Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Réponse aux reviews :

Mia : salut et merci de ton commentaire ;) - oui il y aura une conversation entre Rosalie et Bella mais ce ne sera pas pour tout de suite, faudra être patiente. Bon jeudi à toi.

Lia : bonjour à toi, tu es l'une de mes plus fidèles revieweuses et cela me fait toujours plaisir de lire tes avis :) - oui c'est vrai que Bella et Edward campent tous les deux sur leur position et n'en démordent pas. Bella devra s'armer de patience devant l'attitude d'Edward. Comme tu t'en doutes, il aura du mal à accepter l'idée qu'elle soit transformer et on peut le comprendre en sachant qu'il est parti huit ans plus tôt pour cette raison. Heureusement, elle peut compter sur le soutien de Carlisle. En ce qui concerne tous ces vampires qui sont restent "civilisés" comme tu dis, c'est une vision de l'auteur même si je pense pour ma part qu'en toute logique, Bella n'aurait pas pu assister à ce mariage entourée de tous ces vampires non végétarien... mais bon, ça permet d'introduire les discussions sur le don latent de Bella. Bonne fin de semaine à toi et au plaisir de te revoir dans les commentaires XD !


« La sécurité est surtout une superstition.

Elle n'existe pas dans la nature, et les enfants des hommes dans leur ensemble n'en font pas l'expérience.

A la longue, il n'est pas plus sûr d'éviter le danger que de s'y exposer.

La vie est une aventure audacieuse ou elle n'est rien »

- Helen Keller -


De l'eau sur du verre

Quand je me suis réveillée ce dimanche après quelques heures de sommeil ininterrompu, je n'eus au début aucune idée de l'heure qu'il était et encore moins de l'endroit où je me tenais. Un filet de lumière du jour coulait à travers les rideaux fermés en me faisant plisser les yeux contre la luminosité et me poussant finalement à me relever en position assise.

J'ai réalisé que j'étais dans mon salon toujours entièrement habillée et me sentant presque aussi fatiguée que quelques heures plus tôt. Lissant les plis sur ma robe, je passai une main dans me cheveux ondulés et légèrement désordonnés et attendis que cette somnolence passe. Je me souvenais vaguement m'être recroquevillée sur le canapé après le départ de Carlisle – j'avait été tout simplement trop fatiguée pour me déshabiller sans même parler de me traîner jusqu'à ma chambre.

Ce fut un souvenir qui me ramena ma vigilance et chassa les restes de ma somnolence. Un souvenir de mots doux et chuchotés ainsi que de lèvres fraîches pressées contre ma joue. Dors bien. Les mots ténus de Carlisle semblaient persister dans la pièce. J'ai levé mes doigts vers ma joue ; il y avait comme un écho de son toucher sur ma peau.

Cet écho parut se transformer en une douleur creuse sans nom dont je ne pouvais en comprendre le sens. Aussi difficile que cela puisse être d'expliquer ce sentiment, il était toujours familier. La nuit dernière, je me rappelai ce moment où la danse entre Carlisle et moi s'était terminée quand ma main avait glissé de sa prise et que j'avais eu instantanément froid.

Je me levai et me dirigeai vers la fenêtre, puis j'écartai les rideaux pour laisser entrer la lumière du jour gris. J'imagine que c'était probablement l'après-midi. L'épaisse couverture de nuage avait fait son retour en emportant inévitablement l'air vif et froid ainsi que la nuit illuminée par le clair de lune. Je savais que le souvenir du mariage d'Esmée et Miguel resterait avec moi pour le reste de ma vie. La nuit avait été merveilleuse malgré le fait qu'elle avait pris une tournure malheureuse quand Edward et moi avions dérivé dans une dispute animée. Je regrettais toujours ce qui s'était passé mais là encore, j'avais eu le sentiment que nous devions finir par nous heurter. Et quelque chose me disait que ce ne serait pas la dernière fois – je suppose que je devais juste me préparer à des conflits répétitifs avec lui.

Même si j'étais fatiguée d'être restée debout toute la nuit, je résistai à l'envie de me rendormir car je ne voulais pas perturber complètement mon rythme de sommeil. Alors que je me douchais et me préparais un petit déjeuner rapide, je me demandai paresseusement ce qui se passait à Ithaca. Peut-être que la célébration de mariage battait son plein. J'imagine que c'était l'un des avantages à être un vampire – leurs pieds ne devaient pas être endoloris après avoir dansé toute la nuit.

Je finissais mon café quand mes yeux se posèrent sur le corsage que j'avais laissé sur la table du salon après être rentrée tôt ce matin. Je me levai d'où j'étais assise et pris le corsage dans ma main pour en étudier les petites roses bleues d'hiver de mon regard. Je me suis souvenue de la façon dont Carlisle avait gentiment proposé de l'attacher à la bretelle de ma robe la nuit dernière. Son geste avait été doux, amical. Carlisle avait toujours eu des manières courtoises et respectueuses. La considération envers les autres était une partie indissociable de sa nature. Mais qu'en est-il du baiser qu'il m'avait donné sur la joue avant son départ ? Était-ce juste amical ? Devais-je le voir autrement ? Il avait également embrassé la joue de Rosalie – et celle d'Esmée. Peut-être était-ce juste un geste de familiarité.

A cette pensée, la douleur indéfinissable et creuse en moi prit une autre forme. Elle est devenue plus claire, plus nette. Peut-être aurais-je dû préférer ce sentiment à la nostalgie sans nom que je ressentais parfois – après tout, c'était en quelque sorte plus facile de gérer une douleur nue et honnête.

On frappa soudainement à la porte. Mon cœur se mit à battre d'une manière irrégulière, et après un moment d'hésitation, je suis allée à la porte et l'ai ouverte.

C'était Alice. Pour une quelconque raison, il y avait sur son visage une expression légèrement désapprobatrice alors que je m'écartais pour la laisser entrer.

« Tu sais que tu ne devrais pas ouvrir la porte sans d'abord t'assurer de qui est derrière, me réprimanda-t-elle.

– Eh bien, habituellement non, répondis-je. Mais d'un autre côté, je ne m'attends pas vraiment à ce que les Volturi frappent poliment avant d'arriver pour m'exécuter »

Elle roula des yeux tout en enlevant l'écharpe en cachemire qui avait l'air chère autour de son cou. « Je ne pensais pas aux Volturi. Les vampires ne sont pas les seuls capables de choses terribles. As-tu entendu parler des voleurs ? Des cambrioleurs ?

– Si un jour je suis sur le point d'être volée dans ma propre maison, je suis certaine que tu le verrais à l'avance, lui indiquai-je à moitié confiante et à moitié amusée. Dans ce cas, tu m'appelleras et je garderai la porte bien fermée.

– Petite futée », murmura-t-elle dans un souffle. Puis elle se dirigea vers la porte menant à ma chambre en commençant à étudier la robe que j'avais portée au mariage la nuit dernière je l'avais accroché à la porte après l'avoir repassé. Alice tendit la main pour caresser le tissu magnifiquement fluide tout en me jetant un sourire heureux. Apparemment, elle était satisfaite de mes efforts – je savais qu'elle prenait personnellement comme un affront les vêtements froissés.

Je lui ai demandé ce qui se passait à Ithaca et si la célébration du mariage se passait toujours bien. Elle me dit alors que la plupart des invités passaient encore du temps chez eux mais que certains étaient partis dans la matinée. Il me paraissait un peu drôle que certains d'entre eux aient déjà pris congé après une seule nuit passée à Ithaca – après tout, beaucoup avaient voyagé de très loin. Et ce n'est pas comme s'ils avaient des problèmes comme le temps limité. Mais peut-être existait-il même parmi les vampires des individus qui détestaient les foules et les interactions sociales et préféraient donc passer la plupart du temps seuls.

J'ai également demandé à Alice – aussi désinvolte que possible – si elle avait parlé à Edward. Elle me fit un sourire entendu et plein de sympathie.

