne semble pas être le cas mais je crois qu'Edward comprend la position dans laquelle tu te trouves, dit-il doucement en détournant les yeux de la route. C'est pourquoi il réagit si fortement à la situation. Il regrette que tu ais à prendre ce genre de décision pour te protéger – et nous aussi. Je le sais parce que je partage ce même sentiment avec lui. Tu sais que moi aussi j'espère que tu n'aurais pas à renoncer à ta vie humaine. Je le souhaite plus que tout.
– Mais tu respectes toujours ma décision, lui dis-je doucement. Et tu ne me fais certainement pas sentir mal ou coupable »
Carlisle soutint mon regard. « Bien sûr que non. Je vois à quel point cela te pèse. Je vois comment tu pleures toutes ces choses que tu vas perdre. Pourquoi devrais-je en ajouter à ce fardeau ? »
Peut-être était-ce la sincérité dans sa voix ou la déception et frustration que je ressentais à propos du comportement d'Edward, ou peut-être parce que je n'avais pas dormi de la nuit et que j'étais épuisée mais je dus soudain ravaler mes larmes.
« Je sais qu'au fond Edward veut mon bien, dis-je doucement lorsque je pus faire de nouveau confiance à ma voix. Mais je suis tellement fatiguée de devoir m'expliquer avec lui. Je suis fatiguée de devoir me défendre et défendre mes décisions à maintes reprises.
– Si tu veux, je peux lui parler », suggéra Carlisle de sa voix douce mais ferme.
Je secouai vigoureusement la tête. « Non. Il serait juste en colère après toi.
– Mais il doit savoir à quel point cela te trouble.
– C'est entre lui et moi – je ne veux pas que tu te mêles de ça. Tu ne devrais pas avoir à mettre en danger ton amitié avec lui.
– Edward et moi avons eu nos différents au fil des décennies », persuada Carlisle. Il retira sa main du volant et la plaça sur mon épaule quelques instants. « Et quoi qu'il arrive, nous avons toujours été en mesure de régler ces différents.
– Je le crois. Et j'apprécie ton offre mais j'ai vraiment l'impression que c'est une chose que lui et moi devrions régler par nous-mêmes »
Carlisle sembla accepter ma réponse mais durant le reste du trajet, je le vis lancer des regards inquiets dans ma direction. Je fermai les yeux et penchai ma tête contre l'appui-tête, soudainement épuisée. Heureusement c'était dimanche, ce qui signifiait que je n'avais pas à aller travailler aujourd'hui.
Quand nous arrivâmes chez moi, Carlisle me raccompagna à l'intérieur. Je haussai les épaules et retirai mes chaussures en posant soigneusement le corsage sur la table basse du salon. Je le garderais en souvenir.
Carlisle me regardait toujours avec inquiétude. « Essaie de ne pas te soucier d'Edward, dit-il doucement. Je suis certain qu'avec le temps, il acceptera ta décision.
– J'espère » Je laissai échapper un profond soupir tout en fixant le corsage sur la table. « Je sais que je ne devrais pas être troublée par ce qu'il dit, murmurai-je, mais j'imagine que j'ai l'impression que peu importe ce que je fais ou choisis dans cette situation, ce sera toujours la mauvaise. Que je reste humaine ou que je devienne vampire, la vérité est que je vais juste finir par blesser quelqu'un de toute façon. C'est inévitable » Je levai les yeux dans ceux de Carlisle en ayant soudain envie de quelque chose. Peut-être être rassurée. Peut-être avoir des réponses. « Et je me demande juste… qui suis-je pour décider qui blesser ? Qu'est-ce qui me donne ce droit ? »
Carlisle se rapprocha à pas mesurés. Il semblait qu'il essayait très fort de trouver une réponse à m'apporter.
« Peut-être n'est-ce pas du tout un droit, proposa-t-il finalement. Peut-être que c'est plutôt une responsabilité à la place. Et tu la portes malgré le fait que tu souffres également des conséquences. Tu as beaucoup de respect envers les sentiments des autres, mais tu as tendance à ignorer les tiens. C'est très noble, dit-il doucement, mais souviens-toi que tout le monde doit être responsable de ses propres sentiments, Bella. Chacun a à porter son propre fardeau. Et de mon point de vue, ton fardeau pourrait bien être le plus lourd à porter. Mais tu ne pourras pas le porter si tu t'épuises à trop te soucier des autres. Ta douleur compte autant que celle des autres.
– Même si c'est moi qui cause cette douleur en faisant le choix que je vais faire ? demandai-je. Je sais que je ressemble à une martyr ainsi. Peut-être en suis-je une. Mais j'ai juste… » Je fermai les yeux en inspirant profondément. « J'ai traversé cela mille fois dans ma tête, et je ne vois tout simplement pas d'autre moyen de contourner le problème. Les Volturi ne laisseront aucun de nous tranquilles à moins que je ne devienne un vampire » Je m'arrêtai. « Sachant cela, s'en tenir à ma décision devrait être facile »
Carlisle secoua la tête. « Je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas facile et ne devrait pas l'être »
Je lâchai un autre soupir en fouillant ses yeux. « Penses-tu que je fais la bonne chose ? »
Il me regarda silencieusement pendant un moment. « Bella, dit-il très doucement. Tu sais que je ne peux pas répondre à ça pour toi.