« J'ai échangé quelques mots avec lui avant de partir, répondit-elle. Il était un peu laconique. Il semblerait qu'il n'ait pas exactement aimé se disputer avec toi hier soir.

– Crois-moi, je n'ai pas aimé non plus, dis-je sèchement tout en me laissant tomber sur le canapé. Il est temps de tenir ta promesse au fait. Tu étais censée me dire ce qui se passait avec lui – et pourquoi il était si pressé de voir Carlisle hier matin »

Alice se détourna de la robe pour en libérer le doux tissu de ses doigts caressants presque à contrecœur. J'eus soudain le sentiment qu'elle aurait préférée continuer à admirer la robe – ce qui en soit n'était pas une surprise lorsqu'on connaissait Alice. Mais mes paroles avaient de nouveau apporté une expression profondément troublée sur son visage. Ce qui me fit froncer les sourcils.

« D'accord, soupira-t-elle en se dirigeant vers le canapé et s'asseyant à côté de moi. Comme je te l'ai dit hier, Edward allait faire quelque chose de précipitée et soi-disant par frustration. Il s'impatiente face à la situation.

– Qu'allait-il faire ? demandai-je. Je pensais qu'il n'y avait rien à faire. Ou bien, excepté me transformer. Et je suis sûre qu'il n'est pas pressé de se précipiter pour ça.

– Il ne l'est pas » Alice resta silencieuse pendant un moment tout en tendant la main vers un magazine reposant sur la table basse. Au lieu de le lire, elle le roula en forme cylindrique.

« Tu te souviens de cette étrange vision que j'ai eue il y a des mois ? La vision d'une inconnue, une vampire blonde ? » demanda-t-elle.

J'ai froncé les sourcils. Je devais admettre que je l'avais presque oubliée. Depuis que l'implication des Volturi était connue, je n'y avait pas beaucoup réfléchi.

Alice parut savoir ce qui se passait dans ma tête. « Je sais. Elle n'a pas été dans mes préoccupations non plus ces derniers temps. Mais ça me dérange que nous ne sachions toujours pas qui elle est et pourquoi je l'ai vue en premier lieu.

– Qu'est-ce qu'elle a à voir avec Edward ? demandai-je avec confusion. Ou quoi qu'il ait l'intention de faire ?

– Comme attendu, l'identité de cette femme le trouble aussi. Il a commencé à remettre en question notre théorie en se demandant si ce n'est pas plutôt cette vampire inconnue qui t'attaque dans ma vision au lieu d'un membre des Volturi. Et il ne veut évidemment pas que tu sois transformée avant d'en savoir plus sur elle »

J'eus envie de rouler des yeux. « Pourquoi ne suis-je pas surprise ? »

Alice me lança un regard compatissant. « Mais il a raison, admit-elle. Je suis d'accord que nous devrions découvrir l'identité de cette vampire – et pourquoi en premier lieu, j'ai eu une vision d'elle. Elle doit avoir quelque chose à voir avec notre situation parce que sinon je ne continuerais pas à la voir. Mais sache aussi qu'Edward est désespéré – il est peut-être en train de chercher désespérément une issue. Il est beaucoup plus probable que les Volturi soient derrière tout ça compte tenu de ce que lui et Jasper ont découvert de ce nomade avant Noël. Et d'ailleurs même si cette inconnue était derrière tout ça, qu'importe ? Ta vie est toujours menacée. Te transformer à un moment ou un autre pourrait être le seul moyen de te garder en sécurité. Edward doit juste l'accepter et y faire face.

– Qu'est-ce qu'il avait en tête exactement alors ? demandai-je en me demandant toujours ce qu'il avait fait et pourquoi il avait fallu l'intervention de Carlisle pour le raisonner. Aucun de vous ne reconnaît cette vampire dans ta vision, alors qu'est-ce qu'il voulait faire d'elle ?

– Edward voulait la retrouver. Il m'a demandé de lui montrer la vision afin qu'il puisse découvrir s'il pouvait reconnaître le lieu »

Je fronçai les sourcils. « Le pouvait-il ? »

Alice secoua la tête. « Non, et je ne suis pas surprise. Je peux seulement voir que la vampire est entourée de neige et peut-être des montagnes, mais c'est tout ce que je peux dire. La vision est trop floue. Elle peut avoir lieu n'importe où. Puisqu'elle se passe en hiver et qu'il y a de la neige au sol, il est possible que la vision se produise dans pas longtemps. Cependant, connaître un délai a peu d'utilité si nous ne connaissons pas le lieu.

– Comment Edward allait-il la retrouver alors puisque tu n'es pas en mesure de dire où ta vision a eu lieu ? »

Alice haussa les épaules. « Eh bien, il y a deux options. Je pourrais le guider par exemple. Il prévoyait de suivre un cours au hasard et j'étais censée garder un œil sur son avenir pour lui faire savoir même à distance s'il était sur la bonne voie. Je serais en mesure de confirmer presque immédiatement quand il trouvera la bonne direction.

– Je ne sais rien sur la traque d'un vampire, avouai-je. Mais n'est-ce pas un moyen légèrement inefficace d'essayer de trouver quelqu'un ? Choisir une direction aléatoire et juste espérer qu'il finira par tomber sur cette vampire ou son odeur ? Même avec ton don à voir l'avenir, comment verras-tu qu'il se dirige dans la mauvaise direction ?

– Je suis plutôt d'accord. Cependant il y a une chose qui me fait croire qu'Edward pourrait avoir une chance » Une expression pensive apparut sur ses traits. « Tu te souviens de la fois où j'ai eu à la fois la vision de cette femme et simultanément un rapide éclair du visage d'Edward ? C'était juste avant Noël »

J'ai hoché la tête en réalisant que j'avais presque tout oublié de l'incident. « C'est la raison pour laquelle, Jasper est allé le chercher, me souvins-je maintenant. Et c'est ainsi que lui et Edward ont rencontré ce nomade et ont découvert pour les Volturi.

– Exact, acquiesça Alice. J'ai beaucoup pensé à cette vision en particulier. Pourquoi devais-je voir cette femme tout en ayant simultanément une vision d'Edward ? Il doit y avoir une raison.

– Mais tu m'as dit qu'Edward n'était pas dans la même vision, soulignai-je en secouant mes pensées tout en me demandant si je me souvenais bien. Je me souviens que tu disais que c'était presque comme si deux cadres différents avaient été placés l'un sur l'autre.

– Exactement. C'était presque comme si la vision était… je ne sais pas. Incomplète.

– Qu'est-ce qu'on peut en tirer ? demandai-je. Crois-tu que l'avenir d'Edward est en quelque sorte lié à celui de cette vampire ? Que ta vision signifie qu'il pourrait la trouver s'il essayait ?

– Je ne sais. C'est possible. Edward semble le croire. Tout ce que je sais, c'est que ce que j'ai vu est important. Je ne sais pas encore comment. Ni pourquoi »

J'ai réfléchi à ses mots en silence durant un moment. « Alors quel est ton avis honnête ? Penses-tu qu'il devrait essayer de la rechercher ?

– Peut-être » Elle se mordit la lèvre. « Il serait plus que disposé à essayer. Mais hier, Carlisle a réussi à le convaincre de rester sur place pour le moment. Pour l'amour d'Esmée. Elle n'aurait pas été ravie de découvrir qu'il se serait éloigné de lui-même, surtout maintenant qu'elle et Miguel viennent de se marier »

J'ai murmuré mon approbation. Je savais que je n'avais pas mon mot à dire sur les intentions d'Edward et je ne pouvais donc pas l'empêcher de pourchasser cette vampire s'il le voulait. Mais tout cela m'inquiétait. Et s'il décidait d'aller à la recherche de cette vampire, ne serait-ce pas plus sage que quelqu'un l'accompagne puisque nous n'avions toujours aucune idée de qui était cette vampire ainsi que ses intentions.

J'ai commencé à rejouer notre conversation. « Tiens donc, murmurai-je. Tu as dit qu'il existait deux options s'il souhaitait trouver la vampire de tes visions. Quelle est l'autre ?

– C'est une des raisons pour lesquelles Edward voulait voir Carlisle hier, commença à expliquer Alice. Edward lui-même est un bon pisteur mais il n'a pas de don spécial dans ce domaine en particulier. Sa capacité de lire dans les pensées ne l'aide pas vraiment si sa cible est à des milliers de kilomètres » Elle me regarda. « Mais si Edward avait quelqu'un avec lui – quelqu'un qui possédait un don spécial pour la traque – sa tâche serait beaucoup plus facilitée » Elle s'arrêta une seconde. « Je sais que Carlisle t'a déjà parlé des traqueurs – il y avait James par exemple. Et puis, il y a Demetri.

– Il est membre de la garde Volturi, me souvins-je en repensant à cet après-midi que j'avais passé à Ithaca pour en apprendre davantage sur les Volturi.

– Oui, confirma Alice. Il est peut-être le meilleur traqueur du monde. S'il a un jour rencontré sa cible dans le passé, il peut la retrouver peu importe où elle est.

– Comment ? A-t-il un meilleur odorat ? » demandai-je en plaisantant à moitié.

Alice me fit un sourire ironique. « Ce n'est pas tant qu'il suit l'odeur de sa cible. Eléazar m'a dit un jour que cela avait quelque chose à voir avec les pensées et l'esprit de la cible. D'une manière ou d'une autre, Demetri se connecte à eux, ou capture quelque chose dans l'esprit de sa cible, puis tout ce qu'il a à faire est de la suivre.

– C'est glauque.

– Je ne ferais aucun commentaire » Elle soupira en se mordant la lèvre. « De toute façon, il y en a d'autres comme lui. Comme Alistair par exemple.

– Carlisle l'a mentionné une fois en passant » Je me souvins d'une fin de nuit dans le jardin des Cullen avec la lune décroissante dans le ciel. Du bassin à oiseaux gelé sous le chêne. Des flammes dans la cheminée du salon. De cette main froide autour de la mienne, du pouls tonitruant dans mes veines quand Carlisle avait promis de me transformer.

« Alistair est un vieil ami de Carlisle, continua Alice. Si quelqu'un peut l'appeler un ami. C'est une sorte d'ermite tu vois. Il n'aime pas la compagnie. Carlisle ne le voit pas si souvent – peut-être une fois en plusieurs décennies.

– C'est pourquoi Edward voulait voir Carlisle hier », devinai-je.

Alice acquiesça en confirmant mes soupçons. « Il voulait savoir si Carlisle avait un moyen de communiquer avec Alistair. Il pourrait aider Edward à trouver cette vampire inconnue dans mes visions. Il ressent un attrait insaisissable vers quoi que ce soit ou vers ce qu'il cherche. Avec l'aide d'Alistair, trouver cette vampire serait plus facile. Mais Carlisle ne sait pas où il est – il est constamment en mouvement tu vois. Et généralement, il ne veut pas être trouvé et il est doué pour ça.

– Pourquoi Edward n'a-t-il pas demandé ton aide ? demandai-je. Tu ne pourrais pas dire où il est ?

– Il me l'a bien demandé, admit-elle. Et oui, je pourrai peut-être trouver Alistair si je me concentre suffisamment. C'est juste que cela pourrait me prendre plusieurs jours de concentration pour m'accorder sur lui. Mais avec tout le reste et tant de futurs que je dois garder à l'œil… » Elle s'arrêta tout en poussant un soupir las.

« … et tu en as bien déjà assez à faire », finis-je pour elle.

Elle acquiesça. « J'ai promis d'essayer, mais c'est à peu près tout ce que je peux faire. Et pour autant que je sache, cela pourrait être un perte d'énergie. Rechercher Alistair ne peut tout simplement pas être ma première priorité en ce moment. Je ne veux pas risquer de manquer quelque chose d'important juste parce qu'Edward a obstinément décidé de trouver cette femme sans visage ! »

Je ris de son indignation. « Je me demande pourquoi tu ne peux toujours pas distinguer ses traits »

Elle fronça les sourcils. « Quelque chose doit se passer d'abord, murmura-t-elle distraitement. Un évènement ou la décision de quelqu'un est impliqué »

J'étudiai son visage qui était soudainement très sérieux et ridé par l'inquiétude. « C'est peut-être pour ça qu'Edward est si fasciné par cette vampire – parce qu'elle est énigmatique, suggérai-je en plaisantant pour essayer de lui remonter le moral. J'ai entendu dire que certains hommes aiment chasser les femmes mystérieuses. Peut-être qu'il a le béguin pour elle »

Mes propos eurent l'effet escompté – Alice a ri et a souri largement. « Je dois admettre que cela ferait du bien à Edward. Avoir quelque chose d'autre – ou quelqu'un d'autre – à qui penser. Il a été obsédé par toi toute la matinée en se demandant s'il devrait te rendre visite. Mais il se demande si tu es trop furieuse pour le laisser entrer »

Je levai les yeux au ciel et me levai du canapé pour me verser une autre tasse de café. « Il est le bienvenu pour me rendre visite. Une conversation honnête pour nettoyer l'air lourd entre nous, nous ferait du bien à tous les deux » Je pris une gorgée de mon café tout en pensant à ce qui s'était passé entre lui et moi la nuit dernière. « Je me demande ce qu'il lui faut pour comprendre que ma décision de devenir un vampire n'est pas juste un caprice soudain. Que doit-il arriver pour qu'il le comprenne ? Dois-je être au bord de la mort avant qu'il n'accepte mon choix ? »

Une étrange expression apparut sur le visage d'Alice lorsqu'elle entendit mes paroles. Avec un soupir, elle attira ses genoux contre sa poitrine tout en serrant les jambes.

« Quel est le problème ? demandai-je tandis que son expression sombre me confondait. Qu'est-ce qu'il y a ? »

Elle soupira à nouveau. « Quelque chose est arrivé ce matin – quelque chose que je ne t'ai pas encore dit.

– D'accord, soupirai-je en retournant vers le canapé pour me rasseoir. Qu'est-ce qu'il y a ? »

Les yeux dorés d'Alice furent graves alors qu'elle me regardait. Elle hésita un moment. « J'ai encore eu cette même vision de toi – celle où tu es attaquée par quelqu'un.

– D'accord », répétai-je car perplexe à propos de son expression troublée. Elle ne me disait exactement rien de nouveau – elle avait continué d'avoir cette vision tous ces mois. Bien sûr nous étions tous perplexes, peut-être même un peu inquiets du fait que malgré ma décision de devenir vampire, elle n'avait pas changé ou disparu.

« C'est comme lorsque j'ai eu cette vision de toi pour la première fois, poursuivit-elle tout en étant pour une quelconque raison encore troublée par ce qu'elle allait me dire. Je ne cherchais même pas ton avenir à ce moment-là. La vision a juste jailli de nulle part – je ne m'y attendais pas du tout. C'est arrivé juste après que Carlisle et toi avaient quitté le mariage. Seulement cette fois, la vision était… » Elle fronça les sourcils en secouant la tête. « Je ne sais pas, plus claire. Plus nette. Plus précise. C'était comme si quelqu'un avait soudainement amélioré la qualité d'une photo qui était très floue. La différence était significative »

Je devais admettre que cela semblait inquiétant. Une pensée m'ait venu – c'était presque comme si le moment de la vision se rapprochait de plus en plus. Mes poils se dressèrent sur mes bras. Je repoussai ces pensées inquiétantes pour me concentrer de nouveau sur Alice.

« Peux-tu essayer de me décrire la vision ? Aussi clairement que possible ? demandai-je en me souvenant que je lui avais demandé de faire de même à l'automne dernier, des mois auparavant.