– Alors réponds à ça » Je soutins presque désespérément son regard. Je ne savais pas si ma récente confrontation avec Edward m'avait rendue si incertaine ou si ces doutes et questions s'étaient déjà infiltrés en moi au cours de toutes ces semaines. Peut-être était-ce les deux. Mais soudain, j'eus besoin de savoir. « Si tu étais à ma place, que ferais-tu ? »
Carlisle resta silencieux pendant longtemps en ne rompant jamais notre contact visuel. Peut-être y a-t-il vu mon incertitude et combien cela me faisait vaciller. A quel point, j'avais besoin d'être rassurée. J'ai soudain réalisé que je ne m'étais jamais sentie aussi vulnérable, aussi exposée en sa compagnie. En compagnie de n'importe qui d'ailleurs. Ses yeux me dénudèrent mais cela ne me fit pas me sentir faible. En réalité, l'apaisement dans ses yeux sembla me donner des forces.
Je savais que lorsqu'il finirait par parler, il n'essaierait pas de me plaire ou de me rassurer à tout prix. Je savais qu'il serait honnête – qu'il se serait vraiment mis à ma place.
Après avoir pris une inspiration lente et profonde, il finit par parler. « Je ferais comme ce que tu es sur le point de faire, admit-il. Je ne dirais pas cela si je savais qu'il existerait une chance que tu changes d'avis. Ou si je pensais qu'il y avait un moyen plus facile de résoudre cela. Je sais que tu as pesé toutes les possibilités très attentivement et que tu ne te précipites pas. Et je sais que tu as conscience des conséquences du choix que tu fais. Sinon, je n'aurais même pas envisagé de le suggérer – et encore moins promis de te transformer »
J'ai hoché lentement la tête. C'était un soulagement de savoir qu'au moins une personne faisait confiance en mon jugement, même si je ne lui faisais pas moi-même confiance. « Je ne sais pas pourquoi je ne peux soudainement plus tolérer l'incertitude, murmurai-je. Je ne suis généralement pas comme ça.
– C'est très compréhensible, assura Carlisle. Tu n'as jamais été dans cette situation particulière auparavant.
– Excepté que ce fut le cas une fois.
– Les circonstances étaient fort différentes à Forks, dit-il doucement en exprimant son désaccord. A l'époque, la vie de personne n'était menacée »
Je devais admettre qu'il avait raison. Apparemment mon visage était devenu très grave parce qu'il allégea son ton.
« Garde à l'esprit ce que je t'ai dit il y a quelques semaines. Prends un jour à la fois, me rappela-t-il. Ou mieux encore, un moment à la fois »
J'eus un rire doux et légèrement douloureux. « Je vais le faire »
Un sourire plein de sympathie se dessina sur les lèvres de Carlisle. Puis il jeta un coup d'œil à l'horloge accrochée au mur. Je fus surprise de voir qu'il était si tard – ou si tôt plutôt.
« Je devrais prendre congé, proposa-t-il. Tu dois être fatiguée »
J'ai haussé les épaules. « Un peu. Merci de m'avoir ramenée à la maison. Et… pour tout le reste »
Il sourit. « Pas besoin de me remercier Bella. J'espère que tu as apprécié la nuit, peu importe ce qui a pu se passer avec Edward.
– Ce fut le cas, assurai-je en toute honnêteté. J'ai passé un moment merveilleux »
Un petit sourire se fit sur les lèvres de Carlisle. Une curieuse expression apparut alors sur son visage, et il se déplaça de là où il se tenait comme s'il hésitait. Puis il traversa la courte distance entre nous en posant sa main sur mon épaule. Je pensais qu'il s'apprêtait à dire quelques encouragements, comme de ne pas m'inquiéter de quoi que ce soit.
Mais au lieu de ça, il se pencha pour appuyer un doux baiser sur ma joue.
« Dors bien », dit-il doucement, puis se recula.
J'ai cligné des yeux comme si j'émergeais sous un soleil éclatant. Cette lumière du soleil qui était si chaude et qui donnait envie de s'y baigner.
Je l'ai regardé fixement alors qu'il se dirigeait vers la porte et qu'il me donnait un autre regard avant de l'ouvrir et de sortir. Je ne pus dire s'il souriait ou non – mes yeux étaient fixés sur les siens.
Je suis restée là longtemps après son départ. Toujours aveuglée par la lumière du soleil même si la nuit était la plus sombre. Toujours baignant dans sa chaleur alors même que l'hiver était le plus froid.
Notes de l'auteur : La phrase « A Forks, j'avais été une intruse importune dans la vie secrète de sa famille » est empruntée au livre New Moon. Je l'ai légèrement modifié pour l'adapter à l'histoire. Plus tard dans le chapitre, j'ai intentionnellement imité la scène de mariage dans Breaking Dawn lorsqu'Edward présente les sœurs Denali à Bella. Les phrases de Tanya et Kate « Encore un autre mariage derrière nous. Peut-être que ce sera notre tour la prochaine fois, hein Kate ? » et « Tu peux rêver » sont des citations directes de Breaking Dawn.
NDT : au prochain chapitre on saura enfin ce qu'Edward avait derrière la tête au sujet de la situation et pourquoi il a fallu l'intervention de Carlisle. Comment avez-vous trouvé les retrouvailles entre les différents membres de la famille Cullen et tous ces autres vampires ? Avez-vous trouvé cela trop bref ? Et cette dispute entre Bella et Edward ? A jeudi pour le chapitre suivant ;)