– Je ne sais pas comment cela pourrait aider. Même si la vision est plus précise, elle ne dure encore qu'une seconde. Comme si elle n'était qu'un petit morceau d'une grande chaîne d'évènements. Et d'ailleurs, je te l'ai déjà décrite une fois.

– Mais en gros »

Alice hésitait toujours.

« Fais-moi plaisir », demandai-je.

Une petite bouffée d'air quitta ses lèvres. Puis elle ferma les yeux en fronçant les sourcils.

« Il fait sombre, commença-t-elle en semblant un peu frustrée. Je ne sais pas si c'est parce que la vision est si vague ou s'il fait réellement sombre. Je te vois vers le bas – peut-être es-tu à terre, peut-être sur le sol, je ne sais pas. Tu as clairement mal et appelles quelqu'un » Elle fit une pause tandis qu'une lueur d'hésitation passait dans ses yeux. « Tu saignes. Il y a du sang sur ton visage et tes lèvres »

Je fronçai les sourcils. « Tu ne m'en as jamais parlé auparavant »

Elle haussa les épaules. « Qu'est-ce que cela aurait apporté ? Je ne voulais pas t'inquiéter plus que nécessaire »

Je réfléchis à ce qu'elle m'avait dit en essayant de ne pas paniquer. « C'est étrange que tu ne puisses toujours pas voir l'attaquant.

– C'est probablement parce que les Volturi n'ont pas encore décidé qui envoyer. Une fois que se sera fait, je pourrai peut-être dire qui c'est. Pas que ça compte – nous ne laisserons jamais la situation aller aussi loin. Dès que je vois les Volturi se décider, Carlisle te transformera et tu seras en sécurité. Et qu'importe celui qui est dérangé pour venir d'Italie jusqu'ici, il devra admettre que ce fut un voyage inutile »

Je baissai les yeux sur mes mains d'un air maussade. « Tu l'as dit à Carlisle ? demandai-je. Que ta vision de moi est devenue plus claire ?

– Je le lui ai dit en privé juste avant de partir pour ici. Je ne voulais pas qu'Esmée ou Miguel nous entendent »

J'ai hoché la tête en accord. « Ils ne devraient pas avoir à s'inquiéter de cette affaire. Cela devrait être un moment de bonheur pour eux » Un petit soupir quitta ma poitrine. Il y avait quelque chose de sinistre dans le changement de la vision d'Alice, mais à part ça, je devais admettre que la situation n'avait pas beaucoup changé. Rien de dramatique n'était avéré – je le reconnaissais. Et pourtant pourquoi ressentait-on qu'il y avait quelque chose de très différent ? Pourquoi avait-on l'impression que l'ombre qui planait depuis l'automne dernier était maintenant plus sombre, plus imminente ?

Après avoir découvert l'implication des Volturi quelques semaines plus tôt, les Cullen avaient cessé de surveiller chacun de mes mouvements vingt-quatre heures par jour car ils n'avaient plus à faire attention à une attaque aléatoire d'un inconnu. Mais maintenant, Alice me dit que Carlisle voulait recommencer à garder un œil plus attentif sur moi à partir de maintenant. Je savais qu'il faisait confiance à Alice pour voir quand les Volturi prendraient leur décision, et c'est pourquoi sa méfiance réactivée me laissa un peu perplexe.

« Donc le service ininterrompu de sécurité 24h/24h est de retour, déclarai-je.

– Oui, confirma Alice. A partir de ce matin » Le plissement commençant à courber son front, attira mon attention.

« Quoi ? » demandai-je.

Elle secoua la tête. « Rien. C'est juste qu'il y a la possibilité d'un poste de chirurgien à l'hôpital de Buffalo. Depuis que la situation reste calme toutes ces dernières semaines, j'ai essayé de persuader Carlisle de postuler »

Je fronçai les sourcils. « Il ne m'a rien dit »

Alice haussa les épaules. « C'est parce qu'il a été plus ou moins réticent à même le considérer sérieusement. Il a joué avec l'idée à un moment donné, mais c'est tout. Mais après ce qui s'est passé ce matin, il n'y a aucun moyen qu'il le fasse. Il est juste trop inquiet »

Je me mordis la lèvre. « Je me sens mal s'il a l'impression qu'il ne peut travailler à cause de la situation. L'automne dernier, il m'avait dit que les hôpitaux ne disparaîtraient pas du monde et qu'il redeviendrait médecin une fois la situation résolue. Mais peut-être ne s'attendait-il pas à ce que ce gâchis dure aussi longtemps » J'ai soupiré. « Je sais combien il aime être médecin – combien c'est important pour lui.

– Ta sécurité est importante pour lui aussi, fit remarquer Alice.

– Je me demande si je pourrais le faire changer d'avis. Le reste d'entre vous est tout à fait capable de garder un œil sur moi pendant son absence.

– Bien sûr que nous le sommes. Et bien sûr qu'il le sait, déclara-t-elle. Mais il est important pour sa tranquillité d'esprit d'être lui-même présent. Alors ne perds pas ton temps – il ne va pas changer d'avis.

– Il ne devrait pas avoir à se sentir responsable de moi »

Alice secoua la tête et parut pour une quelconque raison presque amusée. « Crois-tu qu'il se sent juste responsable ? »

Je suis restée silencieuse et je ne répondis pas tout en prétendant d'abord que je l'avais interprété comme une question rhétorique. Mais Alice me regardait obstinément, ses sourcils noirs relevés.

« Je ne vois pas ce que tu veux dire, dis-je finalement en essayant d'ignorer que mon cœur commençait à battre d'un rythme étrange.

– Vraiment ? » demanda-t-elle incrédule. J'étais mal à l'aise sous son regard. « Eh bien, si tu ne sais vraiment pas de quoi je parle, je ne peux pas t'aider. Toi seul le peux »

Après cela, elle se leva du canapé après m'avoir tapoté doucement le bras.

Ses mots persistèrent durant le reste de la journée. J'ai essayé de les repousser en souhaitant me pencher sur eux lorsque ma tête ne regorgerait pas de milliers d'autres pensées déroutantes. Je me suis couchée tôt ce soir-là, mais mon sommeil fut agité et rempli de rêves anxieux ; il y avait un regard rouge vif suivant chacun de mes mouvements et ce peu importe où je courais, je ne pouvais échapper à ces yeux impitoyables. Quand je me suis réveillée, les draps étaient emmêlés autour de moi et il me fallut une minute pour m'en libérer.

Lundi se passa dans une effervescence de travail. Deux nuits consécutives où je dormis mal firent des ravages, et j'étais épuisée quand je suis finalement rentrée tard dans l'après-midi. Ce n'est qu'alors que je réalisai que je n'avais vu aucun des Cullen de la journée. Je savais qu'ils en profitaient probablement pour passer du temps avec leurs vieilles connaissances – c'était une rare occasion où tant de vampires étaient rassemblés en un seul endroit. Mais à cause du changement dans la vision d'Alice, je savais qu'il y avait quelqu'un qui me surveillait constamment, même maintenant. Plus tôt dans la journée, je n'avais pas eu le temps de penser à qui c'était. Mais alors que je regardai à l'extérieur par la fenêtre de la cuisine cette sombre soirée, j'ai essayé de deviner quel Cullen était celui qui veillait sur moi en ce moment. Ce n'était pas Carlisle – je le savais parce qu'il serait entré. Pareil pour Alice. J'étais tellement familière avec Jasper maintenant que j'avais du mal à croire qu'il ne passerait pas au moins pour me faire un petit bonjour rapide. Je ne savais pour Rosalie et Emmett – ils n'avaient pas dit combien de temps ils restaient à Ithaca au cours du weekend. Il était possible qu'ils soient déjà partis.

Presque comme pour répondre à ma pensée silencieuse, on frappa doucement à la porte. Me détournant de la fenêtre, je traversai le salon jusqu'à la porte et plaçai mon thé à moitié consommé sur la table basse. Me souvenant des reproches d'Alice, cette fois je jetai un coup d'œil dehors avant de déverrouiller la porte.

Je clignai des yeux de surprise, momentanément ébranlée par ce que je vis. Ma main se figea sur la poignée de la porte mais je me repris rapidement pour déverrouiller et ouvris la porte avec une légère hésitation.

Les couleurs du crépuscule rendirent les cheveux de bronze d'Edward plus sombres. Ses yeux n'étaient pas de cette habituelle nuance dorée, mais à la place, ils étaient d'une riche nuance de miel. C'était peut-être l'éclairage. C'était peut-être parce qu'il n'avait pas chassé depuis un moment. Ou peut-être était-ce la réserve avec laquelle il me considérait alors qu'il se tenait là à ma porte.

C'était presque comme s'il se demandait si c'était bien pour lui d'être là – comme s'il se demandait si cela avait été une sage décision de venir.

Je le considérai avec la même réserve. « Eh bien. C'est une surprise »

Si mes paroles brèves l'offensèrent, il ne le laissa pas transparaître. Au moins, il semblait s'être attendu à mon accueil pas vraiment empressé. Il regarda le sol blanc à ses pieds avant de lever à nouveau son regard. « Je suis désolé de te déranger dans ta soirée »

Je dus me rappeler que c'est ce que j'espérais depuis notre dispute au mariage deux jours plus tôt – d'avoir la chance de purifier l'air entre nous et d'avoir une conversation à la fois calme et appropriée l'un avec l'autre.

« Tu ne me dérange pas, l'assurai-je en m'adoucissant légèrement. Veux-tu entrer ? »

Une drôle de sensation m'envahit alors. C'était si étrange de l'inviter par la porte d'entrée. Combien de fois s'était-il glissé de ma fenêtre la nuit ou était monté dans ma chambre pour me voler un baiser ? Combien de fois avait-il disparu sans bruit dans l'obscurité lorsque Charlie avait jeté un coup d'œil dans ma chambre pour s'assurer que je dormais ?

Edward pensait à la même chose – je l'ai vu dans ses yeux. Un sourire triste apparut sur ses lèvres, et il fit un pas à l'intérieur puis un autre, et quand je fermai la porte derrière lui et me tournai pour le regarder, la réalité sembla remplir la pièce ; nous n'étions plus ces deux personnes, celles qui étaient tombées si profondément et si vite l'une pour l'autre. Nous n'étions plus les mêmes Edward et Bella.

Et pourtant d'une certaine manière, nous l'étions toujours.

Je regardai Edward et vis que le garçon qui avait secrètement utilisé l'arbre à côté de ma fenêtre pour y grimper était toujours là, derrière cet air grave et d'ombres qu'il semblait porter avec lui. Une partie de moi voulait que ce garçon revienne, voulait le voir sortir de l'ombre que les années lui avaient apporté, mais une autre partie acceptait le fait que c'était impossible. Les années avaient changé son esprit de façon irréversible comme elles l'avaient fait avec moi.

Sentant mon examen minutieux et se sentant peut-être mal à l'aise sous celui-ci, Edward détourna les yeux de moi. Il jeta un coup d'œil à son environnement tandis qu'une étincelle de curiosité illuminait ses yeux. Elle était sincère, cette curiosité. Ses yeux parurent dévorer la petite maison qui était mon chez-moi, presque comme si voir chaque petit détail lui plaisait énormément.

« Alors, dis-je en brisant le silence. Est-ce à ton tour de veiller sur moi ce soir ? »

Un demi-sourire se dirigea vers ses lèvres. « Pas au début. J'ai changé avec Jasper »

Cela m'a surprise. « Pourquoi ? »

Edward ne répondit pas. Il continuait de regarder autour de lui, presque comme s'il ne pouvait en avoir assez de ce qu'il avait vu. « Combien de temps as-tu vécu ici ? demanda-t-il doucement en ignorant ma question précédente.

– Pendant quelques années, répondis-je. J'ai vécu la majorité de mon temps à Buffalo de toute façon » Je commençai à me diriger vers le salon en ramassant ma tasse de thé à moitié fini.

Edward me suivit à pas lents. Pendant un moment, il fut complètement silencieux tandis que ses yeux étudiaient les murs et meubles de ma cuisine ainsi que de mon salon combinés. Il y avait une étrange satisfaction dans son regard que je ne pouvais expliquer. Je l'ai observé, déchiré entre perplexité et amusement en voyant l'effet que semblait avoir ma petite maison sur lui.

« C'est… charmant », finit-il par dire après un autre moment de silence. Son ton était soudainement étrangement doux, délicat même. La réserve précédente avait soudainement disparu en lui alors qu'il se tournait pour me regarder. « C'est à peu près ce que j'ai toujours imaginé »

Cela me fit lever les sourcils. « Imaginé ? » demandai-je surprise de la façon dont la conversation se déroulait. Je réalisai que je m'attendais à ce que nous continuions là où nous nous étions arrêtés samedi. Que nous continuerions à nous battre et nous disputer jusqu'à ce que l'un ou l'autre – ou les deux – deviennent trop furieux et partent en claquant les portes.

Il haussa les épaules tandis que l'expression sur son visage était entre la mélancolie et l'amusement. « Je me suis souvent retrouvé à essayer de t'imaginer comment tu pourrais vivre ta vie. Et comment tu aurais fini par la vivre si nous ne nous étions pas du tout rencontrés » Il fit une pause alors qu'une expression retirée lui traversa le visage. « C'était… quelque chose que je me suis permis après notre départ. J'imagine que ce n'était pas tout à fait juste vis-à-vis d'Alice, étant donné que je lui avais interdit de chercher ton avenir » Il eut un rire sec et ironique. « Quelques fois je lui ai dit que je la surprenais à te chercher. Cela m'a fait me sentir coupable – après tout, elle n'a jamais su que je trichais et enfreignais mes propres règles. Que je pensais à toi, même si je ne le devais pas.

– Pourquoi l'as-tu fait ? » demandai-je.

Il me regarda tandis que son front se plissait et que ses sourcils se fronçaient. Ma question sembla le troubler.

« Je veux dire, pourquoi retourner le couteau dans la plaie ainsi, expliquai-je. As-tu remis en question ta décision de quitter Forks ? »

Il resta silencieux un long moment avant de répondre en ne rencontrant pas mes yeux. « Ce n'est pas que j'ai vraiment remis en question ma décision de partir », répondit-il finalement. Pendant tout ce temps, je savais et je reconnaissais pourquoi je l'avais fait – pourquoi j'avais dû prendre la décision de partir. Mais je l'ai… regretté. J'imagine que j'ai continué à penser à toi, à imaginer comment tu poursuivais ta vie afin de me maintenir en échec. Pour me rappeler pourquoi j'étais parti en premier lieu. Pour me rappeler pourquoi je ne pouvais pas – ne devrais pas – revenir » Il rencontra mon regard. « Si je ne l'avais pas fait – je t'aurais imaginé pleurer après moi tout en refusant de continuer sans moi, je… » Il s'interrompit tout en secouant la tête.

« Quoi ? demandai-je doucement en chuchotant presque. Est-ce si difficile à admettre ? Que tu aurais pu envisager de revenir me voir ? »

Il secoua la tête. « Ce n'est pas une chose difficile à admettre, s'opposa-t-il d'une voix douce. En fait l'admettre est très facile. Mais ce sont les conséquences de cette possibilité que j'ai du mal à accepter. Revenir aurait été égoïste. Je ne me serais jamais pardonné d'être aussi… faible »

Je suis restée silencieuse pendant une minute. « Si tu étais revenu, je n'aurais pas pu en croire mes yeux.

– Pourquoi ça ?

– Parce que j'ai cru tout ce que tu m'as dit dans les bois quand tu m'as dit adieu. Chaque mot. Cela ne m'a jamais traversé l'esprit pendant toutes ces années que tu m'avais menti pour me protéger – que tu étais parti parce que tu te souciais de moi. C'est Carlisle qui m'a dit la vérité lorsqu'il est venu à Buffalo l'automne dernier »

Il hocha lentement la tête. « J'ai pu le voir dans tes yeux que tu croyais honnêtement que je ne voulais plus de toi. Cela fut si simple de te convaincre – beaucoup plus facile que je ne le pensais. Mais c'était la seule façon. Je savais que devais te blesser de la pire des façons possibles afin de te protéger » Il fronça les sourcils vers le sol avant de me regarder. Ses yeux scrutèrent soigneusement mon visage. « Mais quand même… j'ai du mal à croire que tu n'as jamais une seule fois remis en question mes propos. Après les milliers de fois où je t'ai dit que je t'aime, tu as laissé un mot briser ta foi en moi »

Je lui fis un sourire triste. « Je n'avais pas exactement la meilleure estime de moi à l'époque.

– Et j'en ai profité. Peut-être n'aurais-je pas dû… mais à l'époque, je sentais que je n'avais pas le choix »

Je soutins son regard en m'assurant d'avoir toute son attention. « De nous deux, tu étais le seul à ressentir ça »

Edward fronça les sourcils.

« J'ai l'impression que tu ressentais que tu n'avais pas d'autre choix, lui expliquai-je. Je ne me suis jamais sentie comme ça Edward. J'avais l'impression d'avoir des choix – que nous avions des choix. Je sais que ça ne sert à rien de se vautrer dans le passé, et je sais que nous ne pouvons pas le changer et que nous ne devrions pas… mais je trouve qu'il est important que nous le reconnaissions néanmoins. Ce que nous avions tous les deux entre nous… je ne l'ai jamais ressenti comme toi – comme si c'était juste une impasse »

Edward resta silencieux pendant un long moment. « Je n'avais pas l'impression que notre relation était une impasse, nia-t-il doucement.

– Alors pourquoi s'est-elle terminée ainsi ? demandai-je tout aussi doucement. Ce n'était pas nécessaire tu sais »

La voix d'Edward était toujours calme et douce mais il y avait une nouvelle netteté dans ses prunelles. « Oui. C'est vrai » Il fit une pause, peut-être pour observer ma réaction. Il continua quand il vit qu'il n'y en avait pas. « Ça devait finir comme ça parce que j'avais besoin de savoir que j'avais fait tout ce qui était en mon pouvoir pour m'assurer que tu aurais une chance d'avoir une vie humaine sûre et normale. Si je ne t'avais pas quitté quand je l'ai fait… »

Une chose au sujet de ses paroles m'ennuya presque. « Tu dis que tu as pris cette décision pour moi – que tu souhaitais faire ce qui était le mieux pour moi, l'interrompis-je. Mais j'ai l'impression que tu l'as fait pour toi – parce que tu ne voulais pas te sentir coupable d'avoir volé ma vie humaine. De m'avoir enlevée mon âme. Tu n'es pas parti juste pour me protéger mais aussi pour te protéger. De cette culpabilité »

Edward ouvrit la bouche pour répondre mais cela prit un certain temps avant qu'il retrouve sa voix. « Ma priorité était de te garder en sécurité. Tu le sais.

– Je le sais maintenant », concédai-je. J'ai gardé ma voix calme, déterminée à continuer la conversation et à ne pas m'énerver. Tout ce qui n'avait pas été dit huit ans plus tôt, devait à présent être dit. « Et je sais aussi qu'au fond de toi, tu ne voulais que mon bien. Je sais que tu croyais que me laisser derrière était la solution, le seul moyen de me garder en sécurité. Mais Edward… regarde où nous en sommes maintenant. Regardons les choses en face – quand j'ai pénétré dans votre monde huit ans plus tôt, tu aurais dû admettre qu'il n'y avait pas de retour en arrière possible pour moi. Nous aurions dû le voir »

L'expression sur le visage d'Edward fut impossible à lire. Il me regarda un instant encore avant de se détourner. Son attention se porta sur la table sous la fenêtre qui était jonchée de photographies encadrées. Au début, je pensais qu'il essayait d'éviter de répondre à ma déclaration.

« Es-tu en désaccord ? » demandai-je en devenant maintenant provocante.

Il ne répondit pas, mais se rapprocha de la table d'un pas lent et mesuré. Je l'ai suivi de mon regard et l'ai observé de près alors qu'il commençait à étudier les photos sur la table. Puis je réalisai qu'il n'essayait pas d'éviter de répondre – les photos avaient véritablement attiré son intérêt.

Je vis ses yeux voyager de photo en photo. Certains des visages dans les cadres lui étaient familiers comme Charlie, Renée et Phil, et il les étudia d'un intérêt sincère. Mais il semblait plus curieux des gens qu'il ne reconnaissait pas. Ses doigts touchèrent l'une des photographies. Il s'agissait d'une jeune femme souriante qui avait des cheveux blond vénitien et des taches de rousseur sur tout le visage.

« C'est Anna, lui dis-je après un moment de silence. Ma colocataire »

Il hocha la tête tandis que ses yeux étudiaient encore un peu la photo. « Quel était ta spécialité ? » demanda-t-il soudain très doucement. Il y avait une expression curieuse sur son visage alors qu'il se tournait pour me regarder.

« Littérature anglaise, répondis-je en haussant les épaules. Quoi d'autre ? »

Il rit doucement. Il y avait un sourire heureux sur ses lèvres mais ses yeux étaient mélancoliques.

« Quoi ? demandai-je incapable de comprendre son expression.

– Rien, répondit-il. C'est juste que, eh bien… ta réponse était facile à deviner. Cela me fait plaisir de savoir qu'il y a des choses qui ne changent jamais – qu'au moins cette petite chose est restée la même pour toi. Ton amour pour la littérature je veux dire »

Je l'ai étudié. « Es-tu en train de dire que c'est la seule chose qui n'a pas changé ? Suis-je vraiment si différente ? »

Il rencontra mon regard tout en restant silencieux pendant une minute. « Oui, répondit-il finalement. Au fond tu es la même Bella. Mais sinon, je peux à peine te reconnaître. Alors oui, tu es différente »

Il se tourna à nouveau vers les photos. Pendant un moment, son regard s'attarda sur les visages de mes amis d'université, pour que finalement ses yeux s'arrêtent sur la photo d'Adrian et moi s'enlaçant au bord d'un lac. Le soleil couchant derrière nous donnait à l'image des tons dorés et chauds.

Hésitant, Edward tendit la main comme s'il voulait la prendre pour l'étudier de plus près. Mais quelque chose l'arrêta et il se contenta de toucher le cadre du bout de ses doigts pâles.

Sa voix était calme et douce, presque incertaine quand il parla finalement. « Qui est-ce ? »

Je m'approchai tout en le regardant attentivement pendant que je répondais. « C'est Adrian »

Son visage ne réagit pas. « Et… où est Adrian ce soir ? » Il hésita au nom.

« Il est parti il y a quelques mois.

– Je vois »

Je fus presque tentée de sourire. Je l'imaginai quitter ma maison et se diriger vers Alice pour l'interroger à ce sujet.

Edward semblait devoir se forcer à détourner le regard de la photo d'Adrian et moi. Cela me fit me demander ce qui se passait dans sa tête. Était-il jaloux ? Surpris ? Ou heureux de voir que j'avais pu avancer après son départ ?

Je ne m'attendais pas à ce qu'il demande autre chose, mais il me surprit en se tournant pour regarder dans ma direction.

« Pourquoi est-il parti ? » s'enquit-il tandis que maintenant, il y avait une étincelle de – tristesse, pitié ? – dans ses yeux. Il essaya de le cacher, d'essayer de paraître aussi nonchalant que possible, mais il n'y parvint pas vraiment. Il me fallut un certain temps pour réaliser qu'il était inquiet que je nourrisse à nouveau un cœur brisé. Je ris intérieurement à cette pensée.

« Il était en quelque sorte un esprit agité, expliquai-je. Toujours en mouvement. Voyager est toute sa vie.

– C'est pourquoi vous n'êtes plus ensemble tous les deux ?

– Qu'est-ce qui te fait même penser que nous étions ensemble ? demandai-je curieuse de sa réponse. Peut-être n'étions-nous que des amis »

Le sourire d'Edward fut quelque chose entre tristesse et amusement. Il regarda à nouveau la photo. « Je reconnais la façon dont il te regarde, répondit-il sa voix se baissant presque à un murmure. Et je reconnais la façon dont tu le regardes » Ses yeux quittèrent de nouveau la photo pour se fixer sur moi. Le sourire précédent avait disparu maintenant, il ne restait même plus un soupçon d'amusement. Juste de la gravité et… quelque chose comme de l'envie j'imagine. « Il fut un temps où tu me regardais comme ça »

J'ai maintenu son regard pendant un moment avant de détourner le regard. Qu'y avait-il à dire ? Qu'est-ce qu'il attendait de moi en disant ça ?

Apparemment rien.

« Alors… il est parti ? continua Edward en se dirigeant vers la photo. Parce que tu ne voulais pas les mêmes choses »

J'ai haussé les épaules. « Nous étions trop différents. Il voulait parcourir le monde. Ce n'était pas mon cas. Ma librairie et toute ma vie sont ici. Mais au final, tout n'est pas si noir et blanc. Il y avait beaucoup plus »

Il acquiesça. « Oui. C'est le cas habituellement »

Je le regardai brusquement en décidant de revenir au sujet précédent. « Tu n'as pas répondu à ma question précédente.

– Sur ?

– A propos de savoir si tu es ou non d'accord sur le fait que nous aurions dû le voir il y a huit ans. A propos de toi croyant que la seule issue à cela – et la seule façon de me garder en sécurité – était de me laisser derrière »

Edward soupira. « Si tu essayes de me dire « je te l'avais dit » …

– Ce n'est pas le cas, le coupai-je doucement. Je dis simplement qu'il est grand temps que nous affrontions la situation de front. Nous devons l'accepter telle qu'elle est. Je fais partie de votre monde et nous ne pouvons le changer »

Son expression se renferma. « Comme tu l'as dit plus tôt : tout n'est pas si noir et blanc »

Je laissai échapper un profond soupir que j'avais retenu et j'essayai de rester patiente. « Très bien. Sois difficile sur le sujet. Edward, je veux vraiment régler ça avec toi mais tu le rends si difficile » J'attendis qu'il réponde, qu'il réagisse mais il ne fit ni l'un ni l'autre. « Je ne comprends tout simplement pas, dis-je finalement doucement. J'ai parfois l'impression que tu crois que je fais juste ça par dépit – que j'ai choisi de devenir vampire parce que je veux te rendre la vie compliquée. Tu sembles le prendre personnellement »

Enfin, Edward me regarda. « Parce que c'est personnel. Et pour rappel : je ne crois pas que tu fais ça pour me rendre la vie compliquée. Je suis juste inquiet que tu te précipites là-dedans – je t'ai déjà vu le faire avant » Il fit un geste vers les photos sur la table. « Regarde ce que tu as créé par toi-même au cours des dernières années, Bella. Si je ne t'avais pas quitté huit ans plus tôt, tu n'aurais rien vécu de tout ça. De la vie. De ce vécu »

Je mordis l'intérieur de ma joue. Edward m'observait attentivement. Peut-être qu'il s'attendait à ce que je répande des objections brûlantes. Je laissai passer un moment avant de commencer à parler.

« Je suis reconnaissante pour ces huit dernière années, accordai-je. Et pendant toutes ces années, j'ai vécu des expériences plus incroyables et merveilleuses les unes que les autres que je n'abandonnerais jamais. Peut-être que tu as raison – peut-être que je me précipitais huit ans plus tôt quand je voulais vous rejoindre et devenir vampire sans y réfléchir » Il plissa les yeux ; je l'avais pris au dépourvu avec mes mots simples. « Mais Edward, continuai-je. Si j'avais réussi à revenir à cette époque, si j'avais eu la chance de prendre mes propres décisions… et si cette décision s'était avérée être une erreur… quand bien même, c'était mon erreur à faire.

– Et quoi ? » Edward eut un rire sec et amer. « Cette erreur est aussi la tienne à faire ?

– Qu'est-ce qui te rend si certain que c'est une erreur ? demandai-je maintenant pas très loin de perdre mon sang-froid. Et alors quoi, préfères-tu attendre que les Volturi se présentent et me tuent ? Et ta famille également pour avoir enfreint les règles ? Est-ce vraiment ce que tu préfères voir se produire ? Préfères-tu me voir morte ? »

Edward recula d'un pas rapide comme si je l'avais giflé. Durement. « Bien sûr que non », cracha-t-il l'air furieux. Je me sentis presque soulagée – j'avais finalement réussi à lui donner un peu de vie.

« Alors de quoi s'agit-il ? demandai-je. Je peux comprendre dans une certaine mesure pourquoi tu étais si contre à Forks. J'avais le choix. Il n'y avait pas de menace réelle à l'époque et la vie de personne n'était en danger. Mais c'est différent cette fois. Tu peux sûrement le comprendre. Ou es-tu si obstinément attaché à tes préceptes que tu ne le peux ? »

Il se détourna et passa une main dans ses cheveux comme pour reprendre patience. J'attendis. Il resta silencieux pendant deux minutes avant de parler. Il ne se retourna pas pour me regarder, n'éleva pas la voix au-dessus d'un murmure. Mais quand même, je pus entendre chaque mot avec une clarté parfaite.

« Crois-le ou non, dit-il, mais j'essaie de penser à ce qui te convient le mieux. Je méprise l'idée que tu aies à prendre cette décision pour te protéger. Comment pourrais-tu savoir ce que tu veux vraiment alors que tu prends cette décision dans ce genre de circonstances ? » Il se tourna alors vers moi. « Et Bella, je ne vais le dire qu'une fois alors écoute bien. Je ne suis pas contre le fait que tu deviennes vampire pour t'accrocher à un idéal têtu. Je ne veux pas non plus te voir mourir pour cet idéal. Je suis contre l'idée de te transformer tout simplement parce que je sais quel genre de souffrances cette vie peut apporter. Tu n'as aucune idée de ce que c'est de vivre des décennies sans fin, voire des siècles, et de regarder tout le monde et tout ce qui t'entoure changer et avancer pendant que tu restes juste immobile. Tu vis, tu respires, tu existes… » Il secoua la tête. « Mais quand même… la vie en elle-même… passe juste devant toi. Bella tu mérites mieux que ça »

J'ai écouté son éclat sans un mot. Pendant un moment, je ne sus quoi dire.

« D'accord » J'ai hoché la tête. « Merci de me l'avoir dit »

Edward inspira lentement et silencieusement. « Tout ce que je dis, c'est que la transformation devrait être le dernier recours » Il fit une pause en soutenant mon regard. « Carlisle est d'accord avec moi. Si mon avis ne t'importe pas, peut-être que le sien oui »

Ses paroles étaient innocentes ; son ton également. Mais il y avait quelque chose dans ses yeux qui firent me sentir nue, exposée comme si j'avais fait quelque chose de mal et d'interdit. Je luttai contre l'envie de rompre notre contact visuel.

« Je sais que Carlisle ressent la même chose que toi à ce sujet, répondis-je calmement. Mais il a accepté mon choix. Il m'a fait une promesse et il va la tenir si je le demande. Et je ne pense pas qu'il envisagerait de le faire s'il soupçonnait que j'ai pris ma décision à la légère. Je ne pense pas non plus qu'il aurait proposé de me transformer à moins qu'il ne le juge nécessaire » J'ai penché la tête d'un côté tout en lui jetant ses propos précédents. « Alors… si mon opinion ne compte pas pour toi, peut-être que la sienne si »

La mâchoire d'Edward se serra comme s'il retenait ses mots. Pendant plusieurs secondes, il fut complètement immobile et silencieux en essayant apparemment de rassembler ce qui lui restait de sa patience. Au bout d'un moment, il se retourna pour regarder à nouveau les photos sur la table. Je n'eus pas besoin de regarder pour savoir laquelle en particulier il regardait.

« Il y a une chose que je ne comprends toujours pas », dit-il finalement d'une voix calme et soigneusement composée. Ses yeux habituellement dorés étaient maintenant d'une teinte plus foncée, tout en étant focalisés sur la photo d'Adrian et moi. « Tu n'étais pas prête à renoncer à ta vie pour être avec lui. Mais tu es quand même prête à y renoncer pour nous.

– C'est différent, dis-je doucement en désaccord. Et en plus je ne renonce pas à ma vie.

– Mais tu comprends sûrement que tu ne pourras pas rester ici après être devenue l'une de nous. Carlisle m'a dit à quel point tu aimes être ici – et à quel point ta librairie signifie pour toi. Tu devras l'abandonner tu sais.

– J'ai déjà travaillé ce point avec Alice, expliquai-je. Et je ne dis pas que ce n'est pas un sacrifice. Je suis pleinement consciente de ce que je vais abandonner. Crois-moi »

Je maintins son regard jusqu'à ce qu'il détourne le sien. Il semblait presque ébranlé par ma détermination.

Me rapprochant de lui, je me surpris lui et moi lorsque je lui pris la main. « J'entends ce que tu dis Edward, lui dis-je doucement en espérant l'atteindre. Et j'apprécie que tu veilles sur moi. Je sais que tu crains que devenir vampire ne me rende finalement misérable. Et je sais que tu parles d'expérience quand tu dis qu'une vie éternelle ne vient pas sans souffrances ni sacrifices »

Le regard sur le visage d'Edward s'adoucit légèrement mais je pouvais voir qu'il était toujours tendu. Sa main froide dans la mienne me parut familière. Comme un faible écho d'une vie passée, le souvenir d'un rêve oublié refaisant soudain surface.

« Je ne peux tout simplement pas comprendre, dit-il lentement en cherchant clairement un ton calme, pourquoi quelqu'un choisirait la misère et la solitude quand il y a une meilleure option.

– C'est juste cela Edward. Je ne choisis pas ces choses, lui dis-je. Et je ne comprends pas non plus pourquoi tu le devrais »

Il fronça les sourcils.

« La vie est pleine de choix et de décisions, expliquai-je en remarquant sa confusion. Et même si nous ne pouvons pas toujours choisir les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons, nous avons au moins une certaine influence sur ce que nous ressentons à leur sujet » Je m'arrêtai pour observer sa réaction. Son visage était comme de la pierre. « La misère et la solitude… comme tu l'as dit, ce sont des choix également »

Un sourire ironique étira les lèvres d'Edward en une ligne tordue. « Tu dis que j'ai pris la décision consciente d'être misérable et solitaire.

– Je ne sais pas Edward. Je suppose que tu es le seul à pouvoir vraiment y répondre » J'ai tenu son regard. Il a tenu le mien. Moi essayant de voir au-delà de l'ombre autour de lui. Et lui essayant de me garder moi et mes propos à une distance prudente.

Peut-être était-il sur le point d'échouer car au bout d'un moment, il baissa les yeux et dégagea sa main de ma prise. « Je devrais partir » Aussi calme que soit sa voix, il y avait une fraîcheur que je ne pouvais m'empêcher d'entendre. A pas lents, il commença à se diriger vers la porte. Je sentais que je devais dire quelque chose comme je devrais certainement l'empêcher de partir, mais aucun mot ne vint. De toute façon, j'avais toujours l'impression qu'aucun mot ne lui parviendrait. Ils glisseraient sur lui comme de l'eau sur du verre.

Edward s'arrêta à côté de la table basse et se tourna pour me regarder. La réserve précédente était de retour ; il ne regardait plus autour de lui avec curiosité. C'était presque comme s'il essayait de ne pas voir les murs qui l'entouraient. Je reconnus cette lueur dans ses yeux – c'était un mélange d'irritation et de déception. Je réalisai qu'il était venu ici ce soir dans l'espoir de me faire remettre en question mes intentions et décisions. Mais finalement, c'était lui qui avait été forcé à remettre en question les siennes.

Son regard tomba sur la table basse et au début, je pensai que ce fut involontaire et qu'il voulait juste éviter mes yeux. Mais lorsque je suivis son regard après un moment de silence, je remarquai que ses yeux étaient fixés sur le corsage que j'avais porté pour le mariage d'Esmée et Miguel. Il reposait maintenant dans un petit vase au milieu de la table basse. Les petites roses bleues d'hiver avaient lentement commencé à faner, mais j'avais voulu garder le corsage en mémoire.

« C'est pour toi. Alice m'a demandé de te le donner avant la cérémonie.

Vraiment ? lui avais-je demandé. Pour moi ?

Bien sûr » Je me souvins du sourire de Carlisle et de la douce lueur de ses yeux dans la douce lumière des bougies. « Puis-je »

Je pouvais sentir le regard d'Edward s'attarder sur moi presque comme s'il avait revécu lui aussi le moment. Une pensée inconfortable me vint ; peut-être l'avait-il fait. C'était possible qu'il ait été témoin de ce moment à travers les yeux de quelqu'un d'autre.

Détachant mon regard du corsage, je rencontrai son regard. Son expression était neutre mais il y avait une accusation silencieuse dans ses yeux qui me fit me sentir agitée, mal à l'aise. Pas coupable cependant. Parce que je n'avais rien à me reprocher.

La lueur dans ses yeux m'a en fait un peu irritée. Il était celui qui avait choisi d'être indiscret sur un moment privé. Je commençai à sentir que j'arrivais à la fin de mon offre de diplomatie. Peut-être qu'Edward le sentit car il commença à se diriger vers la porte à pas lents et calculés. Il plaça sa main sur la poignée de la porte mais ne la tourna pas.

Il se tourna vers moi. « Encore une chose, dit-il doucement d'une voix distante. Esmée espérait te voir avant qu'elle et Miguel ne partent pour leur lune de miel à la fin de la semaine »

J'ai hoché la tête. « D'accord. Je viendrai avant alors.

– Je vais demander à Alice de venir te chercher » Son regard se tourna vers la table basse. Ce fut peut-être involontaire. Peut-être pas. « Ou qui sait. Peut-être que quelqu'un d'autre voudra avoir cet honneur »

Après cela, il ouvrit la porte et sortit pour disparaître dans la nuit sombre et en me laissant dans un silence agité.


Notes de l'auteur : Les répliques d'Edward : « J'ai pu le voir dans tes yeux que tu croyais honnêtement que je ne voulais plus de toi » et « Après ces milliers de fois où je t'ai dit que je t'aime, tu as laissé un mot briser ta foi en moi » sont tirées de New Moon de Stephenie Meyer.

Vous voudrez peut-être relire le chapitre 11 au cas où vous vous demanderiez de quelle vision Alice et Bella parlent. Mon intention était d'amener Edward et le reste des Cullen bien plus tôt dans l'histoire, mais cela n'est manifestement jamais arrivé. C'est la principale raison pour laquelle l'intrigue semble stagner jusqu'à présent. Mais ne vous inquiétez pas, le drame tant attendu commencera tôt ou tard ! )

NDT : Qui trouve le plan d'Edward on peut foireux comme Bella XD ? Bon finalement, dans cette discussion Edward et Bella n'avancent pas beaucoup, en espérant que leur prochaine altercation se passera mieux ;) - Edward nous ferait-il un peu de jalousie sur la fin ?

Dans le prochain chapitre, Bella apprend qu'une invité inattendue va venir lui rendre visite à Buffalo - qui est-ce à votre avis ? (indice : ce n'est pas un vampire)